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FRANCESCO FRACANZANO Monopoli 1612 – Naples 1656

Allégorie de l’Hiver Sanguine 280 x 394 mm (11 x 15 1/2 in.)

National Gallery of Art), justement signé et daté de 1634. La reconstruction du corpus graphique de Francesco Fracanzano, sur lequel je me suis concentrée récemment, ne contient pas encore de dessin à la sanguine auquel nous pourrions confronter celui-ci. Il y a cependant des parallèles stylistiques, en plus de ceux déjà indiqués, qui confirment l’attribution. La façon étrange de tirer une ligne du genou jusqu’au pied droit de L’Hiver se retrouve, à la plume et à l’encre, aussi bien chez le souverain assis que dans le soldat posté en repoussoir dans la Rencontre entre le pape Léon le grand et le roi Attila avec les saints Pierre et Paul, feuille qui appartient au noyau des dessins donnés à « Ciccio Fracanzani » par le Cavalier Santarelli (Florence, Offices, inv. 6781 S) et datable de la seconde moitié des années 16302. Le même procédé graphique, traduit en peinture, se reconnaît dans la figure du Bacchus joueur de lyre, assis à droite du Triomphe de Silène (Suisse, collection privée), une œuvre de 1645 environ3, idéale pour comprendre la surprenante convergence stylistique entre Francesco et son frère Cesare. Celuici, revenant des Pouilles, redevient actif à Naples entre 1639 et 1646. Si l’on imagine le Bacchus peint nu et à l’horizontale, on se trouve en présence de l’un des meilleurs alter ego peints possibles de L’Hiver, comme le confirment avant tout le modelé caractéristique de ses pieds et les traits bestiaux du Dieu, presque interchangeables avec ceux du dessin. Viviana Farina4

Les célèbres allégories imprimées de Giovanni Giacomo de Rossi d’après des dessins de Pietro Testa, de 1644 (L’Hiver) au début des années 1650, ont pu inspirer cet artiste. La chronologie est compatible avec notre feuille, dont la tête présente en effet des ressemblances indubitables avec la physionomie habituellement bestiale de Silène. Dans L’Automne de Testa, représentant le moment précis du Retour des Indes de Bacchus, le vieux satyre, sale et chauve, titube au centre de la scène1. La physionomie particulière de L’Hiver nous a tout de suite dirigé vers l’auteur possible de la feuille dont le style est indiscutablement influencé par la manière graphique de Ribera. Le sens développé de la lumière et de la picturalité avec lequel est interprétée la leçon à la sanguine du maître espagnol est un des éléments typiques des dessins d’Aniello Falcone et de son école, tout à fait proches de la façon de faire de Salvator Rosa, que rappellent ici les hachures précises et parallèles de la zone d’ombre. Mais la prestance physique de L’Hiver – le torse fort et ample, les muscles de l’épaule hypertrophiés et bosselés, le bras musclé – appartient plutôt au beaufrère de Rosa, Francesco Fracanzano. En atteste, en premier lieu, la confrontation avec une peinture sûre du maître, originaire des Pouilles, les Saints Paul Ermite et Onofrius de l’église napolitaine de Sant’Onofrio dei Vecchi, signé et daté vraisemblablement « 1634 » plutôt que « 1644 », surtout si l’on prend en considération qu’à la même époque Ribera réalise le Martyre de la Saint-Barthélemy (Washington,

24 DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire