Page 52

18

FRANCESCO SOLIMENA Campanie 1657 – Naples 1747

Étude pour la mort de Messaline Pierre noire Avec inscription à l’encre noire Solimene en bas au centre 120 x 130 mm (4 3/4 x 5 1/8 in.) Selon Bernardo De Dominici, on pouvait admirer à Venise, dans la maison du procureur Canale, plusieurs œuvres de Francesco Solimena, dont une Messaline col carnefice che si stende a ferirla1 pour laquelle notre feuille est une étude préparatoire, rapide et efficace. Le dessin comme le tableau (fig. 1) traitent du meurtre de Messaline commandité par l’empereur romain Claude, son époux, lassé de ses adultères et de ses intrigues. Ferdinando Bologna et Nicola Spinosa datent tous deux les œuvres du procureur Canale, « d’une extraordinaire beauté picturale et d’une supérieure vigueur de composition2 », entre 1705 et 1710, alors que Solimena méditant le ténébrisme de Mattia Preti et les formules de Luca Giordano expérimentait une période d’accalmie picturale et de profonde réflexion des sujets.

manteau rouge épars autour d’elle anticipe les flots de sang qui couleront. Au-delà du clair-obscur et de la vigueur picturale, on ne peut qu’admirer la clarté de la narration et la force de la composition qui confirment que dans les premières décennies du siècle « l’ancien maître […] a cherché à restituer une nouvelle grandeur aux histoires de ses héros païens et chrétiens par une orchestration plus étudiée de la composition, un jeu plus savant des artifices scénographiques et des effets de lumière : il en résulte un ralentissement et presque un apaisement du rythme […] du récit sans jamais le bloquer dans un immobilisme abstrait3 ». Quant à notre dessin, sa petite taille, son écriture rapide et les différences avec la composition finale démontrent qu’il s’agit d’une première pensée. Il décrit la réalité d’une agression. La sensation dominante est celle de la rapidité et de la violence, le mi-corps plongeant l’observateur à l‘intérieur de la scène. Dans l’esprit du dessinateur se mêlent aux agressions peintes par Titien ou Giordano des images réelles. Un détail cependant montre que, bien que dessinant de manière spontanée, l’artiste a complètement assimilé les motivations profondes du sujet. Entre la cuisse droite de l’agresseur et son avant-bras se trouve, proéminent, le nombril de la victime. Cette incongruité presque inconvenante attire de façon extraordinaire et sans doute inconsciente les regards sur le ventre de Messaline, lieu de toutes ces débauches qui lui valurent de mourir assassinée par un soldat. Le nombril évoque encore l’élan filial qui pousse Messaline à chercher, dans ses derniers instants, refuge et protection dans les bras maternels. Transformant l’intrigante en victime, Solimena a sans doute en tête un autre grand sujet, le massacre des innocents. C’est d’ailleurs bien ainsi qu’il finit par peindre cette mort de Messaline, avec une simplicité de narration, une implacabilité de composition qui rappellent presque Nicolas Poussin dans son Massacre des innocents du musée Condé de Chantilly.

La comparaison entre notre dessin préparatoire et le tableau illustre cette analyse. En effet le tableau montre une scène magistralement orchestrée, dont l’issue ne fait aucun doute : formant, entre le bras gauche du soldat et celui de Messaline, un espace triangulaire dont la pointe se dirige vers la poitrine de celle-ci, le peintre désigne l’endroit où le coup sera porté. Le

Fig. 1 Francesco Solimena, La Mort de Messaline, huile sur toile, Los Angeles, Getty Museum.

50 DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire