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CES RÉSEAUX SOCIAUX QUI DONNENT DES COMPLEXES AUX JEUNES FILLES Si les magazines étaient d’abord montrés du doigt à cause de leur influence sur l’image des jeunes femmes, deux études récentes ont montré que Facebook prenait de plus en plus la relève. KATY WALDMAN SANTE12

LES 5 «CRACKS» DU CHAMPIONNAT DE FOOTBALL TURC SPORT15

28 MARS - 3 AVRIL 2014 N° 308 Prix : 2,5 €

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ELECTIONS LOCALES EN TURQUIE

UN SCRUTIN À HAUT RISQUE

Tariq Ramadan est-il toujours censuré ?

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Tariq Ramadan a-t-il de nouveau été victime de la censure ? Sur sa page Facebook, l’intellectuel suisse évoque des annulations de conférence et d’émission, au moment de la promotion de son dernier ouvrage co-écrit avec Edgar Morin, Au péril des idées. En cause : une conférence à Sciences Po Lille et une émission avec l’animateur de RMC JeanJacques Bourdin. Zaman France a voulu en savoir plus. 1SOCIETE

Pour échapper à la justice, faites-vous élire !

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Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et l'ancien président français, Nicolas Sarkozy, sont tous deux pris dans des scandales de corruption. Seule issue pour ces deux personnalités : les élections. 1SOCIETE

Les minorités turques inquiètes

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Le FN, arbitre du second tour des municipales Les bons scores du Front national aux municipales, à l’image d’Hénin-Beaumont, ont surpris beaucoup de monde. D’autant que les instituts de sondages ne les avaient pas prévus. Sylvain Crépon est un politologue spécialisé sur l’extrême-droite française. Pour Zaman France, il dévoile les vraies raisons de ce succès électoral.

La campagne électorale en Turquie s’est faite au détriment d’un certain nombre de valeurs qui sont à la base du pacte social et démocratique. La victoire de tel ou tel parti passe donc au second plan.

SAMI KILIÇ PARIS La séparation des pouvoirs a été gravement abîmée. Le législatif était déjà sous l’emprise de l’exécutif ; le judiciaire s’est retrouvé enrôlé dans la «guerre» du Premier ministre, Tayyip Erdogan, contre les «traîtres». La réforme au forceps du Haut Conseil des juges et procureurs ainsi que les centaines de mutations dans la justice et la police ont jeté

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Le spectre de la fraude plane sur les élections -07 L'avenir de la démocratie turque dans la main du peuple -EDITO 02

1FOUAD BAHRI FRANCE 03

Le 21 mars marque à la fois la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale et le début du festival Norouz, célébré à partir du premier jour de printemps par des personnes de toutes les communautés ethniques et origines religieuses depuis des milliers d’années. Mais la réalité est qu’en Turquie, la discrimination est toujours présente... 1TURQUIE

Zaman Okur Hattý: 01 42 00 19 36

un doute sur l’impartialité des administrations concernées. La religion a été largement instrumentalisée. Les discours de part et d’autre ont abondamment utilisé les références religieuses. Les théologiens se sont divisés, les uns soutenant la thèse de la soumission aux détenteurs de l’autorité (ulu’l amr) alors que d’autres préféraient attirer l’attention sur le «péché» de la corruption. -TURQUIE 07

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Un tribunal turc suspend l'interdiction de Twitter

Après le coup de semonce de la semaine dernière qui voyait une autorité administrative bloquer totalement l'accès à Twitter, la justice a rendu sa première décision sur le sujet : elle invoque la liberté d'expression et de communication. Mercredi 26 mars 2014, le tribunal administratif d'Ankara a décidé de suspendre la décision de la Direction des télécommunications (TIB) qui avait bloqué l'accès total à Twitter. Le Conseil national des barreaux, la Société des journalistes ainsi que Vural Oktay, vice-président du MHP, parti de droite nationaliste, étaient à l'origine du référé. SAMI KILIÇ -TURQUIE 06


02 FRANCE Le «front républicain» du PS écorné sur le terrain

28 MARS - 3 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

EDITO LA RÉDACTION

L'avenir de la démocratie turque dans la main du peuple

Ce 30 mars, les Turcs se rendront aux urnes pour choisir leurs maires et leurs conseillers municipaux. Mais pas seulement. Ce dimanche-là, le peuple turc va, peut-être sans le savoir, décider de l'avenir politique de son pays. Loin de se cantonner à une simple élection municipale, ce scrutin va inscrire dans le marbre au moins pour les cinq prochaines années la forme de régime sous lequel les Turcs voudront vivre. Démocratie libérale comme au temps des premiers mandats de l'AKP ? Ou absolutisme démocratique à tendance charismatique ? Entendez, un régime où le vote ne se limite pas à légitimer une politique donnée pour une période donnée. Bien plus, il confère au leader du parti victorieux une stature d'impeccabilité transmise par la grâce du vote démocratique, et le désigne comme le guide infaillible de la Nation, celui qui par le plébiscite accordé, peut transformer et renverser l'ordre établi. Une telle conception est naturellement dangereuse car elle permet à quiconque le pourra de mettre en péril l'ordre institutionnel et social de la Turquie. Certaines libertés, très fragiles, durement acquises avec le concours de l'Europe, ont volé en éclat ces derniers mois. C'est ce visage du pays que les Turcs décideront ou non de consacrer politiquement. Et, à ce propos, nous avons déjà une petite idée de ce qui attend la société turque en cas de succès électoral pour l'AKP. Les libertés d'expression et d'information sont d'ores et déjà confisquées. Hier Vimeo et Youtube, aujourd'hui Twitter, demain peut-être Facebook, rien n'arrête Erdogan. La thèse de l'Etat parallèle semble l'autoriser à prendre toutes les libertés au motif de protéger la souveraineté nationale des Turcs ! Un projet de loi programmé permettra en cas de victoire législative de l'AKP d'étendre les pouvoirs du MIT en lui garantissant tout pouvoir d'écoute, de profilage et en lui accordant une immunité contre toute poursuite. Pas à pas, Erdogan construit minutieusement une société sécuritaire fondée sur la peur, l'angoisse et l'obsession. Même les milieux d'affaires pourraient s'atttirer le courroux prochain du général en chef des électeurs conservateurs. Dans plusieurs discours, Erdogan a menacé d'une «action» contre certains syndicats patronaux comme le Tusiad et Tuskon. Contrôles fiscaux en cascades et pertes de marchés publics sont les armes dont disposent le chef d'orchestre de l'AKP. Enfin, le Hizmet sera bien évidemment en première ligne de la colère du Premier ministre qui l'accuse de tous les maux. Fermeture des dershane, enquêtes et intimidations pourraient frapper de nombreux cadres du mouvement. Reste une seule inconnue dans cette équation : le choix des Turcs. info@zamanfrance.fr

Après la bérézina du score électoral du Parti socialiste au premier tour des municipales, le PS a décidé de mettre en place un «front républicain» anti-FN. Avec plus ou moins de succès selon les villes. Patrick Mennucci, candidat PS à Marseille.

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L’appel du Parti socialiste au retrait de ses listes dans les villes où il y a une menace de voir le Front national l’emporter connaît des accrocs dans un contexte de règlements de comptes internes après la «claque» du premier tour des municipales. Dans ce contexte délétère, le PS tente de mettre en musique la consigne de «front républicain» de plus en plus contestée par la base, lancée par Jean-Marc Ayrault et relayée par Harlem Désir : «Aucune ville dirigée par le Front national.» Celle-ci s’applique au cas de figure où la liste de gauche est en troisième position et où son maintien pourrait «disperser les voix républicaines» et faire courir le risque d’une victoire FN, a expliqué lundi soir le Premier secrétaire du PS. Les candidats qui passeraient outre se verraient retirer l’investiture du parti, a précisé Harlem Désir.

MENNUCCI : «JE NE SUIS PAS KO» Après les candidats de Saint-Gilles (Gard) et Perpignan (Pyrénées-Orientales), Jean Broquier, dont la liste de gauche est arrivée troisième à Brignoles (Var), derrière le FN et l’UMP, a annoncé peu après son retrait. Mais à Béziers, où le candidat soutenu par le FN est en position de force, le socialiste Jean-Michel Du Plaa a annoncé lundi soir qu’il comptait maintenir sa liste au second

tour et essayer de fusionner avec celle du Front de gauche. «On a décidé du principe. A priori, ça devrait pouvoir se faire», a dit à Reuters celui dont la liste d’union PS-Verts a obtenu 18,65 % des voix contre 44,88 % à Robert Ménard, soutenu par le FN, et 30,16 % à Elie Aboud, candidat UMP. A Marseille, symbole de l’échec du PS, son candidat Patrick Mennucci veut croire qu’une nouvelle élection se profile au second tour après le choc encaissé au premier. «Je ne suis pas KO, je suis bien déterminé à être la surprise

de dimanche prochain», a-t-il dit sur Europe 1 après avoir rallié la liste du Front de gauche. Mais Patrick Mennucci se refuse à retirer le candidat PS arrivé troisième dans le septième secteur avec 21,66 % des voix, où le candidat FN Stéphane Ravier (32,88%) est arrivé en tête devant l’UMP Richard Miron (27,83 %) et pourrait l’emporter. «Pourquoi le retirerais-je ? Le front républicain dans ce secteur conduirait à l’élection certaine de M. Ravier, M. Miron n’est pas capable avec 28 % des voix de s’opposer a lui», a-t-il dit. PHOTO DE LA SEMAINE

Un membre de la famille d’un passager du Malaysia Airlines MH370 pleure, après avoir écouté une conférence de presse retransmise à la télévision de l’hôtel Lido à Pékin, le lundi 24 mars 2014. le Premier ministre malaisien vient d’annoncer que l’appareil s’est abîmé dans l’Océan Indien.

...ET UNE MAUVAISE

UNE BONNE...

Sept millions de décès liés à la pollution de l’air en 2012

Le salaire mensuel de base de l’ensemble des salariés français a augmenté de 0,2 % au quatrième trimestre et de 1,6 % sur l’ensemble de 2013, selon les chiffres définitifs publiés vendredi par la Dares (direction des études et des statistiques du ministère du Travail). L’indice des prix à la consommation (hors tabac) ayant progressé l’an passé de 0,6 %, les salaires en euros constants

Sept millions de décès prématurés enregistrés en 2012 dans le monde étaient liés à la pollution de l’air, selon une étude publiée mardi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). «Ces chiffres représentent plus du double des estimations précédentes et confirment que la pollution de l’air est désormais

dans l’ensemble des secteurs (hors agriculture) ont ainsi augmenté de 1 %. Leur hausse a été de 1,1 % dans l’industrie et la construction et de 0,9 % dans le tertiaire. L’indice du salaire horaire de base des ouvriers et des employés a augmenté pareillement de 0,2 % au 4e trimestre et de 1,6 % (hors agriculture et hors emplois publics) sur l’ensemble de 2013.

le principal risque environnemental pour la santé dans le monde», écrit l’OMS. Les données recueillies par l’agence onusienne mettent en évidence l’existence d’un lien entre pollution de l’air et maladies cardio-vasculaires, cancers et maladies respiratoires.

NOUVELLE

En France, le salaire de base a augmenté de 1,6% en 2013


03 FRANCE

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28 MARS - 3 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

La politique d’Israël comporte «des caractéristiques inacceptables propres au colonialisme, à l’apartheid et à un nettoyage ethnique». Richard Falk, rapporteur spécial de l’Onu sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés a critiqué vendredi la politique d’ Israël à Jérusalem-Est.

ELECTIONS MUNICIPALES :

Le FN «redoute un trop grand succès» Les bons scores du Front national aux municipales, à l’image d’Hénin-Beaumont, ont surpris beaucoup de monde. D’autant que les instituts de sondages ne les avaient pas prévus. Sylvain Crépon est un politologue spécialisé sur l’extrême-droite française. Pour Zaman France, il nous dévoile les vraies raisons de ce succès électoral.

FOUAD BAHRI PARIS Comment analysez-vous ces bons résultats du FN à ces élections municipales ? Les dernières municipales avaient été catastrophiques pour le FN. Il avait investi très peu de candidats, avait très peu de listes et avait eu très peu de conseillers municipaux. Il n’avait remporté aucune mairie. Il ne pouvait que faire mieux. Maintenant, il est vrai que le FN est au-delà des prévisions qui avaient été faites. On ne s’attendait pas à ce qu’il fasse d’aussi bons scores à Hénin-Beaumont. Les sondages se sont aussi trompés. L’ampleur de l’abstention des électeurs de gauche a sans doute été sous-estimée et les électeurs du Front national rechignent aussi à avouer leur vote FN aux sondeurs.

Le candidat FN David Rachline est arrivé en tête du premier tour à Fréjus.

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QUELLE RÔLE A JOUÉ MARINE LE PEN DANS CE SUCCÈS ? C’est le résultat de la stratégie de Marine Le Pen qui veut se constituer un réseau d’élus locaux sans lequel on ne peut pas arriver au pouvoir en France, ce que son père a toujours refusé de faire. Elle a investi massivement des listes dans les grandes et petites villes dans l’espoir d’en remporter quelques-unes et de faire d’elles la vitrine de son parti en lui donnant une légitimité de bonne gestion pour les échéances futures des législatives. Marine Le Pen prépare les présidentielles de 2017. Il y a eu peu d’abstention dans les villes où le FN a perçé significativement. L’hypothèse qu’on peut faire est donc que les abstentionnistes ont voté pour le Front national. Les abstentionnistes sont sociologiquement assez proches du Front national. Ils sont peu politisés, peu diplômés, d’origine populaire et sur le plan des valeurs, ils sont proches du FN même si jusque là ils ne votaient pas pour lui. Pour quelles raisons ces abstentionnistes auraient-ils cette fois-ci voté FN ? A cause du climat actuel. L’impopularité du gouvernement, les affaires qui touchent la droite qui ont contribué à rendre le discours anti-élites du FN audible.

Par ailleurs, les villes où le FN a réalisé de bons scores sont des villes qui ont été extrêmement mal gérées avec des détournements de fonds publics, des abus de biens sociaux, du clientélisme, des mairies ultra-endettées. Les antiFN avaient donc beau jeu de reprocher au FN le risque de mauvaise gestion des villes qu’ils remporteraient quand eux-mêmes tombaient sous le même reproche. Cette conjonction de paramètres explique la percée du FN. Les commentateurs politiques répètent souvent que le FN n’est pas assez compétent et ne dispose pas de l’expérience politique suffisante pour gérer des villes ! Le FN a conscience de ne pas avoir de culture de gouvernement. Il sait qu’il lui manque un nombre considérable de cadres formés, capables de gérer et que c’est son talon d’Achille. Sa stratégie consiste à prendre quelques villes, pas plus de huit. De mettre toutes ses forces dans ces gestions, car le FN sait qu’ils seront sous les feux de la rampe. Des cadres redoutent un trop grand succès dimanche 30 mars, car comme me disait l’un d’eux : «Si nous prenons 20 villes, nous sommes morts». Quelle sera la ligne du FN pour le second tour ? Fera-t-il des alliances ? Au niveau national, on dit qu’il y aura zéro tractation. Au niveau local, il y aura peut-

être quelques mairies qui feront alliance mais cela reste marginal. Le FN n’a pas intérêt à le faire, car ce qu’il veut c’est se substituer à l’UMP comme première force d’opposition crédible au pouvoir vers lequel les électeurs pourraient se tourner.

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«Si nous prenons 20 villes, nous sommes morts»

La montée du FN signe-t-elle la fin du bipartisme de la vie politique française entre le PS et l’UMP ? Tout ça n’est pas nouveau. Le tripartisme de la vie politique française remonte aux années 1970. A l’époque, le troisième larron était le parti communiste. Avec son effondrement dans les années 1980, on est revenu à un bipartisme. A partir des années 1990, des politologues comme Gérard Grimberg ont remis au goût du jour ce tripartisme, désormais avec le FN, au moment où celui-ci gagnait des villes. Cela fait longtemps que l’on est dans ce tripartisme de la vie politique.

Sylvain Crépon est un sociologue et politologue spécialisé sur le Front national.

Festival des cultures franco-turques à Reims : soirée de présélection des candidats CIHAN ASIK REIMS Le 22 mars 2014, Etude Plus Lille et l’association APEL ont travaillé en partenariat pour organiser leur première présélection du festival des cultures franco-turques à Reims. Vingtquatre candidat(e)s étaient présents pour être le meilleur de ce concours et avoir une chance de participer à la finale du 6 avril qui a lieu à Paris. 150 invités, parents d’élèves, familles, élèves et professeurs ont assisté à ce spectacle. Les jeunes talents ont interprété danses folkloriques, chansons, poésies et musiques. Les lauréates sont Dilay Aladağ (catégorie chanson française), Ebru Günaydın (chanson turque) et Saliha Dursun (poésie turque).

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28 MARS - 3 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

Tariq Ramadan est-il toujours censuré ?

Tariq Ramadan a-t-il de nouveau été victime de la censure ? Sur sa page Facebook, l’intellectuel suisse évoque des annulations de conférence et d’émission, au moment de la promotion de son dernier ouvrage co-écrit avec Edgar Morin, Au péril des idées. En cause : une conférence à Sciences Po Lille et une émission avec l’animateur de RMC Jean-Jacques Bourdin. Zaman France a voulu en savoir plus. FOUAD BAHRI PARIS «Invité à donner une conférence à Sciences Po Lille le 10 avril, la direction vient de l’annuler sous prétexte de possibles troubles à l’ordre public... qui ne se sont jamais produits en 25 ans d’interventions en France». Les mots sont de Tariq Ramadan, le célèbre islamologue suisse, et ils proviennent de sa page Facebook, dans une publication datée du 18 mars. Ils rappellent l’époque où l’intellectuel suisse était régulièrement interdit de plateau télé à la suite de pressions extérieures, ou victime d’annulation de salles à la dernière minute dans le cadre de conférences qui devaient se tenir, là encore pour les mêmes raisons. Le même jour, même son de cloche de Tariq Ramadan à propos d’une invitation sur RMC, dans l’émission phare de la radio, celle de l’animateur JeanJacques Bourdin. «Après avoir confirmé son invitation pour le jeudi 3 avril, Jean-Jacques Bourdin annule cette dernière le jour même où nous la rendons publique (aujourd’hui) en découvrant soudain que nous sommes près... des élections !!! Une plaisanterie... ou de nouvelles pressions?! Belle, la liberté...».

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LA LISTE NOIRE DE COHEN On aurait pu penser que l’époque du boycott de l’intellectuel musulman était dépassée. Certes, il y eu le fameux épisode de la liste de Cohen, liste noire de personnalités à ne pas inviter, évoquée par le chroniqueur radio de France Inter Patrick Cohen, parmi lesquelles étaient mentionnées Alain Soral, Dieudonné, Marc-Edouard Nabe et... Tariq Ramadan. Mais d’autres cieux médiatiques se sont pourtant ouverts au penseur musul-

man, sans doute le plus incompris en France. De l’émission de Frédéric Taddei «Ce soir ou jamais», à celle de Frantz-Olivier Gisbert sur les «Grandes questions» diffusée sur France 5, l’époque de la mise à l'index semblait révolue. L’est-elle vraiment ? Contacté par notre rédaction, le journaliste JeanJacques Bourdin n’a pas abondamment commenté l’«incident», se contentant de préciser qu’«une autre date a évidemment été proposée à Tariq Ramadan».

UN NON-RESPECT DES PROCÉDURES Du côté de Sciences Po Lille, l’explication est différente. Son directeur Pierre Mathiot s’en est expliqué dans nos colonnes déclarant qu’il n’y a pas eu annulation étant donné qu’aucune autorisation officielle n’aurait été accordée. Il évoque par ailleurs un manque de respect de la procédure habituelle consistant à demander au préalable l’aval de la direction qui doit confirmer les dates de conférences. Selon le directeur de Sciences Po Lille, les étudiants concernés aurait mis l’établissement «devant le fait accompli» en annonçant une date sans autorisation de la direction. Malgré cela, «j’ai été d’accord pour soumettre à mes collègues de la commission cette demande», ajoute-t-il. Le manque de temps et l’impréparation qui en aurait découlé auraient poussé les responsables de Sciences Po à refuser la date du 10 avril. Le directeur évoque notamment la difficulté d’organiser un tel événement public et les mesures qu’il exige. Il souligne également l’absence de motif idéologique dans cette décision. «Nous avons déjà invité le recteur de la mosquée de Lille et le représentant

européen des chiites d’Irak. J’ai aussi débattu récemment au Rassemblement des musulmans du Nord», confie-t-il.

DES POLICIERS EN CIVIL Il reconnaît néanmoins une «crainte de ne pas pouvoir gérer dans ces conditions une conférence qui pourrait être perturbée par des contradicteurs» de l’intellectuel suisse. «Ce n’est absolument pas un refus de principe d’accueillir M. Ramadan». «Quand il y a des risques éventuels, nous contactons la direction de la police locale qui peut assurer en civil des missions de sécurisation comme ce fut le cas dernièrement pour une intervention de Jean-François Copé», ajoute M. Mathiot. Le directeur évoque deux cas de débordement violent ces sept dernières années dans le cadre de deux conférences l’une sur l’avortement, et l’autre sur le nucléaire. Il rejette aussi les accusations de certains internautes qu’ils lui ont reproché son «absence de dialogue» et son «hostilité» à l’encontre de M. Ramadan.

Longtemps, l'islamologue suisse a fait l'objet d'une mise à l'index médiatique.

60 mosquées rejoignent la mobilisation électorale du CCIF -

Au cours d’une soirée organisée par le CCIF dans le cadre de sa campagne de mobilisation citoyenne pour les élections municipales, une soixantaine de cadres religieux musulmans d’Ile-de-France ont répondu favorablement à l’appel citoyen lancé par l’association. Avec comme objectif de mettre la question de l’islamophobie au coeur des débats. «On a passé une excellente soirée. Ça nous remet en marche pour les élections. On est prêt à mobiliser tous nos concitoyens cette année». Le ton est donné et l’ambiance dressée par un invité. Pour les convives présents à la soirée organisée par le Collectif contre l’islamophobie dans le cadre de sa campagne baptisée «Aux urnes, citoyens !», cette rencontre était importante et lourde de sens.

Campagne du CCIF contre l’islamophobie en France

LE SURSAUT DOIT VENIR DES URNES Depuis plusieurs semaines, le CCIF ainsi que d’autres dynamiques associatives ont mouillé le maillot, enchaînant mobilisations sur le terrain et conférences pour sensibiliser les électeurs musulmans. L’enjeu est de taille : face à la persistance du phénomène de l’islamophobie, le sursaut doit venir des urnes. C’est la conviction de Samy Debah, le fon-

dateur du CCIF. «Quant les musulmans voteront comme un seul homme, les élus feront attention à ce qu’ils diront et à ce qu’ils feront», adresse-t-il comme message à l’auditoire, tout en ne donnant aucune consigne de vote mais en insistant sur le devoir «des responsables associatifs».

L’ISLAMOPHOBIE COMME MARQUEUR POLITIQUE Un discours que Nabil Ennasri, le président du Collectif des musulmans de France, reprend à son compte. «L’objectif est de voir les mosquées s’emparer de ce levier citoyen pour sortir de l’abstention et passer à la participation. Cela fera du bien aux musulmans et à l’ensemble de la société». C’est ainsi qu’un imam justifie sa présence par le fait de «sensibiliser» ses coreligionnaires sur l’importance du civisme électoral, alors que Nabil Abdellaoui, président de l’Union des associations musulmans d’Epinay-sur-Seine affirme que la ville ne possède aucun lieu de culte musulman et que le maire actuel refuse le dialogue. Autant d’interventions qui mettent en évidence une chose : pour beaucoup d’électeurs de confession musulmane, la question de l’islamophobie sera un vrai marqueur politique dans leur choix électoral.

La culture turque exposée à Strasbourg MAHMUT SARP Du 17 au 31 mars, le Département d’Etudes turques de l’Université de Strasbourg, en partenariat avec la bibliothèque pluridisciplinaire U2- U3, organise la quinzaine de la culture turque. Au programme : expositions, projections, conférences et concerts. La culture turque est présentée au grand public à travers toutes ses facettes, le monde turcophone, la littérature, le cinéma, l’histoire de la civilisation et bien d’autres encore. A Strasbourg, ville dans laquelle se concentre une forte communauté turque, la présence de cette culture n’est pas récente. L’enseignement du turc dans cette Université date de la fin XIXe siècle et la chaire de

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turcologie actuelle a été créée en 1962. Une grande partie des oeuvres qui vont être exposées dans cette quinzaine, appartient à la bibliothèque du département d’Etudes turques. Celle-ci regroupe environ 10 000 ouvrages, dont une centaine de manuscrits ottomans. Parmi les domaines les plus exposés, on trouve l’histoire et la vie politique de la Turquie contemporaine, l’histoire ottomane et la langue turque. Des intervenants, comme Stéphane de Tapia, géographe et spécialiste de l’immigration, mais aussi Timour Muhidine, spécialiste de la littérature turque, vont participer à cette quinzaine de la culture turque. Deux conférences, la première sur les enjeux biculturels et la deuxième sur la place

des Roms dans la littérature turque auront lieu le jeudi 27 mars. Cette dernière conférence sera suivie d’une projection de « Célébration de la fête de Kakava (fête des Roms en Turquie) à Edirne ». Le réalisateur Omer Ulusoy, attaché temporaire de recherche et d’enseignement à la faculté des langues et cultures étrangères à l’Université de Strasbourg sera aussi présent. Le même jour aura lieu un concert de l’Ensemble Turquoise, groupe composé d’une dizaine de musiciens passionnés de la musique turque. Ouverte à tous, la quinzaine culturelle a lieu à la Bibliothèque U2-U3 au 4, rue René Descartes. Renseignements au 03 68 85 85 85.


05 SOCIETE

28 MARS - 3 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

Sarkozy/Erdogan : pour échapper à la justice, faites-vous élire ! Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et l'ancien président français, Nicolas Sarkozy, sont tous deux pris dans des scandales de corruption. Seule issue pour ces deux personnalités : les élections. FOUAD BAHRI PARIS Recep Tayyip Erdogan et l’ancien président de la République française Nicolas Sarkozy, jadis de farouches adversaires, se retrouvent par une ironie de l’histoire dans une situation politique et judiciaire quasi similaire. En Turquie, plusieurs membres du gouvernement de l’AKP dont des ex-ministres et M. Erdogan lui-même avaient été mis sur écoute dans le cadre d’une investigation liée à des faits de corruption impliquant une vaste opération de blanchiment d’argent. Des enregistrements diffusés sur Youtube avaient dévoilé l’ampleur des sommes collectées, plusieurs dizaines de millions de dollars, magot caché dans des boites à chaussures aux domiciles des intéressés. Depuis le début des révélations liées à cette affaire, la riposte d’Erdogan avait consisté à limoger des procureurs, des centaines policiers et a procédé à un tour de vis de la principale institution judiciaire en Turquie, le HSYK.

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L’IMMACULÉE ÉLECTION Face aux révélations en cascade de sources qui ont tenté de contourner la censure d’Etat, le Premier ministre turc a axé sa défense sur deux points : toutes ces affaires sont le résultat d’un complot émanant d’un Etat parallèle, le Hizmet pour ne pas le citer. Deuxième argument du leader de l’AKP : c’est le peuple qui tranchera. Si les Turcs lui réaffirment leur soutien et leur confiance, c’est qu’il est innocent de toutes ses allégations. En somme, une forme d’immaculée élection, où les suffrages sont assimilés à une onction populaire. Dans cette fuite en avant politico-religieuse d’Erdogan, les institutions judiciaires, policières et la presse disparaissent pour ne laisser place qu’à un tribun haranguant la foule turque, sans aucune médiation. UN PRÉSIDENT SUR ÉCOUTES A 2800 km de là, se joue à Paris une autre tragi-comédie politico-judiciaire mettant en scène Nicolas Sarkozy, l’ancien chef de l'Etat français, dont le nom est mentionné dans toute une série d’affaires d’Etat, de l’affaire Karachi, sur des pots de vin versés à des militaires pakistanais, au financement libyen présumé de la campagne présidentielle de Sarkozy, sans même évoquer l’affaire Bettencourt. Des gros dossiers qui, làencore, ont permis à des procureurs français d’autoriser la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy, au moment même où la presse française dévoilait, comble de l’ironie, que l’un des proches conseillers du président, Patrick Buisson, enregistrait lui-même les conversations politiques qu’il pouvait avoir avec les cadres de l’UMP, y compris Sarkozy. Les enregistrements décrétés par le parquet ont, pour leur part, révélé que le président bénéficiait d’une source interne à la Cour de cassation l’informant des évolutions de son procès dans l’affaire Bettencourt. LA FRANCE COMPARÉE À LA STASI Dans une lettre publiée par le Figaro, l’ancien président de la République a répliqué, condamnant l’exécutif socialiste et dénonçant une dérive dictatoriale : «J’ai longuement hésité avant de prendre la parole (…) Si je le fais, c’est parce que des principes sacrés de notre République sont foulés aux pieds avec une violence inédite et une absence de scrupule sans précédent (...) Aujourd’hui encore, toute personne qui me téléphone doit savoir qu’elle sera écoutée. Vous lisez bien. Ce n’est pas un extrait du merveilleux film La Vie des autres sur l’Allemagne de l’Est et les activités de la Stasi. Il ne s’agit pas des agissements de tel dictateur dans le monde à l’endroit de ses opposants. Il s’agit de la France», at-il écrit aux Français. Comme son homologue turc, Sarkozy joue la carte de l’émotion et de la mobilisation politique de son électorat sur ses fondamentaux : anti-socialisme, dénonciation sur un ton grave et solennel d’une dérive de la démocratie française, suggestion d’une Kabbale... Sarkozy évoque également un éventuel retour politique, soulignant là-encore la seule légitimité des urnes et du jugement électoral rendu par le peuple, en matière de justice.

COMPARAISON N’EST PAS RAISON Néanmoins, au-delà de ces comparaisons, il reste évident que les exemples français et turc diffèrent, du tout au tout. La séparation des pouvoirs, malgré les critiques qui pleuvent de temps à autre sur la politisation du parquet français sous la houlette du Garde des sceaux, reste une réalité en France. La liberté de la presse n’est en rien comparable entre les deux pays. Quant à la corruption, si elle existe en France (22e pays le moins corrompu sur 177, d’après Transparency international), elle est loin du niveau atteint en Turquie (classée 53e). Dans les deux cas cependant, les prochaines échéances électorales permettront de clarifier le devenir judiciaire du duo Erdogan/Sarkozy.

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et l'ancien chef de l'Etat français, Nicolas Sarkozy.


06 TURQUIE

28 MARS - 3 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

Un tribunal turc suspend l'interdiction de Twitter

3 petites raisons qui expliquent l’affolement d’Erdogan SAMI KILIÇ PARIS Le Premier ministre ne se soucie plus de son image ni de celle de la Turquie. Il a brûlé ses vaisseaux. Toute l’architecture juridico-administrative du pays a été profondément remaniée sans ménagement. Twitter a été tout bonnement interdit. Ce mouvement de panique n’est pas sans susciter la curiosité. Décryptage de ses causes.

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Après le coup de semonce de la semaine dernière qui voyait une autorité administrative bloquer totalement l'accès à Twitter, la justice a rendu sa première décision sur le sujet : elle invoque la liberté d'expression et de communication. SAMI KILIÇ PARIS Mercredi 26 mars 2014, le tribunal administratif d'Ankara a décidé de suspendre la décision de la Direction des télécommunications (TIB) qui avait bloqué l'accès total à Twitter la semaine dernière. Le Conseil national des barreaux, la Société des journalistes ainsi que Vural Oktay, vice-président du MHP, parti de droite nationaliste, étaient à l'origine du référé. Le tribunal a estimé que cette mesure était de nature à porter une atteinte excessive à la liberté d'expression et de communication, protégée par la Constitution turque et la Convention européenne des droits de l'Homme. Le TIB a 15 jours pour faire appel mais celui-ci n'est pas suspensif.

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«LE TIB DEVRAIT EN TIRER LES CONSÉQUENCES» Saisie par Sezgin Tanrikulu, vice-président du CHP, principal parti d'opposition, la Cour constitutionnelle qui devait également se prononcer aujourd'hui a préféré repousser sa décision à vendredi. Elle va étudier le jugement du tribunal administratif avant de prendre position. L'Autorité des technologies de l'information (BTK) qui chapeaute le TIB s'est quant à elle réunie en urgence pour analyser la décision de justice. Bülent Arinç, le vice-Premier ministre chargé de l'Information, a déclaré que "si cette décision est avérée, le TIB devrait en tirer les conséquences". Au même moment, la société Twitter a publié un communiqué dans lequel elle annonce que la société ne fournira aucune don-

Le jour du blocage de Twitter en Turquie, le nombre de messages émis dans le pays a considérablement augmenté.

née relative aux utilisateurs des comptes au gouvernement turc. Elle dit aussi avoir suspendu deux des trois comptes qui avaient motivé les jugements des tribunaux à la base de la décision du TIB. Le troisième compte - qui accuse de corruption Binali Yildirim, l'ancien ministre des Transports et candidat de l'AKP aux élections municipales à Izmir - ne sera pas en revanche suspendu.

Twitter interdit : les réactions en Turquie et à l'international Le blocage de l’accès à Twitter a soulevé de vives réactions au sein des cercles internationaux, ainsi qu’en Turquie.

LA TURQUIE, À CONTRE-COURANT Alors que la justice vient de suspendre Twitter, le président Abdullah Gül a déclaré qu’il était inacceptable d’imposer une interdiction totale sur un réseau social et qu’il espérait que l’interdiction serait brève. «Personne ne peut approuver la fermeture complète de réseaux sociaux», a tweeté Gül. Il a ajouté que seules des pages personnelles pouvaient être bloquées si une décision de justice le décidait pour empêcher la violation de la confidentialité d’une personne. Le vice-Premier ministre turc, Ali Babacan, pense pour sa part que cette interdiction sera temporaire et qu’un accord sera trouvé avec la plateforme du réseau social. «Je ne pense pas que cela va durer très longtemps. Une solution doit être trouvée», a déclaré Babacan à la chaîne CNBC. Le principal parti de l’opposition turc compte défier

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la décision de justice autorisant l’interdiction de Twitter, a déclaré le député CHP, Akif Hamzacebi à Reuters. Celuici a également dit que son parti porterait plainte contre le Premier ministre Erdogan pour violation des libertés personnelles.

L’UE MÉCONTENTE L’Europe, a vivement réagi face à cette décision qu’elle considère comme une atteinte à la liberté d’expression. Le vice-président allemand de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe, Alexander Graf Lambsdorff, a ainsi appelé à la suspension des pourparlers d’adhésion avec la Turquie. «Je demande la suspension du processus d’adhésion. La liberté de la presse est une valeur européenne fondamentale. Si le Premier ministre ne comprend pas cela, ce n’est plus la peine de négocier avec lui. », a-t-il dit. Hannes Swoboda, président de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen a quant à lui déclaré : «M.

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Erdogan a perdu tout sens de l’orientation et de l’équilibre. Interdire un réseau social qui compte dix millions d’utilisateurs en Turquie n’est rien de moins qu’une atteinte à la liberté d’expression». Avant de poursuivre : «M. Erdogan a peut-être décidé de ne pas tenir compte de l’opinion de la communauté internationale, mais les droits du peuple turc sont un sujet qui importe à la communauté internationale. Je lui conseille de relire l’article 26 de la Constitution turque. La législation d’urgence antiterroriste ne justifie pas d’entraver les droits de dix millions de personnes».

LA MAISON BLANCHE PRÉOCCUPÉE La Maison Blanche a publié un communiqué après la fermeture de Twitter en Turquie en fin de semaine, dans lequel elle affirme que les EtatsUnis s’opposent à la restriction de l’accès à l’information. Elle exhorte les autorités turques à respecter la liberté des médias et à rétablir l’accès complet aux sites bloqués.

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Les DNS de Google interdits en Turquie, une décision inédite KAMIL ARLI, SUAT ÖZÇELIK ISTANBUL Alors que les utilisateurs de Twitter ont réussi à contourner le blocage à l’accès au réseau social décrété depuis vendredi, l’AKP a décidé de bloquer l’accès aux DNS (systèmes de nom de domaine) de Google qui permettaient aux internautes de continuer à avoir accès à Twitter. La Turquie devient ainsi le premier pays à prendre une telle mesure pour empêcher l’accès à un site internet.

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«ÉRADIQUER» TWITTER Pour pouvoir continuer à accéder au site de microblogging fermé depuis trois jours en Turquie, de nombreux internautes ont eu recours aux DNS de Google, «éléments essentiels au fonctionnement d’internet» d’après la définition donnée par Wikipédia. La fermeture de Twitter a eu lieu peu après que le Premier ministre turc a déclaré vouloir «éradiquer» le réseau social où plusieurs utilisateurs avaient publié des enregistrements d’écoutes

téléphoniques et des photos prouvant l’implication du gouvernement et de proches d’Erdogan dans l’affaire de corruption qui secoue le pays depuis le 17 décembre. Les ministres ont expliqué de différentes façons les raisons de cette fermeture. Le ministre des Affaires relatives à l’eau et aux forêts, Veysel Eroglu, a affirmé que la vraie raison de cette fermeture s’expliquait par la volonté de garantir un déroulement pacifique des élections municipales. Malgré ces justifications, la fermeture de Twitter est vue par beaucoup comme une tentative d’étouffer l’enquête anticorruption. La méthode a néanmoins échoué puisque les internautes se sont tournés vers les DNS de Google pour contourner la fermeture du site de micro-blogging. Mais, samedi 22 mars, même l’accès aux DNS de Google a été bloqué.

D'AUTRES SITES BLOQUÉS De nombreux utilisateurs pouvaient néanmoins encore accéder au réseau social via les réseaux

privés virtuels (VPN). Les experts notent que bloquer l’accès aux DNS de Google a des répercussions plus grandes que le simple blocage à l’accès à Twitter. En effet, le blocage à l’accès aux DNS de Google empêche aussi d’accéder à d’autres sites en ligne. Fehmi Ünsal Özmestik, avocat spécialisé dans les technologies de l’information, a déclaré que l’interdiction de la Direction des télécommunications (TIB) était contraire à la loi. «C’est une première dans le monde», a-t-il noté. «Bloquer l’accès à un site entier est contraire à la loi et représente une atteinte majeure à la liberté d’expression. La Cour européenne des droits de l’homme (ECtHR) a puni notre pays par le passé pour des pratiques similaires». Le rédacteur technique Deniz Ergürel, a déclaré que bloquer l’accès aux DNS de Google était une décision inédite. «On ne peut pas fermer un centre commercial entier pour une faute commise par un ou deux magasins», a-t-il dit.

LES ENQUÊTES DE CORRUPTION DU 17 DÉCEMBRE Elles ont profondément déstabilisé le Premier ministre. La diffusion de conversations téléphoniques entre les ministres et leurs proches l’a littéralement mis hors de lui. Chaque meeting électoral a été l’occasion de «goûter» à la nouvelle rhétorique du Premier ministre. Il a mitraillé tout le monde, sans aucune concession. Fethullah Gülen, le penseur musulman qui a des millions de sympathisants dans le monde et qui était jusqu’alors affublé du respectueux titre de «hocaefendi» (révérend), a été cloué au pilori. Les athées, les alévis, les jeunes ainsi que les femmes qui vont protester ont eu droit à des sous-entendus blessants. Les réseaux sociaux ont été menacés d’interdiction. Finalement, l’accès à Twitter a été bloqué. LES DIFFUSIONS À VENIR Si les moeurs d’Erdogan ne font pas de doute, d’autres attitudes louches peuvent être montées en épingle. Les rumeurs courent sur les «cadavres dans le placard». Les jours qui précèdent et suivent les élections municipales du 30 mars sont redoutés. Ainsi, la mort mystérieuse de Muhsin Yazicioglu, leader d’une petite formation de droite nationaliste et religieuse, en 2009, peut faire l’objet d’une révélation. Les circonstances de l’écrasement de l’hélicoptère qui le transportait en pleine campagne électorale n’ont jamais été élucidées. Un rapport du Conseil d’Inspection de l’Etat, directement lié à la Présidence de la République, avait relevé des incohérences. Autre sujet sensible qui peut éclater au grand jour : une vidéo sur Abdullah Öcalan et son implication directe dans le processus dit d’Oslo. Une rumeur prétend en effet qu’il aurait été transporté en catimini pour être personnellement à la tête des négociations avec le gouvernement AKP. LES TENDANCES AUTORITAIRES Erdogan, qui est connu pour ne pas supporter la contradiction, a été mis mal à l’aise lorsque la nation entière a découvert, grâce à plusieurs diffusions, son côté peu soucieux de la liberté d’expression. Les appels aux chaînes d’information leur demandant de couper les interventions des leaders de l’opposition ou le ton cassant qu’il emploie contre un patron de presse septuagénaire qui finit par pleurer ont écorné l’image de celui qui se targue d’être le défenseur des libertés et des traditions turques. Il faut dire que depuis qu’il a brisé tous les contre-pouvoirs (la justice et l’armée), il a les mains libres au niveau de tous les rouages de l’Etat. Cet Etat-AKP n’a pas manqué d’être dénoncé par les quelques voix discordantes comme un «empire de la peur». Le gouvernement ne tarissait pas d’éloges sur les réseaux sociaux pendant les révolutions arabes. Ou lorsque Deniz Baykal, l’ancien président du parti kémaliste CHP, avait été victime d’un complot le montrant en galante compagnie, Erdogan n’avait pas fustigé YouTube, au contraire, il avait lancé, à la surprise de tous, «ce n’est pas la vie privée, c’est devenu du public, vous comprenez, du public !». Aujourd’hui, il préfère diaboliser Internet au nom précisément de la protection de la vie privée et familiale ! Ce qu’il ne maîtrise plus devient suspect et par conséquent peu utile. YouTube et Facebook sont dans son collimateur. RÉSULTAT DES COURSES

1 Dans un pays où 50 % des Turcs sont connec-

tés d’une manière ou d’une autre, le «système» Erdogan semble se fissurer. La cocotte-minute est prête à exploser et la soupape de sécurité semble être précisément inexistante. Tous les partis d’opposition promettent déjà de le traduire en Haute Cour. Ali Babacan, vice-Premier ministre chargé de l’Economie, affirmait dernièrement que «la démocratie, ce n’est pas seulement des élections». Une équation qui ne semble pas comprise par un Erdogan qui persiste à confondre démocratie (le respect des droits de l’Homme pour tous) et sociocratie (le culte du peuple et de ses penchants). La «démocratie avancée» qu’il ne cessait de promouvoir est en passe de glisser vers une «démocratie dirigée» à la Poutine avec un peuple satisfait de l’économie et peu regardant sur les affaires qui touchent l’élite.


07 TURQUIE

28 MARS - 3 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

ELECTIONS LOCALES :

La Turquie, grande perdante La campagne électorale en Turquie s’est faite au détriment d’un certain nombre de valeurs qui sont à la base du pacte social et démocratique. La victoire de tel ou tel parti passe alors au second plan. SAMI KILIÇ PARIS La séparation des pouvoirs a été gravement abîmée. Le législatif était déjà sous l’emprise de l’exécutif ; le judiciaire s’est retrouvé enrôlé dans la «guerre» du Premier ministre, contre les «traîtres». La réforme au forceps du Haut Conseil des juges et procureurs ainsi que les centaines de mutations dans la justice et la police ont jeté un doute sur l’impartialité des administrations concernées.

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La religion a été largement instrumentalisée. Les discours de part et d’autre ont abondamment utilisé les références religieuses. Les théologiens se sont divisés, les uns soutenant la thèse de la soumission aux détenteurs de l’autorité (ulu’l amr) alors que d’autres préféraient attirer l’attention sur le «péché» de la corruption. La figure du Prophète a même été mobilisée, les rêves où il apparaissait se sont multipliés. La concorde nationale a été sérieusement endommagée. Erdogan n’a pas

hésité à faire siffler la mère de Berkin, l’adolescent mort après un long coma, «accusée» d’avoir déposé des billes dans sa tombe. Il a taxé les athées d'être des terroristes. Il a repris les clichés sur l’art de la dissimulation chez les chiites. Une conversation avec son ancien ministre de la Justice a révélé une obsession concernant la figure du juge alévi qui déciderait forcément contre l’AKP.

En plein scandale de corruption, la campagne électorale a été très houleuse en Turquie

La liberté de la presse a été sévèrement éprouvée. Les pressions exercées sur les journalistes ont été mises en lumière. Les télévisions n’ont pas respecté l’équité et l’égalité dans le traitement de l’information concernant les différents candidats. Les meetings du Premier ministre ont été systématiquement retransmis, les dirigeants de l’AKP étaient sur tous les plateaux alors que les partis d’opposition et les petits partis n’ont pu promouvoir correctement leurs idées et leurs candidats. Les sondages défavorables à l’AKP ont été escamotés.

Le spectre de la fraude plane sur le scrutin IHSAN YILMAZ Le Premier ministre Erdogan a transformé les élections locales du 30 mars prochain en une sorte de référendum. Il y a deux aspects à prendre en compte. Premièrement, Erdogan affirme que si son parti remporte le plus de voix aux élections, cela signifiera que lui et l’AKP seront quittes de toute corruption. Deuxièmement, si son parti remporte environ 40 % des voix, cela signifiera que le peuple approuve sa guerre contre le mouvement Hizmet. De fait, il y a quelques jours, le vice-Premier ministre, Emrullah Isler, a déclaré que si le peuple donnait un mandat et un pouvoir suffisants à l’AKP, il mettrait fin au mouvement Hizmet. D’un autre point de vue, ces élections sont cruciales pour Erdogan car, elles seules peuvent le sauver des enquêtes anticorruption. Sa seule issue est de continuer à freiner le processus judiciaire. Il sait très bien qu’il n’a pas beaucoup de fervents soutiens au sein de la police, de l’armée ou de la justice, prêts à enfreindre la loi pour le protéger.

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UNE TRANSPARENCE TOTALE Alors que pour certains opposants à l’AKP, le parti va tenter de falsifier le dépouillement du scrutin, d’autres affirment que les bulletins dépouillés seront remplacés pendant la nuit par des bulletins pro-AKP. Ils disent que, bien qu’il y ait environ 50 millions d’électeurs en Turquie, 140 millions de bulletins de vote ont été imprimés. D’un autre côté, certains pro-AKP affirment que

le mouvement Hizmet possède des fonctionnaires au sein du Conseil suprême des élections (YSK) et que ces fonctionnaires pourraient avoir recours à des pratiques frauduleuses. Cela signifie aussi que, si l’AKP n’obtient pas le nombre de votes qu’il espère obtenir et ne parvient pas à truquer les élections, il refusera d’accepter les résultats et dira qu’ils auront été truqués par le mouvement Hizmet.

CHAQUE URNE DOIT ÊTRE SURVEILLÉE En tant que parti au pouvoir, l’AKP doit empêcher ces allégations de devenir vraies. Pour ce faire, il doit s’assurer que les élections, y compris le dépouillement, le calcul et le stockage des bulletins soient complètement transparents. Des agences de presse doivent être autorisées à surveiller le dépouillement de chaque urne. Elles doivent

également être capables de montrer les documents signés où figurent les résultats du scrutin. A l’ère des smartphones, une vidéo de chaque urne doit être enregistrée. Les camions transportant les bulletins dépouillés doivent être escortés par des représentants du parti et, dans les bureaux où ils sont gardés et ce jusqu’à l’annonce des résultats, des caméras et du personnel doivent être constamment présents. ihsan.yilmaz@todayszaman.com

Bagis s’est-il moqué d’un verset du Coran ? SAMI KILIÇ PARIS Des propos attribués à l’ancien ministre, Egemen Bagis, et au journaliste Metehan Demir, ont révélé un ton irrespectueux envers le livre sacré des musulmans. Les deux ont crié au montage. S’il est un tabou suprême en Turquie, c’est bien l’islam. Dans un échange entre Metehan Demir, ancien correspondant à Ankara du quotidien de centre gauche Hürriyet, et Egemen Bagis, l’ancien ministre des Affaires européennes, à propos d’un verset coranique que ce dernier avait tweeté, Bagis aurait jeté ces mots: «Chaque vendredi, je balance un verset ! Je tape des mots sur la fraternité, sur l’ingratitude ou je ne sais quoi d’autre et je fais recherche sur Google. Et je balance les versets qui s’affichent». Demir de répondre : «Les matins, quand je me réveille, j’attends un verset révélé par Bagis pour le retweeter». Mais lorsque Demir, qui vient de détourner deux versets de la sourate Bakara pour tresser des lauriers à Egemen Bagis, ce dernier tente un jeu de mots : «Ce Bakara, c’est une bonne makara [blague, plaisanterie]».

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LES EXCUSES DE BAGIS Les protagonistes ont immédiatement dénoncé un montage. Bagis a parlé d’une «bassesse venant des bourreaux de l’honneur».Il a d’ores et déjà saisi la justice tout en présentant ses excuses à «ceux qui ont pu croire en toute sincérité que j’ai pu dire ces choses». Demir s’en est remis, quant à lui, à Dieu tout en présentant également ses excuses. Les critiques n’en ont pas été moins fermes. Oktay Vural, le vice-président du MHP (parti nationaliste) a appelé Erdogan à se séparer de ce type de collaborateurs, s’il ne voulait pas être «le portedrapeau de l’islamophobie». Ihsan Özkes, député du CHP (parti de gauche nationaliste) et ancien mufti, a demandé à Bagis de se repentir et de démissionner.


08 TURQUIE

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Erdogan à la chasse aux écoles turques dans le monde

Des élèves interrogés sur leurs opinions politiques METIN ORMANCI, MEHMET KURU ISTANBUL / ESKISEHIR Des inspecteurs du ministère turc de l’Education ont de nouveau interrogé des étudiants et des professeurs dans plusieurs écoles et résidences du pays concernant leurs opinions sur le gouvernement et le Premier ministre. D’après certains parents et élèves, les questions posées aux étudiants par les inspecteurs auraient pour but de retrouver et sanctionner les personnes ayant une opinion anti-gouvernementale. Samedi 15 mars, des inspecteurs se sont rendus à la résidence pour lycéens Hasircilar du quartier Beylikdüzü d’Istanbul et ont demandé au personnel de leur fournir une liste des élèves qui y sont logés. Le directeur de l’établissement, Firat Fakir, a déclaré à Zaman qu’il avait donné cette liste aux inspecteurs et que ceux-ci s’étaient ensuite rendus dans les écoles de chaque élève mentionné pour les interroger. Mardi 18 mars, les inspecteurs sont allés au lycée Yasar Acar et y ont interrogé les élèves qui ont dû signer leurs déclarations. «J’ai dit aux inspecteurs et à l’administration de l’école que cet interrogatoire n’était pas correct», a déclaré Fakir, qui s’est rendu dans l’école d’un élève logé dans sa résidence. «Les inspecteurs sont aussi venus à la résidence et ont emmené des élèves dans une pièce pour les interroger». «Le fait que les inspecteurs aient interrogé les élèves dans leur école et leur résidence me contrarie. S’il vous plaît, n’impliquez pas nos enfants dans vos affaires politiques», a dit pour sa part Ahmet Çakir, parent d’un élève interrogé.

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UNE PRATIQUE CONTRAIRE À LA CONSTITUTION Dans la province de Kahramanmaras, un groupe de parents dont les enfants sont inscrits dans une école privée étaient offusqués de constater que des inspecteurs étaient venus dans l’école de leurs enfants. Ils ont dit aux inspecteurs qu’ils ne pouvaient interroger des personnes de moins de 18 ans sans la permission des parents et ont ajouté que ce que les inspecteurs faisaient était contraire à la loi. Mais les parents se seraient vus répondre que, s’ils n’autorisaient pas les inspecteurs à interroger leurs enfants, ils feraient l’objet d’une enquête par la police et les procureurs.

Les écoles turques sont présentes dans plus de 160 pays dans le monde.

La «guerre d’Indépendance» qu’a lancée le Premier ministre turc contre le mouvement Hizmet commence à faire ses premières victimes. Les écoles turques, connues pour leur excellence dans le monde entier, deviennent de plus en plus une cible et sont menacées de fermeture. La Gambie serait le dernier pays à être dans le collimateur d’Erdogan.

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«Allez expliquer à vos interlocuteurs le danger que représentent le Hizmet et ses structures !» avait lancé Tayyip Erdogan lors de la Conférence des ambassadeurs. Remonté contre ce mouvement civil d’inspiration religieuse qu’il tient pour l’initiateur des affaires de corruption qui le touchent, le Premier ministre turc veut mobiliser l’appareil d’Etat pour porter un coup à ses écoles, ouvertes dans plus de 160 pays. Elles visent à promouvoir l’éducation pour tous afin de jeter les bases d’une bonne entente, d’un dialogue entre les personnes de culture et de religion différentes.

LE CHANGEMENT DE DISCOURS D'ERDOGAN L’an dernier, le même Erdogan ne tarissait pas d’éloges sur les membres du Hizmet qui se démenaient pour inaugurer ces établissements scolaires. Lors des «Olympiades de la culture turque» qui permettent aux écoliers de faire leur preuve dans les domaines du chant et de la danse, Erdogan avait été très enthousiaste. «Je remercie tous les professeurs qui forment un pont de la paix et qui portent un idéal sacré. Vous êtes comme des bourgeons en pleine steppe, une oasis dans le désert, une goutte d’eau pour des lèvres sèches, l’expression de la lueur face à des esprits rabougris». LA BASE ARRIÈRE DU MOUVEMENT Récemment, le gouvernement AKP a décidé de fermer les centres de soutien scolaire dans le dessein de tarir les res-

sources du Hizmet. Erdogan estime, en effet, que ces organismes sont la base arrière du mouvement. En parallèle, le Premier ministre multiplie les interventions pour obtenir l’interdiction des écoles à l’étranger. C’est une première. Même l’ancien Premier ministre socialdémocrate, Bülent Ecevit, un kémaliste pur sucre, n’avait osé blâmer ces écoles qui participent au rayonnement de la langue et de la culture turques. Il s’était même dressé contre les militaires qui avaient tendance à voir des séditieux partout.

DES DÉCLARATIONS TOUS AZIMUTS Erdogan a rencontré dernièrement le président du Pendjab (en Inde) pour obtenir la fermeture de 20 écoles. Il a également contacté le premier ministre du Kurdistan irakien, Neçirvan Barzani. Celui-ci lui aurait rétorqué que les élites tenaient beaucoup à la qualité de l’enseignement et qu’il lui était impossible de se passer de cette valeur ajoutée. Hamid Karzaï et Nawaz Sharif, respectivement président de l’Afghanistan et Premier ministre du Pakistan, avaient également loué le niveau de l’enseignement dispensé lors du sommet TurquieAfghanistan-Pakistan. Lors d’une émission de télévision, Erdogan a également cité l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan mais l’Azerbaïdjan a rapidement démenti les rumeurs d’étatisation des écoles. Le Premier ministre turc est même allé

jusqu’à l’insinuer au président Obama. La Maison Blanche a préféré faire la sourde oreille.

LES PRESSIONS DU GOUVERNEMENT EN GAMBIE Dernier épisode, la Gambie serait dans la ligne de mire. En 2010, une école fut ouverte sur les instances des dirigeants gambiens, désireux de mettre en place un système scolaire performant. Gibril Joof, ambassadeur de Gambie, déclarait : «Cette nouvelle école va apporter plus de qualité à l’éducation en Gambie ainsi qu’une plus forte compréhension mutuelle entre nos cultures. J’espère que l’école primaire sera suivie de l’inauguration d’un collège et d’une université». Or, des rumeurs circulent sur les réseaux sociaux depuis quelque temps, elles font état des pressions du gouvernement turc sur les autorités gambiennes. Mieux, la Turquie aurait proposé un milliard sous forme de dons pour louvoyer… La fondation humanitaire Kimse Yok Mu ?, proche du Hizmet, venait pourtant de présenter un plan pour se déployer davantage en Afrique, notamment en Gambie. Reste à savoir si ce projet prospérera dans les conditions actuelles. Tous les chefs d’État et de gouvernement turcs avaient la coutume d’inclure ces écoles dans leur programme lors des visites à l’étranger. Erdogan, quant à lui, demande une prohibition. Une autre manière de rentrer dans l’histoire...

Lorsque le président Gül tacle Erdogan... SAMI KILIÇ PARIS En visite au Danemark, le président turc, Abdullah Gül, a dit ne pas croire en l’existence d’un complot international contre la Turquie. Un propos qui tranche avec celui du Premier ministre, Tayyip Erdogan.

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«UNE QUESTION POLITIQUE INTERNE» Les yeux grand ouverts de la Première ministre danoise ont suffi au président Gül pour se sentir gêné et se forcer à rire jaune. Une journaliste venait en effet de lui demander si les propos très vifs de son Premier ministre, Tayyip Erdogan, à l’encontre du Hizmet, de ses sympathisants et de son initiateur spirituel, Fethullah Gülen, ne constituaient pas un discours islamophobe ! Un angle inédit pour un pays à 95 % musulman. La réponse a été évasive, l’islamophobie est un concept utilisé contre des minorités musulmanes dans un pays non-musulman, mais l’impatience et l’agacement de Gül ont marqué l’assistance. «C’est une question politique interne», a-t-il tranché.

NON AUX THÉORIES DU COMPLOT En revanche, devant les journalistes turcs, le président Gül, qui prend souvent soin de ne pas heurter de front son ami Tayyip Erdogan, s’est démarqué de celui-ci au sujet du «complot international contre la Turquie». «C’est un discours tiers-mondiste que de dénoncer comme ennemis ceux qui nous encensaient hier et qui nous critiquent aujourd’hui», a-t-il dit, avant de marteler, «Moi, je ne crois pas à ces théories du complot». Erdogan avait à plusieurs reprises critiqué des «forces étrangères» qui, jalouses de l’envolée de la Turquie, se seraient liguées afin de lui porter un coup de griffe. Conscient de l’atmosphère malsaine qui règne dans le pays, le président a appelé encore une fois à l’apaisement au niveau des discours et à la reprise des réformes. «Tout le monde voit bien que nous n’avons pas la même allure qu’il y a 10 ans», a-t-il poursuivi. Il a également attiré l’attention sur les standards de l’Etat de droit. «Je l’ai dit plusieurs fois, nous ne réformons pas pour l’Union européenne mais pour nous». A la

Le président Abdullah Gül et la Première ministre Helle Thorning-Schmidt en conférence de presse

question de savoir s’il croyait à l’existence d’une organisation parallèle au sein de l’Etat, Gül a été mesuré : «On constate qu’il y a des solidarités particulières au sein des administrations de l’Etat. Evidemment, tout le monde peut occuper des postes, sans considération de sa religion ou de son idéo-

logie, mais s’il est fonctionnaire, il doit respecter la Constitution, les lois et sa hiérarchie». Il s’est refusé en revanche à employer des termes comme «organisation criminelle» ou «Etat parallèle». Une approche présidentielle salutaire dans cette ambiance où les noms d’oiseau fleurissent à foison.


09 TURQUIE

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La difficile condition des minorités de Turquie L’opération médicale secrète d’Abdullah Öcalan

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Le meurtre de trois chrétiens à Malatya en 2007 avait choqué la communauté chrétienne turque.

L’enregistrement posté en ligne concerne une conversation entre Nilgün Balkaç, employée de la chaîne télévisée Habertürk et Fatih Saraç, vice-président du groupe médiatique Ciner, propriétaire d’Habertürk. On entend la première dire au second qu’Öcalan a un cancer de la prostate et qu’il s’est fait opérer par des médecins turcs qui se sont rendus sur l’île d’Imrali pour effectuer leur travail dans le plus grand secret. La santé du chef

du PKK est une question délicate et ses conditions d’emprisonnement déclenchent parfois de violentes protestations dans le sud-est de la Turquie, où le PKK est très soutenu. Les noms de Balkaç et Saraç avaient fait les gros titres début février quand des conversations téléphoniques avaient été postées sur Internet. Dans l’une d’elles, le Premier ministre Erdogan demande à Saraç de censurer l’apparition télévisée de leaders de partis de l’opposition.

La population turque prend de l’âge

Le 21 mars marque à la fois la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale et le début du festival Norouz, célébré à partir du premier jour de printemps par des personnes de toutes les communautés ethniques et origines religieuses depuis des milliers d’années. Mais la réalité est qu’en Turquie, la discrimination est toujours présente... MELTEM NAZ KASO ISTANBUL Aren, 30 ans et chrétien d’origine arménienne, raconte qu’une fois, alors qu’il s’entraînait dans une salle de sport, des individus ont ouvert les fenêtres en disant que «la pièce commençait à sentir l’Arménien». Un autre homme de l’âge d’Aren a parlé d’une haltère «aussi lourde que le cadavre d’un athée». Aren affirme que ce n’est pas l’épisode le plus grave qu’il ait subi Turquie en termes de discrimination ethnique et religieuse. D’autres faits de discrimination raciale et religieuse  – l’assassinat de Hrant Dink, un journaliste turco-arménien qui a été tué devant son lieu de travail ou celui de trois chrétiens dans la maison d’édition Zirve à Malatya – montrent que l’intolérance peut être mortelle.

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UNE BRÈCHE DANS LA LÉGISLATION TURQUE La Turquie a pris d’importantes mesures pour lutter contre la discrimination. Après les nombreux débats qui ont eu lieu sur l’adoption d’un «paquet de réformes démocratiques» – une initiative visant à élargir les droits des minorités désavantagées en Turquie – la notion de crime de haine est entrée dans les textes de loi pour la première fois en décembre 2013. Les crimes motivés par la haine et les préjugés sont définis comme des «crimes commis contre une personne ou un groupe de personnes et liés à leur langue, leur nationalité, leur couleur de peau, leur sexe, leur handicap, leurs opinions politiques, leurs croyances philosophiques et leur religion». Pourtant, contrairement à la définition donnée

par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, la définition au sein de la législation turque ne mentionne pas l’origine ethnique et l’orientation sexuelle. De plus, la plus importante minorité ethnique de Turquie, les Kurdes, ne sont pas spécifiquement inclus dans cette législation.

LA NORMALISATION DU DISCOURS DE HAINE L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a publié un communiqué en janvier dernier pour attirer l’attention de la Turquie sur cette brèche au sein de sa législation concernant les crimes de haine. Erdal Dogan, avocat de l’un des demandeurs dans l’affaire Zirve pense que le problème de la discrimination ethnique et raciale est profondément ancré en Turquie. «Depuis la création de la République de Turquie, notre pays a été construit selon un concept d’unité. Pour ‘turciser’ le peuple, les gouvernements ont normalisé un discours de haine et n’ont pas reconnu les différences ethniques ou religieuses», a déclaré Dogan à Zaman. Pour lui, l’objectif de cette politique était de désigner comme ennemie toute personne qui n’était pas Turque musulmane sunnite. «Il y a eu une augmentation de la discrimination raciale, ethnique et religieuse qui ne devrait pas être sousestimée. Le ton provocateur s’est durci dans les médias, et s’est fait critique à l’égard de l’illégalisation du crime de haine, surtout pendant la période de Noël pour cibler les chrétiens», a pour sa part déclaré Zeynep Arslan, représentante de la Fondation Hrant

Dink. Elle a ajouté que les Arméniens, les chrétiens et les juifs étaient les victimes les plus fréquentes de ces actes de discrimination. «Les Kurdes et les Occidentaux sont les autres grandes victimes», a-t-elle noté. Pour elle, le discours politique repris par les médias entraîne la multiplication des propos de haine et la discrimination.

