Issuu on Google+

Moyen Âge latin : la brûlure de l’héritage islamique

L’autisme, maladie encore trop peu connue en Turquie

Trabzon vise l’UEFA

CULTURE13

TURQUIE09

SPORT15

11 - 17 AVRIL 2014 N° 310 Prix : 2,5 €

WWW.ZAMANFRANCE.FR

Erdogan promet de liquider le Hizmet

FRANCE

A MANTES-LA-VILLE, L’INQUIÉTUDE DES MUSULMANS APRÈS L’ÉLECTION DU FN

Dans la capitale turque, de plus en plus de bruits courent sur le lancement prochain d’une opération par le Premier ministre Erdogan contre ses opposants. Sont particulièrement visées les personnes et entreprises affiliées au mouvement Hizmet.

-

Les rumeurs ont commencé à se propager alors qu’Erdogan, grand vainqueur des élections locales du 30 mars, a menacé le mouvement Hizmet. Certains réseaux sociaux progouvernementaux ont proféré ouvertement des menaces contre le Hizmet, exhortant

l’AKP à lancer une opération contre le mouvement de Fethullah Gülen. Les utilisateurs Twitter Gizli Arsiv et Wake Up Attack ont ainsi demandé au gouvernement via Twitter de tenir sa promesse de lancer une opération de police et judiciaire contre le Hizmet. -TURQUIE 08

Des pressions gouvernementales de plus en plus fortes contre les écoles turques -TURQUIE 08 EDITO FOUAD BAHRI

Marine Le Pen avait averti : les villes conquises par le Front national serviront de vitrine pour son parti. A Mantes-la-Ville, qui a désormais un nouveau maire frontiste en la personne de Cyril Nauth, les citoyens de confession musulmane sont préoccupés. Leur projet de lieu de culte a un nouvel adversaire en la personne du maire. Zaman France a mené l’enquête. -03 SOCIETE

Pourquoi la tension politique est-elle toujours aussi intense ? -OPINION 14

Le Front national et l’avenir de la France -02 AVICENNE À LA SORBONNE :

Rwanda : Kagame accuse Paris d’implication dans le génocide

-

Alors que l’on commémore les vingt ans du génocide rwandais, les déclarations officielles se multiplient à Kigali, pointant du doigt l’implication de Paris dans le drame qui a fait 800 000 victimes en 1994. RINTERNATIONAL 11

LE GALA DU FESTIVAL DES CULTURES FRANCOTURQUES A ENFLAMMÉ LE CASINO DE PARIS C’est au Casino de Paris que le Gala du Festival des cultures franco-turques a eu lieu le 6 avril 2014. Plus de 1500 personnes sont venues assister au spectacle donné par les 160 jeunes talents finalistes du Festival.

04

RENCONTRE AVEC LES CAHIERS DE L’ISLAM Dans le microcosme des éditions et supports médiatiques consacrés à l’islam, une revue académique commence à faire son petit bout de chemin intellectuel : Les cahiers de l’Islam. A l’occasion d’un colloque sur la philosophie arabe organisé il y a trois semaines à la Sorbonne, Zaman France est allé à la rencontre de ses fondateurs. -05 TURQUIE

L’IMA remet l’Orient Express sur les rails

-

L’Institut du monde arabe consacre une exposition au train mythique en l’honneur de ses 130 ans. A l’occasion, la locomotive et des wagons ont été installés sur le parvis. A visiter du 4 avril au 31 août 2014. RCULTURE 12

Zaman Okur Hattý: 01 42 00 19 36

QUI SOUTIENDRA ERDOGAN POUR LES PRÉSIDENTIELLES ? Le Premier ministre turc ne s’est pas encore affiché pour l’échéance présidentielle d’août 2014. Mais il est fort probable qu’il s’y présente. Reste à trouver les quelques millions de voix qui lui manquent. -06


02 FRANCE Les orientations sociales-libérales du gouvernement Valls Le Front national et 11 - 17 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

EDITO FOUAD BAHRI

l’avenir de la France

La France va mal. Il y eut d’abord la crise économique qu’on annonçait comme imminente. L’Hexagone, répétaient certains éditorialistes, s’en était globalement bien tiré grâce à son filet de sécurité sociale. Pas si bien pourtant. En novembre dernier, un recensement établissait que 43 981 PME avaient déposé le bilan. Du jamais vu pour les économistes français. Le processus de désindustrialisation ne lève pas le pied et malgré les tirades de l’ancien ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, l’exécutif ne parvient pas à enrayer l’hémorragie des délocalisations et autres plans sociaux annoncés en fanfare. Ce contexte négatif s’est traduit par les conséquences que l’on connaît : un rejet massif lors des dernières municipales de la politique du Parti socialiste jugée trop à droite. Pour sa part, l’UMP a récolté tout naturellement les fruits du balancier politique qui permet au principal parti d’opposition de rafler la mise, en cas de rejet de la majorité. De nombreuses villes ont été prises au PS et d’autres conservées. Autre vainqueur, le Front national qui conquiert plusieurs municipalités dont HéninBeaumont et Fréjus. Pour sa leader Marine Le Pen, cette victoire constitue le premier jalon d’une conquête du pouvoir qu’elle avance de manière de plus en plus décomplexée. La fille de Jean-Marie Le Pen, annonce déjà la couleur : la gestion des municipalités FN sera la vitrine de son parti et prouvera aux Français sa capacité à endosser les rênes de la Nation. C’est là précisément que les plus grandes inquiétudes sont déjà perceptibles. Une enquête menée par Zaman France à Mantes-la-Ville a mis en évidence la ligne radicalement islamophobe des élus locaux frontistes opposés par principe à la finalisation d’un projet de lieu de culte musulman lancé il y a pourtant déjà 25 ans. Cette position sur l’islam n’est pas nouvelle. Le vice-président et porteparole du FN Florian Philippot s’était prononcé, sur RMC, en faveur d’une loi d’interdiction générale du voile et aussi de la kippa sur la voie publique. Et l’on se souvient encore des discours incendiaires de Marine Le Pen à la dernière présidentielle sur le péril islamiste qui guetterait la France. Pour autant, il est difficile de dire quelles sont les limites précises du vote FN et jusqu’où il peut monter. Si la vie politique française est bel et bien revenue à une organisation trilatérale, avec le FN en troisième position, l’ascension de ce dernier restera tributaire de l’avenir à court terme de l’UMP, seul parti qui puisse lui fournir des réserves de voix. Dans quelle mesure une candidature de Sarkozy et les affaires qui plombent l’UMP peuvent-elles entraver l’ancrage électoral de ce parti et profiter au FN ? Les prochaines échéances électorales devraient nous fournir la réponse. f.bahri@zamanfrance.fr

Dans un discours de près d’une heure, le nouveau Premier ministre a annoncé les grandes lignes de ce que sera sa politique. Au menu : 50 milliards d’économies annoncées mais aussi une politique de redistribution sociale de 5 milliards d’euros en faveur des plus défavorisés.

-

Le nouveau Manuel Valls a présenté mardi devant Premier ministre les députés un programme daté et chifa obtenu le vote fré, fidèle aux promesses non encore tenues de confiance de François Hollande, mêlant mesures pour de l’Assemblée nationale. les plus modestes et respect des engagements budgétaires dans la durée. Dans une déclaration volontariste de 47 minutes, le nouveau Premier ministre français a annoncé la redistribution de cinq milliards d’euros aux plus pauvres, une baisse des charges pour les entreprises et un élagage des collectivités territoriales. Il a dans la foulée obtenu massivement la confiance de l’Assemblée nationale par 306 voix pour et 239 contre, les radicaux de gauche et une majorité des écologistes complétant le gros des troupes socialistes qui sont finalement restées solidaires, après avoir émis des réserves sur son profil. Soucieux de répondre aux problèmes d’emploi et de pouvoir d’achat plutôt que d’aborder des questions sociétales qui ont dominé, et parfois brouillé, le début du quinquennat, Manuel Valls a dit vouloir tenir compte du message des élections municipales de mars marquées par une forte abstention, une débâcle du Parti socialiste

et une poussée du Front national. «J’ai entendu leur voix. J’ai aussi entendu leur silence. Ils se sont prononcés contre l’impuissance politique. Ils veulent des résultats concrets en matière d’emploi, de lutte contre la précarité, de vie chère».

UN ÉQUILIBRE ENTRE CROISSANCE ET REDRESSEMENT Manuel Valls s’est engagé à poursuivre le redressement des finances publiques d’ici 2017 sans casser la reprise économique. «Je suis pour le respect de nos engagements, pour le sérieux budgétaire, pas pour l’austérité», a-t-il dit, confirmant que les dépenses publiques diminueraient

de 50 milliards d’euros sur la période 20152017. L’effort «partagé par tous» sera réparti à hauteur de 19 milliards entre l’Etat, l’assurance maladie (10 milliards) et les collectivités locales (10 milliards). Alors que l’objectif d’un déficit public ramené à 3 % du PIB semble difficile à atteindre pour 2015 comme convenu avec la Commission européenne, il a évoqué le «nécessaire équilibre» entre croissance et redressement des comptes publics que la France va «expliquer» à ses partenaires européens. Manuel Valls a confirmé que les allègements sur le coût du travail seraient portés à 30 milliards d’euros d’ici 2016 dans le cadre du pacte de responsabilité. PHOTO DE LA SEMAINE

Vue aérienne du quartier de la Défense en fond et des coureurs qui descendent l’avenue des Champs-Elysées peu après le signal de départ du 38e marathon de Paris, le 6 avril 2014.

...ET UNE MAUVAISE

UNE BONNE...

Amnesty dénonce l’augmentation de la violence contre les Roms

Le Parlement européen s’est prononcé en faveur d’une suppression des frais d’itinérance – ou roaroa ming – que doivent supporter les utilisateurs de téléphones mobiles lors qu’ils franchissent des frontières intraeuropéennes. La fin de ces surcoûts, qui représentent une véritable manne pour les opérateurs, mais un frein à la création d’un marché unique des

La fréquence des violences contre les Roms a nettement augmenté, notamment en France, et l’Union européenne comme ses Etats membres se sont révélés incapables de faire face à ce phénomène, affirme Amnesty International dans un rapport publié mardi. Selon l’organisation non gouvernementale de défense des droits de l’homme, les 10 à 12 millions de Roms recensés dans l’UE

télécommunications selon la Commission européenne, pourrait intervenir le 15 décembre 2015. Les euroeuro députés, qui ne s’exprimaient qu’en première lecture, doivent encore trouver un accord sur le sujet avec le Conseil des Etats membres. Ces négociations ne devraient pas s’ouvrir avant le mois de septembre, selon des sources au sein du Parlement.

vivent sous la menace quotidienne d’une expulsion forcée, du harcèlement policier et de violentes agressions racistes. Amnesty International s’appuie dans ce document sur plusieurs cas recensés en Grèce, en République tchèque et en France pour dénoncer le phénomène, évoquant des attaques xénophobes dans les deux premiers pays et un harcèlement policier dans le troisième.

NOUVELLE

Les eurodéputés pour la fin des frais d’itinérance téléphonique


03 FRANCE

11 - 17 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

‘‘

«Trop de souffrance, pas assez d’espérance, telle est la situation de la France» Déclaration du Premier ministre Manuel Valls au cours de son allocution faite mardi 8 avril, sur la politique générale que mènera son gouvernement.

A Mantes-la-Ville, l’inquiétude des musulmans après l’élection du FN

Marine Le Pen avait averti : les villes conquises par le Front national serviront de vitrine nationale pour son parti. A Mantes-la-Ville, qui a désormais un nouveau maire frontiste en la personne de Cyril Nauth, les citoyens de confession musulmane sont préoccupés. Leur projet de lieu de culte a un nouvel adversaire en la personne du maire. Zaman France a mené l’enquête.

FOUAD BAHRI PARIS Mantes-la-Ville est une commune de 22 000 habitants dans le Mantois, près de Mantes-la-Jolie, située dans le 78. Depuis quelques jours, cette ville est sous les feux médiatiques. La raison ? Elle sera désormais gérée par le nouveau maire Front national Cyril Nauth qui sera investi vendredi 4 avril au soir. La tension et l’inquiétude était donc palpable dans cette ville qui comporte une importante communauté musulmane. D’autant qu’un projet d’acquisition d’un local qui sera réaménagé en lieu de culte doit être finalisé dans les semaines qui viennent et que le candidat FN a mené sa campagne contre ce projet. Abdelaziz El Jaouhari, responsable de l’AMMS, l’association musulmane porteuse du projet, se veut prudent. «Il y a une inquiétude réelle et palpable de la communauté musulmane au vu de la campagne électorale menée par le FN. Nous sommes dans l’attente des intentions du nouveau maire», confie-t-il à Zaman France.

-

UN PROJET LANCÉ IL Y A 25 ANS Il faut dire que l’association joue gros dans cette affaire. Il s’agit rien moins que de la finalisation d’un projet qui a été lancé il y a 25 ans. L’association devrait acquérir un local de 800 m2, dont 400 serviront à la salle de prière, local vendu par la CAMY, communauté d’agglomération du Mantois. Ce lieu aura une capacité d’accueil de 500 à 700 personnes, particulièrement utile pour la prière du vendredi et les deux célébrations de l’Aïd. Abdelaziz El Jaouhari insiste également sur la modestie du lieu. «C’est une salle de prière. Il n’y a pas de minaret. On a juste essayé de faire un aménagement décoratif.On n’a pas voulu faire de lieu de culte gigantesque type mosquée-cathédrale bien qu’on nous ait proposé des terrains. On est parti d’un projet à la mesure des besoins et des capacités de financement de la communauté musulmane», précise-t-il. Du côté de la future administration Front national, on voit les choses différemment. Interrogé par notre rédaction, le candidat FN Cyril Nauth persiste et signe sur son opposition à ce projet. «Dans la mesure où nous sommes hostiles à ce projet, nous ferons en sorte qu’il n’aille pas jusqu’à son terme. Nous étudierons de très près tous les aspects légaux», souligne M. Nauth. LES RÉTICENCES DU FRONT NATIONAL Les raisons invoquées par l’élu sont multiples et figuraient sur un des tracts du FN distribués

Le projet de mosquée à Mantes-laVille est né il y a 25 ans.

pendant la campagne municipale. «Le site qui a été choisi ne correspond pas à un lieu de culte et le local sera situé près de la salle Jacques Brel qui est la grande salle de spectacle du Mantois et aussi près du cimetière, des sites qui nécessitent également des places de stationnement». Problèmes de stationnement ? Faux rétorque le président de l’AMMS : «Le local est situé à proximité des quartiers des Meurisiers, des Plaisances et des Bats. Il évitera donc les problèmes de circulation et de stationnement car les personnes vont s’y rendre à pied. Cet élément faisait partie de nos critères de choix de ce lieu», explique-t-il en insistant sur la légitimité de ce projet cultuel. Mais le futur maire n’est pas convaincu. «La salle de prière précédente qui était située rue Roger Salengro était illégale avec d’énormes problèmes de stationnement sauvage. Les commerçants et les riverains aux alentours étaient considérablement gênés», dit-il. Autre argument de Cyril Nauth : la mosquée ne serait pas une priorité étant donné la présence d’autres lieux de culte musulmans dans les communes avoisinantes. Là-encore, Abdelaziz El Jaouhari rejette en bloc cette affirmation. «Les autres mosquées sont éloignées et elles n’ont pas de place pour les fidèles. Le petit pavillon dans lequel nous prions actuellement est tout petit, sans normes

de sécurité et doit être démoli avant l’été. Les habitants de Mantes-la-Ville ont le droit d’avoir une salle de prière, la communauté musulmane y est importante».

«LA LIBERTÉ DE CULTE EST UNE LIBERTÉ CONSTITUTIONNELLE» Mais le dossier islam à Mantes La Ville est aussi et avant toute chose, un dossier politique. Le maire FN considère ainsi qu’il a été élu en partie parce que les Mantevillois refuseraient l’établissement de cette «mosquée». «Les riverains n’ont pas été consultés pour ce projet. Si j’ai remporté cette élection, c’est que beaucoup y étaient hostiles», affirme-t-il comme pour conjurer la chose. M. Nauth accuse notamment l’ancienne maire socialiste Mme Brochot d’avoir pratiqué une forme d’électoralisme communautaire. «Pourquoi ce projet n’a été finalisé que trois mois avant les élections ? L’ancienne maire socialiste s’est impliquée dans ce projet parce qu’elle pensait s’attirer les faveurs d’un vote communautaire, sinon elle l’aurait fait avant», assure l’élu frontiste qui précise également que son refus s’inscrit dans une perspective de lutte contre le communautarisme. Pour autant, le président de l’AMMS reste confiant. Il assure que la transaction ne coûtera rien à la ville. Il rappelle également que

Cyril Nauth, le nouveau maire FN de Mantes-la-Ville.

l’acquisition et la vente à l’association ont été votées à l’unanimité au conseil de la CAMY en novembre (communauté d’agglomération, ndlr). Qu’en octobre, le projet a été voté par le précédent conseil municipal, que le permis de construire a été déposé et qu’une convention a même été signée avec le Conseil général. «Il ne nous reste qu’à compléter la levée de fonds (moins de 200 000 euros, ndlr) qui sont des dons enregistrés par nos avocats», témoigne Abdelaziz El Jaouhari qui ajoute ces mots : «La liberté de culte est une liberté constitutionnelle».

Des «abrutis» et des «saloperies», les Turcs ? SAMI KILIÇ PARIS «On les prend pour des abrutis, les Turcs, pour des demeurés souvent. N’empêche qu’ils nous donnent une leçon de démocratie», dixit Nicolas Domenach, directeur adjoint de Marianne, lors d’un débat sur I Télé. Le Sieur Domenach essayait, malgré les apparences, de vanter l’enthousiasme des Turcs qui se sont déplacés en masse pour élire leurs maires le même jour que les Français. 90 % de taux de participation, s’il vous plaît. Et pour des «de-

-

Nicolas Domenach lors d’un débat sur I Télé.

meurés», c’est à ne pas comprendre, n’est-ce pas. Les Français, eux, des gens normaux, bon chic bon genre, ont brillé par leur apathie, 64 % ont glissé un bulletin dans l’urne. Vraiment étrange. Et Domenach a déployé cette formidable rhétorique pour fustiger une démocratie «malade» ! «Malade» en France, «demeuré» là-bas. Comme dirait la présentatrice Léa Salamé, «bah enfin»... Et paf, le maire sortant PS de Montbéliard, Jacques Hélias, a lâché après sa défaite : «cette saloperie de Turc» ! Le Turc,

Ilker Ciftçi, le dissident qui s’est maintenu au second tour. Une histoire d’exercice démocratique, en somme, qui se solde par une insulte... Evidemment, les condamnations d’usage ont immédiatement rasséréné les plus sensibles. Tiens, par exemple, la première adjointe, Madame Myriam Chiappa-Kiger, a fait part de sa «honte». Et «ça m’a fait mal. Il y a des amalgames et des raccourcis que l’on ne peut pas faire. C’est en dehors de nos convictions», a-telle ajouté. Des raccourcis. M’ouais...


04 SOCIETE

11 - 17 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

Le Gala du Festival des cultures franco-turques a enflammé le Casino de Paris

C’est au Casino de Paris que le Gala du Festival des cultures franco-turques a eu lieu le 6 avril 2014. Plus de 1500 personnes sont venues assister au spectacle donné par les 160 jeunes talents finalistes du Festival.

-

Cette compétition organisée dans toute la France à l’initiative des associations Etude Plus avait débuté en janvier. Ce sont les meilleurs que nous avons retrouvés hier, avec des performances en chant, poésie, danse folklorique française et turque. La soirée à commencé en grande pompe avec les deux hymnes nationaux. Des invités prestigieux étaient au rendez-vous : la chanteuse française Sylvie Vartan, le compositeur de musique Jules Renard ou encore le chanteur Yannick, auteur du fameux «Ces soirées-là».

UN SPECTACLE DE QUALITÉ Parmi les chansons françaises interprétées, «On ne change pas» par Cansu Partigöç, de Paris ; «Encore un matin», par Alpay Cumhur, de Strasbourg ou

encore «Dernière danse», par Ikbal Nur Kuçukdil, venue de Valence. Du côté chanson turque, on a pu apprécier les morceaux : «Sitem», par Maryam Ighidi de Montpellier ; «Hos Gör Sen», par Anaïs Forestier et «Senden Sonra par Taha Acil Meyer. La qualité générale des performances et les nombreux costumes traditionnels français et turcs ont ébloui les invités. «Ca donne envie d’aller en Turquie. J’avais deja envie d’y aller, des amis me disaient, "Faut que tu découvres !" mais là, c’est obligatoire, je vais aller voir une agence de voyage en sortant !» nous assure Yannick. Prochaine destination : la finale à Istanbul. «Ce que j’attends de la finale à Istanbul, c’est le mélange des cultures et apprendre de chacun» confie Marine Berlingrad, une des finalistes du Festival.


05 SOCIETE

11 - 17 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

Avicenne à la Sorbonne : rencontre avec Les cahiers de l’Islam Dans le microcosme des éditions et supports médiatiques consacrés à l’islam, une revue académique commence à faire son petit bout de chemin intellectuel : Les cahiers de l’Islam. A l’occasion d’un colloque sur la philosophie arabe organisé il y a trois semaines à la Sorbonne, Zaman France est allé à la rencontre de ses fondateurs. FOUAD BAHRI PARIS Le 17 mars dernier, un colloque sur la philosophie arabe était organisé à la Sorbonne. Au programme de la rencontre, des exposés sur l’oeuvre éxégétique d’Avicenne, une présentation de penseurs contemporains comme Seyyed Hussein Nasr et une intervention sur les conditions d’un renouveau de la falsafa, la philosophie islamique. Dans une ambiance austère et attentive, le public réuni dans les amphithéâtres Cauchy et Richelieu, a pu sous le regard intemporel d’une statue de Platon, apprécier la teneur d’un exposé à la fois très riche et hétéroclite. Pour Les cahiers de l’Islam, qui organisait la rencontre, l’objectif de ce premier colloque a été atteint. «Notre objectif est de diffuser des contributions scientifiques sur le fait musulman vers un public élargi. Nous essayons de vulgariser, diffuser et valoriser le patrimoine intellectuel, spirituel et moral de l’Islam dans un contexte marqué par de fortes polémiques. Un patrimoine peu connu en Occident», nous explique Pascal Lemmel, co-fondateur des Cahiers de l’Islam.

-

DES HÉRITIERS DE L’INSTITUT INTERNATIONAL DE LA PENSÉE ISLAMIQUE Comme ses comparses et associés Amine Djebbar, qui prépare un master en islamologie à l’EPHE sous la direction de Pierre Lory, et Youssouf Sangaré, doctorant en islamologie à l’université de Strasbourg, Pascal Lemmel est un ancien élève de l’Institut international de la pensée Islamique (International Institute of Islamic Thought, IIIT France), où il a suivi un cursus d’études islamiques interdisciplinaires. On y retrouve en effet ce qui était la marque de fabrique de l’IIIT France, avant sa dissolution pour problèmes de gestion : l’interdisciplinarité des études islamiques avec un large spectre des différents courants de pensée. Fondé en 1981 aux Etats-Unis, l’IIIT est une institution qui tente de concilier les études traditionnelles sur l’islam avec l’apport méthodologique des sciences humaines modernes. En reprenant le flambeau de l’IIIT France, ses fondateurs espèrent donc promouvoir ce patrimoine intellectuel mais aussi créer un espace virtuel et réel de débat interne. Ce que Pascal Lemmel définit comme la tentative «d’encourager le débat au sein même de la communauté musulmane sur les défis et les enjeux qui la traversent car l’islam est aujourd’hui diabolisé». LES TROIS PILIERS DES CAHIERS DE L’ISLAM Pour ce faire, trois volets ont été définis et progressivement mis en place par Les cahiers de l’Islam. Tout d’abord, un site web, avec des articles de spécialistes ou des productions reprises de médias partenaires. On peut y lire également des recensions d’ouvrages sur l’islam, classiques ou plus récents. Ensuite, une maison d’édition. «Nous avons publié un premier ouvrage sur le printemps arabe qui regroupe des

«L’économie sociale et solidaire», une conférence de la FEDIF Grand Est

actes de colloque ou des entretiens réalisés avec des spécialistes», précise Pascal Lemmel. Enfin, la création d’une revue académique avec un comité de lecture où se côtoient pêlemêle de nombreux spécialistes de l’islam, Raphaël Liogier, Pierre Lory, Mahmoud Azab, Eric Geoffroy, ou Beddy Ebnou, entre autres. «Notre démarche est synthétique, elle consiste à tisser des ponts, ce qui n’est pas toujours facile», reconnaît le co-fondateur des Cahiers de l’Islam. Mais l’initiative, soutenue par l’IESE (Institut islamique spécialisé dans l’éthique, à Bruxelles, ndlr) «répondait à un besoin». «Les chercheurs nous le disent, les musulmans aussi», confie-t-il.

L’une des plus belles statues d’Avicenne se trouve en Iran.

Les participants du colloque sur la philosophie arabe organisé à la Sorbonne par Les cahiers de l’Islam.

© LES CAHIERS DE L’ISLAM

KAYHAN KOCAK STRASBOURG La FEDIF Grand Est a organisé dans ses locaux de Strasbourg une conférence intitulée «L’économie sociale et solidaire : défis et opportunités pour les entrepreneurs d’aujourd’hui» en présence de la députée européenne, Catherine Trautmann, et du délégué général de la Chambre Régionale de l’Economie Sociale Alsace (CRESS), Pierre Roth. Dans son discours de bienvenue, le Secrétaire Général de la FEDIF Grand Est, Abdurahman Atli, a tenu a rappeler les opportunités que représente cette autre façon de faire de l’économie : visant à combiner aussi bien efficacité économique que finalité sociale, l’économie sociale et solidaire (ESS) présente de nombreux défis dans notre période de crise économique.

-

UN MANQUE DE RECONNAISSANCE Catherine Trautmann, membre de la Commission de l’industrie, recherche et énergie au Parlement européen a renchéri et souligné la place prépondérante qu’occupe cette alternative à l’économie classique en Alsace et en Europe : plus de 50 000 salariés dans l’est de la France et jusqu’à 2,4 millions dans tout l’Hexagone. Pour autant, l’ESS souffre d’un manque de reconnaissance en Europe, en particulier concernant le statut des associations et la reconnaissance des acteurs de l’ESS comme entrepreneurs. Pierre Roth a insisté sur le fait que l’ESS n’était pas uniquement un facteur de transformation sociale mais aussi une économie avec un grand potentiel d’innovation. La soirée s’est terminée sur une discussion ouverte entre les participants et le public et par un cocktail dînatoire convivial et informel.


06 TURQUIE

11 - 17 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

Qui soutiendra Erdogan pour les présidentielles ? Le Premier ministre turc ne s’est pas encore affiché pour l’échéance présidentielle d’août 2014. Mais il est fort probable qu’il s’y présente. Reste à trouver les quelques millions de voix qui lui manquent.

Le chef de l’Etat turc sera élu au suffrage universel direct.

SAMI KILIÇ PARIS Pour la première fois de leur histoire millénaire, les Turcs vont désigner le chef de l’Etat au suffrage universel direct. Et le premier à y être élu gravera ipso facto son nom dans le marbre. Rien d’étonnant donc que Tayyip Erdogan, le puissant et ambitieux Premier ministre turc, veuille s’installer à Cankaya. De la Résidence (Konut) au Palais (Kösk), il n’y a que 5 km mais le renfort d’au moins 22 millions de citoyens est nécessaire pour s’y hisser. Les calculs revêtent donc une grande importance. Bülent Arinç, vice-Premier ministre, a déjà annoncé la voix du président sortant, Abdullah Gül : «Si Erdogan est candidat, je pense que Gül respectera cette décision et le soutiendra». Voilà qui est fait. Mais Erdogan, qui a engrangé 20 millions de suffrages lors des élections municipales du 30 mars, en a encore besoin de deux millions pour l’emporter à un éventuel second tour. Il est quasiment assuré que les électeurs du Saadet Partisi, la droite religieuse, n’hésiteront pas à l’appuyer. Erdogan est issu de la mouvance du Milli Görüs, la Vision nationale de Necmettin Erbakan. Et le vice-président de l’AKP, Numan Kurtulmus, n’est autre que l’ancien leader du Saadet. Son nom circule d’ailleurs parmi les premiers ministrables en cas de victoire d’Erdogan.

-

UN EXERCICE D’ÉQUILIBRISTE A gauche, on veut barrer la route au chef de l’AKP. Tous les moyens sont bons, y compris les alliances les plus contre-nature. Kemal Kiliçdaroglu, le président du CHP (gauche kémaliste) a déjà renoncé à se présenter. «Je pense que le candidat ne doit pas avoir d’affiliation partisane. Et il doit être civil. Il doit également bien maîtriser

les équilibres du monde et avoir une bonne formation. Il doit être accepté par tout le monde. Je ne suis pas opposé par principe aux alliances», a-t-il déclaré. Les Kurdes ou les nationalistes doivent donc faire l’appoint pour que le Premier ministre puisse l’emporter. Autant dire, un véritable exercice d’équilibriste. Tugrul Türkes, vice-président du MHP (droite nationaliste) et fils du légendaire Alparslan Türkes, la figure tutélaire du nationalisme turc, n’a pas caché l’intention de son parti, faire tout pour éviter un Erdogan, président de la République. Pour ce faire, il n’a pas fermé la porte à une éventuelle alliance avec les kémalistes du CHP. A une condition, que ces derniers se rallient au MHP !

JUSQU’À QUELLE CONCESSION Pervin Buldan, députée du BDP (parti pro-kurde) et qui fait partie des visiteurs attitrés d’Abdullah Öcalan, leader du PKK en prison, a, pour sa part, cligné de l’oeil. Si Erdogan relance le processus de paix en direction des Kurdes, ils seraient prêts à le soutenir. «Notre décision est directement liée à la paix et aux mesures prises par le gouvernement. S’il y a des avancées concrètes, le BDP et le HDP seront prêts à prendre des décisions importantes», a-t-elle dit. La prise de position d’Öcalan aura un impact certain. Mais pour qu’il y ait prise de position favorable, encore faut-il faire des concessions. Concessions qui peuvent rester en travers de la gorge de certains des soutiens traditionnels d’Erdogan. Un dosage dans la parole et dans l’action sera donc nécessaire. Pour un orateur qui a déclaré un jour que le nationalisme était «sous [s]es pieds» avant de se déclarer un autre jour plus nationaliste que le MHP, ça ne devrait pas être difficile.

Erdogan veut-il évincer Gül ? Le Premier ministre Il va nommer un député turc, qui souhaite de l’AKP plutôt malléable, s’installer au palais pré- atone, chargé de diriger la

sidentiel en août 2014, a catégoriquement refusé de provoquer des élections législatives anticipées dans la foulée de la présidentielle. Celles-ci doivent se tenir en effet en juin 2015. Or si Abdullah Gül, le président sortant, n’était pas le candidat de l’AKP à la présidence, il devait au moins récupérer le poste de Premier ministre. Selon la Constitution turque, celui-ci doit être au préalable député. Ce qui ne sera pas le cas de Gül. Jusqu’en juin 2015, Erdogan semble donc tabler sur une autre personnalité. Mehmet Tezkan du quotidien Milliyet, estime que l’objectif d’Erdogan pourrait être «d’habituer les Turcs à un régime semi-présidentiel.

bureaucratie et va continuer à gouverner». Abdullah Gül est connu pour tenir des propos moins anxiogènes sur le plan des libertés qu’Erdogan. Une distorsion qui ne serait pas tenable en cas d’inversion des rôles. Tarhan Erdem, politologue et directeur de l’Institut de sondage KONDA, estime que le bicéphalisme au pouvoir [exécutif à deux têtes] ne fonctionnerait pas, quel que soit le chef du gouvernement, «fût-il sa propre fille Sümeyye». «Erdogan ne devrait pas être candidat ; avec le nombre de voix qu’il a obtenu, sa candidature serait contraire à la Constitution dans le sens où il ne pourra pas agir», a-t-il conclu.

Davutoglu soupçonne trois groupes dans l’affaire des écoutes SAMI KILIÇ PARIS Ahmet Davutoglu, le ministre turc des Affaires étrangères, a déclaré soupçonner trois groupes pouvant être à l’origine de la divulgation de la conversation qui s’était tenue dans son bureau en présence du directeur des services de renseignements (MIT) et du numéro 2 de l’armée. «Dans une affaire de ce genre, je regarde d’abord qui s’y accroche en premier. Et je constate que ceux qui se sont emparés de l’affaire sont avant tout les partisans d’Assad, les éléments de l’organisation parallèle ainsi que les plumes proches de l’Iran».

-

Le ministre des Affaires étrangères turc lors de l’ouverture de la conférence de Genève.

«ILS ONT ÉCOUTÉ UNE SALLE ÉQUIPÉE D’UN BROUILLEUR» Le brainstorming qui s’était tenu le 13 mars 2014 au sujet des scénarios possibles en Syrie avait été diffusé sur YouTube le 28 mars, entraînant l’interdiction du site de partage de vidéos. «Ils ont écouté une salle équipée d’un brouilleur» avait voulu dramatiser Davutogu. Mais le propos avait immédiatement soulevé des incompréhensions. «L’un des participants est

donc un espion» avait lancé Lütfü Türkkan, député du MHP (droite nationaliste). Si l’écoute n’a pu être techniquement possible de l’extérieur, c’est que l’une des personnes présentes enregistrait l’entretien. Umut Oran, vice-président du CHP (gauche kémaliste), avait posé tout de go une question écrite au ministre sur le rôle joué par Hakan Fidan, directeur du MIT, déjà accusé d’avoir de la sympathie pour l’Iran. Le Premier ministre Tayyip Erdogan avait accusé «l’Etat parallèle» d’avoir montré encore une fois sa face sombre. Deniz Zeyrek, chroniqueur au journalRadikal et bon connaisseur des coulisses d’Ankara, avait révélé qu’une enquête interne au ministère visait toutes les personnes habilitées à accéder à l’étage du ministre. «Le ministère et le MIT sont tombés d’accord sur le fait que la divulgation n’est pas le fait des services de renseignement étrangers mais qu’elle vient de l’intérieur», avait-il écrit. Davutoglu n’a apporté aucune précision sur cette affirmation. Une enquête approfondie est en cours, elle est confiée précisément au MIT.


07 TURQUIE

11 - 17 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

La justice retoque l’interdiction de Twitter et Youtube En Turquie, des décisions de justice, invoquant la liberté d’expression et les moyens de l’appliquer, sont venues invalider l’interdiction d’accès à Twitter et YouTube. Bülent Arinç, vice-Premier ministre de la Turquie.

Des médias publics critiqués pour leur partialité AYDIN ALBAYRAK ANKARA Cela fait longtemps que les partis de l’opposition accusent l’agence de presse Anadolu et la chaîne publique TRT d’être de plus en plus du côté au parti au pouvoir. Yusuf Halaçoglu, viceprésident du groupe parlementaire du MHP, prévoit de soumettre une enquête parlementaire pour mettre fin au financement public des deux médias. «Ces institutions travaillent comme si elles étaient les porte-paroles du gouvernement, elles ne devraient pas être financées par les impôts que paye le peuple», a-t-il dit à Zaman. Dernière affaire en date, Anadolu a interrompu toute collaboration avec Taraf à cause de la publication d’un article accusant l’agence de presse d’agir selon les intérêts du gouvernement. De plus, le directeur général d’Anadolu, Kemal Öztürk, se serait rendu au siège de l’AKP le soir des élections. Le vicePremier ministre Bülent Arinç, qui a confirmé ce fait et dont le périmètre d’action inclut l’agence de presse Anadolu, a rejeté les accusations de partialité contre l’agence de presse. Il a ajouté qu’Anadolu avait diffusé les résultats des élections tout à fait objectivement. Toujours est-il que l’agence semblait privilégier le parti au pouvoir lors de l’annonce des résultats du scrutin puisqu’elle a d’abord rapporté ceux des districts où l’AKP est favori, donnant donc l’impression que le parti d’Erdogan était largement en tête du scrutin. Alors que d’après les informations fournies par l’agence de presse Cihan, qui a subi des cyber-attaques le soir des élections, dans les premières heures du dépouillement, l’AKP n’avait pas une si grande avance et même, dans certaines provinces, des candidats des partis de l’opposition étaient en tête.

-

13H32 POUR L’AKP CONTRE 95 MINUTES POUR LES AUTRES PARTIS Ces dernières années, la chaîne TRT a également fait l’objet de vives critiques de la part des partis de l’opposition, car elle favorisait largement le parti au pouvoir dans ses diffusions. Selon le vice-président du CHP, Sezgin Tanrikulu, la chaîne publique, qui devrait être neutre, a consacré beaucoup plus d’heures de diffusion à l’AKP qu’à tous les autres partis de l’opposition réunis. En février, le Conseil suprême de la radio et de la télévision (RTÜK) avait envoyé un message d’avertissement à la TRT pour des temps de diffusion inégaux entre les différents partis politiques. Entre le 22 février et le 2 mars, la TRT a consacré 13 heures et 32 minutes de couverture de campagne à l’AKP, contre seulement 95 minutes pour les trois partis de l’opposition représentés au Parlement, selon le RTÜK. Le Conseil a démontré qu’il y avait violation de la loi sur la diffusion, qui interdit la TRT de couvrir de façon «subjective et partielle» les différentes campagnes électorales.

La décision d’interdiction d’accès à Twitter n’est pas proportionnée au but poursuivi, estime la Cour constitutionnelle.

-

La Cour constitutionnelle turque a déclaré contraire à la Constitution la mesure qui bloquait l’accès à Twitter. La décision prise par la Direction des Télécommunications (TIB) après le refus de la société Twitter de se conformer à trois jugements rendus par des tribunaux turcs, avait soulevé un vent d’indignation. En l’espèce, la décision d’interdiction totale d’accès à Twitter n’est pas nécessaire ni proportionnée au but poursuivi, estime la Cour. Elle se range ainsi à la décision du tribunal administratif d’Ankara qui avait déjà pris un jugement en ce sens la semaine dernière, jugement qui n’avait pas été appliqué. Les juges constitutionnels qui ont adopté cette décision à l’unanimité ont enjoint le TIB et le ministère du Transport à mettre fin à cette illégalité. Malgré la décision de justice, Twitter reste néanmoins toujours bloqué en Turquie à ce jour.

L’INTERDICTION D’ACCÈS À YOUTUBE LEVÉE Autre décision importante, celle du tribunal de Gölbasi à Ankara, qui a levé l’interdiction d’accès à YouTube. C’est ce même tribunal qui avait bloqué l’accès au site de partage de vidéos dans un jugement du 27 mars 2014. Le Conseil national des barreaux avait demandé un réexamen de la décision. Les juges ont estimé que l’interdiction générale n’était pas légale, seulement 15 liens resteront donc inaccessibles.

Cihan signe un accord de coopération avec l’AFP TUGBA AYDIN ISTANBUL Cihan vient de signer un accord de coopération avec l’Agence FrancePresse (AFP), l’une des plus grandes agences de presse du monde. Le directeur-général de Cihan, Abdülhamit Bilici, et le directeur-général de l’AFP, Emmanuel Hogg, ont signé un accord Le directeur-général de Cihan, Abdülhamit Bilici, et le au bureau central de Cihan à Istanbul. directeur-général de l’AFP, Emmanuel Hogg Notant que la Turquie était devenue un

-

facteur déterminant en matière de journalisme, Hogg a déclaré que l’accord était essentiel pour eux afin de mieux connaître la Turquie. Bilici a affirmé que Cihan bénéficierait désormais de la diversité des articles et des reportages produits par l’AFP. «Cette collaboration sera fructueuse en termes de diffusion des événements en Turquie au niveau mondial, de manière appropriée», a-t- il

dit. L’accord comprend le partage de vidéos entre les deux parties et pourrait s’étendre à d’autres domaines, a précisé Hogg. Ayant déjà signé plusieurs accords avec des agences de presse internationales comme RIA Nonosti et Xinhua, Bilici a ajouté que Cihan continuerait de diffuser des informations de façon efficace grâce aux journalistes présents dans 90 pays différents.


08 TURQUIE

11 - 17 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

Bientôt une chasse aux sorcières en Turquie ? Dans la capitale turque, de plus en plus de bruits courent sur le lancement prochain d’une opération par le Premier ministre Erdogan contre ses opposants. Sont particulièrement visées les personnes et entreprises affiliées au mouvement Hizmet.

Depuis la victoire de l’AKP aux élections municipales, le discours de Recep Tayyip Erdogan ne s’est pas adouci, au contraire, à l’égard des membres du Hizmet et des médias critiques.

-

Les rumeurs ont commencé à se propager alors qu’Erdogan, grand vainqueur des élections locales du 30 mars, a menacé le mouvement Hizmet. Certains réseaux sociaux pro-gouvernementaux ont proféré ouvertement des menaces contre le Hizmet, exhortant l’AKP à lancer une opération contre le mouvement de Fethullah Gülen. Les utilisateurs Twitter Gizli Arsiv et Wake Up Attack ont ainsi demandé au gouvernement via Twitter de tenir sa promesse de lancer une opération de police et judiciaire contre le Hizmet.

«VOUS NE DORMIREZ PLUS SUR VOS DEUX OREILLES» Mercredi 2 avril, Gizli Arsiv a partagé une lettre écrite par un autre utilisateur Twitter, Sait Dündar. Dans la lettre, adressée au Premier ministre Erdogan, l’utilisateur Sait Dündar dit que la majorité des électeurs qui ont voté pour l’AKP le 30 mars l’ont fait après avoir entendu la promesse par le Premier ministre de lancer une opération contre le Hizmet. «Le peuple [turc] s’est montré patient face à ceux qui ont trahi le pays [les membres du Hizmet]. Et le peuple a parlé lors des élections. (…) Notre gouvernement protégera son pays et leur demandera [aux traîtres] des comptes», dit la lettre. Gizli Arsiv a également déclaré que le Hizmet préparait des manifestations similaires aux protestations de Gezi de l’été dernier. L’utilisateur Twitter a ajouté que le mouvement prévoyait en plus de mobiliser ses sympathisants à Ankara et de descendre dans la rue pour protester contre les résultats des élections dans la capitale. Wake Up Attack, de son côté, a ciblé les médias affiliés au Hizmet. «Ce que les médias pro-Gülen

entendent par liberté de la presse, c’est la liberté de mentir et de provoquer. Nous ne le permettrons pas. Vous ne dormirez plus sur vos deux oreilles», a-t-il noté. Le même utilisateur a également déclaré que le gouvernement turc enverrait une équipe aux Etats-Unis au mois d’avril pour l’extradition de Gülen en Turquie.

MENACES CONTRE LES MÉDIAS Rasim Ozan Kütahyali, journaliste connu pour être proche de l’AKP, a dit que les médias qui avaient «trahi le gouvernement» devraient bientôt rendre des comptes. Il a mentionné, entre autres, le groupe Dogan, propriétaire de Hürriyet et le groupe Ciner, propriétaire de Habertürk. Il explique que ces deux médias n’avaient pas bien réagi à l’enregistrement publié dans lequel on entend le ministre des Affaires étrangères, le chef des services de renseignement et un général de l’armée discuter de la situation en Syrie. Ces médias ont, selon lui, montré qu’ils étaient du côté du «gang parallèle». «Rien ne sera plus pareil pour Turgay Ciner. Et si Aydin Dogan pense qu’il pourra

sauver sa peau, il paiera cher. J’en appelle à Ciner et Dogan : ces trois prochains jours sont très importants pour vous. Si vous ne vous rangez pas du côté de votre Etat, l’Etat vous finira», a affirmé Kütahyali lors d’un programme télévisé le 28 mars. Depuis la semaine dernière, certains utilisateurs Twitter proches de l’AKP font circuler une liste de journalistes «qui doivent être arrêtés». Parmi eux, Nazli Ilicak, Emre Uslu, Cüneyt Özdemir, Mehmet Baransu, Cengiz Çandar, Ahmet Hakan Coşkun, Ekrem Dumanli, Hasan Cemal et Ali Bulaç.

«PUNIR LE HIZMET, PEU IMPORTE LE PRIX» En revanche, le vice-président de l’AKP, Hüseyin Çelik, a précisé lors d’un programme télévisé mardi 1er avril, que le gouvernement ne prévoyait pas de lancer une chasse aux sorcières contre le Hizmet. «Dans un pays gouverné par l’Etat de droit, il y a des sanctions prévues pour les délits. S’il n’y a pas de délit, il n’y a pas de sanction. Nous ne pensons pas lancer une chasse aux sorcières», a-t-il dit. Cette déclaration contredit totalement les propos du Premier

ministre Erdogan, qui avait ouvertement indiqué qu’il entendait «punir le Hizmet, peu importe le prix». Samedi 29 mars, un jour avant les élections, le Premier ministre turc a porté plainte contre le rédacteur en chef de Today’s Zaman, Bülent Kenes, le rédacteur en chef adjoint de Zaman, Mehmet Kamis, le chroniqueur de Today’s Zaman, Emre Uslu, le journaliste, Önder Aytaç, et l’ancien chef de l’unité des services de renseignement du département de police d’Istanbul, Ali Fuat Yilmazer. Les avocats d’Erdogan ont déclaré dans une pétition soumise au parquet d’Ankara que Kenes et Kamis avaient humilié le Premier ministre turc dans leurs tweets. Erdogan avait déjà porté plainte il y a quelques semaines contre le journaliste de Today’s Zaman, Mahir Zeynalov, pour des tweets contenant des «insultes et jurons visant à inciter le pays à la haine et à l’animosité». Zeynalov a répondu que ses tweets contenaient principalement des informations sur des articles publiés dans les médias et non des insultes contre Erdogan ou quoique ce soit qui serait une provocation envers la société.

Les écoles du Hizmet à l’étranger, cibles de l’AKP -

Alors que de nombreux articles publiés dans les médias ont révélé que le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a donné l’ordre aux ambassadeurs turcs de prendre des mesures en faveur de la fermeture des écoles du mouvement Hizmet à l’étranger, l’opposition et les diplomates ont décidé de faire entendre leur voix. «Fermer les écoles est une tentative purement politique et idéologique», disent-ils. Le mouvement Hizmet possède plus de 2000 établissements scolaires dans plus de 120 pays à travers le monde. Ces écoles ont des milliers d’élèves et sont réputées pour leur excellence, que l’on peut constater notamment au moment des Olympiades de sciences internationales.

FERMETURE IMMINENTE EN GAMBIE Mais pas plus tard que le mois dernier, les parents des élèves scolarisés auprès de l’établissement Yavuz Selim en Gambie ont reçu une lettre annonçant la fermeture imminente de l’école. Les autorités de l’éducation nationale de Gambie auraient envoyé une lettre au principal de

l’établissement, lui ordonnant la fermeture immédiate de l’école. Ce dernier aurait à son tour envoyé une lettre à tous les parents en annonçant la décision du gouvernement de fermer l’établissement. L’école Yavuz Selim a été fondée en 2010 et accueille des élèves de différentes nationalités.

UNE «SOURCE DE FIERTÉ» POUR LA TURQUIE La tentative de fermer les écoles du Hizmet arrive au moment où le mouvement inspiré par Fethullah Gülen est victime d’une campagne de diffamation de la part du gouvernement turc. L’ex-ministre des Affaires étrangères, Yasar Yakis, a condamné la volonté de fermer les établissements scolaires, rappelant qu’ils ont toujours été une «source de fierté» pour la Turquie. Quant au député MHP, Yusuf Halaçoglu, il déclare : «La fermeture de ces écoles est un problème purement idéologique. Si les écoles ne respectaient pas le programme de l’éducation nationale, ce serait normal. Mais la fermeture indique une hostilit�� personnelle. Le gouvernement devrait agir selon un cadre légal».


09 TURQUIE L’autisme, maladie encore trop peu connue en Turquie Le 2 avril marque la Journée mondiale de la sensibilisation à l’autisme, mise en place par l’ONU afin d’inciter les pays membres à informer davantage leur population sur cette maladie très répandue mais encore mal connue. DUYGU ÇAKIR ISTANBUL Pour certains, ce n’est que la manifestation d’une diminution des aptitudes sociales. Le corps médical, lui, le définit comme un trouble neurologique. L’autisme, décrit selon des termes médicaux comme un trouble envahissant du développement, est une situation bien plus grave qu’une simple diminution des aptitudes sociales. Les personnes atteintes d’autisme éprouvent des difficultés à communiquer et à utiliser un langage, ont un comportement répétitif et créent difficilement des relations. Selon le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), cette maladie – qui se manifeste dès l’enfance – est assez répandue et affecte un enfant sur 68 aux EtatsUnis. «On a enregistré une augmentation de 33 % des cas sur les deux dernières années, ce qui est vraiment effrayant», note Ergin Güngör, à la tête du conseil d’administration de la Fondation pour la protection et l’accompagnement des enfants autistes (ODER), à Zaman. Il ajoute que les cas d’autisme continuent d’augmenter de façon stable et qu’un enfant sur 88 est touché en Turquie.

-

LA TURQUIE LOIN DERRIÈRE LES PAYS EUROPÉENS «Malheureusement, en Turquie, il n’y a pas assez de sensibilisation ni d’initiatives concernant l’autisme, quand on compare avec des pays comme la Finlande et la Grande-Bretagne», dit Güngör. «Non seulement nous manquons d’éducateurs, mais ceux avec qui nous collaborons ne sont pas assez informés sur l’autisme. C’est pourtant essentiel quand on pense qu’un diagnostic précoce de la maladie peut déterminer la formation de la vie d’un enfant au niveau social, sanitaire, psychologique et économique», note Güngör. RECEVOIR UNE ÉDUCATION DÈS LE PLUS JEUNE ÂGE Pour Parin Yakupyan, co-fondatrice d’Algi – un centre spécial d’éducation et de rééducation – et mère d’un enfant de 14 ans atteint d’autisme, il n’a pas été facile d’admettre la maladie de son fils. «Tout était normal jusqu’à ses 18 mois, puis j’ai commencé à remarquer des changements chez Garen», confesse-t-elle. En tant que mère d’un enfant autiste, il était essentiel pour elle que son fils reçoive le traitement nécessaire au plus vite. «Il ne suffit pas de s’asseoir et d’essayer de résoudre un puzzle avec l’enfant. Il faut trouver des solutions à ses problèmes», note-elle. «Depuis le moment où nous avons découvert qu’il était autiste jusqu’à ses cinq ans, Garen a reçu une éducation spéciale pour enfants autistes, mais uniquement deux fois par semaine. Quand vous comparez avec d’autres pays, il est évident qu’un enfant atteint d’autisme devrait recevoir des cours privés quatre ou cinq heures

par jour. Il est essentiel qu’entre deux et cinq ans, l’enfant reçoive le bon traitement puisque ce sont les années où la capacité d’apprentissage est la plus élevée», dit Parin. Parin Yakupyan a quitté son travail

quand son fils a eu cinq ans pour passer plus de temps avec lui. Aujourd’hui, Garen est inscrit dans une école élémentaire et suit les mêmes cours que ses camarades de classe.

11 - 17 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

Les cas d’autisme représentent un enfant sur 88 en Turquie.


10 INTERNATIONAL

11 - 17 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

UE-Turquie : le processus d’adhésion bloqué «de facto»

La CSU allemande veut suspendre les pourparlers UE-Turquie

-

Les drapeaux turc et européen à l’entrée du Conseil de l’Europe à Bruxelles.

La Commission indépendante sur la Turquie (CIT) a appelé à l’ouverture de nouveaux chapitres du processus d’adhésion de la Turquie à l’UE, qui auraient été suspendus «de facto». SEVGI AKARÇESME ISTANBUL L’Open Society Foundation a tenu une conférence de presse lundi 7 avril pour présenter le troisième rapport de la CIT sur la Turquie publié au mois de mars. L’auteure du rapport et directrice adjointe de l’Istituto Affari Internazionali (Institut des Affaires internationales), Nathalie Tocci, qualifie la situation en Turquie d’«extrêmement grave». Elle a ajouté que les négociations ayant été «suspendues de facto», redoubler d’efforts vis-àvis du processus d’adhésion est la seule voie possible pour sortir de l’impasse. Lors de la conférence, où étaient présents le directeur de la CIT et ancien président de

-

la Finlande, Martti Ahtisaari, l’ancienne ministre des Affaires étrangères en Italie, Emma Bonino, l’ancien ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas, Hans van den Broek, et l’ancien secrétaire général des Affaires étrangères en Autriche, Albert Rohan, Tocci a fait un résumé du rapport qui évoque un «déraillement» des objectifs visés par le processus d’adhésion en Turquie, au vu du statut de l’Etat de droit et de la séparation des pouvoirs dans le pays.

REDYNAMISER LE PROCESSUS D’ADHÉSION La commission a ainsi exhorté l’Union européenne à ouvrir les chapitres 23 et

24 sur le système judiciaire et les droits fondamentaux et sur la justice, la liberté et la sécurité afin de redynamiser le processus d’adhésion, tout en appelant également la Turquie à poursuivre la mise en place de réformes. Pour Bonino, le choix des chapitres 23 et 24 n’est pas fortuit. Selon elle, le choix de ces chapitres, et en particulier de celui sur l’Etat de droit, est destiné à «répondre aux inquiétudes en Turquie». Les membres de la commission ont souligné qu’ils ne se focalisaient pas sur des questions spécifiques mais qu’ils mettaient en lumière une «tendance générale» dans un effort de reprise du processus d’adhésion.

Washington offre une prime contre trois hommes du DHKP-C -

Les Etats-Unis ont annoncé qu’ils offriraient une récompense en échange de la capture de trois grandes figures du Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C). Ce dernier a revendiqué un attentat ayant pour cible l’ambassade américaine à Ankara en 2013 et qui avait fait un mort. Le département d’Etat américain a annoncé dans une déclaration publiée le 2 avril qu’il offrirait une récompense de 3 millions de dollars en échange d’informations sur les trois grandes figures de l’organisation, Musa Asoglu, Zerrin Sari et Seher Demir Sen. Selon la déclaration, l’organisation cible les intérêts américains, l’armée américaine ainsi que le personnel et les équipements diplomatiques, et ceux de l’OTAN et des Turcs depuis les années 1990. «Le DHKPC a été créé en 1994 quand son groupe prédécesseur, Devrimci Sol ou Dev Sol, s’est dissous. Le département d’Etat américain a qualifié le DHKP-C d’organisation terroriste étrangère le 8 octobre 1997. En février 2013, un kamikaze affilié au

groupe a attaqué l’ambassade américaine d’Ankara, tuant un gardien de sécurité turc», ajoute la déclaration. A la suite de l’attentat l’année dernière, le groupe terroriste de gauche a publié une déclaration dans laquelle il se disait responsable de l’attentat contre l’ambassade américaine. Le kamikaze a fait exploser des bombes sanglées à son corps, de même qu’une grenade à main dans la loge de l’ambassade, se tuant lui-même et un gardien de sécurité turc et blessant gravement un journaliste qui allait rendre visite à l’ambassadeur. Le département d’Etat américain cherche à découvrir la localisation des trois grandes figures. Selon la déclaration, Asoglu est membre du comité central du DHKP-C, l’organe décisionnel le plus important du groupe. Il dirigerait également les affaires financières du groupe ainsi que des activités de collecte de fonds en Europe. Asoglu est devenu leader du DHKP-C après la mort de Dursun Karatas, en 2008. Sari et Sen sont également membres du comité En février 2013, un kamikaze affilié au groupe a attaqué l’ambassade américaine d’Ankara. central du parti.

Selon un article publié sur le site du Rheinische Post, Andreas Scheuer de la CSU a déclaré à Munich lundi 31 mars qu’Erdogan avait menacé ses opposants et les voix critiques envers son gouvernement, et que cet acte allait à l’encontre des normes et des valeurs démocratiques européennes. «Un pays où le gouvernement menace les voix critiques et où les valeurs démocratiques sont bafouées ne peut faire partie de l’Europe. La CSU appelle à suspendre immédiatement les négociations d’adhésion à l’UE», aurait-il dit en s’adressant aux membres du Parti social-démocrate (SPD) et au Parti des Verts. Il a ajouté : «Un partenariat privilégié avec la Turquie est de plus en plus improbable».

«ON IRA DANS LEURS REPAIRES» L’homme politique allemand se référait au «discours de balcon» d’Erdogan, prononcé à Ankara le soir des élections locales du 30 mars. Son discours ciblait ses ennemis et en particulier l’intellectuel musulman Fethullah Gülen. Le Premier ministre turc s’est dit déterminé à lancer une enquête contre ses opposants après les élections. «A partir de maintenant, on ira jusque dans leurs repaires. Ils paieront pour cela», a-t-il dit. Erdogan s’était rendu en Allemagne début février pour s’entretenir avec la chancelière allemande Angela Merkel. Il avait dit que la Turquie avait besoin du soutien de l’Allemagne pour l’ouverture de nouveaux chapitres d’adhésion. Merkel avait exprimé son soutien pour l’ouverture des nouveaux chapitres, mais a également émis des réserves sur la candidature turque à l’UE.

L’Otan va renforcer sa présence aérienne dans les Etats baltes

-

L’Otan va multiplier par trois le mois prochain le nombre de ses chasseurs qui patrouillent habituellement dans les Etats baltes afin de renforcer ses défenses en Europe de l’Est en raison des tensions entre l’Ukraine et la Russie, a indiqué un responsable de l’Alliance, mardi. Quatre chasseurs sont habituellement basés dans cette région mais les Etats-Unis qui ont actuellement la charge des patrouilles aériennes avaient décidé de porter à 10 le nombre de chasseurs F-15s afin de rassurer les pays de la zone. Ce nombre a finalement été réévalué à 12 à compter de la prochaine période de quatre mois qui débute le 1er mai. Ce renforcement des patrouilles aériennes dans la Baltique fait partie d’un plan air-terremer visant à renforcer les défenses des alliés d’Europe de l’Est qui doit être mis au point d’ici le 15 avril par le général Philip Breedlove, de l’US Air Force.


11 INTERNATIONAL

11 - 17 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

Rwanda : Kagame accuse Paris d’implication dans le génocide Alors que l’on commémore les vingt ans du génocide rwandais, les déclarations officielles se multiplient à Kigali, pointant du doigt l’implication de Paris dans le drame qui a fait 800 000 victimes en 1994.

-

Le président rwandais, Paul Kagame, a réitéré lundi ses accusations contre la France à l’occasion des cérémonies de commémoration du génocide de 1994 à Kigali, où les représentants français ont été jugés indésirables. Paris avait annoncé samedi sa décision d’annuler le déplacement dans la capitale rwandaise de sa ministre de la Justice, Christiane Taubira, à la suite d’une nouvelle interview à charge de Paul Kagame dans l’hebdomadaire Jeune Afrique. Le dirigeant rwandais récidive dans un entretien publié lundi dans Libération dans lequel il affirme que «la France a été impliquée au Rwanda avant et pendant le génocide. Et peut-être même après». Il ajoute que la France et la Belgique ont contribué à «l’émergence d’une idéologie génocidaire». Joignant le geste à la parole, les autorités rwandaises ont fait savoir dimanche soir à l’ambassadeur de France à Kigali, Michel Flesh, désigné pour remplacer Christiane Taubira, qu’il n’était pas autorisé à participer aux cérémonies du stade Amahoro. La France s’est toutefois associée au peuple rwandais «pour honorer la mémoire de toutes les victimes du génocide». «Le génocide rwandais a été une des pires atrocités de notre temps. Il a été commis alors que le monde savait et n’a pas pu l’empêcher. Il a marqué notre humanité et nos consciences», déclare lundi la présidence française dans un communiqué.

«LES FAITS SONT TÊTUS» Sous les acclamations de quelque 30 000 personnes, en présence de plusieurs dirigeants africains et de représentants occidentaux, Paul Kagame a poursuivi lundi sa diatribe à mots couverts dans l’enceinte du stade de Kigali. «Aucun pays n’est assez puissant, même s’il pense l’être, pour changer les faits», a-t-il lancé en anglais avant d’ajouter en français : «Après tout, les faits sont têtus». Auparavant, Paul Kagame avait allumé la flamme du souvenir au mémorial de Gisozi où reposent les restes de quelque 250 000 victimes du génocide. Les accusations du Rwanda à l’encontre de la France

ne sont pas nouvelles mais depuis que Nicolas Sarkozy avait reconnu en 2010 de «graves erreurs d’appréciation», un processus de normalisation s’était engagé malgré des soubresauts judiciaires. Le génocide des Tutsi a fait environ 800 000 morts au Rwanda entre avril et juillet 1994. «Derrière les mots ‘Plus jamais’, il y a une histoire dont la vérité doit être rapportée intégralement», a dit Paul Kagame. Des Rwandais ont perpétré ces crimes, at-il poursuivi, mais «l’histoire et ses racines vont bien au-delà de ce beau pays». Le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-Moon, a fait écho au «Plus jamais» du président rwandais face à «une honte» impossible selon lui à effacer vingt après.

TOLLÉ EN FRANCE La ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a remercié les délégations étrangères présentes et ajouté, à propos de la France : «Le Rwanda a beaucoup de bons amis en France. Certains d’entre eux sont présents aujourd’hui et nous les accueillons chaleureusement.» Pourtant, lundi matin sur France Inter, elle avait elle aussi mis en cause le gouvernement français d’alors. «Le gouvernement rwandais de l’époque qui préparait le génocide depuis le début des années 1990 était conseillé étroitement par des conseillers francais», a-t-elle dit. «Il n’est pas possible d’imaginer une situation où il y a cette collaboration et il n’y a pas complicité», a-t-elle ajouté. L’ancien ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner (2007-2010), notamment, était présent à titre privé à Kigali. Dans Libération, il dit regretter que la France ait réagi «aussi vivement» alors que la réconciliation s’esquissait. Dès samedi, avant la parution de Jeune Afrique, l’UMP Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères à l’époque du génocide, avait appelé François Hollande à «défendre l’honneur de la France». «En attendant que vienne la vérité, on ne peut tolérer la véritable entreprise de falsification historique qui veut faire porter à la France la culpabilité du génocide», écrit-il sur son blog.

ANNONCE PUBLIQUE REPUBLIQUE DE TURQUIE TRIBUNAL DE GRANDE A ÇİVRİL (DENİZLİ-TR) AU NOM DU TRIBUNAL DE FAMILLE NO PRINCIPAL : 2011/373 DEFENDERESSE : NYOUA THAO Suivant le jugement de la procédure de reconnaissance et d’exécution qui a été ouvert contre vous, Par notre tribunal, afin de porter à votre connaissance la date et le jour de l’audience de votre procès,une convocation a été dressé à votre nom et adresse dont vous nous aviez déjà signalé dans votre requête. Pour raison que vous avez quitté le domicile, on n’a pas pu vous faire la notification. Comme nous n’avons pas pu prendre un resultat de nos recherches d’adresse, nous avons donné la décision de vous notifier par l’annonce publique cette requête avec la notification de la et du jour de l’audience proche de votre procès. Date de l’audience du procès: 14/05/2014 Heure de l’audience du procès: 09h00 Que vous soyez présente personnellement ou vous faire représenter par un avocat. Au cas contraire,selon l’article 3156 et 213/2 (-changement) du Code de procédure civile (H.U.M.K), on notifie en annonçant que nous continuerons le jugement en votre absence en rendant compte que votre requête et la date du jour de l’audience y seront valable. Pour la traduction sincère et valable. Le 17.02.2014 Ömer Gümüş Traducteur Juré près des Notaires et Tribunaux à Denizli

Cérémonie de commémoration du génocide rwandais.


12 CULTURE

1/4

11 - 17 AVRIL 2014ZAMAN FRANCE

D’après des chiffres publiés par l’Insee, en France, un quart des personnes sans domicile occupe actuellement un emploi, dans des postes en majorité précaires.

L’IMA remet l’Orient Express sur les rails L’Institut du monde arabe consacre une exposition au train mythique en l’honneur de ses 130 ans. A l’occasion, la locomotive et des wagons ont été installés sur le parvis. A visiter du 4 avril au 31 août 2014. SAMI KILIÇ PARIS S’il y avait eu jadis un pont entre l’Orient et l’Occident, ce fut bien un... train. Le fameux Orient Express. Celui qui fendait les villes, les pays, les continents pour déverser en Orient, la race la plus curieuse et la plus chic des Occidentaux. Le «palace roulant», rêvé et créé par le Belge Georges Nagelmackers. En 1883, le voyage inaugural lui fait engloutir 3050 km en trois jours. Trois jours de confort, d’effusion, de luxe. Des plafonds en cuir repoussé de Cordoue, des bas-reliefs en cristal Lalique, des tapisseries des Gobelins, des rideaux en velours de Gênes, de l’argenterie, des nappes précieuses et des verres fins en cristal. On baigne tout bonnement dans l’exquis, dans l’art du voyage. C’est ce monument de l’histoire ferroviaire et de l’Histoire tout court qui est à l’honneur pendant quatre mois à l’Institut du monde arabe (IMA). L’exposition «Il était une fois l’Orient Express» permet de tâter les pièces d’époque, de découvrir des images, des extraits de films, des affiches ou les menus d’antan. Des rencontres, des projections, des conférences sur le train au cinéma, l’art culinaire et la littérature seront également organisées durant l’exposition.

-

TÊTE DE PONT JETÉE EN ORIENT Contrairement à ce qu’il est convenu de croire, le train ne reliait pas seulement Paris à Istanbul. Il liait l’Occident à l’Orient. Rien que cela ? Exactement. Gilles Gauthier, ancien ambassadeur au Yemen et conseiller scientifique de l’exposition l’assure : «La compagnie des Wagons-Lits, dans ses affiches publicitaires, offrait à ses hôtes sous le titre d’Orient Express des voyages en quatre jours et demi vers Tripoli, en huit jours vers Bagdad et même, en sept jours vers Le Caire- trois continents dans un seul voyage». Le Taurus Express prenait ensuite le relais du Simplon Orient Express pour aller jusqu’à Alep et au Caire. UNE FASCINANTE ODYSSÉE Un quai de gare a été reconstitué, une locomotive, trois voitures ainsi qu’un wagon-restaurant occupent le parvis. La visite se fait en deux temps : dans le train et dans les salles de l’IMA. Claude Mollard, commissaire de l’exposition, explique : «Il existe une véritable fascination pour ce train et ce qu’il évoque. Il embarque avec lui toute une mythologie, depuis sa relation avec les arts décoratifs de l’époque, en passant par des célébrités, de grands écrivains, le cinéma... beaucoup de choses en fait». C’est une véritable

«scène de théâtre», ajoute-t-il, «il y a, comme au théâtre, unité de temps, d’action et de lieu».

L’Orient Express a arrêté de fonctionner en 1977.

UN PAN DE L’HISTOIRE TURQUE L’Orient Express qui avait outrageusement traversé les époques, les guerres et les blocs dut cependant s’arrêter définitivement en 1977. La maladie des temps modernes lui portera le coup de grâce, la vitesse et la concurrence de l’avion. Les chuchotements des princes et princesses, les intrigues des diplomates, les mille émotions ressenties deviennent des vestiges d’une autre époque. Et si, pour les Turcs, Mustafa Kemal avait son bateau (le Bandirma), celui qui le jeta dans les bras de l’Anatolie pour mener la guerre d’Indépendance, le dernier calife, Abdulmecid, avait son train. Le Simplon, précisément. Les Ottomans qui entrèrent dans l’Histoire à cheval par l’Est en sortirent en locomotive par l’Ouest. Le train et le voyage. Le train et l’exil. Le Turc a accueilli les uns et expédié les siens. Il ne reste plus qu’à aiguillonner l’imagination pour revivre les joies et les déchirures. Il suffit de prendre place à bord de l’Orient Express... Institut du monde arabe 1, rue des Fossés-St-Bernard 75005 Paris Informations : 01 40 51 38 38

Leçons d’harmonie, un film d’Emir Baigazin FATIH TURSUN PARIS De la violence naît l’harmonie. C’est une leçon sur la nature humaine que nous livre le réalisateur kazakh Emir Baigazin avec son nouveau film récemment sorti en salle. Aslan est un jeune collégien au visage inexpressif, qui parle peu. Il subit l’humiliation quotidienne de ses camarades avec un aspirant caïd à leur tête.

-

La vengeance arrive tard. Elle est violente. Aslan se révèle être un grand psychopathe doué. Le réalisateur prend le parti de ne rien montrer de cette violence, ou presque. Leçons d’harmonie est un film violent où la violence est invisible. Mais sa présence pèse du début à la fin du film. Le spectateur attend que le jeune Aslan sorte de son mutisme, même jusqu’à vouloir

qu’il se venge par la mort. C’est le réveil de l’instinct de violence qu’on souhaite enfin voir chez lui. Le réalisateur parvient à créer cette attente grâce à l’image qu’il maitrise parfaitement. C’est ce qui lui a valu le prix de l’Ours d’argent de la meilleure image à la Berlinale 2013, distinction qui lui donne une reconnaissance internationale. Le travail du cadrage et

de la couleur est méticuleux. L’image est belle et très épurée. Cette harmonie dans l’image est justement trop parfaite pour être humaine. Elle est glaciale. Et cela renforce le propos du réalisateur. Mais cette composition parfaite qu’on retrouve dans chaque plan nuit au film dans son ensemble. L’histoire devient secondaire. C’est un film surtout photographique.


13 CULTURE

11 - 17 AVRIL 2014ZAMAN FRANCE

AGENDA CULTUREL

-

LES INFIDÈLES «SARRASINS» La suprématie intellectuelle, scientifique, technique, mais aussi militaire et donc territoriale était le fait des infidèles, de ces «Sarrasins» qui, de l’Espagne à la Syrie, possédaient au VIIIe siècle déjà, la majeure partie de ce qui fut l’Empire romain chrétien… De cette humiliation, découle sans doute cette ambivalence, cette attirance et cette répulsion qu’éprouva la chrétienté latine du Moyen âge pour le monde islamique. Elle devrait de même tout autant expliquer le relatif mépris pour le Moyen Âge et le rejet, aux racines profondes, de l’Autre par excellence qu’a été longtemps le musulman. Continuer aujourd’hui encore d’employer le terme «Sarrasins» (vieil appellatif d’origine grecque) pour désigner les

‘‘

«Il semblera toujours humiliant à certains esprits de songer que c’est à des infidèles que l’Europe chrétienne doit d’être sortie de la barbarie». Gustave Le Bon

A lire

&

Le 12 avril à 18h45 Les 3 Luxembourg 67, rue Monsieur Le Prince 75006 Paris

L’enseignement d’Aristote, œuvre extraite de Islamic science : an illustrated study, Seyyed Hossein Nasr.

Ma tante arrive [Halam Geldi]

Le village d’Akincilar, dans la partie turque de Chypre, a des airs trompeurs. Il suffit de deux mots pour que le sort de deux écolières, Reyhan et Huriye, bascule : Halam geldi, «Ma tante arrive»… Cette phrase banale est le prélude du drame. Un film d’Erhan Kozan (Turquie, 2013, 1h40, VOST). Le 13 avril à 18h30 Les 3 Luxembourg 67, rue Monsieur Le Prince 75006 Paris

de coloniser cette partie de ce qui allait devenir la France. L’éclat idéologique de cette date, et le «blanchiment» consécutif de l’image de Charles Martel, un pilleur excommunié par le pape Léon III, occulteront d’autres faits autrement plus probants : l’annexion de la Septimanie (plus ou moins le Languedoc-Roussillon actuel), devenue une province arabe au VIIIe siècle et l’existence au Xe siècle d’un micro-Etat arabo-musulman dans le golfe de Saint-Tropez.

UNE PRÉSENCE MUSULMANE STRUCTURÉE Cette présence arabe se perpétuera audelà du Xe siècle. Sur l’une des stèles funéraires musulmanes datant des XIe et XIIe siècles mises au jour à Aniane dans l’Hérault, et au centre de Montpellier, on peut notamment lire : «Ceci est la tombe du faqih de l’année 533 [de l’Hégire, soit 1138]». L’existence d’un spécialiste du droit musulman suppose une communauté musulmane

structurée et durablement installée. La présence arabe a d’ailleurs été suffisamment longue pour avoir laissé une trace dans la toponymie locale, comme en témoignent les différents composés en «Maure», dont notamment le fameux Massif des Maures. Sur le plan de la langue, les mots empruntés à l’arabe, – autour de 400, relevant essentiellement des domaines scientifique et technique – sont plus nombreux que ceux d’origine gauloise. «Ce sont les traductions des livres arabes, surtout ceux relatifs aux sciences, qui servirent de base à peu près exclusive à l’enseignement des universités de l’Europe pendant cinq à six cent ans» rappelle l’anthropologue et sociologue Gustave Le Bon, qui conclut ainsi : «Il semblera toujours humiliant à certains esprits de songer que c’est à des infidèles que l’Europe chrétienne doit d’être sortie de la barbarie, et une chose si humiliante en apparence ne sera que bien difficilement admise.»

Le 12 avril à 15h Institut des cultures d’Islam 19-23, rue Léon 75018 Paris

à voir... est nécessaire aux descendants d’immigrés pour mieux appréhender leur réalité ici et maintenant, mais aussi pour une meilleure sociabilité, débouchant elle-même sur une meilleure intégration. L’ignorance de la langue et de la culture d’origine constituent, d’après le chercheur, un facteur favorisant le décrochage scolaire et le développement de certaines formes d’agressivité.

Islam et Immigration, d’Abdelkader Benarab, préface de Paul Balta, L’Harmattan, 114 pages, 12 €.

RENCONTRE-DÉBAT

de France de 1960 à nos jours (Editions Privat), s’exprime dans cet essai en spécialiste de l’immigration, un sujet auquel il a consacré un grand nombre d’articles. Le présent essai les réunit en 12 chapitres, euxmêmes regroupés en deux grandes catégories : «Immigration et littérature» et «Islam et Occident». L’auteur développe notamment l’idée que connaître sa langue d’origine

Les couleurs d’Istanbul

Une exposition d’ebru (art ottoman du papier marbré) due aux artistes de l’atelier Feride Dayanç. Jusqu’au 10 mai Centre culturel Anatolie 77, rue La Fayette 75009 Paris

De l’importance de la langue d’origine En France, l’immigré n’est pas un autre soi-même, mais un autre tout court. A lui de trouver dans son histoire personnelle, jusqu’à l’enfance s’il le faut, des remèdes à son désenchantement. Tel est le constat – tranché, il est vrai – que fait Abdelkader Benarab, essayiste, romancier et chercheur en anthropologie littéraire. L’auteur, qui a collaboré au livre référence Maghrébins

Petite lentille et autres histoires douces et cruelles

Une petite lentille à l’appétit féroce, un prince en quête d’amour, des chameaux chargés d’or qui courent dans le désert, un pays ou tout s’achète et se vend sans argent, une jeune fille rusée qui transforme le cœur d’un ogre… Layla Darwich, conteuse «à la bouche fleurie», plonge dans l’imaginaire de la Méditerranée orientale : histoires syriennes, libanaises, palestiniennes… A partir de 6 ans.

EXPOSITION

Arabes du Moyen âge, lorsque dans le même temps on n’hésite pas à employer l’ethnique «Arabe» s’agissant de la période antéislamique, relève sans doute de ce double mouvement fait de mépris et de déni. De même la date de 732, que ne fait défaut à aucune chronologie de l’Histoire de France, fût-elle des plus succinctes. La fameuse bataille de Poitiers n’a pourtant pas stoppé des Arabes qui, du reste, n’avaient pas l’intention

Tu illumines la nuit [Sen Aydinlatirsin Geceyi]

L’histoire d’une petite bourgade d’Anatolie et de ses héros du quotidien. Le ciel compte 2 soleils et 3 lunes, et les habitants peuvent voir à travers les murs, bouger les objets à distance ou bien arrêter le temps, mais ce n’est pas une histoire de super-héros. Seulement le quotidien de gens ordinaires avec des pouvoirs surnaturels. Un film d’Onur Ünlü (Turquie, 2013, 1h47, VOST).

CONTES

Islam des mondes

SEYFEDDINE BEN MANSOUR LILLE Ce mardi 1er avril s’est éteint à Paris le plus grand médiéviste français. Jacques Le Goff appartenait à la lignée de ces grands historiens que furent Marc Bloch, Lucien Febvre, Fernand Braudel et Georges Duby. Du Moyen Âge, période qu’il a embrassée une vie de chercheur durant, il a su montrer les lumières, dans un Occident conçu aujourd’hui encore comme alors globalement sombre. On pourrait en effet s’étonner qu’un adjectif comme «moyenâgeux», par exemple, réfère à l’arriération et à l’obscurantisme, quand, dans le même temps, la période qui précède immédiatement, l’Antiquité est, elle, survalorisée. Sans doute faudraitil ici introduire un troisième terme : les musulmans. Le Moyen Âge correspond à leur apogée.

CINÉMA

Moyen Âge latin : la brûlure de l’héritage islamique

Istanbul, ville globale ?

Par Didem Danis, sociologue, Université de Galatasaray. Le 16 avril à 14h30 Maison méditerranéenne des sciences de l’homme 5, rue du Château de l’Horloge 13094 Aix-en-Provence


OPINION14

11 - 17 AVRIL 2014ZAMAN FRANCE

Pourquoi la tension politique est-elle toujours aussi forte ? La victoire décisive de l’AKP aux élections locales turques a, aux yeux du Premier ministre et de ses partisans, consacré les discours de guerre contre le mouvement Hizmet. Mais pour le chroniqueur Emre Uslu, l’AKP a perdu sa capacité de jugement, ses soutiens intellectuels et sa légitimité internationale. Ce qui explique la colère persistante de ses partisans.

-

Certains soutiens de l’AKP ont longtemps dit que si l’AKP gagnait les tenélections locales, la ten sion entre les citoyens tomberait rapidement car le PreEMRE USLU mier ministre et son parti seraient moins virulents contre l’opposition. Mais après la victoire électorale de l’AKP, les tensions n’ont pas baissé et les membres du parti au pouvoir n’ont montré aucun signe d’apaisement vis-à-vis de l’opposition.

Edité par : Source SARL 2, boulevard Saint Martin 75010 PARIS Directeur de la Publication: Directeur Général de Zaman France et Directeur des rédactions: Rédacteur en chef adjoint: Directeur Administratif: Directeur des ressources humaines: Responsable Commercial: Service Abonnement: Secretaires de Rédaction:

HUSEYIN KARAKUS

EMRE DEMIR FOUAD BAHRI FAHRETTIN TEKIN AKIF SAMETOGLU MEHMET SELVI CELINE GOKSU FARIDA BELKACEM SELIM BEDER Traduction: CLEMENTINE RAYNAUD Correspondant Presse Alsace: MEHMET DINC Correspondant Presse Ile de France: OSMAN USTA VEDAT BULUT FERHAN KOSEOGLU Infographie: NICOLAS VINCENEUX MUHAMMED SAHIN Redacteurs Web: AYSEGUL ZORLU SUHEDA ASIK Service informatique: HASAN OZCELIK Imprimerie : L IMPRIMERIE 79 Route De Roissy 93290 Tremblay En France Adresse : 2 Boulevard Saint-Martin 75010 PARIS Tel : 01 42 00 19 36 Faks : 01 42 00 19 58 info@zamanfrance.fr www.zamanfrance.fr - www.zamanfransa.com no CPPAP : 1117 I 90032 - ISSN 1869-5795 Tarif abonnement annuel France : 120€

LES MENACES ET LES BOYCOTTS Au lieu de cela, Erdogan a prononcé un discours de guerre le soir de sa victoire et ses députés ont suivi la tendance. L’AKP a même déclaré la guerre à la Cour constitutionnelle lorsque celle-ci a décidé de lever la fermeture de Twitter. Alors qu’Erdogan et ses proches alimentent les tensions, leurs soutiens, eux, ciblent et menacent l’opposition à leur tour. Le mouvement jeunesse de l’AKP a, par exemple, affiché à Mengen dans la province de Bolu, des listes de commerçants proCHP et a appelé les soutiens de l’AKP à ne pas fréquenter leurs magasins. Beaucoup de listes similaires de cibles à boycotter, y compris des entreprises pro-Hizmet, ont circulé. Mais la fureur des soutiens AKP ne se borne pas à des listes de boycott. Cela va bien plus loin : je suis l’une de leurs cibles et je reçois des menaces de mort sur les réseaux so-

ciaux presque tous les jours. L’AKP a gagné haut la main les élections alors pourquoi les soutiens du parti au pouvoir sont-ils toujours aussi furieux envers l’opposition ? Ceux qui devraient être énervés sont ceux qui ont perdu les élections. La fureur des soutiens de l’AKP montre à quel point ils ont perdu leurs esprits et leur capacité de jugement. Ils ne pensent plus de façon rationnelle. Ils voient le monde extérieur comme la représentation d’une opposition entre un «nous» et un «eux» et n’acceptent pas que l’opposition fasse partie de la société. La victoire électorale les a rendus arrogants et insolents. A leurs yeux, elle a «validé» leur attitude insensée envers l’opposition.

LE PARTI A PERDU SES SOUTIENS INTELLECTUELS Mais l’AKP a aussi perdu ses soutiens intellectuels, qui étaient la colonne vertébrale de sa légitimité aux yeux de l’Occident et des segments laïcs de la société. Au fur et à mesure que l’AKP s’éloignait des principes fondamentaux de la démocratie, de nombreux libéraux qui soutenaient l’AKP, dont moi-même, ont arrêté de le faire depuis 2011. Les dernières élections étaient un test décisif pour les derniers libéraux : allaient-ils continuer de soutenir l’AKP ou choisir le camp des valeurs démocratiques ? A part quelques libéraux qui ont choisi de rester aux côtés de l’AKP pour des préoccupations personnelles liées à leur carrière, la plupart des

libéraux qui ont quitté le parti au pouvoir ont commencé à critiquer le manque de transparence, la corruption, les atteintes portées aux réussites démocratiques et la prise de distance avec l’Occident. La perte de leurs soutiens intellectuels est une plaie béante pour l’AKP et ses partisans, et cela les rend encore plus furieux.

LA LÉGITIMITÉ INTERNATIONALE Enfin, l’AKP a perdu sa légitimité internationale. L’UE et les Etats-Unis n’ont jamais autant critiqué le gouvernement de l’AKP. Le niveau des critiques venant de l’Occident dépasse celui que recevait la Turquie sous le régime kémaliste. A cause de ces critiques, les hommes politiques turcs ont adopté une attitude de défense envers l’Occident, ce qui

‘‘

Le niveau des critiques venant de l’Occident dépasse celui que recevait la Turquie sous le régime kémaliste» les a rendus offensifs contre l’opposition au niveau national. Le ministre des Affaires européennes, Mevlüt Çavusoglu, a par exemple accusé l’opposition pour les critiques soulevées par les représentants européens. L’AKP a remporté les élections, mais semble avoir perdu beaucoup, notamment sa capacité de juger de façon raisonnable, ce qui a mené à plus de tensions politiques et sociales. e.uslu@todayszaman.com

IHSAN DAGI

Le piège se referme sur la Turquie

-

L’AKP a remporté les dernières élections en Turquie. C’est une victoire indéniable pour le parti au pouvoir. Mais le problème pour l’AKP, c’est que ce succès doit continuer. Il ne peut se permettre de perdre ne seraitce qu’un scrutin et doit remporter les prochaines élections et maintenir son soutien populaire afin d’empêcher les poursuites judiciaires pour corruption contre son dirigeant, Erdogan. Ainsi, le parti et l’Etat, dont les institutions sont maintenant sous le contrôle du parti, vont naturellement faire tout ce qui est en leur pouvoir pour assurer la victoire de l’AKP aux prochains scrutins, à commencer par les présidentielles du mois d’août. C’est une énorme pression qui pèse sur l’AKP et la politique turque. Et la première victime de cette pression est la démocratie imparfaite du pays, proie à un régime autoritaire sophistiqué bâti sur les victoires électorales, la légitimité islamique, un culte de la personnalité et le caractère oppressif de l’Etat.

L’«AUTORITARISME POSTMODERNE» Un caractère bien différent de celui de l’Etat autoritaire laïque des Kémalistes, qui n’avait pas d’idéologie solide et populaire, qui n’a jamais acquis la légitimité démocratique et qui a écarté la majorité conservatrice. Néanmoins, l’«autoritarisme postmoderne» de l’AKP mêle légitimité électorale, solidarité musulmane, recherche d’un homme fort au sein de la culture politique turque et politique de redistribution populiste. Résultat, l’AKP a acquis un soutien grâce à une politique d’identité islamique séduisante pour les conservateurs et à une politique de redistribution d’avantages aux pauvres, sans cesser d’utiliser une violence discursive et le pouvoir oppressif de l’Etat contre ses opposants. UNE CONCENTRATION DU POUVOIR INÉDITE La Turquie n’a jamais vécu une telle concentration et une telle monopolisation du pouvoir entre les mains d’un seul parti ou, de fait, d’une seule personne. Les dynamiques sociales et économiques du pays peuvent-elles disparaître du fait de cette centralisation du pouvoir ? Sur le long terme, cela pourrait se révéler difficile voire impossible, mais le «nouvel Etat» semble déterminé à essayer. Les conséquences pour le pays pourraient être catastrophiques. CERCLE VICIEUX Ayant déjà perdu sa démocratie, c’est la paix sociale de la Turquie qui est maintenant en danger. La paix sociale au niveau national est extrêmement difficile à maintenir sans un quelconque degré de démocratie. Les citoyens semblent énervés, divisés et intolérants les uns envers les autres. Les atteintes aux libertés et la perte d’espoir en un changement démocratique pourraient renforcer la polarisation sociale et la tension politique. Nous devrions garder à l’esprit que le chaos social et politique pourrait servir à justifier un autoritarisme plus fort de l’exécutif turc. Quand l’ordre s’écroulera, on en appellera à l’autorité de l’Etat. Ce qui pourrait se terminer par un cercle vicieux fait d’agitations sociales et de contre-mesures autoritaires du gouvernement. L’élite du «nouvel Etat» optera-t-elle pour le contrat ou la confrontation entre l’Etat et la société? i.dagi@todayszaman.com


15 SPORT

11 - 17 AVRIL 2014 2014ZAMAN FRANCE

Trabzon vise la qualification pour l’UEFA Le club Trabzonspor a regagné l’espoir de se qualifier pour la prochaine saison de l’UEFA, après l’avoir emporté contre Gençlerbirligi lors de la 28e semaine de la Spor Toto Süper Lig le lundi 6 avril. RACHEL MOLLMAN ISTANBUL Le club originaire de la côte est de la Mer Noire en Turquie était autrefois un poids lourd, ayant remporté six championnats de ligue vers la moitié des années 1970 et le début des années 1980. Aujourd’hui, c’est en dehors des terrains que le club de football livre ses batailles. Le club se considère vainqueur du titre de championnat 2010-2011, puisque le tenant du titre, Fenerbahçe, a été accusé de trucage de matches. Toujours est-il que sur le terrain, Trabzon n’a pas été très performant depuis 2011. Car si le score de lundi était clairement en faveur de l’équipe de la Mer Noire, le jeu adverse manquait de vitalité pendant une grande partie du match. «Nous avons joué contre une bonne équipe. Par moments, notre adversaire nous mettait la pression, mais on est restés dans le jeu et on s’en est sortis avec une bonne victoire», a déclaré le défenseur Zeki Yavru après le match. «Avec ces trois points, nous avons atteint une importante victoire sur la route pour l’UEFA», a-t-il ajouté.

-

3-0 POUR TRABZON Le défenseur congolais de Trabzon, Jose Bosingwa, a tenté une première fois de tirer dans les buts du Gençlerbirligi mais en a été empêché par le Bosnien Ermin Zec. C’était sans compter Paulo Henrique, envoyé sur le terrain par l’entraîneur de Trabzonspor pour redynamiser l’attaque qui a marqué le deuxième but à la 75e minute. Yusuf Erdogan, autre remplaçant de la deuxième mi-temps, a tenté de marquer à la 81eminute. Son tir, qui a rebondi, a été récupéré par Henrique qui a réussi à mettre un but. Du côté de Gençlerbirligi, il ne fallait pas compter sur la chance. Özgür Ileri a été évacué du terrain par civière

Ligue 1 : Canal + remporte l’essentiel des droits TV jusqu’en 2020

-

Canal+ s’est assuré vendredi de rester le premier diffuseur de la Ligue 1 de football de 2016 à 2020 en remportant les deux premiers lots de l’appel d’offres lancé par la Ligue de football professionnel (LFP). L’ensemble des lots a été attribué, pour la Ligue 1 et la Ligue 2, pour un montant total de 748,5 millions d’euros par saison, contre 607 millions d’euros actuellement. Le président de la LFP, Frédéric Thiriez, qui a annoncé le résultat de l’appel d’offres, n’a pas souhaité détailler les montants pour lesquels chacun des six lots ont été attribués. Canal+, filiale de Vivendi, a remporté les deux premiers lots et diffusera donc les trois meilleures affiches de chaque weekend, en direct. Son concurrent qatari beIN Sport a obtenu les lots 3 à 6.

dès la 16e minute et a été remplacé par Deniz Naki. Et les deuxième et troisième buts de Trabzon ont visiblement refroidi l’équipe adverse pour le reste du jeu. La victoire de

Trabzon a finalement permis au club de passer de la septième à la quatrième place et de rester dans la course pour remporter un ticket pour l’UEFA.

Trabzonspor contre Gençlerbirligi, le lundi 6 avril.


Honda : tondre son gazon à 187,60 km/h est possible ! Honda a créé un modèle spécial de tondeuse à gazon qui vient de battre le record du monde de vitesse avec une pointe à 187,60 km/h.

ABUBAKR DIALLO Honda a créé un modèle spécial de tondeuse à gazon qui vient de battre le record du monde de vitesse avec une pointe à 187,60 km/h. Ce nouveau record dépasse de 45km/h l’ancien record qui datait de

-

2010. C’est sur le circuit d’essai espagnol de Tarragone, que cette performance a été réalisée le 8 mars dernier. Une tondeuse à gazon Honda avait réussi, en mai 2010, à atteindre une vitesse de pointe de 140 km/h. En partenariat avec Afrik.com

Calculez le temps que vous passez devant vos séries

SUHEDA ASIK PARIS Vous aimez les séries américaines ? Vous en regardez beaucoup ? Si vous vous êtes déjà demandé combien de temps vous avez passé devant vos séries (ou combien de temps vous avez perdu devant votre écran...), le site tiii. me est fait pour vous ! En tapant le nom de vos séries et le nombre de saisons visionnées, cette application web, créée par le designer Alex Cican (http://alexcican.com), va automatiquement calculer le nombre de jours que vous avez passés devant votre écran... Et vous pourrez même partager votre «score» sur Twitter! Alors, combien de temps avez-vous passé devant vos séries ?

-

En Turquie, un nouveau maire met sa voiture au service des résidents pauvres

-

A peine franchies les portes de son nouveau bureau, le maire élu par la ville de Mudanya dans la province de Bursa à l’ouest de la Turquie, Hayri Türkyilmaz (CHP), a mis sa voiture de fonction au service des résidents pauvres de la municipalité. Naciye Altinkaynak, 85 ans et chargée de l’entretien du cimetière de la ville, est la première à avoir profité de la voiture du maire. Les employés de la mairie ont offert un dîner à cette dame en plus de courses alimentaires pour quelques jours et l’ont ramenée chez elle à bord de la Mercedes du maire.


Fr n°310