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CORRADO GIAQUINTO Molfetta 1703 – Naples 1765

Vierge en gloire entre saint Luc et saint Jean-Baptiste Plume et encre brune lavis gris sur traits de pierre noire 256 x 188 mm (10 1/8 x 7 7/16 in.)

PROVENANCE Collection privée, Londres

et à la bibliothèque du Palais royal de Madrid, qui sont préparatoires à des sculptures pour ce palais. Pour le sujet, on peut la comparer avec une Sainte Famille du Museo di San Martino, datant également de la période espagnole. Toutes ces feuilles présentent la même schématisation légèrement anguleuse des formes humaines, qui n’enlève rien à la grâce du dessin. Leurs personnages ont les yeux en amande, et Giaquinto utilise avec fluidité le lavis gris qui permet d’exploiter la lumière. Surtout, l’artiste s’est débarrassé de petites fioritures qui provenaient de l’influence romaine de Trevisani par exemple pour se concentrer sur la forme, le volume, l’efficacité conjointe de la ligne et de la lumière. C’est une évolution qui touche aussi sa peinture, et il est intéressant de noter qu’elle intervient à une époque où l’artiste, à l’apogée de sa carrière, est en charge non seulement de la peinture mais de toute la décoration du Palais royal. À la manière de Charles Lebrun à Versailles, il dessine les sculptures, les stucs, il occupe aussi de lourdes charges administratives. Bien que naturellement prolifique, Giaquinto n’eut certainement pas d’autre choix que d’épurer sa manière, de trouver dans le dessin l’essentiel de la forme et de la lumière, nécessaires au bon fonctionnement du décor.

BIBLIOGRAPHIE Atti del convegno di studi su Corrado Giaquinto, Molfetta, 3-5 janvier 1969, fig. 11 Yvonne Tan Bunzl, Old Master Drawings, 11-29 mars 1969, n° 21 « L’un des plus élégants dessinateurs de l’école napolitaine », selon Walter Vitzthum, Corrado Giaquinto fut l’élève de Francesco Solimena dont il retint parfaitement la leçon, avant de mener une belle carrière à Turin (1733 et 1735), à Rome, où il établit son atelier et devient le professeur des jeunes artistes espagnols, puis en Espagne (1753-1762), où il cumule les fonctions de premier peintre du roi, directeur de l’académie de San Fernando et directeur de la Manufacture royale de tapisseries de Santa Barbara. Quatre ans avant sa mort, il laisse derrière lui ses œuvres les plus impressionnantes, celles du Palais royal et retourne enfin à Naples. Typique de la graphie de l’artiste, à la fois vigoureuse et fluide, d’une grande élégance, cette feuille rappelle celles qui sont conservées au Museo di San Martino

66 DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire