Page 88

34

GIACOMO CESTARO Bagnoli Irpino 1718 – Naples 1778

Un homme entraînant une femme dans une galerie d’antiques et d’objets d’art Plume et encre grise, lavis gris 281 x 210 mm (11 1/16 x 8 1/4 in.)

en porcelaine et évoquer dans ce cas la manufacture royale créée par Charles de Bourbon et Marie-Amélie en 1743, transférée en Espagne, puis réinstallée à Portici par Ferdinand III sous le nom de Real Fabrica Ferdinandea. Il s’agit dans tous les cas d’évoquer une période exceptionnelle de création, de découvertes et de mécénat artistique à Naples.

Dans un style plus appliqué et plus lisse que de coutume, Giacomo Cestaro représente un homme et une femme dans un palais. L’homme entraîne la femme qui, coiffée d’une couronne végétale, ressemble à une allégorie et lui désigne de la main quelques objets précieux, pièces d’orfèvrerie et objets archéologiques, à moins qu’il ne s’agisse de porcelaines. Un putto qui tient une statuette les accompagne.

Bien que les dessins de Cestaro mélangent habituellement la pierre noire et l’encre brune et soient plus libres, plus rapides, on peut comprendre que l’artiste s’applique pour un projet particulier. La pose de l’homme est absolument celle que l’on voit dans ses tableaux et ses dessins. Son saint Philippe détruisant l’idole par la parole, sur le tableau de l’église Santi Filippo e Giacomo à Naples, a exactement la même pose, qui dérive d’ailleurs des modèles propagés par Francesco Solimena2 et Francesco De Mura. De même, on reconnaît le visage de l’homme, aux sourcils pointés vers le haut, issus également de Solimena, mais réutilisé à plusieurs reprises par Cestaro. Le savoir-faire graphique est, encore une fois, issu de l’enseignement du maître. On reconnaît le lavis gris, brillamment réparti, qui modèle des expressions raffinées et précises. Le clair-obscur et le mouvement sont toujours essentiels. Cependant ces éléments sont désormais au service d’une manière plus sophistiquée et plus détaillée, d’un style plus rocaille.

La particularité de ce dessin est d’être probablement une étude pour un frontispice ou pour une illustration de catalogue d’une collection d’objets d’art et d’antiquités, que nous n’avons pas encore pu identifier. Il évoque l’intérêt pour le monde de la collection et des amateurs d’antiquités à Naples, intérêt vivace et soutenu tout au long du XVIIIe siècle par le mécénat des Bourbons et par les découvertes archéologiques nouvelles des sites de Pompéi et d’Herculanum. Déjà à la fin du XVIIe siècle, comme le rapporte Winckelmann dans son ouvrage Storia dell’arte presso gli Antichi (Rome, 1783-84), l’avocat Giuseppe Valletta collectionnait les objets étrusques1. On peut encore citer la collection de vases grecs de Giovanni Carafa, Duca Di Noja, publiée dans un catalogue en 1778, ou bien sûr les célèbres collections de William Hamilton, véritable centre culturel qui fit de Naples un lieu incontournable pour les amateurs d’antiques. Les objets de ce dessin, les aiguières ou les statuettes, pourraient aussi être

86 DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire