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GIOVANNI BATTISTA BEINASCHI Fossano 1634/1636 – Naples 1688

L’Adoration du veau d’or Pierre noire, plume et encre brune rehaussées de blanc sur deux feuilles de papier assemblées 363 x 582 mm (14 1/4 x 22 7/8 in.)

PROVENANCE Jean-Jacques Semon, Paris

Le sujet de ce dessin est l’adoration du veau d’or, scène tirée du récit de L’Exode (ch. 32) où les Hébreux agenouillés adorent une idole, « le veau d’or », confectionnée par Aaron en l’absence de Moïse parti sur le mont Sinaï. Giovanni Beinaschi choisit de représenter les Israélites regroupés et serrés autour de l’autel dans des positions variées dont les raccourcis savants créent une véritable dynamique. Témoignant de l’influence de Lanfranco et du souvenir de Corrège, l’artiste montre sa prédilection pour les formes tourbillonnantes avec l’ample gestuelle des protagonistes et les draperies flottantes. Le mouvement des corps virevoltant autour du veau d’or se trouve également accentué par le jeu subtil de la lumière, matérialisée par de petites touches de craie blanche qui renforcent les audacieux raccourcis et participent à l’élan des personnages. Les contours des silhouettes, marqués d’un trait de pierre noire soutenu, se détachent du fond leur conférant un aspect sculptural. Au premier plan, le déhanché de la femme de dos portant un enfant rappelle la position de la jeune servante tenant un linge dans le tableau de la Naissance de la Vierge4 (fig. 1).

D’origine piémontaise, Giovanni Battista Beinaschi, initié par le peintre de cour Esprit Grandjean, rejoint Rome en 1651 où il entre dans l’atelier du graveur Pietro del Po découvrant l’œuvre des Carrache et des grands Bolonais. À partir de 1664, il quitte Rome pour Naples, où il peint à fresque le décor de l’église San Nicola alla Dogana. Durant ce séjour, il réalise plusieurs cycles décoratifs et s’imprègne des œuvres de Giovanni Lanfranco, Massimo Stanzione et Andrea Vaccaro. De retour à Rome vers 1675, il entreprend des fresques allégoriques dans la chapelle Saint-Barnabé de l’église San Carlo al Corso sous la direction de Giacinto Brandi. En 1680, il s’installe définitivement à Naples où il exécute une de ses œuvres majeures, Le Paradis, pour la coupole de la Chiesa dei Santi Apostoli. Le dessin constitue une priorité dans l’œuvre de cet artiste aux grandes facilités, comme en témoigne le fonds de Düsseldorf1. Dans les Vite dei pittori, scultori ed architetti napoletani, Bernardo De Dominici note la prodigieuse capacité créatrice de Beinaschi, dont les dessins ressemblent à ceux de Giovanni Lanfranco, puis il décrit comment, avec quelques traits de pierre noire rehaussés de touches de blanc, l’artiste dessinait tout ce qui lui passait par la tête2. De même, dans Storia pittorica della Italia, Luigi Lanzi met en avant sa faculté à représenter les raccourcis3.

Comme souvent dans son corpus graphique, Beinaschi choisit de travailler sur un grand format, collant deux feuilles de papier ensemble, ce qui accentue l’effet monumental de la scène. Par sa mise en page, ce dessin est à mettre en relation avec les grands tableaux à développement horizontal5 que l’on date de la fin de la période romaine et du début du second séjour de l’artiste à Naples, entre 1680 et 1685, présentant des compositions peuplées de nombreuses figures placées au premier plan, laissant peu d’espace au décor limité par un fond montagneux et un ciel chargé. La vue d’ensemble « da sotto in su » et le cadrage très serré nous laissent penser que cette étude pourrait être préparatoire à une œuvre placée en hauteur – fresque ou tableau –, typique de la grande peinture décorative du baroque tardif à laquelle Beinaschi participa amplement à Rome puis à Naples.

Fig. 1 Giovanni Battista Beinaschi, Naissance de la Vierge, Galerie Artemisia, Madrid.

Angélique Franck-Niclot 38

DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire