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L’ICI et le renouveau de Paris

Multi’tude met le cap sur le Téléthon

Belounis va porter plainte contre ses clubs au Qatar

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SPORT15 ZAHIR BELOUNIS

6 - 12 DECEMBRE 2013 N° 292 Prix : 2,5 €

WWW.ZAMANFRANCE.FR

TRAVAIL DU DIMANCHE :

Les mouvements religieux surveillés par l’AKP

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En Turquie, les révélations du quotidien turc Taraf sur le réseau d’espionnage mis en place par l’AKP pour surveiller le Hizmet ont créé le trouble et la stupéfaction. Parmi les publics surveillés, des groupes religieux ou des personnes soupçonnées d’y être liées. Ces nouvelles révélations viennent démentir les affirmations du gouvernement selon lesquelles la décision du MGK de 2004 était «nulle et non avenue». RTURQUIE 06

ECONOMIE

Ce qu’en pensent les Turcs de France

Travailler plus pour gagner plus ! Le gouvernement confronté à une crise socio-économique inédite prévoit d’augmenter le nombre de dimanche travaillés. Pour les petits commerçants, dont beaucoup sont déjà actifs ce jour-là, ce projet va dans le bon sens. Mais qu’en pensent les Turcs ? Zaman France leur donne la parole. FOUAD BAHRI PARIS

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Un projet de loi pour assouplir le travail du dimanche ! C’est ce que prévoit de faire le gouvernement en 2014, confronté à une crise économique et sociale grandissante face à laquelle les solutions de reprises sont minces. Une annonce qui pourrait, en tous les cas, soulager de nombreux chefs d’entreprises et

patrons de PME. Zaman France est parti à la rencontre des entrepreneurs turcs pour savoir ce qu’ils pensaient de cette réforme. Dans le quartier parisien de Strasbourg Saint-Denis, de nombreux commerçants turcs ouvrent le dimanche. Abidin du restaurant Sancak est l’un deux. «Il y a beaucoup de clients le dimanche. C’est la journée la plus importante. RFRANCE 03

La Turquie, une nouvelle puissance énergétique ?

L’autoritarisme turc, un héritage national

Un nouveau projet vise à acheminer du gaz naturel vers l’Europe en provenance de la mer Caspienne et du Moyen-Orient dans les 4 prochaines années. Cet aménagement fera de la Turquie une pièce maîtresse dans le dispositif énergétique de la région. -11

Pour le chroniqueur Ihsan Dagi, la tentation de l’autoritarisme est une constante dans l’exercice du pouvoir en Turquie. Tout groupe qui revendique son autonomie constitue un problème pour l’Etat. -OPINION 14

INTERNATIONAL

Les séries turques sèment le trouble au Pakistan Au Pakistan, les séries turques commencent à faire des vagues. Populaires et moins coûteuses que les séries pakistanaises, les séries turques défraient la chronique à cause des tenues portées par les actrices, jugées irrévérencieuses vis à vis des moeurs pakistanaises et du traditionnel salwar kameez qui laisse rarement voir la peau nue. -09

Zaman Okur Hattý: 01 42 00 19 36

Le henné n’a pas pris une ride

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Cette semaine, Zaman France est allé à la redécouverte des vertus premières du henné, un produit ancestral, mais toujours populaire, utilisé comme parure, symbole de piété ou encore remède médicinal. 1FARIDA BELKACEM, FAMILLE 12

Education : la France en recul Le système éducatif français s’est nettement dégradé entre 2003 et 2012, selon une enquête de l’OCDE, qui souligne la forte augmentation du nombre d’élèves en échec scolaire, essentiellement dans les classes sociales défavorisées. -SOCIETE 05 EDITO

Le pays de Descartes en plein doute -02


02 FRANCE

Les Français en proie à la sinistrose

EDITO LA RÉDACTION

Une étude du CSA vient confirmer une impression très ancrée dans l’air du temps : les Français n’ont plus le moral. D’après l’institut de sondage, 66 % d’entre eux considèrent que la crise actuelle est «sans précédent», 73 % estiment la France «en déclin» et 36 % se sentent «pauvres».

Le pays de Descartes en plein doute Rien ne va plus en France. La crise sociale est à son apogée, nous dit-on. Les délocalisations s’accélèrent, les mouvements de grèves et de contestation s’amplifient. En Bretagne, les Bonnets rouges ont sonné depuis plusieurs semaines la révolte et mis un visage et une couleur à la colère de toute une Nation en marche. Dans le pays de Descartes, chaque mauvaise nouvelle en annonce une autre : la France serait en déclin, en recul, en chute. Le dernier classement PISA sur le niveau d’étude et plus globalement de l’éducation dans les pays de l’OCDE, place Paris à la 25e position sur 65 pays. Ces résultats ont soulevé un tollé et le ministre de l’Education, Vincent Peillon, les a qualifié d’ «inacceptables». Rien ne semble trouver grâce aux yeux de l’opinion publique et Mélenchon va jusqu’à parler d’une France plongée en... 1788. Ce vent de sinistrose qui pourrait se transformer, à cette vitesse, en cyclone national est pourtant nettement exagéré. Tous les compteurs ne sont pas au rouge. La France ne s’est pas transformé en pays en voie de développement. Elle reste la 5e puissance mondiale ! Beaucoup lui envient son système de santé et son modèle socio-économique qui a su réaliser un compromis entre les exigences du capitalisme moderne et la nécessaire défense de droits sociaux. Un système qui a nettement contribué à amortir la casse au moment où l’ensemble des pays du Nord ont été ébranlés par la vague de crises financières et économiques consécutives entre autres à la crise américaine des subprimes. Qu’on pense au sort subi par l’Espagne ou la Grèce. Certes, la France d’aujourd’hui a un peu perdu de ses couleurs. A l’image de son équipe nationale de football, elle n’a plus l’aura que son économie, sa diplomatie et sa production culturelle lui avaient conférée il y a encore quelques décennies. Mais tout comme ses footballeurs, elle sait encore marquer sa différence quand il le faut et impulser l’énergie et l’action qui lui permettent de se transcender et d’inspirer encore tout le respect qu’elle mérite. C’est cette France-là qu’il faut célébrer aujourd’hui, au moment où les déclinistes de tout poil semblent bien décidés à l’enterrer vivante. info@zamanfrance.fr

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73 % des Français La crise et son cortège d’effets éconoestiment que leur miques, sociaux et politiques négatifs ont pays est fortement fait une autre victime : l’opinion publique franen déclin, d’après les résultats d’une çaise. C’est une étude de l’institut de sondage étude du CSA. CSA qui le montre : une série de questions sur la vie politique, les partis, les syndicats, la situation de la France et leur propre trajectoire personnelle met en valeur le pessimisme et la sinistrose ambiante des Français. Ainsi, deux tiers des Français (66 %) estiment que la Francetraverse une crise sans précédent qui nécessite des réformes en profondeur et 73 % jugent le pays «en déclin», selon une étude CSA publiée mardi. Trente-six pour cent des personnes interrogées ont le sentiment de devenir pauvres, contre 58 % qui ne s’estiment pas dans cette situation. 6 % pour cent se disent pauvres. Pour 88% des Français (contre 12 %), les gouvernements, qu’ils soient de droite ou de gauche, ne se préoccupent pas de «gens comme eux». Ils sont 75 % à avoir une image négative des partis politiques, 52 % des syndicats, 40% du Parlement, 49 % des médias, et 43 % de la justice.

LA FRANCE AU BORD DU GOUFFRE ? La moitié des Français (49 %) jugent probable que la France connaisse une explosion sociale dans les mois qui viennent et plus d’un quart (27 %) estiment qu’elle est même certaine, selon un sondage Ifop pour Ouest France Dimanche publié samedi. L’institut de sondage souligne que la proportion de personnes interrogées (76 %) qui jugent certaine ou probable cette éventualité n’a jamais été aussi importante. Elle se compare avec des taux de 64 % en janvier 1998, en plein mouvement des chômeurs, de

66 % en avril 2009 au plus fort de la crise et de 70 % en avril dernier. Par rapport à cette dernière enquête, ceux qui pensent qu’une explosion sociale est certaine ont gagné huit points. Politiquement parlant, le risque d’explosion sociale est nettement plus ressenti non seulement aux deux extrémités du spectre politique – 84 % de réponses positives à l’extrême gauche, 78 % au Front de Gauche et 89 % parmi les proches du Front national – mais aussi dans l’électorat de droite (85 % à l’UMP) et même chez les centristes de l’UDI (89 %). PHOTO DE LA SEMAINE

En Thaïlande, le gouvernement a ordonné mardi aux forces de l’ordre de ne plus bloquer les manifestants. Ceuxci s’opposent au projet d’amnistie visant l’ex-chef de gouvernement Thaksin Shinawatra et réclament la démission de la Première ministre Yingluck Shinawatra, sa soeur. Les manifestants ont alors donné des fleurs aux policiers.

...ET UNE MAUVAISE

UNE BONNE...

Fatiha, malvoyante souffrant de dégénérescence rétinienne, teste depuis quelques mois des lunettes à réalité augmentée. Celles-ci, fabriquées par l’entreprise française Essilor, permettent aux malvoyants de recouvrer la vue. Selon BFM TV, une petite caméra installée sur

ces lunettes projette l’image sur la rétine des malvoyants et une télécommande leur permet de zoomer. A 47 ans, cette habitante de Nancy peut désormais voir le visage de ses enfants, «avec leurs regards quand ils me souriaient», a-t-elle raconté à RTL lundi.

22.000 éléphants africains abattus en 2012 Si le braconnage ne ralentit ou ne cesse pas, ce sont jusqu’à 20% des éléphants africains qui pourraient être tués dans la prochaine décennie. Ces données ont été rendues publiques lundi à l’occasion du Sommet de l’éléphant africain organisé au Botswana par le gouvernement botswanais et l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN).

Environ 22 000 éléphants ont été tués à travers l’Afrique en 2012, c’est un peu moins que les 25 000 tués un an plus tôt, selon un rapport de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). D’après le rapport, ces éléphants ont été tués en 42 endroits différents dans 27 pays africains.

NOUVELLE

Des lunettes pour les malvoyants


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«La torture devient légitime quand l’urgence s’impose» Propos du général Aussaresses, décédé le 3 décembre. Cet homme était devenu le symbole de la torture et des crimes coloniaux en Algérie.

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6 - 12 DECEMBRE 2013 ZAMAN FRANCE

Travailler le dimanche : ce qu’en pensent les Turcs de France Travailler plus pour gagner plus ! Le slogan de Nicolas Sarkozy résonne curieusement dans les nouveaux projets de loi du gouvernement confronté à une crise socio-économique d’une ampleur inédite et qui prévoit d’augmenter le nombre de dimanche travaillés. Pour les petits commerçants, dont beaucoup sont déjà actifs ce jour-là, ce projet va dans le bon sens. Mais qu’en pensent les Turcs ? Zaman France leur donne la parole.

FOUAD BAHRI PARIS Un projet de loi pour assouplir le travail du dimanche ! C’est ce que prévoit de faire le gouvernement en 2014, confronté à une crise économique et sociale grandissante face à laquelle les solutions de reprises sont minces. Une annonce qui pourrait, en tous les cas, soulager de nombreux chefs d’entreprises et patrons de PME. Zaman France est parti à la rencontre des entrepreneurs turcs pour savoir ce qu’ils pensaient de cette réforme.

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TRAVAILLER LE DIMANCHE : UNE QUESTION DE SURVIE ! Dans le quartier parisien de Strasbourg Saint-Denis, de nombreux commerçants turcs ouvrent le dimanche. Abidin du restaurant Sancak est l’un deux. «Il y a beaucoup de clients le dimanche. C’est la journée la plus importante. Nous sommes six à travailler ce jour là et nous recevons entre 100 et 200 personnes». Abidin justifie cette ouverture par la forte demande de ses clients. «Beaucoup de gens sortent le dimanche car ils ne travaillent pas. Nous accueillons souvent des familles. Il faut bien que des restaurants et des commerces soient ouverts». A Bobigny, Tahsin Beyaz, gérant d’Asya Food, un magasin d’alimentation générale, est sur la même longueur d’onde. Mais la logique de survie financière prédomine pour lui. «Nous sommes ouverts le dimanche. Même si nous ne sommes que deux personnes pour acueillir le public, c’est important de travailler ce jour. Nous avons beaucoup de charges, des impôts, des factures. C’est une nécessité pour nous». Ugur, du restaurant parisien Sultan Çigköfte, est installé depuis peu. Il n’est pas encore ouvert le dimanche mais espère l’être dès qu’il en aura les moyens. «Ce n’est pas encore possible actuellement. Nous manquons de personnel et ne sommes pas encore bien installés». POUR LES SALARIÉS, PAS VRAIMENT UNE BONNE NOUVELLE Restaurant typiquement familial, le Sultan Çigköfte doit prévoir un personnel conséquent pour gérer une activité dominicale. «Beaucoup de personnes viennent déguster notre spécialité maison, le çigköfte. Ouvrir le dimanche est une obligation pour nous. Nous accueillons des familles qui viennent parfois de loin et des jeunes qui n’ont pas le temps de venir la semaine.» Au Supermarché d’Istanbul, en Seine-Saint-Denis, le son de cloche est identique... à quelques réserves près. Le dimanche est une jour-

née chargée, et les employés doivent souvent mettre les bouchées doubles pour leur entreprise. «C’est une journée importante, celle où l’on travaille le mieux. Mais ce n’est pas forcément une très bonne nouvelle (extension des dimanches travaillés décidée par le gouvernement, ndlr) car les employeurs n’embauchent pas plus de monde. Nous sommes quatre employés la semaine et seulement cinq le week-end». Audelà des apports économiques pour les petites entreprises, le débat sur le travail du dimanche relève aussi souvent de logiques propres aux activités des entreprises et en lien avec les schémas de consommation de leur clientèle.

«C’EST UN JOUR OÙ ON SE CONSACRE À LA FAMILLE» Ainsi, si les activités en lien avec la restauration et la consommation sont naturellement adaptées à une ouverture dominicale, d’autres, comme la bijouterie, le sont moins. C’est ce que nous confie Metin Tahtaci de la bijouterie Altinbas, située à proximité du boulevard SaintDenis, dans le dixième arrondissement de Paris. «Au départ, nous avons ouvert le dimanche mais ça n’a pas marché car nous n’avions pas beaucoup de clients.

Ayrault promet d’assouplir la loi sur le travail dominical en 2014

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Jean-Marc Ayrault a promis lundi d’assouplir dès l’an prochain la loi encadrant le travail du dimanche, tout en assurant qu’il resterait un jour «pas comme les autres». Le Premier ministre a salué les pistes du rapport que lui a remis Jean-Paul Bailly, qui prône un élargissement des possibilités d’ouverture dominicale, sans les reprendre explicitement à son compte. L’ancien président de La Poste propose de porter de cinq à douze par an le nombre d’ouvertures possibles des commerces le dimanche et de modifier les modalités de fixation des zones où l’ouverture est autorisée toute l’année. «Le dimanche n’est pas un jour comme les autres et nous ne souhaitons surtout pas qu’il le devienne», a déclaré JeanMarc Ayrault lors d’une conférence de presse, promettant «qu’il n’y aurait pas de remise en cause de la règle du repos dominical».

Le quartier de Strasbourg SaintDenis, à Paris, réunit plusieurs commerçants turcs.

La plupart d’entre eux viennent de la banlieue parisienne et pas de Paris même. Mon frère vient d’ouvrir une boutique à Villeneuve Saint-Georges et lui aussi va essayer de rester ouvert le dimanche», explique Metin. L’un de ses concurrents, Kenza Gold, situé dans le même quartier commerçant et géré par Kadir Osmani, partage ce point de vue. Peu de clients, mais pas seulement. Le besoin aussi de faire un break, une pause. Et de laisser la vie et les plaisirs personnels reprendre leurs droits. «C’est un jour où on se consacre à la famille» nous avoue ainsi Mesut Çaliskan, responsable de Belle déco, une petite boite spécialisée dans l’import-export.

La plupart des commerçants turcs qui ont une activité liée à la restauration ou à l’alimentation, ouvrent le dimanche.


04 SOCIETE

6 - 12 DECEMBRE 2013 ZAMAN FRANCE

Institut des cultures d’islam : symbole d’un renouveau de Paris

MARIA MAGASSA-KONATÉ PARIS Amateurs d’arts et fidèles musulmans étaient rassemblés 56 rue Stephenson, dans le 18e arrondissement de Paris, jeudi 28 novembre pour l’inauguration officielle du bâtiment ICI Goutte d’Or, un des deux espaces de l’Institut des cultures d’islam (ICI). Bertrand Delanoë, le maire de Paris, et Daniel Vaillant, le maire du 18e arrondissement, qui ont œuvré à la création de l’ICI, accompagnés de plusieurs cadres parisiens, dont Anne Hidalgo, la première adjointe de M. Delanoë et candidate à la mairie de Paris en 2014 et Hamou Bouakkaz,

PHOTOS : MARC VERHILLE / MAIRIE DE PARIS.

En plein cœur du 18e arrondissement à Paris, le premier bâtiment de l’Institut des cultures d’islam (ICI) a été inauguré jeudi 28 novembre. La foule s’est pressée pour voir le centre d’art flambant neuf baptisé ICI Goutte-d’Or qui compte en son sein un tout nouveau lieu de culte musulman. Retour sur l’inauguration d’un espace à la fois culturel et cultuel qui n’a pas fini son extension.

Le 28 novembre, le nouveau bâtiment de l’Institut des Cultures d’Islam a été inauguré dans le 18e arrondissement.

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«Au départ, personne ne croyait qu’un tel projet soit possible»

adjoint chargé de la Démocratie locale et de la Vie associative, étaient présents aux côtés de Jamel Oubechou, le président de l’ICI et de Dalil Boubakeur, le recteur de la Mosquée de Paris (GMP) qui a acquis, par le biais de la Société des Habous et des Lieux saints de l’islam, la salle de prière de 297 m² de l’ICI Goutte-d’Or. Tous ont salué l’aboutissement d’un projet novateur, qui tout en faisant la part belle aux cultures d’islam permet d’offrir un nouveau lieu de culte aux fidèles parisiens dans le quartier du même nom.

UNE FIERTÉ POUR BERTRAND DELANOË ET DANIEL VAILLANT Premier à s’exprimer lors de l’inauguration, Jamel Oubechou a tenu à saluer la «vraie implication» de la municipalité dans ce projet, qui a «pour double objectif de permettre à tous et à toutes d’y trouver dans deux bâtiments une offre culturelle inédite et de permettre aux croyants et aux croyantes d’y trouver des lieux de culte dignes. Il s’agissait pour le maire de Paris et le maire du 18e arrondissement que je suis de valoriser les cultures d’islam dans un quartier qui est emblématique de l’immigration et de refuser l’indignité de l’islam des caves et des prières de rue», a expliqué Daniel Vaillant. «Je suis fier d’appartenir à cette équipe parisienne qui a participé à un ICI dans le secteur de la Goutte-d’Or, au cœur d’un quartier emblématique d’une présence musulmane historique. Ainsi, la ville de Paris apporte une solution concrète, digne et

respectueuse du droit de pratiquer un culte et donc respectueuse du principe républicain de laïcité et qui met en valeur comme il se doit toutes les cultures musulmanes», a estimé le maire du 18e. Bertrand Delanoë a exprimé la même fierté dans son discours. «C’est un rêve que cette ville de Paris aime toute son histoire, aime tous ses enfants, veuille que chacune et chacun soit respecté et même mis en valeur», a lancé le maire de Paris. «Le principal enjeu est de servir, protéger et donner à des quartiers abandonnés le droit à la dignité, qui passe par le logement, les équipements, qui passe par la beauté (…) C’est dans ce cadre-là que naît l’ICI», a-t-il expliqué.

LA LAÏCITÉ, «RESPECT DE LA CONVICTION DE CHACUN» Les deux élus ont tenu à remettre les choses au clair, en répondant aux critiques de ceux qui voient dans l’ICI une entorse à la laïcité. Dans les deux bâtiments de l’ICI, chacun offrira des projets culturels sous la houlette d’«une association régie par la loi 1901 et des activités cultuelles gérées par une association cultuelle de loi 1905», a ainsi répété M. Vaillant. Au départ, personne ne croyait qu’un tel projet soit possible «sans mettre un euro de la collectivité», rappelle Bertrand Delanoë. Mais la vente de la salle de prière à la GMP a prouvé le contraire. «La loi de 1905 est bonne. On peut financer le culturel mais le cultuel doit être financé sur fonds privés. Je ne leur ai pas fait de cadeau (à la GMP, ndlr). Ce lieu de culte, il est aux croyants musulmans», a déclaré le maire de Paris. Concernant le deuxième futur bâtiment de l’ICI situé rue Polonceau, qui n’a toujours pas trouvé d’acquéreur pour sa partie cultuelle, il n’est pas du tout inquiet. «Je ne serais même pas étonné qu’il y ait plusieurs associations qui soient intéressées», a-t-il fait savoir sans plus de précisions. «Qu’est-ce que la laïcité ? C’est le respect de l’identité de chacun, c’est le respect de la

conviction de chacun. La laïcité, ce n’est pas l’indifférence, c’est le rassemblement dans la communauté républicaine», a ajouté Bertrand Delanoë.

6.000 personnes prient chaque vendredi dans une ancienne caserne de pompiers mise en location par les pouvoirs publics en 2011 pour mettre fin aux prières de rue.

DES FIDÈLES CONFRONTÉS AU MANQUE DE MOSQUÉES Tout en étant fidèle aux préceptes de la laïcité, le projet de l’ICI permet de faire face à l’insuffisance de mosquées dans la capitale, notamment dans le 18e arrondissement où les fidèles étaient amenés à prier dans la rue. Ils disposent à présent d’une nouvelle salle de prière d’une surface de 297 m² qui peut accueillir jusqu’à 400 fidèles. La GMP a acquis ses lieux, situés au premier étage du bâtiment, pour 2,2 millions d’euros. Lors de forte affluence comme lors des fêtes de l’Aïd, des espaces supplémentaires dans la partie culturelle pourront être loués par la GMP. «C’est un grand honneur d’être associé à cette magnifique réalisation parisienne», a réagi son président Dalil Boubakeur, qualifiant l’inauguration de l’ICI Goutte-d’Or de « journée historique et marquante de la vie parisienne», à laquelle ont aussi assisté l’ambassadeur et le consul d’Algérie mais aussi Kamel Kabtane, le recteur de la Grande Mosquée de Lyon. Bertrand Delanoë est un «grand bienfaiteur de l’islam» au vu de son travail mené dans la capitale pour améliorer le culte des musulmans, a jugé Dalil Boubakeur. Avec l’ouverture de ce nouveau lieu de culte, on reste toutefois loin des besoins de la communauté musulmane du 18e arrondissement. Ainsi, près de

UNE SALLE DE PRIÈRE DE PLUS DE 400 M² À L’ICI BARBÈS La dimension artistique de l’ICI a été mise en valeur par le maire de Paris lors de son inauguration. «Paris au XXIe siècle doit aimer toutes les cultures qui font la civilisation humaine», a-t-il martelé. Avec l’ICI, qui n’est «pas l’Institut du monde arabe (IMA) » car «l’islam n’est pas seulement présent dans les pays arabes», la diversité des arts sera au rendez-vous. De plus, le centre « prendra son essor, se développera dans le dialogue avec le département d’islam du Louvre mais aussi avec beaucoup d’autres lieux : chrétiens, juifs, athées, agnostiques», a annoncé Bertrand Delanoë. «L’ICI, ce n’est pas pour accueillir les musulmans, c’est pour accueillir tout le monde, c’est pour la rencontre, le dialogue entre les cultures», a-t-il insisté, ajoutant que «ce lieu honore Paris». Les regards se tournent à présent vers la rue Polonceau, où le chantier de l’ICI Barbès devrait démarrer tout prochainement. L’importante communauté musulmane du quartier doit encore trouver des financements pour acquérir la salle de prière d’une surface de 421 m² qui y sera aménagée. En attendant l’inauguration de ce lieu prévue pour 2015, le centre de préfiguration de l’ICI, créé en 2006, reste ouvert rue Léon. En partenariat avec SaphirNews


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En France, le fossé se creuse entre «très bons» et «très mauvais» élèves Le système éducatif français s’est nettement dégradé entre 2003 et 2012, selon une enquête de l’OCDE, qui souligne la forte augmentation du nombre d’élèves en échec scolaire, essentiellement dans les classes sociales défavorisées.

Multi’tude met le cap sur le Téléthon

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Dans la nouvelle édition, parue mardi, du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa), qui évalue les compétences des jeunes de 15 ans dans les domaines de la lecture, des mathématiques et des sciences, la France est à la 25e place des 65 pays ou économies participants (en 2009, elle était classée 22e sur 75 pays). Des résultats « inacceptables » selon Vincent Peillon, le ministre de l’Education, qui entend «s’attaquer aux injustices qui déchirent notre système social». Les Asiatiques se distinguent mondialement avec dans le trio de tête Shanghaï (613 points en mathématiques), Singapour (573) et Hong Kong (580), suivis de la Corée du Sud, de Macao et du Japon. Les premiers pays européens du classement sont le Liechtenstein (8e), la Suisse (9e) et les Pays-Bas (10e).

LE DÉTERMINISME SOCIAL, MAL FRANÇAIS L’OCDE souligne le creusement en France du fossé entre «très bons» et «très mauvais» élèves. Le «mal français», qui empire selon l’OCDE, réside dans la corrélation entre l’origine sociale des élèves et leurs résultats à l’école, «bien plus marquée que dans la plupart des autres pays de l’OCDE». Le verdict de l’étude est alarmant : «En France, le sys-

FOUAD BAHRI PARIS Un tour de péniche pour la bonne cause ! Dimanche 1er décembre, les bénévoles de l’association Multi’tude en partenariat avec le réseau Proactif, organisaient une ballade en bateau sur la Seine pour financer le Téléthon. Pour Mehmet Talas, président de Multi’tude depuis 2012, cette initiative qui vient soutenir l’un temps fort de la solidarité en France est en accord profond avec la philosophie de l’association. «Multi’tude est une structure pluriécoles d’accompagnement des étudiants durant leur cursus, de la terminale jusqu’au doctorat. Des actions sont menées en faveur de leur développement culturel et social. Beaucoup de nos étudiants sont en médecine, en biologie, en physique. Financer la recherche contre la maladie nous a donc semblé très important» explique-t-il à Zaman France, qui était du voyage. Le cadre associatif insiste également sur la dimension inclusive de l’action. «Il s’agit de lutter contre la maladie ensemble», affirme Mehmet Talas en référence au week-end du 6 et 7 décembre consacré à la lutte contre les maladies génétiques principalement neuro-musculaires. 120 personnes ont fait le déplacement. Outre la beauté de la promenade fluviale, un copieux brunch a été proposé aux participants qui ont tous contribué, à hauteur de 20 euros, au financement de la recherche appuyé par le Téléthon. Prochaine action de Multi’tude : la semaine de révision, du 22 au 27 décembre, dans un gîte et un château près de Compiègne, «pour éloigner les étudiants du stress de Paris, et pouvoir en même temps se détendre et travailler», ajoute M. Talas.

Vincent Peillon a qualifié les résultats français d’«inacceptables».

tème d’éducation est plus inégalitaire qu’il ne l’était neuf ans auparavant. En d’autres termes, lorsqu’on appartient à un milieu défavorisé, on a aujourd’hui moins de chance de réussir en France qu’en 2003». L’Allemagne, la Turquie et le Mexique, par exemple, ont amélioré leur score moyen en mathématiques

tout en réduisant l’écart entre élèves favorisés et défavorisés. En France, les élèves issus de l’immigration sont au moins deux fois plus susceptibles d’être en échec scolaire. Le nombre de redoublants a diminué depuis 2003 mais reste élevé à 28%, alors que la moyenne des pays de l’OCDE est de 12%.

Pour s’inscrire, Multitude75@gmail.com ou sur la page Facebook Asso Multi’ tude (coût de la semaine : 100 euros).


06 TURQUIE

6 - 12 DECEMBRE 2013 ZAMAN FRANCE

Les mouvements religieux surveillés par l’AKP De nombreux établissements scolaires liés d’une manière ou d’une autre au mouvement Hizmet ont été surveillés.

En Turquie, les révélations du quotidien turc Taraf sur le réseau d’espionnage mis en place par l’AKP pour surveiller le Hizmet ont créé le trouble et la stupéfaction. Parmi les publics surveillés, des groupes religieux ou des personnes soupçonnées d’y être liées. Ces nouvelles révélations viennent démentir les affirmations du gouvernement selon lesquelles la décision du MGK de 2004 était «nulle et non avenue».

REPÈRES : Le MGK (Conseil turc de sécurité nationale) est une institution turque créée à la suite du coup d’Etat militaire de 1960 pour surveiller et contrôler la société turque. Considéré comme un gouvernement «de l’ombre» au moment où les militaires étaient au pouvoir, le MGK a été à la tête de la Turquie de 1980 à 1983 avant que le pouvoir passe à un gouvernement civil. Sous la direction du président de la République, y siègent également le chef d’Etat major, quelques généraux qui commandent les forces armées, le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur, le ministre des Affaires étrangères, le ministre des Affaires étrangères ainsi que certains vice-Premiers ministres. Le BUTKK est un organe institué au lendemain du coup d’Etat du 28 février 1997 pour contrôler certains mouvements religieux et leurs «activités réactionnaires». Dissous officiellement en 2010, il a été remplacé au sein du cabinet du Premier ministre par un nouveau département chargé d’établir des listings de personnes, de 2011 à aujourd’hui.

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Le quotidien Taraf rapporte en ce début de semaine que l’AKP a listé et surveillé de nombreux établissements scolaires liés d’une manière ou d’une autre au mouvement Hizmet, non pas jusqu’en 2010, comme il avait été affirmé plus tôt mais jusqu’en 2013. Le 29 novembre, le quotidien publiait un document datant de 2004 du Conseil de sécurité nationale (MGK) demandant au gouvernement d’Erdogan de neutraliser le mouvement Gülen en freinant ses activités, à la fois en Turquie et à l’étranger. Ce texte demande au gouvernement de travailler avec les ministères de l’Intérieur, des Affaires étrangères, de l’Education et les services de renseignements nationaux (MIT) pour surveiller les établissements scolaires privés de tous types (dont les dershane), les résidences étudiantes et universitaires, les fondations, les associations, les activités locales et internationales ainsi que les conférences de la plateforme Abant liées

Réactions

Les partis de l’opposition ont accusé le gouvernement d’avoir menti aux Turcs et les intellectuels l’ont accusé d’avoir obéi au MGK. Pour le leader du principal parti de l’opposition (CHP), Kemal Kiliçdaroglu, le texte révèle la politique à deux faces du gouverne-

au Hizmet. Taraf rapporte que non seulement des mouvements religieux mais aussi des individus avaient fait l’objet de surveillance et de profilage. Ainsi, les confréries soufies Süleymanci et Naqshbandiyya font partie des groupes religieux qui ont été profilés par les services de renseignement nationaux.

DES INDIVIDUS SUR LISTE NOIRE De nombreux individus ont également été mis sur liste noire pour avoir fait des donations lors de l’Aïd al-Adha, pour avoir lu le Risale-i-Nur (une exégèse du Coran de Saïd Nursi), pour avoir séjourné dans des résidences qui appartenaient à des groupes religieux ou tout simplement parce qu’ils étaient soupçonnés d’avoir des liens avec ces groupes. Parmi les individus profilés, se trouvent des fonctionnaires, des universitaires, des hommes d’affaires, des avocats et des gouverneurs de district. Ces nouvelles révélations viennent démentir

ment. Le vice-président du groupe parlementaire du MHP, Oktay Vural, a affirmé pour sa part que le document était authentique et que la période du coup d’Etat de 1997 avait continué avec le mandat de l’AKP. Le leader du Parti démocrate, Gültekin Uysal a, lui, accusé

les affirmations du gouvernement selon lesquelles la décision du MGK de 2004 était «nulle et non avenue». Le fameux document du MGK avait été signé par Recep Tayyip Erdogan, Abdullah Gül, alors ministre des Affaires étrangères ainsi que Cemil Çiçek, ministre de la Justice. Le vice-Premier ministre turc, Bülent Arinç, a souligné pour sa part que le gouvernement n’avait jamais mis en œuvre les recommandations du MGK. D’autres ministres ainsi que le bras droit d’Erdogan, Yalçin Akdogan ont assuré, tout comme le vice-Premier ministre Bülent Arinç, que l’AKP n’avait entrepris aucune action en lien avec le contenu du document. Erdogan n’a encore fait aucun commentaire concernant le document du MGK qui porte également sa signature. Pour de nombreux chroniqueurs proches du gouvernement, l’AKP était obligé de signer le document pour protéger le mouvement Hizmet de l’armée.

le gouvernement de duplicité, appelant les procureurs à enquêter sur le document du MGK. «Quand les différentes déclarations ont confirmé l’existence du document, j’étais non seulement abattu, mais sans voix», a déclaré pour sa part l’intellectuel turc Fethullah Gülen.


07 TURQUIE

6 - 12 DECEMBRE 2013 ZAMAN FRANCE

Les violences faites aux femmes restent un problème en Turquie Malgré la loi entrée en vigueur en 2012 portant sur les violences faites aux femmes, les chiffres en la matière restent catastrophiques. En 2013, 28.000 cas de violences ont été rapportés.

Nedim Sener reçoit le Prix de la liberté de la presse -Posta

Une manifestation dénonçant les agressions subies par les femmes en Turquie, organisée à l’occasion de la Journée internationale de la violence faite aux femmes.

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Le lundi 25 novembre a été marqué par la Journée internationale de la violence faite aux femmes, problème qui reste très actuel en Turquie. Selon des données officielles, ces cinq dernières années, 802 femmes sont mortes de violences domestiques dans ce pays. En 2013, 28.000 cas de violences à l’encontre des femmes ont été rapportés. En janvier dernier, plus de 50.000 femmes ont bénéficié d’une ordonnances de protection. Les groupes féministes affirment que la dernière loi turque entrée en vigueur en mars 2012 sur la prévention de la violence sur les femmes ne produit aucun effet. Une diminution de 5 % du nombre de cas rapportés a néanmoins été enregistrée depuis l’adoption de la loi. Dans 15.000 incidents rapportés, les coupables ont dû remettre les armes à feu qu’ils possédaient aux forces de sécurité. De plus, des boutons d’alerte servant à appeler la police en cas de violences sont actuellement testés à Bursa et Adana.

«LES POLITIQUES DU GOUVERNEMENT POUSSENT VERS UNE SPIRALE DE LA VIOLENCE» Des dizaines d’organisations féministes ont défilé dimanche et lundi derniers dans toute la Turquie pour marquer cette Journée internationale. «Les politiques sexistes du gouvernement entraînant discrimination et inégalités poussent la société vers une spirale de la violence», a déclaré Birsel Dag, membre de la plateforme Elazig Kadin. A Manisa, des membres d’une plateforme contre la violence faite aux femmes ont soumis des «instructions» au gouverneur de la province. «Erdogan ne donne aucune instruction aux forces de sécurité pour empêcher la violence contre les femmes», a déclaré le groupe. «Nous donnons l’ordre de protéger les femmes», conclut-il.

Fatma Sahin, ministre de la Famille et des affaires sociales, est pleinement engagée dans la lutte contre les violences faites au femmes.

Nedim Sener, journaliste pour le quotidien turc , a reçu le Prix de la liberté de la presse 2013 du Comité pour la protection des journalistes le mardi 26 novembre au soir. L’Equatorienne Janet Hinostroza, l’Egyptien Bassem Youssef et le Vietnamien Nguyen Van Hai ont également été primés lors de la cérémonie qui s’est tenue à l’hôtel Waldorf-Astoria de New York. Les quatre journalistes ont reçu le fameux prix pour leur travail accompli malgré les sévères représailles auxquelles ils ont dû faire face, comme les menaces physiques et l’emprisonnement. Sener a dédié son prix au journaliste Hrant Dink. «Hrant Dink a été menacé par des agents de l’Etat pour avoir exercé sa liberté d’expression. Il a été assassiné parce que ceux-ci ont fermé les yeux sur les menaces qu’il recevait et ne l’ont pas protégé», a déclaré Sener lors de la cérémonie.

«POUR LE JOURNALISTE, LA DÉMOCRATIE EST UNE EXPÉRIENCE QUOTIDIENNE» Sener a passé un an en prison en attendant son procès après avoir été accusé de terrorisme au motif que l’un de ses reportages aurait contribué à un complot à l’encontre du gouvernement. Il est aujourd’hui en liberté conditionnelle mais pourrait être incarcéré pendant 15 ans s’il est reconnu coupable. «La Turquie bat tous les records. 60 journalistes sont actuellement en prison car ils sont accusés d’être terroristes», a affirmé Sener. «Récemment, plusieurs collègues ont reçu une condamnation à perpétuité qui a choqué toute la presse turque. Je me sens contraint de parler pour eux aujourd’hui. Ne restez pas indifférents à leur destin! Demandez leur libération!», a-t-il ajouté. «Pour les hommes politiques, la démocratie signifie autoriser les citoyens à voter tous les quatre ans. Pour les journalistes, la démocratie est une expérience quotidienne : c’est le droit à l’information. Ce n’est pas une coïncidence si la première action d’un gouvernement autoritaire est de faire taire la presse», a noté Sener, soulignant la pression de plus en plus forte du gouvernement sur la presse turque.


08 TURQUIE

6 - 12 DECEMBRE 2013 ZAMAN FRANCE

La diaspora arménienne veut être reconnue SEVGI AKARÇEŞME ISTANBUL Le vice-président du Congrès national des Arméniens occidentaux (CNAO), organisation non gouvernementale ayant son siège à Paris, cherche à être reconnu par la société civile turque en vue de mettre fin aux problèmes existants entre la Turquie et l’Arménie. Interrogé par Zaman, Garen Mikaelyan, a affirmé que l’objectif principal du CNAO était de représenter et défendre les droits

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et intérêts des Arméniens occidentaux, descendants des citoyens de l’Empire ottoman d’origine arménienne. Le CNAO, mis en place lors du troisième Congrès des Arméniens occidentaux qui s’est tenu à Paris en 2011, est soumis à la législation française. Pour Mikaelyan, le rôle de la société civile turque en tant que médiatrice est fondamental pour «rétablir les droits des Arméniens occidentaux». Le CNAO tente d’ailleurs

d’instituer un dialogue permanent avec les différentes institutions turques. Se référant aux réformes démocratiques en cours en Turquie, le vice-président du CNAO a noté qu’elles «créeraient une compréhension mutuelle et jetteraient les bases de la confiance et la justice».

«LA TURQUIE DOIT SE DÉBARRASSER DES PRÉJUGÉS CRÉÉS PAR LES ULTRA-NATIONALISTES» Concernant les attentes de la diaspora arménienne vis-à-vis de la Turquie, Mikaelyan en évoque trois principales : la création de relations diplomatiques entre l’Arménie et la Turquie et l’ouverture de frontières sans conditions préalables ; l’élimination de toutes les formes de discrimination existantes envers les Arméniens de confession chrétienne et musulmane en Turquie ; la reconnaissance, par la Turquie, des droits des héritiers des Arméniens de l’Empire ottoman résidant hors de la Turquie et le rétablissement de ces droits par les autorités turques. Mikaelyan souhaite, de plus, inscrire officiellement le CNAO en tant qu’ONG en Turquie. «La société turque doit se débarrasser des préjugés créés et encouragés par les cercles ultra-nationalistes turcs», a noté Mikaelyan, avant d’ajouter que les Arméniens étaient représentés comme des «ennemis de l’Etat turc qui auraient trahi leur pays».

Le maire d’Ankara se présente pour la 4e fois Le Premier ministre Erdogan a annoncé le 26 novembre dernier, lors d’une réunion de l’AKP, la nomination d’Ibrahim Melih Gökçek pour la candidature au poste de maire de la capitale turque, Ankara. En poste depuis 20 ans, Gökçek présentera ainsi sa candidature pour la quatrième fois, un record dans la vie politique turque. Erdogan a annoncé la nomination de neuf autres candidats AKP pour les élections dans cinq provinces et quatre métropoles turques. Erdogan a commencé par annoncer la nomination d’Ercan Çimen pour la province de Gümüshane (nord-est), puis celle de Seyfettin Kalay pour Bartin (nord). Il a ensuite dévoilé les candidatures de Yasar Bahçeci maire actuel de la province de Kirsehir (centre), Cafer Özdemir pour Amasya (nord) et Burhanettin Çoban pour Afyonkarahisar (est). Au niveau des métropoles turques, Erdogan a nommé Fatih Mehmet Erkoç pour la ville de Kahramanmaras (sud), Harun Karacan pour Eskisehir (nord-ouest), et Mehmet Özhaseki pour Kayseri (centre) dont il est déjà maire. Quant à la ville de Konya (sud), c’est Tahir Akyürek qui y portera les couleurs de l’AKP.


09 INTERNATIONAL

6 - 12 DECEMBRE 2013 ZAMAN FRANCE

La double nationalité adoptée en Allemagne

Les Palestiniens promettent des révélations sur la mort d’Arafat

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Il est désormais possible pour tous les enfants d’étrangers nés en Allemagne, quel que soit leur pays d’origine ou leur âge, d’obtenir la double nationalité. Une étape majeure qui déçoit pourtant ceux pour qui cette possibilité devrait être accordée à tous les résidents étrangers du pays. SEVGI AKARÇESME ISTANBUL La chancelière Angela Merkel l’a annoncé ce mercredi 27 novembre : la coalition allemande formée par l’Union chrétienne-démocrate/Union chrétienne-sociale (CDU/CSU) et le Parti social-démocrate (SPD) a décidé d’accorder la double nationalité à tous les enfants d’étrangers nés en Allemagne, quel que soit leur pays d’origine ou leur âge. Ainsi, la loi demandant aux étrangers de choisir entre deux nationalités avant l’âge de 23 ans sera abolie. Cette décision ne fait pourtant pas l’unanimité auprès de la communauté turque, qui n’a pas caché sa déception. Elle s’attendait en effet à ce que la coalition annonce une mesure autorisant tous les résidents étrangers en Allemagne à obtenir la double nationalité, qu’ils soient nés sur le sol ou non.

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«UN DISCOURS SÉVÈRE SUR L’IMMIGRATION» Interrogé par Zaman, l’ambassadeur turc en Allemagne, Hüseyin Avni Karslioglu, a affirmé que, même si la suppression de «l’obligation de choix» pouvait être vue comme une avancée pour les jeunes immigrants, elle était loin de satisfaire l’ensemble des personnes d’origine turque. «Ce que nous voulons, c’est que les personnes originaires de Turquie acquièrent elles aussi la nationalité allemande, car l’Allemagne est un pays où elles ont vécu et auquel elles ont beaucoup contribué», a souligné Karslioglu. «Notre but, c’est la double nationalité pour tous. Le SPD en avait fait la promesse», a déclaré, pour sa part, le professeur Faruk Sen,

30.000 jeunes Turcs bénéficieront de cette nouvelle mesure.

président de la Fondation Turquie-Europe pour l’éducation et la recherche scientifique (TAVAK). Il a ajouté que seuls 30.000 jeunes Turcs bénéficieront de cette nouvelle mesure, alors que la communauté turque en Allemagne compte plus de 3 millions de personnes. «Les chrétiens-démocrates continueront à avoir un discours sévère sur l’immigration», a déclaré Sen, avant d’ajouter que, malgré le fait qu’ils constituent la plus grande minorité d’Allemagne, les Turcs ne peuvent avoir la double nationalité contrairement aux immigrants issus de pays européens.

«UNE ÉTAPE TRÈS IMPORTANTE» Selon le vice-président du SPD, Aydan Özoguz, homme politique d’origine turque, ce change-

ment touchera environ 400.000 jeunes qui auraient dû faire un choix entre deux passeports. Özoguz a reconnu qu’il attendait plus de cette mesure mais qu’il considérait l’initiative comme «une étape très très importante». Le président de la société turque de Berlin, Bekir Yilmaz, a déclaré à Zaman que le SPD n’avait pas tenu sa promesse concernant la double nationalité pour tous. «Seuls les enfants nés en Allemagne pourront avoir la double nationalité, alors que nous visons un droit bien plus général», a-t-il précisé. Actuellement, les citoyens issus de 58 pays peuvent acquérir la double nationalité en Allemagne. La loi de «l’obligation de choix» a été introduite en 2000 et demandait aux étrangers de choisir entre la nationalité étrangère et allemande avant leurs 23 ans.

Les séries turques sèment le trouble au Pakistan -

Au Pakistan, les séries turques commencent à faire des vagues. Populaires et moins coûteuses que les séries pakistanaises, les séries turques défraient la chronique à cause des tenues portées par les actrices, jugées irrévérencieuses vis à vis des moeurs pakistanaises et du traditionnel salwar kameez qui laisse rarement voir la peau nue.

«LES VISAGES ÉTRANGERS ATTIRENT LES PAKISTANAIS» «C’est un véritable défi», affirme Abid Ali, grande star pakistanaise de la télévision, en plein tournage de sa dernière série Mere Apne dans la ville de Karachi au sud du Pakistan. «Les séries turques ont des mises en scène très coûteuses que nous ne pouvons pas nous permettre», précise-t-il. Le décor spartiate de sa série illustre bien cet argument, puisque tout a été filmé dans le salon et l’allée d’une petite maison louée pour l’occasion. Et le réalisateur, n’ayant qu’une seule caméra, a dû tourner chacune de ses scènes à trois reprises sous un angle différent. Mera Sultan, qui raconte l’histoire de Soliman le Magnifique, est l’une des séries turques les plus regardées au Pakistan en ce moment. La mise en scène ne relève pas d’une saga telle que Game of Thrones mais on peut y voir des décors de style ottoman, des scènes avec des chevaux et de magnifiques costumes. «Beaucoup de choses expliquent le succès des séries turques», déclare Athar Waqar Azeem, vice-président de Hum TV, grande chaîne de divertissement pakistanaise. «Les décors originaux et les visages étrangers attirent les Pakistanais», ajoute-t-il. Alors que la seule diffusion d’un épisode d’une série turque coûte environ 2.500 dollars à la télévision pakistanaise, la production d’une série peut représenter jusqu’à quatre fois ce montant, précise Azeem. DES RÉACTIONS CONTRE L’«OBSCÉNITÉ» À LA TÉLÉVISION Le succès des séries turques au Pakistanais a néanmoins suscité plusieurs réactions. Le comité sénatorial responsable de l’information et de la diffusion avait déclaré fin 2012 qu’il estimait que ces séries violaient les moeurs et la culture pakistanaise. Il arrive d’ailleurs que les chaînes

La série turque sur le règne de Soliman le Magnifique rencontre beaucoup de succès au Pakistan, malgré la condamnation de certaines voix qui dénoncent une atteinte aux bonnes moeurs.

de télévision floutent les minijupes et les décolletés des actrices au nom des convenances. Le Premier ministre turc, Erdogan, avait d’ailleurs lui aussi réagi à propos du contenu des séries turques. Il avait accusé les producteurs de «Mera Sultan» ainsi que d’autres de «jouer avec les valeurs de la nation». La Cour suprême du Pakistan s’était inquiétée de l’«obscénité» visible sur les chaînes de télévision pakistanaises. Elle faisait alors spécifiquement référence aux séries indiennes. Cellesci ont longtemps été populaires au Pakistan et avaient soulevé les mêmes indignations que les séries turques. Seul bénéficiaire du succès des séries turques au Pakistan, le doublage en ourdou. Tasleem Ansari, professionnelle du doublage, ne voit pas dans les séries turques une menace pour la culture pakistanaise. «Les actrices et les mannequins d’ici portent aussi des minijupes dans les émissions télévisées, même si effectivement ces vêtements ne s’accordent pas avec la culture pakistanaise. Mais les séries turques reflètent la culture turque, les gens aiment cela et l’ont accepté», dit-elle.

Le responsable de l’enquête palestinienne sur la mort de Yasser Arafat a annoncé mardi qu’il donnerait sous peu l’identité des responsables présumés du décès de l’ancien président de l’Autorité palestinienne. Yasser Arafat est mort en 2004 à l’hôpital militaire Percy à Clamart, près de Paris, après une courte et mystérieuse maladie contractée alors qu’il était assiégé par Israël dans son QG de Ramallah, en Cisjordanie. De nombreux Palestiniens sont persuadés que leur chef historique a été assassiné par Israël, qui rejette fermement cette accusation. L’enquête palestinienne conduite par Taoufik Tiraoui n’a rien apporté de concret jusqu’à présent mais ce dernier a promis mardi de prochaines révélations.

LE CORPS D’ARAFAT EXHUMÉ «Je promets que la prochaine conférence de presse sera la dernière et mettra dans la lumière tous ceux qui ont organisé, participé ou comploté dans cette affaire», a dit Taoufik Tiraoui à la télévision palestinienne. «Nous sommes dans les derniers instants de l’enquête», a-t-il ajouté. Face aux doutes sur les causes de la mort de Yasser Arafat, le corps du chef palestinien a été exhumé afin de rechercher d’éventuelles traces d’empoisonnement. Deux experts suisses ayant analysé les échantillons prélevés sur la dépouille du dirigeant palestinien ont déclaré en novembre que leurs observations étayaient l’hypothèse d’un empoisonnement au polonium et justifiaient une enquête judiciaire sans toutefois permettre de certitude. Souha Arafat, veuve de l’ancien président palestinien, a accusé des membres de la garde rapprochée de son mari d’être responsables de sa mort. Les experts français ont conclu quant à eux à une mort naturelle, a déclaré mardi une source qui a eu connaissance du document rédigé dans le cadre de l’enquête menée en France.


10 INTERNATIONAL

6 - 12 DECEMBRE 2013 ZAMAN FRANCE

A l’OPEP, l’Iran compte retrouver sa place Sous le coup de sanctions internationales et faute de pouvoir exporter son pétrole brut, l’Iran avait perdu des milliards de dollars de revenus. Le pays est aujourd’hui de retour sur le marché du pétrole et compte regagner sa 2e place au sein de l’OPEP.

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Alors que les pays de l’OPEP se réunissent à Vienne, Bijan Zanganeh, ministre iranien du Pétrole, entend bien signifier à ses partenaires que l’Iran revient sur le marché. A la suite de l’accord préliminaire conclu en novembre à Genève sur le nucléaire iranien, la République islamique voudrait reprendre à terme la deuxième place parmi les douze pays producteurs de l’organisation, derrière l’Arabie saoudite et devant l’Irak. Les sanctions occidentales imposées en 2012 à l’Iran, soupçonné de mener un programme nucléaire militaire, ont coûté cher à son économie. Ne pouvant plus exporter son pétrole brut, le pays a perdu des milliards de dollars de revenus et sa place au sein de l’OPEP, situation dont ont profité l’Arabie saoudite sunnite, sa grande rivale politique dans la région, et l’Irak. Dans six mois, si Téhéran remplit ses engagements, la situation pourrait évoluer.

RIVALITÉ AVEC L’IRAK ET L’ARABIE SAOUDITE Bijan Zanganeh a retrouvé le portefeuille du Pétrole dans l’équipe du président Hassan Rohani. Depuis, il n’a pas ménagé ses critiques contre l’Irak, pourtant majoritairement chiite

comme l’Iran, et l’a accusé d’avoir profité des malheurs de la République islamique pour capter le maximum de parts de marché dans le secteur pétrolier. «L’Irak a remplacé le pétrole iranien par son propre pétrole. Ce n’est vraiment pas une attitude amicale», a-t-il déploré le mois dernier. A cause des sanctions internationales, la production iranienne a baissé depuis début 2012 d’un million de barils par jour, à 2,7 millions de bpj. De son côté l’Irak a porté la sienne à près de 3 millions de bpj. Les prix de l’Opep approchent actuellement les 110 dollars le baril, ce qui convient parfaitement à l’Arabie saoudite, qui fournit environ un tiers de la production du club des douze. La position modérée de l’Arabie saoudite sur les prix, dans le but d’accompagner la croissance économique mondiale, a souvent heurté de front la stratégie traditionnelle iranienne, plus axée sur le soutien du prix de l’or noir. Mais Bijan Zanganeh, qui a déjà occupé ce ministère entre 1997 et 2005, dans un gouvernement réformateur, et son fidèle adjoint Hossein Kazempour Ardebili, ont su gagner le respect de leurs partenaires de l’Opep et entendent bien occuper une place centrale dans les négociations.

Bijan Zanganeh, ministre du pétrole iranien, arrive à la réunion de l’OPEP à Vienne le 4 décembre.

En Libye, des coupures de courant imputées à des minorités

Les Berbères veulent que la reconnaissance de leur langue et de leur identité culturelle soient garanties par une nouvelle constitution.

Le gouvernement libyen a imputé à deux organisations représentant des minorités en lutte pour leurs droits politiques les coupures de courant que subissent la capitale Tripoli et d’autres parties du pays, ont rapporté lundi les médias libyens. Le centre de Tripoli a été privé de courant pendant plusieurs heures, lundi, alors même que la consommation d’électricité était en hausse pour chauffer les habitations face à la chute des tempé-

ratures. Un groupe de Berbères a interrompu les livraisons de gaz en provenance du gisement de Wafa, dans le sud-ouest du pays, à l’appui de revendications linguistiques.

DES REVENDICATIONS LINGUISTIQUES ET CULTURELLES Des membres d’une autre minorité, les Toubous, bloquent de leur côté la route afin d’empêcher que les camions ne livrent du pétrole à une centrale électrique à Sarir, égale-

ment dans le sud-ouest de la Libye. Le ministère de l’Electricité a jugé ces mouvements «irresponsables». Selon l’agence de presse nationale Lana, des coupures de courant ont eu lieu dans l’ouest de la Libye, à Tripoli et dans d’autres parties du pays. Les Berbères et les Toubous demandent que leurs langues et leur identité culturelle soient garanties par une nouvelle constitution, deux ans après la chute du régime du colonel Kadhafi.

500 Turcs ont rejoint le Front al-Nosra en Syrie

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Selon un rapport publié par le ministère de l’Intérieur, près de 500 Turcs sont allés se battre en Syrie auprès du Front al-Nosra, «branche» d’al-Qaïda, contre les forces de Bachar al-Assad. Le ministère précise que sur ces 500 Turcs, certains ont été formés dans des camps d’entraînement d’al-Qaïda en Afghanistan et au Pakistan. Le rapport, qui reprend les informations et données obtenues par les services de renseignement turcs (MIT) et le département de police nationale, affirme de plus que de nombreux Turcs sont morts durant des affrontements entre les rebelles et les forces d’Assad. Alors que le conflit syrien se poursuit et que les forces de Bachar al-Assad, avec le soutien de l’Iran et du Hezbollah chiite libanais, gagnent du terrain, al-Qaïda et les autres groupes djihadistes gagnent peu à peu en influence dans le pays.


11 ECONOMIE

6 - 12 DECEMBRE 2013 ZAMAN FRANCE

La Turquie, futur carrefour européen du gaz ? L’Europe a besoin d’environ 500 milliards de mètres cube de gaz naturel par an et les ressources provenant d’Azerbaïdjan constituent une option non négligeable.

Un nouveau projet vise à acheminer du gaz naturel vers l’Europe en provenance de la mer Caspienne et du MoyenOrient dans les 4 prochaines années. Cet aménagement fera de la Turquie une pièce maîtresse dans le dispositif énergétique de la région. IBRAHIM TÜRKMEN, ISTANBUL La Turquie, futur carrefour du gaz en Europe ? C’est une option que l’aménagement d’un corridor gazier sud-européen dans les quatre prochaines années pourrait rendre possible. Ce projet vise à acheminer du gaz naturel vers l’Europe en provenance de la mer Caspienne et du Moyen-Orient, a annoncé à Zaman Michael Hoffmann, directeur chargé des affaires extérieures du gazoduc trans-adriatique (TAP). Située au beau milieu des plus grands pays producteurs de gaz naturel, la Turquie commencera à jouer un rôle majeur en matière de politique énergétique, a précisé Hoffmann. Le corridor qui transportera du gaz depuis l’Azerbaïdjan, le Turkménistan, le nord de l’Irak, Israël et «peut-être même l’Iran dans 15 ou 20 ans», renforcera la position de la Turquie dans le domaine de l’énergie.

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L’EUROPE A BESOIN DE NOUVEAUX FOURNISSEURS Pour le directeur du TAP, les dynamiques de marché doivent être attentivement étudiées en matière de routes de gaz naturel. Une étude récente sur les développements prévus en matière de demande mondiale de gaz naturel en 2025 révèle que cette demande proviendra majoritairement des pays asiatiques, en particulier de la Chine et de l’Inde. Et, même si la demande européenne

devrait être moins forte comme le montre l’étude, le Vieux continent doit néanmoins trouver dès aujourd’hui de nouveaux fournisseurs de gaz naturel. L’Europe a besoin d’environ 500 milliards de mètres cube de gaz naturel par an et les ressources provenant d’Azerbaïdjan constituent une option non négligeable, d’où le rôle fondamental du corridor gazier sud-européen qui passe par la Turquie.

également doubler. La Turquie exploitera 6 milliards de mètres cube de gaz par an tandis que le volume restant sera destiné aux clients européens. Le TAP a été choisi cette année par le consortium de Shah Deniz contre le projet Nabucco West. Hoffmann a précisé que le choix du TAP était une décision purement commerciale et technique. L’unique aspect politique remonte à quelques années, quand le gouvernement

16 MILLIARDS DE M3 DE GAZ CHAQUE ANNÉE Le gazoduc trans-adriatique, qui sera alimenté par le gisement de Shah Deniz en Azerbaïdjan et relié au gazoduc trans-anatolien (TANAP), transportera d’abord 10 milliards de mètres cube de gaz par an, volume qui devrait doubler par la suite. Le TANAP, quant à lui, transportera 16 milliards de mètres cube de gaz, volume qui devrait

Michael Hoffmann est le directeur chargé des affaires extérieures du gazoduc transadriatique (TAP).

Ankara et Erbil signent un accord pétrolier -

Le gouvernement régional du Kurdistan (GRK) a finalisé l’accord d’exportation de pétrole et de gaz vers la Turquie, a déclaré lundi le Premier ministre de la région irakienne semi-autonome, Nechirvan Barzani, confirmant une information donnée la semaine dernière de sources turques. En dépit de l’opposition du gouvernement central irakien, le GRK insiste sur son droit à exporter le pétrole produit sur son territoire, tout en promettant d’en partager les revenus avec Bagdad dès qu’un accord, attendu de longue date, aura été conclu à ce sujet. «La finalisation d’une telle coopération est un grand succès pour l’Irak et pour la région du Kurdistan et cette opération va nous rapprocher», a déclaré Nechirvan Barzani au cours d’une conférence de presse à Erbil. «Le Kurdistan va être pour la première fois un contributeur net au produit intérieur brut irakien et c’est pour cela que nous devons discuter avec nos collègues du gouvernement irakien sur un pied d’égalité», a-t-il ajouté.

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OBTENIR LE FEU VERT DE BAGDAD Le ministre turc de l’Energie, en visite à Erbil, a insisté de son côté sur la volonté d’Ankara d’obtenir le feu vert de Bagdad pour les exportations de pétrole kurde. «Nous assumons bien sûr l’accord que nous avons signé avec le nord de l’Irak, mais nous espérons qu’il pourra être mis en œuvre dans le cadre d’un processus à trois», a déclaré Taner Yildiz. «Nous essayons d’avancer sur ce sujet de manière prudente et courtoise (...) Nous attendons la réponse de nos frères irakiens», a dit le ministre turc. Taner Yildiz s’était rendu dimanche à Bagdad pour tenter de désamorcer la crise que l’accord avec le GRK risque de faire éclater, le gouvernement irakien considérant toute initiative de la région semi-autonome en ce sens comme une violation de sa souveraineté. Le gouvernement semi-autonome du Kurdistan irakien et le pouvoir central à Bagdad, depuis des années incapables de s’entendre sur le partage des recettes pétrolières, pourraient conclure ce mois-ci un accord, a déclaré mardi le ministre turc de l’Energie Taner Yildiz.

azerbaïdjanais avait décidé d’exporter son gaz vers l’Europe de l’ouest et non pas vers le nord, en Russie, a précisé Hoffmann.

EN BREF

E-SHOPPING Amazon teste la livraison par drones

Amazon.com teste la livraison de paquets par des drones (appareils sans pilote), a déclaré dimanche son PDG, Jeff Bezos, à la chaîne de télévision américaine CBS. Surnommés «Prime Air» par Amazon, les engins pourraient être utilisés pour livrer des paquets allant jusqu’à 2,3 kg, ce qui représente autour de 86  % des livraisons effectuées par Amazon, en moins d’une demi-heure, dans un rayon de 16 km autour d’un centre de distribution d’Amazon, a expliqué le PDG. Mais de l’aveu même de Jeff Bezos, la technologie qui permettrait à ces petits engins automatiques d’acheminer par les airs des paquets à des adresses pré-programmées n’en est qu’aux premiers stades de sa mise au point, et il est peu probable que les Etats-Unis mettent au point des règles autorisant ce type d’engins avant 2015 au plus tôt. «Je sais que cela ressemble à de la science-fiction, mais ça n’en est pas», a dit de son côté Jeff Bezos à la chaîne américaine CBS dimanche soir.

C’est la place qu’occupe la France dans l’indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency international, loin derrière l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou les pays scandinaves. L’IPC reflète la perception que les acteurs de la vie économique ont de la corruption affectant la vie publique de plus de 170 pays.


12 FAMILLE&SANTE

6 - 12 DECEMBRE 2013 ZAMAN FRANCE

Jamais sans mon henné ! Cette semaine, Zaman France est allé à la redécouverte des vertus premières du henné, un produit ancestral, mais toujours populaire, utilisé comme parure, symbole de piété ou encore remède médicinal.

La cérémonie du henné, l’incontournable des mariages musulmans.

FARIDA BELKACEM PARIS Rare est celui ou celle qui, né(e) dans une tradition musulmane, n’a pas une fois au moins mis du henné (ou kina, version turque). Pour beaucoup d’entre nous, le henné fait partie de notre patrimoine culturel et de nos souvenirs d’enfants... Mais, en dehors de sa couleur orange / marron et de son odeur caractéristique, que savonsnous de lui ?

PARURE ESTHÉTIQUE OU SYMBOLE DE PIÉTÉ RELIGIEUSE ? Le henné, un arbuste dont la fleur est blanche est utilisé dans de nombreuses cultures comme colorant pour la peau (simple application ou motifs géométriques, dessins d’œil, mains de Fatma ou fleurs), les cheveux ou la barbe. Pour ce faire, le henné est réduit à l’état de poudre et mélangé à de l’eau. Ce produit a une dimension symbolique positive très forte, c’est une sorte de porte-bonheur, une protection contre le mauvais oeil. Il s’utilise exclusivement dans des

circonstances positives, de réjouissance et de célébration : mariages, naissances, tous les moments forts de la vie. Dans l’imaginaire musulman, l’usage du henné est lié à l’islam. En effet, celui-ci était recommandé par le Prophète, qui l’avait qualifié de «reine de toutes les fleurs». C’est pourquoi certains hommes âgés s’en teignent la barbe. Mais le henné qui vient vraisemblablement de la région Perse/Inde, était utilisé bien avant l’arrivée de l’islam, dans des rites de protection contre le mal mais aussi comme teinture ou comme embaumement. D’ailleurs, la pratique des tatouages au henné est extrêmement développée en Inde, chez les Hindous comme les musulmans. De nombreuses civilisations antiques utilisaient le henné, notamment les Egyptiens, mais c’est plus tard, avec le développement de l’islam que le henné va se répandre jusqu’en Espagne. D’où le lien fait dans les esprits entre l’usage du henné et la tradition musulmane.

REMÈDE MÉDICINAL OU PRODUIT À RISQUE ? Le henné naturel ne présente pas de danger pour la santé. Au contraire, il possède des vertus médicinales bien prouvées. Il a des propriétés antifongiques et antiseptiques. Il est notamment utilisé contre les cors et les crevasses aux pieds, il assouplit la peau tout en la solidifiant. C’est aussi un fortifiant pour les cheveux. Un produit sain donc, à ne pas confondre avec le «henné noir», qui est un mélange de henné naturel et de paraphénylène diamine (PPD). Ce «henné noir» marque mieux et ressemble à un tatouage à l’encre tout en étant temporaire.

Mais il présente des risques réels pour la peau, et peut causer de graves allergies. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’ANSM (l’Agence nationale du médicament et du produit de santé) recommande aux vacanciers d’éviter de se faire faire des tatouages au henné noir.

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RECETTE DE GRAND-MÈRE OU PRODUIT FASHION? Le henné plaît toujours autant et reste l’incontournable des grandes occasions. Les touristes des pays du Sud en sont friands et les people n’ont pas attendu pour s’y mettre. Avec le henné, toutes les fantaisies sont possibles, puisque le tatouage est éphémère et peut être changé toutes les 3 semaines. Souvenons-nous de Madonna, dans le clip de Frozen, et plus récemment des tatouages ethniques de Rihanna. Pour les jeunes femmes, la nouvelle mode est au henné à paillettes : le principe est simple mais il fait fureur, les motifs dessinés au henné sont recouverts de paillette !

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13 CULTURE

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AGENDA CULTUREL

CONCERT

Comment les chiffres arabes ont pénétré en Occident

De Séville à Tunis

Islam des mondes

Accompagnée par le chant de Rosa Angeles Garcia Clavijo et les pas de Melisa Calero Caro, la Tunisienne Syrine Ben Moussa crée une passerelle musicale et chorégraphique entre la tradition arabo-andalouse et le flamenco espagnol. Les 6 et 7 décembre à 20 h 30 Institut du monde arabe Place Mohammed V 75005 Paris

Quartet Maliétès

Statue du savant et géomètre al-Khawarizmi, à Khiva en Ouzbékistan.

De l’Anatolie au Pirée, Maliétès explore la diversité d’un répertoire musical puisant de part et d’autre de la mer Egée. L’oud, l’accordéon, la contrebasse, les percussions et le tarhu accompagnent des chants en turc, en grec, et en judéo-espagnol…

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«L’Eglise s’opposa violemment à l’introduction de ce système qui rendait le calcul si rapide qu’il semblait diabolique» mission des chiffres dits «arabes» à l’Occident chrétien. Leur diffusion a été fort lente : en pleine Renaissance, un esprit de l’envergure de Montaigne (1533-1592) ne craignait pas d’écrire : « je ne sais compter ni avec des jetons, ni en écrivant [des chiffres arabes] ». Pourtant la transmission en tant que telle a été relativement rapide : la première mention de chiffres arabes date de 976 (Codex Vigilanus, Cloître Albeda, Espagne), soit à peine un siècle et demi après la rédaction de l’ouvrage fondamental d’al-Khawarizmi, le Livre de l’addition et de la soustraction selon le calcul indien, vers 825.

A lire

UN SYSTÈME DE CHIFFRES RÉVOLUTIONNAIRE C’est en effet dans la Bagdad abbasside que ce savant, né dans l’actuel Ouzbékistan, introduit, pour les besoins de ses propres opérations en astronomie, les techniques de calcul indiennes. Le système numérique indien est en effet très performant, puisqu’à l’aide de dix symboles, il permet d’effectuer un nombre infini d’opérations. La chose est rendue possible grâce à la notation positionnelle (c’est la place du chiffre qui indique son rang : unité, dizaine, centaine, etc.) et à l’existence du zéro, d’abord moyen de noter l’absence d’unité, puis, très vite, nombre à part entière. Ce nouveau système mettra néanmoins quelques décennies à s’imposer, du fait tant d’un banal conservatisme culturel que de résistances spécifiquement corporatistes (caste de fonctionnaires impériaux qui craignaient pour leur statut, cette méthode révolutionnaire mettant le calcul à la portée de tout un chacun). Il s’imposera néanmoins assez rapidement, les besoins étant importants, tant dans le commerce que dans les sciences, deux domaines où les Arabes excellaient. L’astronomie et les mathématiques, notamment, purent ainsi faire d’énormes progrès. Essaimant le long des routes commerciales ou à partir des pôles scientifiques des médersas (universités islamiques), la suite de 10 chiffres gagna

le Proche- Orient, puis le Maghreb et l’Espagne.

DE L’HOSTILITÉ DE L’EGLISE À LA DIABOLISATION DES CHIFFRES Ce faisant, sa forme évolue. C’est en effet à Kairouan, une des capitales scientifiques du Maghreb, que naît la forme universellement employée aujourd’hui, appelée en arabe ghubar. En Orient, aujourd’hui encore, c’est la graphie indienne qui prévaut, même si la forme occidentale est parfois notée en regard, en guise de «traduction». C’est cette graphie ghubar, et à travers elle, le système numérique arabo-indien dans son ensemble, qui sera adoptée par l’Occident chrétien via l’Espagne musulmane. Non sans une farouche résistance qui durera des siècles. L’Eglise s’opposa en effet violemment à l’introduction de ce système dû à des mécréants, un système qui rendait le calcul si rapide qu’il semblait diabolique, et dont les signes, étranges, semblaient être des symboles de sorcellerie. Une hostilité dont l’étymologie témoigne encore : déchiffrer (de l’arabe sifr, «zéro») signifie «décrypter», «dévoiler ce qui était caché»... Il n’est pas anodin à cet égard de noter que Sylvestre II lui-même, malgré son autorité de savant et de pape, a échoué au XIe siècle à imposer l’usage des chiffres arabes. Certains parmi les savants de l’Église ont été jusqu’à affirmer qu’il était habité par le diable.

Des musulmans dans l’histoire de l’Europe : repenser l’Europe et la méditerranée

Les intervenants se proposent de repenser de bout en bout la question des contacts en Méditerranée, et donc des relations entre les sociétés européennes et islamiques. Avec Jocelyne Dakhlia (EHESS), Bernard Vincent (EHESS), Annliese Nef (Paris IV) et Vincent Denis (Paris I).

Islam et égalité citoyenne

3 générations dans un camp palestinien pliant les sources, le réalisateur, Mahdi Fleifel, opère un collage ordonné à partir de séquences historiques, d’enregistrements personnels et d’archives familiales en 8 mm. Il offre ainsi une représentation frappante de ce camp de réfugiés dans lequel lui-même est né et a grandi. Il dresse avec sensi-

L’Art Nouveau d’Istanbul continue à troubler les visiteurs par sa richesse et sa diversité. Parmi les architectes qui ont intégré Istanbul dans ce vaste mouvement esthétique européen, se détache notamment la figure de l’Italien Raimondo d’Aronco.

Le 12 décembre à 18 h 30 Institut du monde arabe Place Mohammed V 75005 Paris

& à voir...

L’expression qui décrirait le mieux ce documentaire plusieurs fois lauréat est sans doute celle de «journal en image». Un journal intime à travers lequel est décrite la vie quotidienne de trois générations de Palestiniens, à Ain al-Hilweh, dans un camp de réfugiés, au Liban, hors du monde. Multi-

L’Art nouveau à Istanbul à travers l’architecte Raimondo Aronco

Le 6 décembre à 16 h30 Château de Lunéville Place de la 2e Division de Cavalerie 54300 Lunéville

TABLE RONDE

SEYFEDDINE BEN MANSOUR LILLE Ce vendredi 6 décembre, Ahmed Djebbar, professeur d’histoire des mathématiques à l’USTL, présentera à l’Institut du monde arabe une conférence intitulée «Les sciences arabes en Andalus et au Maghreb : des héritages gréco-indiens à leur diffusion en Europe (IXe- XVe s.)». Ce spécialiste de l’histoire des mathématiques de l’Occident musulman évoquera ainsi notamment la question de la trans-

CONFÉRENCE-DIAPO

Le 6 décembre à 20 h 30 Salle Poirel 3, rue Victor Poirel 54000 Nancy

bilité, – et non sans humour, parfois –, le portrait intimiste et profond de ces hommes et de ces femmes pris dans les rets de l’histoire, ballottés entre un territoire perdu, la réalité des camps et un avenir pour le moins incertain. Et qui vivent, au quotidien, avec leurs anxiétés, leurs peurs, leurs espoirs.

A World Not Ours, réalisé par Mahdi Fleifel (documentaire, Liban/ Grande-Bretagne/Danemark, 2013, 1h33). Avec Mahdi Fleifel, Ahmad Mufleh Alaeddine, Said Mufleh Alaeddine. Objectif d’Or, Bruxelles 2013. Prix de la Paix, Berlin 2012. Prix du Meilleur documentaire (Black Pearl), Abu Dhabi 2012. Sortie en salles le 4 décembre.

«Les chrétiens d’Orient» par Jean-Michel Cadiot (10 h 3012 h 30) ; «La Charia» par Baudoin Dupret (14 h 00-16 h 00)  ; «Les juifs d’Égypte, projection-débat autour du documentaire d’Amir Ramis» par Joyce Blau (16 h 15-18 h 00). Le 7 décembre iReMMO 5-7, rue Basse des Carmes 75005 Paris


OPINION14

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L’autoritarisme turc, un héritage national Pour le chroniqueur Ihsan Dagi, la tentation de l’autoritarisme est une constante dans l’exercice du pouvoir en Turquie. Tout groupe qui revendique son autonomie constitue un problème pour l’Etat.

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En tant qu’institution centrale, l’Etat turc possède les leviers lui permettant de neutraliser les acteurs sociaux et économiques. En l’absence de contre-pouvoir, la monopolisation du pouvoir entre les IHSAN DAGI mains de quelques dirigeants, reste inévitable. Même élus, la tentation de l’autoritarisme est forte. Ni la société civile ni les grands industriels ne peuvent poser de limites à un Etat qui écarte l’Etat de droit. S’ils revendiquaient leur autonomie et s’opposaient à toute soumission envers l’Etat, ces acteurs sociaux seraient «sanctionnés» sous différentes formes pour «manque de loyauté». Pour le mouvement Hizmet, cette sanction s’est traduite par la fermeture des

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instituts de soutien scolaire privés. Pour les grands industriels comme Boydak Holding, elle se traduit par des contrôles fiscaux suivis d’amendes sévères. Par cette politique, l’Etat rappelle à la société civile qui commande : en théorie, l’Etat, mais en pratique, l’élite à la tête du pouvoir, qui incarne l’Etat.

Edité par : Source SARL 2, boulevard Saint Martin 75010 PARIS Directeur de la publication : HÜSEYİN KARAKUŞ Rédacteur en chef : e.demir@zamanfrance.fr

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Tout... sauf l’éducation

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Alors que les médias sociaux sont engagés dans une campagne sans précédent pour demander au gouvernement de ne pas intervenir dans le domaine de l’éducation privée, des événements se produisent qui frisent le ridicule. Un compte Twitter anonyme, appartenant très certainement à l’AKP, a même commencé une campagne de diffamation contre les voix critiques envers le Premier ministre. Je fais partie de ces voix-là, ce qui m’a valu le surnom d’«agent américain» pour avoir critiqué le fait qu’Erdogan souhaitait rejoindre l’Organisation de coopération de Shanghai. Le projet de fermeture des dershane se traduit par une intervention directe dans le domaine de la liberté d’entreprise, protégée même par la Constitution de 1982 héritée de la junte militaire. Le débat ne se limite pas à l’éducation. Il est clair que le projet de fermeture des instituts de soutien scolaire privés vise à démanteler le «capital social et humain» du mouvement Hizmet, inspiré par l’intellectuel islamique Fethullah Gülen exilé en Pennsylvanie.

UN DISCOURS CHANGEANT Dans les deux dernières semaines, le discours du gouvernement sur le sujet a changé à de nombreuses reprises. Au départ, le gouvernement niait l’existence du projet de loi, puis il a dû en admettre l’existence. Il a ensuite défendu le projet en soulignant que le but n’était pas de fermer les instituts de soutien scolaire privés mais de les «transformer», même si ceux-ci s’y sont unanimement opposés. Il y a même eu un moment où, pour rejeter les affirmations de Zaman sur le sujet, le ministre de l’Education, Nabi Avci, a prétendu qu’une clause du projet de loi avait été incluse dans le texte à la suite d’une erreur de copier-coller. Et après les déclarations d’Erdogan, disant vouloir absolument mettre en place la réforme, le ministre s’est mis dans une position qu’on pourrait presque qualifier de pathétique, en essayant de défendre ce projet de loi qui n’a aucun motif valable, du moins dans le domaine de l’éducation. Avci a donc mis en péril sa propre crédibilité pour suivre les ordres du Premier ministre.

«Les détenteurs du pouvoir étatique ne se sont jamais sentis en sécurité vis-à-vis du peuple turc»

DU «SUJET IDÉAL» AU «CITOYEN IDÉAL» Tout comme les kémalistes qui prétendaient incarner le pouvoir, l’AKP s’identifie aujourd’hui, de la même façon, à l’Etat. Les kémalistes identifiaient l’Etat au régime militaro-républicain qu’ils avaient établi. L’AKP, lui, identifie l’Etat à son leader, le Premier ministre Erdogan. Pour les kémalistes, chaque idéologie, groupe social ou pays étranger était une menace à leur pouvoir. Aujourd’hui, l’AKP pense que tous les Turcs conspirent contre Erdogan. Cet esprit malsain fait encore partie de la culture politique turque, bien enracinée, celle des dirigeants qui s’identifient à l’Etat. Pour l’AKP et les conservateurs, quelle aventure formidable que celle de passer d’une exclusion totale par les kémalistes à dix années de pouvoir qui leur ont permis à leur tour de s’identifier à l’Etat. De l’Empire ottoman jusqu’à la République de Turquie, les détenteurs du pouvoir étatique ne se sont jamais sentis en sécurité vis-à-vis du peuple turc. Ils n’ont cessé de le surveiller attentivement, sachant que ce dernier finirait par revendiquer ses droits. Constamment sous contrôle, le peuple turc n’a jamais été admis par l’Etat si ce n’est par un pri-

SEVGI AKARÇEŞME

vilège volontairement consenti par les élites au pouvoir. C’est le seul moyen qu’ont trouvé les dirigeants pour dépasser leur sentiment d’insécurité. Le «sujet idéal» pour les Ottomans tout comme le «citoyen idéal» pour la République a toujours été dépendant de l’Etat.

UNE SOUMISSION SANS LIMITE L’Etat n’a donc jamais toléré l’émergence de forces sociales et économiques indépendantes. L’Empire comme la République ont lutté contre ces mouvements autonomes opposés à la monopolisation élitiste du pouvoir. La subordination du peuple au pouvoir était essentielle pour les dirigeants. Les Turcs étaient soit admis par l’Etat soit traités comme une menace. Une tradition de

l’Etat turc qui n’a pas changé depuis l’Empire ottoman. C’est à la lumière de cette tradition qui structure depuis des siècles la politique turque que l’on peut comprendre la tentative du gouvernement de saper le mouvement Hizmet par la fermeture des instituts de soutien scolaire privés. Pendant plus d’une décennie, le mouvement a soutenu l’AKP tout en maintenant son autonomie. En tant que mouvement social, le Hizmet n’a pas besoin de l’Etat, de son soutien ou de ses services pour survivre. Dans la mesure où le gouvernement exige une soumission et une loyauté sans limites, l’indépendance économique, politique et intellectuelle du Hizmet lui apparaît comme un problème. i.dagi@todayszaman.com

«UNE ÉDUCATION PARALLÈLE» ? Alors que les opposants à la fermeture des dershane revendiquent des principes tels que la liberté d’entreprise et le droit à l’éducation, les pro-gouvernementaux ont essayé d’orienter le débat vers le domaine politique, faisant remarquer l’existence d’une «éducation parallèle» et même d’un «Etat parallèle». Mais si l’on se base sur ces arguments, on pourrait tout aussi bien parler d’un «système de soins parallèle» puisqu’il existe de nombreux hôpitaux privés. Le ministre des Finances, Mehmet Simsek, lui, a affirmé qu’embaucher des professeurs pour enseigner dans le public, une fois les établissements «transformés», pèserait sur l’économie et pourrait entraîner l’apparition des taxes supplémentaires. Pourquoi transformer l’Etat en employeur et prélever des impôts aux Turcs alors que ces professeurs sont déjà employés dans le privé ? La liste des raisons pour lesquelles le projet du gouvernement n’a aucun sens pourrait s’allonger mais nous avons compris que la motivation du gouvernement est tout sauf l’éducation. Le quotidien Taraf a publié la semaine dernière un document du Conseil de sécurité nationale datant de 2004 qui demandait aux institutions étatiques d’agir main dans la main pour «lutter contre le mouvement Gülen et y mettre fin» au motif qu’il représente une menace pour l’Etat. Et nombreux sont ceux à avoir fait le lien avec la remarque d’Erdogan selon laquelle la fermeture des instituts de soutien scolaire était au programme du gouvernement depuis 2004. @sevgistanbul


15 SPORT

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Belounis va porter plainte contre ses clubs au Qatar Retenu au Qatar où les autorités lui refusaient un visa de sortie, et à peine de retour en France, le joueur de football Zahir Belounis a annoncé qu’il porterait plainte contre 3 Qataris, dont un frère de l’émir. En cause, le système de tutelle entre le travailleur étranger et l’employeur pratiqué au Qatar.

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Zahir Belounis, tout juste revenu du Qatar où il a été retenu un an et demi sur fond de litige avec son club, va porter plainte à Paris contre trois personnes dont un frère de l’émir, a annoncé mardi son avocat. Belounis est rentré en France la semaine dernière après avoir obtenu le visa de sortie que les autorités lui refusaient en raison d’une procédure en justice lancée contre le club d’Al Jaish, auquel il réclame deux ans et demi de salaires impayés. Pour obtenir son visa, il dit avoir dû signer une lettre de licenciement antidatée à février 2013, qui le prive du reliquat du contrat signé avec Al Jaish en 2010 pour une durée de cinq ans - 120.000 à 150.000 euros selon son avocat. «On va saisir le parquet de Paris d’une plainte sur trois fondements : escroquerie, extorsion de fonds et travail dans des conditions particulièrement inhumaines», a déclaré son avocat, Me Franck Berton, lors d’une conférence de presse. «La circonstance est aggravée en raison de la nationalité étrangère de Zahir au Qatar», a-t-il ajouté, en référence au système dit de la «kafala», une tutelle entre un travailleur étranger et son employeur.

Barcelone et le Real à l’amende sur les droits TV Le FC Barcelone, le Real Madrid et le groupe d’audiovisuel Mediapro ont

été sanctionnés par l’autorité espagnole de la concurrence (CNMC) pour avoir violé les règles régissant la négociation des droits de retransmission des rencontres. Mediapro a écopé d’une amende de 6,5 millions d’euros, le Real de 3,9 millions et le Barça de 3,6 millions, précise lundi la CNMC. Deux autres clubs, le FC Séville et le Racing Santander, ont été sanctionnés à hauteur de 900.000 et 30.000 euros respectivement. Il est reproché au diffuseur et aux clubs d’avoir signé des contrats de quatre ans alors que la réglementation les limite à trois années. Mediapro affirme que ces accords ont été passés «en toute bonne foi». Mediapro partage les droits de la Liga avec Prisa, maison-mère de Canal+ Espagne. Contrairement à l’usage dans les autres grands championnats européens, les droits sont négociés de gré à gré entre clubs et diffuseurs en Espagne.

Yaya Touré sacré meilleur joueur africain -

Zahir Belounis et son avocat Me Franck Berton.

Trois personnes, dont un membre de la famille royale, seront visées par la plainte, a précisé Me Berton : Dahlan Gamaan al Ahmad, président de Military Sports Association, où Zahir Belounis a joué entre 2007 et 2010, et deux personnes liées à Al Jaish, émanation du premier créé en 2010. Il s’agit du secrétaire général du club et le Cheikh Jooan Bin Hamad al Thani, frère de l’émir du Qatar, que Me Berton a présenté comme le président d’Al Jaish.

JUSTICE FRANÇAISE COMPÉTENTE Selon l’organigramme visible sur le site internet de la Fédération qatarie de football, le club est présidé par le chef d’état major des armées, Hamad bin Ali al Attiyah. Mais Frank Berton, qui défend également un entrepreneur emprisonné au Qatar, affirme viser les bonnes personnes et s’en est expliqué à Reuters par téléphone. «J’envisage de saisir la justice concernant le cheikh parce qu’on me le présente au Qatar et de manière publique comme le propriétaire du club», a-t-il souligné, ajoutant qu’une instruction, s’il y en a une, pourrait permettre d’établir les responsabilités réelles.

«IMAGINEZ UN PHILIPPIN» En marge de cette annonce, Zahir Belounis et son avocat ont souhaité que le football puisse mener la charge en faveur d’une amélioration des droits des travailleurs étrangers au Qatar, notamment les ouvriers employés pour construire des stades en vue du Mondial 2022. Le syndicat international des joueurs professionnels, la FIFpro, a délégué la semaine dernière Mads Olsen à Doha pour tenter d’obtenir la suppression de la kafala. Il y a été reçu par le secrétaire général du comité d’organisation de la Coupe du monde 2022, Hassan al Thawadi. Cet appel fait écho à celui lancé début novembre par le rapporteur spécial des Nations unies sur ce dossier.«Je ne suis pas un héros, je ne cherche pas la notoriété, je dénonce un système», a assuré Zahir Belounis, qui dit avoir vécu «l’enfer» et dont la situation a nécessité l’intervention de la diplomatie française à très haut niveau. «Je suis Français, footballeur et ça a pris des mois. Imaginez un Philippin, travailleur sur des grues...».

MALICK BAMBA La 5e aura été la bonne ! Nominé pour la 5e année d’affilée, Yaya Touré, le milieu de terrain de Manchester City, a enfin remporté le Trophée BBC 2013, qui récompense le meilleur joueur africain de l’année, au terme d’un vote mené par le média britannique sur son site et de l’avis de 44 journalistes spécialistes du football africain. Déjà auréolé de deux titres de meilleur joueur de la CAF 2011 et 2012, l’international ivoirien décroche cette distinction pour la première fois et devance au palmarès le Gabonais Pierre-Emerick Aubameyang (Borussia Dortmund), les Nigérians Victor Moses (Liverpool) et John Obi Mikel (Chelsea) et le Burkinabé Jonathan Pitroipa (Rennes).

«LE FOOTBALL AFRICAIN PROGRESSE» «J’ai été nommé cinq fois consécutivement avant de remporter le prix, c’est incroyable !», s’est félicité l’international ivoirien devant les caméras, avant de poursuivre : «Je suis très heureux que les fans me l’aient décerné, je leur en suis très reconnaissant. C’est une réussite fantastique parce que je pense qu’il n’y a jamais eu autant de joueurs africains de qualité dans le football international (...) Le football africain progresse et cela signifie beaucoup pour nous.» Une distinction qui vient récompenser la régularité de l’Eléphant avec son club de Manchester City, au sein duquel il est réellement devenu la pièce maîtresse. Milieu de terrain boxto-box par excellence, qui marque même sur coup franc désormais, Yaya Touré a pris une nouvelle dimension ces dernières saisons, au point de devenir l’un des meilleurs joueurs de la planète football. De quoi mériter amplement ce trophée, qui le fait succéder au palmarès au Zambien Christopher Katongo (Henan Construction), ou encore à Didier Drogba (Galatasaray), faisant de lui le 2e Ivoirien ce remporter ce titre. En partenariat avec Afrik.com


Le café «en attente» : what else ? Légende image «Laissez un café payé, faites le comme si vous étiez la personne qui le boira»

«Cinq cafés, s’il vous plaît. Deux pour nous et trois "en attente"». Ils paient pour leur commande, prennent les deux cafés et s’en vont. Je demande à mon ami : – C’est quoi ces cafés "en attente" ?» SUHEDA ASIK PARIS Voila comment débute l’histoire qui tourne sur les réseaux sociaux depuis plus d’un an déjà... Mais qu’est-ce qu’un café "en attente" ? Cette pratique, appelée caffè sospeso en italien, soit «café suspendu» en français, se trouve être une tradition napolitaine de solidarité envers les plus pauvres, qui consiste à payer en avance un café pour ceux qui ne peuvent se le permettre. D’après certains, cette pratique est moins courante aujourd’hui depuis l’arrivée de l’euro et l’afflux de touristes. Le maire de Naples, Luigi De Magistris, soutenu par plusieurs organisations culturelles décide d’y remédier : le 10 décembre 2011, a été instauré la Giornata del Caffè Sospeso soit, la «Journée du café suspendu».

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DU CAFÉ À LA BAGUETTE « EN ATTENTE » A une période où le froid fait son retour, ce petit geste qui se répand peu à peu dans beaucoup de pays, dont la France, peut faire la différence. Plusieurs commerces dans les grandes villes comme Paris, Rouen, Valences ou Bordeaux suivent cette initiative et participent selon leurs disponibilités. Il est possible de les retrouver via les pages et groupes facebook crées pour chaque ville. Parmi les initiatives françaises, celle de « la baguette en attente » qui reprend le même concept... avec la baguette.

Au Japon, louer un ami est possible SUHEDA ASIK PARIS Au Japon, une étonnante pratique voit le jour parmi les jeunes générations : la location d’ami. Des sociétés tels que Client Partners, proposent ainsi aux Japonais la compagnie d’une personne, avec laquelle ils peuvent aller au cinéma, au restaurant, faire du shopping ou se promener. Ce service, qui s’adressait surtout aux hommes seuls et âgés, se voit aujourd’hui plébiscité par des hommes et des femmes de plus en plus jeunes qui souhaitent combler leur solitude grâce à un ami de location.

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LA LOCATION N’EST PAS RÉSERVÉE AUX HOMMES Ainsi, d’après les témoignages rapportés par Courrier International, un homme de 35 ans qui a souvent recours à ce service explique qu’en moyenne une fois par mois, il retrouve son «amie» le temps d’un après-midi, pour discuter, se promener ... pour la somme de 31 000 yens, soit 235 euros. Cette pratique pour le moins déconcertante n’est pas réservée aux hommes, comme l’explique une jeune femme de 21 ans qui, elle aussi, ressent le besoin de cette « amie » pour se confier quand elle ne peut le faire avec ses amis de tous les jours. Dans ce pays où la culture est à la retenue et à la réserve même dans les relations amicales, cette nouvelle pratique peut constituer un exutoire.


Fr n°292