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N°25 MAI 2014

YEGGMAG.FR

LE FÉMININ RENNAIS

YEGG

MÉDIATION FAMILIALE

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CONCILIATION LORS DE LA SÉPARATION PAGE 12

IT GRATU N O U V E L L E G É N É R AT I O N


© CÉLIAN RAMIS


Celle qui

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Cadre son esprit sauvage et libre

e son des talons qui claquent contre le sol, des mouvements langoureux, les poignets qui roulent et jouent de leur dextérité. Il y a quelque chose d’intense dans le regard de la danseuse et chorégraphe flamenco, Cécile Apsâra, quand elle exécute un extrait de son solo. Et pour comprendre sa nouvelle expérimentation, SOL – qu’elle dévoilera, après 3 ans de travail, le 16 mai à 19h30 à l’occasion de sa sortie de résidence au Garage, invitée par le Collectif Danse Rennes Métropole – il faut parcourir les grandes lignes de son existence emplie d’arts et de musique. Sa vie ressemble à un bain de culture, dans lequel elle a plongé dès sa naissance. Issue d’une famille de musiciens, elle goûte très tôt à cette émulation culturelle, à Paris. Petite, elle apprend la danse classique, puis découvre la peinture, la danse africaine et l’aïkido. Elle se souvient des années 80, époque durant laquelle régnait un désir de grande liberté, très plaisant mais dénué de cadre. Sa rencontre avec le flamenco va la transcender et ne plus jamais la quitter. « C’est l’essence même de la liberté. Il y a un esprit sauvage et libre. Mais c’est aussi un art difficile au niveau de la technique, de l’apprentissage, des codes  », précise Cécile. Séduite et habitée par la musique et danse flamenco, elle prend des cours pendant un an

avant d’aller aux sources. Deux ans à Madrid ne lui suffiront pas à étancher sa soif et en revenant à Paris, elle commence à danser dans les cabarets et au théâtre du Chatelet avec un de ses mentors, Antonio Gades. « Avec Paco de Lucia, musicien révolutionnaire, ils ont universalisé le flamenco. L’ont sorti de son aspect espagnolade pour l’amener vers une expression dramatique, lui donner du sens », raconte-t-elle, animée par la passion. Cécile Apsâra part vivre à Séville et baigne dans un univers qui lui colle à la peau : « C’était la fin de la movida, il y avait une douceur de vivre, une ambiance incroyable, électrique, on vivait et on sortait beaucoup ! » À cette époque, Séville, « ville très traditionnelle », accueille l’exposition universelle, «  une manifestation très moderne  ». Des extrêmes complémentaires que la chorégraphe ne cessera d’allier dans ses spectacles qu’elle présente avec la structure qu’elle fonde à Rennes, Apsâra Flamenco. Son histoire, ses rencontres, son lien avec le flamenco – expression rêvée pour dire la frustration et la colère, selon la chorégraphe – sa philosophie de vie qu’elle transmet dans ses cours… l’heure est au bilan dans SOL : « Je veux renouer avec moi-même. J’ai commencé en étant très libre et la discipline m’a cadrée. L’idée est aujourd’hui de se libérer du cadre. » I MARINE COMBE

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RETROUVEZ CHRISTINE ZAZIAL DU LUNDI AU VENDREDI DE 6H À 9H SUR FRANCE BLEU ARMORIQUE (103.1 FM)


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ÉDITO l MAI, À LA POURSUITE DE L’ÉGALITÉ PAR MARINE COMBE, RÉDACTRICE EN CHEF

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i les super-héros s’attachent avec minutie – ou presque – au principe d’identité cachée, Karine Birot, elle, emmerde les fondements de cette règle et enfile son costume de « superhérote  » comme elle aime dire lors de sa conférence gesticulée. Wonder Féministe vient d’apparaître, sous les yeux ébahis des Rennaises et des Rennais, ravis de l’apparition de ce symbole qui cristallise les luttes pour les droits des femmes et contre l’hétéro-patriarcat. Inspirée par les Simone – Weil et de Beauvoir – qui pourtant n’avaient pas besoin de porter la culotte par dessus leurs collants pour faire de grandes choses, cette conseillère du Planning familial s’arme de moyens contraceptifs et d’une forte dose d’humour pour pulvériser les normes imposées par la société. Et si elle montre son visage sans vergogne, c’est parce que les femmes n’ont pas besoin d’agir masquées ou tapies dans l’ombre. Non, bien au contraire, le combat a et aura lieu dans la lumière – malheureusement crépitante à l’heure actuelle – de l’égalité des sexes. Et si pour l’instant, ce ne serait apparemment qu’un idéal, chez YEGG, l’équipe s’est octroyée un moment de franche rigolade mêlée à un sévère arrachage de cheveux pour jouer à Égalité Poursuite – merci les Fonds européens investis dans un jeu de société aux couleurs fades et aux traits grossiers. Et oui, en mai, les femmes font ce qui leur plait. Ce qui leur plait, certes, mais pas n’importe comment. Elles ont l’art et la manière et en parlent dans nos colonnes. Bonne lecture !

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L'AVORTEMENT QUEL AVENIR ?

lerté par le SDAS FO 35 sur l'absence d’un centre IVG à l’hôpital de Vitré, YEGG a enquêté. Face à la difficulté d’obtenir des réponses, le sujet s’est révélé sensible, voire brûlant. Si le Conseil Général a signé en 2012 une convention avec les hôpitaux et la CPAM pour « la mise en œuvre de l’IVG médicamenteuse dans les centres de planification ou d’éducation familiale départementaux  », celle-ci a depuis pris beaucoup de retard. Vincent Lavoué, gynécologueobstétricien au CHU de Rennes, qui a formé la responsable du centre de Vitré, CPEF volontaire pour l’expérimentation, s’en étonne. Il décrit, en outre, la position du centre hospitalier : « Légalement le directeur ne peut pas obliger les gynécologues à pratiquer l’IVG, mais pour maintenir sa maternité, il a besoin d’eux. C’est la quadrature du cercle. Le cas se pose dans beaucoup de petites villes. À Vitré les choses sont en train de se régler, mais le problème va se poser à Redon ». Selon lui, le débat est plus large : « Nous dépendons d’administrations distinctes, les centres de planification du Conseil Général, les centres IVG de la Sécu, deux instances décisionnelles qui ne se parlent pas en Illeet-Vilaine. Il y a un manque de lisibilité et de coordination des différents intervenants, alors qu’on devrait travailler ensemble, en bonne intelligence, pour une action construite et cohérente, comme dans le Morbihan ». La rédaction de YEGG ne manquera pas de revenir plus longuement sur ce sujet dans un prochain numéro. I MORGANE SOULARUE

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DÉSIRÉ

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ì UN FILM

e 12 avril dernier, le Forum Libé interrogeait l’avenir de la France à travers différents prismes, dont celui du féminisme. 2030 : un vent nouveau ? Pas de réponse. Pas de prise de risque pour les 4 intervenantes invitées, seulement des utopies idéalistes et légèrement Bisounours. De leur côté, Mathilde Joubaud – lycéenne à Saint-Martin en option Cinéma – et Paul Marques Duarte – étudiant en Arts du spectacle à Rennes 2 – ont décidé de prendre le contrepied de cette minauderie pour frapper un grand coup. Fin mars, ils diffusent sur Vimeo leur très court métrage Désirée, dont le synopsis, simple et efficace, se veut percutant. L’histoire d’une jeune fille, de 18 ans, qui se rend chez le médecin pour avorter et qui se retrouve face à un mur : « Pas violée, pas d’IVG », lui répond-il. Une réplique fracassante qui résonne dans l’actualité espagnole depuis décembre dernier, moment où le gouvernement de Mariano Rajoy a adopté la loi anti-IVG, restreignant l’avortement à deux cas seulement  : viol ou danger pour la santé de la mère. À la manière de Lisa Azuelos ou Éléonore Pourriat, les deux jeunes rennais transposent une situation soi-disant irréaliste à notre quotidien pour créer un choc, une prise de conscience. Une bien belle initiative qui nous fait réaliser qu’aucun droit n’est jamais acquis. Désirée insuffle en nous un vent de militantisme et cristallise certaines horreurs qu’il est important de combattre pour préserver le futur de toutes les femmes. Plus d’infos  sur yeggmag.fr – Droit à l’avortement  : Désirée ou l’art du court-métrage rennais – 28 mars 2014. I MARINE COMBE

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SOMMAIRE l MAI 2014

Tête de flamenca . page 2 Avortement désiré . page 6 Égalité à la Bretonne . page 8 La politique en bref . page 9 Wonder Féministe . page 10 Famille brisée en douceur . page 12 L’art de la Mise en art . page 20 La culture en bref . page 22 Une pure voix . page 23 Jugement dernier . page 24 Douceur citronnée . page 25 L’Égalité, un drôle de jeu . page 26

LA RÉDACTION l NUMÉRO 24

YEGG l 7 RUE DE L’HÔTEL DIEU 35000 RENNES

MARINE COMBE l RÉDACTRICE EN CHEF, DIRECTRICE DE PUBLICATION l marine.combe@yeggmag.fr CÉLIAN RAMIS l PHOTOGRAPHE, CRITIQUE CINÉMA l celian.ramis@yeggmag.fr MORGANE SOULARUE l JOURNALISTE l morgane.soularue@yeggmag.fr CHLOÉ RÉBILLARD l JOURNALISTE l chloe.rebillard@yeggmag.fr LAURA LAMASSOURRE l JOURNALISTE l laura.lamassourre@yeggmag.fr ANNAÏG COMBE l CRITIQUE MUSIQUE & LIVRES l annaig.combe@yeggmag.fr SOPHIE BAREL l MAQUETTISTE & ILLUSTRATIONS l sophie.barel@yeggmag.fr PHOTO DE UNE l CÉLIAN RAMIS

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DÉCRYPTAGE . . .

LA BRETAGNE DE L’ÉGALITÉ FAIT SA BIENNALE

© CÉLIAN RAMIS

© CÉLIAN RAMIS

Depuis 10 ans, la Région œuvre pour l’égalité entre femmes et hommes. Sa Biennale dédiée au sujet se tient les 16 et 17 mai à Lorient. Un événement inédit en France.

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ravée aux frontons des monuments et des bâtiments dans un contexte nouveau puisque depuis 2 ans il existe publics, inscrite dans la devise de la République, un Ministère des Droits des Femmes : « Cela change tout, l’égalité est un droit. Personne n’oserait la remettre notre action est réellement portée ». La ministre, Najat Valen cause. Et pourtant. Dans les faits, la femme n’est pas laud-Belkacem, sera d’ailleurs présente à Lorient le 17 mai l’égale de l’homme - salaires, accès à l’emploi et aux res- pour un débat. Un moment fort. Autre innovation 2014, le fil ponsabilités, tâches ménagères… Les exemples de discri- conducteur des thématiques : « l’égalité ça change la vie ». mination sont encore trop nombreux. En Bretagne, depuis En effet, forte d’une décennie d’expériences et de politique 2004, le Conseil Régional – qui siège à Rennes - tente d’y publique en faveur de l’égalité, la Région peut aujourd’hui remédier, faisant de l’égalité des décliner son programme autour de sexes l’une de ses priorités. Il fut « L’égalité des droits est une valeur cette question «  au quotidien, ça ainsi le premier à avoir un exécu- qui reste à conquérir au quotidien, les change quoi l’égalité ? ». Au menu, tif paritaire, dont une chargée de inégalités et discriminations à l’égard rencontres, forums, tables rondes, l’égalité des droits, Gaëlle Abily. ateliers, expositions, des femmes sont une réalité ordinaire. conférences, C’est sous son égide que se tient spectacles, livres… et ce dans tous la Biennale de l’Egalité. Après Brest, C’est une vraie question d’actualité, un les domaines de la vie - travail, poliSaint-Brieuc et Saint-Malo, Lorient enjeu sociétal qui concerne pas moins tique, sport, culture, violences, sanl’accueille cette année. «  Chaque té, jeunesse… Quant à la question de la moitié de l’humanité » Biennale est le prolongement des d’envisager cette lutte pour l’égalité précédentes, mais aussi un nouvel événement. Leur point comme un engagement militant, Gaëlle Abily répond francommun est la volonté de redire que l’égalité des droits est chement : « C’est ambivalent. Oui, au départ, il y a un militanune valeur qui reste à conquérir au quotidien, les inégalités tisme, il faut être touchée par ces inégalités et ces discrimiet discriminations à l’égard des femmes sont une réalité or- nations pour vouloir exercer cette responsabilité. Mais, après dinaire. C’est une vraie question d’actualité, un enjeu sociétal 10 ans à défendre la question d’une politique d’égalité, je la qui concerne pas moins de la moitié de l’humanité. L’idée conçois comme une discipline, une compétence au même est aussi de rendre visible les nombreuses dynamiques titre que l’urbanisme, les transports… Je ne suis plus une Bretonnes, de valoriser les femmes et leurs combats », sou- militante, mais une professionnelle de l’égalité, j’ai cette légiligne Gaëlle Abily. Elle précise que l’édition 2014 se déroule timité et la Région aussi ». I MORGANE SOULARUE Mai 2014 / yeggmag.fr / 08


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AU COEUR DE LA RENNES . . .

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bref chiffre

FAIS PAS CI, FAIS PAS ÇA

Le 15 mai, au centre social Carrefour 18, l’association rennaise Questions d’égalité organise une conférence autour des « rôles des sexes  » qui entravent l’épanouissement, l’autonomie et la liberté des enfants. Pour débattre autour de la question « Mettre en place l’égalité filles-garçons dès la petite enfance  : pourquoi  ? comment ? », deux sociologues, spécialistes de la question dans les crèches, Elsa Arvanitis et Sophie Collard, d’Artémisia Toulouse.

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Convention internationale du tatouage, organisée à Rennes par Miss Atomik, Cécile « Banana Juice » et Mickael de Poissy, aura lieu les 17 et 18 mai, au stade de la route de Lorient.

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mois

ARMÉES POUR SE DÉFENDRE

Le 23 avril dernier, les Féministes Enragées organisaient une marche dans le centre ville et brandissaient la solidarité féministe comme arme de combat. Elles souhaitaient protester contre la décision du TGI de Paris, le 8 avril, qui aurait condamné une féministe à 5 mois de prison avec sursis pour s’être défendue d’une agression sexiste. Derrière leur banderole, manifestants et manifestantes prônent la politique du « œil pour œil, dent pour dent » et souhaitent organiser en mai un cours autogéré d’autodéfense féministe, en non mixité.

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le tweet du mois sur

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Le sympatic ferme définitivement, encore un lien en moins pour les concerts #rennes

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@lesterbrome / 21-04-14 à 15h48

L’ACTU FÉMININE

EST À SUIVRE SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX !

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@Yeggmag sur

Yegg Mag Rennes sur

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3 QUESTIONS À . . .

Une cape à étoiles, un préservatif sur un fil à linge, quelques injures et un air de Dalida ; première conférence gesticulée – le 25 avril à Rennes - pour Karine Birot dans « Wonder féministe ou la Super hérote qu’il manquait pour sauver le monde » nous prouve qu’on peut allier féminisme et humour.

© CÉLIAN RAMIS

KARINE BIROT

CONFÉRENCIÈRE-GESTICULANTE ET CONSEILLÈRE CONJUGALE ET FAMILIALE AU PLANNING FAMILIAL DE NANTES

Comment avez-vous monté cette première conférence gesticulée ? J’ai pu assister à une conférence de ce type et j’ai tout simplement trouvé le concept génial, alors je me suis dit «  pourquoi pas  ?  ». En septembre 2013 j’ai entamé une formation sur quelques jours de  «  conférencièregesticulante » avec la Scop – Le Pavé (Coopérative d’éducation populaire qui a également formé les 7 protagonistes de la conférence gesticulée sur le clitoris, proposée par l’association rennaise Questions d’égalité, ndrl) et c’est à ce moment-là que j’ai rencontré Anna Reymondeau qui étudie l’histoire et la sociologie des lesbiennes féministes, on s’est tout simplement bien entendues et on a commencé à travailler ensemble. C’est réellement ce travail collectif et les apports d’Anna qui ont permis d’étoffer mon discours. Si pour l’instant, il n’y a eu qu’une représentation, le but maintenant va être d’améliorer les points négatifs et pourquoi pas à long terme se retrouver toutes les deux sur scène.

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Quelle image voulez-vous renvoyer du féminisme ? Le but était de s’exprimer sur le fait qu’on en a assez. On a voulu montrer qu’un féminisme de tous les jours est possible, que cela ne concerne pas qu’un petit groupe d’énervées antimec ou que c’est une théorie fumeuse inaccessible. Pour nous, le féminisme c’est avant tout une manière d’apprendre à s’aimer, il ne faut donc plus se cacher et montrer qu’on peut sortir des clichés habituels. On n’est pas là pour vendre du muguet, il faut modifier les normes, créer d’autres manières de vivre, bouger les cadres que l’hétéro-patriarcat nous impose quotidiennement. Cette conférence, c’est aussi prouver qu’il n’y a pas de dogme selon nous, qu’une féministe peut même aimer Dalida si elle en a envie. Et oui les féministes peuvent aussi avoir de l’humour  !

Pourquoi choisir cette image de Wonder Féministe, de super-hérote ? Tout simplement parce qu’on aimait bien cette image mais le but n’est pas de dire aux filles « posez vos couilles sur la table », on ne veut pas devenir des super hérotes mais selon nous, le féminisme est et a été marqué par de grandes figures qui le sont comme les Simone, Weil ou de Beauvoir notamment. On ne veut pas faire culpabiliser les gens mais seulement montrer qu’il est possible de s’affirmer en tant que féministe au quotidien. I LAURA LAMASSOURRE

« Un féminisme de tous les jours est possible.»


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En mai 2004, l’Assemblée Nationale adoptait le texte définitif du projet de loi relatif au divorce. Une loi promulguée le 26 mai 2004 et publiée au Journal Officiel le 27 mai de la même année, qui vise à simplifier et à moderniser les procédures de divorce, datant de 1975. Ainsi, on peut lire dans l’article 255 du Code civil que le « juge peut notamment  : 1° Proposer aux époux une mesure de médiation et, après avoir recueilli leur accord, désigner un médiateur familial pour y procéder ; 2° Enjoindre aux époux de rencontrer un médiateur familial qui les informera sur l’objet et le déroulement de la médiation (…) » La médiation familiale, encore peu et mal connue - loin d’être réservée aux couples mariés en instance de divorce – ambitionne de rétablir le dialogue entre les deux parties afin de pouvoir s’accorder sur différents points relatifs à la séparation comme le partage des biens ou encore la garde des enfants. Comment est entreprise la médiation familiale ? Quels moyens sont mis en œuvre ? Comment un couple peut vivre les séances ? Les médiateurs pourraient-ils se substituer aux avocats et aux juges des affaires familiales  ? La rédaction de YEGG s’est penchée sur ces questions.

I PAR CHLOÉ RÉBILLARD ET MARINE COMBE I PHOTOGRAPHIES DE CÉLIAN RAMIS I INFOGRAPHIES DE SOPHIE BAREL


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© CELIAN RAMIS

Une histoire de vécu

Depuis plusieurs décennies maintenant, le nombre de séparation des couples augmente. Aujourd'hui, en France, plus d'un couple sur deux qui passe par la case mariage, passera également par la case divorce. Et ces chiffres ne mentionnent pas les couples non-mariés. La séparation est devenue de ce fait un véritable enjeu de société. Entre déchirements des conjoints et souffrance des enfants, la médiation familiale est une solution proposée pour tenter d'apaiser ce passage douloureux.

Une histoire de vécu

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La médiation familiale est apparue en France à la fin des années 1980, sur l'exemple du Québec. Elle a pour but d'amener les familles sur un terrain neutre pour les aider à résoudre les conflits qui peuvent surgir à différents moments : séparation des couples, difficulté de communication avec un jeune majeur, désaccord au sein d'une fratrie sur la prise en charge d'un parent vieillissant, rupture du lien entre petits-enfants et grands-parents. Néanmoins, la coordinatrice du service de médiation familiale de l'UDAF 35 (Union Départementale des Associations Familiales), Christine Duchemin, le rappelle: « Dans 95% des cas que nous rencontrons, il s'agit d'une séparation entre conjoints. » Une épreuve douloureuse qui peut amener les ex-conjoints à s'entre-déchirer devant les tribunaux afin de faire payer à l'autre la souffrance dont il le juge responsable. Le pari qui est fait par la médiation familiale, c'est de permettre aux couples de retrouver un espace de communication pour se mettre d'accord sur les modalités de la séparation, plutôt qu'elles ne soient imposées par la justice. À Rennes, il existe deux services qui proposent la médiation familiale: l'UDAF 35 et Espace médiation. Outre ces structures, une médiatrice officie de manière privée : Marie-Christine de Cacqueray.


focus La philosophie de la médiation.

se dégrade. » Pour illustrer son propos, Christine Duchemin revient sur une médiation qui l'a marquée. Les personnes étaient en procédure depuis sept ans, elles se déchiraient, d'enquêtes en expertises et sont arrivées en médiation à l'initiative de la femme, qui tentait cet ultime recours avant son déménagement dans le sud. Ce changement de région remettait en cause la résidence alternée des enfants. Pendant les premières séances, ni regard, ni contact personnel. L'homme souhaitait obtenir la garde car il considérait le déménagement comme un choix personnel de la femme. Elle, elle affirmait que les enfants préféraient partir avec elle. Selon ses dires, avec la médiation, ils ont pu se donner accès à ce que représentait le projet de déménagement, à leur ressenti. Lui a fini par formuler qu'il se sentait discrédité et non-reconnu dans son rôle de père depuis le début de la séparation. Elle était là, la raison pour laquelle il se battait depuis toutes ces années devant les tribunaux. Difficile, donc, pour lui d'y renoncer. Face à cette confidence la femme a alors déclaré, « d'une manière très émouvante » précise la professionnelle, qu'au contraire elle estimait que sa place en tant que père était très importante auprès des enfants, qu'elle comptait énormément sur lui. Pour elle, venir en médiation c'était aussi réfléchir sur comment il allait rester le papa de ses enfants. « Une fois que les deux ont réussi à formuler ce qui les bloquait, c'est un tapis rouge qui se déroule. Les solutions ont été trouvées en quelques séances. Je pense que si la médiation n'était pas passée par là, ces gens-là se déchireraient « Réussir à s'entendre auencore  », delà de la séparation, c'est commente la un message très fort qui coordinatrice de est envoyé aux enfants. Ils l'UDAF.

Madame Hignard, juriste au Centre d'information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) le rappelle : «  La médiation ce n'est pas une thérapie de couple, ce n'est pas fait pour sauver le couple.  » Bien souvent, au delà du conflit conjugal, les conjoints ont un rôle à jouer en tant que parents. Dans le préambule du texte de loi sur la famille présenté début avril à l'Assemblée Nationale, le législateur précise : « Chacun peut se séparer de son conjoint, de son partenaire ou de son concubin mais jamais de ses enfants  ». Il faut donc réinventer une co-parentalité et une communication apaisée après la séparation. Le médiateur familial joue le rôle de tiers neutre, impartial, afin de favoriser la reprise du dialogue. Selon Christine Duchemin, les font grandir ensemble ce métier transmet un idéal Parcours d'une tout étant séparés. C'est à la société : « Notre objectif c'est de responsabiliser les médiation. important pour un enfant gens. Il y a une dimension philosophique importante dans d'avoir des adultes, des notre démarche. C'est un temps à part, le médiateur prend Le parcours le temps d'analyser la situation, permet aux personnes de d'une médiation parents responsables. » parler, de s'exprimer, d'écouter l'autre. Il les aide à être commence par un acteurs de ce qui s'est passé pour devenir acteurs de ce rendez-vous d'information pour en expliquer le principe. qu'il y a à régler. Il aide à retrouver la capacité à discuter, à se Ce rendez-vous préalable permet d'éviter de se tromper de comprendre et à chercher ensemble des solutions. » C'est démarche : dans certains cas, ce n'est pas la solution. Les un espace où l'on responsabilise les gens pour les aider cas de violences conjugales, par exemple, ne rentrent pas à garder leur liberté de choix. La nouvelle communication dans ce processus : « Pour démarrer une médiation, il faut établie au moment des séances doit se prolonger en-dehors qu'il y ait une égalité dans le couple, que chaque ex-conjoint des murs de l'UDAF. La réussite se fait sur le reconnaisse l'autre comme légitime. Si long terme, les parents qui ont eux-mêmes « Une séparation c'est avant la notion de respect n'est pas présente choisis les modalités de la séparation, tout l'histoire d'un homme dès le départ, ce n'est pas possible. Dans les respectent plus et surtout sont plus ces cas-là nous renvoyons les personnes aptes à communiquer entre eux à propos et d'une femme qui se sont auprès d'autres professionnels qui sont de leurs enfants. Pour la coordinatrice du aimés, qui ont décidé d'avoir plus adaptés », confie Christine Duchemin. service, cela montre aussi l'exemple pour une famille, qui ont vécu de Un discours tenu également par Mme les enfants : « Réussir à s'entendre au-delà : «  Nous n'avons pas de relations belles choses avant que la Hignard de la séparation, c'est un message très institutionnalisées avec la médiation familiale fort qui est envoyé aux enfants. Ils les font relation ne se dégrade. » mais nous renvoyons régulièrement des grandir ensemble tout étant séparés. C'est personnes vers ce service. Cependant elle important pour un enfant d'avoir des adultes, des parents n'est pas adaptée dans les cas de violence intra-familiale, responsables. » il faut qu'il y ait une égalité dans le couple.  » Lorsque les personnes acceptent la démarche, un autre rendez-vous est fixé, cette fois-ci pour entrer dans le vif du sujet. « Chaque Un homme et une femme qui se sont aimés... parcours est différent, en fonction de ce qu'il y a à régler. On fixe des séances tous les quinze jours à trois semaines, qui « Une séparation c'est avant tout l'histoire d'un homme et peuvent durer entre 1h30 et 2h. Certains n'ont besoin que de d'une femme qui se sont aimés, qui ont décidé d'avoir une deux ou trois séances, pour d'autres il en faudra famille, qui ont vécu de belles choses avant que la relation ne Mai 2014 / yeggmag.fr / 15


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plus d'une dizaine. » Les rencontres se déroulent à trois : médiation familiale. » Si la loi n'a pas encore été votée, elle les deux participants et un médiateur familial diplômé. Lors inquiète la coordinatrice du service de médiation de l’UDAF de la séance, le professionnel invite chacun à parler des 35: « Nous sommes très prudents avec cette nouvelle règle. points de désaccord et à exposer leur point de vue pour Notre objectif ce n'est pas de désengorger les tribunaux, déterminer d'où viennent les différents. Autorité parentale, mais d'aider les personnes. Nous craignons un peu que montant d'une pension alimentaire, lieu de résidence cette loi fasse perdre le sens premier de la médiation. » Les des enfants, séparation des biens... professionnels ont fait remonter leurs les sujets sur lesquels travaillent les « Pour démarrer une médiation, il craintes au niveau national, mais avec un parents en médiation sont nombreux faut qu'il y ait une égalité dans le peu plus de 600 médiateurs familiaux en et très concrets. Le médiateur n'est face à la gigantesque machine couple, que chaque ex-conjoint France pas un thérapeute, même si, parfois, judiciaire, leur voix n'a pas encore été les blocages rencontrés ne sont pasreconnaisse l'autre comme légitime.entendue. Ce combat, pour préserver d'ordre rationnels mais psychologiques. Si la notion de respect n'est pas le sens de leur métier et en garder Lorsque le parcours aboutit, et que présente dès le départ, ce n'est les principes déontologiques, tout en les deux participants parviennent à restant complémentaires de la justice, pas possible. » s'entendre sur les points principaux, ils est difficile. Les débats parlementaires n'ont plus qu'à écrire leur accord et à le qui arrivent sont ainsi très attendus. faire homologuer par un juge. Cette dernière étape permet aux parties d'avoir l'assurance que les accords seront Au fur et à mesure que la notoriété de la médiation officialisés. À l'UDAF 35, environ la moitié des médiations augmente, de plus en plus de personnes y ont recours. En débouchent sur un accord entre les ex-conjoints. Pour 2013, ce service de l'UDAF 35 a connu une augmentation d'autres ce n'est pas le bon moment ou la séparation a été de plus de 37% de son activité par rapport à 2012. Les trop douloureuse. professionnels du droit la connaissent mieux et certains juges aux affaires familiales n'hésitent plus à enjoindre les couples à se rendre au rendez-vous d'information. Pour Le métier et les enjeux de la médiation autant la relation entre la justice et la médiation familiale On ne peut pas s'improviser médiateur « Nous n'avons pas de jeunes n'est pas toujours simple. Selon les médiateurs, certains professionnels de familial. Depuis 2004 c'est un diplôme bacheliers qui se dirigent vers la justice, notamment quelques avocats, d'État – le DEMF - reconnu qui nécessite la médiation familiale. Il faut la perçoivent comme une concurrence un diplôme de niveau trois (c'est-à-dire un bac +2) préalable, auquel s'ajoute avoir une expérience de vie plus indirecte dans les affaires de divorces. Pourtant la médiation familiale se une formation d'environ 700 heures. importante. » veut complémentaire et non rivale, Christine Duchemin précise: «  Nous puisqu'elle est l'un des outils qui permettent une séparation n'avons pas de jeunes bacheliers qui se dirigent vers la moins douloureuse. médiation familiale. Il faut avoir une expérience de vie plus importante. C'est un métier où certaines situations peuvent entrer en résonance avec notre propre vécu. Il faut savoir prendre de la distance pour ne pas laisser notre ressenti empiéter sur notre professionnalisme. La plupart des médiateurs viennent du champ du travail social. Ils ont déjà Québec, pays anglo-saxons... des exemples à suivre? eu une expérience avant de se lancer dans la médiation. » Dans le service consacré à la médiation à l'UDAF 35, 6 D'autres pays sont en avance par rapport à la France médiateurs familiaux se relaient, 4 femmes et 2 hommes. sur le développement de ce type de service. Au Québec, Leur temps de travail équivaut à 3 temps plein. mais également dans les pays anglo-saxons, celle-ci est beaucoup plus développée. La coordinatrice semble croire La médiation familiale est confrontée à de nouveaux enjeux. qu'il s'agit d'une différence culturelle : «  En France on est La loi sur la famille, reportée début 2014 par le gouvernement beaucoup plus dans la culture du conflit. Pas seulement Ayrault à cause des sujets sensibles de la GPA (Gestation pour les séparations, même pour un conflit de voisinage on pour Autrui) et PMA (Procréation Médicalement Assistée), va devant les tribunaux. » Sous d'autres cieux, le conflit n'est n'a pas complètement été abandonnée. Début avril un pas judiciarisé et les salles de médiation, familiale, mais aussi projet de loi édulcoré, et sans les sujets polémiques, a été dans d'autres domaines, fleurissent au coin des rues. Il n'est déposé devant l'Assemblée Nationale. Il comprend un volet pas plus étrange d'aller voir un médiateur qu'un médecin. sur la médiation familiale. Jusqu'à présent les démarches La France est encore loin de ces situations. Cependant de médiation étaient entreprises volontairement, tous les avec l'augmentation de l'activité de ces professionnels et couples reçus ayant choisi ce mode de séparation. Le juge une meilleure connaissance du grand public des services aux affaires familiales pouvait contraindre un couple à se proposés, il se pourrait que cette solution soit de plus en rendre au rendez-vous d'information sur la médiation mais plus prisée dans les années à venir. il était ensuite laissé libre de la poursuivre ou non. Dans le nouveau projet de loi, le juge peut désormais enjoindre des conjoints à se rendre aux séances de médiation. L'article 17 prévoit « à l'effet de faciliter la recherche par les parents d'un exercice consensuel de l'autorité parentale, le juge peut : […] leur enjoindre de prendre part à des séances de Mai 2014 / yeggmag.fr / 16


focus

Elles questionnent l’égalité européenne

Une histoire de vécu Deux ex-conjoints ont accepté de témoigner pour YEGG de manière anonyme sur leur expérience de la médiation familiale. À la fin de l'année 2013, en désaccord sur la somme à Qu'est-ce qui vous poussé à venir en médiation familiale ? █

Lui : Nous sommes séparés depuis trois ans, je ne voyais mon fils que le week-end, c'était court avec le foot et ses activités. Je voulais qu'il fasse une semaine chez moi et une semaine chez sa mère pour que je le vois plus. Avant, je versais 200 euros de pension alimentaire mais avec mon salaire c'était difficile, je finissais souvent à découvert. Je pensais qu'avec la résidence alternée je ne devrais plus rien. Mon ex, elle, considérait qu'avec les dépenses liées à l'école et ses activités, je lui devrais encore de l'argent. Tous les deux, ça se passe très bien mais pour caler les choses on a préféré aller voir quelqu'un. Elle : Depuis septembre, lorsqu'on a envisagé la résidence alternée, les questions d'argent pour la pension alimentaire devenaient « Ça nous a permis de parler centrales et pendant 4 mois chacun de notre vie, de la on n’arrivait plus personne avec qui on vivait à communiquer. actuellement... » C'était rompu on avait plein de points de discorde et surtout on n’arrivait pas à se mettre d'accord sur le montant de la pension. Je me suis dit que la meilleure solution serait peut-être de voir un tiers pour repenser les choses calmement. █ Comment avez-vous connu la médiation ?

Lui : C'est mon ex qui l'a connu. Je ne connaissais pas, c'est elle qui a pris le rendez-vous. Elle : J'ai connu l'UDAF au moment de mon divorce car quelqu'un m'en avait parlé. J'étais allée là-bas pour faire des séances dans le service Parents ensemble. Quand la communication s'est dégradée avec mon ex-mari, je me suis rappelée qu'à l'UDAF, ils faisaient aussi de la médiation familiale. █ Quelles étaient vos attentes vis-à-vis de cette

démarche ?

Lui : Quand on s'est séparés, on a été à un premier rendez-vous

verser pour leur fils, ils contactent le service de médiation de l'UDAF 35. Ils ont participé à trois séances qui ont abouti à un accord.

mais c'était compliqué, c'était bizarre et pas facile, comme tous les divorces. La première fois je n'ai pas compris, je ne me rappelle même pas ce qu'on a dit (le premier rendez-vous concernait une séance Parents ensemble ndlr). La deuxième fois (3 ans après la séparation ndlr), on a remis les choses en place et c'est là que j'ai compris. On m'a demandé : Combien Vous dépensez pour votre fils ? Et on a mis les choses au clair. Elle : C'était avant tout pour rétablir une communication. Retrouver un terrain d'entente avec mon ex-mari à propos de notre fils. Après, je m'étais renseignée et je savais qu'il me devait une pension, je voulais aussi qu'il comprenne ça, mais le plus important c'était de réussir à se parler. █ Comment avez-vous vécu ces séances ?

Lui : C'était bien, ça permet de remettre les choses au point. Elle : Dans notre cas, ça a été assez facile, on s'était déjà reparlé pour qu'il accepte la médiation. J'ai trouvé que les questions étaient très justes, la médiatrice mettait très à l'aise, elle savait s'adapter aux personnes. On a fait trois séances. Pendant la première, elle a remis notre enfant au cœur d'un arbre généalogique. Ça nous a permis de parler chacun de notre vie, de la personne avec qui on vit actuellement, mais aussi des grands-parents et de tout le contexte autour de l'enfant. À la fin de la séance elle nous a demandé de faire un calendrier sur un an pour calculer combien de temps notre fils passait chez chacun, et combien on dépensait par mois pour lui. La deuxième séance a été plus technique, on a repris les chiffres qu'on lui avait apporté et elle a fait un calcul à partir de ça. On CÉLIAN RAMIS est arrivé à un chiffre de pension qui était plus élevé que ce©que proposait le juge. Ensuite elle nous a demandé de réfléchir tous les deux si ça nous convenait et lors de la troisième séance on s'est mis d'accord sur la résidence et la pension. La dernière fois c'était moins technique, on était plus dans la discussion. █ Qu'en avez-vous retiré ?

Lui : On s'est mis d'accord, on le garde une semaine chacun et je continue de donner 100 euros par mois. On a mis ça sur papier et ce papier-là on va le montrer au juge, on a rendezvous au tribunal. C'est bien de lui montrer que je donne une pension alimentaire, qu'on est déjà passé en médiation Mai 2014 / yeggmag.fr / 17


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familiale. Grâce à ce papier, ils vont voir qu'on a fait un effort et pour le magistrat ce sera plus simple.

comment ils interrogent les gens et comment ils travaillent, donc, oui, je le conseillerai.

Elle : La résidence alternée est mise en place depuis quelques Elle : Oui, en fait je l'ai déjà fait plein de fois, même quand je n'y semaines et on a repris une communication avais pas encore participé. Il y a des gens apaisée. Bref que du positif ! Actuellement « Le plus important c'était de autour de moi qui on fait une médiation au réussir à se parler. » elle nous rédige un papier à présenter moment de la séparation. Moi j'avais un peu devant le juge avec nos accords. C'est peur que dans notre cas, cela ne soit pas vraiment ce que j'en attendais. possible, je ne savais pas qu'on pouvait le faire y compris deux ans et demi après la séparation. Ça m'est déjà arrivé plusieurs fois d'en parler à des gens et de la conseiller. Plus généralement █ Est-ce que c'est une démarche que vous je recommande régulièrement les services de l'UDAF. conseillerez autour de vous ? Lui : Oui, cela permet de discuter pour les couples qui ne s'entendent pas, pour qu'ils puissent régler leurs problèmes avec quelqu'un qui n'est ni de la famille, ni des amis. J'ai vu

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© CELIAN RAMIS

La médiation familiale était-elle présente dans les affaires que vous traitez ? Nous avons des personnes qui ont entamé le processus de médiation, souvent pour parler des questions liées aux enfants, très peu pour les problèmes d’argent. Dans ce cas-là, si les parties trouvent un accord, notre rôle est de le faire homologuer par un juge. Et nous avons aussi des cas dans lesquels la médiation familiale a échoué. Généralement, nous le savons très rapidement s’il y a possibilité de rapprocher les deux parties, selon les points de désaccords. Quand c’est très conflictuel, très profond, qu’il y a beaucoup de rancœur et que cela dépasse même la séparation… Nous savons alors qu’il y a peu de chances que la médiation fonctionne.

Avril 2014 / yeggmag.fr / 18

La médiation familiale est-elle en concurrence avec le rôle des avocats ? Je n’ai pas le sentiment que ce soit en concurrence directe. Dans la médiation, il y a un tiers, qui est neutre. J’ai la sensation qu’on traite davantage l’aspect psychologique. L’avocat résonne en terme de droit, de principes juridiques. Je pense que les deux sont complémentaires. Après, il y a certainement une vision que n’a pas le grand public mais l’avocat est aussi là pour trouver un accord. Si nous pouvons rapprocher les deux parties, nous le faisons en discutant entre confrères ou par voie de courrier confidentiel par exemple. C’est dans l’intérêt du client que ce ne soit pas la guerre, qui mène à l’épuisement. Nous n’avons pas la même approche, pas les mêmes compétences que les médiateurs familiaux. Et c’est bien que chacun ait son domaine et soit conscient de ses limites.

Le juge pourrait-il enjoindre les deux parties à suivre les séances de médiation ?

Il peut les enjoindre à se rendre à une séance d’information. Je pense que de les enjoindre à suivre toute la médiation est contraire au principe même de médiation familiale. Elle s’effectue sur le volontariat, l’envie. Si c’est le contraire, il n’y aura pas d’écoute, c’est voué à l’échec. Ce serait vraiment aller à l’encontre du postulat de départ.

« Nous n’avons pas la même approche, pas les mêmes compétences que les médiateurs familiaux. »


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L’ART & LA MARINIÈRE . . .

Mise en

Art ou l’art et la manière

La jeune association Mise En Art « vise à promouvoir les étudiants en Art en dehors de leur lieu d’études ». À sa tête, d’autres étudiants, volontaires et dégourdis. À l’heure où il est ardu de trouver un lieu d’exposition et de convaincre ses responsables d’accrocher ses œuvres, Mise En Art est une idée ambitieuse, avec déjà de vraies réussites à son actif et des projets prometteurs.

© CELIAN RAMIS

M

oyenne d’âge, 20 ans. Mais on le sait, la valeur n’attend pas le nombre des années… De ce vieil adage, Mise En Art en est la parfaite illustration. À l’origine et à la tête de cette association, Manon Guiffard, étudiante en Arts Plastiques à Rennes II, son compagnon, Samuel Hilyer, élève à l’Institut d’Etudes Politiques (IEP), Cyril Pham également en Arts Plastiques, et Rosie Hilyer en première année aux Beaux-Arts. Un joyeux quatuor, doté d’une belle fibre artistique, mais également rompu aux démarches administratives et capable d’aller séduire les lieux d’exposition. « L’été dernier en évoquant notre avenir, j’ai parlé de mon envie d’organiser des événements pour les artistes. Nous sommes partis du constat que, même à notre petite échelle d’étudiants, nous pouvions déjà monter une structure. Mise En Art (MEA) est donc née ! », raconte Manon. La jeune fille, brindille au regard bleu pétillant, ajoute qu’une rivalité a toujours existé à Rennes entre Arts Plastiques et Beaux Arts. « Là, c’est le moyen de faire quelque chose ensemble, de fusionner au sein de MEA, de faire collaborer toutes les écoles de Rennes, puisqu’on compte sur celles qui ont des associations artistiques, comme l’IEP ». La rencontre, en janvier, avec Cyril Pham – auquel Manon et Sam délègueront la régie de MEA à la rentrée scolaire 2014 pour cause de séjour à l’étranger - a accéléré les choses. Ainsi, le 15 avril dernier, MEA montait sa première expo au 4BIS. Le soir du vernissage, la salle était comble. Manon et son équipe, comblées. « Le 4BIS nous a fait confiance, c’est une chance, et les gens sont venus nombreux, c’est un vrai succès ! », sourit Manon. La Mai 2014 / yeggmag.fr / 20

demoiselle et les artistes de MEA l’avouent volontiers : tout ceci est sans doute plus simple à mettre en œuvre à Rennes, ville ouverte, accueillante, proche des étudiants et à l’avantgarde culturelle. D’ailleurs, quand on leur demande d’où ils viennent, aucun des membres de MEA, à une exception près, ne sont Rennais. Saint-Lo, Limoges, Lorient, Saintes, Saint-Jean-de-Luz… Ils débarquent ici, attirés par la réputation de la ville, sa fac et ses écoles, sa liberté et son audace. C’est le cas pour Mélody, Marion et Laureline.

De jeunes artistes prometteurs

Toutes les trois sont en première année d’Art Plastiques à Rennes II. Toutes les trois sont un brin timides, mais très enthousiasmées par MEA. « J’ai adoré que MEA s’intéresse et mette en avant des artistes débutants, encore étudiants. Être exposé est une grande chance, MEA est un sacré tremplin », confie la discrète Laureline Desplanches, qui, à 19 ans, arrive de Limoges. Pour Mélody Pissenlit (nom d’artiste), 20 ans, originaire de Saintes, s’inscrire à MEA, outre le fait d’être exposée, c’était la promesse de faire des rencontres « Je voulais découvrir d’autres artistes, qui ne sont pas forcément à Rennes II, voir leur travail, m’intégrer à la ville et à ses réseaux ». Dans son art, la jeune femme s'attache aux visages et aux détails du corps « Mes portraits ne sont pas forcément réalistes. Parallèlement, je me suis inspirée des Spirales Bleues de Bernard Requichot dans une expérimentation où j’ai utilisé un reste de pâtes froides sur lequel j’ai versé de la peinture. J’en ai fait des spirales que j’ai étalées sur une toile…  », explique-t-elle.


culture

L’ART & LA MARINIÈRE . . .

Le résultat est étonnant de profondeur et de légèreté. À ses côtés, Laureline a entamé une performance de Body Art. Elle dessine et peint sur le corps de ses ami(e)s et de modèles volontaires. « Je fais ça depuis longtemps. C’est éphémère et cela nécessite de prendre des photos et j’aime ça ». Quant à Marion Colombel, d’origine basque, elle s’est inspirée des anthropométries d’Yves Klein, avec une vision du corps de la femme agrandi, décuplé, mis en mouvement. Enfin, Kevin N’Time, aka Face de Tract, a un processus de travail étonnant, actuel et interactif  : «  Il collecte tracts et flyers, les découpe et les colle en donnant un sens aux textes recomposés. Il y a des flash codes sur ses visuels qui mènent à son site Internet afin que les gens écrivent ce qu’ils veulent, ce que ses tableaux leur inspirent. C’est une oeuvre participative et numérique, dont il va faire un livre d’artiste.  », révèle Manon. L’équipe fondatrice expose elle aussi. Cyril Pham a projeté au 4BIS une installation vidéo et Rosie Hilyer y

a présenté des dessins « d’animaux humanisés, un peu bizarres, un peu flippants, mais toujours drôles », dit-elle. La prochaine exposition de Mise En Art se passe au Café Cortina, pendant un mois à partir du 2 juin - vernissage le 5. « Nous sommes en constante recherche d’artistes et de lieux, de salles pour organiser des événements », annonce Manon. De subventions aussi, indispensables pour la structure, et puis de contacts et de partenaires. Au vu de leur énergie et de leur volonté, de leur cran et de leur envie, à n’en pas douter, ils réussiront à développer et pérenniser Mise En Art.

« Nous sommes partis du constat que, même à notre petite échelle d’étudiants, nous pouvions déjà monter une structure. Mise En Art est donc née ! » I MORGANE SOULARUE

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L’ÉQUIPE DE YEGG

VOUS SOUHAITE DE FAIRE CE QU'IL VOUS PLAIT

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YEGG

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PLANS CU’ . . . chiffre

bref JE(U) NUMÉRIQUE

La 6e édition de Bouillants – art numérique, multimédia & citoyenneté – est visible à la laiterie (Les Bouillants) de Vern-sur-Seiche jusqu’au 1er juin. Cette année, la manifestation s’articule autour du « Je(u) », une double entrée thématique pour permettre au public « d’expérimenter une rencontre différente avec un mode d’expression contemporain et particulièrement sensible : l’œuvre d’art numérique et multimédia  ». Découvrir la programmation sur www.bouillants.fr

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mois

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WELCOME TO BROADWAY

47e

édition de Rock’n Solex, célèbre festival qui allie concerts et courses de solex, aura lieu du 7 au 11 mai, sur le campus de Beaulieu – Rennes.

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Elle chante et elle danse Isabelle Georges, dans Broadway enchanté. Une comédie musicale enchanteresse qui sera présentée au Carré Sévigné – à Cesson Sévigné – le 22 mai à 20h30. Cinq artistes talentueux et polyvalents – ils sont aussi bien musiciens que comédiens - sont sur scène et nous plongent dans l’univers magique des grands auteurs et compositeurs de Broadway. Un spectacle qui nous fait revivre l’âge d’or de la comédie musicale créée à Broadway à la fin du XIXe siècle. bref

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yegg kiffe à

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LATIFA LAÂBISSI

à

Le 16 mai à 20h30 - Théâtre de Poche à Hédé

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DES ENVIES DE JOURNALISME ? REJOIGNEZ NOTRE RÉDACTION !

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via redaction@yeggmag.fr YEGG contactez-nous RETROUVEZ . . . LES PIPELETTES AUTOUR DE CHRISTINE ZAZIAL TOUS LES JEUDIS À 18H SUR TVR ET SUR WWW.TVRENNES35BRETAGNE.FR 20

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L’ART & LA MARINIÈRE . . .

Laetitia Jéhanno, une voix alternienne Seule femme du groupe rennais Alternine, elle est la voix de ce quintet explosif qui montera sur la scène du Mondo Bizarro le 16 mai et du Jardin Moderne, à l’occasion du festival Girls Disorder, le 31 mai.

© CÉLIAN RAMIS

«

Plus jeune, j’ai fait du chant, d’abord en tant que choriste puis soliste. Pour moi, c’était un rêve de gamine d’intégrer un groupe de rock », confie Laëtitia Jéhanno. Elle mettra pourtant le chant et son rêve au placard pendant plusieurs années, le temps d’obtenir son diplôme des métiers d’art à Nantes et de devenir régisseur son. En 2006, cette morbihannaise d’origine s’installe dans la capitale bretonne, enchaine les stages et petits boulots au black, et tombe sur l’annonce d’un groupe à la recherche d’une chanteuse. C’est en 2007, la jeune femme enregistre sa voix et fait un test lors d’une répétition. Le rêve prend forme, elle deviendra la voix et l’interprète d’Alternine, qui sort un premier EP en 2008 avant de se séparer et de laisser le projet en veille. Laëtitia Jéhanno ne s’arrête pas là : « Après un stage en 2009 avec David Féron, spécialisé dans le rock et le métal, je me déplaçais une fois par mois environ sur Paris pour 4h de cours avec lui ». Pendant 2 ans, elle va bosser sa voix et apprendre à maitriser les techniques – dont celle du chant saturé – jusqu’à ce qu’il lui conseille de faire du live. L’opportunité est trop belle, le groupe se reforme autour du compositeur et bassiste Julien Névo. En parallèle, Laëtitia poursuit son chemin, ponctuellement à la régie son des Champs Libres ou encore en coach vocal pour 3 groupes accompagnés par le Jardin Moderne – Tiny Feet, Superets et The enchanted wood. Aujourd’hui,

Alternine – composé aussi de deux guitaristes, Clément et Maxime, ainsi que d’un batteur, Jean-Félix – sort du cadre rigide des étiquettes et caractérise indépendamment sa musique de rock alternien. Une musique qui navigue comme un électron libre entre le punk et le métal, aux sonorités tantôt nerveuses, tantôt douces, toujours prêtes à nous saisir les tripes. Et les oreilles quand les enceintes crachent le résultat pendant leur traditionnelle répétition du jeudi soir, à Thorigné-Fouillard. « Nous avons un set de 50 minutes environ et actuellement 4 compos sur le feu. C’est Julien qui les travaille, puis me les transmet pour que je bosse la voix, la tonalité car c’est très riche et très technique », explique la chanteuse qui rugit sur les refrains de Crystal shards – qui figure sur l’EP 2.0, sorti en 2013 dont le clip est en ce moment en préparation. De leur petit nid thoréfoléen aux scènes rennaises, Alternine n’hésite pas à doucement progresser et se produire dans différents tremplins et salles brétiliennes, et costarmoricaines ! « Nous avons un public là-bas, friand de notre musique. C’est marrant et très agréable ! », s’amuse Laëtitia, qui a travaillé pour la salle briochine La Citrouille et qui y a vu débuter The 1969 Club, alors adolescents. Le public peut se ravir : un album devrait prochainement - à l’horizon 2015 - faire résonner l’identité alternienne, on n’en doute pas ! I MARINE COMBE Mai 2014 / yeggmag.fr / 23


culture

VERDICT . . .

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La sélection culturelle et subjective de la rédaction

ZIL SELANCE

musique

24 JOURS

Dans la case des incasables, voici Zil Selance. Et c’est à ce titre que Zil se lance en 2011, sélectionnée par la ville de Rennes pour se produire lors de la fête de la musique. Elle joue ce soir-là avec un copain guitariste mais veut concrétiser son projet de groupe. Elle s’entoure alors de Christophe à la batterie, Bruno à la basse et Olivier au clavier. Un quatuor original : une indienne qui chante de l’électro pop sur Rennes avec 3 jeunes hommes de 50 ans. La rencontre du disco, de la pop et de l’électro sonne comme une évidence qui nous emporte dans un univers singulier, dans lequel musique rétro et musiques actuelles s’entremêlent. La jeune chanteuse, auteure-compositeure, signe des textes, en français, qui résonnent en nous et invitent à laisser voguer notre imagination. Et certaines chansons comme « Elle est partie » ou « Laisse que toi aller  » nous restent en tête, nous incitant à en redemander, ou à défaut de faire tourner l’EP en boucle. I MARINE COMBE

DVD

AVRIL 2014

Tiré de l’histoire vraie de l’enlèvement et la séquestration d’Ilan Halimi, en 2006 en région parisienne, 24 Jours nous immerge avec passion, à travers les faits, au plus près de la douleur et du harcèlement vécus par la famille et tout particulièrement par la mère de la victime. Ceux que l’on appellera le «Gangs des barbares» seront les tortionnaires et bourreaux d’Ilan. Il sera affamé et torturé pour être, au bout de 24 jours d’échec de négociations éreintantes, laissé pour mort dans les bois. Si le cinéaste consent à vouloir présenter cette femme et mère comme représentant LA figure maternelle, cette volonté peut être, au vu des faits, perçu comme complexe et ambiguë. En effet si Ruth Halimi est la maman d’un jeune comme les autres, tout le film choc vise à revisiter l’histoire à travers un polar dont l’issue dépend de l’identité juive du jeune homme. C’est en cela qu’Alexandre Arcady pose les fondements du crime qui, selon lui et cette famille française et républicaine, relève d’un crime antisémite. Si ce dernier reste incompris par l’opinion, l’est-il sur la base d’une bonne présentation des faits ? C’est bien LA question que soulève l’histoire de ce fait divers et non le film. Au-delà du récit, doit-on juger le crime comme antisémite - ce que les auteurs (livre & film) s’attèlent à démontrer - ou doit-on se forger bien malgré le propos une réelle opinion personnelle sur l’enlèvement et le terrible supplice de ce jeune français ?

Livre NYMPHOMANIAC LARS VON TRIER MAI 2014

Seligman est un vieux et charmant célibataire. Il découvre au fond d’une rue sombre un soir d’hiver une femme rouée de coups à demi consciente. Elle s’appelle Joe. Il la ramène chez lui, la soigne et de là va naître une longue discussion sur la vie de cette femme, de sa naissance jusqu’à ses 50 ans. Le parcours mouvementé se laissera volontiers compter par Joe qui s’auto diagnostique nymphomane. Dans ce premier volume, on découvre avec intensité les premiers pas de la sexualité d’une jeune fille obsédée très tôt par son sexe, le sexe et le chemin de la séduction et du plaisir. Immoral et parfois obscène, ce chemin de vie nous engloutit parfois sous les très crus détails visuels des innombrables rapports sexuels. Lars Von Trier nous plonge avec beaucoup de liberté au cœur de la tourmente de Joe qui n’a de cesse de canaliser ses émotions à travers ces multiples relations sexuelles. Le spectateur pourra se sentir brusqué par les enchaînements, entre la quiétude de la chambre de Seligman et le parcours érotique et malaise émotionnel de la jeune femme. Très loin de la grivoiserie, parfois inconvenant et scabreux, l’auteur cherche avec habilité à faire surgir la douleur de l’héroïne synthétisée autour du sexe. Un film qui ne choque pas mais intrigue sous la peau d’une alternative poésie référencée en littérature et musique classique. C’est avec intelligence que le cinéaste distille l’équation du jugement et témoignage de son compteur et de son auditoire. I CÉLIAN RAMIS

Mai 2014 / yeggmag.fr / 24

cinéma

ALEXANDRE ARCADY

ELLE EST PARTIE (MADAME LA FÉE) FÉVRIER 2014

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I CÉLIAN RAMIS

Livre MÉMÉ

PHILIPPE TORRETON MARS 2014

Philippe Torreton a écrit un roman d’amour. L’acteur a puisé dans ses racines et ses souvenirs de gamin, « élevé à la ferme », pour raconter sa grand-mère maternelle, Mémé. Une femme d’un autre temps, paysanne normande, simple et moderne (elle divorcera), nantie de bon sens et de courage, obligée de se satisfaire de peu, cette sensation jouissive que notre monde moderne frénétique de surconsommation nous pousse aujourd’hui à rechercher. Torreton raconte le formica et les murs humides, le pain mou qui faisait la semaine, la blouse imprimée… Au-delà de l’hommage, aussi beau soit-il, se dresse ici le portrait d’une génération de femmes sobres et taiseuses, laborieuses et rusées, économes sans s’économiser, écolo et féministes avant l’heure, qui n’avaient peur de rien. Un témoignage rare sur un monde en voie de disparition, avec lequel s’en vont également les bicoques au confort succinct, le bon sens paysan, le vrai, le fait d’être riche sans le sou. Le style est cristallin et fort, les mots claquent comme un bon coup de vent, un langage physique, entier, sensuel, comme l’auteur. I MORGANE SOULARUE


DANS LE FRIGO DE...

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MÉLANIE HOËL

Tiramisu au citron

sonnes Pour 4 per

:

vesini Gâteaux Pa ens) ou ali it (boudoirs cuillère la biscuits à ascarpone 250 g de m 5 œufs

le cre semou 50 g de su és it a on tr 4 citrons n cello on m li 10 cl de citron, 30°° u a (liqueur environ) ne op de can 10 cl de sir

!

my Yum

Séparez les jaunes des blancs et blanchissez les jaunes avec le sucre semoule avant d’y ajouter le zeste de citron et son jus. Mélangez le mascarpone à la préparation puis 5 cl de limoncello. Montez les blancs en neige et incorporez-les délicatement au premier mélange. Vous pouvez à présent préparer le sirop composé du sirop de canne, du jus des 3 citrons restants et du limoncello. Trempez-y légèrement les gâteaux Pavesini. Dans un plat, alternez les gâteaux au sirop et le mélange - en prenant soin de terminer par le mélange. Réservez ensuite le tiramisu au frais pendant minimum 3h. Vous pouvez décorer le dessus du dessert selon votre inspiration avec des citrons confits ou des vermicelles colorés par exemple ! I RECETTE RECUEILLIE PAR CÉLIAN RAMIS

Le 7 Peccati t-Germain 7, place Sain Rennes 0 21 55 06 60 7 nombre M a i 2 0 14 d nombre e clopes : 20 8 de verr es : 57 En

m a i, q u 'i l m je fa is c e e p l a it poids : ! 64 ,3 kilos

Mai 2014 / yeggmag.fr / 25

© CÉLIAN RAMIS


& © CÉLIAN RAMIS

YEGG & THE CITY

Épisode 9 : Quand j’ai joué à Égalité Poursuite.

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uel objet insolite que ce jeu de société visant à « sensibiliser tous les publics (…) aux difficultés rencontrées par les femmes pour briser le «  plafond de verre  » et bénéficier de conditions de réussite de leur carrière professionnelle analogues à celles de leurs homologues masculins.  » C’est ce qu’explique la note rédigée dans la règle du jeu. Un jeu réalisé par la Ville de Rennes dans le cadre du projet européen «  COMETA 2000  », avec leurs partenaires espagnols et italiens. En découvrant Égalité Poursuite lors d’une conférence sur l’égalité femmes-hommes en Europe – en mars dernier à Rennes – la rédaction de YEGG s’est accordée un instant ludique pour expérimenter ce jeu de l’oie un brin particulier. Le principe est simple : un plateau, des cartes, un dés, des personnages. Le but l’est également  : atteindre la case Égalité pour gagner la partie ! Et tout se complique lorsque l’on tombe sur une carte verte, porteuse de handicaps. « Vous êtes à la tête d’une famille nombreuse. C’est la galère pour trouver du travail… Retournez à la case « Départ » ! », « Les hommes que vous encadrez refusent

Mai 2014 / yeggmag.fr / 26

votre autorité parce que vous êtes une femme. Reculez de 4 cases ! » ou encore « Votre conjoint est au chômage. En plus des problèmes financiers vous devez gérer les problèmes psychologiques. Reculez de 2 cases », les situations – toujours traduites en espagnol - sont cinglantes et finissent même par être oppressantes. Et les dessins, qui ne privilégient pas l’esthétique, ne sont d’aucune aide pour se réjouir, transpirant la morosité ambiante et le long chemin qu’il reste encore à parcourir. Les discriminations actuelles sont pointées du doigt – famille, chômage, salaire, sexisme, etc. – et nombreuses sont les fois où on identifie une situation malheureusement déjà vécue. On se demande pourquoi aucune carte ne condamne les hommes ne respectant pas l’égalité des sexes à reculer de plusieurs cases. On en vient alors à la conclusion que les joueurs peuvent ainsi se glisser dans la peau des femmes et s’arracher autant de cheveux que nous l’avons fait durant cette partie, qui a mis nos nerfs à rude épreuve mais qui nous a fait toutefois nous poser bon nombre de questions, et avouons-le, bien marrer… I MARINE COMBE


CAROLE BOHANNE CÉLINE JAUFFRET ANA SOHIER ANNE-KARINE LESCOP

ANNE LE RÉUN BÉATRICE MACÉ ANNE CANAT SYLVIE BLOTTIERE ÉVELYNE FORCIOLI YUNA LÉON BRIGITTE ROCHER FANNY BOUVET MARIE-LAURE COLAS GAËLLE AUBRÉE DORIS MADINGOU KARINE SABATIER ARMELLE GOURVENNEC MARIA VADILLO GAËLLE ANDRO VÉRONIQUE NAUDIN NADINE CORMIER ESTELLE CHAIGNE ALIZÉE CASANOVA DOMINIQUE IRVOAS-DANTEC FRÉDÉRIQUE MINGANT MATHILDE & JULIETTE

LAURENCE IMBERNON

NATHALIE APPÉRÉ ANOUCK MONTREUIL NATHALIE APPÉRÉ ÉMILIE AUDRENMARIE HELLIO CÉLINE DRÉAN VALÉRIE LYS

ISABELLE PINEAUMARINE BACHELOT CHLOÉ DUPRÉ ANNE LE HÉNAFF GÉRALIDINE WERNER DOROTHÉE PETROFF

GWENAËLE HAMON MARION ROPARS

CATHERINE LEGRAND

JEN RIVAL

LES FEMMES QUI COMPTENT,

CHAQUE MOIS DANS YEGG YEGG

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