Page 54

19

FRANCESCO DE MURA Naples 1696 – 1782

La Vierge au tombeau Plume et encre brune, lavis gris sur traces de pierre noire 344 x 224 mm (13 1/2 x 8 3/4 in.)

Ce dessin est une étude préparatoire pour un retable de la cathédrale Santa Maria Maggiore de Barletta. Deux modelli peints existent, l’un figure dans les collections du Pio Monte della Misericordia (fig. 1) où sont conservées de nombreuses esquisses de l’artiste, l’autre était à la galerie Heim de Londres en 1973. Postérieurs dans le processus créatif, ils sont donc plus proches de l’œuvre finale. Dans notre dessin, il existe encore des différences importantes de composition. La croix par exemple, de plus grande taille, est placée ici au premier plan à côté de la Vierge, et les instruments de la Passion sont clairement visibles à ses pieds. Dans le modello, ils sont déjà couverts par l’INRI, et l’attention se porte plutôt sur le voile de Véronique, que tient le putto, qui vient d’ailleurs brouiller un peu la clarté du sujet. De même, dans le dessin, les personnages expriment leurs émotions avec plus de force. L’ange essuie ses larmes, le putto se lamente, tandis que Marie, éplorée, rejette la tête vers l’arrière en tendant la main droite dans un geste d’invocation. Cette expressivité sera plus contenue dans le tableau, preuve de l’adoption par l’artiste des nouvelles tendances classicisantes, en vogue à partir de la seconde moitié du siècle.

L’un des meilleurs élèves de Francesco Solimena, Francesco De Mura, appelé Francischiello1 pour le distinguer de son maître, sut intelligemment tirer profit de la formation reçue au sein de l’atelier le plus en vue de Naples. Le savoir-faire transmis par Solimena, que De Dominici définit entre autres comme « la vraie manière […] de composer des histoires », était une véritable garantie pour les commanditaires et mécènes, et lui fit recevoir de nombreuses commandes, à Naples et dans les environs. Mais De Mura sut compléter cette technique par « une beauté et une fraîcheur du coloris, qui reste merveilleusement accordé au tout dans son ensemble2 », qualité très admirée de tous. Ce sont ces grandes capacités narratives et décoratives qui lui firent obtenir de prestigieuses commandes telles que celles du Palazzo Real de Turin.

Reprenant donc la technique apprise dans l’atelier de Solimena, De Mura prépare soigneusement ses compositions par l’élaboration d’études, de dessins, de modelli et de bozzetti. Le dessin est typiquement solimenesque, par sa technique qui mélange les contours à la plume, le lavis gris, les hachures à la pierre noire. C’est la technique de Solimena dans les années 1730, comme on le voit par exemple dans un dessin représentant Le Christ apparaissant à saint Martin de Tours (Strasbourg, Cabinet des dessins et des estampes, inv. 77.992.2.2)3, adoptée avec plus ou moins de succès par son atelier. De Mura l’a absorbée sans pour autant évincer son propre sens graphique, qui est moins souple que celui de Solimena et d’une expressivité plus pointue rappelant parfois certaines époques de Luca Giordano.

Fig 1 Francesco De Mura, La Vierge au tombeau, Naples, Pio Monte della Misericordia.

52 DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire