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LUCA GIORDANO Naples 1634 – 1705

Putti jouant avec un singe et une chèvre ; Putti luttant et jouant Pierre noire, pinceau et lavis brun et gris (1) ; pierre noire, pinceau et lavis gris (2) Avec inscription M. VANDENBOGAERT f 1687 (1) ; M. VANDENBOGAERT f 1687 Versailles (2) en bas à gauche 125 x 279 mm ( 5 7/8 x 11 in.) ; 128 x 278 mm (5 x 10 7/8 in.)

pendant la fuite en Égypte, très comparable à nos deux dessins, en termes de technique et d’ambiance. L’artiste sait y combiner des sujets classiques et des compositions harmonieuses, dans une atmosphère de douceur lyrique qui disparaît parfois dans ses tableaux. La technique est riche, combinant la pierre noire, la plume et le lavis, et se prête bien aux jeux de lumière qu’aime l’artiste aussi bien dans ses dessins que dans ses tableaux. Le paysage de l’arrière-plan est évoqué par un lavis subtil, et la rondeur des silhouettes enfantines est rendue avec naturel par la combinaison de la pierre noire qui sert à dessiner les contours, mais aussi à repasser sur le lavis afin de bien accentuer certains plis de peau.

Luca Giordano, artiste prolifique dont on connaît environ 400 dessins, ne tenait pas ses dessins en haute estime et, d’après les anecdotes rapportées par ses contemporains biographes, semblait même ne leur accorder aucune importance en tant que pratique artistique. Copies, études, dessins préparatoires ou pour mémoire, de techniques variées, étaient pourtant le quotidien de son atelier. Il utilise le dessin pour préparer ses tableaux, et Giuseppe Scavizzi a montré qu’il y développe déjà une grâce particulière, une douceur et une légèreté autonomes. Son style pictural comme graphique est absolument hétérogène : il s’inspire aussi bien de Rubens que de Ribera et Caravage, mais aussi de ses contemporains, Cortone, Cavallino, Preti, qu’il admire notamment pour ses dessins. Nous ne connaissons pas de tableaux précisément en rapport avec ces dessins, mais l’artiste a réalisé vers 1663-1665, donc encore tôt dans sa carrière, deux compositions d’un sujet similaire (Rome, Villa Albani), mentionnées dans les inventaires de la famille Albani dès 1750. Elles sont cependant d’un format différent et s’approchent plus encore de la bacchanale d’enfants, puisque certains ont parfois des pattes de chèvre, sont en état d’ébriété et accompagnés de satyres.

L’attribution postérieure au sculpteur Martin Van den Bogaert est un peu étrange mais peut s’expliquer par la confusion avec un autre sculpteur d’origine nordique mais proche des Français – et notamment de Nicolas Poussin –, François Duquesnoy. Celui-ci a mis à la mode à Rome le thème des bacchanales d’enfants ; le motif des enfants jouant avec une chèvre, l’un d’entre eux mettant un masque pour l’effrayer, dérive d’un de ses célèbres modèles de marbre. Nicolas Poussin a d’ailleurs repris le thème dans sa Bacchanale de 1626 de la Galleria Nazionale d’Arte Antica, à Rome, puis dans celui de 1630, Midas et Bacchus à la Alte Pinakothek de Munich. Giordano a ajouté le singe auquel on met un masque et a rendu la scène plus animée, les putti escaladant l’animal et passant dessous.

Par ailleurs, le style du dessin et son atmosphère bucolique et malicieuse semblent plutôt se rapprocher des œuvres de la seconde partie de sa carrière. Giuseppe Scavizzi cite par exemple son Repos

34 DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire