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FRANCESCO SOLIMENA Campanie 1657 – Naples 1747

Académie d’homme Pierre noire Avec inscriptions F. Solimena alla cupola de Gerolamini et Solimene 427 x 257 mm (16 3/4 x 10 1/8 in.)

passées dans sa vente après décès du 7 juin 1762, avec cinq sujets de composition. Son écriture doit être connue par les documents d’archive, mais nous n’avons pas eu l’occasion de l’examiner.

Cette académie d’un homme debout ne se retrouve à l’identique dans aucune œuvre de Francesco Solimena, mais la posture du modèle est tout à fait celle des personnages qui animent ses œuvres. La position du bras gauche, ondoyante et contrastée, est particulièrement caractéristique de l’artiste. On l’observe par exemple dans la figure centrale de L’Enlèvement de Céphale, toile commandée par Eugène de Savoie pour le plafond de son nouveau palais de Vienne, le palais du Belvédère1.

Solimena avait été l’élève, pendant trois jours, selon Bernardo De Dominici, de Francesco Di Maria, qui prônait l’importance d’un dessin rigoureux et vrai et qui avait été le professeur d’une académie créée sur le modèle des académies bolonaises où l’on dessinait d’après le modèle. Si le jeune artiste, plus doué que son maître, retint quelque chose de sa brève formation, c’est bien l’importance du dessin dans l’apprentissage du métier comme dans la préparation des œuvres. C’est finalement lui qui renouvela d’une façon durable la pratique napolitaine du dessin en imposant sa formule à ses élèves. Dans sa maison, le prolifique artiste organisa un atelier, « scuola rigorosa », dans lequel il transmit à ses élèves une méthode de travail efficace fondée sur le dessin, notamment d’après le modèle vivant2. La rigueur de la pierre noire lui permet de mieux souligner les effets d’ombre et de lumière si propres à sa peinture dont le chiaroscuro est un des éléments structurels. On s’aperçoit, en observant cette musculature héroïque et le mouvement particulier qui anime la pose, cette « mossa » tant admirée par ses contemporains, que l’étude d’après le modèle est déjà envisagée en fonction de son utilisation probable dans une composition peinte. Les modèles anatomiques de Solimena furent utilisés à de nombreuses reprises par ses élèves, notamment par Francesco De Mura, dont les personnages sont souvent très proches de ceux de son maître, conséquence du travail commun de l’atelier décrit par De Dominici.

L’inscription qui fait référence à la coupole des Girolamini ne peut être vérifiée, celle-ci ayant été entièrement repeinte au XIXe siècle. Il subsiste un bozzetto préparatoire à une partie de la coupole (Ashmolean Museum d’Oxford) qui ne montre pas de personnage similaire. L’inscription Solimene par une main française du XVIIIe siècle se retrouve sur différentes feuilles de l’artiste, notamment sur l’Étude pour la mort de Messaline que nous présentons dans ce catalogue. Elle est donc celle d’un collectionneur français qui s’est intéressé aux artistes napolitains, comme le firent Antoine Crozat, Pierre-Jean Mariette, Charles-Paul de Saint-Morys ou Antoine Joseph Dezallier d’Argenville, tous grands connaisseurs et amateurs de la spécificité de l’école napolitaine. Solimena bénéficia aussi du patronage et du soutien d’un milieu français éclairé et connaisseur, et travailla par exemple pour le comte d’Estrées. Il était pour Cochin, avec Giovanni Battista Tiepolo et Giovanni Battista Piazzetta, l’un des trois grands peintres italiens du settecento. L’identification précise de cette écriture française est ardue. On peut signaler que le peintre français de marines Adrien Manglard, qui fit l’essentiel de sa carrière à Rome et y mourut, possédait quatre académies de Solimena,

48 DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire