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Sefamerve, une start-up au succès international

Une expo célèbre Les Turcs la République bien installés turque en NBA

ECONOMIE09

CULTURE12

SPORT15

27 DECEMBRE - 02 JANVIER 2014 N° 295 Prix : 2,5 €

WWW.ZAMANFRANCE.FR

Corruption : un tabou tombe pour l’AKP

SOCIETE

«ON PEUT TOUS SE RETROUVER DANS LA RUE DU JOUR AU LENDEMAIN...»

Promesse de campagne qui avait fait le succès de l’AKP en 2002, la lutte contre la corruption est aujourd’hui le grand point faible du gouvernement turc. Impliqué dans un vaste réseau de blanchiment d’argent et de corruption, l’actuel parti gouvernemental pourrait connaître un sort identique à celui de certains de ses prédécesseurs.

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De nouvelles informations sont apparues au cours de l’enquête pour l’affaire de corruption qui secoue la Turquie depuis le début de la semaine. Cette enquête avait été lancée il y a un an après réception d’une lettre par le Bureau contre la contrebande et le crime organisé du Département de police nationale (KOM). Le texte expliquait que des terrains sur lesquels il était interdit de construire avaient été ouverts à la construction

OPINION SAHIN ALPAY

par le ministère de l’Environnement et de l’Urbanisation, ce qui avait permis à des bureaucrates de haut rang et des proches de ministres et d’industriels de réaliser des profits. Kanal D, chaîne de télévision privée turque, a dévoilé la vidéo réalisée en caméra cachée d’un ministre dont le nom n’a pas été révélé. Dans le film, l’homme politique reçoit un pot-de-vin de 1,5 millions de dollars de l’homme d’affaires irano-azerbaïdjanais, Reza Zarrab. -TURQUIE 07

Erdogan du côté de l’ancienne Turquie -14

Les mères voilées peuvent accompagner les sorties scolaires

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Les parents d’élèves accompagnant des sorties scolaires ne sont pas soumis à la neutralité religieuse mais toute manifestation de croyance doit éviter une perturbation du service public, a estimé le Conseil d’Etat dans un avis publié lundi. RFRANCE 03

Avec la baisse des températures et l’arrivée de l’hiver, les maraudes s’organisent pour venir en aide aux sans-abri. Cette semaine, Zaman France est allé à la rencontre des bénévoles d’Action Froid et Banlieue plus pour les interroger sur les raisons de leur mobilisation. -06 INTERNATIONAL

Gül : «La corruption ne doit pas être étouffée»

Alors que les limogeages se poursuivent dans les forces de police et dans les chaînes de télévision turques, le président Abdullah Gül est sorti de sa réserve et a appelé à ne pas «étouffer» les affaires de corruption. -TURQUIE 07

EDITO EMRE DEMIR

Le mouvement Gülen, objet de tous les fantasmes -02

A la rencontre des frères Teymen, couteliers turcs Zaman France est allé à la rencontre des frères Teymen, dont la famille venue de Turquie s’est fait une place parmi les meilleurs couteliers de France. TEXTE : SALIH DOGAN PHOTOS : FATIH TURSUN

HOLLANDE REGRETTE SA «BOUTADE» SUR L’ALGÉRIE Une «boutade» lancée par le Président de la République française sur l’insécurité en Algérie avait fait scandale. François Hollande a adressé ses regrets sincères pour cet incident. -10 ECONOMIE

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VERS UNE EMBELLIE FRANÇAISE EN 2014 ? La France devrait connaître une timide embellie économique en 2014 après une quasi-stagnation en 2013, une année marquée par un chômage record. -09

Et si Ayrault restait à Matignon ?

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Malgré les piques qui lui sont adressées, même au sein de son gouvernement, le Premier ministre français tient bon à la tête du gouvernement. RFRANCE 02

Zaman Okur Hattý: 01 42 00 19 36

«C’est avec amour que je fabrique mon couteau» r05

A quand la libre circulation des Turcs dans l’UE ? CANAN ÖZENICI rMON AVOCAT 08


02 FRANCE Et si Ayrault restait à Matignon ? 27 DECEMBRE - 02 JANVIER 2014 ZAMAN FRANCE

EDITO EMRE DEMIR

Le mouvement Gülen, objet de tous les fantasmes L’affaire de corruption est devenue le défi principal du Premier Ministre turc Recep Tayyip Erdoğan. Une centaine de bureauAyrault affirme ne crates de haut rang ont été limogés et le pas se «poser ministre de la Justice a nommé deux noutous les matins la veaux procureurs pour mener l’enquête. question de (s)on Mais les ministres impliqués dans l’affaire avenir». de corruption n’ont pas démissionné. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan défend son gouvernement en accusant les «ennemis extérieurs et intérieurs» de la Turquie. Cette enquête serait un complot contre lui organisé par les États-Unis, l’Union européenne ou encore Israël, et leurs collaborateurs à l’intérieur du pays, c’est-à-dire, selon lui, des groupes divers, allant des alévis aux groupes de tendance conservatrice comme le mouvement Hizmet (Gülen). Ces ennemis imaginaires de la Turquie servent de boucs émissaires dans la stratégie d’Erdogan pour étouffer les révélations du scandale de corruption. Depuis le procès Ergenekon, le mouvement Gülen est la cible principale de différents groupes. Proclamé mort tout aussi souvent qu’omniprésent, ce bouc émissaire est devenu l’objet de tous les fantasmes. Les divergences entre le mouvement Gülen et le gouvernement Erdogan sont évidentes. Mais il est très réducteur de voir dans cette enquête une lutte de pouvoir entre le mouvement et l’AKP. La plupart des chefs de police limogés cette semaine étaient eux-mêmes des remplaçants de chefs qui avaient été accusés de proximité avec Gülen. Souvenons-nous qu’après la demande d’ouverture d’une enquête sur le chef du renseignement, Hakan Fidan en février 2012, le gouvernement avait accusé indirectement le mouvement Gülen et limogé des centaines de chefs de police accusés de former «un Etat dans l’Etat». Aujourd’hui, l’AKP utilise les mêmes griefs contre ces mêmes chefs de police installés après l’affaire du MIT. Le parti n’en est pas à une contradiction près. En 2011, ErdoPensez à vous gan lui-même avait salué le rôle du procuinscrire sur les listes électorales avant le reur Zekeriya Oz dans la démocratisation 31 décembre 2013 à du pays, alors que l’armée accusait ce derminuit. L’inscription nier d’être proche du Hizmet. Aujourd’hui, est automatique Erdogan accuse directement Zekeriya Öz pour les jeunes de de faire partie d’une «organisation illégale» 18 ans. Pour les au sein de l’Etat, désignant implicitement autres, comment s’inscrire ? En se le mouvement Gülen. Les procureurs et les policiers de ce pays ne viennent pas d’une rendant à la mairie avec les pièces autre planète, il est normal que l’on trouve exigées ou en les des bureaucrates alévis, kurdes, féministes, envoyant par courkémalistes, pro-AKP ou pro-Gülen. Les rier à la mairie. Dernière option, militaires tout-puissants dans le passé, dans certaines évoquaient très souvent l’existence d’encommunes, en nemis intérieurs et extérieurs, de complots, allant sur de «sales opérations». Aujourd’hui, l’AKP mon.service-public.fr. s’est approprié ce discours complotiste pour manipuler et dissimuler le vrai débat. Erdogan reste le leader le plus populaire de la Turquie. S’il accepte de faire face à ces allégations de corruption plutôt que de vouloir étouffer l’affaire, il peut sortir plus fort de cette crise. e.demir@zamanfrance.fr

Malgré les piques qui lui sont adressées, même au sein de son gouvernement, le Premier ministre français tient bon à la tête du gouvernement.

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Et si Jean-Marc Ayrault restait à Matignon ? A la barre depuis 18 mois, le Premier ministre serre les dents en cette fin d’année 2013, répondant par une persévérance tranquille en apparence aux flèches décochées par son camp. «J’ai la confiance du président de la République», a répété jeudi soir sur TF1 le fidèle disciple de François Hollande, à la tête d’un gouvernement de 38 membres taraudé par les ambitions.

TENSIONS ENTRE L’ELYSÉE ET MATIGNON En affirmant ne pas se «poser tous les matins la question de (s)on avenir», il a voulu marquer sa différence avec ceux qui se verraient bien à sa place après les élections municipales et européennes du printemps, voire avant. La mise au point télévisée visait aussi à solder un épisode marqué par le lancement surprise de la réforme fiscale, qui a fait s’étrangler Bercy, et les remous nés d’un rapport polémique sur l’intégration publié sur le site de Matignon. Ce document «n’est pas du tout la position du gouvernement», avait déclaré François Hollande, propos dans lequel certains ont vu une critique envers le Premier ministre, qui avait pourtant prononcé les mêmes mots quelques heures plus tôt. La presse a également fait état d’une mauvaise humeur générale dans les équipes des deux têtes de l’exécutif, et de tensions entre les collaborateurs de l’Elysée et de Matignon. Cette petite musique dissonante

ne correspond «absolument pas à la réalité», assure un conseiller du Premier ministre. «Les rapports avec l’Elysée sont aussi bons que d’habitude et n’ont absolument pas varié dans leur qualité et leur intensité depuis 18 mois», ajoute-t-il.

FACE À VALLS ET MONTEBOURG Jean-Marc Ayrault a toutefois été victime de piques émanant de ténors socialistes, y compris au sein du gouvernement. Même s’ils ont préservé les apparences, les ministres de l’Economie et du Budget, Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve, ont mal vécu la «surprise» de la réforme fiscale. «Inacceptable» pour le

ministre de l’Intérieur Manuel Valls, le rapport sur l’intégration commandé par Matignon a été aussi critiqué par le chef de la diplomatie, Laurent Fabius. Quant au ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, il a sorti son «joker» sur Canal + à la question de savoir si le Premier ministre devait être remplacé en 2014. Un nouveau signe que l’ancien maire de Nantes et l’élu de Saône-et-Loire restent en froid, plus d’un an après leur violent désaccord sur le sauvetage des hauts-fourneaux de Florange. En se présentant à la primaire socialiste, où ils ont remporté respectivement 17% et 6% des voix, Arnaud Montebourg et Manuel Valls se sont en effet placés sur le chemin de l’Elysée.

PHOTO DE LA SEMAINE

...ET UNE MAUVAISE

UNE BONNE...

La SNCF supprimera plus de 1400 postes en 2014

Le coeur artificiel développé par le groupe français Carmat pourrait aider 10.000 malades en France et 100.000 en Europe et aux EtatsUnis. Inventé par le chirurgien français Alain Carpentier, ce coeur artificiel reproduit le fonctionnement du coeur naturel. Il est destiné à des malades souffrant d’une insuffisance cardiaque à un stade terminal et dont l’espérance de vie est très courte. Trois autres implantations sont prévues

La SNCF qui s’attend à la poursuite de la baisse de sa rentabilité en 2014 prévoit de supprimer 1432 postes l’an prochain, écivent dimanche Les Echos. fr. Selon le site internet du quotidien, le projet de budget 2014 de l’entreprise, qui a été examiné la semaine dernière en conseil d’administration, «est placé sous le signe des réductions

à court terme. En France, quelque 350 greffes sont réalisées chaque année, un nombre limité par celui des donneurs, «mais il y a beaucoup plus de malades qui attendent : on pense qu’il y a au moins 10.000 patients qui pourraient à terme bénéficier de ce genre de substitution», a déclaré Jean-Noël Fabiani, chef du service de l’Hôpital Georges Pompidou où s’est déroulée l’opération, lors d’une conférence de presse.

de coûts». L’établissement public devrait donc supprimer 1432 postes, soit environ 1 % des effectifs, par le biais de départs en retraite non remplacés. «La direction table sur une croissance du chiffre d’affaires du groupe de 2,5 %, objectif ambitieux au vu de la conjoncture», précisent Les Echos.

NOUVELLE

10.000 Français pourraient profiter du cœur artificiel


03 FRANCE

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27 DECEMBRE - 02 JANVIER 2014 ZAMAN FRANCE

«Il faudra renforcer la loi de 2004 sur les signes religieux ostentatoires à l’école» Le vice-président délégué de l’UMP, Luc Chatel, auteur d’une circulaire interdisant aux mères voilées les sorties scolaires, a contesté le dernier avis du Conseil d’Etat et s’est prononcé pour un renforcement législatif de cette interdiction.

Les mères voilées peuvent accompagner les sorties scolaires Les parents d’élèves accompagnant des sorties scolaires ne sont pas soumis à la neutralité religieuse mais toute manifestation de croyance doit éviter une perturbation du service public, a estimé le Conseil d’Etat dans un avis publié lundi.

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La possibilité pour une mère accompagnant une sortie scolaire de porter le voile sera laissée à l’appréciation du directeur de l’école. C’est par cette explication que le Défenseur des droits commentait l’avis publié par le Conseil d’Etat. «Les exigences liées au bon fonctionnement du service public de l’éducation peuvent conduire l’autorité compétente, s’agissant des parents d’élèves qui participent à des déplacements ou des activités scolaires, à recommander de s’abstenir de manifester leur appartenance ou leurs croyances religieuses», dit l’avis. Le Défenseur des droits avait adressé en septembre au Conseil d’Etat plusieurs questions relatives à l’application du principe de neutralité religieuse dans les services publics.

Pour le Conseil d’Etat, les parents d’élèves ne sont pas soumis à la neutralité religieuse..

sans lien contractuel avec le service public, comme les parents accompagnant les sorties scolaires, et demandait un éclaircissement.

PEILLON VEUT DE LA NEUTRALITÉ Dans son avis, le Conseil d’Etat estime avant tout que ces parents sont des usagers du service public. «Ceux-ci ne sont par conséquent pas en principe soumis à des restrictions de leur liberté de manifester leurs opinions ou croyances religieuses», comme c’est le cas pour les agents du service public, souligne le texte de l’autorité administrative. Le ministère de l’Education nationale a salué la clarification apportée par le Conseil d’Etat et a recommandé aux parents d’éviter d’afficher leur appartenance religieuse. «Le milieu scolaire est un cadre qui doit être particulièrement préservé. Ainsi s’agissant des DES DISPOSITIONS VARIANT SELON LES ÉTABLISSEMENTS parents d’élèves qui participent à des déplacements Il soulignait dans sa lettre de saisine que les dis- ou des activités scolaires, ils doivent faire preuve de positions prises à ce sujet semblaient varier d’un neutralité dans l’expression de leurs convictions, noétablissement à l’autre s’agissant des personnes tamment religieuses», dit-il dans un communiqué.


REPORTAGE04-05

Les frères Teymen, aux sources du renouveau du Laguiole

De gauche à doite, Mustafa, Mevlut et Kadir Teymen

Zaman France est allé à la rencontre des frères Teymen, dont la famille venue de Turquie s’est fait une place parmi les meilleurs couteliers de France. Texte : Salih Dogan Photos : Fatih Tursun

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Le hasard des rencontres nous amène à La Monnerie – Le Montel en région thiernoise, le fief de la coutellerie où la vallée de la Durolle a pendant des siècles drainé les émouleurs et assuré le monopole de l’activité coutelière. Avec la crise, la région aurait été totalement sinistrée si l’absence de mécanisation poussée n’avait permis à de nombreuses familles de couteliers de pérenniser leur activité à travers les siècles. Nombreuses sont donc les fabriques qui périssent pour n’avoir pas pu ou su s’adapter aux exigences du monde moderne mais d’autres fleurissent à force d’audace et de vitalité.

BALLOTÉS ENTRE LA TURQUIE ET LA FRANCE Parmi ces dernières, l’histoire des frères Teymen nous semble à première vue familière. Elle débute avec un père issu de la région d’Aksaray en Turquie venu en France pour travailler à la fin des Trente Glorieuses. Elle se poursuit par un ballottement entre la Turquie et la France, entre le désir d’intégration et les regroupements familiaux. Elle acquiert enfin, non sans avoir subi les nombreux rites de passage qui parsèment son parcours, ses lettres de noblesse au sein du monde fermé du couteau-fermant auprès de la «confrérie de Tié», confrérie qui permet d’estampiller les objets de fabrication française, d’attribuer l’appellation de «couteau Thiers» et donne le gage de qualité au produit. TOUS PARTICIPENT À LA CONCEPTION Parmi les frères Teymen, il y a d’abord Kadir, l’aîné. Taciturne mais toujours droit dans ses bottes : c’est le dépositaire de l’autorité, de la structure patriarcale. C’est lui qui donne le la à cette «anarchie organisée». Vient ensuite Mevlüt, cadet de quelques années, alias «le Japonais». Sobriquet qui ne prend pas son origine d’une quelconque proximité avec la culture nippone mais parce qu’il est l’homme à tout faire : c’est des trois à coup sûr le plus expérimenté et celui qui s’adapte à toutes les situations. Enfin Mustafa, le benjamin de la famille, qui garde une profonde nostalgie de son pays natal qu’il a quitté très tôt mais qui reste profondément enraciné dans la culture locale : il est à la fois l’enfant du terroir et le plus diplomate des trois. C’est celui qui, quand il le faut, sait arrondir les angles et sent le vent tourner. Au sein de l’atelier, les trois frères sont polyvalents mais chacun à son domaine de prédilection : si tous participent à la conception, Kadir a le don de création. Il s’occupe de la fabrication et du montage du produit. Mevlüt est, de par sa formation, celui qui s’est le plus imprégné des six siècles de coutellerie thiernoise ; c’est celui qui innove le plus également par son goût effréné pour la décoration et l’incrustation des matériaux les plus exotiques. Mustafa enfin, excelle dans le travail de finition. Sa jeunesse ne l’empêche pas d’avoir le dernier mot. C’est le maître d’œuvre de la qualité du produit, celui qui confère la notoriété du couteau Thiers par Teymen et bâtit la légende du couteau irréprochable.


27 DECEMBRE - 02 JANVIER 2014 ZAMAN FRANCE

«C’est avec amour que je fabrique mon couteau» Mustafa Teymen est l’un des trois frères exerçant la profession de coutelier rencontré par Zaman France. Il nous dévoile les dessous de cette activité artisanale et apporte un éclairage sur l’investissement humain qu’elle exige. pour toi, est-ce simplement un -Lamétiercoutellerie ou une vocation ? Au début, c’était un travail. Quand j’ai commencé la coutellerie, je ne savais même pas ce que c’était en réalité. La coutellerie ici, c’est réputée comme un travail très sale et un travail très compliqué. T’es assis sur une chaise pour 8 heures. C’est pas ça du tout, c’est totalement de l’artisanal et quand tu commences un couteau, t’as envie de le finir. Il m’est déjà arrivé de travailler 20h, 23h d’affilée : ça représente 3 jours de travail parce que je voulais absolument voir le résultat de ce que j’étais en train de faire. C’est plus qu’un boulot, c’est vraiment une passion. Qu’est-ce qui fait cette passion justement ? Pouvoir travailler avec ses mains. C’est ça le côté artisanal. Ce sont pas les machines qui les font tes couteaux. Lorsque l’on fait du damas, là c’est autre chose, c’est le forgeron qui le fait. Le damas, au début c’est de l’acier, c’est une tôle. On lui donne la forme d’une lame et après l’avoir travaillé, on le révèle. Mais nous, ce que l’on travaille le plus, c’est la forme du manche et du couteau en luimême. On lui donne une forme entièrement différente des autres couteliers. Y a des couteaux que tu vas pas vendre très cher mais tu y as mis beaucoup de temps. C’est pas une question d’argent. C’est avec amour que je le fabrique mon couteau. Et si le couteau ne me plaît pas, il ne sort pas de l’atelier. Comment as-tu connu la confrérie des couteliers de Thiers ? Au début, j’avais même pas l’idée de rentrer dans la confrérie. On fabriquait nos couteaux dans notre coin. Le premier salon qu’on avait fait, c’était en 2009. La confrérie est venue nous voir sur notre stand. Quand ils ont regardé notre couteau le Monnerie, ils ont dit : «il faut faire un Thiers par Teymen».

J’avais déjà l’image du couteau en tête. La forme existait déjà, j’ai changé quelques détails. Je lui ai mis une grande courbe dessus et j’ai été le présenter à la confrérie. Au début, j’étais un peu dans mon coin entouré de tous les Français, j’étais le seul Turc, y en avait beaucoup qui me regardaient d’un air... Ils ont pris le couteau en main, le couteau a fait le tour de la table, et tout le monde l’a accepté. Peut-on dire qu’il y a une influence turque sur votre travail ? Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir contribué au développement de ces traditions françaises ? Justement, je suis le seul coutelier turc en France qui fait des couteaux d’art. On a apporté quelque chose de très différent dans la coutellerie française parce qu’ici on a tout le temps des couteaux droits. Et quand je fais un couteau, que ce soit moi ou mes frères, on a toujours une grande courbe

sur le couteau. À la confrérie, lorsque j’ai créé le couteau «par Teymen», il y avait une très grande courbe dessus. Ça leur a plu... il fallait le personnaliser un petit peu. Il faut tout d’abord habiter dans le bassin thiernois et il faut avoir un certain nombre de savoir-faire pour pouvoir le fabriquer et la courbe normalement, elle ne devrait pas être sur le couteau. C’est peut-être le côté oriental qui remonte à la surface ! Au début, quand on était tout nouveau dans le milieu coutelier, et comme on est un peu asiatique, on l’avait baptisé le «Laguiole le cobra». Quand on lui a donné cette marque, tout le monde croyait que c’était un couteau chinois ! On en a fait quelques centaines et on a tout de suite arrêté. On était à la recherche d’une marque. On a créé un couteau qui s’appelle le Monnerie. On lui a donné le nom de notre commune.


06 SOCIETE

27 DECEMBRE - 02 JANVIER 2014 ZAMAN FRANCE

«On peut tous se retrouver dans la rue du jour au lendemain...» Avec la baisse des températures et l’arrivée de l’hiver, les maraudes s’organisent pour venir en aide aux sans-abri. Cette semaine, Zaman France est allé à la rencontre des bénévoles d’Action Froid et Banlieue plus pour les interroger sur les raisons de leur mobilisation.

VANESSA MEFLAH PARIS «On n’est pas des zombies, on est des gens normaux qui sommes à la rue. Ils sont sympas de venir nous voir, ils ne sont pas obligés, et n’ont aucun intérêt à venir mais le font avec le cœur». José, sans-abri depuis un an, attend chaque samedi les bénévoles d’Action Froid venus lui apporter boissons chaudes, vêtements et «chaleur humaine». Les motivations des bénévoles sont propres à chacun. Suffisamment soucieux du sort de leurs semblables, ils ont décidé d’agir en faveur des plus démunis. Tous parlent d’un déclic. Pour Vincent, 26 ans, avocat fiscaliste, qui fait sa première maraude, c’est une lecture qui lui a donné envie de s’investir davantage et « concrètement » auprès des sans-abri. «Aujourd’hui je refuse d’être

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Une bénévole d’Action Froid.

inactif» précise-t-il. Alors, cette année, Noël se fera auprès des plus démunis et non avec sa famille. «J’ai décidé de m’engager et je le fais à fond». Pour Sophie, 33 ans, «deux mondes se côtoient, mais sans se voir. Les sans-abri d’un côté et les grands magasins de l’autre», une réalité devenue insupportable et le déclic de son engagement auprès des sans-abri.

DES JEUNES MOBILISÉS Il est 20h passé, l’heure pour tous les bénévoles d’Action Froid de regagner les voitures et d’arpenter les rues de la capitale, avec soupes, boissons chaudes et vêtements. Dans la voiture, Ivan, porte-parole de l’association en profite pour donner ses dernières recommandations au nouveau bénévole avant

la maraude. «Beaucoup de jeunes et d’étudiants s’inscrivent dans l’association. Je crois qu’ils se sentent davantage concernés que nous, à notre époque. C’est une génération qui se mobilise beaucoup» explique Laurent Eyzat, 49 ans, fondateur de l’association. Pour lui, la précarité touche davantage les jeunes. Une prise de conscience sociale et solidaire que cette jeune génération a bien l’intention d’affirmer.

«C’EST JUSTE NORMAL» Une génération impliquée et concernée, c’est aussi le cas de Hichem 23 ans et Anissa 28 ans, bénévoles pour l’association Banlieue Plus. Une association qui mobilise les jeunes des quartiers pour mener des actions solidaires, et venir en aide aux plus démunis notamment. «On est là avec le sourire, on donne de notre temps et ce n’est pas une gloire, c’est juste normal», explique Hichem avant d’ajouter, «on peut tous se retrouver dans la rue du jour au lendemain...». Une dure réalité qui pousse à l’engagement. Les maraudes, il en fait depuis 9 mois, et à chaque fois c’est «avec bonne humeur». Avec le temps les bénévoles nouent parfois des liens avec les sans-abri, c’est le cas pour Anissa qui a pris le soin de mettre de côté certaines commandes personnelles. «Je garde ce tube de dentifrice et ce déodorant pour une famille. Ils me l’ont demandé et c’est important pour moi de leur apporter aujourd’hui». A trente-neuf ans, Kamel, éducateur et bénévole à Banlieue Plus, a fait le déplacement depuis Evreux pour faire cette maraude. «C’est important pour moi de me sentir utile. D’ailleurs, j’essaie d’impliquer les jeunes de chez moi en leur proposant de venir faire des maraudes à Paris». BIEN PLUS QU’UNE TASSE DE CAFÉ Petit à petit les sacs et les thermos se vident. La maraude touche à sa fin. Une frustration. «Il y a encore une famille un peu plus loin, mais nous n’avons plus de panier repas. La semaine prochaine on commencera la maraude par là-bas…» soupire Anissa. S’arrêter, discuter, échanger. Ces soirs-là, les bénévoles ont offert plus qu’une tasse de café aux sans-abri. «Un regard et une considération qui n’ont pas de prix» estime José, un sans-abri. Du déclic à l’action, tous ces bénévoles refusent à présent de rester inactifs face à une société «en perte d’humanité».


07 TURQUIE

27 DECEMBRE - 02 JANVIER 2014 ZAMAN FRANCE

CORRUPTION EN TURQUIE :

La Halkbank au cœur du scandale d’Etat Elle est l’institution centrale dans l’énorme affaire de corruption qui implique des ministres turcs. La Halkbank, qui a fait transiter des fonds iraniens en Turquie, est surtout liée aux sommes considérables versées aux responsables politiques pour leur complicité. Zaman France revient sur le plus gros scandale financier de l’histoire de la Turquie.

La Halkbank a fait l’objet d’une descente policière le mardi 17 décembre.

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De nouvelles informations sont apparues au cours de l’enquête pour l’affaire de corruption qui secoue la Turquie depuis le début de la semaine. Cette enquête avait été lancée il y a un an après réception d’une lettre par le Bureau contre la contrebande et le crime organisé du Département de police nationale (KOM). Le texte expliquait que des terrains sur lesquels il était interdit de construire avaient été ouverts à la construction par le ministère de l’Environnement et de l’Urbanisation, ce qui avait permis à des bureaucrates de haut rang et des proches de ministres et d’industriels de réaliser des profits. Kanal D, chaîne de télévision privée turque, a dévoilé la vidéo réalisée en caméra cachée d’un ministre dont le nom n’a pas été révélé. Dans le film, l’homme politique reçoit un pot-de-vin de 1,5 millions de dollars de l’homme d’affaires irano-azerbaïdjanais, Reza Zarrab. Celui-ci a été accusé d’avoir été impliqué dans une fraude à l’exportation via l’utilisation de faux documents et aurait également accordé la nationalité turque à plu-

sieurs étrangers, en échange de pots-de-vin avec les fils de ministres turcs.

LA HALKBANK SERVAIT D’INTERMÉDIAIRE Mais la plupart des nouvelles informations dévoilées concernent la Halkbank, impliquée dans l’affaire de corruption et qui a fait l’objet d’une descente policière le mardi 17 décembre. Après une enquête au domicile du directeur de la Halkbank, Süleyman Aslan, la police a retrouvé 4,5 millions de dollars en liquide dissimulés dans des boîtes à chaussures. Pour de nombreux experts de médias proches du gouvernement, l’opération a révélé que la Halkbank agissait en toute indépendance et mettait en place sa propre politique. Le directeur général aurait apparemment été impliqué dans des opérations de blanchiment d’argent puisqu’il a autorisé des transferts d’argent illégaux. Depuis longtemps, la Halkbank sert d’intermédiaire

en matière d’échanges entre la Turquie et l’Iran. L’Iran subit un embargo très strict mis en place par les Nations unies à cause de son programme nucléaire. Le gouvernement turc aurait permis à la Halkbank de se charger des payements concernant ses importations énergique depuis l’Iran. La Turquie payait des livres et non des dollars pour ses achats en énergie et l’Iran déposait l’argent dans des banques turques pour ensuite acheter de l’or. La Halkbank servait d’intermédiaire pour l’ensemble de ces transactions.

LE SOUTIEN INDÉFECTIBLE D’ANKARA L’économiste et banquier, Murat Yülek, a déclaré que ce réseau de relations était déjà connu de tous, ajoutant que l’«Etat» avait demandé à la banque d’effectuer les transactions. Yülek a néanmoins insisté sur le fait qu’il connaissait très bien le directeur de la Halkbank, Süleyman Aslan, et qu’il n’était

pas le genre de personne à commettre un acte de corruption ou un détournement de fonds. Malgré la pression internationale, le gouvernement a continué à soutenir la Halkbank, affirmant que l’établissement continuerait d’agir en tant qu’intermédiaire. Le volume des échanges commerciaux entre les deux pays n’était que de 2,1 milliards de dollars en 2001 mais a atteint les 22 milliards de dollars en 2012, soit quasiment dix fois plus. De plus, le nombre d’entreprises iraniennes établies en Turquie a beaucoup augmenté durant cette période. L’année dernière, 590 nouvelles sociétés iraniennes se sont implantées en Turquie. Dans un entretien à Zaman, Ramazan Tas, directeur du département de l’économie de l’université technique d’Istanbul, a déclaré que l’Iran avait utilisé la Halkbank comme intermédiaire pour ses transferts d’argent qui ont atteint environ 100 milliards d’euros en deux ans et demi.

L’AKP dans les mailles du filet -

La corruption, problème d’envergure en Turquie, a entraîné la démission de plusieurs gouvernements par le passé. Selon les analystes, le même sort pourrait toucher l’AKP, dont certains membres, ainsi que des industriels et des bureaucrates, ont été impliqués dans l’affaire de corruption qui a éclaté la semaine dernière. La Turquie a connu l’arrivée au pouvoir de plusieurs partis politiques qui promettaient dans leur campagne d’éliminer la corruption mais qui ont dû quitter la scène politique à la suite d’accusations de corruption dans leurs propres rangs. «Les Turcs sont très sensibles à la corruption. Pour eux, celle-ci consiste à exploiter les pauvres. Beaucoup de partis politiques ont perdu leurs électeurs et leur pouvoir en raison d’accusations de corruption. D’autres partis politiques ont été interdit pour les mêmes motifs», a déclaré à Zaman le journaliste Nazli Ilicak.

LA CORRUPTION, FLÉAU DES PARTIS TURCS L’affaire de corruption et l’enquête ont entraîné une vive réaction du côté de l’AKP et du Premier ministre Erdogan qui a parlé d’une «sale opération» contre le gouvernement. 29 hauts responsables des départements de police d’Istanbul et Ankara qui avaient reçu l’ordre de mener l’enquête de la part du bureau du procureur ont été immédiatement limogés et deux nouveaux procureurs ont été nommés pour mener l’enquête à leur place. Les experts ont conclu, de par ces limogeages et ces nominations, qu’on essayait de ralentir le cours de l’enquête. L’enquête de cette affaire a par ailleurs soulevé des questions sur la capacité du gouvernement à lutter contre la corruption. En 2013, la Turquie a été classée

53e sur 177 pays en termes de corruption gouvernementale selon l’indice de perception de la corruption créé par le groupe de surveillance internationale Transparency International (TI).

Erdogan a qualifié l’enquête anticorruption de «sale opération» contre le gouvernement.

LE CIMETIÈRE DES PARTIS POLITIQUES Le président du Parti de la félicité (SP), Mustafa Kamalak, a déclaré que les Turcs n’appréciaient pas les mensonges ni la corruption et que, pour cette raison, ils souhaiteraient que l’Etat et le gouvernement soient représentés par «des personnes irréprochables». «C’est pour cela que, dans le cimetière des partis politiques de notre pays, on retrouve de nombreux partis qui ont perdu toute crédibilité aux yeux du peuple», a-t-il ajouté. Il a rappelé que le Parti de la mère patrie (ANAP/ANAVATAN) et le Parti social-démocrate populaire (SHP) avaient perdu leur pouvoir car ils avaient été impliqués dans des affaires de corruption. Kamalak a également déclaré que l’enquête aura un «immense impact» sur les élections locales de mars 2014 car le peuple tiendra l’AKP pour responsable de toute l’affaire. L’AKP N’A PAS TENU SA PROMESSE L’AKP est arrivé au pouvoir il y a un peu plus de dix ans en promettant de lutter contre la corruption. Lors de sa première campagne électorale avant de prendre le pouvoir en 2002, l’AKP avait promis qu’il éliminerait la corruption, en particulier au sein des institutions gouvernementales, et qu’il combattrait la pauvreté et l’injustice. Les Turcs, lassés des affaires de corruption dans leur pays, ont voté en majorité pour l’AKP dans l’espoir que les stratégies

anti-corruption du parti aideraient à résoudre les problèmes chroniques du pays. En 2002, le parti est arrivé au pouvoir avec 35 % des votes. Lors des élections de 2007 et de 2011, l’AKP a continué de gagner la majorité des votes. «Le Parti de la mère patrie a perdu de nombreux électeurs lors des élections locales de 1989 à cause d’accusations de corruption. Après cela, le Parti social-démocrate populaire a été ébranlé par le scandale de l’administration de

l’eau d’Istanbul (ISKI) et a perdu les élections. Le scandale de l’ISKI a entraîné la montée du Parti de la prospérité (RP) et l’élection d’Erdogan en tant que maire d’Istanbul», a déclaré Ilicak. Lors de ses premières années au pouvoir, l’AKP a poursuivi une politique anti-corruption efficace en créant des amendements aux lois nationales. Mais l’enquête en cours montre que le gouvernement de l’AKP n’a pas su tenir sa promesse de lutte contre la corruption.


08 TURQUIE

27 DECEMBRE - 02 JANVIER 2014 ZAMAN FRANCE

Gül : «La corruption ne doit pas être étouffée» Alors que les limogeages se poursuivent dans les forces de police et dans les chaînes de télévision turques, le président Abdullah Gül est sorti de sa réserve et a appelé à ne pas «étouffer» les affaires de corruption.

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Le président turc Abdullah Gül a souhaité mardi que toute la lumière soit faite sur les affaires de corruption qui agitent le pays, et que la justice fasse son travail en toute indépendance. «De nombreuses réformes ont été faites en Turquie. Dans un pays où de telles réformes se sont produites, s’il y a eu de la corruption et des erreurs, elles ne doivent pas être étouffées», a-t-il déclaré à des journalistes. «Les cas de corruption présumés doivent être transmis aux tribunaux. Des tribunaux indépendants travailleront et se prononceront là-dessus», a ajouté le chef de l’Etat.

Abdullah Gül, président turc, s’est exprimé mardi sur l’affaire de corruption.

De nouvelles révélations dans l’affaire de corruption -

Des enregistrements et vidéos ont fait surface ces dernières heures en Turquie dans l’affaire de corruption où sont impliqués quatre ministres AKP. Un grand magnat de la construction aurait obtenu l’aide du Premier ministre Erdogan et du ministre de l’Environnement et de l’Urbanisation, Erdogan Bayraktar, concernant un projet de construction sur un site d’Istanbul dont il était propriétaire, rapporte le Taraf lundi 23 décembre. L’industriel Ali Agaoglu a été relâché la semaine dernière après avoir été mis en garde à vue.

«J’Y SUIS ARRIVÉ GRÂCE AU PREMIER MINISTRE» Agaoglu avait acheté une parcelle de terrain en 2011 mesurant quasiment 65.000 mètres carrés dans le quartier de Bakirköy à Istanbul. Un an plus tard, Agaoglu a soumis son projet d’élargissement à la municipalité d’Istanbul. Le conseil municipal a été unanime et a rejeté la proposition d’agrandis-

sement de la zone de 193 %. Si les requêtes d’Agaoglu avaient été acceptées, la partie du terrain réservée aux zones vertes serait passée de 37.000 à 23.000 mètres carrés alors que la zone totale de construction aurait été agrandie jusqu’à 170.000 mètres carrés. Suite au rejet par le conseil municipal, la question a ensuite été résolue par l’intermédiaire du Premier ministre Erdogan, toujours selon le quotidien. Dans une écoute téléphonique avec Timur Soysal, membre du conseil municipal, Agaoglu disait : «J’y suis arrivé grâce au Premier ministre. Vous, vous n’avez rien fait. J’en ai aussi parlé à Kadir Topbas [maire d’Istanbul] mais il n’a rien pu faire. Je suis alors allé voir le big boss [très certainement une référence directe au Premier ministre Erdogan] qui en a parlé au ministre [de l’Environnement et de l’Urbanisation, Bayraktar]. ‘Réglez le problème’ a-t-il [le Premier ministre] dit». Au cours de la conversation téléphonique, Agaoglu s’est éga-

Agaoglu avait acheté un terrain dans le quartier de Bakirköy à Istanbul.

lement plaint du fait que Topbas n’avait fait que retarder la résolution de la question. Agaoglu souhaitait relever la hauteur des bâtiments de 35 à 70 mètres, faisant ainsi doubler la zone de construction. Quand son projet a été rejeté par la municipalité d’istanbul, Agaoglu aurait parlé de la question au fils de Bayraktar et à Sadik Soylu, le conseiller du ministre. Agaoglu aurait eu le feu vert de Bayraktar lors d’une conversation téléphonique datant du 1er février où Agaoglu aurait demandé à Bayraktar de lui parler de «cette chose». Le ministre lui aurait répondu : «Faites comme vous voulez. Peu importe la décision de la municipalité d’Istanbul».

Purges dans la police et les médias -

Les autorités turques ont renvoyé et remplacé près de 120 chefs de police depuis le début de l’enquête sur l’affaire de corruption. Les médias ont rapporté le dimanche 22 décembre que 28 chefs de police avaient été limogés en plus des 85 autres au cours de la semaine passée. Sept chefs de police, 13 chefs de police adjoints, 79 chefs de section et 14 chefs de département ont été réaffectés ou limogés. Certains prévoient que 180 autres policiers seront prochainement licenciés à leur tour. L’AKP a également

licencié la semaine dernière le rédacteur en chef de la chaîne publique turque de la TRT, société de radio et de télédiffusion. Ahmet Böken, rédacteur en chef de la TRT et son adjoint, Ahmet Çavusoglu, ont ainsi été limogés. Böken travaillait auparavant en tant que rédacteur en chef de la chaîne de télévision STV. Le gouvernement n’a pas spécifié la raison du limogeage. Le lundi 23 décembre, le gouvernement a annoncé qu’Ahmet Cemaleddin Çelik avait été nommé en tant que nouveau président de la Direction des télécommunica-

tions (TIB), impliquée dans des écoutes téléphoniques.

UN NOUVEAU DÉCRET Enfin, les avocats ont exprimé leur opposition à un décret entré en vigueur samedi et obligeant les chefs de police à informer leurs supérieurs dans le cas où une enquête serait initiée par des procureurs. Les avocats ont en effet demandé au Conseil d’Etat de supprimer le texte au motif qu’il violait la confidentialité des enquêtes et qu’il ne respectait pas la séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire.

MON AVOCAT CANAN ÖZENICI

A quand la libre circulation des Turcs dans l’UE ? En raison de sa situation géographique particulière, la Turquie, aux portes de l’Irak, l’Iran et la Syrie est un carrefour migratoire et notamment l’un des principaux points de passage des immigrants en direction de l’Europe. L’Union Européenne espérait depuis de long mois faire accepter par la Turquie le «retour» des migrants clandestins expulsés qui avaient rejoint l’UE depuis son territoire. Depuis 2012, le gouvernement de Recep Tayip Erdogan avait pris la décision de suspendre la signature d’un tel accord à la levée de l’obligation de visa des ressortissants de nationalité turque. C’est lundi 16 décembre dernier, que la Turquie a signé lundi à Ankara avec l’Union européenne cet accord qualifié d’historique et qui doit permettre, à l’horizon 2017, la levée de l’obligation de visa imposée par Bruxelles à ses ressortissants. «La porte de l’Europe sans visa va désormais être ouverte», s’est félicité M. Erdogan, assurant que «la Turquie remplira sans faille tous les engagements qui lui incombent à propos de l’accord de réadmission». En contrepartie, l’UE s’est engagée à garantir une circulation sans visa aux Turcs dans un délai de trois ans et demi. Naturellement, comme dans tous les accords internationaux, l’inexécution de ses obligations par l’une des parties permet à l’autre de dénoncer l’accord. Il s’agit là bien évidemment d’une grande avancée pour le peuple turc et l’intensification des affaires entre la Turquie et la zone euro (les hommes d’affaires turcs étant toujours consternés par les démarches à effectuer pour l’obtention d’un visa ce qui freine bien évidemment la vie des affaires). Mais avant de prévoir les vacances de votre tante turque à Paris, encore faudra-il étudier les contours de la levée de l’obligation de visa et notamment le fait de savoir si cette levée est d’une portée générale ou uniquement destinée à des catégories particulières. Mais cette question sera l’objet d’une prochaine rubrique ! Pour vos questions : ceruguz@yahoo.fr

RÈPUBLIQUE DE TURQUIE IZMIR ier LE 1 TRIBUNAL FAMILIAL AU NOM DU PEUPLE TURC JUGEMENT MOTIVÈ Numéro de Fond :2008/614 Numéro de Décision :2012/569 Juge : CEZMÝ BAKTIR - 21562 Greffier : GÜLÝZ DEMÝRÇELÝK - 103815 Demandeur : Mons. COÞKUN ÝNAN, titulaire de la carte d'identité nationale n° 48319484562, domicilié à 14-18 Rue Edouard Vaillant 930170 Paris / France Assisté de

: Avocat Maitre ÇAÐLAYAN ÝNAN, ayant le bureau sis à 1364 Sk. No:14 K:4/402 Semahan Çankaya Konak/ÝZMÝR Défenderesse : Mme. GISMONDE FRANÇOÝSE FERAND Notification publique Procès : Reconnaissance et exequatur de la décision de divorce Date du Procès : le 24 Juillet 2008 Date de la Décision : le 12 Juillet 2012 Date de Délivrance : le 17 Juillet 2012 En fin de l'audience publique en cette cause de reconnaissance et d'exequatur de la décision de divorce introduite devant notre Tribunal par la partie demanderesse contre la partie défenderesse: JUGEMENT : Par ces motifs, le Tribunal Déclare la demande recevable et fondée, 1- Autorise LA RECONNAISSANCE et L'EXEQUATUR de la décision de divorce rendue par le Tribunal de Grande Instance de Bobigny, nr. de fond: 17866/95, qui est devenue définitive en date du 16 Décembre 1996 entre le sieur COÞKUN INAN, la partie demanderesse, né le 03 Septembre 1960 à Tuzlukçu, fils de Bahri et de Ferdane, titulaire de la carte d'identité nationale n° 48319484562, inscrit à la population de la province: Konya, de l'arrondissement: Tuzlukçu, du quartier: Asagi sous les numéros de volume: 62, d'ordre: 50 et d'ordre de famille: 49 et la dame GISMONDE FRANÇOISE INAN, la partie défenderesse, de nationalité française auusi, né 13 Octobre 1944 à Bevava/France, fille de Paul Raymond et de Georgette Albertine Clémence, titulaire de la carte d'identité nationale n° 48214488054 2-Autorise noter le jugement de la reconnaissance et de l'exequatur de la décision de divorce sous celle rendue par le Tribunal étranger. 3-Le montant de 7,15 TL soit perçu de la partie défenderesse par voie de la déduction de 14,00 TL du frais de procédure de 21,15 TL en vertu de la Loi nr. 429. 4-Le frais de procédure 30,30 TL, le frais de dossier 0,60 KR, le frais de notification 9,00 TL, l'avance de notification à l'étranger 91,00 TL, le frais d'expertise 980,00 TL, le frais de notification à l'étranger 101,36 TL, en total 1.212,26 TL et les honoraires 1.200,00-TL seront à la charge de la partie défenderesse. Ainsi jugé et prononcé contradictoirement à l'égard des deux partie, avec la faculté d'interjeter appel dans 15 jours, donné bonnes et dues explications. Le 12 Juillet 2012. B: 78597


09 ECONOMIE Sefamerve, une start-up au succès international

27 DECEMBRE - 02 JANVIER 2014 ZAMAN FRANCE

Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif et Carlos Ghosn, PDG du groupe Renault-Nissan.

Vers une embellie française en 2014 ? Sefamerve propose des vêtements féminins à la fois modestes, chics et à prix abordable.

La jeune start-up Sefamerve est classée dans le top 3 des sites turcs de e-commerce. Sa créatrice, Oya Okur Erciyes, explique le succès de cette entreprise à Zaman.

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Déjà classée dans le top 3 des sites turcs de e-commerce qui exportent à l’étranger, Sefamerve («voyage vers l’espoir») poursuit aujourd’hui sa conquête internationale. La start-up propose des vêtements féminins à la fois modestes, chics et à prix abordable. Actuellement, l’entreprise reçoit des commandes de plus de 60 pays, situés principalement en Europe et au Moyen-Orient. Oya Okur Erciyes, l’une des fondatrices de la société, a déclaré à Zaman qu’il a toujours été difficile pour les femmes musulmanes de trouver des vêtements dans le commerce. C’est en revenant diplômée en Turquie après plusieurs années passées au Canada qu’Erciyes a voulu lancer une entreprise spécialisée dans les vêtements pour femmes musulmanes.

ETENDRE LES VENTES À 2 MILLIARDS DE PERSONNES Sefamerve est née à l’été 2011, lorsque l’entreprise a commencé à diffuser des publicités sur Facebook. Pour Mehmet Okur, le frère d’Oya et son associé, la société a évolué plus rapidement que prévu et il raconte qu’ils ont dû rapidement travailler sur la qualité de leurs produits et de leur site. Le site internet a vite dépassé sa fréquentation initiale de 30.000 utilisateurs et compte aujourd’hui plus de 2,6 millions d’utilisateurs. Okur rappelle d’ailleurs que la société a pour objectif d’étendre son marché à 2 milliards de personnes dans le monde. D’ailleurs, l’entreprise a déjà ouvert des bureaux aux Pays-Bas et au Maroc. Le site internet a récemment été listé dans le top 100 du classement du Red Herring, magazine américain qui recense les 100 startup les plus prometteuses d’Europe. Cette année, Sefamerve est la seule société turque à y figurer. «Sefamerve s’appuie principalement sur l’accessibilité des prix de ses produits», a souligné Oya Okur Erciyes. Gagner la confiance des utilisateurs, créer une marque qui puisse satisfaire les besoins vestimentaires des femmes sont les principaux objectifs de l’entreprise, dont le succès ne peut être atteint par la seule accessibilité des prix, selon le fondateur. 1000 COLIS ENVOYÉS EN EUROPE CHAQUE JOUR «Les vêtements vendus dans le commerce ne nous intéressaient pas et étaient trop chers. Je devais trouver une solution. Nous avons également apporté quelques nouveautés sur certains produits déjà sur le marché, en demandant à nos fournisseurs de rallonger une manche ou un bas par exemple», a noté Oya Okur Erciyes. Chaque mois, ce sont environ 30.000 colis qui sont envoyés aux clients. L’entreprise emploie actuellement 55 personnes et

possède deux bureaux à Istanbul, en plus de travailler avec plus de 500 fournisseurs. «En un seul jour, 1000 colis sont envoyés en Europe, et en particulier en France, où vivent de nombreux musulmans d’Afrique du Nord. Mais nous rencontrons parfois des problèmes au niveau des douanes européennes. Autrement, nous pourrions atteindre un volume de vente plus important», a ajouté la chef d’entreprise turque.

La France devrait connaître une timide embellie économique en 2014 après une quasi-stagnation en 2013, une année marquée par un chômage record. Les économistes prévoient que le PIB augmentera de moins de 1 % l’an prochain, principalement grâce à une amélioration globale en Europe, ce qui n’aidera guère la France à réduire ses déficits et pourrait ne pas suffire à redresser l’emploi. L’Insee a annoncé jeudi prévoir une croissance de 0,2 % aux premier et deuxième trimestres, insuffisante pour inverser la courbe du chômage qui se stabiliserait à 11 % fin juin. L’institut souligne notamment que le redémarrage espéré de l’investissement des entreprises devrait être trop faible pour être un vrai moteur pour la croissance. Déçus par une réforme des retraites qu’ils ont jugée trop timide, les partenaires de la France et de nombreux économistes espèrent que l’exécutif accélèrera le rythme des réformes après les élections municipales de mars et les européennes de mai.

LE FLOU RÈGNE SUR LES OBJECTIFS DE PARIS Le gouvernement nie tout ralentissement sur ce front et dispose d’arguments en sa faveur comme le récent accord des partenaires sociaux sur la formation professionnelle, la loi Hamon sur la consommation ou les réformes annoncées du travail du dimanche et du statut de l’entrepreneur individuel. Le flou règne en revanche sur les objectifs de la «remise à plat» de la fiscalité, annoncée par surprise. L’exécutif évite en particulier de préciser s’il pourrait déboucher sur une baisse des prélèvements sur les entreprises, ce qui prolongerait l’effort pour la compétitivité engagé avec la création du CICE (Crédit d’impôt compétitivité emploi). En cette période de sortie de crise laborieuse, de chômage élevé et de hausses d’impôts, le flou de la communication gouvernementale ne fait rien pour arranger les choses. «Il y a un problème de confusion en France. Il n’est pas sûr qu’il y ait une direction claire et précise», estime Philippe Gudin, chef économiste Europe de Barclays.


10 INTERNATIONAL Hollande regrette sa «boutade» sur l’Algérie 27 DECEMBRE - 02 JANVIER 2014 ZAMAN FRANCE

Une «boutade» lancée par le Président de la République française sur l’insécurité en Algérie avait fait scandale. François Hollande a adressé ses regrets sincères pour cet incident.

François Hollande fêtait les 70 ans du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) le 16 décembre.

François Hollande a fait part dimanche de ses regrets sincères «pour l’interprétation qui est faite» de sa boutade sur la sécurité en Algérie et a jugé la polémique sans fondement tandis qu’Alger déplorait un «incident regrettable». Des responsables de l’opposition avaient auparavant demandé au président français de présenter des excuses officielles, jugeant ses propos déplacés ou indignes de sa fonction. François Hollande, qui fêtait les 70 ans du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) le 16 décembre, s’était félicité de la présence dans la salle du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, de retour d’Algérie. «Il en revient sain et sauf, c’est déjà beaucoup», avait-il dit sur le ton de la plaisanterie. Le chef de l’Etat a estimé dimanche que ces «quelques mots» faisaient «l’objet d’une polémique sans fondement». «Chacun connaît les sentiments d’amitié que François Hollande porte à l’Algérie et le grand respect qu’il a pour son peuple, comme l’ont prouvé la visite d’Etat qu’il a effectuée en décembre dernier (2012)», écrit l’Elysée dans un communiqué. «Il exprime ses sincères regrets pour l’interprétation qui est faite de ses propos et en fera directement part au président (algérien Abdelaziz) Bouteflika», ajoute le texte.

ALGER SATISFAIT DES REGRETS A Alger, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a pris connaissance «avec satisfaction» du communiqué de l’Elysée, a dit son porte-parole, cité par l’agence Algérie

presse service (APS). «En particulier les sentiments d’amitié qu’il porte à l’Algérie et le grand respect qu’il a pour son peuple que le président français a tenu à réitérer», a ajouté celui-ci. D’abord passée inaperçue, la boutade de François Hollande a été relayée sur les réseaux sociaux et a indigné la presse algérienne. En France, le président de l’UMP JeanFrançois Copé a regretté «le dernier dérapage verbal du président de la République». «Sur un thème aussi important que la relation de la France avec l’Algérie, l’exigence de la fonction présidentielle n’autorise pas une formule aussi déplacée», écrit-il sur son compte Twitter. Du côté de l’UDI, Dominique Paillé a déploré une «attitude affligeante». A gauche, Jean-Luc Mélenchon a tweeté que la boutade de François Hollande lui avait donné «la nausée». En Algérie, le quotidien El Watan a dénoncé dimanche «une plaisanterie de mauvais goût» et «des insinuations pathétiques». «Alger s’indigne», titre-il en une. Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, avait parlé samedi d’une «moins-value» dans les relations entre les deux pays. «L’année 2012 s’est terminée avec le succès éclatant de la visite d’Etat du président Hollande en Algérie. L’année 2013, n’est pas encore terminée, et nous ne souhaitons pas la terminer sur une mauvaise note. Je souhaite que nous puissions trouver les moyens, dans les jours qui nous séparent, de tourner la page de cet incident regrettable», avait-il dit cité par l’APS.

Centrafrique : des manifestations contre l’armée française

Les manifestants veulent dénoncer «la partialité» des militaires français déployés depuis début décembre en République centrafricaine.

MALICK HAMID Des milliers de musulmans ont manifesté pacifiquement, ce dimanche, à Bangui pour protester contre l’armée française, après la mort, quelques heures plus tôt, de trois combattants de l’ex-rébellion Séléka, au cours d’un accrochage avec des soldats français. Dimanche matin, trois combattants Séléka ont été tués dans un accrochage avec des soldats français, au cours d’une opération de désarmement des groupes armés dans un quartier nord de la ville. Ce qui a provoqué un accès de colère d’une partie de la population descendue dans la rue. «Non à la France», «Hollande criminel !», scandaient notamment les manifestants, qui entendaient dénoncer «la partialité» des militaires français déployés depuis début décembre

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en République centrafricaine (RCA), où ils tentent de mettre fin à des violences inter-religieuses à grande échelle. Rassemblés dans le centreville, les protestataires, portant pancartes, ont marché pendant près d’une heure sur une grande avenue, vers le quartier musulman PK-5. Le rassemblement s’est déroulé sans incident, dans une ville pourtant à feu et à sang, depuis trois semaines entre chrétiens et musulmans. Selon l’AFP, l’état-major français a refusé de s’exprimer sur le sujet jusqu’à présent. Selon le chef de l’une des factions de la Séléka, Abacar Sabone, les trois ex-rebelles ont été tués « alors qu’ils étaient armés, certes, mais ils n’avaient montré aucun hostilité envers les Français et n’ont pas fait usage de leurs armes ». En partenariat avec Afrik.com


11 INTERNATIONAL

27 DECEMBRE - 02 JANVIER 2014 ZAMAN FRANCE

Offensive de l’armée pakistanaise à la frontière afghane Une opération menée contre les talibans par l’armée pakistanaise à la frontière afghane aurait fait des dizaines de morts parmi les civils, selon le récit des habitants du Nord-Waziristan.

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Des étudiants de la région du Nord-Waziristan au Pakistan.

Des habitants de la région pachtoune du Nord-Waziristan au Pakistan ont accusé l’armée lundi d’avoir tué des dizaines de civils lors d’une opération menée contre les insurgés talibans. L’opération a fait suite à un attentat suicide le 18 décembre à un point de contrôle dans les montagnes du Nord-Waziristan, place forte des islamistes taliban liés à Al Qaïda, à la frontière avec l’Afghanistan. Des rumeurs de lancement d’une offensive militaire dans les zones tribales de la frontière avaient

couru après la tentative avortée du gouvernement d’engager le mouvement taliban pakistanais dans des négociations de paix. Selon l’armée pakistanaise, une trentaine d’activistes, des Ouzbeks pour la plupart, ont été tués dans l’opération. «Les forces de sécurité ont exercé la plus grande retenue pour éviter les dommages collatéraux», dit-elle dans un communiqué. L’armée pakistanaise «réaffirme que l’action militaire engagée contre les terroristes au Nord-Waziristan le 19 décembre était en réponse à

une tentative d’embuscade d’un convoi militaire par des terroristes». Cette opération, poursuit le communiqué, «visait spécifiquement des terroristes étrangers retranchés dans un complexe non loin de là». L’armée ne dit rien des victimes civiles signalées par les habitants. Le service de presse de l’armée n’a pu être contacté à ce sujet. Les autorités pakistanaises ont imposé un couvre-feu et, selon les habitants, de nombreuses personnes ont dû fuir de leur domicile après plusieurs jours de bombardements effectués par des hélicoptères de combat dans la région de Mir Ali.

CONVOCATION D’UNE «JIRGA» Selon les habitants, il y aurait des dizaines de morts. «Du premier jour de l’attaque jusqu’à maintenant, 70 civils ont été tués», a déclaré un responsable taliban de Mir Ali qui a requis l’anonymat. Il dit craindre des représailles de l’Etat. «Des chauffeurs de véhicules, des hôteliers, des commerçants ont été abattus directement et des dizaines ont été tués dans les bombardements contre la population civile», dit-il. Les informations en provenance du Nord-Waziristan sont difficiles à vérifier de manière indépendante parce que journalistes et observateurs ne sont pas autorisés à travailler sur le terrain. Les terres pachtounes le long de la frontière afghane n’ont jamais pu être totalement contrôlées par l’Etat. Le commandant taliban Hafiz Gul Bahadur a promis que les insurgés répondraient en lançant une contre-offensive de grande ampleur contre les positions de l’armée si les attaques contre les civils ne cessaient pas lundi. Un responsable de l’administration du Nord-Waziristan a déclaré que des chefs tribaux et des représentants de l’armée avaient convoqué lundi une «jirga», une assemblée, pour tenter de négocier la fin des hostilités. Selon les habitants, des cadavres ont été laissés à la vue de tous dans les villages de Mosaki et Hasukhel.

Pour les Nigériens, Areva doit payer plus d’impôts

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Un gros millier de manifestants se sont rassemblés samedi devant le siège d’Areva à Niamey, pour exiger que le groupe français paye plus d’impôts aux autorités nigériennes. Selon les organisateurs, environ 2.000 personnes ont participé à la manifestation. Le Niger veut augmenter la redevance perçue par l’Etat sur l’exploitation de l’uranium. De 5,5% du chiffre d’affaires, elle pourrait être portée à 12%, selon les bénéfices réalisés, conformément à une loi adoptée en 2006. Areva, qui exploite depuis plus de 40 ans des mines au Niger, ancienne colonie française, juge de son côté qu’une telle augmentation mettrait en cause la rentabilité des sites du pays. «Areva, respecte la loi au lieu de l’écrire», et «Areva, stop : 45 ans d’escroqueries, ça suffit !», pouvait-on lire sur les panneaux portés par les manifestants. «Notre Constitution de 2010, donne au peuple nigérien la propriété exclusive des ressources naturelles», a déclaré Ali Idrissa, responsable de Rotab, une association à l’origine de la manifestation. «Ce n’est pas aux entreprises de choisir leur propre régime fiscal.»


12 CULTURE

27 DECEMBRE - 02 JANVIER 2014 ZAMAN FRANCE

«La République : nouvel individu, nouvelle vie» Une nouvelle exposition présentée par l’Institut de recherche d’Istanbul revient sur la Turquie postEmpire ottoman, à travers de grandes figures de la République qui ont marqué les domaines de l’archéologie, de la musique, de l’architecture, de la littérature et des arts du spectacle. RUMEYSA KIGER ISTANBUL A l’occasion du 90e anniversaire de la République de Turquie, l’Institut de recherche d’Istanbul propose une exposition intitulée «La République : nouvel individu, nouvelle vie». Organisée par Ekrem Isin, l’exposition se plonge, à force d’archives, dans le parcours du nouvel individu et du nouveau mode de vie qui ont caractérisé la Turquie après la chute de l’Empire ottoman. «Le thème de l’exposition remonte au début des années 1930 et met en lumière la fondation miraculeuse de la République de

Pour Ekrem Isin, l’exposition est une tentative de réévaluer le modernisme, le «nouvel individu» et la «nouvelle vie».

Turquie et la renaissance qui a pu avoir lieu grâce au travail de scientifiques, intellectuels, professeurs, soldats, médecins, ingénieurs et autres avocats fiers et enthousiastes», explique Isin. «Muhsin Ertugrul, Ahmed Adnan Saygun, Ilhan Usmanbas, Sedad Hakki Eldem, Turgut Cansever, Halet Çambel et Oktay Rifat spécialistes de l’art, de la musique, de l’architecture, de l’archéologie et de la littérature illustrent parfaitement ce "nouvel individu" à la fois curieux, créatif, imaginatif et ingénieux qui a donné naissance à cette "nouvelle vie"», ajoute Isin. Toutes les histoires de ces individus forment une anthologie de la modernisation, dans laquelle on peut voir la transition progressive d’une vie caractérisée par des restrictions à une autre où les frontières sont élargies», note Isin.

LE DÉBUT DU MODERNISME Pour Ekrem Isin, l’exposition est une tentative de réévaluer le modernisme, le «nouvel individu» et la «nouvelle vie» à travers de grandes figures de la République qui ont fortement marqué les domaines de l’archéologie, de la musique, de l’architecture, de la littérature et des arts du spectacle. Halet Çambel, première archéologue femme en Turquie, fait partie de ces grandes figures. «Elle a fait de ses recherches des projets sociaux pour le peuple d’Anatolie», précise Isin. Les problèmes fondamentaux qui existaient au cœur de l’architecture républicaine ont été principalement résolus au niveau intellectuel avec Sedad Hakki Eldem, puisqu’il a édifié un pont entre tradition et modernisme. Isin s’exprime également sur cet autre architecte qui a

marqué la fondation de la République, Turgut Cansever : «Sa façon de penser pourrait très bien être le modernisme du Corbusier ou le wahdat al-wujud (unité de l’être) d’Ibn Arabî. A mi-chemin entre modernisme et métaphysique, l’architecture de Cansever a fait avancer la quête de la civilisation de la République de Turquie».

LES ARTS DU SPECTACLE POPULARISÉS Dans une veine similaire et tout comme les autres intellectuels de son temps, Muhsin Ertugrul a associé le théâtre moderne et l’expérience cinématographique qu’il avait acquise à Paris, Berlin et Moscou à sa connaissance de la civilisation turque. Il voyait les arts du spectacle comme un moyen de transformer la société et une façon de populariser le goût du beau. «Il utilisait les techniques de l’expressionnisme allemand et du futurisme soviétique pour construire une Nouvelle vie. Il a eu du succès. De nombreux théâtres et cinémas créés pendant l’ère républicaine portent sa signature», fait remarquer Isin. Quant à Ahmed Adnan Saygun, écrit Özkan Manav dans un article du catalogue de l’exposition, c’est l’un des principaux musiciens à avoir contribué à l’intégration de la musique polyphonique : «Il est le premier à avoir porté sur la scène internationale la composition musicale en Turquie. En plus d’être compositeur, Saygun était également éducateur et intellectuel. La marque qu’il a laissée sur la musique polyphonique en Turquie peut être comparée à celle que Sedad Hakki Eldem a laissée sur l’architecture ou à celle que Muhsin Ertugrul a laissée sur la dramaturgie».

Pas de film français pour l’Oscar du meilleur film étranger -

«Renoir», le film français de Gilles Bourdos consacré à la fin de la vie du peintre Auguste Renoir, ne figure pas dans la liste des neuf longs métrages retenus pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Au total, 76 films avaient été présentés au choix de l’Academy of Motion Picture Arts & Sciences. Parmi les films encore en lice figure «La Grande Belezza», de l’Italien Paolo Sorrentino, qui était en compétition au dernier Festival de Cannes. «La Chasse», du Danois Tomas Vinterberg, qui a valu un prix d’interprétation à Mads Mikkelsen en 2012 à Cannes, et «L’image manquante», du cinéaste cambodgien Rithy Panh, sont également dans cette préliste diffusée vendredi, qui sera réduite à cinq films en janvier.Sorti trop tardivement aux Etats-Unis, «La Vie d’Adèle», d’Abdellatif Kéchiche, palme d’Or sur la Croisette, ne pouvait être pré-sélectionné

par la France pour concourir au prix du meilleur film en langue étrangère. Mais d’après le quotidien Variety, il pourrait figurer dans n’importe quelle autre catégorie des prix décernés par l’Academy of Motion Picture Arts & Sciences, à commencer par le prix de la meilleure artiste pour Adèle Exarchopoulos ou Léa Seydoux. La liste complète des nominations sera connue le 16 janvier et la cérémonie aura lieu le 2 mars. L’an dernier, l’Oscar du meilleur film en langue étrangère était allé au film franco-autrichien «Amour», de Michael Hanecke, avec Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva.


13 CULTURE

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AGENDA CULTUREL

Islam des mondes

Le 30 décembre à 18h20 Cinéma Odyssée 3, rue des Francs-Bourgeois 67000 Strasbourg

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«Chronologiquement dernier, le Jugement est logiquement premier, puisqu’il donne sens à tout ce qui a précédé» actions. Le Coran lie en effet de manière directe les actes des individus et leur foi : «L’homme bon est celui qui croit en Dieu, au Jour dernier, aux anges, au Livre et aux prophètes» (II:177). Les actions de chacun sont ainsi systématiquement recueillies et consignées par deux anges qui, assis l’un à gauche, l’autre à droite, témoigneront au Jour du Jugement dernier. «[…] Toute âme recevra [alors] ce qu’elle aura gagné ; il n’y aura point d’injustice ce jourlà» (XL:17). Et si le Jugement est

UN AVERTISSEMENT FAIT AUX HOMMES L’islam, parachèvement des religions du Livre, partage avec les eschatologies juive et chrétienne un certain nombre d’éléments, dont notamment le Jugement dernier, jugement à la fois individuel et universel, les notions de paradis et d’enfer, ou encore l’image de la balance pour peser les actions des hommes (Job 31:6). Néanmoins, en islam, les enseignements coraniques peuvent être considérés comme ayant, globalement, une visée eschatologique : le Coran (qur’ân, «proclamation», «appel») est un avertissement adressé aux hommes, afin qu’ils soient informés des châtiments qui les menacent (XVIII:1-3). Un prophète est «celui qui avertit» (mundhir) : «Dieu envoya les prophètes chargés d’annoncer et d’avertir» (II:213). La foi, l’existence et les actes des hommes n’ont de sens que par rapport au Jugement final qui les départagera définitivement à la fin des temps. Chronologiquement dernier, le Ju-

METTRE UN TERME À L’INJUSTICE La fin des temps en elle-même est présentée dans le Coran comme comportant trois moments distincts : l’anéantissement (fanâ’) de toutes les créatures, la résurrection des morts (qiyâma) et le rassemblement (hashr) en vue du Jugement final. Des signes précurseurs les auront néanmoins précédés : lorsque l’Heure (as-sâ‘a) arrivera, au premier son de la trompe (sûr), un cataclysme réduira la terre et les montagnes en poussière et les emportera dans les airs (LXIX:13-14). Le ciel s’ouvrira, les étoiles s’obscurciront, le soleil sera décroché (LXXXI:1-3) et la lune se fendra (LIV:1). Autre signe, qui ne figure pas dans le Coran, mais qui est largement attesté dans la tradition islamique : l’arrivée du Dajjâl, de l’«Imposteur». Appelé également al-Masîh ad-Dajjâl, «Faux Messie» (c’est l’Antéchrist des sources chrétiennes), il répandra durant quarante jours ou quarante ans l’injustice sur la terre. Il sera combattu par le Mahdi, sauveur eschatologique, qui viendra restaurer la justice et préparer le monde à la Résurrection et au Jugement final, – avant que JésusChrist ne tue ad-Dajjâl, l’Antéchrist.

Le 27 décembre à 18h20 Cinéma Odyssée 3, rue des Francs-Bourgeois 67000 Strasbourg

Oman et la mer

Cartes, tableaux et maquettes rares qui retracent 5.000 ans d’histoire omanaise. La thalassocratie du sultanat d’Oman, empire maritime à cheval entre l’Afrique et l’Asie, la route de l’encens, l’histoire de ses navires mythiques : le Bedan, le Zharookah, le Jewel of Muscat… Jusqu’au 5 janvier Musée national de la Marine 17, place du Trocadéro 75116 Paris

Alaïa

La première rétrospective consacrée au couturier Azzeddine Alaïa. Arrivé à Paris au milieu des années 50, le Tunisien Alaïa est très rapidement devenu l’un des symboles du raffinement parisien. Jusqu’au 26 janvier Palais Galliera 10, avenue Pierre Ier de Serbie 75016 Paris

de manière aussi irrégulière qu’ancienne. Du VIIIe siècle, où la région de Narbonne était une province arabe, à la deuxième moitié du XXe siècle où la France accueille les ouvriers de ses Trentes Glorieuses, c’est 13 siècles d’Histoire partagée, et d’identités multiples qui se fondent aujourd’hui dans le creuset de la République.

ONE-MAN-SHOW

La France côté Islam : une vieille Histoire juifs algériens, musulmans turcs que chrétiens libanais. Comme l’a souligné un rapport récent qui a fait polémique, la France serait bien inspirée de reconnaître sa dimension «arabo-orientale». Et ce, d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un accident de l’Histoire, mais bien d’un mouvement continu, d’un flux qui innerve la France

Une petite ville d’Anatolie. La belle Meryem est mariée à Mustafa, parti à Istanbul chercher du travail. En attendant de pouvoir le rejoindre, Meryem vit chez sa belle-famille, où elle finit par devoir assumer toutes les tâches quotidiennes. Sa propre mère lui recommande d’être patiente et résignée. Finalement, son beaupère accepte de l’envoyer à Istanbul rejoindre son mari… Un drame d’Atalay Tasdiken (Turquie, 2013, 1h40, VOST).

gement est logiquement premier, puisqu’il donne sens à tout ce qui a précédé.

& à voir...

L’expression «arabo-oriental», les auteurs l’entendent à la fois sur les plans géographique et religieux. Il est en effet question de ces hommes et de ces femmes «du Maghreb, de la Turquie, d’Egypte, du Moyen-Orient et du Proche-Orient» vers lesquels la France est allée, ou qui sont venus à elle, et qui pouvaient être aussi bien

Meryem

EXPOSITION

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signe que Dieu est Juste, il témoigne tout autant de Sa bonté, puisque le monde qui attend les hommes bons est meilleur que celui dans lequel ils vivent : «La vie de ce monde n’est qu’un jeu et une frivolité ; la vie future vaut mieux pour ceux qui craignent [Dieu]» (VI:32).

Behzat Ç. : Ankara brûle [Behzat Ç.: Ankara Yaniyor]

Behzat Ç. est remplacé à la direction de la brigade criminelle par son collègue Himmet. Il crée une unité antiterroriste suite à l’attentat dont est victime le ministre de l’Intérieur… Un thriller de Serdar Akar (Turquie, 2013, 1h46, VOST). «La vie de ce monde n’est qu’un jeu et une frivolité ; la vie future vaut mieux pour ceux qui craignent [Dieu]» (VI:32).

SEYFEDDINE BEN MANSOUR LILLE Les fins de cycles temporels, des fins de millénaire aux simples fins d’années, sont souvent propices aux considérations eschatologiques. La fin d’un temps, ici, celui du cycle de l’année julienne, rappelle aux âmes angoissées la fin des temps, où chacun sera jugé selon ses œuvres. En islam, précisément, l’eschatologie est directement liée à l’éthique. Et en particulier à la reconnaissance par les hommes de l’unicité divine (tawhîd), principe qui détermine leurs

A lire

CINÉMA

La Fin des temps dans la tradition musulmane

La France arabo-orientale. Treize siècles de présences du Maghreb, de la Turquie, d’Egypte, du Moyen-Orient et du Proche-Orient, de Pascal Blanchard, Naïma Yahi, Yvan Gastaut & Nicolas Bancel, La Découverte, 360 pages, 55 €

Miloud mi-raisin

Miloud raconte avec humour son parcours du combattant du candidat à l’intégration : confrontation avec la niaiserie, la bêtise, les préjugés et le racisme ordinaires. Jusqu’au 29 décembre Le Paname 14, rue de la Fontaine au Roi 75011 Paris


OPINION14

27 DECEMBRE - 02 JANVIER 2014 ZAMAN FRANCE

Edité par : Source SARL 2, boulevard Saint Martin 75010 PARIS Directeur de la Publication: HUSEYIN KARAKUS Directeur Général de Zaman France et Directeur des rédactions: EMRE DEMIR Rédacteur en chef adjoint: FOUAD BAHRI Directeur Administratif: FAHRETTIN TEKIN Directeur des ressources humaines: AKIF SAMETOGLU Service Commercial: MEHMET SELVI Service Abonnement: CELINE GOKSU Secretaires de Rédaction: FARIDA BELKACEM SELIM BEDER Traduction: CLEMENTINE RAYNAUD Correspondant Presse Alsace: MEHMET DINC Correspondant Presse Ile de France: OSMAN USTA VEDAT BULUT FERHAN KOSEOGLU Infographie: NICOLAS VINCENEUX MUHAMMED SAHIN Redacteurs Web: AYSEGUL ZORLU SUHEDA ASIK Service Multimedia: FATIH TURSUN Service informatique: HASAN OZCELIK Imprimerie : L IMPRIMERIE 79 Route De Roissy 93290 Tremblay En France Adresse : 2 Boulevard Saint-Martin 75010 PARIS Tel : 01 42 00 19 36 Faks : 01 42 00 19 58 info@zamanfrance.fr www.za­manfrance.fr - www.zamanfransa.com no CPPAP : 1117 I 90032 - ISSN 1869-5795 Tarif abonnement annuel France : 120€

Erdogan du côté de l’ancienne Turquie Les conflits actuels dans le pays montrent qu’il y a une ancienne et une nouvelle Turquie. Alors que la première reste prise dans un idéal politique autoritaire, la dernière aspire au maintien d’institutions qui garantissent la démocratie, l’Etat de droit et le respect des minorités. D’abord proche de cette nouvelle Turquie, Erdogan a fini par s’en éloigner et même s’y opposer.

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Les crises politiques dont est témoin la Turquie du XXIe siècle reflètent une transition tumultueuse de la modernité autoritaire, définie par le kémalisme, à la modernité libérale, définie par les critères de Copenhague de SAHIN ALPAY l’Union européenne. D’un côté, l’ancienne Turquie avec son régime politique qui s’est d’abord caractérisée par un parti unique et qui a fini par prendre la forme d’une démocratie autoritaire sous tutelle militaire, au sécularisme ultra-autoritaire et aux politiques d’identité imposées. De l’autre côté, la nouvelle Turquie qui aspire au maintien d’institutions démocratiques.

UNE COALITION PRO-NOUVELLE TURQUIE De 2000 à 2010 environ, le gouvernement de l’AKP, «démocrate conservateur», dirigé par le Premier ministre Erdogan a joué un rôle d’avant-garde en faisant de l’accès à l’UE le centre de sa politique et en mettant en place des réformes en vue de cet accès. Les groupes sociaux qui ont souffert de l’autoritarisme kémaliste ainsi que d’autres forces politiques, économiques et culturelles ont soutenu les réformes d’Erdogan. Le soutien de cette coalition pro-nouvelle Turquie a atteint son apogée lors du référendum de 2010 sur les amendements constitutionnels qui ont recueilli 58 % de votes favorables. Des groupes industriels qui n’appréciaient pas le caractère islamique de l’AKP mais approuvaient son orientation économique libérale faisaient partie de la coalition. On y retrouvait également des soldats qui commençaient à se rendre compte que le rôle politique de l’armée ne servait ni les intérêts du pays ni la réalisation de leurs fonctions. DEVENIR AUSSI PUISSANT QUE POUTINE Mais après 2010, l’objectif de construction d’une nouvelle Turquie a été écarté, peut-être pas par l’ensemble de l’AKP mais en tout cas par Erdogan et son cercle le plus proche. Le Premier ministre, qui a remporté quasiment la moitié des votes lors des élections de 2011 et qui considérait que l’armée avait été mise sous contrôle civil, voulait réaliser ses objectifs personnels. Il a décidé que, pour que la Turquie fasse partie des 10 plus grandes économies du monde d’ici au centenaire de la République en 2023, il devait concentrer son pouvoir entre ses mains et devenir aussi puissant que Poutine en Russie.

et a adopté un discours populiste UNE «PRÉSIDENCE DE STYLE TURC» Erdogan a proposé de transformer islamique. le système gouvernemental en une «présidence de style turc» dans LE 3E MANDAT, L’HEURE DES DIVISIONS laquelle ni le pouvoir législatif ni le Le troisième mandat d’Erdogan fait pouvoir judiciaire ne pourraient lui de plus en plus penser au dicton de mettre de bâtons dans les roues. Il a Lord Acton : «le pouvoir tend à corcommencé à affirmer que la démo- rompre, le pouvoir absolu corrompt absolument». Il semble que cratie était simplecertaines personnes faisant ment synonyme partie du cercle proche d’élections. Il a d’Erdogan et qui auraient fait pression sur les grands barons des médias pour faire taire les voix «Les divergences d’opinion sont de plus critiques à son en plus évidentes avec le président Gül» égard. Il a renoué des liens avec l’ancienne Turquie, assumant ainsi une position digne atteint un pouvoir sans limite ni d’un kémaliste islamique. Crai- contrôle, aient sombré dans une gnant que son soutien populaire corruption éhontée, comme le ne décline, il a commencé à pré- montre le scandale de la semaine tendre résoudre la question kurde dernière. La stratégie de polari-

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sation poursuivie par Erdogan a entraîné des divisions dans tous les segments de la société. L’unité est compromise, même dans son propre parti. Les divergences d’opinion de plus en plus évidentes avec le président Gül, l’un des co-fondateurs de l’AKP, les démissions et les objections dans les rangs de l’AKP le montrent bien. Plusieurs événements montrent que la nouvelle Turquie émergente ne cédera pas à l’autoritarisme d’Erdogan. Premièrement, les manifestations de Gezi de l’été dernier et deuxièmement, l’affaire de corruption de la semaine dernière, initiée par les procureurs et les policiers. Ce qui se passe en Turquie aujourd’hui n’est donc pas une «guerre de religion» comme le disent les experts étrangers et turcs, mais un conflit qui s’intensifie entre l’ancienne et la nouvelle Turquie. s.alpay@todayszaman.com


15 SPORT

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Les Turcs s’installent de plus en plus en NBA Les joueurs turcs qui foulent les parquets de NBA sont de plus en plus productifs et commencent à devenir des pièces maîtresses dans leurs propres équipes. Et la petite pépite, Enes Kanter, progresse sans arrêt. NICOLAS THEODET PARIS L’édition 2013-2014 de la NBA a battu un nouveau record. Le nombre d’étrangers dans les 30 franchises du championnat étant de 92 joueurs, c’est une première. Et parmi eux, la Turquie est bien placée avec quatre joueurs, soit le cinquième contingent avec l’Argentine, le Brésil, l’Italie et la Russie, mais derrière l’Australie et l’Espagne (5 joueurs), le Canada (8 joueurs), et la France (10 joueurs). Parmi ces joueurs turcs, on retrouve Ersan Ilyasova. Avec des moyennes de 8,1 points, 4,6 rebonds et ses 25,6 minutes par match, l’intérieur des Milwaukee Bucks s’affirme dans l’effectif de son équipe, et, à seulement 26 ans, il peut encore progresser dans tous les secteurs du jeu. Mais, s’il y en a un qui ne compte plus ses années passées dans l’élite, c’est bien Hidayet Turkoglu. A maintenant 34 ans, le doyen des quatre Daltons ottomans se remet de ses 20 matches de suspension pour dopage, en jouant pour sa onzième saison dans la franchise des Orlando Magics. Avec ses 2,9 points et 2,4 rebonds par match, le joueur fait surtout office de super remplaçant et d’homme de vestiaire. Il fait profiter ses équipiers de son expérience. Et chez les jeunes des Houstons Rockets figure Omer Faruk Asik. Le jeune ailier/arrière peut se targuer d’être plus que la doublure de luxe de la star américaine James Harden. Avec près de 33 minutes de jeu par match lors des playoffs (phase finale) de la saison, le joueur de 26 ans, affichait un double-double dans sa moyenne avec 12,3 points et 11,2

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rebonds par match. Mais le natif de Bursa, qui ne participe qu’à son quatrième championnat NBA, démarre difficilement la saison 2013-2014 avec seulement une moyenne de 4,4 points et 6,8 rebonds. Des résultats bien en dessous de ses capacités.

ENES KANTER CONFIRME SON STATUT D’ESPOIR DU BASKET TURC Il y en a un qui ne déçoit pas, c’est sans aucun doute le plus grand espoir du basket turc, Enes Kanter. Le joueur des Utah Jazz a déjà joué 25 fois cette année et passe en moyenne 27,4 minutes sur les parquets contre 14,9 l’an passé. Ses statistiques sont d’ailleurs toutes en progression de manière assez marquante. Ses points par match sont passés de 7,3 à 11,3. Ses rebonds de 4,3 à 5,8, et même ses passes ont doublé passant de 0,4 à 0,8. Le pivot est donc en progression constante dans la franchise de l’Utah, même si celle-ci est loin de briller. En effet, avec 20 défaites pour seulement 6 victoires, l’équipe est la lanterne rouge de la conférence Ouest. Mais attention, c’est une grande opportunité pour le jeune Turc de 21 ans qui, grâce aux mauvais résultats, voit sa présence multipliée sur les parquets de NBA, et nul doute qu’un recruteur avisé l’ait déjà repéré. Enes Kanter devra donc se servir de cette saison pour progresser et devenir le leader charismatique du basket turc. Projet1_260 06/12/12 10:54 Page1

Gattuso entendu dans une affaire de matches truqués A droite, l’ancien international italien Gennaro Gattuso.

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L’ancien international italien Gennaro Gattuso est sous le coup d’une enquête sur une vaste affaire de matches truqués en Série A, ont annoncé mardi les autorités judiciaires. Le vainqueur de la Coupe du monde 2006 n’a fait aucun commentaire public à ce stade mais son agent, Andrea D’Amico, a dit «tomber des nues» et attendre d’en savoir plus. «Ses avocats sont en contact avec le procureur», a-t-il déclaré à la télévision italienne. Gennaro Gattuso, 35 ans, a remporté à deux reprises la Ligue des champions avec le Milan AC. Devenu entraîneur de Palerme, il a été limogé en septembre après une série de mauvais résultats.

4 PERSONNES ARRÊTÉES La police italienne a arrêté quatre personnes soupçonnées d’être impliquées dans cette affaire, qui remonte à 2009 et concerne une trentaine de matches de Serie A. Cristian Brocchi, ancien joueur de la Lazio Rome, du Milan AC et de

l’Inter Milan, fait l’objet d’une enquête. L’étude de téléphones portables a révélé des contacts vocaux et par SMS entre des intermédiaires, des joueurs ou des personnes liées aux équipes avant les matches, a dit à la presse le procureur général de Crémone, Roberto Di Martino.

3 ANS D’ENQUÊTE Ces arrestations et perquisitions interviennent après trois ans d’enquête qui ont montré l’existence d’un système grâce auquel d’actuels et d’anciens joueurs et des sociétés de paris sportifs truquaient le résultat de dizaines de matches. Selon le parquet, des dizaines de milliers d’euros et dans certains cas des centaines de milliers ont été misés sur des matches de Serie A et de Serie B. L’ancien attaquant de la Lazio Rome Giuseppe Signori a été exclu cinq ans et 15 autres joueurs ont déjà été suspendus de un à cinq ans dans le cadre de ce dossier.

Enes Kanter, futur leader charismatique du basket turc ?


Il gagne 28 millions d’euros et les reverse à la lutte contre le cancer YOUSSEF BSIKRI PARIS En mai dernier, un habitant de la ville de Calgary au Canada, reçoit un appel de la société de loterie canadienne qui lui annonce qu’il a remporté l’énorme somme de 40 millions de dollars, soit 28 millions d’euros ! Restant

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des mois dans le secret, le gagnant prénommé Tom Crist, a décidé d’annoncer cette nouvelle à ses enfants et au reste de sa famille le lundi 16 décembre soit sept mois après. Ce cadre aisé à la retraite depuis septembre dernier estime qu’il n’a pas besoin de cet argent, qu’il a assez de

revenus pour vivre et faire plaisir à ses enfants ainsi qu’à son entourage. Il a donc décidé de reverser la totalité de ses gains à la société canadienne du cancer et à un établissement de santé local, en hommage à sa défunte femme, emportée par un cancer en 2012, et qui avait été hospitalisée dans ces structures.

EN TOUTE DISCRÉTION La directrice de la société canadienne du cancer s’est dite agréablement surprise par cette générosité, qui tombe en pleine fêtes et a demandé à Tom Crist s’il était sûr de bien vouloir faire ce don. Discret, ce retraité a voulu éviter la médiatisation, mais le règlement de la loterie canadienne stipule qu’en récupérant ce chèque, l’heureux gagnant doit se faire prendre en photo. Ce geste généreux a été révélé aux médias mardi 17 décembre. Tom Crist a été félicité par ses enfants. A Calgary, il aura été le premier à avoir remporté autant d’argent à la loterie canadienne.

A 93 ans, un maire de Floride sollicite un 20e mandat

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Le renouvellement de la classe politique est un concept étranger à John Land, qui, à 93 ans, va solliciter le 11 mars un 20e mandat de maire auprès des habitants de la ville d’Apopka en Floride. «Je n’ai pas l’intention de me reposer sur mes lauriers», a-t-il déclaré vendredi à Reuters après avoir officiellement déposé sa candidature.

D’ABORD ÉLU EN 1949 D’après des recherches effectuées par le journal local, l’Orlando Sentinel, John Land est à la fois le maire le plus âgé des Etats-Unis et celui à la plus grande longévité à son poste en Floride. Libéré de ses obligations militaires après la Seconde Guerre mondiale, John Land est élu une première fois en 1949. Il supervise alors le goudronnage des routes et l’installation du premier système d’égouts. Il affirme qu’à l’époque, il était payé un dollar par mois pour administrer ce qui était encore une communauté rurale de 2.254 âmes, dotée d’un budget de 31.000 dollars. Située à une vingtaine de kilomètres au nord d’Orlando, Apopka compte désormais plus de 40.000 habitants, ce qui en fait la deuxième plus grande ville du comté d’Orange, avec un budget dépassant les 66 millions de dollars. En 64 ans, John Land n’a perdu qu’une élection, en 1967 après 18 années de mandat. «Le grand thème de la campagne, c’était "18 ans ça suffit". C’est à peu près tout ce qu’ils avaient à proposer», se rappelle-t-il. Quatre ans plus tard, il retrouve son fauteuil de maire, qu’il n’a plus quitté depuis. Pour la première fois depuis 2002, John Land va devoir affronter des candidatures rivales en mars.


Fr n° 295