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A l’occasion de la bouillante actualité littéraire de Metin Arditi, dont la parution en langue turque du roman Turquetto distingué par le prix Giono, Zaman a rencontré l’écrivain suisse dont l’histoire à l’image de son personnage Eli plonge ses racines en Turquie.

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Le football n’a pas été épargné par la crise Le montant financier global des transferts dans le monde du football a nettement baissé ces deux dernières années. Un recul attribué au contexte de crise économique qui n’a pas épargné les plus grands clubs européens comme Chelsea ou le Barça.

SPORT

CULTURE

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Metin Arditi : le pluralisme ottoman comme héritage

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21 - 27 SEPTEMBRE 2012 N° 231

Du logement au pavillon : la vie rêvée des Turcs de Vierzon

Depuis le lancement de la politique de la ville, il y a plus de vingt ans, le renouvellement de l’habitat urbain a été perçu comme l’un des outils privilégiés pour décloisonner les cités-ghettos. A Vierzon, dans le Cher, les Franco-turcs passés d’un logement HLM classique à un pavillon, ont eux aussi bénéficié de ce changement de vie. -SOCIETE 04

Ara Güler, «le photographe d’Istanbul», lance sa fondation

La Birmanie sous pression étrangère

rFRANCE 03

rINTERNATIONAL 10

Caricatures : Charlie Hebdo enflamme à nouveau les kiosques

Pour les Kurdes, la sécession n’est pas la solution -Une étude intitulée «Perceptions sociales de la lutte contre le terrorisme» vient de révéler que la quasi unanimité des Kurdes ne défend pas le projet d’un Etat kurde en Turquie. Seuls 2,3 % d’entre eux penseraient que l’indépendance représente une solution à leurs problèmes. -TURQUIE 08

rL’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo a publié dans son numéro de mercredi, en pages intérieures, des dessins représentant le Prophète qui, selon son directeur Charb, «choqueraient ceux qui vont vouloir être choqués». -FRANCE 02

Film anti-islam : les autorités religieuses appellent au calme Les débordements violents suite aux nombreuses manifestations qui ont enflammé le monde musulman après la diffusion du film anti-islam ont été largement condamnés par les autorités islamiques. Pour le secrétaire général de l’OCI, Ekmeleddin Ihsanoglu, «les musulmans ne devraient pas répondre à la provocation». R INTERNATIONAL 09

Ne pas céder aux provocations R OPINION 15

Quand on aime on imite R EDITO 02

Le Suédois Ikea étend son empire -Le mobilier n’est plus le seul secteur d’activité d’Ikea. Déjà présente dans la restauration, la multinationale suédoise se lance aujourd’hui dans l’immobilier. A partir de 2013, elle va ouvrir ses propres hôtels avec toujours la même stratégie : proposer les prix les plus bas. -ECONOMIE 11


02 FRANCE

Caricatures : Charlie Hebdo enflamme à nouveau les kiosques

EDITO

Quand on aime on imite L’affaire du film anti-islam a soulevé, dans le monde musulman comme en Europe ou aux Etats-Unis, de nombreuses réactions de la part de savants, d’intellectuels et d’organisations musulmanes. A juste titre, ils ont très sévèrement dénoncé les violences et les crimes perpétrés par les protestations contre le film. Parfois, ces messages d’indignation ont été accompagnés de tentatives d’explication et parfois même de relativisation. On a ainsi évoqué la violence même du film, le climat d’islamophobie mondiale galopante, la finalité provocatrice de cette action. On a rappelé le sentiment d’agression permanente que ressentaient ces populations dans un schéma géopolitique général qui leur est particulièrement défavorable. On a même eu droit à des théories du complot selon lesquelles l’objectif aurait été de donner une mauvaise image des musulmans ou même de faire perdre Barack Obama aux prochaines élections présidentielles. Il ne s’agit pas ici de dénigrer toutes ces contextualisations. Si certaines sont exagérées, même si elles soulèvent de nombreuses questions, d’autres sont certainement légitimes et méritent d’être rappelées. Pourtant, il est essentiel que ces explications ne viennent pas assombrir le message d’indignation qui doit être sans appel. Car il n’y a rien de plus paradoxal, rien de plus absurde que d’avoir recours à la violence pour dénoncer l’identification du Prophète de l’islam à la violence. L’affaire des caricatures danoises avait été suivie par la même contradiction. Toutes ces personnes qui prétendent défendre Mohammed semblent ignorer l’importance dans le Coran et la sunna des messages de patience et d’endurance face à l’adversité. Ainsi, de nombreux versets insistent sur l’importance du pardon, et la tradition islamique rapportent de nombreux récits où le Prophète confronté au mal ou à l’injustice opte pour le pardon. Quand on l’invite, par exemple, à maudire tel ou tel peuple qui l’a fait souffrir, il répond en priant pour eux car «ils ne savent pas». Force est donc de constater que dans cette affaire, ces musulmans violents ont aussi fortement manqué de respect au Prophète de l’islam. info@zamanfrance.fr

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L’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo a publié dans son numéro de mercredi, en pages intérieures, des dessins représentant le Prophète qui, selon son directeur Charb, «choqueraient ceux qui vont vouloir être choqués». Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, interrogé alors qu’il se trouvait au Caire sur l’éventualité de dessins représentant le Prophète, s’est dit «contre toute provocation», tout en rappelant l’existence en France de la liberté d’expression. Ces dessins «choqueraient ceux qui vont vouloir être choqués en lisant un journal qu’ils ne lisent jamais», a estimé son directeur, Charb, interrogé par iTélé. Il a estimé que les dessins publiés en page intérieure et en dernière page du journal ne sont pas plus provocants que d’habitude. «La liberté de la presse est-elle une provocation?», a-t-il demandé. «Tout est

parti d’une inquiétude des services français qui craignaient dans le contexte que Charlie fasse sa couverture avec une caricature du Prophète. Il n’est en rien : la couverture représente un musulman lambda avec un juif lambda», a-t-il expliqué à l’AFP. La couverture, signée Charb, de ce numéro qui s’est retrouvé en rupture de stock le jour de sa sortie, représente un musulman dans un fauteuil roulant poussé par un juif orthodoxe, avec chapeau et papillote, sous le titre «Intouchables 2», allusion au film éponyme. «Je suis contre toutes les provocations, c’est

clair, c’est net, surtout dans une période aussi sensible que celle-là», a déclaré Laurent Fabius dans l’après-midi au Caire. «Maintenant, il y a des

lois en France, qui ne sont pas les mêmes que les lois ailleurs, qui permettent un certain nombre de choses et qui excluent un certain nombre de choses», a-t-il ajouté. «La liberté d’expression existe, mais je suis absolument hostile à toute provocation», a ajouté M. Fabius. «Je ne vois pas du tout l’utilité quelconque d’une provocation et même je la condamne d’une façon très nette et en même temps je respecte la liberté d’expression», a encore dit le ministre.

Charb est le directeur du journal satirique Charlie Hebdo.

A l’occasion du premier anniversaire d’«Occupy Wall Street», le 17 septembre 2012, de nouvelles manifestations ont eu lieu à travers les États-Unis. A New York, à peine un millier de personnes ont répondu à l’appel. En novembre 2011, ils étaient plus de 30.000 personnes à avoir manifesté.

...ET UNE MAUVAISE

UNE BONNE...

43.000 morts turcs sur la route en 10 ans

En juin 2012, le taux de chômage turc s’est établi à 8 % de la population active contre 9,2 % en juin de l’année précédente, a annoncé le 17 septembre le ministère turc de l’Economie. C’est le taux de chômage le plus faible en Turquie depuis 2001. L’Institut turc des statistiques (TUIK) précise que le taux de chômage est désormais de 10 % dans les zones urbaines baissant de 1,6

En dix ans, pas moins de 43.000 personnes ont perdu la vie et 1.718.000 autres ont été blessées dans les huit millions d’accidents de la route qui ont eu lieu en Turquie. En 2002, 439.777 accidents se sont produits au cours desquels 65.748 personnes ont été tuées. Depuis, un nombre croissant de personnes a obtenu son permis de conduire augmentant fatalement le nombre d’accidents en paral-

point sur un an, tandis qu’il est de 4,3 % dans les zones rurales reculant de 0,6 point. Dans son rapport, l’Institut rajoute qu’en juin 2012 la Turquie comptait 2,226 millions de chômeurs contre 2,537 un an plus tôt. Quant à la population active, elle s’élève dorénavant à 25,557 millions de personnes contre 24,901 millions de personnes l’année précédente.

lèle. Mais en 2008, alors que le nombre de personnes détentrices du permis de conduire n’avait jamais été aussi élevé et que le nombre d’accidents était en hausse, les pertes humaines ont, elles, diminué en comparaison des chiffres de l’année précédente. En 2011, il y a eu 1 228.928 d’accidents de la route sur le territoire turc. 3,835 personnes ont été tuées et 238,074 personnes ont été blessées.

NOUVELLE

Turquie : le taux de chômage baisse à 8%


03 FRANCE

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«Probablement, je suis islamophobe comme beaucoup de Français» Déclaration, le lundi 17 septembre, de Véronique Genest, l’une des stars de TF1 avec la série Julie Lescaut. Fin août, elle avait déjà assuré sur Twitter que «L’islam [était] dangereux pour la démocratie et en [faisait] la démonstration tous les jours».

Un Observatoire propose des caméras pour protéger les mosquées

Face à la recrudescence inquiétante des actes islamophobes perpétrés contre les lieux de culte musulman, le président de l’Observatoire contre l’islamophobie a interpellé les pouvoirs publics en demandant que des caméras soient installées devant les mosquées.

La mosquée de SaintEtienne profanée par des tags racistes

Le président de l’Observatoire contre l’islamophobie a demandé mercredi aux pouvoirs publics d’installer des caméras de surveillance devant les lieux de culte musulmans, après la profanation d’une mosquée à Limoges. «Je ressens une profonde colère, du dégoût et du mépris pour ces individus qui continuent à profaner des mosquées», a déclaré à l’AFP Abdallah Zekri, en espérant leur arrestation rapide. «Il faudrait que les communes prennent le problème au sérieux et mettent des caméras devant les mosquées, comme c’est le cas pour les synagogues», a-t-il ajouté. Les portes d’une mosquée de Limoges, qui avaient déjà été couvertes de tags néonazis à la fin juillet, ont été profanées avec des excréments dans la nuit de mardi à mercredi. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a condamné «avec la plus grande fermeté» cet acte et assuré de «son entier soutien les communautés musulmanes de Limoges et de France». Au cours des derniers mois, d’autres mosquées, à Montauban, Agen ou Libourne (Gironde), et des lieux de prière au Barp (Gironde), à Strasbourg, Tarascon-sur-Ariège (Ariège) ou Draguignan (Var) ont aussi été la cible d’actes islamophobes. Début août, deux têtes de cochon avaient été déposées devant la mosquée de Montauban. Une croix celtique et une croix gammée avaient été découvertes le 5 septembre à l’entrée de la mosquée d’Agen. M. Zekri, dont l’observatoire a recensé 79 actes et menaces islamophobes au premier semestre 2012, en hausse de plus de 14 %, s’est dit «très inquiet face à la recrudescence des actes contre les lieux de culte». Le recteur de la Mosquée de Paris Dalil Boubakeur a lui aussi noté une «remontée de la mécanique islamophobe depuis la fin juillet» avec un climat selon lui «très hostile» envers l’islam. «Là, plus qu’une profanation, c’est une souillure, on a cherché à rendre la mosquée impure», a-t-il déploré.

Zoom Ara Güler, «le photographe d’Istanbul», lance sa fondation EMMANUELLE GRIMAUD Le célèbre photojournaliste turc Ara Güler, surnommé «le photographe d’Istanbul», a inauguré sa fondation l’Ara Güler Fotografçilik Egitim ve Sanat Vakfi pour l’éducation à la photographie et à l’art au Palais de France d’Istanbul le 12 septembre. Pour lui, la démarche était absolument nécessaire tant il est important de préserver le travail de toute une vie. «Je n’avais pas d’autre solution. Tout ce qui n’est pas préservé disparaît», observe-t-il. Digitaliser Ara Güler a lancé sa fondation l’Ara Güler Fotografçilik Egitim ve Sanat Vakfi pour préserver son œuvre photographique.

les millions de clichés, protéger les films originaux, préserver les tableaux offerts par des amis peintres, encourager la recherche et même ouvrir un musée, tout reste à faire. D’où la naissance de cette fondation éponyme, en présence de l’ambassadeur de France en Turquie, Laurent Bili, et du sous-secrétaire d’État à la -Culture et au Tourisme, Özgür Özaslan. L’ambassadeur a salué la vocation éducative de la fondation, «grande et belle contribution à l’avenir de la photographie en Turquie».

Contrairement à certaines idées reçues, Ara Güler n’est pas que le «photographe d’Istanbul». «J’ai voyagé partout, en Inde, en Birmanie, jusqu’en Indonésie», rappelle le photojournaliste. Sa prestigieuse carrière a commencé en 1958 en tant que premier correspondant au Proche-Orient pour le magazine Time. Puis, dans les années 1960, il publia pour les plus célèbres magazines comme Stern, ParisMatch ou The Sunday Times. En 1961, il devient membre de l’American Society for Media Photographers, une première pour un Turc. Güler a fait des photographies aux quatre coins du monde mais aussi en Turquie et particulièrement à Istanbul. Tout au long de sa carrière il a reçu la Légion d’honneur, le Grand prix d’art et de culture turc en 2005, mais aussi la Médaille d’or de la ville de Paris en 2009. Avec sa fondation, Ara Güler garantit la survie de son œuvre photographique et la transmission d’un patrimoine.


04 SOCIETE

Du logement au pavillon : la vie rêvée des Turcs de Vierzon

TRIBUNE LIBRE HUGO DOGAN conseiller en gestion de patrimoine

Depuis le lancement de la politique de la ville, il y a plus de vingt ans, le renouvellement de l’habitat urbain a été perçu comme l’un des outils privilégiés pour décloisonner les cités-ghettos. A Vierzon, dans le Cher, les Franco-turcs passés d’un logement HLM classique à un pavillon, ont eux aussi bénéficié de ce changement de vie.

Financer le cinéma français pour réduire ses impôts Fini les vacances ! Après les beaux jours, la rentrée est souvent synonyme d’impôts. Abordons les solutions qui existent, afin de réduire l’imposition sur les revenus au travers de l’investissement et des placements financiers. Chaque année, le gouvernement met en place des dispositifs d’incitation à l’investissement dans divers secteurs de l’économie. C’est par exemple le cas pour le cinéma français avec la Société pour le financement du cinéma et de l’audiovisuel (SOFICA) qui permet depuis 1985 de devenir producteur tout en bénéficiant d’une réduction d’impôt. Pour 2012, le contribuable bénéficie d’une réduction d’impôt sur les revenus de 36 % du montant de son investissement. La souscription à la SOFICA est plafonnée à la double limite de 25 % du revenu net global et de 18.000 euros. Exemple pour 2012, un contribuable a déclaré 120.000 euros de revenu net global. Il souscrit pour 15.000 euros de SOFICA, le plafond à retenir est donc de 120.000 euros, soit 30.000 euros, que l’on ramène au plafond maximum de 18.000 euros. Ainsi la totalité du montant souscrit ouvre droit pour un montant de 15.000 euros à une réduction de 36 %, donc 5400 euros. L’investisseur cinéphile s’engage à conserver ses titres pendant une durée minimale fiscale de 5 ans ; en cas de cession, l’administration fiscale remet en cause la réduction. Attention également à la durée minimum du placement en lui-même qui est de 10 ans. Les actions SOFICA ne sont pas cotées et la possibilité de revente est aléatoire. Le retour sur investissement est en partie lié aux dividendes distribuées par la SOFICA, qui dépendra donc beaucoup des recettes du ou des films produits. Ne pas oublier que ce placement est réservé avant tout aux personnes souhaitant investir dans le cinéma français et dans le cadre d’une diversification de ses placements en acceptant le facteur risque et très peu de liquidités.

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A Vierzon, dans le Cher, les habitations pavillonnaires ont été développées pour désenclaver les quartiers populaires. être nostalgiques et à dire "ah le bled, ah FOUAD BAHRI PARIS De 20 à 25 % ! Le taux obligatoire la Turquie". Là maintenant, on se sent de logements sociaux dans les bien» dit-il. La destruction programcommunes vient d’être relevé par les mée des cité-ghettos, à Vierzon comme sénateurs le 12 septembre dernier lors ailleurs, obéit aussi à un autre objectif : prévenir les phénomènes de l’examen du projet de de concentrations urbaines loi sur le logement social. qui produisent de la tenMentionné dans la loi sion sociale et parfois de SRU (Solidarité et Rénola délinquance. C’est l’une vation urbaine), ce dispodes raisons qui a poussé sitif est l’un des plus «Ce n’est pas qu’un Deniz Olmez, 33 ans, importants de la polimère de deux enfants, a tique de la ville mise en problème urbain, place dès 1991 et dont il y a aussi la question demandé très tôt un logement situé à l’extérieur l’objectif était d’assurer de l’emploi» du quartier Henri Cellier une mixité sociale et une «pour m’éloigner de ce midiversité de l’habitat afin lieu de cité et avoir un environnement de lutter contre les phénomènes d’extranquille». «Si les sociétés HLM ont clusion dans l’espace urbain. Changer décidé de détruire ces bâtiments, c’est la vie des habitants de quartier en chanpour éliminer la délinquance et les lieux geant leur habitat, l’idée semble ingéde squatt» témoigne cette Franco-turc nieuse. A Vierzon, dans le département du Cher (18), les habitants de la cité qui vient d’obtenir un logement pavilloHenri Cellier ont pu s’en rendre compte. naire à proximité mais en dehors de son Soumis à un projet de réhabilitation quartier d’enfance. Paradoxalement, urbaine voté en 2007, les logements de la démolition des autres bâtiments a l’Office Public de l’Habitat (OPH) ont accéléré son désir de partir ailleurs. En été démollis et remplacés par des habi- effet, «au fur et à mesure que les autres tations pavillonnaires, toujours sous un bâtiments ont commencé à être démollis et que leurs habitants partaient régime locatif.

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Des pavillons pour endiguer la délinquance

Pour les Franco-turcs de Vierzon, cet accès à un nouveau cadre de vie était inespéré. Volkan Simsek, 31 ans, ouvrier en bâtiment et père de trois enfants, a grandi dans ces logements HLM. Depuis 2009, il vit dans l’un des pavillons de l’OPH. «On se sent comme des propriétaires, on est pas mis à l’écart. Avant, on se voyait comme des gens de seconde catégorie avec les HLM» dit-il. Volkan a senti en particulier l’évolution de la vision des Turcs quant à leur place dans la société française. «Les gens changent de mentalité. Ils avaient tendance à

en pavillons, beaucoup de jeunes de 18/25 ans sont venus se poser dans le pallier» ajoute-t-elle évoquant des problèmes de places de parking squattées et de tapage nocturne. «Vivre dans un milieu calme» avec un bon voisinage fait donc partie des exigences de Deniz qui espère offrir à sa famille une autre vie. «J’ai un enfant qui est très influençable. Je ne veux pas qu’il grandisse là où j’ai grandi» explique-t-elle.

«Ces quartiers peuvent être des atouts formidables»

Ces considérations sécuritaires, Volkan Simsek les partage lui aussi. «On est plus en sécurité. On vit mieux qu’avant. On est quand même dans un quartier où à partir d’une certaine heure, on peut plus sortir dehors » précise le Francoturc qui estime qu’avec ces nouveaux logements, «il y a un peu moins de problèmes de délinquance». Pour autant, toute la politique de la ville ne se réduit pas à la question du logement. D’après Nicolas Sansu, maire communiste de Vierzon, la dimension économique et sociale du réaménagement urbain reste essentielle dans le décloisonnement des quartiers populaires. «Ce n’est pas qu’un problème urbain, il y a aussi la question de l’emploi et du pouvoir d’achat. Même si les pavillons remplace les HLM, le problème du vivre-ensemble subsiste» dit-il. Pour l’élu communiste, le plus important «est de faire de l’activité et de montrer que ces quartiers peuvent être des atouts formidables». Une nouvelle zone économique comportant notamment une usine Renault et un grand laboratoire d’analyse médicale de dimension régionale a ainsi été financée pour créer du lien et ouvrir ces habitations au reste Nicolas Sansu est le de la ville, dans une commune maire communiste où 65 % des habitants sont de la ville de Vierzon. propriétaires.


05 SOCIETE

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Diversité : un master pour renouveler le journalisme L’université de Cergy-Pontoise propose cette année un nouveau master en journalisme pour diversifier la profession. Les étudiants pourront y suivre un cursus classique avec des cours spécialisés dans le journalisme web et télévisuel. Originaires de banlieue parisienne, des étudiants issus de milieu modeste intègrent lundi une nouvelle formation de journalisme à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) dont l’ambition est de renouveler la profession avec des talents atypiques et «issus de la diversité». «Il ne s’agit

pas d’une formation de plus», prévient Nordine Nabili, 45 ans, directeur du Bondy Blog et l’un des intervenants, alors que la France compte déjà une centaine de filières spécialisées, dont treize écoles reconnues par la profession. L’ambition de ce master de l’université de Cergy-Pon-

Un nouveau master en diversité a été proposé aux étudiants en journalisme de l’université de CergyPontoise.

toise est de bousculer le recrutement dans les rédactions où, selon lui, on donne «trop souvent» la part belle à «des jeunes ayant fait un IEP, puis une grande école». Elle s’inscrit dans la mouvance de récents concepts pour attirer des profils différents comme le partenariat entre l’ESJ et le Bondy Blog, la Chance aux concours du CFJ, l’expérience de la fondation TF1 et plus récemment celle du Monde qui ouvre son «académie». Pour Jean-Claude Lescure, responsable du master de Gennevilliers, le phénomène de reproduction sociale est encore «très fort» dans les écoles, privilégiant «des jeunes gens issus de CSP».

«S’ils ne sont pas épaulés, ils ne sont pas pris»

Ces dernières «tentent d’y répondre, mais la sociologie des étudiants évolue peu, et les classes populaires passent souvent à côté», explique cet historien de 50 ans, ancien directeur du master de journalisme de

Sciences po Paris. Les principaux freins ? Un coût de scolarité encore «trop élevé», selon Nordine Nabili, malgré les efforts faits pour les boursiers par certaines écoles reconnues. Mais surtout, une «méconnaissance des réalités» du métier pour les jeunes issus de quartiers populaires qui rencontrent «des difficultés pour accéder à des stages avant de passer les concours», souligne Jean-Claude Lescure. «S’ils ne sont pas épaulés, ils ne sont pas pris», dit-il. La jeune femme de Clichy-sous-Bois (SeineSaint-Denis) a eu «la chance» d’effectuer un stage à Radio France et au magazine L’Etudiant qui l’ont «débloquée». «J’ai pris conscience que j’avais le niveau de n’importe quel autre stagiaire», dit-elle. Comme elle, la majorité des douze étudiants du master de journalisme sont boursiers sur critères sociaux. Recrutés après des épreuves écrites et un oral de motivation, ils vont suivre un cursus classique avec des spécialités dans le journalisme web et télévisuel.

Les chrétiens discutent théologie et société à Strasbourg Du 12 au 14 octobre, la troisième édition des Etats généraux du christianisme auront lieu à Strasbourg. L’objectif affiché est de créer un espace de dialogue pour les chrétiens sans pour autant se cantonner aux seuls débats théologiques. AZIZ OGUZ PARIS Les chrétiens dialoguent-ils suffisamment entre eux ? Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire La Vie, est parti du constat que non. Pour répondre à cette carence, il a créé les États généraux du christianisme (EGC), un événement organisé par le magazine et qui connaîtra du 12 au 14 octobre à Strasbourg sa troisième édition avec pour thème «Que croire ? Qui croire ?». «On a envie d’ouvrir un débat très large entre les chrétiens, expliquait-il lors de la première édition. Et de ne pas demander aux gens leurs étiquettes, leurs façons d’être chrétien, ni même s’ils [le] sont. On leur dit «venez, rencontrons-nous et discutons !»» La rédactrice en chef adjointe Dominique Fonlupt renchérit : «L’idée des EGC est de faire dialoguer des chrétiens qui ne se rencontrent pas. Parce que la communauté chrétienne est marquée par

une grande diversité avec les catholiques, les protestants ou les orthodoxes, et ces groupes sont eux-mêmes pluriels.»

Des interventions de Lilian Thuram et d’Oliver Roy

La question religieuse va irriguer les EGC mais elle n’est pas non plus centrale. «On n’a pas voulu s’arrêter à des débats théologiques sur le christianisme. Aux EGC, on parle aussi de politique, d’économie, de culture, etc.» explique Dominique Fonlupt. La cinquantaine de débats prévus dans différents lieux du centre-ville (la cathédrale, l’église Saint-Thomas, la faculté de médecine, etc.) sont effectivement variés : «Europe : on continue ou on se sépare ?», «Le mariage gay, un changement de civilisation ?», «Doit-on encore se battre pour la croissance ?». Cette pluralité, on la retrouve également chez les personnalités invitées. On retrouvera l’ancien footballeur

L’ancien footballeur Lilian Thuram sera présent aux États généraux du christianisme du 12 au 14 octobre.

Lilian Thuram, l’écrivain Alexis Jenni, qui a remporté le prix Goncourt 2011, ou encore le politologue spécialiste de l’islam Oliver Roy. Ce dernier débattra d’ailleurs avec le maire de Strasbourg, Roland Ries, sur le thème «L’interreligieux, clé de la paix sociale ?». Mais à l’occasion des EGC, il

y aura aussi des projections de films, des concerts ou encore la Nuit du christianisme dans la nuit de vendredi à samedi, où des prières, des gospels et des chants sont prévus. Les organisateurs attendent plus de 5.000 participants pendant les trois jours de l’événement.


07 TURQUIE

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Un Juif israélien chez les derviches tourneurs

A 58 ans, Miki Cohen est le premier Juif israélien à accéder à la confrérie soufi de l’Ordre Mevlevi, fondé en Turquie. Après avoir fait la rencontre d’un derviche tourneur en Anatolie, il décide de changer de vie et se consacre pleinement à l’apprentissage du samâ. Tandis que le soleil décline sur son campement accroché à une colline de Galilée, Miki Cohen prend place sous une tonnelle en fer forgé et commence lentement, très lentement, la rotation d’un derviche tourneur. Les bras croisés sur la poitrine, à l’écoute d’une musique soufie diffusée par son téléphone portable, il lève les bras audessus de ses épaules, tournoyant, les yeux clos, en pleine extase mystique. La danse méditative soufie est la réponse de Miki Cohen, 58 ans, à de longues années de questionnement spirituel. Il est le premier Juif israélien à avoir accédé au rituel sacré des musulmans soufis de l’Ordre Mevlevi, fondé en Turquie au XIIIe siècle, plus connu sous le nom d’Ordre des «derviches tourneurs». Issu de la petite bourgeoisie de Tel-Aviv, Miki Cohen est resté traumatisé par la guerre israélo-arabe du Kippour (1973). Il se lance alors dans une quête éperdue de paix intérieure, flirtant avec la spiritualité juive, avant de vivre deux ans à Tel-Aviv puis d’étudier le taoïsme chinois et le kung-fu aux Etats-Unis pendant trois ans, tout en engrangeant des diplômes de psychologie et de philosophie.

L’Ordre Mevlevi, plus connu sous le nom d’Ordre des «derviches tourneurs» a été fondé en Turquie au XIIIe siècle.

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alimenté en électricité par l’énergie solaire, il y a aussi des canapés fatigués et des chaises, ainsi que deux étagères branlantes, ployant sous le poids d’un assortiment éclectique de livres. Un amoncellement de matelas fait office de lit. Un vieux placard cache l’accès secret d’une grotte que Miki a creusée et aménagée dans la montagne, et où il se réfugie quand le vent devient mauvais. Jour après jour, devant sa yourte, dans une cage ronde dallée, comme une sorte de tonnelle, le derviche israélien, solitaire et hiératique, reprend la majestueuse rotation du samâ’. «L’espace d’une seconde, j’éprouve un profond sentiment d’harmonie. C’est magique», dit-il.

Miki Cohen est le premier Juif israélien à avoir intégré l’Ordre Mevlevi.

BREVES ECO

TURQUIE

nier l’invite à passer une semaine au sein de l’Ordre pour s’initier au samâ’, danse et chant Un voyage en Turquie qui va changer sa vie La normalité garde pourtant ses droits : marié sacrés des soufis mevlevis. L’invitation d’un et père de deux enfants, il fait vivre sa famille Juif israélien au sein de cette confrérie musulen enseignant l’écriture de scénarios. Mais, mane traditionaliste plutôt fermée est sans au hasard de son chemineprécédent. C’est grâce à sa dévoment spirituel, il découvre tion, et en dépit de la barrière de les écrits mystiques de Jalâl la langue, que Miki Cohen a été al-Dîn Rûmî, poète soufi du admis là où beaucoup d’autres XIIIe siècle originaire de Perse, ont échoué, explique à l’AFP la dont les adeptes fondèrent, cinéaste turque Yelda Yanat Kapaprès sa mort, la confrérie kin, qui suit depuis des années «Je découvrais le des derviches tourneurs, soufisme. Il est alors le parcours du néophyte et lui a appelés ainsi pour leur danse consacré un documentaire pour giratoire proche de la transe. devenu évident que la chaîne Al-Jazeera. «Quand il a c’était ma voie» «Plus je lisais Rûmî, plus je rencontré le maître de la confrédécouvrais le soufisme, quand rie, ce dernier a vraiment cru que la raison s’arrête pour laisser parler le coeur. Il Miki était un adepte», témoigne la réalisaest alors devenu évident que c’était ma voie», trice. explique Miki Cohen, tout de noir vêtu, ses longs cheveux noués en queue de cheval. «L’espace d’une seconde, Tout derviche aspire à l’ascèse des grands j’éprouve un sentiment d’harmonie» mystiques musulmans soufis. De plus en Miki Cohen vit aujourd’hui au flanc d’une plus fasciné par les enseignements de Rûmî, colline rocailleuse plantée d’oliviers, près du Miki se marginalise : il se sépare de sa femme, village druze de Jat, en Galilée, dans le nords’installe dans une caravane et voyage à tra- ouest d’Israël. Il habite une tente ronde et vers Israël. En 2005, il va se recueillir sur la spacieuse qui ressemble à une yourte montombe du poète persan à Konya, haut lieu gole, dont le pilier central soutient un toit religieux de l’Anatolie. Dans un bus, il fait la drapé de tissus de couleurs vives. Le sol est rencontre d’un derviche tourneur. Ce der- jonché de tapis et de coussins. Dans cet abri

Renault signe un accord avec Antalya

Renault et la ville d’Antalya ont signé, le 12 septembre, un accord pour favoriser l’utilisation de véhicules électriques sur le réseau urbain de la cité turque. Le constructeur automobile français installera et développera dans la ville un réseau de bornes de recharge pour véhicules électriques telles que la Renault Fluence que le groupe français produit dans son usine turque de Bursa. Ce partenariat fait suite à ceux signés avec les municipalités d’Istanbul, d’Ankara et de Gaziantep. Présent en Turquie via sa filiale Oyak-Renault depuis 1969, le constructeur automobile français est l’un des leaders du marché turque.

Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a annoncé lundi que l’armée avait tué environ 500 rebelles kurdes du PKK en un mois lors d’opérations dans le sud-est de la Turquie.


08 TURQUIE

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Pour les Kurdes, la sécession n’est pas la solution Une étude intitulée «Perceptions sociales de la lutte contre le terrorisme» vient de révéler que la quasi unanimité des Kurdes ne défend pas le projet d’un Etat kurde en Turquie. Seuls 2,3 % d’entre eux penseraient que l’indépendance représente une solution à leurs problèmes.

Pour 90,3 % des Kurdes de Turquie, un Etat indépendant ne règlerait pas leurs problèmes.

le problème kurde», ils sont respectivement YONCA POYRAZ DOGAN ISTANBUL Une enquête récente a montré que 51,3 % et 32,6 % à être convaincus qu’il en 90,3 % des Kurdes et 70,7 % des Turcs est effectivement capable. Ce sondage arrive à un moment où la question du sont convaincus que leur desterrorisme est au sommet des tin est lié, contrairement à priorités de la Turquie, qui fait l’idée selon laquelle la minoface à des affrontements prorité kurde aurait de fortes tenlongés dans le Sud-Est et à des dances séparatistes. Pour attaques et des enlèvements de Atilla Sandikli, le président «Pour 50 % des civils perpétrés par le PKK, 700 du comité des sages du Kurdes, "l’Etat a la personnes ayant déjà été tuées Centre d’études stratégiques (BILGESAM) qui s’exprimait volonté de résoudre le en l’espace de 14 mois, soit le dans les colonnes du Monproblème kurde"» plus grand nombre enregistré en 13 ans. L’enquête révèle une day Talk , les Kurdes ne forte volonté et la détermination voient pas dans le séparatisme la solution au problème kurde. Seuls 2,3 % de partager un avenir commun, aussi bien des Kurdes de Turquie penseraient que chez les Turcs que chez les Kurdes. l’indépendance constitue la solution au problème selon lui, tandis que 5,7 % estiment La stratégie du PKK : qu’elle réside dans une structure de type monter Kurdes contre Turcs fédéral et 11,9 % dans un gouvernement La proportion de Kurdes qui ne conçoit pas un avenir commun avec les Turcs en Turquie régional autonome. se maintient à environ 10 %, tandis que ce pourcentage est trois fois supérieur chez les Une sécession ne résoudra Turcs. Des résultats qui battent en brèche pas la question kurde Intitulée «Perceptions sociales de la lutte l’idée courante selon laquelle les Kurdes de contre le terrorisme», l’enquête, qui a été pu- Turquie voient dans le séparatisme la solubliée la semaine dernière, montre également tion au problème kurde. Pour le président que 79,1 % des Turcs interrogés pensent du BILGESAM, la stratégie de l’organisaque les droits qui existent sont suffisants, tion terroriste PKK consiste justement à alors que cette proportion tombe à 31,9 % provoquer les Turcs pour les monter contre dans le cas des Kurdes. Par ailleurs, tandis les Kurdes. Cibler par exemple des fiefs que 12,3 % des Turcs et 33,5 % des Kurdes de l’ultranationalisme turc comme Adana pensent que la solution réside dans une par- et İnegöl, pour y commettre des attentats faite égalité en matière de droits civiques, ils entre dans le cadre de ce type de stratégie. ne sont respectivement que 5,3 % et 14,8 % Atilla Sandikli estime donc qu’il faut se félià penser qu’elle passe par le renforcement citer de ces chiffres qui montrent clairement des administrations locales. Et si 50 % des que Kurdes et Turcs n’ont pas mordu à Kurdes et 44 % des Turcs interrogés esti- l’hameçon, et que la plupart désirent vivre ment que «l’Etat a la volonté de résoudre ensemble et en paix.

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09 INTERNATIONAL

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Görmez : «On ne répare pas une offense par une autre offense» Les débordements violents suite aux nombreuses manifestations qui ont enflammé le monde musulman après la diffusion du film anti-islam ont été largement condamnés par les autorités islamiques. Pour le secrétaire général de l’OCI, Ekmeleddin Ihsanoglu, «les musulmans ne devraient pas répondre à la provocation».

TURQUIE

ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

EN BREF

Vers des classes prépas payantes ?

Selon des informations publiées par le journal Le Monde, le gouvernement envisagerait de mettre fin à la gratuité des classes prépas. Les élèves non boursiers seraient les premiers concernés. Et pour cause, la classe prépa est la formation la mieux encadrée, la plus onéreuse par étudiant pour l’État et celle qui ouvre les portes des «grandes écoles». Aujourd’hui, aucun droit d’inscription n’est demandé aux étudiants en classe préparatoire. «C’est une piste à étudier. Elle le sera sans doute en début d’année prochaine», a-t-on confié dans l’entourage de la ministre de l’Enseignement supérieur Geneviève Fioraso.

Production de missiles balistiques

La Turquie a décidé de se lancer dans la production de son premier missile balistique, a déclaré le ministre de la Science Nihat Ergun au cours d’une conférence de presse. Le missile baptisé SOM a une portée de 300 km. C’est là le premier pas de la Turquie dans la construction de missiles à longue portée. Les Turcs estiment que dans l’intérêt de la défense nationale ils ont besoin de missiles d’une portée de 2 500 km. Pour la Turquie, une telle arme serait nécessaire face à l’instabilité croissante de la région suite aux retombées du «printemps arabe». Par ailleurs, il semblerait que le pays soit préoccupé par les ambitions balistiques iraniennes.

Une manifestation antiaméricaine contre le film anti-islam en Inde.

Alors qu’un appel à manifester samedi à Paris contre le film américain anti-islam a été lancé au lendemain d’une vague de violence qu’ont connue plusieurs pays musulmans, la réaction de la grande majorité des savants musulmans a été sans appel. Leur prise de position rapide et sans ambiguïté contre les violences témoignent du clivage entre le corps des savants, garant des principes fondamentaux de l’islam, et certaines franges de populations. Ainsi, l’Union internationale des savants musulmans (UISM), dont le siège se trouve au Koweït, a attiré l’attention sur le fait que le film anti-islam était provocateur et a ainsi demandé l’arrêt des attaques contre les ambassades américaines. La déclaration publiée par l’UISM, qui compte parmi ses membres des centaines de savants et de penseurs, et dont le président est Yusuf AlQaradawi, accepte certes qu’il est «légitime et normal de vouloir réagir face aux blasphèmes proférés à l’encontre» du Prophète, mais précise qu’il «incombe aux musulmans d’agir selon la loi islamique et les directives

du Prophète». Ainsi, le texte invite à «ne pas agir à son encontre en pensant le défendre». Dans la déclaration publiée par l’Union – qui compte parmi ses membres des centaines de savants musulmans d’Indonésie au Soudan, d’Europe aux pays du Golfe – il a été souligné qu’il était impératif que les musulmans maîtrisent leur colère. Le texte indique que l’objectif de ces actes islamophobes est de semer le trouble et que «répondre à ce type de provocations par la violence revient à agir tel que le désirent les fauteurs de trouble».

Le risque d’une campagne contre le monde musulman ?

Le secrétaire général de l’Organisation de la conférence islamique Ekmeleddin Ihsanoglu a de son côté également dénoncé le meurtre, à Benghazi, de l’ambassadeur américain en Libye Christopher Stevens et de 3 officiers consulaires, puis a rappelé que ces attaques violentes vont détériorer l’image du monde musulman. S’adressant à Zaman, Ekmeleddin Ihsanoglu a déclaré

que «les réactions ne doivent pas attiser la violence. Les musulmans ne devraient pas répondre à la provocation. Aucun motif ne peut donner le droit de manifester en utilisant la violence. Il faut agir dans le calme». Il s’est exprimé sur le risque que ces événements soient utilisés pour mener une campagne contre le monde musulman. Le président des Affaires religieuses Mehmet Görmez a également indiqué qu’il ne cautionnait pas l’usage de la violence pour condamner le film et a continué ses propos ainsi : «On ne répare pas une offense par une autre offense. Une injure ne peut être effacée par une injure encore plus grande». Le penseur musulman Fethullah Gülen a également très sévèrement dénoncé les violences en invitant plutôt les musulmans à exprimer leur indignation de façon appropriée et fidèle à l’enseignement prophétique. Jugeant que le film est une pure provocation, il a qualifié d’«inhumain» le meurtre des diplomates américains et a jugé que les musulmans doivent réagir avec retenue et sang-froid.

Syrie : Angelina Jolie visite les réfugiés

Angélina Jolie en visite dans un camp de réfugiés en Syrie.

L’actrice américaine Angelina Jolie, ambassadeur de bonne volonté du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), s’est rendue jeudi dernier en Turquie pour visiter une nouvelle fois les réfugiés syriens, a indiqué un diplomate turc à l’AFP. La star, qui était accompagnée du patron du HCR, Antonio Guterres, s’est rendue dans un camps constitué de bâtiments préfabriqués situé dans la province de Kilis, dans le sud-est de la Turquie, pour y ren-

contrer les Syriens, a-t-on souligné de même source. Ce camps, situé juste à la frontière syrienne, abrite 12.000 réfugiés. L’actrice s’est également entretenue jeudi à Ankara avec des responsables turcs dont le président Gül. Angelina Jolie avait déjà visité en juin 2011 un camp de Syriens en Turquie. La Turquie qui partage une longue frontière avec la Syrie accueille actuellement dans plusieurs camps quelques 80.000 réfugiés syriens qui ont fui le conflit dans leur pays.

«Si les politiques ont peur de la révolte, ils auront la révolution» Dans une interview donné au quotidien Le Monde, l’économiste Jacques Attali a estimé que Nicolas Sarkozy n’avait pas imposé de nouveaux impôts aux Français et des économies budgétaires «par manque de courage politique».


10 INTERNATIONAL

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Rohingyas : la Birmanie sous pression étrangère La pression internationale commence à faire fléchir les autorités birmanes sur le sort des populations musulmanes Rohingyas.

Pendant 50 ans, la junte birmane était passée maître dans l’art d’ignorer les pressions extérieures. Mais le régime en place depuis l’an passé a choisi de s’ouvrir et, confronté à de récentes violences communautaires, il doit apprendre à composer avec l’opinion internationale. Une vaste région située le long de la frontière avec le Bangladesh, en Etat Rakhine (exArakan, ouest), a été le théâtre de violences qui ont fait 90 morts depuis juin entre membres de l’ethnie bouddhiste rakhine et Rohingyas, une minorité musulmane apatride considérée par l’ONU comme l’une des plus persécutées de la planète. Le dossier a tout de suite capté

l’attention des Occidentaux et des pays arabes. Autant de pressions qui ont forcé le pouvoir à se défendre et à accompagner les délégations étrangères sur le terrain. «La plupart d’entre eux comprennent bien la situation mais certains n’ont pas une vue d’ensemble complète», estime Zaw Htay, un directeur au Bureau de la présidence à Naypyidaw. Le changement de cap est spectaculaire par rapport au cyclone Nargis de 2008 (138.000 morts ou disparus), après lequel la junte avait fermé ses frontières et refusé l’aide étrangère. Aujourd’hui, Naypyidaw veut réintégrer le concert des nations et faire tomber les sanctions.

Iran: Hollande parle diplomatie à Netanyahu François Hollande s’est entretenu mercredi au téléphone avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à qui il a affirmé la «nécessité de trouver une solution diplomatique» sur la question du nucléaire iranien, annonce l’Elysée dans un communiqué. «S’agissant de la question nucléaire iranienne, le président de la République a rappelé la détermination

de la France pour que l’Iran suspende l’ensemble de ses activités sensibles et mette en oeuvre les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies et de l’Agence Internationale de l’Energie atomique (AIEA)», dit l’Elysée. Benjamin Netanyahu a haussé le ton ces derniers jours face à l’Iran, exigeant à plusieurs reprises que Washington fixe une «ligne rouge» sur le programme nu-

cléaire de Téhéran, jusqu’à crisper les relations avec son allié américain. L’Elysée écrit que la France «(assumera) pleinement ses responsabilités pour renforcer les sanctions à l’encontre de l’Iran tant qu’il ne se conformera pas à la légalité internationale». François Hollande «a également affirmé la nécessité de trouver une solution diplomatique à cette crise», selon le communiqué.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset, le Parlement israélien.


11 ECONOMIE Le Suédois Ikea étend son empire 21 - 27 SEPTEMBRE 2012 ZAMAN FRANCE

Le mobilier n’est plus le seul secteur d’activité d’Ikea. Déjà présente dans la restauration, la multinationale suédoise se lance aujourd’hui dans l’immobilier. A partir de 2013, elle va ouvrir ses propres hôtels avec toujours la même stratégie : proposer les prix les plus bas.

En un an et demi, les réserves en devises de la Banque centrale égyptienne ont chuté de 21 milliards de dollars.

AZIZ OGUZ PARIS Même en plein milieu du mois d’août, la nouvelle a fait mouche : Ikea, le géant du mobilier, a annoncé qu’il allait se lancer dans l’hôtellerie. L’entreprise suédoise ambitionne d’ouvrir progressivement, à partir de 2013, une centaine d’hôtels low cost dans plusieurs pays européens en commençant par l’Allemagne. L’ambitieux projet sera supervisé par Inter Ikea, une entité de l’entreprise, qui, pour le mener à terme, pourra compter sur les 3 % de royalties (commission monétaire reversée en fonction d’un pourcentage de chiffre d’affaires) qu’elle touche chaque année, soit... 750 millions d’euros en 2011. Ikea affiche en effet une santé insolente : l’année dernière la firme a réalisé un chiffre d’affaires de près de 25 milliards d’euros pour presque 3 milliards d’euros de bénéfice. La multinationale est un poids lourd de l’économie mondiale. Au 31 août 2011, le mastodonte suédois comptait 287 magasins dans 26 pays et employait plus de 131.000 personnes. Son appétit est débordant. Et la firme voit dans l’immobilier un nouvel eldorado à saisir. A partir de 2013, la multinationale va bâtir un «quartier Ikea» dans l’est de Londres, qui sera composé de 1.200 maisons, de commerces, de bureaux, d’un restaurant et d’un hôtel. La firme veut mener un projet similaire à Hambourg ou encore à Bucarest. Inter Ikea envisagerait même de construire des loge-

ments étudiants dans certaines villes européennes.

La Suède comme argument marketing

Mais avant l’immobilier, Ikea s’était déjà diversifié en misant sur l’alimentation : la plupart de ses magasins ont un restaurant ou un bistrot. Et tous disposent d’une épicerie suédoise. Ikea exploite au maximum l’image de la Suède. Les couleurs jaune et bleu du pays sont omniprésentes. Les noms des produits sont en suédois (Björken, Fräck, Majskorn, etc.). Le charme scandinave opère à merveille. Mais Ikea doit surtout son succès à l’idée de son fondateur Ingvar Kamprad : les meubles en kits. Le client achète un meuble en pièces détachées qu’il doit luimême transporter et monter. Résultat : prix bas et accessibles au plus grand nombre. Mais pour diminuer les coûts, la firme a compris qu’il fallait aussi délocaliser : dès 1961, son fondateur signait des accords avec des usines polonaises pour produire à bas coût. Selon le magazine Alternatives économiques, Ikea compte aujourd’hui 1.220 fournisseurs dans 55 pays, dont un tiers se trouve en Asie. L’autre coup de force d’Ikea est d’avoir inventé le parcours obligatoire en zigzag : en allant dans le magasin, le client rentre dans un véritable labyrinthe. L’objectif est de le pousser à consommer en lui présentant une pléthore de produits. Stratégie payante dans le mobilier, mais le sera-t-elle dans l’immobilier ?

La Turquie investit 2 milliards de dollars en Egypte

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La Turquie va présenter un paquet d’aide de deux milliards de dollars à l’Egypte pour soutenir son économie, en proie à de graves difficultés depuis la révolte populaire de début 2011, a annoncé samedi le ministre égyptien des Finances Momtaz al-Saïd. Ankara s’est mis d’accord avec Le Caire pour fournir «un paquet d’aide à l’Egypte d’une valeur de deux milliards de dollars, qui seront utilisés pour soutenir les réserves en devises de l’Egypte et financer des projets d’infrastructures», a dit M. Saïd, cité par l’agence officielle Mena. Cela «participera à renforcer l’économie égyptienne et l’aidera à regagner stabilité et croissance», selon le ministre. L’accord a eu lieu lors de la visite d’une délégation égyptienne de haut niveau à Istanbul, a précisé l’agence. L’instabilité politique en Egypte s’est traduite depuis le soulèvement de début 2011, qui a

renversé le président Hosni Moubarak, par de graves difficultés pour le secteur crucial du tourisme, une chute des investissements étrangers, une aggravation du déficit budgétaire et de nombreux conflits sociaux. Les réserves en devises de la Banque centrale ont fondu de 36 à 15 milliards de dollars en un an et demi, menaçant la capacité du pays à importer des produits de base et à soutenir le cours de sa monnaie, la livre égyptienne. Le gouvernement égyptien a demandé un prêt de 4,8 milliards de dollars au Fonds monétaire international (FMI), destiné à soutenir des réformes économiques. Le Qatar a récemment annoncé qu’il allait investir 18 milliards de dollars sur cinq ans en Egypte, après avoir décidé d’apporter un soutien financier de 2 milliards de dollars au Caire sous forme d’un dépôt auprès de la Banque centrale égyptienne.


12 CULTURE

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Metin Arditi : le pluralisme ottoman comme héritage A l’occasion de la bouillante actualité littéraire de Metin Arditi, dont la parution en langue turque du roman Turquetto distingué par le prix Giono, Zaman a rencontré l’écrivain suisse dont l’histoire à l’image de son personnage Eli plonge ses racines en Turquie. ZEHRA ONAT ISTANBUL Le roman de l’écrivain et par ailleurs président de l’orchestre de Suisse romande, Metin Arditi, intitulé Turquetto, récompensé par le prix Giono, vient de paraître en turc à Istanbul. Une nouvelle actualité littéraire pour cet écrivain qui en compte d’autres comme la sortie de son dernier ouvrage, Prince d’orchestre, chez Actes Sud. Dans Turquetto, le lecteur plonge dans une aventure qui débute en 1531 avec l’histoire d’Eli Soriano, né à Istanbul dans une famille juive, et qui n’a pas connu sa mère. A la mort de son père alors qu’il était très jeune, Eli fuit la capitale pour Venise, entraîné par sa passion pour le dessin. Le personnage principal de Turquetto, qui n’avait pas pu se réfugier en Europe en raison de ses origines juives, a décidé de rentrer à Istanbul. Sur bien des points, l’histoire de Metin Arditi ressemble à celle d’Eli. L’exode des ancêtres de Metin Arditi a débuté avec l’expulsion des Juifs d’Espagne et a pris fin en terres ottomanes.

Le lien profond avec la terre natale

L’écrivain est né en 1945, à Ankara. Il n’avait que sept ans lorsqu’il est parti étudier en Suisse. Lui aussi, séparé de ses parents, est retourné ensuite dans sa terre natale après plusieurs années… Bien qu’il n’ait pas vécu une enfance pauvre et n’a pas perdu sa famille comme Eli, Metin Arditi reconnaît une ressemblance entre son lien personnel avec la Turquie et celui de son protagoniste Eli. «Lui aussi a ressenti le besoin de retourner dans ce pays !» dit-il.

Quelle quête a poussé Eli à retourner à Istanbul ? La réponse d’Arditi semble nous montrer la valeur sentimentale qu’il accorde à son personnage : «je ne sais pas s’il y avait une réelle quête. Parfois vous faites une chose simplement parce que vous êtes obligés de le faire, vous ne réfléchissez pas forcément à ses raisons. Le retour d’Eli à Istanbul est sans doute de cet ordre-là. Il est comme la continuation d’un processus naturel». L’auteur pense d’ailleurs que nous possédons tous un lien très particulier avec notre terre natale. «Je vis en Suisse depuis des années. Je mène une vie heureuse et accomplie mais plus le temps passe et plus je me sens Turc !», dit-il. Il existe deux raisons principales au fait qu’Arditi se sente Turc et héritier de l’Empire ottoman. La première est liée au fait qu’il est né en Turquie et qu’il y a passé des moments qu’il décrit comme «fantastiques» jusqu’à l’âge de sept ans. La seconde est qu’il se définit en tant que Turc ottoman, car il exprime en toute conscience son choix de faire partie de cette terre.

La tolérance ottomane en héritage

quoi les membres de ma famille ne sont pas restés en Espagne et l’ont fui ou pour quelles raisons ils ne se sont pas installés en Italie, qui se trouvait

sur leur chemin ? Parce que l’Empire ottoman ne les a pas maltraités à une époque où les Juifs étaient massacrés, et [parce qu’il les a] acceptés». L’auteur rappelle à ce propos que la plupart des femmes chrétiennes amenées à Istanbul en tant qu’esclaves sont devenues mères de sultans et raconte que Mehmet le Conquérant (Mehmet II) n’a pas détruit les églises après avoir conquis Istanbul. La littérature et la musique turques occupent également une très grande place dans la vie de Metin Arditi. «Il n’existe aucune différence entre être chef d’orchestre et directeur d’une entreprise, mais mon lien à la musique est encore plus particulier», indique l’auteur, qui précise que la musique lui apporte beaucoup dans ses travaux d’écriture. Metin Arditi considère même qu’il existe un lien indéfectible entre littérature et musique. «Lorsque vous passez à côté de la musicalité en littérature, tout n’est que bruit. Mais lorsque vous trouvez la bonne mélodie des mots, vous obtenez un résultat élégant, charmant» explique-t-il.

Il souligne notamment que chaque période de l’histoire ottomane s’est déroulée sous le règne de la tolérance. «Pour-

Le romancier suisse à succès Metin Arditi est né à Istanbul en 1945.

Les arts de l’Islam s’exposent au Louvre Le président de la République François Hollande au cours de l’inauguration de la nouvelle collection des Arts de l’Islam au musée du Louvre, mardi 18 septembre.

Le Louvre déploie à partir de samedi les trésors de sa collection des Arts de l’Islam dans les nouveaux espaces prestigieux pensés pour elle, avec la volonté de montrer cette civilisation dans tout son raffinement, dans toute sa diversité et dans toute sa complexité. «Il s’agit de présenter la face lumineuse de cette civilisation qui engloba en son sein une humanité infiniment variée et riche», explique le président-directeur du musée Henri Loyrette, dans la préface du catalogue. «Nous avons souhaité mettre en avant une ap-

proche large et inclusive qui rassemble des mondes très divers (andalou, mamelouk, ottoman, persan)», ajoute M. Loyrette qui a voulu sortir les Arts de l’Islam de leur «marginalisation» dès son arrivée au Louvre en 2001. Pour le Louvre, «il s’agit de montrer l’Islam, avec un grand I. En langue française, cela désigne la civilisation. Le propos n’est pas de se centrer exclusivement sur l’islam avec un petit i, qui désigne la sphère religieuse», indique Sophie Makariou, directrice du département des Arts de l’Islam.


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21 - 27 SEPTEMBRE 2012 ZAMAN FRANCE

Franc-maçonnerie : une confrérie laïque en terre d’islam

A lire

efficace. Tous ont alors en commun d’avoir fait leurs les «idées françaises», conçues comme étant par excellence celles de la modernité : l’exaltation de la triade Liberté, Egalité, Fraternité, la foi en la civilisation La proximité entre et en la science, le culte du progrès. franc-maçonnerie et soufisme Ici comme ailleurs, il s’agit de l’élite Et, comme le montrent de manière cultivée – militaires, magistrats, exemplaire la pensée et l’action de fonctionnaires, hommes de religion, l’intellectuel et réformateur Namik hautes personnalités telles que le Kemal (1840-1888), cette vénération président du Conseil d’Etat Ibrahim de l’Occident, d’un Occident dont la Edhem Pacha ou le prince égyptien place est ici démesurée, ne niait en Mustafa Fazil Pacha, etc. –, élite que rien leur attachement à l’islam. Car caractérise une forte aspiration au non seulement la pensée islamique progrès et à la liberté, et qui a ren- ne devait s’opposer ni à la science, ni contré ici une structure européenne à l’évolution des mœurs sociales, ni à celle des formes de gouvernement, mais encore l’islam recélait-il les moyens d’une renaissance susceptible de faire pendant à la modernité occidentale. La greffe a du reste d’autant mieux pris ici que la loge maçonnique relève d’une structure aussi familière qu’ancienne en islam : celle – à la fois ésotérique, corporative et philosophique – dont ont toujours procédé les confréries soufies, les corporations et les ordres chevaleresques (la doctrine commune de l’unicité de l’Etre assurant par ailleurs le passage d’une culture à l’autre). On comprend dès lors que de grandes figures telles que l’émir Abd el-Kader (1808-1883), chef politique moderne et théologien soufi ou les réformistes musulmans Jamal Eddine el-Afghani (1838-1897) et Mohamed Abduh (1849-1905) aient été francs-maçons. Mais aussi qu’il n’y ait aucun paradoxe à ce que la plupart des Jeunes-Turcs – à l’origine de la Turquie kémaliste – aient été à la fois membres de confréIsmail Enver, l’un des leaders du mouvement des Jeunes- ries soufies, bergsoniens Turcs dont plusieurs membres étaient franc-maçons. et francs-maçons.

vent surreprésentées. Ainsi en 1869 la loge stambouliote L’Union d’Orient comptait-elle 143 «frères», mais dont seulement 53 musulmans.

& à voir...

gronde. Il ne saurait renier cet oncle et cette tante à qui il doit tant, ni renoncer à l’amitié de ses camarades pieds-noirs. Mais plus encore, il ne saurait trahir la mémoire de son père, les Ce que le jour doit à la nuit, valeurs qu’il lui a inculquées : réalisé par Alexandre Arcady (drame historique, la fierté, la fidélité à la patrie, romance, France, 2012, 2h39). Avec Nora aux siens, et le respect de la Arnezeder, Fu’ad Ait Aattou, Anne Parillaud, parole donnée. Quel qu’en Vincent Perez, Fellag. soit le prix. Sortie en salles le 12 septembre.

CONCERT

L’écho du Bosphore – Dialogue entre Orient et Occident

Faire dialoguer les musiques savantes ottomane et française des XVe et XVIe siècles, tel est le projet autour duquel se sont unis les ensembles Kudsi Ergüner et Douce mémoire. Une conversation musicale où cornets et bombardes répondent à la cithare, au qanoun et au oud.

CONFÉRENCE

L’urbanisation d’Istanbul dans l’Histoire

Architecte urbaniste, à la tête de projets phares tels que le développement de Bahçesehir, nouvelle ville du «Grand-Istanbul», le professeur Aykut Karaman donnera les clés de la compréhension de l’évolution urbaine d’Istanbul. Le 27 septembre à 19:00 Centre culturel Anatolie 77, rue La Fayette 75009 Paris

Jean Baubérot

Jean Baubérot présentera son ouvrage La laïcité falsifiée. L’occasion pour le sociologue de débattre de la récente proposition du ministre de l’Education nationale visant à instaurer un enseignement de «morale laïque». Le 24 septembre à 19:30 La plateforme de Paris 72, rue Victor Hugo 93500 Pantin

TABLE RONDE

cette Algérie des années 1950, ses yeux bleus et son nouveau prénom – Jonas –, faciliteront grandement son intégration dans la société dominante ; ses amis sont Pieds-noirs. Au sein de la bande, il y a une fille, Emilie, dont tous sont amoureux. Entre elle et Jonas naîtra une idylle, bientôt impossible : la révolution algérienne

Nigeria, années 1980. Le pasteur Wuye et l’imam Ashafa sont à la tête de milices ennemies. Aujourd’hui, les deux hommes sont codirecteurs du Centre de médiation interreligieux islamo-chrétien de leur ville. Le film sera suivi d’un débat, d’un temps spirituel interreligieux, ainsi que d’un verre de l’amitié.

Le 22 septembre à 20:45 Eglise de Saint-Sulpice-de-Favières Place de l’Eglise 91910 Saint-Sulpice-de-Favières

Dilemme sentimental dans l’Algérie coloniale Entre fresque historique et romance Ce que le jour doit à la nuit est adapté du roman homonyme de Yasmina Khadra. Des années 1930 à nos jours, l’itinéraire de Younes, aux prises avec un destin frappé du sceau de la dualité. La mort dans l’âme, son père, ruiné, le confie à son oncle, un notable oranais marié à une Française. Dans

Non-violence, réconciliation et religions

Le 22 septembre de 14:00 à 18:00 Fraternité Notre-Dame de Paix 32, rue Boissonade 75014 Paris

RENCONTRE

Islam des mondes

SEYFEDDINE BEN MANSOUR TUNIS Le 30 août dernier, le Grand Orient de France (GODF) a élu un nouveau grand maître en la personne de Joseph Gulino. Un mois plus tôt, l’obédience maçonnique française avait co-signé une lettre dans laquelle elle faisait part de son inquiétude face à la possible extension à l’islam du Concordat et appelait à une «sortie graduelle et négociée [de ce] régime dérogatoire» dans lequel l’Etat reconnaît, organise et finance les cultes juif et chrétiens en Alsace et en Moselle. Cet esprit laïque de la franc-maçonnerie, conjugué à son origine non musulmane, a toujours suscité une certaine animosité dans les milieux dévots au sein des pays d’islam. Son caractère universaliste et international, qui échappe en partie au contrôle de l’Etat, lui vaudra par ailleurs la méfiance des cercles nationalistes. Effet de la poussée rationaliste du XVIIIe siècle, et aspect manifeste de l’influence européenne, les loges maçonniques – d’abord françaises, anglaises et italiennes – apparaissent dès 1830 en terre d’islam. Dans la deuxième moitié du XIX e siècle, si elles commencent à devenir autochtones – c’est-à-dire ottomanes, essentiellement –, elles comptent encore beaucoup d’étrangers. Elles ne se rencontrent d’ailleurs que dans les villes marquées par une forte présence occidentale et solidement liées sur le plan économique et culturel aux pays d’Europe (Istanbul, Beyrouth, Alexandrie, Le Caire, etc.). Parmi les autochtones qui les composent mêmes, les minorités juives et chrétiennes – intermédiaires traditionnels entre l’Europe et l’Islam – sont sou-

AGENDA CULTUREL

CINÉ-DÉBAT

14 CULTURE

Syrie : vers une sortie de crise ?

Avec Marc Lavergne, chercheur au CEDEJ, Thierry Boissière, chercheur du GREMMO, ainsi que Pierre Borelle et François Zamparini de Médecins sans frontières. Le 25 septembre à 18:00 iReMMO 5/7, rue Basse des Carmes 75005 Paris


OPINION15

21 - 27 SEPTEMBRE 2012 ZAMAN FRANCE

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Film anti-islam : ne pas céder aux provocations Les réactions violentes au film L’innocence des musulmans, loin de trouver une légitimité dans les textes de l’islam, ont été largement condamnées par les autorités religieuses. Pour le chroniqueur Markar Esayan, si le film relève incontestablement de la provocation, les musulmans doivent être capables de l’«endurer au nom de leur foi». De violentes manifestations avaient eu lieu après la publication de caricatures insultant l’islam et le Prophète, faites par un dessinateur danois. Des MARKAR ESAYAN manifestations similaires ont eu lieu dans différents endroits du monde, en réponse au film blasphématoire tourné aux Etats-Unis, intitulé L’innocence des musulmans . Il n’y a pas grand-chose à dire au sujet du film. Honnêtement, les mots sont faibles pour le désigner mais il peut être ouvertement qualifié de vicieux, mal intentionné et insultant. Il est évident qu’il a été tourné pour provoquer des réactions. L’islam ainsi que toutes les autres religions enseignent que la loyauté nécessite de faire preuve d’humilité et de patience pendant de telles épreuves. Elles soulignent même que de telles agressions jouent un rôle important dans la consolidation de la foi et de la croyance. Les croyants doivent, s’il le faut, être capables d’endurer au nom de leur foi car leur religion leur promet une grande

récompense dans l’au-delà. où les opinions religieuses En d’autres termes, il est influencent l’Occident ; mais erroné de lier les réactions l’islam d’Occident est touché violentes contre le film avec par les pratiques culturelles les préceptes de l’islam. Rédu Vieux continent dans la clamer la vie de personnes vie courante. L’islam touche innocentes, détruire leurs l’Occident – et plus partipropriétés, inticulièrement l’Eumider les perrope – au niveau sonnes et comdémographique et mettre des actes paradigmatique ; violents n’est il a plus ou moins ni islamique, ni supplanté le chris«La modernité a humain. Plutianisme par son sieurs savants perdu le monopole et dynamisme puisé m u s u l m a n s l’Orient s’est soulevé. au fil des siècles o n t f a i t d e s Cela devait bien arri- en représentant d é c l a r a t i o n s ver un jour ou l’autre» les pauvres et les condamnant opprimés. Les ces actes d’agression. Ils crianciens peuples colonisés tiquent ce film blasphémasont désormais les proches toire mais ont appelé les voisins et partenaires des musulmans à garder leur Occidentaux. Cela se ressent calme et à rester prudent. fortement en Occident et Cela signifie que les manientraîne inévitablement des festations disproportionnées oppositions et des radicaqui ont eu lieu dans le lismes, ce qui explique le Moyen-Orient et ailleurs soulèvement de l’Orient dans le monde ne sont en à cet égard. Il s’agit d’une rien islamiques. Avant de forte opposition contre une l’analyser, il est nécessaire longue histoire coloniale d’observer les répercussions partagée avec l’Occident. de cette provocation en OcCette réaction sauvage et cident. cette rage doivent d’une part être canalisées par une autre dynamique mais ne doivent Les préjugés laïcs de pas être utilisées ou l’Occident exploitées à de mauIl existe une partie de la vaises fins. D’autre population occidentale qui part, ce sentiment a des préjugés sur l’islam et de victimisaqui est réticente à l’idée de tion empêche vivre avec les musulmans. l’Orient d’avanCes personnes ne représencer. Mais cela tent, bien évidemment, pas est loin d’être toute la société occidentale. simple à réaliser Le véritable problème car l’Orient reste vient du mouvement un marécage de laïc des lumières, le sang enlisé dans seul mode de vie de gros problèmes. autorisé par la modernité dans Le changement en la vie politique, culturelle, sociale marche dans le monde et quotidienne. musulman Nous vivons Les peuples arabes sont dans une ère en train de renverser des postmoderne dictatures mais devront hybride où quand même être goula laïcité est vernés par des régimes de en cours de transition pour un temps. redéfinition et Des incertitudes vont planer

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mais ces peuples changeront et redéfiniront leurs rapports avec ces gouvernements selon leurs capacités, leurs croyances et leurs valeurs. Il y aura plus de libertés et même si le coût sera énorme, nous n’aurons pas à attendre cinq siècles pour ce changement. C’est une bonne nouvelle dans ce monde globalisé de l’information et de la technologie. Le problème est le suivant : comment ces normes orientales et occidentales vont pouvoir se compléter, se confronter et émerger ? Cela arrivera-t-il ? Les sociétés changent-elles nécessairement lorsqu’elles se recherchent ? Il faut également envisager les relations entre les chrétiens d’Orient et les populations majoritaires de la société. Rien de cela n’a été pris en compte. Ce qui est sûr, c’est que nous traversons un tournant historique dans lequel le paradigme de la modernité a perdu le monopole et où l’Orient s’est soulevé. Cela devait bien arriver un jour ou l’autre. m.esayan@todayszaman.com


Le transfert d’Ibrahimovitch au Paris SaintGermain pour un montant évalué à 21 millions d’euros est l’une des rares opérations financières de ce niveau en France.

Le football n’a pas été épargné par la crise Le montant financier global des transferts dans le monde du football a nettement baissé ces deux dernières années. Un recul attribué au contexte de crise économique qui n’a pas épargné les plus grands clubs européens comme Chelsea ou le Barça.

HASAN CÜCÜK ISTANBUL Cette année, le marché mondial du football a subi les contrecoups de la crise économique et a préféré gérer ses dépenses en fonction de son budget. Les frais de transfert ont ainsi pratiquement baissé de moitié, comparés à ceux d’il y a deux ans. Depuis 2008, le marché du football – où circulent de grosses fortunes – semblait être épargné par la mauvaise conjoncture. Les clubs anglais, rachetés par des hommes d’affaires russes, arabes, américains et thaïlandais, dépensaient des millions de dollars lors des transferts. Le club anglais Chelsea a par exemple intégré dans son équipe les deux jeunes talents Eden Hazard et Oscar pour un montant global de 72 millions d’euros (40 millions d’euros pour Hazard, 32 millions d’euros pour Oscar). En remportant la coupe de la Ligue des Champions, son entraîneur Roberto Di Matteo a réalisé le plus grand rêve de son président Roman Abramovich. Il a dépensé, jusqu’à présent, 97 millions d’euros. Manchester United, dirigé par Alex Ferguson, a dépensé pour sa part 57 millions d’euros en transferts, dont 30 millions d’euros versés à Arsenal pour l’Hollandais Robin Van Persie. Alex Ferguson a également versé la somme de 16 millions d’euros au Borussia Dortmund pour le joueur Shinji Kagawa. Une des surprises de la Ligue anglaise a été le silence de Manchester City lors des transferts. Manchester City, qui avait jusqu’à présent intégré l’ancien joueur d’Everton Jack Rodwell pour un montant de 15 millions d’euros,

a clôturé à la hausse sa saison de transferts en obtenant 21 millions d’euros de la vente d’Adebayor et d’Adam Johnson. Alors que l’année dernière les clubs de Première Ligue avaient dépensé 635 millions d’euros en transfert, ils ont nettement ralenti la cadence en ne versant que 515 millions d’euros pour cette saison. Parmi les premiers pays européens à être touchés par la crise économique figurent, bien évidemment, l’Espagne.

La parcimonie des clubs espagnols

Le Real Madrid et Barcelone – qui d’habitude font partie des clubs qui mènent le marché des transferts – ont passé une saison de transferts plutôt calme. Il convient évidemment de ne pas négliger le rôle important que joue la crise dans cette tranquillité. Le Real Madrid a clôturé la saison avec le transfert du joueur de Tottenham Luka Modric, en sortant 30 millions d’euros de sa caisse. De la même façon, l’adversaire le plus redoutable du Real Madrid, le Barça, a également été «avare». Le club barcelonais a dépensé un total de 33 millions d’euros en intégrant les joueurs vedettes Alex Song et Jordi Alba dans son équipe. Les équipes de La Liga – qui rivalisent avec celles de la Première Ligue en matière de dépenses en transferts – sont, cette saison, restées bien en deçà des ligues d’Italie, de France et d’Allemagne. Dans l’Hexagone, seul le Paris Saint-Germain (PSG), vendu en 2011 au groupe Qatar Investment Authority, a défrayé la chronique.

Zaman France N° 231 - FR  

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