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FRANCESCO SOLIMENA Campanie 1657 – Naples 1747

La Bataille des Lapithes et des Centaures Plume et encre brune, lavis brun sur pierre noire Avec inscription Del Sig. Solimena de Naples ../ un dessin pour M. Cochin …. à la plume et encre brune au verso, visible à travers le collage ancien 200 x 322 mm (7 7/8 x 12 5/8 in.)

PROVENANCE Pierre Crozat, sa vente du 10 avril au 13 mai 1741, lot 762 (acquis par Nouri ou Joseph Gabriel Agar) ; Charles-François marquis de Calvière, son écriture au verso de la feuille ; selon l’inscription, CharlesNicolas Cochin le Jeune ; marquis de Lagoy (L. 1710), sa vente Paris, 17 avril 18341 (partie du no 128) ; vente P. L. Norblin de la Gourdaine, Paris, 5 février 1855, lot 216 (selon une ancienne étiquette au dos)

Guarienti comme une œuvre de jeunesse, est entrée dans les collections royales dès 1725. Bologna la date autour des années 1685. Le sujet, tiré d’Hésiode, Homère et Ovide, a été traité par Luca Giordano à plusieurs reprises dans les mêmes années5. La comparaison entre les compositions pleines de force et de brutalité, ramassées et surpeuplées du Fa Presto, avec celle de Solimena est intéressante et montre de quelle manière, par son agencement pyramidal et rythmé, sa version du sujet est plus narrative. Elle se déroule presque comme une pièce de théâtre qui se lirait clairement malgré l’agitation de la scène : à droite, la table du festin, brisée en deux morceaux, et les centaures qui enlèvent leurs victimes, tandis qu’à gauche deux femmes réussissent à fuir, jetant un dernier regard sur les combats. Au centre, il personnalise le motif principal, celui du combat, dans les figures du Lapithe et du grand centaure dressé s’affrontant. Les arbres du parc, à l’arrière-plan, ploient en tous sens, semblant par ce désordre participer au combat. Le drapé dans l’arbre de gauche, élément classique de la peinture d’histoire ancienne, achève de donner un aspect théâtral à la scène. On trouve déjà ici ce qui caractérisera Solimena tout au long de sa belle carrière : la réconciliation entre le dynamisme de ses compositions, la « mossa » de ses figures et la clarté narrative, qui est d’ailleurs l’élément pour lequel il plut aux collectionneurs et mécènes français, comme Pierre Crozat, à qui appartint ce dessin. Bernardo De Dominici, qui rappelle l’importance du dessin sous toutes ses formes pour Solimena, avertit ses lecteurs que l’artiste n’a jamais fait le compte de ses dessins, qu’il ne les a jamais vendus non plus, mais

Bien que Bernardo De Dominici ne mentionne qu’une version de ce sujet, sur cuivre et gravée par Pierre Gautier, avec son pendant, La Défaite de Darius2, Ferdinando Bologna en énumère quatre : deux autrefois à la Gemäldegalerie Alte Meister de Dresde, détruites par les bombardements, et deux dans des collections privées de Naples3. Ce dessin est en rapport avec l’une des versions de Dresde, qui n’est aujourd’hui plus connue que par la photographie reproduite dans l’ouvrage de Hans Posse4. Cette composition (fig. 1) de grande dimension, presque 3 mètres de long, citée par Pietro

Fig. 1 Francesco Solimena, La Bataille des Lapithes et des Centaures, autrefois Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde.

42 DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire