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GIUSEPPE CAMMARANO Sciacca 1766 – Naples 1850

Mucius Scaevola Plume et encre brune, lavis brun, rehauts de gouache blanche 449 x 678 mm (17 5/8 x 26 3/4 in.)

noircir les yeux, tandis que le second, Psyché portée par le vent est d’un néoclassicisme déjà plus sinueux et plus précieux, plus influencé par le néoclassicisme allemand que français. Encore très jeune, Cammarano avait travaillé auprès de Fedele Fischetti dans l’église Santa Maria a Pugliano par exemple, puis de Jacob Philipp Hackert au Casino di Cardito. Repéré par Ferdinand IV de Naples, il est primé et envoyé à Rome où il découvre les œuvres d’Anton Raphaël Mengs et de Pompeo Batoni. À son retour, il travaille avec Andrea Giusti à la restauration de la villa della Tenuta di Carditello. En 1799, au moment de l’éphémère République parthénopéenne, Cammarano est à Naples où il a de nombreux contacts avec Heinrich Friedrich Füger et J. Heinrich Wilhelm Tischbein, représentants du néoclassicisme plutôt germanique. Quelle est donc la destination de telles feuilles dans le contexte de la carrière d’un peintre jeune encore, apprécié, proche des cercles néoclassiques mais qui a aussi travaillé aux côtés de représentants du baroque tardif tels que Fischetti ? S’agit-il d’une série préparatoire à un décor destiné à être effectué peut-être en grisaille ou camaïeu2 ? Ou plutôt de dessins réalisés per se ? Leur degré d’achèvement et la sophistication de leur technique plaident en faveur de cette hypothèse. En octobre 1799, Cammarano demande à être nommé professeur de l’académie des beaux-arts de Naples : avec ces dessins pourrait-il chercher, comme l’a envisagé Fabiana Mendia dans son article consacré à l’artiste3, à prouver son adhésion aux principes de « la simplicité de la composition qui a été réalisée depuis David […], l’abstraite pureté de la ligne » prônée par son directeur Tischbein, qui quitte justement ses fonctions cette même année ?

Autrefois attribué à Luigi Ademollo, ce grand dessin néoclassique, au sujet viril et au traitement à la fois vigoureux et sophistiqué, peut être rendu au Napolitain Giuseppe Cammarano par comparaison avec deux autres feuilles signées de cet artiste. Les trois œuvres sont de même technique, de dimensions similaires, identiquement encadrées par une bordure noire et toutes dévouées à la représentation de thèmes héroïques tirés de l’histoire antique, chez Tite-Live ou Plutarque. Le nôtre représente Mucius Scaevola se brûlant la main droite pour résister au roi Porsenna ; les deux autres la mort de Virginie et Gaius Fabricius Luscinus chez Pyrrhus1. Les trois feuilles font preuve d’une même sensibilité à la lumière, dont l’artiste étudie les jeux dans les tentes antiques avec une belle précision. Notre scène est un nocturne, ce qui rend encore plus spectaculaires ces effets de lumière : l’artiste accentue les ombres portées par l’arcade sourcilière, particulièrement pour les personnages sous la lampe. On retrouve la même façon de représenter les corps aux musculatures excessives, aux postures ramassées, crispées, appartenant à une esthétique néoclassique exagérément expressive dans sa démonstration de force et de virilité. Le montage ancien du second des dessins Sotheby’s portait la date de 1799, ce qui donne une indication précieuse et tout à fait logique. Notre dessin et les deux de Sotheby’s s’insèrent stylistiquement bien en effet entre d’autres œuvres graphiques datées : un dessin de la Società Napoletana di Storia Patria de Naples porte la date de 1792 et un dessin de 1811 du Museo di San Martino de Naples, par exemple. Le premier, Achille et le Cadavre de Patrocle, réalisé à Rome, est beaucoup moins adroit, avec déjà cependant cette tendance à

94 DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire