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OLIVIO SOZZI Catane 1690 – Ispica 1765

L’Annonciation Gouache et huile sur papier, chantourné dans la partie supérieure 353 x 273 mm (13 7/8 x 10 3/4 in.)

capricieuse et galante d’un rococo issu de Conca et de Giaquinto ». Les putti en bas à droite d’une part, la marche qui forme un angle, la balustrade et le prie-Dieu sur lequel s’appuie la Vierge d’autre part sont des emprunts directs de deux tableaux de Giaquinto2, prouvant une intimité profonde avec l’œuvre du maître. La comparaison avec un certain nombre d’œuvres de Sozzi, notamment La Naissance de Marie pour l’église de Santa Maria della Stella à Militello (in situ), montre un usage similaire des éléments d’architecture et de décoration comme les colonnes, les balustrades, les escaliers mais aussi des draperies, des natures mortes d’orfèvrerie posées au premier plan. Les personnages sont proches de ceux de Giaquinto par leurs postures, leurs drapés. Deux petites têtes qui bavardent à l’arrière-plan sont très similaires dans les deux œuvres, et Sozzi utilise à plusieurs reprises, dans d’autres compositions, la figure de Dieu le Père survolant la scène, les bras écartés, parfois assis sur un globe terrestre que survole la colombe du Saint-Esprit3, représentation qui semble en revanche plutôt dériver des modèles de Conca.

Cette huile sur papier, dont le style évoque à la fois Sebastiano Conca, Francesco Celebrano et surtout Corrado Giaquinto pour la physionomie des personnages et les éléments essentiels de composition, peut être rapprochée des œuvres du Sicilien Olivio Sozzi. Palermitain d’origine et de formation, Sozzi se rend à Rome de 1729 à 1732 pour intégrer l’atelier de Conca. Il se lie d’amitié avec Corrado Giaquinto, dont il possède même des dessins et des bozzetti1. Ce court séjour transforme son style, et il rapporte à Palerme une manière qui a assimilé l’apprentissage romain et qu’il va développer dans un grand nombre de décors. Ses fresques pour la basilique de Santa Maria Maggiore d’Ispica font partie des chefsd’œuvre du settecento sicilien. C’est justement sur ce chantier, alors qu’il travaillait à la décoration de la Cappella Grande de la basilique en compagnie de son gendre le peintre Vito d’Anna, qu’il perd la vie en tombant d’un échafaudage. L’attribution repose en premier lieu sur le raisonnement que l’auteur de cette grisaille est un artiste influencé par Conca et Giaquinto pour la composition comme pour le faire. Cependant, l’iconographie inhabituellement chargée et la forme chantournée de la partie supérieure de la composition rappellent les modèles du settecento sicilien. Or, ainsi que l’écrit Citti Siracusano, Olivio Sozzi à partir des années 1750 « est actif à Catane et en Sicile orientale, où il infuse au milieu artistique local la grâce

Il est vrai que la manière ressemble aussi à celle de son gendre Vito d’Anna, élève de Giaquinto à son tour, influencé par lui comme par Sozzi. Les deux hommes, très productifs, travaillèrent beaucoup ensemble, Vito d’Anna plutôt à Palerme, Sozzi plutôt autour de Catane, dans un style très influencé par Giaquinto, et leurs œuvres sont parfois très proches.

68 DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire