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ATTRIBUÉ À BERNARDO CAVALLINO Naples 1616 – 1656

Portrait de jeune homme Sanguine et craie blanche Avec inscription Salvator Rosa au verso 198 x 159 mm (7 13/16 x 6 1/4 in.) L’inscription « Salvator Rosa » au verso de cet extraordinaire et intrigant dessin ne peut être prise au sérieux. Ce maître, dont le corpus graphique est bien connu, s’exprime plus spontanément à la plume et encre brune, et même dans ses célèbres Têtes aux deux crayons il n’a su traduire le naturel d’une manière aussi fraîche et directe.

attribution du XVIIIe siècle. L’hypothèse alternative en faveur de Bernardo Cavallino, brillamment argumentée pour la première fois par Jan Simane1, m’avait semblé alors, et comme avant moi à Catherine Loisel, une solution pleinement convaincante. Malgré la perplexité de Sebastian Schütze2, l’attribution a été appuyée par Stefano Causa3 et enfin par Cristiana Romalli4. Dans le corpus graphique de Cavallino, la feuille de Darmstadt reste jusqu’à aujourd’hui une perle rare, une attribution qui repose concrètement sur la formidable manière picturale du maître, notamment les drapés amples et souples. Les autres dessins historiquement mis en rapport avec l’artiste sont en effet plus ordinaires, surtout si l’on soustrait (peut-être à tort) L’Immaculée Conception de la Pierpont Morgan Library5. La recherche sur la manière graphique du Napolitain est de toute évidence encore ouverte.

Le nom d’Aniello Falcone s’avère aussi peu satisfaisant. Il apparaît clair que l’auteur du dessin que nous examinons alterne la lumière et l’ombre avec une méthode différente de celle des feuilles sûres du corpus de Falcone – nous pensons aux Études de deux têtes de soldats (Florence, musée des Offices, GDS, inv. 12075 F) ou aux deux versions de la Tête de soldat (Barak), respectivement aux Offices (inv. 6847S) et au musée de Capodimonte de Naples (GDS, inv. 932) –, où la sanguine rosée estompée s’épaissit dans des zones plus larges alternant avec le papier laissé en réserve, ce qui crée un net contraste de lumière.

Par la vivacité du regard, le Portrait de jeune homme soutient la comparaison avec la Servante de Judith. Les hachures sur la joue, le papier laissé blanc comme une couleur complémentaire dans la zone autour de l’œil, la ligne incisée qui délimite la partie inférieure du visage ne sont pas dissemblables à ce que l’on observe dans le visage de la vieille femme. Mais, comme dans le cas de Darmstadt, c’est la peinture qui peut le mieux nous éclairer.

L’artiste semble avoir une personnalité encore plus sensible à la modernité baroque, capable de mélanger quelques ingrédients du répertoire de Ribera – notamment les détails des poils et des sourcils anarchiques – avec l’aptitude à la picturalité de Falcone. On peut admirer l’épaule dénudée qui émerge vers la lumière avec puissance, la chemise glissant vers le bas, la couleur qui tache la peau sur le bord pour rebondir sur le torse, se concentrer sous la clavicule et suggérer le pli de la peau. L’effet final semble annoncer les contrastes vigoureux de Mattia Preti.

La Rencontre de saint Pierre et de saint Paul sur la voie Ostiense (Rome, Galleria Nazionale d’Arte Antica, palais Barberini), en général datée de la période 1645-16506, permet par exemple d’intéressantes comparaisons grâce aux deux têtes que nous découvrons dans le groupe affolé sur la droite de la scène. Si le jeune homme de trois quarts, épée à l’épaule, est du même type physique que « notre » garçon, il ne fait aucun doute que son compagnon de face aide encore mieux à imaginer, traduites en peinture, la luminosité diffuse, les mèches rebelles et la bouche ourlée du visage dessiné.

Pendant l’automne 2013, Catherine Loisel a eu l’amabilité de suggérer de chercher dans la direction de l’extraordinaire Servante de Judith avec la tête d’Holopherne, du Hessisches Landesmuseum de Darmstadt. Cette feuille, provenant de la collection de Pierre-Jean Mariette, a été pendant des années donnée à Massimo Stanzione, respectant l’ancienne

Viviana Farina7 32 DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire