Issuu on Google+

Dans le sens opposé présente

L’origine du monde Catherine Froment Performance


E. Goupy


En octobre 2010, j’ai été invitée dans le Festival du Printemps de septembre pour proposer une performance dans l’entrée de la Grotte de Niaux, en Ariège. L’entrée de cette grotte est particulière puisque l’architecte Massimiliano Fuksas a construit une sculpture en forme d’antre de chauve-souris qui est une passerelle entre le vide qui donne sur la vallée et les profondeurs de la caverne. C’est à ce point précis, au cœur de la sculpture, au bord du vide que j’ai réalisé la performance. Au delà de l’origine du monde, le thème de la performance est l’origine, origine de l’écriture que je place directement dans le vagin, origine du corps confronté aux éléments, origine de la nomination dans le temps de la préhistoire à nos jours, origine dans le rapport qui est proposé entre le performeur et le public. J’ai rêvé autour du tableau de Courbet, l’origine du monde, et autour de l’arche de Noé ; l’arche de Noé était un grand bateau construit sur l’ordre de Dieu afin de sauver Noé, sa famille et toutes les espèces animales d’un déluge sur le point d’arriver. Ainsi placée, à l’extrémité de la sculpture, mon corps était tel un bateau suspendu dans le vide, une arche de Noé garante de l’écriture et de la mémoire des hommes.


E. Goupy


Le public pénètre dans un espace où il se trouve en présence d’une femme qui est exactement dans la posture du tableau de Courbet, femme dont le visage est volontairement caché, corps à l’état pur ; du sexe de celle-ci part une multitude de fils blancs, tendus dans l’espace qui la transforment en une araignée à l’ouvrage. Le public est libre de circuler et à un moment donné il est invité à tirer les fils qui partent du sexe dans un ordre rituel. Chaque fil a comme prolongement un ruban continu sur lequel un texte est écrit, une généalogie poétique qui commence en 1994 par des noms Tutsi jusqu’à la fin du dernier ruban qui remonte à moins sept millions d’années, au premier homme trouvé au Tchad, Sahelanthropus Tchadensis. Un arbre généalogique qui part d’Afrique et revient en terre africaine, origine de l’humanité. Une liste de noms de personnes avec leurs dates de naissance et de décès qui démarre volontairement en 1994, génocide du Rwanda. A ce jour, aucun mémorial de ce génocide n’a été reconnu. J’ai rencontré une femme Tutsi pour recueillir ces noms africains, c’était une façon pour moi de donner une place écrite à un peuple qui ne l’a pas encore eu. J’ai écrit une généalogie dans laquelle il n’y a pas seulement des noms d’êtres humains mais de plantes, animaux, qui ont existé à des périodes très diverses.


E. Goupy


À l’aide de généalogues, j’ai étudié l’évolution de la nomination à travers les âges, la transformation de l’écriture, et j’ai inventé une longue liste de noms dans ce sens : on y sent la façon dont les hommes ont modelé leur nomination propre au cours du temps. Le public fait accoucher la poésie du corps de la femme, et je propose au spectateur un corps à corps direct avec l’artiste. Artiste et public confondus sont invités à vivre en direct le passage de l’intérieur du corps vers le monde. Voici mon origine du monde, un tableau autour duquel le public est libre de choisir quelle circulation lui convient pour le découvrir, en lisant le texte inscrit sur les rubans ou en se rapprochant au plus près du corps et du sexe d’où sort une petite source sonore comme extirpée des entrailles de la femme qui retransmet cette longue poésie généalogique inscrite fragilement sur les rubans.


E. Goupy


« Ainsi, son sexe devient-il le centre de l’humanité par lequel s’écoule métaphoriquement la succession des générations, depuis les origines. En partant d’une référence artistique ayant fait scandale, l’artiste s’empare avant tout de la signification première du titre : la femme enfante, depuis l’aube des temps (..) La femme se définissant, du coup, comme source d’immortalité et de mémoire  (…) Il semble qu’un glissement se soit opéré de l’autobiographie rageuse vers l’universel, de la figure singulière vers une posture transhistorique, du discours politique vers une dimension poétique. Pour Catherine Froment, l’heure n’est plus au féminisme, mais au féminin. » Article E.Goupy pour la revue Inter.


A-G Michel


A-G Michel

Durée : 30 minutes

Conditions techniques : Prévoir deux services minimum (à voir selon le lieu), fiche technique disponible sur demande : implantation son et lumière.

Contact :  sensoppose@yahoo.fr ou catkarimafroment@yahoo.fr

Téléphone : 06 76 07 19 33



L'origine du monde