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ANTONIO GRANO Palerme 1669 – 1718

Gloire de saint Benoît de Nursie et des saints bénédictins (recto) ; Étude d’un ange (verso) Pierre noire, plume et encre grise, lavis gris (recto) ; plume et encre brune (verso) Avec inscriptions à la plume et encre brune S. Scholastica, S Gelrubis, S. Maurus, S. Bernardo, S. Aselmus, S. Placidus/ Il Corrado fece au-dessus des figures 246 x 297 mm (9 11/16 x 11 3/4 in.)

PROVENANCE Collection Alessandro Maggiori, son inscription à la plume et encre brune Aless.° Maggiori compro a Roma nel 1816. au verso

préoccupé par la Sicile pendant sa papauté, il y a fondé six monastères bénédictins. Saint Benoît est rarement représenté en mitre, mais cela est possible puisqu’il était abbé. C’est d’ailleurs ainsi que l’a peint Antonello da Messina1.

On retrouve ici, dans un sujet religieux, la manière typique d’Antonio Grano, un peu plus synthétique et moins décorative que dans la feuille précédente. Le dessin était anciennement attribué à Corrado Giaquinto, ce qui n’est pas étonnant tant la graphie rapide et sûre peut rappeler cet artiste. Par ailleurs, on retrouve cette atmosphère d’amoncellement sophistiqué qui rappelle les décors de stucs réalisés par les familles de décorateurs siciliens, les Serpotta ou les Messina, et qui étaient destinés à encadrer la peinture.

Autour de saint Benoît, on peut donc identifier plusieurs saints bénédictins grâce aux inscriptions de l’artiste dans un latin mêlé de dialecte local : sainte Scolastique, qui était sa sœur, sainte Gertrude, saint Maur, puis saint Anselme, saint Placide et deux saints désignés par un seul prénom, Bernard. Il s’agit probablement de Bernard de Clairvaux et de Bernard Paleara, originaire de Sicile, mais cela n’exclut pas d’autres saints bénédictins prénommés Bernard. Certains des personnages représentés ont un lien avec la Sicile, comme saint Placide qui y avait été envoyé par saint Benoît pour fonder un monastère et qui y aurait été torturé par des pirates ou des sarrasins, selon les sources. Considéré comme un martyre sicilien, il tient la palme. Saint Maur, envoyé par Benoît, avait auparavant sauvé saint Placide de la noyade en marchant sur l’eau. Ce projet était probablement destiné à un monastère bénédictin, dont Grano a pu réaliser ou simplement concevoir le décor. Peut-être s’agit-il d’un premier projet pour l’un des décors à fresque de la voûte du monastère de Santa Maria dell’Ammiraglio, où Grano mais aussi Olivio Sozzi et Guglielmo Borremans ont peint la vie et la glorification de saint Benoît et de ses émules.

Au centre de la composition, une allégorie féminine, soutenue par des anges et tenant du feu et des clés (celles de saint Pierre), reçoit une tiare pontificale ; elle représente la religion ou la foi chrétienne. Au-dessous se trouvent des saints bénédictins accompagnés d’un personnage qui porte une mitre et tient un livre. Il s’agit très probablement de saint Benoît de Nursie, patriarche des moines d’Occident, d’origine ombrienne, qui est à la source de la règle bénédictine et fondateur de plusieurs monastères, dont celui du Mont-Cassin, situé sur la route reliant Rome à Naples. Grégoire le Grand est, dans ses Dialogues, son principal biographe. Il semble luimême avoir suivi sa règle et, particulièrement

56 DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire