Page 24

7

FRANCESCO FRACANZANO Monopoli 1612 – Naples 1656

Scène de triomphe romain Plume et encre brune, pierre noire, ovale Avec inscription 87 en haut à gauche 230 x 305 mm (9 1/16 x 12 in.)

L’attribution de ce Triomphe romain à Francesco Fracanzano est due à Viviana Farina, qui a su reconnaître dans la graphie sèche et nerveuse de ce dessin, de toute évidence liée au milieu napolitain du XVIIe siècle, la main de l’artiste Francesco Fracanzano1.

la similitude de sa graphie avec les feuilles qui lui reviennent aujourd’hui. Il est en premier lieu évident que la physionomie massive des personnages, leurs expressions renfrognées, leurs poses mouvementées, notamment celles de ceux qui sont en train de marcher ainsi que le détail des costumes antiques, sont très proches de ce que l’on observe dans ses tableaux. La posture des jambes du joueur de lyre par exemple est absolument typique de l’artiste et s’observe dans presque toutes ses œuvres. Dans le dessin, comme dans ses tableaux, le même vent, la même énergie interne anime draperies, cheveux et crinières. Une attention semblable est portée aux visages, qui bien que schématiques ne manquent pas de structure, grâce aux petites virgules qui forment les pommettes et les cernes, que l’on observe d’ailleurs sur d’autres feuilles de l’artiste, par exemple dans Le Poète couronné (British Museum).

Connu et loué par Bernardo De Dominici, Francesco Fracanzano, dont on peut voir les incontestables chefsd’œuvre de la peinture napolitaine à San Gregorio Armeno, est un dessinateur rare ; il est possible qu’après sa mort, son atelier ait été détruit à cause de l’épidémie de peste qui ravageait la ville. Quelques feuilles portant des inscriptions Fracanzano ont été repérées dans les musées2, mais il a fallu attendre ces dernières années et les travaux récents d’historiens de l’art napolitain3 pour commencer à reconstituer un corpus cohérent, en se fondant, en plus des sources biographiques habituelles, sur les inventaires des collections anciennes4. On trouve mention des dessins de Fracanzano dans certains inventaires de collection de l’époque, par exemple dans le Libro dei disegni de De Dominici, ou dans l’album du Padre Resta. Il en va de même pour son frère aîné Cesare, peintre lui aussi, dont les dessins réapparaissent progressivement.

Enfin, comme le remarque Viviana Farina, le sujet du triomphe romain, mis à la mode à Naples dans les années 1630 par la commande du comte de Monterey, vice-roi de Naples, pour le Buen Retiro de tableaux de ce thème, était certainement un sujet d’intérêt naturel pour Fracanzano, « homme bien connu pour être le maître et connaisseur des choses antiques », selon Giuseppe Campanile.

Viviana Farina a mis en évidence les points communs entre notre dessin et les tableaux de l’artiste ainsi que

22 DESSINS NAPOLITAINS

VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire  
VII - Neapolitan Drawings / Dessins Napolitains - Marty de Cambiaire