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Les chiffres révélés dans un projet de recherche intitulé «Istatistiklerle Yaslilar» (les personnes âgées en statistiques) indiquent que la proportion de personnes âgées en Turquie, soit les personnes qui ont au moins 65 ans, devrait grimper à 10,2 % en 2023 et à 20,8 % en 2050, avant d’atteindre les 27,7 % en 2075. Les Nations unies classent les pays qui ont une proportion de population âgée «élevée» quand elle représente 8 à 10 % de la population totale. Si le chiffre dépasse les 10 %, un pays est classé comme «très âgé». Dans le rapport, 63,4 % de la population âgée en Turquie se décrit comme «heu-

reuse», la principale source de ce bonheur étant la famille et en particulier les enfants. Les chiffres montrent également que la pauvreté a augmenté chez les personnes âgées, de 17 % en 2011 à 18,7 % en 2012. Les personnes âgées en Turquie se trouvent majoritairement dans la province de Sinop au bord de la Mer Noire, où 16,7 % de la population est répertoriée comme étant âgée. Suivent la province de Kastamonu (15,7 %) et la province de Çankiri (14,3 %). La proportion de personnes âgées est au plus bas dans la province de Hakkari à l’est de la Turquie (2,8 %), suivie de Sirnak (3 %) et Van (3,2 %).


10 INTERNATIONAL

36,45

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28 MARS - 3 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

C'est le taux record atteint par l'abstention au premier tour des élections municipales, dimanche dernier pour la France entière. Ce taux officiel, annoncé mardi par le ministère de l'Intérieur, est supérieur à celui enregistré au premier tour des municipales de 2008 (33,46%).

La justice égyptienne condamne à mort 529 Frères musulmans -

Un tribunal égyptien a condamné à mort 529 partisans des Frères musulmans pour divers chefs d’accusation, dont le meurtre d’un policier, a déclaré lundi un de leurs défenseurs à l’issue d’un procès expéditif qui risque d’attiser les violences à l’approche de l’élection présidentielle. Il s’agit de la plus grande condamnation de masse de l’histoire de l’Egypte moderne. «Le tribunal a condamné 529 accusés à mort et 16 autres ont été acquittés», a dit à Reuters l’avocat Ahmed al Charif. Les condamnés, dont la peine de mort doit encore être confirmée par le grand mufti, peuvent faire appel. «C’est le jugement le plus expéditif et le nombre de condamnations à mort le plus élevé de l’histoire de la justice égyptienne», a commenté Nabil Abdel Salam, l’avocat de plusieurs dirigeants des Frères musulmans, dont le président déchu Mohamed Morsi.

UNE DÉCISION PRISE EN 48 HEURES Le procès s’était ouvert samedi devant le tribunal criminel de Minya, une ville de MoyenneEgypte qui avait été le théâtre de violences contre les forces de sécurité et la minorité chrétienne copte après la dispersion sanglante des sit-ins de manifestants pro-Morsi au Caire en août dernier. L’intervention des forces de l’ordre avait fait plus d’un millier de morts dans les rangs des sympathisants des Frères musulmans rassemblés sur deux places de la capitale. Une répression implacable s’est depuis abattue sur la confrérie, décrétée organisation terroriste par les autorités mises en place par l’armée, en décembre, après une série d’attentats visant la police et l’armée. Les Frères musulmans nient toute responsabilité dans ces attaques, revendiquées par un groupe djihadiste basé dans le Sinaï, Ansar Baït al Makdis. À Minya, ancien bastion des groupes islamistes armés dans les années 1990, il a fallu une seule audience et moins de 48 heures au tribunal pour pronon-

La Libye demande l’aide des Nations unies contre le «terrorisme»

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Depuis le coup d'Etat orchestré par l'armée égyptienne en juillet dernier, les manifestations pro et anti-Frères musulmans se sont multipliées dans le pays.

cer son verdict. «Quand on voit que le procès s’est ouvert samedi, qu’il n’y a eu qu’une audience procédurale pendant laquelle le juge n’a entendu aucun avocat, ni témoin, ni même les accusés, on ne peut pas parler de justice mais de règlement de comptes», a réagi avec colère Walid, un proche d’un des condamnés. Les accusés

étaient poursuivis pour diverses charges, dont le meurtre d’un policier, l’attaque d’un commissariat ou divers actes de dégradation de propriété publique et privée. Seuls 123 des 545 accusés étaient présents au tribunal, les autres ayant été soit libérés, soit remis en liberté provisoire sous caution, soit sont encore en fuite.

La Turquie abat un avion de chasse syrien -

L’armée turque a abattu dimanche un avion de chasse syrien qui, selon la Turquie, avait pénétré dans son espace aérien dans un secteur où se déroulent depuis vendredi des combats entre des rebelles syriens et les forces gouvernementales de Bachar al Assad pour le contrôle du poste-frontière de Kassab. La Syrie a condamné une «agression flagrante» et affirmé que l’avion avait été abattu par la Turquie alors qu’il pourchassait des rebelles en territoire syrien. Elle a précisé que le pilote était parvenu à s’éjecter de l’appareil avant qu’il ne percute le sol. «Un avion syrien a violé notre espace aérien. Nos F-16 ont décollé et frappé cet avion. Pourquoi? Parce que si vous violez mon espace aérien, notre gifle après cela sera forte», a dit Recep Tayyip Erdogan lors d’un rassemblement électoral dans le nord-ouest de la Turquie en vue du scrutin municipal du 30 mars. L’état-major de l’armée turque a précisé que l’un de ses centres de contrôle avait repéré deux MIG-23 syriens vers 13h00 (11h00 GMT) et qu’il leur avait adressé des mises en garde à quatre reprises alors qu’ils s’étaient approchés de la frontière turque. L’un de ces avions est entré dans l’espace aérien de la Turquie au niveau de Yayladagi, à l’est du poste-frontière de Kassab, a poursuivi l’état-major turc. Un F-16 turc a tiré un missile contre l’avion syrien, qui s’est écrasé en

Syrie à environ 1 200 mètres de la frontière. Sur une vidéo diffusée par les rebelles syriens, on voit de la fumée s’élever des collines boisées situées dans cette zone frontalière. Cette fumée provient selon eux de la carcasse de l’avion. Cet incident s’est produit dans le même secteur où, en septembre, des avions de chasse turcs ont abattu un hélicoptère syrien entré dans l’espace aérien de la Turquie.

DES ACTIONS JUGÉES «SANS PRÉCÉDENT ET INJUSTIFIÉES» Jadis allié de Bachar al Assad, Recep Tayyip Erdogan est désormais un virulent détracteur du président syrien auquel il reproche sa riposte militaire au soulèvement de mars 2011. La Syrie a depuis basculé dans une guerre qui a fait plus de 140 000 morts et des millions de déplacés ou de réfugiés. Les autorités syriennes affirment que l’offensive lancée vendredi par des rebelles islamistes sunnites dans le secteur du poste-frontière de Kassab constitue une nouvelle escalade de la part de la Turquie, qu’elles accusent de bombarder le territoire syrien à l’aide de chars et de pièces d’artillerie pour couvrir les rebelles. Une source au ministère syrien des Affaires étrangères citée par l’agence de presse officielle Sana a jugé que les actions turques étaient «sans précédent et injustifiées».

La Libye a demandé mercredi l'aide des Nations unies et de la communauté internationale pour faire «la guerre au terrorisme». Le gouvernement de Tripoli est confronté depuis des mois à une situation chaotique, en particulier à Benghazi, capitale régionale de la Cyrénaïque (est) régulièrement secouée par des assassinats et des attentats, et des rebelles contrôlent les grandes installations pétrolières du pays. «Le gouvernement intérimaire libyen demande à la communauté internationale et en particulier aux Nations unies de fournir une assistance pour éradiquer le terrorisme», a déclaré le gouvernement sur son site internet. Tripoli ne précise pas la nature de sa demande. Des pays occidentaux, arabes et africains forment déjà des milliers de Libyens pour bâtir des forces armées et de police susceptibles de maintenir un semblant d'ordre face aux milices qui ont participé au renversement du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 mais ont conservé leurs armes pour prendre leur part de pouvoir et de richesse du pays. Le Conseil de sécurité de l'Onu a donné mercredi aux Etats membres le droit d'arraisonner tout navire soupçonné de transporter du pétrole libyen de contrebande chargé dans des ports aux mains des milices autonomistes, ce que la marine américaine a déjà fait dans la nuit de dimanche à lundi en prenant le contrôle d'un tanker battant pavillon nord-coréen.


11 INTERNATIONAL

28 MARS - 3 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

Ukraine : les Occidentaux ripostent, les Russes minimisent Il n’y aura pas de G8 à Sotchi, mais un G7 à Bruxelles. C’est ce que viennent d’annoncer les dirigeants des Etats-Unis, du Japon, du Canada, de l’Allemagne, de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Italie. Ils réfléchissent également à une «troisième phase» de sanctions à l’égard des Russes, dont ils récusent la stratégie en Ukraine.

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Les dirigeants du G7 se sont mis d’accord lundi pour organiser en juin à Bruxelles un sommet en lieu et place de celui du G8 qui devait avoir lieu à Sotchi avec la Russie, à laquelle il a été à nouveau demandé de changer de stratégie à l’égard de l’Ukraine. Réunis à La Haye en marge d’un sommet sur la sécurité nucléaire, les dirigeants des Etats-Unis, du Japon, du Canada, de l’Allemagne, de la France, de la GrandeBretagne et de l’Italie ont aussi décidé de réfléchir à une «troisième phase» de sanctions à l’égard des Russes, peu enclins à engager la «désescalade» voulue par les Occidentaux. Les dirigeants des sept pays les plus industrialisés ont précisé qu’ils suspendaient leur participation au forum du G8 tant que Moscou ne changera pas d’attitude à l’égard de son voisin ukrainien.

TROISIÈME PHASE DE SANCTIONS Ils sont également convenus de se concerter au niveau ministériel pour renforcer leur sécurité commune en matière énergétique. «Le G7 demande que soit préparée une troisième phase de sanctions, en particulier sur les aspects économiques, et il a été demandé que l’ensemble des pays préparent un plan pour réduire leur dépendance énergétique par rapport à la Russie», a déclaré devant la presse le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Les ministres de l’Union européenne

La campagne présidentielle s’ouvre en Algérie sans effervescence

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La campagne électorale s’est officiellement ouverte dimanche en Algérie en vue de la présidentielle du 17 avril qui ne présente qu’un faible suspense, la victoire semblant promise à Abdelaziz Bouteflika, et qui ne suscite pour l’heure aucune effervescence. Pour l’occasion, le président au pouvoir depuis 15 ans n’a pas prévu de grand rassemblement mais s’est contenté d’une lettre diffusée samedi pour assurer que son âge - 77 ans - et sa santé fragile n’étaient pas des obstacles à sa réélection. Les partis d’opposition, notamment le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et les islamistes du Mouvement de la société pour la paix (MSP), ont appelé au boycott du scrutin, mais leur voix n’a qu’une faible portée.

«IL Y A QUELQU’UN ?» Dimanche, quasiment aucune affiche de campagne n’était visible sur les Murs des artères les plus fréquentées d’Alger, la capitale. «Pour moi, ce sera Bouteflika», anticipe un Algérois de 29 ans, Abdel Waheed. «Il a remis l’Algérie sur les rails et il a apporté la réconciliation.» Mais beaucoup d’électeurs se montrent plus désabusés sur l’avenir du pays, malgré les réformes constitutionnelles promises samedi par Abdelaziz Bouteflika dans son courrier aux électeurs. Le journal El Watan, souvent critique à l’égard du président en exercice, a publié dimanche un dessin sur lequel figure une affiche électorale avec un trou en lieu et place du portrait de Bouteflika et un électeur qui s’interroge : «Il y a quelqu’un ?»

devraient se réunir prochainement à ce sujet, alors que six pays de l’Union sur 28 dépendent à 100% de la Russie pour leur approvisionnement en gaz, et 12 autres pour environ la moitié de leurs besoins.

«CE N'EST PAS UNE TRAGÉDIE» Les membres du G7, qui ont unanimement condamné l’annexion de la Crimée par la Russie, ont dit leur intention d’entamer des discussions avec les nouvelles autorités de l’Ukraine, où une élection présidentielle est prévue le 25

mai. Avant même l’annonce du G7, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait minimisé l’annulation du sommet de Sotchi, site des derniers Jeux olympiques d’hiver. «Si nos partenaires occidentaux pensent que le format est parvenu au bout de sa logique, nous ne nous accrocherons pas à ce format. Pour nous, ce n’est pas une grande tragédie si le G8 ne se réunit pas», a déclaré le chef de la diplomatie russe, qui a rencontré à La Haye son homologue ukrainien.

Le G7 insiste pour que Poutine change de stratégie en Crimée.


12 FAMILLE&SANTE

28 MARS - 3 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

Ces réseaux sociaux qui donnent des complexes aux jeunes filles Si les magazines étaient d’abord montrés du doigt à cause de leur influence sur l’image des jeunes femmes, deux études récentes ont montré que Facebook prenait de plus en plus la relève. Troubles de l’alimentation, augmentation du nombre de patientes chez les chirurgiens plasticiens... Des facteurs indéniablement liés au temps passé à regarder des photos de soi et de ses amis sur les réseaux sociaux.

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L’American Academy of Facial Plastic and Reconstructive Surgery (académie américaine de la chirurgie plastique du visage et reconstructrice) a mené une étude auprès de 2 700 de ses membres et a découvert qu’un médecin plasticien sur trois avait constaté une légère hausse des demandes en 2013. Les chercheurs ont

attribué cette hausse, en partie, aux «patientes de plus en plus sensibles à l’apparence sur les réseaux sociaux». Selon ces mêmes chercheurs, 13 % des chirurgiens plasticiens ont affirmé que des patientes voulaient avoir recours à la chirurgie plastique à cause de l’image qu’elles ont d’elles sur Facebook, Instagram, Snapchat ou encore Selfie.im. Et, rien de surprenant, nombre de ces patientes sont des adolescentes. Les chercheurs notent en outre que les femmes qui ont recours à la chirurgie esthétique sont de plus en plus jeunes.

DES TROUBLES DE L’ALIMENTATION LIÉS AU TEMPS PASSÉ SUR FACEBOOK Pourquoi une association de chirurgiens plasticiens publierait des résultats qui montrent que leur travail se base sur le manque de confiance en soi d’enfants vulnérables ? Peut-être qu’ils se voient comme des héros, capables de réparer ce nez qui vous regarde à travers l’écran de votre ordinateur. Ou peut-être qu’ils veulent simplement être honnêtes. De toute façon, les chirurgiens plasticiens exercent dans un monde que nous avons tous construit et dans lequel la nouvelle vague du manque de confiance en soi des adolescentes provient non pas de magazines, mais de nos camarades et de nous-mêmes. Dans une autre étude, des chercheurs de l’université d’Etat de Floride ont fait le lien entre le temps passé sur Facebook et les symptômes de troubles de l’alimentation. Ils ont demandé à 960 étudiantes de faire un test d’évaluation de leur relation à la nourriture et à leur poids, ainsi que du temps passé sur le réseau social. Après avoir établi un lien entre les troubles de l’alimentation et le temps passé sur les réseaux sociaux, l’équipe a soumis 84 de ces étudiantes à des tests complémentaires. La moitié des participantes devait passer 20 minutes sur Facebook avant de repasser le test sur leur relation à la nourriture, tandis que l’autre moitié devait faire des recherches sur les ocelots (sortes de chats sauvages) pendant le même temps. Une fois encore, les femmes qui avaient été exposées à des images idéalisées d’elles-mêmes et de leurs amis présentaient plus de troubles vis-à-vis du grignotage, du poids et de l’activité physique que les femmes qui avaient vu des images de chats. LES RÉSEAUX SOCIAUX, MIROIRS D’UNE VERSION IDÉALISÉE DE NOTRE VIE Auparavant, nos idéaux de la beauté féminine se trouvaient dans des magazines commeVogue et Elle. Aujourd’hui, on absorbe ces idéaux depuis les réseaux sociaux, ces étals de photos qui reflètent une version plus parfaite de nos vies. Mais comment empêcher les jeunes d’être influencés par la pression de Facebook ? Comment interdire aux jeunes filles de constamment rechercher à poser sous l’angle le plus flatteur ? Le manque de confiance en soi est une blessure que l’on s’inflige à soi-même, peu importe nos modèles de réussite. Les supports changent mais le besoin de contrôler son image demeure. KATY WALDMAN, SLATE WASHINGTON


13 CULTURE

28 MARS - 3 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

AGENDA CULTUREL

CONFÉRENCE

L'âge d'or de la traduction en terre d'Islam

SEYFEDDINE BEN MANSOUR LILLE Sous la direction de Gerhard Endress et Dimitri Gutas, les éditions Brill viennent de publier A Greek and Arabic Lexicon. Materials for a Dictionary of the Mediaeval Translations from Greek into Arabic. Il s’agit de la première compilation systématique, sous forme de dictionnaire raisonné, du vocabulaire scientifique arabe d’origine grecque.

Islam des mondes

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Les sociétés arabes face aux défis du XXIe siècle

Une conférence de Marc Lavergne (GREMMO, CNRS). Le 3 avril à 18h00 Maison de l’Orient et de la Méditerranée 7, rue Raulin 69007 Lyon

Extrait de Kitâb alhashâ’sh wa-l-adwiya, traduction arabe du Peri Hulês Iatrikês du savant grec Dioscoride (manuscrit, 1224).

Les libertés religieuses et leurs limites dans l’Empire ottoman au XIXe siècle

Selim Deringil, professeur d’histoire à Bogaziçi University (Istanbul) et à l’American University (Beyrouth) évoquera les enjeux de la liberté religieuse dans l’Empire ottoman au XIXe siècle, enjeux qui, en ce siècle de réformes, se situent désormais au croisement des questions d’Etat et de citoyenneté, de politiques identitaires et de stratégies de survie.

«Les musulmans commenceront par assimiler le savoir connu avant de passer à l’étape suivante, celle de la recherche scientifique»

A lire

LA DIFFUSION MATÉRIELLE DU SAVOIR Les traducteurs, souvent chrétiens, comme le fameux Hunayn Ibn Ishaq (808-863), puisent tant dans les collections de l’institution, que dans les ressources des bibliothèques en tous genres présentes sur le vaste territoire

& à voir...

Comprendre la moitié de l’humanité, se comprendre soi-même L’auteur est un homme d’affaires prospère, qui gère une cinquantaine d’entreprises entre le Liban, son pays d’origine, la France et le Québec, ses deux patries d’adoption. Il est notamment à la tête d’un cabinet de conseil et de formation, spécialisé en interculturel et en marketing intelligent. Ce petit ouvrage moins érudit que pratique n’en est que plus intéressant. Il y est question, entre autres, du port

du voile, du Blanc et du Noir, des accommodements raisonnables, de l’identité nationale, de l’immigration. En effet, avec le développement de la mondialisation et de la technologie, l’expansion de la mobilisation des humains et la profusion de l’immigration et des mariages mixtes, une nouvelle identité s’affirme chaque jour davantage : l’identité multiple. L’auteur estime qu’elle est le fait aujourd’hui de

la moitié de l’humanité. D’où l’intérêt, sinon l’urgence, d’une bonne analyse, d’une bonne compréhension du phénomène. Non pas d’un simple point de vue sociologique, mais de manière on ne peut plus pragmatique : comprendre pour mieux communiquer et mieux vivre ensemble, comprendre pour mieux se connaître soi-même et améliorer à la fois son savoirêtre et son savoir-faire.

Les identités multiples, de Joseph Aoun, L’Harmattan, 248 pages, 25 €.

DÉBAT

de l’empire, – dont sans doute le fonds, disséminé, de la fameuse bibliothèque d’Alexandrie (fondée 9 siècles plus tôt). Ce à quoi, sans doute, il faut ajouter les manuscrits apportés par les différentes missions envoyées à Constantinople afin d’y acquérir des textes en langue originale. Aux côtés des traducteurs, cœur de l’institution, officiaient également des astronomes, au sein des observatoires de Bagdad et de Damas, tandis que tout un corps de petits métiers du livre s’affairait à diffuser matériellement le savoir : copieurs, relieurs, doreurs, enlumineurs, etc., à une époque où le papier, l’un des fleurons de l’industrie musulmane médiévale, tendait à devenir un véritable média de masse. Très vite, du reste, le secteur privé tend à prendre le pas sur Bayt alHikma, et avant la fin du IXe siècle, les commanditaires privés se multiplient dans les grands centres urbains, et notamment à Bagdad. Les traducteurs, devenus plus nombreux, se transforment en savants indépendants, travaillant pour le compte de mécènes.

La révolution iranienne et sa perception en Occident

«La perception occidentale de la révolution iranienne de 79» par Bernard Hourcade, CNRS (10h30-12h30) ; «La société iranienne face à l’islamisme d’Etat» par Marie Ladier-Fouladi, CNRS (14h00-  16h00) ; «La politique américaine, européenne et française» par ambassadeur de France (16h15-18h00). Le 29 mars iReMMO 5-7, rue Basse des Carmes 75005 Paris

LECTURE POÉTIQUE

et traducteurs – dont Al-Khawarizmi, le père de l’algèbre –, était à l’origine la bibliothèque privée du calife Haroun ar-Rachid (786-809), et portait le nom de Khizânat al-Hikma (Fonds de la Sagesse). Cette bibliothèque califale remonte plus haut dans le temps encore, puisque son fonds a commencé à être constitué à Damas, par le fondateur de la dynastie précédente, celle des Omeyyades, Mou‘awiya (661- 685), et ce, du temps où il était encore simple gouverneur de Syrie. L’institution de Bayt al-Hikma va néanmoins permettre de rationnaliser l’activité de traduction scientifique, jusque-là entreprise de façon diffuse au sein de l’empire. L’organisme public va ainsi en devenir le lieu d’élaboration privilégié.

Le 1er avril à 18h00 EHESS 105, boulevard Raspail 75006 Paris

Innocents de Syrie et d’ailleurs

Chanter la force faible des innocents des guerres de tous temps et de tous lieux. Des poèmes d’Omar Youssef Souleimane, poète syrien en exil, d’AxoDom («Temps mort en Syrie»), aux côtés d’autres textes puisés dans la littérature universelle. Le 28 mars à 19:30 Maison d’Europe et d’Orient 3, passage Hennel 75012 Paris

PROJECTION

LA « MAISON DE LA SAGESSE » FONDÉE EN 828 La plus emblématique, la plus importante, est sans conteste Bayt al-Hikma, littéralement, la «Maison de la Sagesse», fondée par le calife abbasside al-Ma’moun en 828. Ce centre de traduction et de recherches, institution publique au sein de laquelle allaient officier les plus grands savants

Il y a en français près de 400 mots d’origine arabe. Ces emprunts sont parfois très anciens, remontant pour certains au Xe siècle, à l’instar d’alcool (al-kuhûl)... Seyfeddine Ben Mansour (Centre culturel du monde arabe) reviendra sur ce pan d’histoire commune. Librairie Internationale V.O. Le 10 janvier à 19h30 36, rue de Tournai 59000 Lille

LA COMPILATION ET LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE A peine un siècle après sa constitution, l’empire arabo-musulman se lance en effet dans une formidable entreprise de compilation du savoir connu. Soit, également, un siècle à peine après la constitution, autour du texte coranique, d’un corps de sciences religieuses – grammaire, exégèse, science du hadith, jurisprudence, théologie. Du VIIIe au Xe siècle, l’activité de traduction est reine dans les grands centres urbains tels que Damas ou Bagdad. Les musulmans – à la tête d’un empire qui, des Pyrénées à la vallée

de l’Indus, couvre désormais l’ancien monde – développent les sciences profanes : mathématiques, astronomie, médecine, philosophie. La traduction constituera à cet égard une première étape. Successeurs des anciennes civilisations dont ils ont repris le flambeau, ils commenceront en effet par assimiler le savoir connu – grec, perse et indien, notamment – en l’arabisant, avant de passer à l’étape suivante, celle de la recherche scientifique, à l’origine d’un développement authentiquement musulman des sciences et des techniques. Ce mouvement suppose des institutions à même de rendre possible sa mise en œuvre.

Des mots français d’origine arabe

«Chrétiens et musulmans, les voies du dialogue»

La Plateforme de Paris convie à une projection du film documentaire réalisé par le Service national pour les Relations avec l'Islam (SRI) de la Conférence des évêques de France. Le film sera suivi d'un débat. Le 4 avril à 19h30 La Plateforme de Paris 72 rue Victor Hugo 93500 Pantin


OPINION14

28 MARS - 3 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

Seule la Turquie peut démocratiser la Turquie !

EMRE USLU

Twitter : Erdogan est passé à l’acte -

La Turquie est en pleine descente aux Enfers. En fin de semaine dernière, l’un des derniers médias indépendants, Twitter, a été bloqué. Soyons honnête : j’ai honte d’être citoyen de ce pays et de permettre à un homme d’interdire l’accès à Twitter, et de faire pression sur les médias. J’ai honte d’avoir soutenu ce parti jusqu’à ce que je comprenne qu’il n’élaborerait pas de nouvelle constitution, en 2011. J’ai honte qu’il y ait encore des journalistes et des universitaires qui tentent de défendre cette dictature.

Il fut un temps où beaucoup considéraient que le processus de démocratisation turc était lié à celui de l'adhésion à l’Union européenne. Mais, pour le chroniqueur Ihsan Dagi, la Turquie ne doit compter que sur elle-même et sur des dynamiques proprement internes pour parvenir à une véritable démocratisation.

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La Turquie peut-elle quitter la voie autoritaire pour s’engager dans un nouveau processus de démocratisation sans l’aide des acteurs internationaux ? Oui. Elle n’a pas le choix.

IHSAN DAGI

Edité par : Source SARL 2, boulevard Saint Martin 75010 PARIS Directeur de la Publication: HUSEYIN KARAKUS Directeur Général de Zaman France et Directeur des rédactions: EMRE DEMIR Rédacteur en chef adjoint: FOUAD BAHRI Directeur Administratif: FAHRETTIN TEKIN Directeur des ressources humaines: AKIF SAMETOGLU Responsable Commercial: MEHMET SELVI Service Abonnement: CELINE GOKSU Secretaires de Rédaction: FARIDA BELKACEM SELIM BEDER Traduction: CLEMENTINE RAYNAUD Correspondant Presse Alsace: MEHMET DINC Correspondant Presse Ile de France: OSMAN USTA VEDAT BULUT FERHAN KOSEOGLU Infographie: NICOLAS VINCENEUX MUHAMMED SAHIN Redacteurs Web: AYSEGUL ZORLU SUHEDA ASIK Service informatique: HASAN OZCELIK Imprimerie : L IMPRIMERIE 79 Route De Roissy 93290 Tremblay En France Adresse : 2 Boulevard Saint-Martin 75010 PARIS Tel : 01 42 00 19 36 Faks : 01 42 00 19 58 info@zamanfrance.fr www.za­manfrance.fr - www.zamanfransa.com no CPPAP : 1117 I 90032 - ISSN 1869-5795 Tarif abonnement annuel France : 120€

LES DYNAMIQUES INTERNES Il y a peu, on s’attendait naïvement à ce que le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE – qui nécessitait l’adoption de réformes en accord avec les critères de Copenhague – consolide la démocratie turque. Pourtant, l’AKP a récemment prouvé que les réformes inspirées de l’UE étaient superficielles. Il est temps de se rendre compte que la démocratie ne peut être construite que par les dynamiques internes. La Turquie a-t-elle ses propres ressources, instruments et acteurs pour interrompre la création d’un régime autoritaire par l’AKP et initier un nouveau processus de formation d’une démocratie ? Je n’en suis pas certain, mais c’est la seule option. L’AKP N’A PLUS BESOIN DE L’IMPULSION DE L’EUROPE Pour l’AKP, les élections locales et présidentielles sont une question de survie, ce qui justifie le recours à tous les moyens possibles pour atteindre son objectif : remporter les élec-

tions et éliminer les opposants. Dans de telles circonstances, il n’est pas surprenant de voir le gouvernement bloquer l’accès à Twitter. Un gouvernement qui fait face à de telles allégations de corruption ferait tout ce qui est en son pouvoir pour survivre. Erdogan a été clair : «Nous allons éradiquer Twitter. (…) Peu importe ce que dira la communauté internationale». Par «communauté internationale», il veut évidemment parler des démocraties occidentales, les alliées de la Turquie. Comme on pouvait s’y attendre, elles ont exprimé leurs préoccupations, mais n’ont rien fait d’autre. Même si elles voulaient faire davantage pour améliorer l’état de la liberté d’expression et de la démocratie en Turquie, elles n’ont aucun poids pour influencer les événements internes du pays. L’état d’esprit prédominant du gouvernement est idéologiquement anti-occidental. L’AKP n’est pas réceptif aux conseils des gouvernements, institutions et autres acteurs occidentaux. Au contraire, l’AKP considère l’Occident comme étant à l’origine des problèmes en Turquie. Lors de la dernière vague de démocratisation turque, qui a eu lieu après 1999, l'UE a constitué un véritable stimulus externe pour la Turquie, qui ambitionnait d'adhérer à l'Europe. Mais maintenant, l’élite au pouvoir

n’a plus besoin de l’impulsion de l’Europe, utilisée dans le passé par l’AKP pour monopoliser le pouvoir en éliminant ses opposants au sein de l’Etat, de l’armée et de la justice.

UNE TURQUIE CENTRÉE SUR ELLE-MÊME L’actuelle élite au pouvoir se prépare à diriger une Turquie centrée sur elle-même. Peu lui importe d’être isolée du monde ou que cet isolement lui coûte cher. Les deux solutions sont possibles et pourraient même être nécessaires pour justifier un régime autoritaire en Turquie et rassembler les masses

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«Pour l’AKP, les élections locales et présidentielles sont une question de survie» contre les prétendues ingérences étrangères. Le futur de la démocratie en Turquie sera déterminé par les seules dynamiques internes, mais ce n’est pas une mauvaise chose. Savoir si la Turquie sera capable de sortir de la dérive actuelle dépend non pas de ce que dit ou fait le reste du monde, mais de la volonté du peuple turc. Nous saurons enfin s’il existe une dynamique interne de démocratisation en Turquie. i.dagi@todayszaman.com

BEAUCOUP N'Y CROYAIENT PAS Il y a quelques semaines, quand Erdogan a déclaré qu’il songeait à bloquer Twitter, Facebook et d’autres médias sociaux, beaucoup ont cru qu’il n’allait pas réellement passer à l’acte. Je pensais, de mon côté, qu’il allait le faire, mais après les élections. Dans ma chronique du 7 mars dernier, j’ai tenté d’analyser les motivations d’Erdogan à propos de cette fermeture des réseaux sociaux. J’avais souligné deux raisons : «Tout d’abord, il doit changer l’orientation du débat, car presque tout le pays parle de la corruption au sein de son gouvernement. Il préférerait que le peuple se demande s’il serait capable ou non de fermer les réseaux sociaux. La deuxième raison, c’est qu’il avait identifié les ingrédients d’une insurrection sociale qui venait. Les Turcs, et particulièrement ceux qui s’opposent à Erdogan, sont fatigués des provocations du Premier ministre et de ses soutiens. Il serait facile pour eux de descendre dans la rue pour protester et de former un groupe révolutionnaire s’ils perdent espoir après les élections». L'INQUIÉTUDE D'ERDOGAN Mais il semble qu’Erdogan ait une bien meilleure raison d’interdire l’accès aux réseaux sociaux avant ces élections cruciales. Beaucoup disent qu’il a peur que quelqu’un révèle ses pires secrets sur Twitter. Il existe différentes théories quant au contenu de ces informations confidentielles, mais presque tout le monde est certain que si le Premier ministre a bloqué l’accès à Twitter, c’est qu’il s’attend à ce qu’une information déterminante et qui pourrait se révéler fâcheuse pour lui, soit dévoilée. e.uslu@todayszaman.com


15 SPORT

28 MARS - 3 AVRIL 2014 ZAMAN FRANCE

Les 5 «cracks» du championnat de football turc Alors que le championnat turc est dominé cette année par Fenerbahce, la Superlig a vu certains joueurs gagner une nouvelle dimension. D’après le site Internet Transfermarkt, ces joueurs ont vu leur prix s’envoler. MAHMUT SARP PARIS Semih Kaya est sûrement le meilleur dé-

1 fenseur turc aujourd’hui. Le jeune joueur

de 23 ans, a intégré le centre de formation de Galatasaray alors qu’il avait seulement 15 ans. Nombreux sont ceux qui le comparent à Bülent Korkmaz, sans doute le plus grand défenseur turc de l’histoire avec Fatih Terim. La comparaison est d’autant plus recevable que ces

joueurs sont tous issus du centre de formation du même club. Semih Kaya qui a encore de longues années devant lui, est un des rares joueurs joueurs turcs qui puisse jouer dans les plus grands clubs européens. Cette saison n’est pas la meilleure qu’il ait disputée, mais nul doute qu’un avenir brillant l’attend. Son prix est évalué à 8,5 millions d’euros.

Onur Kivrak ne cesse s’améliorer. Si les performances de son club Trabzonspor sont loin d’être splendides en championnat, lui reste constamment au top. Ce n’est pas pour rien que le sélectionneur de l’équipe nationale Fatih Terim lui confie les buts de la Turquie depuis quelques matchs maintenant. Volkan Demirel et Tolga Zengin ne sont pas près de lui prendre sa place vu les miracles que produit Onur Kivrak dans les cages cette saison. Le natif d’Alasehir a connu de nombreuses réussites avec la sélection nationale des catégories d’âges inférieures. En 2005, il remporte le Championnat d’Europe des U-17 en Italie, la même année, au Pérou, il est le gardien de l’équipe turque qui finit quatrième de la Coupe du Monde U-17. Son prix est estimé à 11 millions d’euros.

1 de

Olcan Adin est avec

1 Onur Kivrak, le joueur

qui porte Trabzonspor cette année. La quatrième place du championnat occupée par le club n'aurait certainement pas été atteinte si ces deux joueurs n'étaient pas là. Olcan a souvent été décisif et a su débloquer des situations assez critiques pour son club. Le joueur de 28 ans, qui a déjà évolué sous les couleurs de Fenerbahce a été récompensé par Fatih Terim et est souvent convoqué par ce dernier en équipe nationale. Son prix est aujourd'hui estimé à 9 millions d'euros.

Aatif

Chahechouhe de très loin, mais aujourd'hui il est au top. Avec Burak Yilmaz et Bogdan Stancu, il est le meilleur buteur de la Superlig (13 buts). Lui qui est devenu joueur professionnel assez tard, à 23 ans, est aujourd'hui dans le viseur de grandes équipes comme l'Olympique de Marseille par exemple. Son histoire est assez incroyable et son parcours très atypique. Il y a à peine 5 ans, il jouait à Noisy-leSec en championnat amateur, et, avant de rejoindre Sivasspor, il évoluait en championnat de ... Bulgarie. Aujourd'hui, le prix du franco-marocain est estimé à 5 millions d'euros.

1 vient

Caner Erkin est tout simplement le

1 joueur le plus en forme de la saison

en Turquie, que ce soit en championnat ou en équipe nationale, il a très souvent été décisif. Cet arrière gauche ultra-offensif, fait très mal aux défenses adverses. Il a fortement contribué à la bonne saison qu'a disputée Fenerbahce cette année, avec certainement un titre de champion à la clé. Le footballeur de 25 ans a une parti-

cularité, c'est qu'il est l'un des rares joueurs a avoir été transféré de Galatasaray vers le club ennemi, Fenerbahce. Il a aussi eu la chance d'avoir eu comme entraîneur Frank Rijkaard, Zico et Fatih Terim. Tout comme Semih Kaya, il a les capacités pour pouvoir évoluer dans les plus grands effectifs européens. Ces clubs-là devront dépenser au moins 9 millions d'euros pour s'attacher les services du joueur.


L’acteur Paul Walker, mort... mais présent dans Fast and Furious 7 MAHMUT SARP PARIS Sa mort le 30 novembre dernier avait bouleversé tous ses fans et les acteurs de la saga Fast and Furious. Les images de Dwayne Johnson pleurant la mort de son ami restent gravées dans les mémoires. Cette mort survenue à la suite d’un accident

-

La sortie du nouvel opus de Fast and Furious a été repoussée à avril 2015.

de voiture aux Etats-Unis le 30 novembre dernier, avait poussé les producteurs a retarder la sortie du film de juillet 2014 à avril 2015. Paul Walker, avant sa mort, avait déjà tourné la moitié du film et cela avait posé la question de la présence ou non de l’acteur dans le film. Le tournage avait alors été

suspendu avant de reprendre le 11 mars dernier.

LA VOIX ET LE VISAGE DE L'ACTEUR Les producteurs avaient déjà songé à le remplacer par son frère Cody Walker mais la nouvelle est tombée cette semaine, Cody ne participera pas au tournage. Les images tournées avec Paul Walker vont être complétées par quatre acteurs ressemblant physiquement à ce dernier, selon le New York Daily News. Ces acteurs seront utilisés comme base pour les mouvements de Paul Walker et la technologie devra permettre de reconstituer la voix et le visage de l’acteur défunt. Le tournage du film qui a toujours lieu à Abu Dhabi, devra prendre fin en avril. Les réalisateurs ont donc estimé que Paul Walker, la vedette de la saga devait faire partie de ce septième opus. L’acteur est mort dans un accident en Californie, à bord d’une Porsche Carrera GT, conduite par son ami Roger Rodas qui roulait à 160 km/h avant de percuter un poteau électrique et de prendre feu.

Beckham dévoile son projet de stade de football à Miami -

Le groupe dirigé par David Beckham a présenté lundi le projet de stade de 25 000 places qui pourrait être construit à Miami et abriter l’équipe de Major League que l’ancien capitaine de l’équipe d’Angleterre de football a décidé de créer. Le projet, qui s’étendrait sur 14,5 hectares à Port Miami sur le front de mer pour un coût de 200 millions de dollars, rencontre des résistances au niveau local. Le site de construction se trouve sur une île qui abrite un port de plaisance considéré comme le plus fréquenté du monde. La société Royal Caribbean Cruises, dont le siège se trouve dans le port, a exprimé ses doutes concernant la faisabilité du projet sportif, notamment en raison de la fréquentation du lieu. Outre un stade à ciel ouvert, le projet prévoit la construction de magasins, d’hôtels et de bureaux reliés au continent par un pont à l’usage des piétons. Beckham, qui s’est associé à Simon Fuller, le créateur de l’émission American Idol, et au milliardaire bolivien Marcelo Claure, doit négocier le projet avec les autorités du comté de Miami-Dade. Il n’est pas prévu de financement pour ce projet. «Les fonds sont disponibles», a dit Jon Alschuler, conseiller immobilier du groupe de Beckham. «L’objectif est d’avoir une équipe en mesure de jouer en 2016», a-t-il ajouté.


Fr n°308  

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