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Tout le monde est graphiste.


Yoann Bertrandy. Mémoire de fin d’études, examen du Dnsep. École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. Option Communication, atelier de didactique visuelle. Tuteur de mémoire : Guy Meyer. Strasbourg, 2008.




ConsidĂŠrer le graphisme amateur.





PrĂŠambule.







Qu’est-ce que l’on appelle le graphisme ? Si je ne me trompe pas, c’est un ensemble de lignes, de formes, de couleurs, plus ou moins harmonieux, convaincant, ou intelligent, qui occupe notre espace visuel du matin au soir, sur la plupart des objets, dans la plupart des espaces construits.   Ce grand bain de production graphique semble être partagé par différents types de producteurs. Nous distinguerons ici trois catégories : le graphisme « d’auteur », le graphisme « de semi-auteurs » et « d’exécutants », et le graphisme « d’amateur ». Nous parlerons, pour être plus précis, du paysage graphique français.




Dans la culture du graphisme, les acteurs les plus visibles sont les graphistes « auteurs ». Ils envisagent leur pratique de façon complexe et théorique, interrogeant sans cesse sa définition, son rôle dans la société, ou ses systèmes internes. Ils constituent un corps de métier exigeant qui entend atteindre plusieurs niveaux de maturité (technique, optique, intellectuel et artistique). La notion même de « graphiste auteur » n’est connue que par quelques milieux culturels pointus. Pour cause, ou par conséquent, leur production ne s’adresse généralement qu’à ces lecteurs initiés, et demeure pratiquement absente de notre champ de vision quotidien (particulièrement dans les pays de culture latine). Les graphistes « auteurs » sont le plus souvent sollicités par des clients prestigieux, eux-mêmes inclus dans des microcosmes culturellement denses (« grandes marques », marques de luxe, institutions culturelles, maisons d’éditions intellectuelles, etc.) et la diffusion du résultat de leur collaboration est habituellement restreinte.   Les réalisations des graphistes « semi-auteurs » ou « exécutants » forment quant à elles la majorité du graphisme « visible ». Elles ne figurent dans aucun livre de graphisme, ne sont récompensées par




aucun concours, et ne décorent pas les chambres des étudiants en graphisme. Ces nombreux praticiens semblent être des acteurs invisibles et muets, œuvrant dans les plus grosses agences de communication comme dans les plus petites structures locales. Les commandes sont en général moins honorifiques, et les clients imposent plus facilement leurs choix (un graphiste « exécutant » peut se faire remplacer par un autre, alors qu’un graphiste « auteur » est sollicité pour sa personnalité). Très liée au commerce, cette catégorie est la principale façon de pratiquer le graphisme, la plus répandue, et celle où circule le plus d’argent.   La dernière division, le graphisme « d’amateur » engrange, elle, peu d’argent ; elle est le plus souvent locale, occasionnelle, non rémunérée, reste dans un cercle d’amis, de collègues, de quartier. Les acteurs de ce graphisme ne savent pas toujours ce qu’est un « graphiste », ils n’ont pas de point de vue théorique sur cette pratique, ni de savoir faire professionnel. Ils pratiquent cette discipline sans forcement en être conscients, simplement par besoin, par envie ou par manque de moyen. J’utilise donc le terme « amateur » au sens de dilettante, occasionnel, nonprofessionnel. Ce sont des secrétaires, des aumôniers,




des chanteurs, des étudiants en commerce, des professeurs de sports qui, pour une raison ou pour une autre, ont eu à utiliser un logiciel informatique pour produire une communication imprimée (je mets donc de côté les productions manuscrites).

  À l’heure de la rédaction de ce mémoire, je constate un rapport extrêmement inégal entre l’amplitude que prend, dans nos études de design graphique, la notion de « graphisme d’auteur » et sa place réelle dans la pratique de ce métier. Je mesure également la distance qui distingue le monde des auteurs, monde savant regardant tantôt avec dédain, tantôt avec amusement les autres formes de graphisme, et celui des amateurs, ignorant presque tout du graphisme et a fortiori du graphisme d’auteur.   J’ai par conséquent eu la volonté de me dégager de la vision unilatérale que me propose (malgré lui) l’enseignement en communication visuelle en étudiant le graphisme le plus opposé au graphisme d’auteur : le graphisme amateur.




Qu’est ce qui distingue, en fait, les productions de ces amateurs (ces faire-parts, ces invitations, ces réclames) du reste de la production graphique ? Essentiellement le fait de ne pas connaître la science du graphisme : les règles et les tendances, ce qui se fait ou non, ce qui « marche » et ce qui « ne marche pas », et d’utiliser les logiciels comme on utilise un mixer ou un appareil photo numérique, de construire une affiche comme on monte un meuble en kit. Mon mémoire, dans sa forme, empreinte à cette pratique ignorante. Je couds donc un patchwork, une suite de pensées, d’extraits de pensées – bords à bords raccordées – qui ne sont pas miennes (car moi aussi, en terme de production intellectuelle, je suis amateur). Cette suite de contacts forme un espace, un propos qui, lui, est mien, fidèlement présenté, à la manière de ces productions graphiques composées avec dix typographies différentes et cinq Clip art1, ou comme une centaine d’affiches d’amateurs collées les unes aux autres sur un tableau d’affichage.   Le principal facteur de développement du graphisme amateur est la démocratisation de l’outil informatique et des logiciels de mise en page. Un mot que jadis on aurait écrit au feutre sur une feuille




blanche et affiché sur sa boîte aux lettres est à présent mis en forme sous informatique. Dans un élan général de dissolution des compétences (né de la volonté de démocratisation globale, de tout pour tout le monde, incarné aujourd’hui par le web collaboratif), le graphisme est l’une des pratiques les plus vulgarisées. L’évolution du logiciel Microsoft Word, logiciel de traitement de texte le plus répandu au monde, est significative : disponible sur P.C. et Macintosh depuis 1984, ce logiciel intègre petit à petit des fonctions de dessins (lignes libres et formes géométriques) puis d’importation et de gestion d’images pour enfin proposer de nombreux gabarits pour diverses applications (lettres types, bulletins, étiquettes, brochures, menus de restaurant, factures, c.v., pages web, etc.). Les prix des impressions professionnelles se sont aussi adaptés à la demande, proposant des solutions de moins grands tirages à moindres coûts. Aujourd’hui, chacun a donc les moyens techniques d’émettre un message graphique approchant du professionnel.   Car si les graphistes savent faire du vélo, tout le monde sait faire de la trottinette. Et finalement à quoi sert-il au juste d’être un graphiste « savant » puisque n’importe quel graphisme « fonctionne » ?

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Il est en effet troublant de devoir répondre à la question : qu’est-ce qui différencie le « bon graphisme » du « mauvais », une affiche « qui marche » d’une « qui ne marche pas », lorsqu’elle est posée par un non-initié à cette pratique. Outre les préoccupations uniquement partagées par les spécialistes (règles typographiques, composition, circulation du blanc, dynamique, impact, hiérarchisation, harmonie, etc.), quel argument de poids peut-on avancer ? Parler de beauté semble tout à fait dépassé – chacun peut défendre ses « propres » goûts. Si nous parlons en termes de fonctionnalité, il y a effectivement des critères perfectibles, comme la lisibilité ou l’efficacité. Je crois cependant pouvoir dire que, sans qu’il ne sache comment ni pourquoi, le graphisme amateur remplit parfaitement sa fonction. Mon postulat est que toutes les informations à faire passer sont comprises dans la production (et un graphiste professionnel ne saurait mieux faire) : les informations dénotées par le texte sont normalement lues (à part rares cas d’illisibilité totale), et les informations connotées (esthétique, référence, positionnement, etc.), plus fines (et qui sont la valeur ajoutée des graphistes professionnelles), sont inconsciemment insufflées dans l’image. Ce, de deux façons : par sa position socioculturelle, le graphiste amateur adopte

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une esthétique ajustée, puisque, le plus souvent, il produit un visuel pour des personnes comprises dans le même groupe socioculturel que lui, ayant par conséquent les mêmes dispositions esthétiques. Ajouté à cela et pour certains projets « habituels » ou « rebattus », il y a souvent un effet d’habitude, voire d’éducation, qui s’est mis en place, au fur et à mesure, dans le regard du public. Certaines productions jouissent effectivement d’une habitude ou d’une attente des regardeurs qui leur permet d’être plus rapidement comprises – ce sont des codes appliqués depuis assez longtemps pour être assimilés par tous (selon le groupe social dans lequel on se trouve), et utilisés sans être remis en question, voire inconsciemment. Par exemple, pour une affiche de fête de fin d’année de la faculté de médecine, on trouvera facilement, dans une production d’amateur, une infirmière aguichante et une typographie festive, et de fait, le public visé (étudiants en médecine) identifiera rapidement le propos de l’affiche sans même lire le texte. Si dans une production professionnelle, il avait été décidé de ne pas mettre d’infirmière en décolleté, mais une typographie sobre, les lecteurs auraient eu de la difficulté à identifier le discours. Les codes graphiques auraient été inattendus, surprenants, proposant une deuxième lecture, une finesse intellectuelle,

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supposant un public plus attentionné, plus cultivé, à l’image du graphiste qui a produit le visuel. Ici encore, la forte correspondance socioculturelle entre le producteur et le consommateur (correspondance existant dans toutes les divisions du graphisme) permettra au graphiste amateur de trouver le bon ton de communication, à condition qu’il ne se pose pas la question. Le graphisme amateur fonctionne donc parfaitement dans une diffusion interne à son groupe social. Toute la difficulté du professionnel consiste justement à savoir s’adapter aux différentes attentes et différents codes des différents publics visés.   Car puisque tout le monde sait faire de la trottinette, les graphistes de métier ont d’autant plus le devoir de bien savoir faire du vélo, et sur n’importe quelle route.   Le graphisme est un langage, il induit, en plus du texte qu’il contient (ou ne contient pas, s’il sait s’en passer), la mise en forme et l’expression d’une pensée. Le graphiste professionnel maîtrise la « langue » visuelle, puisqu’une langue est un « système de communication commun à un groupe social2 », et le graphisme amateur développe son

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argot, en tant que « vocabulaire (graphique) ou habitudes de langue (de ton) propres à un milieu fermé2 ». Or il s’avère que certains mots d’argot glissent petit à petit dans la langue commune. Pareillement, certaines caractéristiques amateurs (plastiques ou sémantiques) glissent vers le graphisme professionnel, ou d’auteur. Ceci, de trois manières. La première passe par l’influence du graphisme amateur sur l’éducation visuelle du client (du quidam) puis du client sur le graphiste – à travers les attentes du premier et les concessions du second. La deuxième réside précisément dans cette conviction du client qu’effectivement « tout le monde est graphiste » et qu’il peut lui-même diriger son projet formellement, utilisant le graphiste comme la continuation de son bras – c’est une des conséquences de la démocratisation du graphisme, évoquée plus haut. Le graphiste, dépendant financièrement du client, plie parfois. La troisième, principalement présente dans le graphisme d’auteur, se présente sous couvert de citations : le graphiste commet volontairement une « faute graphique » (irrespect des conventions du métier) ou une « faute de goût » (qui ne sera que le déplacement des goûts d’un certain milieu socioculturel à un autre supérieur : l’insertion du populaire dans un

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environnement intellectuel). Outre le plaisir du dépassement des règles et de l’interdit, la citation graphique « amateur » chez les graphistes auteurs leur permet de placer le lecteur (qui comprendra le second degré) dans un cercle d’initiés (et d’exclure celui qui ne comprendra pas). C’est donc un clin d’œil intellectuel, culturel et connivent. Lehni Trüb3 pour une brochure pour le Schauspielhaus de Zürich4 affichera sur une couverture en papier couleur une typographie linéale grasse très étirée, référence directe aux déformations Word Art5. On parlera en linguistique d’« hypocorrection » (selon le terme de Bourdieu6).   Dans la langue comme dans l’argot se développent des jargons : ce sont les habitudes graphiques (correspondant à un environnement culturel) qui se développent dans notre culture visuelle – et dont je parlais plus haut : les attentes, les codes appliqués depuis assez longtemps pour être assimilés par tous.   De ce point de vue, le métier de graphiste consisterait à savoir maîtriser les nuances, connaître les syntaxes et utiliser à bon escient tous les tons. Ainsi, le graphisme est la matérialisation d’une pensée, d’une idée. Plus l’idée est fine, plus on se doit de maîtriser son « art », son parlé. Parallèlement, un « art » bien

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maîtrisé, s’il sert une pensé vide ou grossière, est, pour moi, vain. Car, tout comme la langue, le graphisme influence, autant qu’il incarne, le système de pensée de l’auteur et du lecteur ; selon les propos de Poynor7, il « reflète et limite même, parfois, les comportements et les valeurs sociales et politiques ». Le design graphique s’inscrit donc plus profondément qu’on le suppose dans notre mode de vie. Il en va de même pour les autres domaines du design ou pour l’architecture, qui ne pourrait se concevoir en terme d’amateurisme.   Dans cette course, auteurs et amateurs ont donc la même responsabilité, et les plus écoutés seront ceux qui parleront le plus fort.   Les routes sillonnées, ce sont les clients, les propos et les publics visés. Le graphiste amateur, auteur de son message et de son discours, n’a donc pas à s’adapter, à se plier au discours d’un tiers, et ne saurait le faire. Or nous constatons aujourd’hui que le graphisme amateur est actuellement l’objet d’un fort engouement chez bon nombre de jeunes graphistes auteurs (je ne semblerais donc pas échapper, malgré ma volonté première, au conditionnement de mon microcosme). Aujourd’hui, la tendance est

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à la recherche d’indépendance, et à l’enfermement culturel. Le jeune graphiste auteur ne veut plus produire que pour des clients « intéressants », « culturels » ou « tendances », donc à son image et à sa portée.   Ces futures têtes d’affiche du graphisme semblent donc nier toute une partie de la réalité du métier – calquant ainsi l’introversion des amateurs. Si ces derniers jouissent de la grâce des innocents, ou de la chance des débutants, il est inquiétant de constater un tel déni chez ceux qui arborent leur statut de professionnels. Ou alors, tout le monde est amateur.

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Notes : 1. Le clip art est une bibliothèque de dessins ou symboles traitant de sujet divers mais caricaturaux, libre d’utilisation, permettant d’illustrer un document produit par infographie. 2. Le Robert, pratique de la langue française, édition France Loisir, 2002. 3. Lehni Trüb est un graphiste suisse (Zürich) exerçant principalement dans l’édition culturelle. Il peut être considéré comme graphiste « auteur ». 4. Le Schauspielhaus de Zürich est un théâtre d’avant-garde internationalement reconnu. 5. Word Art est un outil compris dans le logiciel Microsoft Word qui offre un catalogue de diverses déformations typographiques prédéfinies. 6. Pierre Bourdieu, sociologue français. Intervention au Congrès de l’AFEF, Limoges, 30 octobre 1977, repris dans Questions de sociologie, Les éditions de Minuit, 1980, pp 95- 112. 7. Rick Poynor, journaliste et critique de culture visuelle. Interviewé par Etienne Hervy, étapes : n°84, mai 2002.

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sommaire




Préambule : « Considérer le graphisme amateur » page

4bis

Sommaire page

5.

Avant-propos page

9.

Première idée : « Les frontières du graphisme » page

12.




Deuxième idée : « L’humour et/ou l’engagement ». page

28.

Troisième idée : « Haute culture, sous culture ». page

54.

Quatrième idée : «Élistisme et modestie ». page

70.

Remerciements. page



97.





Avant-propos




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Vous avez décidé, suite à la hausse du prix du pain en boulangerie, d’acheter une machine à faire du pain. Vous réussissez à faire du pain qui vous satisfait, et vous en vendez (pas trop cher) à vos voisins. Tout le monde peut être boulanger. Vous êtes spécialiste en naturopathie et constatez qu’il n’y a aucun résultat pour le mot « naturopathie » sur Wikipédia. Vous avez cliqué sur « créer un article » et rédigez la définition de votre activité. Tout le monde peut être encyclopédiste. Vous appuyez à une vitesse folle sur les cinq boutons du manche d’une guitare en plastique devant une console vidéo et devenez une légende du rock. Tout le monde peut être un guitar hero. Vous étiez là lorsque le président de la République a eu son attaque cardiaque, et vous avez photographié l’événement tragique avec votre appareil numérique. Vos clichés font la une des journaux. Tout le monde peut être photographe. Vous êtes secrétaire d’une association de fleuristes et il vous est demandé de réaliser les affiches pour la fête du printemps. Vous ouvrez Microsoft Word, composez quelque chose qui vous satisfait, imprimez puis photocopiez ça en A3. Tout le monde peut être graphiste.

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«

les Frontières Première idée. 12


du graphisme ».

Doit-on exclure les graphistes non-professionnel de l’appellation de « graphistes » ? 13


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Logo du groupe Ban Comic Sans.

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1.

2.

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3.

4.

1. Flyer pour un stage de cirque, association les zinvertimbrés, graphiste anonyme. Marseille (13), 2008 2. Flyer pour Shiatsu (massage Energétique), Delphine Mira, graphiste anonyme. Apt (84), 2007. 3. Affiche pour la fête des rois, Pub St John’s, graphiste anonyme. Apt (84) 2008. 4. Affiche pour le Mino-Troc, centre social Lou Pasquié, graphiste anonyme. Roussillon (84), 2007. 5. Flyer pour un cours de danse Africaine, association Beoneema, graphiste anonyme. Schiltigheim (67), 2008.

5.

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Le champ du graphisme , que l’on peut considérer comme un cas particulier du champ artistique, se construit au fur et à mesure des différentes ruptures esthétiques opérées par les agents. Les écoles, collectifs, graphistes isolées sont en lutte pour la reconnaissance de leurs pratiques spécifiques au sein du champ, et au-delà de ça, pour la redéfinition des frontières externes du champ (« au-delà de cette frontière, ceci n’est pas du graphisme ») qui sont au principe de la définition légitime de ce qu’est le « graphisme », comme des principes de classements internes. Vivien Phillizot. Professeur de typographie, graphiste, typographe français né en 1977. Les avants-gardes et leur relation avec le pouvoir dans le champ du graphisme et de la typographie, mars 2008, articulo.ch

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Règle 73 : Accepter le fait qu’il y ait de bons graphistes et de mauvais graphistes. Norm. Studio fondé en 1999 par Dimitri Bruni & Manuel Krebs, graphistes suisses. La voie graphique in Marie Louise n˚2 Novembre 2006.

Les Français ont deux métiers : le leur et critique de cinéma. François Truffaut. Critique de cinéma, réalisateur et scénariste français (1932-1984).

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Il n’y a rien, dans notre quotidien, qui nous informe de ce qu’est un “bon” graphisme : le jugement de validité est laissé libre au récepteur/utilisateur, donc subjectif. Il y a suffisamment de design graphique autour de nous pour que chacun pose ses propres références. En effet, la frontière amateur/spécialiste, dans ce domaine précis (et notamment parce qu’il est présent partout, tout le temps), reste très diffuse. Et puis, il faut dire que les références populaires (publicités, magazines, télévision) ne sont pas des territoires de qualité graphique car délaissés justement par la caste intellectuelle du design graphique… en France. Guillaume Grall. Graphiste chez l’Atelier de Création graphique et membre du club des chevreuils. Né en 1981. Courriel personnel, mai 2008.

Chaque personne est un artiste. Stefan Sagmeister. Designer graphique et typographe né en 1962 en Autriche. Titre de l’article d’ Ellen Shapiro dans étapes no 156, mai 2008.

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J’estime que même un enfant à qui on donne pour la première fois un stylo feutre et une feuille de papier fait du graphisme. Donc oui, je fais du graphisme. Mais pas au sens noble du terme. Marie Paule Missoffe. Professeur d’éducation physique et graphiste, née en France, dans les années 50. Entretien personnel, mai 2008.

Ci-dessous : Affiche d’informations sur des cours de yoga, Marie Paule Missoffe, 2007.

entre Février et SIUAPS Pâques le JEUDI MIDI (12h15 - 13h30 en salle des arts martiaux)

PAUSE YOGA

Une série de 6 séances de YOGA de l’énergie est proposée entre Février et Pâques par le SIUAPS. RV dans la salle des arts martiaux du CSU à 12h15 Prévoir vêtements confortables et chauds (chaussettes) Inscriptions sur le site du SIUAPS: //www-siuaps.u-strasbg.fr à la rubrique relaxation créneau du jeudi midi (pause relax) ou par le portail de ton université

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Le graphisme n’a de sens que quand il sert le bien-être géneral. Alex Jordan. Né en Allemagne en 1947, graphiste, ancien Grapus, actuel Nous travaillons ensemble. Déclaration en 1986, rapportée sur Wikipédia.

Le graphiste est celui qui conçoit les affiches, les différents supports de publicité. Christine Charrel. secrétaire-comptable-graphiste française née en 1956. Entretien personnel, avril 2008.

Je pense que ce phénomène de démocratisation de la pratique graphique prouve que le design graphique fait partie de notre vie quotidienne (utile ou pas) et que chacun peut s’emparer de son environnement visuel, fonctionnel et artistique. Guillaume Grall. Graphiste chez l’Atelier de Création graphique et membre du club des chevreuils. Né en 1981. Courriel personnel, mai 2008.

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1.

1. Soirée Haribo au Pub St John’s à Apt (84). Graphiste anonyme, 2008. L’affiche est ellemême imprimée pixellisée, il ne s’agit pas d’un problème de reproduction.

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La culture de masse, logiquement et inévitablement, est la culture de la société de masse. Hannah Arendt. (1906-1975) philosophe et professeur de théorie politique allemande. La crise de la culture, avril 1989, Édition Folio.

C’est-à-dire que nous on est baigné dans un flot d’images, et de choses, graphiques ou pas, de culture, de musique ou de textes, nous on baigne dedans et on est des gens assez curieux, et on brasse très large, et on a envie de dire : tout est bon, tout est bon à prendre. Guillaume Grall. Graphiste chez l’Atelier de Création graphique et membre du club des chevreuils. Né en 1981. Entretien personnel, avril 2008.

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Tout regard sur l’objet semble désormais frappé du sceau de l’esthétique. Que l’objet soit sacré ou utilitaire, il sera considéré a priori comme un objet esthétique. Henri-Pierre Jeudy. Philosophe contemporain, sociologue au CNRS et écrivain français. La culture en trompe l’œil, Edition Lettre volée, mai 2006.


Autocollants Š Design Police.

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«

l’humour et/ou Deuxième idée. 28


l’engagement .

Prise de conscience et cynisme. 29


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Form follows function. La forme suit la fonction. Louis Sullivan. (1856 -1924) architecte américain.

Form follows idea. La forme suit l’idée. Daniel Weil. Né en 1953 en argentine, architecte, designer.

Form follows fantasy. La forme suit la fantaisie. Bernard Tschumi. Né en 1944, architecte suisse.

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Less is more. Le moins est mieux. Ludwig Mies van der Rohe. (1886-1969) architecte et designer allemand.

Less is a bore. Le moins est ennuyeux. Robert Venturi. NĂŠ en 1925, architecte amĂŠricain.

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Dans l’œuvre de la science seulement on peut aimer ce qu’on détruit, on peut continuer le passé en le niant, on peut vénérer son maitre en le contredisant. Gaston Bachelard. (1884-1962) philosophe des sciences et de la poésie française. La formation de l’esprit scientifique, contribution à une psychanalyse de la connaissance, Vrin, Paris, 1999.

Ci-contre : Les Œufs, livre de cuisine. Jonas Nicollin et Xavier Antin, étudiants à l’Ensad, Paris. Les Œufs, livre de cuisine. Ensad Paris, 2006

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Bulldozer® avance ainsi sa modeste réponse à la très forte absence de reconnaissance dont souffre le graphisme en France, tant de la part du public que de celle des différents acteurs de la vie politique, économique, sociale ou culturelle (pouvoirs publics, organismes et sociétés privés). Cette absence à un moment de l’histoire où nos sociétés occidentales vacillantes s’avèrent aussi toxiques par leur production forcenée de déchets visuels que par leurs autres sortes de résidus nous paraît stupide et injuste. Dans ce contexte de bouillie visuelle envahissante et généralisée, le graphiste compétent, conscient, et son regard sélectif de lecteur d’images rompu aux pièges les plus grossiers du sens et des formes, nous semble avoir un rôle intéressant à jouer. Sa place est peut-être celle, inconfortable mais opportune, d’une sorte de décodeur têtu immergé en permanence au centre du violent flux d’images entrelacées, de signes et de symboles brouillés qui défilent nuit comme jour à la surface de notre rétine en un mouvement toujours accéléré : jusqu’où et jusqu’à quand ?

Pascal Béjean, Anne Duranton, P.Nicolas Ledoux, Phillipe Savoir. Plasticiens et graphistes. Manifeste de Bulldozer Revue graphique à Paris. Le regard du graphiste, 1995. http://www.labomatic.org/.

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(...) Tout ces gens-là, c’est des gens très intéressants, mais à un moment donné ils ont renié tous ces àcôtés, ces choses un peu simples et un peu sales. Et nous on n’a pas envie de les renier tu vois ? On peut prendre du plaisir aussi, dans des choses pas belles ni intelligentes. Guillaume Grall. Graphiste chez l’Atelier de Création graphique et membre du club des chevreuils. Né en 1981. Entretien personnel, avril 2008.

Les plus grands éloges pour une pièce de conception graphique furent : « C’est vraiment propre ». The highest praise for a piece of graphic design was, «This is really clean.» Katherine McCoy. Graphiste, professeur et essayiste américaine née en 1945. © 1998 High Ground Design. Reprinted from www.highgrounddesign.com

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Côté cours, côté jardin, nous nous entretenons de tout et de rien, penchés avec une concentration inouïe sur un détail qui peut tout faire basculer. En vue de la qualité et à l’affût de solutions qui font la différence. Les mots nous accompagnent en quête de «kalos» et d’«agathos», originairement du beau, de l’agréable et de l’utile. André Vladimir Heiz. Écrivain suisse, professeur de sémiotique et théoricien de la conception, né en 1951. Extrait de l’article Pour une partition du graphisme actuel Chapitre Ephémérides, traduction Michael Robinson. ECAL Design graphique.

Le design est une activité liée à une pensée complexe et à une logique originale où la recherche esthétique s’associe aux stratégies industrielles et où la technologie n’est qu’une partie d’un vaste contexte symbolique. Les rapports entre l’art et le design sont beaucoup plus difficiles à mettre en théorie, en raison de leur caractère spontané et discontinu. Il fut un temps où l’on considérait que l’art générait de nouveaux langages tandis que le design les utilisait. Aujourd’hui nous assistons au phénomène inverse... Andrea Branzi. Architecte et designer italien né en 1938. Cité sur design.lab.free.fr/blog/

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Nous on essaie de pas trop théoriser, ça peut vite devenir ennuyeux, le club des chevreuils ne devrait pas être un outil théorique tu vois ? Ça l’est forcément, on peut théoriser sur tout. Mais ce que tu dis, la spontanéité, la fraîcheur, surtout la spontanéité (c’est marrant de dire ça là-dessus – ndlr : la chanson « Paroles paroles » de Dalida est en train de passer en fond sonore), à un moment donné, tu peux aussi ne pas réfléchir à ce que tu fais, ou à ce que tu penses être bien ou beau. On passe tellement de temps dans le graphisme, je vais pas dire à se masturber la tête, mais c’est presque ça, à considérer ce qu’on fait comme étant quelque chose de vrai, d’utile, de bénéfique, et moi je suis pas convaincu, enfin je me sens pas forcement utile, par contre je prends du plaisir à faire ce que je fais, et le client prend du plaisir à travailler avec des graphistes, ou avec moi, et au final ça peut faire des objets intéressants. Mais c’est pas indispensable, c’est-à-dire que si le mec qui fait ces affiches (ndlr : il me montre des affiches non professionnelles) fait mon boulot à ma place, ça… ça reviendrait pas au même, mais ça remplirait pas mal de fonction déjà. Nous on essaie de tirer un peu de bénéfice de tout ça, mais je pense qu’il ne faut pas non plus revendiquer trop de choses, ça reste des images, ça reste du texte. Guillaume Grall. Graphiste chez l’Atelier de Création graphique et membre du club des chevreuils. Né en 1981. Entretien personnel, avril 2008.

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1.

2.

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4.

1. Dépliant publicitaire pour Alain Michel, Ostéo-bio.énergéticien, graphiste anonyme. Apt (84), 2007. 2. Programme du festival Les Riches heures musicales de la Rotonde, graphiste anonyme. Simiane-la-Rontonde (04), 2003. 3. Bulletin municipal de Neuvic, mairie de Neuvic, graphiste anonyme. Neuvic (19), 2007. 4. Flyer publicitaire pour des séances de massage, Barbara Géraud-Mateus, graphiste anonyme. Banon (04), 2007.

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Règle 61 : No Jokes. Norm. Studio fondé en 1999 par Dimitri Bruni & Manuel Krebs, graphistes suisses. La voie graphique in Marie Louise n˚2 / Novembre 2006.

C’est pas forcément très joyeux le milieu du graphisme. Et moi j’ai l’impression, en tout cas au début, quand on a commencé à s’exprimer, que d’un coup ça faisait aussi réfléchir là-dessus... Guillaume Grall. Graphiste chez l’Atelier de Création graphique et membre du club des chevreuils. Né en 1981. Entretien personnel, avril 2008.

Mes idées ? La convivialité, et sortir du « cul-cul la praline » des normes catho. Etienne Troestler. Aumônier-graphiste. Entretien personnel, avril 2008.

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The media is the massage. Le mĂŠdia est le m[e]ssage. Marshall McLuhan. (1911 - 1980) ThĂŠoricien de la communication.

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Mon site web est très confus. C’est une sorte de blague. Quelque chose qui est dur à pénétrer, à utiliser. J’ai toujours mis une teinte d’humour dans le travail. Mais ce n’est pas toujours la meilleure décision commerciale. J’aime l’idée que quelque chose d’attendu ne se réalise pas. Quelque chose s’allume, mais ne donne rien. Il y a une part de moi qui ira toujours vers les travaux amusants, ce n’est pas mon moteur, mais j’aime jouer avec les gens, passer du bon temps avec ça. My web-site is kind of confusing. It’s kind of a joke. It’s kind of hard to perpetrate, hard to get through (...). I always have a general humor in the work. It might not be the best business decision. I just love the idea that something expected doesn’t happen. Something lights up, but it does nothing. It’s a part of me that has always been in the work that enjoys, not the driving-force, but just messing with people a little bit and having some a good time with it.

David Carson. graphiste américain né en 1956 Interviewé sur kramberger-uran.com

2.

1.

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Règle 130 : Le graphisme n’est pas un jeu. Norm. Studio fondé en 1999 par Dimitri Bruni & Manuel Krebs, graphistes suisses. La voie graphique in Marie Louise n˚2 / Novembre 2006.

1 - 2. Graphiste anonyme pour la fête de la musique de Banon, 2005

45


Atelier collectif, (…) Grapus va développer un projet politique. Il se veut marxiste et au sein de la société française crée, dessine, organise les signes graphiques pour être utile aux classes sociales exploitées par le système capitaliste dans leur résistance, leur lutte pour s’émanciper et participer à la construction d’une alternative démocratique. C’est un engagement politique que j’interprète aujourd’hui comme éminemment culturel et pédagogique.

Pierre Bernard. Graphiste français né en 1942, co-fondateur du collectif Grapus en 1970. Dirige l’Atelier de Création graphique depuis le début des années 1990. Extrait de son allocution pour la remise du prix Erasm, 2006.

Être graphiste, c’est illustrer la pensée de son client. Illustrer, mettre visuellement, matérialiser l’émotion, la fonction. Parce que pour moi, la pensée d’une entreprise c’est en même temps sa fonction, même si on est dans un monde où on fait de l’argent, il faut que chaque entreprise ait une pensée. Pourquoi elle est là, pourquoi elle existe – tu fais des sous d’accord mais est-ce que c’est intéressant ce que tu fais ? Après il y en a qui arrivent à illustrer ces trucs, mais ce qu’ils font c’est totalement dénué d’esprit. Le graphiste va arriver à faire une super image, un super mensonge. Tu es graphiste, tu peux t’adapter à tout, c’est ça qui est ouf. Parce que tu es graphiste, il faut que tu sois honnête avec tes clients. David Longuet. Chanteur – graphiste – chômeur français, né en 1980. Entretien personnel, avril 2008.

46


Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais j’ai du mal à me sentir concerné : pas sur la question de la responsabilité ou de l’engagement mais plutôt sur cette idée du graphisme « d’utilité publique ». J’ai plutôt l’impression que c’est une histoire de génération, quelque chose qui se termine, mais qui n’a pas su rebondir. (…) Le graphisme d’utilité publique, cette belle et grande idée, c’est aussi un constat d’échec ! Didier Lechenne. Graphiste français né en 1968, travaille dans l’agence Labomatic puis Design lab. Article sur l’allocution de Pierre Bernard, sur design.lab.free.fr/blog/.

Règle 62 : Ne pas se prendre au sérieux. Norm. Studio fondé en 1999 par Dimitri Bruni & Manuel Krebs, graphistes suisses. La voie graphique in Marie Louise n˚2 / Novembre 2006.

47


Mon métier est absolument inutile. Lorsque la barbarie est de retour [comme actuellement] (…) oubliez le design, oubliez l’art, il y a des priorités, (…) vous devez vous retourner vers la politique, vous devez retourner au combat. My job is absolutely useless. When barbaria is back, [like now] (...) forget design, forget art, there is priority, (...) you must go back to politic, you must go to battle. Philippe Starck. Designer français né en 1949. Conférence au TED Idea Worth Spreading Usa, 2007.

Une bonne affiche doit suggérer, invite à la réflexion. Etienne Troesler. Aumônier-graphiste. Entretien personnel, avril 2008.

48


Le bon design s’est finalement traduit par de bonnes affaires. Thomas J. Watson. (1874-1956) Président de International Business Machines (IBM), l’homme qui a engagé l’architecte Eliot Noyes et le graphiste Paul Rand.

49


Je pense que les designers devraient avoir une plus grande conscience de la portée de leur travail – et de la manière dont celui-ci reflète et limite même, parfois, les comportements et les valeurs sociales et politiques – de cette prise de conscience découlerait alors un sens accru des responsabilités. Rick Poynor. Anglais, journaliste et critique de culture visuelle, fondateur de la revue Eye. Contemporain. Interviewé par Etienne Hervy, Étapes no84, mai 2002.

50


Affiche pour des stages d’initiation en danse, association Ettels Dance World, graphiste anonyme. ClermontFerrand (63), 2008.

51


Atelier Populaire, mai 1968.

52


53


«

Haute culture, Troisième idée. 54


sous culture ».

«  Je vais renouer avec la culture d’en bas  ». 55


56


Logo de l’émission de télévision « Star Academy ».

57


Parler de culture a toujours été contraire à la culture. Theodor Adorno et Max Horkheimer. Respectivement 1903-1969 et 1895-1973, philosophes et sociologues allemands. La dialectique de la raison, Edition Gallimard.

58


Les jeunes bourgeois écoutent du hard métal, sont à la mode, mais gardent un jardin secret où ils écoutent du Schubert. Ils n’ont pas l’habitude de la lecture, mais empruntent les films en noir et blanc dans la vidéothèque de leurs parents. Cet éclectisme culturel est devenu le mode de rapport à la culture aujourd’hui. Il n’est cependant pas spécifique aux jeunes. (...) Cet éclectisme est également limité : plus on descend dans l’échelle sociale, plus l’éclectisme est lié à ce qui est offert par l’école (le théâtre, la poésie, etc.). Nicolas Auray. Professeur de sociologie à l’ENST. Contemporain. À partir de la thèse de Peterson, cité sur autograph.fing.org, 2006.

Visuels pages de gauche : Cahier de recherches typographiques, Guillaume grall, 2004-05.

59


La frontière entre la « haute culture » et la « sous-culture » ou le « simple divertissement » ne sépare pas seulement les classes sociales, mais partage les différentes pratiques et préférences culturelles des mêmes individus, dans toutes les classes de la société. (…) Une majorité d’individus présente des profils dissonants qui associent des pratiques culturelles allant des plus légitimes aux moins légitimes. Si le monde social est un champ de luttes, les individus sont souvent eux-mêmes les arènes d’une lutte des classements, d’une lutte de soi contre soi. Bernard Lahire. Sociologue et professeur de sociologie français, né en 1963. La culture des individus, Dissonances culturelles et distinction de soi Edition de la Découverte. Août 2006.

60


De notre côté, mais pas forcément dans la communication de ce qu’on est, on est assez lucides, on sait faire la part des choses, et quand on est face à un client, il faut savoir lui parler de choses pertinentes. Mais en tout cas, nous, notre être, n’est pas déconnecté de ce qui nous entoure, genre, je regarde le foot à la télé, je bois du coca et ça ne m’empêche pas d’aller voir des expos, de lire des livres de philosophes, moi j’ai aucun problème, j’ai aucun complexe avec ça. Après de rendre publiques certaines choses et pas d’autres, ça c’est aussi un consensus entre nous, c’est-à-dire qu’on n’est pas tous forcément d’accord, mais nous, ce qui nous réunit, c’est ça. Guillaume Grall. Graphiste chez l’Atelier de Création graphique et membre du club des chevreuils. Né en 1981. Entretien personnel, avril 2008.

Quand j’entends un de mes morceaux chez Champion, je suis ravi. J’adorerais pouvoir faire un truc hyper élitiste qui plaise au grand public. Sébastien Tellier. Chanteur et compositeur français né en 1975. Interviewé par Arnaud Lievin sur rue89.com

61


1 : Pascal Bousseyroux bulletin municipal de la Mairie de Neuvic. 2 : Etienne Troesler affiche pour le F.e.c., Strasbourg.

1.

2.

62


3 - 4 - 5 : Lehni Trub brochure pour le Schauspielhaus, Z端rich.

3.

4.

5.

63


Je sais que, dans le passé, quelques designers français tels que Grapus avaient déjà chercher à politiser fortement leur conception du design. Il semble qu’aujourd’hui, en France comme en Angleterre, les jeunes créateurs soient plus concernés par la mode, les marques, l’industrie du disque et le souci de rester « branchés ».

Rick Poynor. Anglais, journaliste et critique de culture visuelle, fondateur de la revue Eye. Contemporain. Interviewé par Etienne Hervy, Étapes n°84, mai 2002.

Je ne sais pas, ce n’est peut-être pas se rendre service que de suivre les modes de trop près. Mais il y a aussi le risque d’être dépassé. Designer graphique est un métier très dur, car dans la plupart des professions, plus on pratique, plus ça devient facile. Et avec le graphisme, si vous avez la moindre intégrité réelle, plus vous pratiquerez, plus ce sera dur. La difficulté sera de ne pas se répéter, de grandir à la façon d’un artiste. I don’t know, it could be a disservice to follow trends too closely. But there is also this chance of falling behind. Graphic design is a very hard profession in that most professions, the longer you do them, the easier they become. And with graphic design, if you have any real integrity, the longer you do them, the harder it becomes. The harder becomes not to repeat yourself, to keep growing as an artist.

David Carson. Graphiste américain né en 1956. Interviewé sur kramberger-uran.com

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Les graphistes du palais de tokyo, M/M, interviewés dans Art Press (Juillet 2001), réclamaient être artistes davantage que les artistes dont ils réalisent la communication. Il s’agit peut être d’une stratégie pour donner l’image d’une relation artiste-designer fondée sur la collaboration plutôt que la sous-traitance. Si collaboration il y a, il me semble pourtant qu’un designer et un artiste n’utilise pas l’esthétique de la même façon. Le design utilise l’esthétique comme moyen et l’artiste l’utilise comme une fin. Etienne Cliquet. Enseignant en multimédia, artiste et designer français né en 1971. Article L’esthétique par défaut sur telepherique.org, août 2002.

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Ci-contre : invitation à l’inauguration du restaurant l’Antiges, graphiste anonyme. Neuvic (19), 2008.

A number of us, mainly graphic designers in the «Swiss» method, began to search for a more expressive design, paralleling a similar movement in architecture now known as Post Modernism. (…)This included a new permission to employ historical and vernacular elements, something prohibited by «Swiss» Modernism. (…) Then in the mid 1980s at Cranbrook we found a new interest in verbal language in graphic design, as well as fine art, (…) with an emphasis on audience interpretation and participation in the construction of meaning. But now, as the cycles of change continue, Modernism may be reemerging somewhat, a renewed minimalism that is calming down the visual outburst of activity of the past fifteen years. Katherine McCoy. Graphiste, professeur et essayiste américaine née en 1945. © 1998 High Ground Design. Reprinted from www.highgrounddesign.com

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Gott steckt im Detail. Dieu se trouve dans les détails. Ludwig Mies van der Rohe (1886-1969). Architecte et designer allemand.

Un certain nombre d’entre nous, principalement influencés par « la méthode Suisse », commencèrent leurs recherches vers des formes plus expressives, parallèlement au mouvement architectural qu’on appelle aujourd’hui Post-modernisme. (…) Cela comprenait une nouvelle autorisation d’employer des éléments historique ou vernaculaire, chose interdite par le modernisme suisse. (…) Puis, au milieu des années 80 à Cranbrook, nous avons trouvé un nouvel intérêt pour le langage verbal dans le graphisme, comme il s’est fait dans les arts plastiques, (…) avec l’accent porté sur l’interprétation du spectateur, et sa participation à construire du sens. A présent [en 1998], comme les cycles de changements se poursuivent, le modernisme pourrait refaire surface et le minimalisme pourrait calmer l’explosion visuelle de ces quinze dernières années.

Katherine McCoy. Graphiste, professeur et essayiste américaine née en 1945. © 1998 High Ground Design. Reprinted from www.highgrounddesign.com

67


Piero Manzoni, Merda d’artista, 1961.

68


69


«

élitisme Quatrième idée. 70


et modestie ».

Second degré et indépendance du graphiste. 71


72


Portrait de Stephan Sagmeister par Kevin D. Jones.

73


«

The graphicdesigner is a rockstar »

Charlotte Cheetham. Auteur du blog Manystuff.org Étapes nº 155. avril 08.

74


C’est un art subordonné ; appliqué, comme on dit. Il exige du graphiste une humilité de serviteur, une humiliation peut-être. Le graphiste signe un contrat, il est maître (en principe) de choisir la chose que son objet va promouvoir. Mais le contrat stipule que l’objet doit promouvoir la chose. Il interprète donc, mais ici au sens d’un comédien, qui est un serviteur lui aussi. Jean-François Lyotard. (1924-1998) philosophe français. Cité par Vivien Phillizot dans Les avants-gardes et leur relation avec le pouvoir dans le champ du graphisme et de la typographie, novembre 2007, articulo.ch.

75


Dans les années 1980, le sens de la propre importance du graphisme et sa fascination pour lui-même se développent de concert. Les célébrités internationales du graphisme donnent désormais des conférences et des exposés « pratiques » informels, leur nombre s’accroît considérablement. La nature du journalisme change également. L’enthousiasme devient monnaie courante, accordant autant d’attention aux personnalités des graphistes qu’à leur création, et une kyrielle de livres célèbrent les créations individuelles. Quelques graphistes – Neville Brody, David Carson, Tibor Kalman, attirent même l’attention des médias traditionnels, qui les présentent comme des acteurs significatifs de la culture visuelle contemporaine. Rick Poynor. Anglais, journaliste et critique de culture visuelle, fondateur de la revue Eye. Contemporain. Cité par Vivien Phillizot dans Les avants-gardes et leur relation avec le pouvoir dans le champ du graphisme et de la typographie, novembre 2007, articulo.ch.

Il faut se résigner à admettre que « l’action des œuvres sur les œuvres », dont parlait Brunetière, ne s’exerce jamais que par l’intermédiaire des auteurs, dont les pulsions esthétiques (…) les plus pures se définissent sous la contrainte et dans les limites de la position qu’ils occupent dans la structure d’un état très particulier d’un microcosme littéraire ou artistique historiquement situé et daté. Pierre Bourdieu. Sociologue français (1930-2002). Pour une science des œuvres, in Raisons pratiques, Sur la théorie de l’action, Seuil, 1994).

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Quelles [sont vos] relations avec vos clients ?

Nous n’acceptons pas de faire de compromis. Nous refusons les projets non créatifs qui prennent trop de temps. Nous ne sommes pas formés à faire des travaux d’exécution. Tu sais qui. Jeune agence de graphisme française composée de Marc Armand et Florent d’Heilly, nés au début des années 80. Interviewé par A2 c’est mieux, Étapes nº 155. avril 08.

77


D’abord, dans ma tête, je réfléchis aux images que je vais mettre. C’est comme si c’était de la poterie, je prends ça manuellement. C’est comme si on prenait un objet et qu’on faisait un puzzle. David Longuet. Chanteur – graphiste – chômeur français, né en 1980. Entretien personnel, avril 2008.

1.

78


Une typographie parfaite est certainement le plus aride de tous les arts. (…) La conscience de servir anonymement et sans attendre de reconnaissance particulière, des œuvres de valeur et un petit nombre d’hommes optiquement réceptifs, est en général la seule récompense que reçoit le typographe pour son long apprentissage jamais achevé. Jan Tschichold. 1902-1974, typographe et maquettiste allemand. L’argile dans la main du potier, préface de Livre et typographie, édition Allia, écrit en 1948.

1. Affiche pour un concert reggae, David Longuet. Paris (75), 2005.

79


L’esthétique par défaut (…) représente une réponse simple et légère dans un monde complexe. Une solution par défaut est une solution rapide. L’apparente austérité de l’esthétique par défaut masque en réalité une propension au jeu. L’interface est initialisée par défaut comme la première partie d’un jeu qui commence. Étienne Cliquet. Enseignant en multimédia, artiste et designer français né en 1971. Article L’esthétique par défaut sur telepherique.org, août 2002.

De plus en plus de gens s’intéressent au graphisme. Avec le Net, les blogs, etc., l’image, en général, devient plus accessible. L’avantage, c’est que notre génération est plus ouverte à notre travail. L’inconvénient, c’est qu’elle pense tout savoir du graphisme et n’importe qui peut faire des affiches.

Tu sais qui. Jeune agence de graphisme française composée de Marc Armand et Florent d’Heilly, nés au début des années 80. Étapes nº 155. avril 08.

80


Avec les progrès fulgurants des technologies, le matériel s’est perfectionné de manière incroyable. (…) Le fossé entre professionnels et amateurs, et par conséquent entre créateur et utilisateurs, s’est grandement réduit. Hironobi Sakaguchi, créateur de jeu vidéo. Hors série Courrier International. Octobre-novembre-décembre 2007, La révolution 2.0.

Ci-dessous : affiche d’information, Service InterUniversitaire des Activités Physiques et Sportives, graphiste anonyme. Strasbourg (67), 2008.

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Lorsqu’on convoque le second degré, c’est, en général, pour justifier plus ou moins adroitement de l’existence possible d’un contrat de connivence entre celui qui produit une image ou un bon mot et celui qui les reçoit. Cela instaure d’emblée un jeu dont le soi-disant second degré partagé signifie qu’on a décodé la règle implicite : on appartient alors à la même « communauté culturelle » que ceux qui vous interpellent par ce contrat de communication. Le jeu du second degré se résume donc souvent à la compréhension d’une ambiguïté, compréhension à laquelle est attaché un véritable « facteur plaisir » lorsqu’on parvient à tirer à soi la couverture du sens incertain. Emmanuel Ethis. Président de l’Université d’Avignon, Professeur des universités en Sciences de l’Information et de la Communication. Sur ethis-e.blogspot.com/

Designers are meant to be loved not to be understood. Les designers sont destinés à être aimés, pas à être compris. Margaret Oscar. Rédactrice et conseillère en communication britannique, née dans les années 1970. Lu sur gobz.org/ article de François Chay.

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Y.B. : Quand on voit votre site, il faut en savoir un peu sur vous pour comprendre le second degré de votre approche, et pour en savoir plus sur vous, il faut faire partie d’un certain milieu, d’un certain réseau. Cette notion de réseau, de communauté d’initié, de « private joke », c’est très présent dans ce que vous montrez de votre club.

G.G. : Ben nous on n’existe pas sans le réseau, on a pas de scrupules à dire qu’on fait partie d’un réseau et qu’on existe à travers un réseau, mais c’est partout comme ça, les histoires de familles, les histoires de clan… Et encore une fois notre réseau n’est pas fermé, on est accessibles, on est ouverts, on discute. Guillaume Grall. Graphiste chez l’Atelier de Création graphique et membre du club des chevreuils. Né en 1981. Entretien personnel, avril 2008.

Ci-dessous : page du site Internet du Club des chevreuils. (http://leclubdeschevreuils.free.fr/)

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2. 1.

3.

4.

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5.

6. 1. Flyer pour Relax’Attitude, graphiste anonyme. Apt (84) 2007. 2. Flyer pour des cours de Salsa, graphiste anonyme. Avignon (84), 2007. 3. Affiche pour une soirée « body painting » au pub St John’s. Apt (84), 2008. 4. Affiche pour un thé dansant au Rêve Bleu. Apt (84), 2008. 5-6. Flyer pour l’exposition papier peint organisé par Castel Coucou, Pipi Parade. Strasbourg, 2008. 7. Affiche pour un concert organisé par le collectif Jauneorange, agence Please let me design. Liège (BE), 2006. 8-9-10. Affiches réalisées par des étudiants de la Rietveld Acamedy. Amsterdam (NL), 2008.

7.

10. 8.

85

9.


Il y a tellement d’images moches, que nous essayons d’en faire des belles. Pipi Parade. (Alain Rodriguez et Raphaël Garnier) Jeunes graphistes français nés au début des années 80. Étapes nº 155. avril 08.

La laideur se vend mal. Raymond Loewy. (1893 – 1986) Designer et graphiste français.

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Plus on regarde exactement la même chose, plus elle perd tout son sens, et plus on se sent bien, avec la tête vide. Andy Warhol. Artiste américain, 1928-1987.

Le bon goût et une typographie parfaite sont impersonnels. On rejette à tort aujourd’hui le bon goût comme tombé en désuétude, car M. Tout-le-monde, cherchant à affirmer sa prétendue personnalité, préfère à la norme objective du goût la forme qui lui est particulière. Jan Tshichold. (1902-1974) Typographe et maquettiste allemand. 1948, in Livre et typographie, éditions allia).

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Frederic Teschner. (graphiste français né en 1972) Pour l’association française de développement des centres d’art «Plein soleil» / programme des expositions 2007.

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Rien n’illustre mieux la liberté extraordinaire que donne à l’émetteur une conjonction de facteurs favorisants, que le phénomène de l’hypocorrection. Inverse de l’hypercorrection, phénomène caractéristique du parler petit-bourgeois, l’hypocorrection n’est possible que parce que celui qui transgresse la règle (Giscard par exemple lorsqu’il n’accorde pas le participe passé avec le verbe avoir) manifeste par ailleurs, par d’autres aspects de son langage, la prononciation par exemple, et aussi par tout ce qu’il est, par tout ce qu’il fait, qu’il pourrait parler correctement. Pierre Bourdieu. Sociologue français (1930-2002). Intervention au Congrès de l’AFEF, Limoges, 30 octobre 1977, repris dans Questions de sociologie, Les éditions de Minuit, 1980, pp 95- 112.

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No subject no image no taste no object no beauty no message no talent no technic no idea.

Ci-contre : affiche publicitaire, Coiffure Raphaël, graphiste anonyme. Strasbourg, 2008.

Pas de sujet / pas d’image / pas de goût / pas d’objet / pas de beauté / pas de message / pas de talent / pas de technique / pas d’idée.

John Cage. Compositeur, poète et plasticien américain, 1912-1992 Extrait du magazine TATE etc. - Issue 8 - Autumn 2006

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Les analystes d’essence auxquelles ont sacrifié tant de « théoriciens » (…) à propos de la « poésie pure » ou de la « théâtralité », ne font que reprendre, sans le savoir, le produit historique d’un lent et long travail collectif d’abstraction de quintessence qui, dans chacun des genres, poésie, roman, ou théâtre a accompagné l’automatisation du champ de production : les révolutions dont le champ de production est le lieu ont conduit à isoler peu à peu le principe spécifique de l’effet poétique, ou théâtral, ou romanesque, ne laissant subsister qu’une sorte d’extrait hautement concentré et sublimé (comme chez Ponge, par exemple, pour la poésie) des propriétés les mieux faites pour produire l’effet le plus caractéristique du genre considéré – dans le cas de la poésie, l’effet de débanalisation (…) –, et cela sans recourir à des techniques reconnues et désignées comme poétiques, théâtral ou romanesques. Pierre Bourdieu. Sociologue français (1930-2002). Pour une science des œuvres, in Raisons pratiques, Sur la théorie de l’action, Seuil, 1994.

Le post-moche c’est quand les choses sont tellement moches et a priori de (très) mauvais goût qu’elles deviennent belles. Tu sais qui. Jeune agence de graphisme française composée de Marc Armand et Florent d’Heilly, nés au début des années 80. Étapes nº 155. avril 08.

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1. Projet personnel, Guillaume Grall, 2007. 2. Poster promotionnel pour la sortie du disque de J.J. Valentine, Pipi parade, 2007. 3 - 4. Projets personnels, Tu sais qui, 2007.

1.

2.

3.

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4.


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À travers ces années de changement continuel et de nouvelles possibilités, où se situe l’éthique ? L’idée d’éthique n’implique-t-elle pas une sorte de fondement inébranlable, insensible au vent du changement ? Pour moi, il semble y avoir une habitude fonctionnaliste qui façonne mon processus au début de chaque conception de projet, l’analyse rationnelle du message et du public, la structuration objective du texte. Chaque cycle de changement, au fil du temps, semble avoir posé un calque supplémentaire, visuel ou conceptuel, sur cette fondation fonctionnaliste, qui reste cependant présente dans chaque projet.

Through these years of continual change and new possibilities, where does the ethic lie? Does not the idea of ethic imply some sort of unshakable bedrock impervious to the winds of change? For me, there seems to be a habit of functionalism that shapes my process at the beginning of every design project, the rational analysis of the message and the audience, the objective structuring of the text. Each cycle of change during the passing years seems to have added another visual or conceptual layer laid upon that foundation of functionalism, but inside of every project it is always there.

Katherine McCoy. Graphiste, professeur et essayiste américaine née en 1945. © 1998 High Ground Design. Reprinted from www.highgrounddesign.com

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Remerciements

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Remerciements sincères, pour leur aide et leur soutien : Aux personnes de ma classe et à mes professeurs d’ateliers. À ma mère, mon père et ma famille. À Sandrine Nugue, Samuel Bertrandy, Julien Castanié, Jean-Baptiste Raynal, Brice Tourneux, Marie Leviel, Mahawa Kandé, Irène Bonacina, Charlotte Kralj, Hélène Camus, Isabella Checcaglini, Gabriel Micheletti, Guillaume Grall, Christine Charrel, Etienne Troesler, David Longuet, Marie Paule Missoffe. À mes amis. À chaque personne ayant pris le temps de lire ce mémoire. Aux graphistes anonymes dont je montre ici le travail.

Un remerciement très reconnaissant à : Mon tuteur de mémoire, Guy Meyer. Vivien Phillizot.

Sources (non citées jusque là) : Wikipedia.org 26.org.uk Sites Internet des personnes citées.

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Tout le monde est graphiste  

Mémoire de Yoann Bertrandy, 2008

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