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FILIPPO FALCIATORE Actif à Naples 1718 – 1768

Hercule et Lichas Pierre noire, pinceau et encre brune, lavis vert sur plusieurs feuilles de papier assemblées, piquées pour le transfert, filigrane trois cercles couronnés 457 x 329 mm (18 x 12 15/16 in.)

Giannone) ou L’Assalto al carro dei carcerati al Largo del Mercatello (New York, marché de l’art). On observe surtout ce même décalage entre des sujets violents et la présence d’éléments décoratifs un peu incongrus, les fleurs par exemple. La différence de technique ne cache pas la familiarité de physionomie et de silhouette entre Hercule et le personnage de Térée du dessin que nous présentons plus haut. Ils ont tous deux ces longues jambes à la musculature un peu exagérée, des déformations anatomiques voulues, une souplesse élastique particulière. La même énergie anime les personnages de notre dessin et celui de L’Étude d’un jeune noble attaché à un poteau (Museo di San Martino), préparatoire aux Brigands attaquant un carrosse de la Staatsgalerie de Stuttgart. On peut en particulier comparer ce dessin avec le Cain et Abel (fig. 1) du Museo di San Martino, où poses, physionomies, habillement et manière de faire voler les drapés concordent exactement.

Ce dessin se distingue des autres feuilles de Filippo Falciatore par l’usage du pinceau, qui donne au trait un aspect plus large et moins incisif que la plume. On retrouve cependant sa façon habituelle de faire : il colle plusieurs feuilles entre elles (leur filigrane est d’ailleurs similaire à celui de l’Allégorie de l’Air) et il pique son dessin pour le transfert. Il s’agit encore d’un outil de travail. On y reconnaît aussi la gestuelle énergique, un peu extravagante de ses personnages, qui anime ses scènes de rixes ou d’attaques, par exemple La Cuccagna al Largo di Palazzo (Naples, collection

Fidèle au récit de cet épisode qui précède la mort d’Hercule chez Apollodore (Bibliothèque II, 7.7) et chez Diodore de Sicile (Bibliothèque historique IV, 10), Falciatore nous montre Hercule coiffé de sa peau de lion dont on voit virevolter les pattes, faisant tournoyer Lichas pour le projeter dans la mer Égée, après que celui-ci lui eut apporté à son insu la tunique de Déjanire, empoisonnée du sang de Nessos. Comme toutes les représentations d’Hercule, le sujet se prête à démontrer l’habileté de l’artiste à dessiner les anatomies héroïques, mais implique aussi la capacité à rendre la violence de la douleur physique et de la fureur du héros.

Fig. 1 Filippo Falciatore, Cain et Abel, Naples, Museo di San Martino (en dépôt au musée Duca di Martina).

78 DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire