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PAOLO DE MATTEIS

Piano del Cilento, Salerne 1662 – Naples 1728

Étude de Cérès conduisant un char tiré par des dragons Plume et encre brune, lavis brun sur traces de craie noire, octogonal 415 x 269 mm (16 1/8 x 10 5/8 in.)

PROVENANCE Giancarlo Baroni, Florence ; sa vente, Sotheby’s New York, 29 janvier 2013, lot 99

les commanditaires français ont malheureusement disparu, nous empêchant de juger de leur qualité mais aussi des influences réciproques possibles. Il s’arrête à Gênes avant de continuer sa prospère carrière à Naples.

BIBLIOGRAPHIE Livio Pestilli, Paolo De Matteis, Neapolitan Painting and Cultural History in Baroque Europe, Farnham, Ashgate, 2013, p. 334 comme Aurore conduisant un char tiré par des dragons

Le sujet de ce dessin, interprété comme l’Aurore jusqu’à présent, est plus certainement une représentation de Cérès sur son char, tiré par des dragons-serpents. L’iconographie de Cérès est souvent confondue avec celle de la déesse d’origine phrygienne, Cybèle, ainsi qu’avec celle de Déméter, notamment quand elles sont utilisées pour l’illustration d’allégories des saisons ou des éléments. La présence de Pan et de la chèvre Amalthée nourrice de Jupiter prouve qu’il s’agit de Cérès, déesse de la Terre, puisque Pan et Amalthée ensemble représentent l’abondance, l’un des bienfaits de la déesse. Les créatures ailées qui entourent le char ensemencent la terre, puisant le grain dans leur panier. Si Matteis a représenté Cybèle à plusieurs reprises3, il ne semble pas avoir réalisé de décor sur le thème de Cérès. Le dessin date probablement de la période qui suit sa formation auprès de Giordano pendant laquelle il produisit de nombreux tableaux si proches de ceux de son maître qu’il est vraiment difficile de les distinguer4. Il en est de même de leurs dessins, qui furent un temps confondus. La main est ici en effet proche du style de Giordano et fait preuve, par son tracé maîtrisé et efficace allié à un lavis brillamment réparti qui donne au dessin toute sa lumière et son volume, d’une belle maîtrise de la technique graphique. La datation des années 1690 se confirme aussi par une certaine tendance rocaille dans la composition, tendance que suit également Giordano à cette époque.

Élève de Francesco Di Maria puis de Luca Giordano, Paolo De Matteis développe un style influencé par ses maîtres mais également par son séjour romain, où il s’imprègne du classicisme de Carlo Maratta tout en côtoyant les artistes français. Contemporain de Francesco Solimena, il est aussi son principal concurrent, connaissant de son vivant une célébrité et un succès parfois supérieurs. Sévèrement critiqué par ses biographes pour sa vanité, notamment par Bernardo De Dominici, il est cependant l’un des peintres qui reçoivent le plus de commandes de la part des églises de Naples. Très appréciées, ses œuvres sont souvent citées dans la Gazzetta di Napoli ; il y est même félicité pour la peinture du dôme de Santa Caterina a Formiello et du nouveau dôme du Gesù Nuovo, reconstruit à la fin du siècle après sa destruction par le tremblement de terre de 16881. Invité selon De Dominici par le comte d’Estrées et par le Dauphin2, Paolo De Matteis passe trois ans en France, de 1702 à 1705. Il y travaille pour des personnalités aussi influentes que le banquier Antoine Crozat, le « traitant » Jean Thèvenin, le marquis de Clérambault ou encore pour les augustins déchaussés (les Petits-Pères), qui lui commandent le plafond de leur bibliothèque. Toutes les œuvres réalisées pour

58 DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire