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FILIPPO FALCIATORE Actif à Naples 1718 – 1768

Térée pourchassant Procné et Philomèle Plume et encre brune, lavis gris et bleu sur traces de pierre noire, partiellement piqué pour le transfert, sur deux feuilles de papier jointes Avec inscription N 60 au verso 385 x 455 mm (15 1/8 x 17 7/8 in.)

BIBLIOGRAPHIE Laurie Marty de Cambiaire, « Filippo Falciatore dessinateur : trois nouvelles propositions », dans Le Dessin napolitain, actes du colloque international, Paris, École normale supérieure, 6-8 mars 2008, Rome, De Luca Editori d’Arte, 2010, p. 171, fig. 6 (illustré) et pl. LIV

Cette feuille est aussi un exemple de cette production graphique destinée à être utilisée pour la décoration intérieure. Piqué pour le transfert, il s’agit donc d’un poncif. La scène centrale représente le banquet de Térée, épisode particulièrement cruel des Métamorphoses d’Ovide (VI, 412-674) qui raconte comment le roi Térée fut puni pour avoir violé et mutilé Philomèle, la sœur de son épouse Procné, en lui coupant la langue. Philomèle réussit à se faire libérer en faisant parvenir à sa sœur une tapisserie qui racontait son histoire, laquelle se vengea en faisant tuer son fils pour le servir à table à son époux. Alors que Térée, ayant compris l’horreur de la situation, se précipite sur les deux sœurs, elles sont changées l’une en rossignol, l’autre en hirondelle. Malgré la rareté et la violence du sujet, il s’agit probablement d’un projet de décor pour l’intérieur d’un palais, puisque l’artiste a dessiné autour de la scène une bordure décorée de motif de fleurs destinée à être réalisée en stuc ou en bois.

Comme son maître le peintre, sculpteur et architecte Domenico Antonio Vaccaro, Filippo Falciatore est un artiste aux talents multiples, qui se fait le promoteur au milieu du XVIIIe siècle d’un goût nouveau. Cette tendance, plus profane et mondaine, s’éloigne de la leçon de Francesco Solimena pour s’affirmer par un langage résolument rocaille. Falciatore multiplie les scènes de genres, « bellissimi capricci di assassinamenti, d’incendie, di ricreazioni, disturbate in campagna ed altri bellissimi quadretti que han meritato la lodi di tutto il publico1… », travaille pour de prestigieux commanditaires et reçoit le « distintissimo onore » de réaliser la chaise à porteurs unanimement admirée de la reine Marie-Amélie de Saxe à l’occasion de son mariage avec le futur Charles III d’Espagne. La conception et la décoration de mobilier faisaient partie intégrante de l’activité de Vaccaro, et Falciatore, comme élève puis plus tard en son nom propre, reçut de nombreuses commandes de peintures de chaises à porteurs et de carrosses, de commodes ou de trumeaux. Malheureusement, peu de ces objets somptueux ont survécu au temps. Un exemple de cette production est le décor de l’église de Cicciano, dont Falciatore réalisa les deux retables et fournit tous les dessins pour les stucs, les marbres et le mobilier2.

La cruauté de la scène est intelligemment servie par l’accumulation de détails raffinés, comme l’orfèvrerie à l’arrière-plan, le mobilier, et par l’impression de fureur, de chocs stridents qui se dégagent de la gesticulation agressive des personnages et des grandes ailes qui poussent dans le dos des femmes. Toutes deux sont représentées au moment où elles perdent leur corps humain, et il semble qu’elles vont tomber hors de la scène. Il est même probable que, le décor étant placé en hauteur, les ailes qui débordent étaient destinées à être réalisées en stuc afin de produire un effet de trompe-l’œil, méthode fréquemment utilisée à Naples dans les églises pour impressionner les spectateurs.

72 DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire