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2013

Yashwan JHEELAN

Les minoteries industrielles d’Eugène Haug, dans un contexte technique et stylistique, de 1896 à 1923

Iconographie : Les grands moulins de Pantin ; l’usine et la ville Lieux dits, 17 nov. 2009

Enseignants directeurs : Michael DARIN, Anne-Marie CHATELET


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Ecole Nationale Supérieure d‘Architecture de Strasbourg

Les minoteries industrielles d’Eugène Haug, Dans un contexte technique et stylistique, De 1896 à 1923

Yashwan JHEELAN

Enseignant directeur : Michael Darin Deuxième lecteur : Anne-Marie Chatelet

UEM212A1 Faire de l‘Histoire Janvier 2013

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Sommaire

Remerciements ....................................................................................................................... 6 INTRODUCTION .................................................................................................................... 7 Présentation du mémoire ........................................................................................................ 7 Méthodologie ......................................................................................................................... 9 Problématique....................................................................................................................... 11 CHAPITRE 1 La minoterie ; apparition et évolution technique ..................................... 13 1.1 Du moulin à la minoterie, la « révolution terminale. » .................................................. 13 1.2 La minoterie comme ensemble complexe ...................................................................... 17 1.3 Répartition fonctionnelle des espaces ............................................................................ 20 A. Transport et acheminement ..................................................................................................... 20 B. Transformation du grain............................................................................................................ 23 C. Stockage ................................................................................................................................... 26

1.4 Incendies ; causes et dispositifs de prévention. .............................................................. 28 1.5 Structure et matériaux. ................................................................................................... 32 CHAPITRE 2 Expression architecturale des minoteries à l’ère industrielle ................. 36 2.1 Rapport Structure – Revêtement .................................................................................... 36 2.2 Symbolique de l‘historicisme monumental ................................................................... 39 2.2 L‘esthétique industrielle et modernité ........................................................................... 42 CHAPITRE 3 Les minoteries d’Eugène Haug .................................................................... 45 3.1 Eugène Haug ; l‘itinéraire d‘un bâtisseur de minoteries ................................................ 45 3.2 Comparaison de trois minoteries à Strasbourg ............................................................... 49 A. Grands moulins Becker............................................................................................................. 50 B. Grands moulins d’Illkirch .......................................................................................................... 55 C. Minoteries Alsaciennes ............................................................................................................ 61

3.3 Les Grands Moulins de Pantin ....................................................................................... 65 Conclusion ............................................................................................................................... 67 Bibliographie........................................................................................................................... 70 Annexes ................................................................................................................................... 73

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Remerciements

Je souhaite sincèrement remercier :

- Michael Darin et Anne-Marie Chatelet pour le suivi du mémoire et pour leurs précieux conseils pendant ces trois semestres. - Les archivistes des Archives Municipales et communautaires de Strasbourg pour leur aide dans mes recherches. - Mes parents qui m‘ont permis de faire mes études supérieures en France. - Ma sœur pour ses encouragements et son affection inconditionnel. - Tous mes proches qui m‘ont soutenu pendant mes études notamment mes tantes Jennyfer, Shantee et Mira. - Mes amis de l‘ENSA de Strasbourg qui ont facilité mon intégration au sein de l‘école.

Une pensée particulière pour un ami exceptionnel ; Estève Mazier.

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INTRODUCTION

Présentation du mémoire

Mes premières recherches pour ce mémoire de Master se sont portées sur le Port du Rhin. Cette zone portuaire m‘avait interpellé, après une visite avec l‘atelier d‘initiation au projet urbain en Licence 3, à cause de ses ambiances atypiques. Mêlant friches industrielles, réhabilitations et reconversions, le port du Rhin avait suscité chez moi un intérêt pour le patrimoine industriel. Après avoir consulté des mémoires et des projets de fin d‘étude sur le Port du Rhin, je me suis aperçu que son évolution urbaine avait été traitée que très sommairement. Il me parut intéressant de comprendre, d‘un point de vue urbanistique, la formation et le développement de ce quartier portuaire et industriel. Cette piste de recherche m‘a amené à consulter des ouvrages comme Strasbourg sur am rhein ,2000 ans d’histoire1 . Ce dernier retrace la création et l‘expansion du port de Strasbourg de 1880 à 1970 et regroupe des gravures et des photographies présentées lors d‘une exposition organisée par le Musée du Rhin et de la Navigation. Cependant je me suis vite rendu compte que la zone portuaire s‘étend sur plus de dix kilomètres de long et comporte un nombre considérable d‘usines, d‘entrepôts et de fabriques. Les dynamiques qui ont façonnées le quartier sont extrêmement complexes et il me semblait impossible de toutes les appréhender. Deux solutions étaient alors envisageables ; choisir quelques bâtiments « emblématiques » du Port du Rhin ou étudier un corpus d‘édifices dans une période précise. En ciblant quelques bâtiments remarquables j‘ai découvert que deux d‘entre eux, notamment les Grands Moulins de Strasbourg et le siège de la Coopérative Alsacienne, avaient été construits par le même architecte ; Eugène Haug. J‘ai donc orienté mes recherches sur les réalisations d‘Eugène Haug sans d‘idées de sujet précis. Les recherches du premier semestre m‘ont amené vers l‘architecture industrielle de cet architecte. En effet, les œuvres les plus remarquables de Haug sont sans doute les minoteries qu‘il réalisa. La liste imposante de moulins comporte les Grands Moulins Becker (de la Ganzau), d‘Illkirch, de Strasbourg, de Corbeil, de Villeurbanne, de Sarreguemines, de Pantin(Paris) ainsi que la meunerie de Bruxelles. Haug était aussi chargé de la conception de moulins à Marrakech, Burgos et Casablanca, mais ces projets ne furent pas réalisés.

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Strasbourg sur/am Rhein, 2000 ans d'histoire (exposition créée par le Musée du Rhin et de la Navigation)

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Après mes premières recherches, je mes suis rendu compte que les grands moulins et les minoteries ont été très peu ou pas étudiés. A Strasbourg, ces constructions s‘étalent dans le temps (entre 1896 et 1923) et permettent d‘apprécier les changements techniques ou esthétiques dans leur conception, au sein d‘un même type. L‘évolution de la technique des moulins 2 a été traitée en 1986 par Gilles Gutzwiller, un étudiant de l‘école d‘architecture de Strasbourg, mais son étude concerne les moulins hydrauliques et s‘arrête au XIXème siècle. Une autre thèse traite la typologie du silo en France de 1926 à 1969 3. La période d‘étude de mon mémoire s‘inscrit entre ces deux travaux et vient en quelque sorte complémenter ces deux études de cas.

Gutzwiller (Gilles), L’évolution de la technique des moulins hydrauliques en Alsace Bossue, Ecole Nationale Supérieure d‘Architecture de Strasbourg, 1986 2

LORIETTE (Nicolas), Les édifices de stockage des céréales dans les grands départements céréaliers français : 1929 – 1969, Rennes 2, 2008 3

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Méthodologie Après avoir choisi l‘étude typologique des minoteries comme le sujet de mon mémoire, ma première démarche a été de trouver les documents manquants sur les moulins construits par Haug aux Archives Municipales et Communautaires de Strasbourg. La tâche qui paraissait relativement simple s‘est avérée plus longue que prévue car les bâtiments industriels n‘ont souvent pas d‘adresse dans les archives de la Police des bâtiments. Je tombais sur les édifices proches des minoteries mais pas sur ces dernières, notamment sur un silo4 construit en 1913 pour la société Rhenus par Edouard Zublin ; l‘ingénieur qui a travaillé avec Haug sur plusieurs projets. Au bout de deux semaines de recherches frustrantes, j‘ai finalement compris que les bâtiments n‘étaient pas répertoriés selon leurs rues respectives mais selon le bassin autour duquel les minoteries se trouvent. Heureusement les fonds5 sur les deux minoteries du Port du Rhin sont complets et les différentes phases des projets sont répertoriées. Les documents graphiques comprennent des plans, des coupes et des élévations ainsi que des correspondances entre le maître d‘ouvrage, le maître d‘œuvre et la Police des bâtiments. Les textes et les annotations sont en allemand et furent compliqués à traduire car je n‘ai jamais étudié cette langue et aussi à cause de l‘écriture manuscrite. Très peu d‘ouvrages traitent les minoteries de la période qui m‘intéressait pour ce mémoire. Un de mes questionnements à la suite du travail du premier semestre était de comprendre la différence entre le moulin, la meunerie et la minoterie. Plusieurs ouvrages et sources publiées m‘ont aidé à comprendre la nuance entre ces termes et aussi leurs étymologies. L‘ouvrage de Claude Rivals 6 retrace un millénaire de meunerie en France et en Europe. L‘auteur ne décrit pas seulement l‘aspect technique des moulins mais aussi leur représentation sociologique et ethnique. Malheureusement cet ouvrage traite brièvement la période qui m‘intéresse. Rivals appelle cette période de transition la « révolution terminale » du XIXeXXe . J‘ai aussi essayé une autre piste de recherche, celles des ouvrages parus à l‘époque de cette « révolution terminale » afin de comprendre les débats sur les techniques de l‘époque et aussi les modes de transmission des modèles et des références architecturales. Publié en 1950, le manuel pratique de la meunerie, peut être considéré comme une encyclopédie de l‘équipement présent dans les minoteries ; du matériel standard aux innovations techniques de l‘époque. Mais il est dommage que l‘auteur n‘a pas inclus les dates d‘invention de ces

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Entrepôts Rhénus (Volume II), APB ; 645W203

5

Minoteries alsaciennes (Volume I), APB ; 645W208 Minoteries alsaciennes (Volume II), APB ; 645W209 Moulins Baumann (Grands Moulins d‘Illkirch), APB ; 865W140 6

Rivals (Claude), Le moulin et le meunier. Mille ans de meunerie en France et en Europe (préface de Jacques Le Goff). Vol. 1 : Une technique et un métier.Roques sur Garonne, Empreinte Éditions, 2000

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méthodes de meunerie. Certaines d‘entre elles n‘existaient pas dans la période que j‘ai choisie d‘étudier. Une autre de mes priorités était d‘essayer de comprendre le fonctionnement des minoteries; la répartition fonctionnelle des espaces dans les minoteries ainsi que la disposition des différentes dépendances dans le complexe. J‘ai pu comprendre cet aspect des minoteries en consultant des monographies sur des moulins ; notamment les Moulins de la Meuse7. Une fois que ces notions furent éclaircit, l‘analyse des documents des Archives s‘est relevée moins compliquée. L‘ouvrage contenant le plus de renseignements sur la carrière de Haug, Les grands moulins de Pantin ; l’usine et la ville 8 , présente un chapitre entier sur la carrière de l‘architecte alsacien. Elle a été ma principale source de références et développe des notions comme l‘historicisme et le régionalisme de l‘architecture de Haug. L‘Histoire des grands moulins Becker9 regorge de photographies et de gravures des grands moulins de la Ganzau mais elles ne sont souvent pas datées. Les documents graphiques correspondent bien aux autres documents techniques 10 que j‘ai consultés aux archives. L‘ouvrage de Marie-Christine Jung s‘étend beaucoup plus sur la famille Becker, a qui appartenaient les moulins et très peu d‘informations sont disponibles sur le bâtiment en luimême. Néanmoins, l‘ouvrage apporte des clarifications sur les termes techniques utilisés dans les moulins et les minoteries. Il semblait aussi important de comprendre le point de vue de certains architectes de l‘époque, notamment Gropius, qui a écrit sur cette période de mutation de l‘architecture industrielle. Les textes de Gropius11 sur ce sujet sont des références très pertinentes car elles révèlent la façon dont l‘architecture industrielle est perçue au début du XXème siècle.

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Culot (Maurice), Evrard (Jacques), Bastin (Christine), Les moulins de la Meuse Namur, patrimoine et création en Wallonie, AAM, 1999 8

Lohr Évelyne, Michel Geneviève, Debost Jean-Barthélémy, Pierrot Nicolas Les grands moulins de Pantin ; l’usine et la ville Lieux dits, 17 nov. 2009 9

Jung Marie-Christine Histoire des grands moulins Becker Strasbourg : Carré Blanc, 1999

10

Archives Municipales de Strasbourg, Moulins de la Ganzau (1892-1927) APB ; 783W223

11

Gropius (Walter), Architecture et société, Paris, Editions du Linteau, 1995

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Problématique

A la suite de toutes ces recherches, deux thèmes principaux se sont dégagés ; la technique et l‘esthétique. Les minoteries de Haug viennent s‘inscrire dans un contexte très particulier de l‘architecture industrielle, dans une période durant laquelle le rapport entre la fonction, la structure et le revêtement est repensé. Il semblerait que les minoteries connaissaient de nombreux changements au courant du XIXème siècle notamment en termes de technique et de processus de transformation des céréales. Ces changements avaient-ils une répercussion sur l‘architecture des minoteries ? Les évolutions dans la production des matériaux de construction influencent en grande partie l‘architecture des moulins et des minoteries. Il apparaît deux orientations fondamentales dans les premières expérimentations significatives de la technique du béton armé en France (au-delà de la diversité des systèmes constructifs adoptés). L‘une tend à affirmer la valeur de continuité de la paroi sans mettre en évidence la trame en béton armé. L‘autre expérimente diverses solutions d‘articulation entre structure et remplissage. Quelle solution Haug utilise-t-il et quelles sont les raisons de ses choix ? Un thème qui est récurant dans l‘étude des minoteries est la lutte contre l‘incendie. Toutes les minoteries que j‘ai étudiées de près ou de loin pendant les recherches pour ce mémoire ont été touchées par des incendies. Quelles sont les causes de ces incendies ? Quelles mesures sont prises pour contrer la propagation du feu dans les minoteries de Haug ? En ouvrant un peu plus le champ de mes recherches, une autre thématique semblait importante : celle de l‘esthétique industrielle. Dès le milieu du XIXème siècle, certains architectes avancent l‘idée que les usines sont censées être plus que de simples blocs utilitaristes. Cependant on peut noter l‘utilisation d‘un langage architectural avec de fortes références historiques. Haug utilise-t-il cette expression historiciste et dans quel but ?

Les questionnements principaux qui ont été soulevés suite à mes recherches et qui ont guidés le développement du mémoire sont les suivants : 1. Les minoteries de Haug présentent-ils des caractéristiques singulières qui les différencient des autres minoteries de l‘époque ? 2. Comment l‘architecture de la minoterie s‘adapte-elle à aux nouvelles techniques ? 3. Pourquoi et comment s‘articulent deux notions apparemment antinomiques : des intérieurs contenant des techniques innovantes et des extérieurs avec un langage historiciste ? 4. Quel est le rapport entre la structure et l‘enveloppe des moulins et des silos de Haug ?

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Pour avancer sur ces problématiques, nous développerons les axes suivants : Dans un premier temps, nous procéderons en exposant comment la typologie des minoteries a vu le jour et comment les techniques utilisées ont évolué avec le temps. Nous essayerons en même temps d‘appréhender l‘influence de ces changements sur l‘architecture des minoteries. Dans un deuxième temps, nous nous attacherons à voir comment l‘esthétique des minoteries s‘exprime dans différents cas. Nous tenterons de comprendre la symbolique liée à l‘image qui est renvoyée par les usines de l‘époque. Nous essayerons aussi de comprendre le rôle qu‘ont joué les silos américains comme modèles pour l‘architecture moderne. Enfin, nous étudierons quelques minoteries construites par Haug afin de comprendre comment ces constructions viennent s‘inscrire dans un contexte technique et esthétique particulier au tournant du XXème siècle.

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CHAPITRE 1 technique

La minoterie ; apparition et évolution

1.1 Du moulin à la minoterie, la « révolution terminale. »

Au milieu du XIXème siècle, l‘industrie de la meunerie connait de nombreux changements grâce à l‘invention de nouvelles techniques de mouture des céréales, de turbines et de moteurs plus performants. Ce changement profond n‘est pas uniquement technique, il est aussi économique et social. Le développement de la minoterie à turbine (en attendant la vapeur, l'électricité ou le diesel), à cylindres et à plansichters (inventé en 1887 par Hagenmacher, meunier à Budapest 12 ) correspond à la montée du capitalisme et le déclin des moulins. Même les termes et les mots utilisés en meunerie sont amenés à changer. On ne parle plus de moulin mais plutôt de minoterie. Une rubrique sur un site web éclaircit l‘étymologie du terme minoterie ; Tout d’abord disons un mot sur l’origine du mot minoterie : il viendrait de "minot" qui était le nom des barils de hêtre utilisé pour l’exportation des farines au XIXe siècle. Du baril le mot est passé au bâtiment où se traitaient les céréales et a ainsi donné naissance au mot minoterie13. Une autre définition de la minoterie est donnée par Claude Rivals: établissement dans lequel on prépare les farines destinées au commerce extérieur.14 La farine de minot15 fait référence à une farine de qualité supérieure qui est apte à l‘exportation. Les inventions principales qui vont précipiter l‘essor de la minoterie face au moulin sont la machine à vapeur ainsi que les nouveaux processus de nettoyage et du broyage des grains. Ne 12

Rivals (Claude), Le moulin et le meunier. Mille ans de meunerie en France et en Europe (préface de Jacques Le Goff). Vol. 1 : Une technique et un métier, Roques sur Garonne, Empreinte Éditions, 2000 P. 220 13

http://www.vocance.fr/La-minoterie.html

14

Rivals (Claude), Le moulin et le meunier. Mille ans de meunerie en France et en Europe (préface de Jacques Le Goff). Vol. 1 : Une technique et un métier. Roques sur Garonne, Empreinte Éditions, 2000 P. 22 Le minot est une ancienne mesure de capacité qui contenait la moitié d‘une mine, équivalent à 39,36 litres. 15

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reposant plus sur la force motrice des rivières, les minoteries deviennent plus efficaces et permettent de transformer une plus grande quantité de céréales en farine. Le machinisme devient de plus en plus présent et libère la main d‘œuvre rurale pour la ville et les usines de la nouvelle révolution industrielle. Tout moulin moderne, en 1900, doit être équipé par une turbine. La turbine est la création des ingénieurs, qui est aussi celle du métal, fonte moulée, fer forgé, tôle laminée et emboutie ; le bois, matière par excellence, achève son règne dans les accessoires des nouveaux moulins.16 Une fois affranchies des énergies naturelles, les minoteries peuvent s‘implanter le long des fleuves ou des bassins et sont souvent desservies par les voies ferrées. Le choix de l‘énergie vapeur prime malgré le coût élevé du combustible ; une bonne localisation semble essentielle afin d‘être concurrentiel. Vers 1860, la technique principale de broyage, c‘est-à-dire l‘utilisation de meules en pierre est remplacée par les cylindres en métal ou en porcelaine. Ces derniers permettent un meilleur rendement et automatisent presque totalement le procédé de mouture. Cette transition est assez lente en France et fait encore débat dans les années 1870. Les meuniers français semblent préférer la technique de « mouture basse » avec des meules en silex serrées qui produisent beaucoup plus de farine blanche au premier passage, mais avec un rendement relativement médiocre.17 Les discussions persistent après l‘Exposition universelle de 1878, où les partisans de la « mouture hongroise » sont convaincus de la supériorité du rendement des cylindres cannelés en fonte trempée. Cette technique utilise des cylindres écartés pour produire plus de gruaux blancs ; qui sont tamisés et broyés en plusieurs étapes afin d‘en extraire le plus de farine blanche possible. Le débat est particulièrement important en France car en l‘espace de seulement sept ans l‘exportation de farine passe de 2, 576,522 quintaux métriques à uniquement 96,000 quintaux métriques alors que parallèlement l‘importation augmente largement. 18 La déchéance de la meunerie française est en partie due à une réticence des meuniers français à changer de technique de mouture.

16

Rivals (Claude), Le moulin et le meunier. Mille ans de meunerie en France et en Europe (préface de Jacques Le Goff). Vol. 1 : Une technique et un métier.. Roques sur Garonne, Empreinte Éditions, 2000 P. 217 17

Lohr (Évelyne), Michel (Geneviève), Debost (Jean-Barthélémy), Pierrot (Nicolas), Les grands moulins de Pantin ; l’usine et la ville Lieux dits, 17 nov. 2009 P. 44 18

Sée (Paul), La situation de la meunerie française et les nouveaux procédés, Impr. Verly, Dubar et Cie ; Lille, 1883 P.4

14


Très peu de meuniers français sont présents à l‘Exposition de la meunerie à Londres en 1881 et cela peut être perçu comme un manque d‘intérêt des meuniers français pour les innovations techniques. Ce n’est pas l’argent qui nous manque, ni l’intelligence, ni l’adresse ; c’est la curiosité et la modestie ; c’est le goût des voyages et l’esprit d’entreprise.19 Cependant, la chambre syndicale des meuniers procède à de nombreux essais et comparaisons entre les nouvelles techniques afin d‘essayer de faire évoluer les choses. On pourrait penser que cette réticence initiale est paradoxale vue que les innovations techniques des minoteries semblent circuler rapidement dans toute l‘Europe et même jusqu‘aux Etats Unis grâce à des revues spécialisées.20

Anciens appareils à cylindres Jung (Marie-Christine), Histoire des grands moulins Becker Strasbourg : Carré Blanc, 1999, p.31

19

20

Ibid., p.5 La meunerie française, numéro 1, septembre 1885

15


Entre 1880 et 1890, le marché de l‘exportation vers l‘étranger est dominé par les minoteries allemandes et américaines.

La différence entre le moulin et la minoterie ne se résume pas uniquement à un changement de technique de broyage mais elle peut aussi être caractérisée par l‘avènement de tout un processus allant du transport à la transformation du grain. Le passage du moulin (à eau ou à vent) à la minoterie n’est pas seulement dû à un changement de méthode de broyage du grain (le remplacement des meules par les cylindres), mais est essentiellement marqué par l’intégration de toutes les tâches qui précèdent et suivent le broyage21.

En conclusion, la différence principale entre le moulin et la minoterie serait donc le changement des techniques et non pas uniquement le changement d‘échelle. Cette transition vers la minoterie marque un tournant dans l‘architecture industrielle.

21

http://www.vocance.fr/La-minoterie.html

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1.2 La minoterie comme ensemble complexe Tous ces changements dans les processus de la transformation du grain vont faire que le complexe minotier va prendre plus d‘ampleur. Cette complexification du processus va engendrer un besoin de la rationalisation des bâtiments autour du moulin22 afin d‘assurer une plus grande efficacité. Le minotier occupe un espace plus grand qu’un moulin traditionnel dont il a pu accroître les dimensions, multiplier les dépendances et les fonctions, il peut donc organiser rationnellement cet espace, dans les trois dimensions …23

La minoterie est composée de plusieurs bâtiments, accolés ou pas, qui ont des fonctions spécifiques. Vers la fin du XIXème siècle on passe de bâtiments dispersés sur le site à une organisation plus logique; les dépendances sont placées selon le cheminement des céréales et de la farine. Ce plan masse simplifié (de 1900 à 1936) des Moulins de la Meuse à Namur permet de comprendre l‘agencement de ces bâtiments mais aussi leur fonction.

Plan masse moulins de la meuse 1909-1951 Culot (Maurice), Evrard (Jacques), Bastin (Christine), Les moulins de la Meuse Namur, patrimoine et création en Wallonie, AAM, 1999, p .17 22

Le terme moulin est ici utilisé pour décrire la zone dans laquelle se déroulent le broyage, le tamisage et la sélection des farines. 23

Rivals (Claude), Le moulin et le meunier. Mille ans de meunerie en France et en Europe (préface de Jacques Le Goff). Vol. 1 : Une technique et un métier.. Roques sur Garonne, Empreinte Éditions, 2000 P. 222

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1. Chaufferie : des chaudières fonctionnent en permanence consommant de grandes quantités de charbon (700kg en 24 heures). Malgré le prix élevé du charbon, cette source d‘énergie permet de s‘affranchir des énergies naturelles et augmente grandement le rendement. 2. Cheminée : permet l‘évacuation des fumées et devient un repère dans le paysage. ..La cheminée de l’usine ce triste obélisque de notre civilisation industrielle24 3. Salle des machines : contient la machine à vapeur qui transmet l‘énergie motrice à un volant d‘inertie. Dans les minoteries hydrauliques elle est remplacée par une salle des turbines. 4. Nettoyage : pesage, pré-nettoyage, nettoyage, humidification et séchage du grain. 5. Silo d’attente : Permet de doser et de stocker les grains avant la mouture. 6. Moulin : Section où se déroule le broyage du grain ainsi que le tamisage et la sélection des farines. 7. Cage d’escalier

8. Passerelle : transit du grain (du silo vers le moulin) et de la farine (du moulin vers les magasins). 9. Silo à grain : Le silo permet de stocker les céréales à l‘abri des intempéries, des insectes et des rongeurs ; à un taux d‘humidité constant. Le silo est composé de cellules. 10. Magasin à farine : Mise en sac de la farine (ensachage) et stockage. 11. Maison du chef-meunier : Le fonctionnement complexe de la minoterie nécessite la présence permanente d‘une personne compétente dans tous les domaines de la meunerie. 12. Dépendances : peuvent inclure des ateliers de réparation menuiserie et mécanique ainsi que des entrepôts de stockage de charbon. Avant l‘utilisation généralisée des camions et des voies ferrées pour le transport de la farine, les chevaux et les charrettes étaient utilisés. Des écuries étaient souvent présentes dans le complexe minotier. 24

Hugo(Victor), Le Rhin

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13. Péniches : elles approvisionnent la minoterie en blé avec une capacité de 250 tonnes. 14. Voie ferrée : pour l‘approvisionnement en charbon et pour le transport de la farine. Le blé n‘est transporté qu‘exceptionnellement. Dans plusieurs minoteries l‘organisation suivante va s‘imposer ; silo à grain à l‘écart, espace de nettoyage et moulin combinés, suivi des magasins.

Schéma de la distribution fonctionnelle des espaces Dessiné par Y.J

Le bon fonctionnement d‘une minoterie est assuré par plusieurs employés et ouvriers. Ainsi un moulin utilisant le procédé de mouture hongroise et transformant 1200 quintaux métriques25 de blé en 24 heures emploie le personnel suivant 26: 1 directeur technique, 1 chef meunier, 2 sous-chefs, 2 chefs balayeurs, 2 nettoyeurs et 2 chefs pour la purification du blé. Il y a aussi 75 ouvriers qui s‘occupent de l‘ensachage des farines, du transport des gruaux et des farines, des blutoirs, du graissage des cylindres entre autres.

Les minoteries sont donc des bâtiments industriels relativement complexes à cause des nombreuses étapes nécessaires pour transformer les céréales en farine. Elles nécessitent un nombre important d‘ouvriers malgré l‘automatisation de certaines tâches possible par les nombreuses innovations techniques.

25

Un quintal métrique équivaut à 100 kilogrammes ou 0,1 tonne.

26

De Lacolonge (Ordinaire), Minoterie. Mémoire sur les étuves à farine, leur théorie et leur construction, J. Baudry ; Paris, 1875 P 29,30

19


1.3 Répartition fonctionnelle des espaces Après avoir constaté que la minoterie est un ensemble complexe, nous pouvons à présent essayer d‘appréhender le fonctionnement et l‘évolution à travers le temps des différentes parties de la minoterie qu‘il s‘agisse du transport, de la transformation ou du stockage du grain et de la farine.

A. Transport et acheminement

(i)

Voitures hippomobile.

Un des modes de livraison de la farine qui persiste jusqu‘à la fin du XIXème siècle est la voiture hippomobile. Les chevaux cohabitaient avec les camions et présentaient l‘avantage d‘être moins onéreux à l‘achat et à la maintenance. Les attelages pouvaient parcourir vingt à soixante kilomètres par jour, avec une charge de soixante sacs de 150 kilos par charrette.27

Départ des livraisons de farines aux Grands moulins de Corbeil vers 1910 ; un camion vapeur et les voitures hippomobile. Fiblec (Hugues), Paul Friesé: 1851-1917 : architectures de l'âge industriel Editions Norma 1991 P78-79

Les meuniers utilisaient des dizaines de chevaux, et des écuries étaient souvent présentes dans le complexe minotier. Ce qui pourrait aussi expliquer la construction de forges autour des minoteries.

27

Jung (Marie-Christine), Histoire des grands moulins Becker Strasbourg : Carré Blanc, 1999 P 21

20


(ii)

Voie fluviale

La turbine à vapeur remplace progressivement la turbine hydraulique comme source d‘énergie principale. De ce fait, les minotiers ne sont plus obligés de s‘implanter le long des bras d‘eau mais peuvent construire à proximité des bassins portuaires ou le long de fleuves. Ces situations permettent l‘utilisation des bateaux, des péniches et des chalands pour s‘approvisionner en grain et pour transporter les farines. Les péniches ont l‘avantage d‘avoir une grande capacité ; de l‘ordre de 250 tonnes. 28 Pour décharger les grains ou charger les farines, de nombreuses solutions techniques vont voir le jour, notamment les élévateurs à grains et les rubans de transport. Le transport par tapis roulant de grande longueur est préféré aux transporteurs à chaîne qui ont une longueur maximale de 40 mètres pour éviter les ruptures récurrentes de chaînes. D‘autres solutions existaient pour décharger les péniches, par exemple les pompes aspirantes qui vidaient les cales des bateaux. Ces pompes étaient souvent reliées à des balances automatiques qui contrôlent le poids de céréales aspirés.

(iii)

Camions

La locomotion automobile est introduite au début du XXème siècle pour épauler le transport par voiture hippomobile. Etant donné le prix élevé des automobiles, les chevaux sont plus couramment utilisés. Les camions vont évoluer du simple chariot tracté par une automobile au camion citerne. Ce camion est équipé d‘un tank en métal qui tient compte du talus naturel du blé pour permettre un remplissage complet. Le blé est introduit dans le tank par un élévateur et répartie par une vis vers l‘arrière.

Camion citerne

Hopf (Léo), Le Manuel pratique de la meunerie: Tome 1. La Meunerie 1951 p. 119

28

Culot (Maurice), Evrard (Jacques), Bastin (Christine), Les moulins de la Meuse Namur, patrimoine et création en Wallonie, AAM, 1999 P17

21


(iv)

Voies ferrées

Les chemins de fer permettent de transporter les farines à travers l‘Europe et les minoteries s‘imposent sur des marchés internationaux. Les minoteries s‘implantent près des voies ferrées ou ces dernières sont reliées aux minoteries comme dans le cas des grands moulins de la Ganzau à Strasbourg.

Construction des Grands Moulins de Nantes en 1895 http://epi-asso.blogspot.fr/2012_06_01_archive.html

L‘importance des voies ferrées est telle que cela influe sur l‘architecture de certaines minoteries. Les Grands Moulins de Nantes construit en 1895 par François Hennebique intègre un porte-à-faux sous lequel peut passer un train. 29 Avec cette proximité entre la voie et l‘édifice, les temps de chargement et de déchargement sont réduits considérablement. Les techniques de transport s‘adaptent généralement à l‘architecture des minoteries mais le contraire est aussi vrai dans certains cas.

Kerouanton (Jean-Louis), ―Usines des îles, usines de Loire : cas de figures à Nantes ‖, L’Archéologie industrielle en France, n° 41, décembre 2002, p.20 29

22


B. Transformation du grain Pour comprendre l‘organisation spatiale d‘un moulin, il faut premièrement aborder le processus de transformation des céréales en farine. Les grains stockés dans les silos sont acheminés vers le moulin par plusieurs moyens notamment via des rubans à godets ou des tapis roulants. Les céréales vont passer par de nombreuses machines jusqu‘à leur transformation en farine. (Annexe 1)

Transformation des céréales en farine Culot (Maurice), Evrard (Jacques), Bastin (Christine), Les moulins de la Meuse Namur, patrimoine et création en Wallonie, AAM, 1999, p. 35

Depuis les silos à blé sale, celui qui vient d'être livré par bateau, le blé est épierré, nettoyé, séparé d'autres débris végétaux, à nouveau stocké dans les silos à blé propre. Après une période d'humidification contrôlée qui le rend plus tendre, il tombe dans les broyeurs à cylindres cannelés, qui remplacent les meules d'autrefois, et le mélange de son et de farine est remonté tout en haut du bâtiment, par aspiration pneumatique, jadis par des élévateurs à godets. Après passage dans les plansichters, il est dirigé selon sa grosseur et sa pureté soit, quand il a passé tous les tamis, vers la vis à farine, où le meunier le mélangera dans des proportions choisies à d'autres farines d'étapes précédentes, soit vers la suite du processus d'écrasement

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assuré par les claqueurs et les convertisseurs, à cylindres lisses, qui réduisent en farine les semoules (qui sont les fragments de l'amande du grain). Le second schéma est plus explicite car il montre la répartition des différentes machines et appareils dans les étages.

Diagramme de principe de mouture du blé http://maupertuis.pagesperso-orange.fr/Diagramme_de_mouture_du_bl.htm

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Sans remettre en cause le principe fondamental de la cascade de haut en bas30, qui avait eu pour conséquence la multiplication des étages, la taille des minoteries fut décuplée pour avoir un plus grand rendement. On peut se rendre compte que les céréales voyagent à la fois verticalement et horizontalement dans le moulin à travers des conduites. Tout ce processus de transformation conditionne fortement l‘architecture des minoteries.

30

1. BROYAGE La mouture passe entre des cylindres métalliques cannelés. Cette opération permet d'ouvrir progressivement les enveloppes des grains sans les pulvériser. 2. BLUTAGE Cette opération a lieue dans un appareil appelé " Plansichter ". C'est une sorte de grand tamis qui va séparer et classer selon leur grandeur les divers produits après chaque passage de la mouture. 3. SASSAGE Opération de tamisage qui consiste à classer les semoules par grosseur et par degré de pureté tout en les débarrassant des débris d'enveloppes passés lors du blutage. 4. CLAQUAGE - CONVERTISSAGE Opérations qui consistent à réduire les semoules et finots en farine. 5. MÉLANGE DES FARINES 6. STOCKAGE EN CELLULES 7. ENSACHAGE

25


C. Stockage

(i)

Stockage des céréales

Vers 1890 le système le plus courant pour le stockage des grains en Europe est la conservation à même les planchers en bois sur une couche d‘environ un mètre31. Diverses techniques d‘emmagasinage sont néanmoins utilisées : les silos en tôle, les silos en bois inspirés fortement des greniers américains, les silos en béton armé avec des alvéoles. Cependant la conservation horizontale persiste en Europe. Dans son Dictionnaire d’hygiène publique et de salubrité paru en 1862, Auguste Ambroise Tardieu affirme que « si le blé se garde fidèlement dans les silos, il ne s‘y conserve pas dans l‘immobilité sous le climat du Nord, et il est indispensable de l‘agiter et de l‘aérer, pour en éviter la détérioration». C‘est précisément de la conjonction de ces deux principes que naîtra le silo moderne.32 Les silos présentent plusieurs avantages sur le stockage horizontal. Les grains sont protégés des rongeurs et des insectes et le taux d‘humidité peut être contrôlé plus facilement. Généralement un silo est composé de deux parties ; une tour élévatrice et des cellules. Ces dernières peuvent être en bois, en tôle, en brique ou en béton. Les cellules servent à stocker les grains verticalement. Après la démocratisation des cellules en béton, les silos en bois ne seront plus utilisés que pour loger de petites quantités de céréales, en outre, ils servent de boisseaux d‘attente. Le bois est très vite abandonné car le travail des parois occasionne des fentes par lesquelles pénètrent les insectes. Le risque d‘incendie est aussi plus grand. A partir de 1898, le silo vertical à grande échelle va se diffuser en France grâce à l‘invention et l‘expérimentation de Paul Friesé aux Grands Moulins de Corbeil. (Annexe 2) Ces silos seront utilisés comme références par les architectes des Grands Moulins de Pantin à la Villette et des Grands Moulins de Bercy à Paris.33 Dans le cas d‘un silo en bord d‘eau, les grains sont aspirés des soutes des péniches vers la tour élévatrice. Les grains sont pesés par une balance automatique et acheminés vers le dernier étage par une chaîne à godet. Les céréales poursuivent leur parcours vers les compartiments Fiblec (Hugues), « Naissance d‘une esthétique de l‘usine » Paul Friesé: 1851-1917 : architectures de l'âge industriel Editions Norma 1991, p.84 31

32

http://fr.wikipedia.org/wiki/Stockage_des_céréales

Fiblec (Hugues), « Naissance d‘une esthétique de l‘usine » Paul Friesé: 1851-1917 : architectures de l'âge industriel Editions Norma 1991, p.80 33

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des silos sur un tapis roulant électrique. Les cellules sont fermées en partie supérieure sous les combles par un plancher plat sur lequel circule le tapis roulant. Le blé est ensuite déversé mécaniquement dans des trappes prévues à cet effet. Au rez-de-chaussée, la partie inférieure les cellules se terminent en entonnoir. Ce système de silo vertical clos par une goulotte de vidage, assure un entretien économique car les cellules s‘autovident jusqu‘au dernier grain. Les techniques d‘aération des silos vont aussi évoluer, avec des courants d‘air plus forts qui empêchent la formation de moisissures.

(ii)

Stockage des farines

Le stockage de la farine se fait principalement dans des sacs de 50 kilos, mais des sacs de 100 et 150 kilos existaient aussi. Ces sacs sont entreposés dans des magasins à farine avant d‘être acheminés par train, par péniche ou par voie routière. Les bâtiments sont généralement construits en béton armé, avec des poteaux et des dalles en béton. Le choix du matériau semble évident étant donné les charges conséquentes que doivent supporter les planchers, qui peuvent atteindre deux tonnes par mètre carré. Pendant longtemps, le béton armé sera utilisé uniquement pour la construction des magasins ; les silos étant initialement construits en maçonnerie de briques. Malgré la simplicité apparente de la fonction des magasins, certaines innovations ingénieuses permettent d‘accélérer le tri des sacs. Par exemple, le toboggan à double hélice Bühler qui offre la possibilité de faire descendre les sacs sur des niveaux différents.

Descente de sacs de farine par toboggan. Grands moulins de Paris, 1925. BOY-14832 http://www.parisenimages.fr/fr/popup-photo.html?photo=12062-1

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1.4 Incendies ; causes et dispositifs de prévention.

La lutte contre l‘incendie est un thème récurant dans la conception des minoteries. Cette description d‘un incendie aux Grands Moulins de Pantins en 1889 est une parmi beaucoup d‘autres feux qui ont ravagés régulièrement différentes minoteries. Le bâtiment ne formait plus qu’une immense fournaise. Les flammes s’échappant de la toiture défoncée et des ouvertures béantes des fenêtres, s’élevaient dans les airs à des hauteurs prodigieuses, projetant, comme les fusées d’un infernal feu d’artifice, les gerbes de farine incandescente et crépitante qui retombaient lentement en pluie.34 Toutes les minoteries étudiées dans ce mémoire ont été touchées par des incendies. Il y a d‘ailleurs un dicton chez les minotiers qui dit qu‘un bon moulin brûle tous les dix ans.35 Quelles sont les causes de ces incendies ? Une première réponse est le fonctionnement constant des meules et des cylindres dans les moulins. Les parties métalliques sont en friction pendant de longues heures et peuvent ainsi générer de grandes quantités de chaleur et même des étincelles. Dans cet extrait36 relatant un incendie en 1912 dans les Moulins de la Meuse, la cause principale semble être provenir d‘une courroie qui a surchauffée. « …Un des mécaniciens vient de se brûler en touchant un des deux supports de l‘arbre de transmission. Et si la cause venait d‘une des courroies qui transmettent à l‘étage la force motrice fournie par la machine à vapeur ? …Des étincelles jaillissent soudain à hauteur des ressorts plats en bois qui supportent le coffre de l‘épierreur 37 . D‘un seul coup celui-ci s‘embrase… » La propagation des flammes est très rapide, d‘une part à cause des planchers et des machines en bois mais surtout à cause de la folle farine. La folle farine fait référence aux fines particules de farines en suspension qui forment une poussière pulvérulente facilement dispersée par le moindre souffle et qui adhère aux murs, aux machines et aux hommes. Ce phénomène se produit aussi dans les élévateurs des silos ; le mélange des poussières et d‘air est extrêmement inflammable. C’est l’explosion d’un mélange d’air et de poussière de

34

« Les Grands Moulins de Pantin », La Meunerie Française, 1890, p. 402.

35

Culot (Maurice), Evrard (Jacques), Bastin (Christine), Les moulins de la Meuse Namur, patrimoine et création en Wallonie, AAM, 1999 p.12 36

Ibid, p.11

37

L‘épierreur est un tamis oscillant qui élimine les nombreuses impuretés présentes dans le grain.

28


nettoyage des grains, produite par l’imprudence probable d’un ouvrier qui a causé l’incendie. 38 L‘auto-échauffement, causé par la fermentation des grains ou lorsque les conditions de stockage présentent des températures trop élevées peut aussi causer des explosions si les conditions adéquates sont réunies.39 Si l‘électricité apporte de nombreux avantages pour le transport des grains, elle est aussi souvent la cause de départ d‘incendie. L‘appareillage électrique de l‘époque n‘étant pas de qualité fiable, elle pouvait parfois produire des étincelles qui embrasaient les poussières.

Quelles mesures sont prises pour contrer la propagation du feu dans les minoteries ? Des éléments de réponse sont présents dans plusieurs ouvrages. Les incendies étant considérés presque comme inévitables par les minotiers, ces derniers construisent certains moulins avec des maçonneries extérieures massives réutilisables en cas de feu.40 Un article sur internet qui relate une discussion entre un architecte et un boulanger avance qu‘une structure métallique serait mieux adaptée qu‘une structure en béton. Tu comprends donc comment une telle charpente permet de faire un bâtiment très modelable et modulable. De plus ce type de structure est plus léger qu’une ossature en béton armé et résistante à l’incendie41.

Après un violent incendie en 1892 qui détruit les magasins des Grands Moulins de Corbeil et qui entraîne la mort de plusieurs ouvriers, Paul Friesé est chargé d‘un projet d‘extension. Cet architecte strasbourgeois installé à Paris est commissionné par M. Lainey, directeur de la société. Ce dernier met l‘emphase sur la protection contre les incendies lors de sa commande. Friesé, accompagné de M. Lainey, va effectuer un voyage en Angleterre et en Roumanie afin d‘étudier les différentes méthodes de stockage et de trouver une solution aux incendies. Son étude est complétée par la consultation de publications concernant les silos aux Etats-Unis. Trois mois après le début de leurs recherches, Paul Friesé conçoit un projet innovant.

38

Foris E. « Les Grands Moulins de Corbeil », Le Génie civil, XXV no. 25,1894 p.385

39

http://fr.wikipedia.org/wiki/Stockage_des_céréales

40

Culot (Maurice), Evrard (Jacques), Bastin (Christine), Les moulins de la Meuse Namur, patrimoine et création en Wallonie, AAM, 1999 p.15 41

Grands moulins de Nancy, MAJ 26-01-07[consulté le 23-04-2012] Disponible sur internet : http://ensanancy.typepad.com/questionsdarchi/2007/01/les_grands_moul.html

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Le programme se décompose en trois parties distinctes ; le magasin à blé avec des silos verticaux en maçonnerie de briques, le bâtiment de nettoyage des grains et la tour des élévateurs sont rejetés hors de l‘enceinte du magasin. Cette séparation permet de prévenir les départs d‘incendies liés à l‘appareillage électrique de la zone de nettoyage.

Coupe longitudinale de la tour élévatrice et des magasins à Corbeil.

Fiblec (Hugues), « Naissance d‘une esthétique de l‘usine » Paul Friesé: 1851-1917 : architectures de l'âge industriel Editions Norma 1991, p.76

Le système de silo vertical présente une solution d‘entretien économique car les cellules peuvent se vider automatiquement grâce aux goulottes de vidage. (Annexe 3) Un autre avantage est que les ouvriers n‘ont plus à y pénétrer avec des lumières ; ce qui pouvait entraîner des explosions. Les façades des minoteries sont d‘ailleurs tramées de fenêtres pour laisser passer plus de lumière naturelle et éviter les lampes électriques. Ces fenêtres permettent aussi la ventilation des étages pour éviter que les poussières s‘accumulent. La peur de l‘incendie va pousser le dispositif encore plus loin, la tour élévatrice est coiffée d‘un couronnement en brique qui dissimule un réservoir en béton armé. Ce dernier à une capacité impressionnante de 600 000m3.42 En comparaison, les réservoirs des Grands Moulins de la Meuse ne contenaient que 40 m3 d‘eau de pluie.

Fiblec (Hugues), « Naissance d‘une esthétique de l‘usine » Paul Friesé: 1851-1917 : architectures de l'âge industriel Editions Norma 1991, p.84 42

30


Les réservoirs vont se perfectionner avec le temps et dans certains cas seront raccordés aux conduites des villes comme aux Moulins Becker à la Ganzau. 43 Les systèmes d‘extinction automatique reliés aux réservoirs seront même introduits plus tard aux Grands Moulins de Pantin vers 1922. Les machines à vapeur sont installées dans des bâtiments séparés, pour limiter les dangers en cas d‘explosion. Si les incendies ravagent régulièrement les minoteries, ils sont aussi paradoxalement une des raisons principales des avancées techniques. La psychose des incendies fait que les architectes et les ingénieurs inventent sans cesse des méthodes de stockage et de construction plus fiables. Les incendies permettent aussi la modernisation des minoteries. Chaque incendie offre l‘opportunité aux meuniers de construire des locaux avec les dernières innovations techniques et permet de rester concurrentiel en augmentant les capacités de production.

43

Jung (Marie-Christine), Histoire des grands moulins Becker Strasbourg : Carré Blanc, 1999, p .27

Le reservoir a une capacité de 40 000L.

31


1.5 Structure et matériaux.

Les évolutions dans la production des matériaux de construction influence en grande partie l‘architecture des moulins et des minoteries. Les structures métalliques autorisent de plus grandes portées avec des colonnes en fontes et des poutres de fer qui remplacent le bois utilisé dans les moulins. En 1872 la chocolaterie de Noisiel bénéficie ainsi des dernières innovations techniques qui permettent de réaliser le premier moulin avec une charpente entièrement métallique. Les développement faits sur le fer puddlé et le perfectionnement des laminoirs ont permis la fabrication de ces grands fers profilés en I largement utilisés pour la façade du moulin44. A l‘époque de l‘Exposition Universelle de 1889, le fer trouve sa consécration dans l‘architecture mais relance le débat et le conflit qui oppose l‘architecte et l‘ingénieur. Les nouvelles qualités de l‘acier sont expérimentées dans l‘architecture industrielle, et ce matériau va progressivement remplacer et détrôner le fer dans les structures des édifices. En 1894, Jules Denfer constate que l’avantage économique passe à l’acier. Ce dernier métal est plus homogène, il présente une résistance variable mais toujours plus grande…, sa limite d’élasticité est celle du fer augmentée d’un quart à un tiers. Il y a donc tendance à l’employé de préférence dans les constructions métalliques, et certainement en peu de temps son emploi se généralisera.45 La structure métallique est souvent associée à un plancher en bois. Malgré un plus grand risque d‘incendie, le bois n‘est pas très cher et surtout résiste bien aux efforts de cisaillement dus à la vibration des appareils de broyage et de sassage. Un autre avantage des planchers bois est la facilité de les percer pour les trémies ; le passage des grains étant aussi vertical, de nombreuses ouvertures sont nécessaires dans les planchers. Cependant, il arrive que les lames de bois travaillent et se déforment à cause de la chaleur générée par les machines. Avant l‘apparition du béton armé, les murs extérieurs de minoteries sont réalisés en maçonnerie lourde. La stabilité de l‘édifice devant résister aux vibrations constantes des machines impose des murs épais et massifs. Ces murs assuraient aussi une protection supplémentaire contre la propagation du feu et la maçonnerie pouvait être réutilisée après un incendie. 44

Cartier (Claudine), Noisiel, la chocolaterie Menier, Images du patrimoine, Lieux dits, 2001, p. 7

45

Denfer (Jules), Encyclopédie des travaux publics : charpente métallique, menuiserie en fer et serrurerie, tII, Ed.Baudry,Paris , 1894 p ;47

32


Aux Grands Moulins de Corbeil, la charge des stocks de blé nécessite l‘utilisation de murs porteurs qui représente une solution moins onéreuse que le renforcement d‘une structure métallique. La pression qu‘exercent les silos à grains sur les murs en pierre meulière exige tout de même des chaînages et des tirants qui empêchent l‘écartement des murs. 46 Pendant longtemps, les constructeurs semblent indifférents aux possibilités fonctionnelles et esthétiques du béton armé dont l‘usage est cantonné aux structures internes des magasins à farine.47 La découverte de nouvelles techniques de mise en œuvre de béton permet de plus grandes portées, des bâtiments plus stables et moins coûteux. L‘article de Dominique Amouroux 48 sur le début du ciment et du béton armé utilise l‘exemple du de moulin de Nort-sur-Erdre construit en 1898. Ce moulin fut construit par l‘ingénieur français François Hennebique. Au début des années 1890, François Hennebique fonda la première grande firme internationale de béton armé et réussit à imposer sur le marché ce nouveau matériau de construction. Soignant la renommée de son entreprise et la diffusion de son procédé technique, il attacha son nom à l‘émergence d‘un nouvel art de bâtir, au point d‘en éclipser parfois ses devanciers ou ses concurrents.49 Son système procède par éléments aux fonctions bien identifiées : piles porteuses, poutres en T, dalles. (Annexe 4) Tous sont en béton armé, dont Hennebique est l‘inventeur, et appartiennent cependant à la même structure qui doit tendre à un ensemble monolithe, afin d‘en assurer la cohérence et une meilleure résistance aux efforts. L‘étrier de fer, une pièce maîtresse de liaison entre les éléments de la construction devient une des clefs du procédé Hennebique, objet de brevet et bientôt symbole de la firme. Le moulin de Nort-sur-Erdre fut fondé sur des pilotis de béton armés qui descendent à 8 mètres pour assurer une stabilité malgré le sol meuble. La superstructure est réalisée avec 8 colonnes qui maintiennent 7 planchers pouvant supporter 750 à 1500 kilos par mètre carré. Le remplissage est composé de parpaings. Le moulin proprement dit fait 7 mètres de long et 6 mètres de large ; deux ailes de six mètres sur six, hautes de trois étages y sont accolées. La première contient les appareils de nettoyage, l‘autre est utilisé comme magasin. La toiture terrasse sert de réservoir. Fiblec (Hugues), « Naissance d‘une esthétique de l‘usine » Paul Friesé: 1851-1917 : architectures de l'âge industriel Editions Norma 1991, p.52 46

47

Culot (Maurice), Evrard (Jacques), Bastin (Christine), Les moulins de la Meuse Namur, patrimoine et création en Wallonie, AAM, 1999 p.16 Boucher (Ch), Kerouanton, (J-L), L’architecture du XXe siècle en Loire-Atlantique, Nantes : CAUE Loire-Atlantique, Coiffard éditions, 2006, p.19 48

49

François Hennebique, (consulté le 15-08-2012) http://p9.storage.canalblog.com/95/59/764270/57971032.pdf p.1

Disponible

sur

internet :

33


Le « moulin idéal » conçu par Hennebique à Nort-sur-Erdre présenterait selon ce dernier une rapidité de construction jamais atteinte avant par son système, la possibilité de supporter des charges importantes même dans les étages élevés, d‘offrir aux machines en fonctionnement une stabilité parfaite et de limiter considérablement les risques d‘incendies. Hennebique utilise cette résistance au feu comme argument commercial. Le bâtiment en béton armé étant incombustible, le bois compris dans le matériel n’étant pas suffisant pour servir d’aliment au feu et la quantité de marchandise en cours de fabrication étant excessivement minime, il n’y a aucune explosion à redouter. De sorte que le meunier peut rester son propre assureur et se dégrever ainsi d’une lourde prime d’assurance.50

Construction du moulin à Nort-sur-Erdre 1898 Boucher (Ch), Kerouanton, (J-L), L’architecture du XXe siècle en Loire-Atlantique, Nantes : CAUE Loire-Atlantique, Coiffard éditions, 2006, p.21

Boucher (Ch), Kerouanton, (J-L), L’architecture du XXe siècle en Loire-Atlantique, Nantes : CAUE Loire-Atlantique, Coiffard éditions, 2006, p.19 50

34


Le même système constructif fut utilisé par Hennebique quatre ans plus tôt lors de la construction des Grands Moulins de Nantes en 1895. Le moulin s‘élève sur six étages avec 12 travées, a 63 mètres de longueur sur 23 mètres de largueur. Les encorbellements sont (…) imposés par la présence d’une ligne de chemin de fer (…) ; les façades reposent sur des consoles en porte-à-faux de 4m20. 51 Ce bloc « monolithique indéformable posé sur un mauvais sol » devient une icône de la modernité ; l‘audace du porte-à-faux pour le passage des trains est plébiscité à l‘époque. (Annexe 5) Selon Jean-Louis Kerouanton52, les Grands Moulins de Nantes ont été un des moteurs de vulgarisation du béton armé dans la littérature internationale du début du XXème siècle. Outre son originalité technique, la réussite de la firme Hennebique repose sur une diffusion rapide et organisée de son procédé. Elle s‘attache très tôt les services d‘agents étrangers qui sont eux-mêmes incités à créer des bureaux d‘études locaux et à démarcher des entrepreneurs concessionnaires chargés de la réalisation des chantiers. Ce système contractuel permet un développement rapide de l‘influence de la firme qui, à son apogée, vers 1910, est implantée dans plus de 20 pays, par une trentaine d‘agences et environ 160 entreprises concessionnaires.53 A Strasbourg, c‘est l‘ingénieur Edouard Zublin qui obtiendra la licence Hennebique. Le procédé sera utilisé pour la construction de plusieurs silos et entrepôts.

51

Ibid, p.20

Kerouanton,( J-L), ―Usines des îles, usines de Loire : cas de figures à Nantes ‖, L’Archéologie industrielle en France, n° 41, décembre 2002, p. 20 52

53

François Hennebique, (consulté le 15-08-2012) http://p9.storage.canalblog.com/95/59/764270/57971032.pdf p.2

Disponible

sur

internet :

35


CHAPITRE 2 Expression architecturale des minoteries à l’ère industrielle 2.1 Rapport Structure – Revêtement

Le rapport entre la structure et l‘enveloppe est aussi au cœur des débats de l‘époque. Les moulins Saulnier à Noisiel réinterroge ce rapport en 1872 ; la structure métallique du bâtiment est laissée apparente.54 Les murs de brique, ici non porteurs, ont une fonction de remplissage, d‘isolation et de décoration.

Ossature métallique des moulins Saulnier

www.vpah.culture.fr/educatif/aha/fiches/NOISIEL/menier.pdf

54

Cartier (Claudine), Noisiel, la chocolaterie Menier, Images du patrimoine, Lieux dits, 2001, p. 8

36


On peut aussi noter une certaine réticence à exposer les nouveaux matériaux comme le béton. Mais dans le cas des grands moulins de Nantes construit en 1895 par Hennebique 55 , les matériaux des façades expriment une vérité structurelle56. Tout nouveau matériau hésite entre exhibition été dissimulation. En ce qui concerne le béton et le ciment armés, l’attitude dépend de la destination de l’édifice. Alors que les réalisations pour l’industrie ou les infrastructures laisseront apparentes ou exhiberont leur structure, les équipements publics et les immeubles de logement maquilleront leur modernité structurelle sous des parements traditionnels.57 Comme nous avons pu le constater dans le chapitre précédent, la structure des minoteries et des silos évolue avec l‘utilisation du béton armé. Si certaines usines des l‘époque affirme « une vérité structurelle », ce n‘est pas le cas pour la majorité d‘entres elles. La structure est souvent habillée et l‘ornementation de la façade ne laisse pas apparaitre la technique de construction. La fin du XIXème siècle se caractérise ainsi par l‘absence d‘un traitement architectural propre au béton — la majorité des architectes se satisfaisant de l‘idée que celuici ne doit constituer que l‘ossature des façades. Dans l‘histoire de l‘architecture moderne, Perret occupe le statut de celui qui a fait du béton armé, conçu comme un matériau grossier destiné à l‘industrie, un élément raffiné de la forme architecturale. Son attachement au béton provenait de l‘idée que ce dernier pouvait être l‘intermédiaire entre le passé et ses traditions et le présent : on pouvait le traiter d‘une manière qui à la fois évoquait les temples de l‘antiquité et témoignait des avancées techniques du XXème siècle. La structure en béton devint la norme permettant de rester en relation avec les conventions antérieures de la construction. Le classicisme structurel établit une correspondance étroite entre la structure en béton armé et le langage classique et affirme le caractère porteur de l’ossature comme base de l’expression architecturale. Tout bâtiment conçu selon les principes du classicisme structurel vise à rendre lisibles les actes successifs de l’édification. Il révèle, à travers une volonté de transparence conceptuelle, le matériau et la technique dont il est né.58 Une des premières réalisations de Perret est l‘immeuble dans la rue Franklin à Paris, construit en 1903. L‘extrait suivant démontre les premiers tâtonnements dans l‘utilisation du béton armé. En 1903, il y a juste trente ans, nous avons construit notre maison de la rue Franklin ; c’est la première maison construite en pan de béton armé apparent, c’est-à-dire montrant son 55

Op cit, p.23

Kerouanton,( J-L), ―Usines des îles, usines de Loire : cas de figures à Nantes ‖, L’Archéologie industrielle en France, n° 41, décembre 2002, pp. 20 56

Boucher (Ch), Kerouanton, (J-L), L’architecture du XXe siècle en Loire-Atlantique, Nantes : CAUE Loire-Atlantique, Coiffard éditions, 2006, p.22 57

L’architecte Auguste Perret : entre tradition et modernité, (consulté le 14-07-2012) Disponible sur internet : http://www.citechaillot.fr/data/groupes_77ffd/categorie/269/perret_b9205.pdf, p.3 58

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ossature, comme on le fait encore aujourd’hui. A ce moment, nous pensions qu’un revêtement était nécessaire pour la bonne conservation des fers ; nous les avons donc revêtus de grès flammé que nous considérions alors comme la matière indiquée, mais nous avons eu bien soin de faire ces revêtements de forme différente, suivant qu’ils s’appliquaient aux poteaux ou aux remplissages, cela pour affirmer l’ossature. »59 L‘architecte pensait donc que les armatures métalliques dans le béton devaient être protégées avec une vêture. S‘agissait-il d‘une notion répandue parmi les architectes de minoteries de l‘époque? Habiller le béton ne serait pas uniquement un geste esthétique mais aussi « fonctionnel ».

Ce rapport entre la structure et l‘enveloppe soulève aussi la question des contributions respectives des architectes et des ingénieurs de l‘époque dans la conception des minoteries et des silos. Viollet-le-Duc dénonce l’instinct de conservation des architectes, et voit le rôle de ces derniers se réduire aux fonctions de dessinateur-décorateur. Il pense que la fusion des deux professions est nécessaire pour produire une architecture industrielle digne de se nom. Les architectes n’étant pas assez savants et les ingénieurs n’étant point artistes.60 Ce glissement de l‘art de l‘architecte vers le pragmatisme de l‘ingénieur correspond aux rapports de force qui traversent la société industrielle tout le long du XIXème siècle jusqu‘à la guerre de 14-18. Alors qu’au XIXe siècle les architectes cherchent à circonscrire étroitement le champ d’action des ingénieurs en limitant leur légitimité à produire des œuvres esthétiquement signifiantes, y compris dans leur propre domaine d’activité, l’attitude change avec le XXe siècle et se fait plus subtile. Si l’ingénieur se trouve désormais crédité de la capacité à produire des œuvres esthétiquement signifiantes, c’est malgré lui, de façon totalement inconsciente61 Les solutions techniques apportées par les ingénieurs dans les minoteries et les silos forcent les architectes à repenser le rapport entre la structure et le revêtement.

59

Extrait d‘une conférence prononcée par Auguste Perret à l‘Institut d‘art et d‘archéologie, Paris, 31 mai 1933. Publiée dans la Revue d‘art et d‘esthétique, 1-2 (1935), p 41-50 Fiblec (Hugues), « Naissance d‘une esthétique de l‘usine » Paul Friesé: 1851-1917 : architectures de l'âge industriel Editions Norma 1991, p.47 61 Discours de Bertrand Lemoine, jeudi 23 septembre 2004, Disponible sur internet : http://www.aa.archi.fr/article9.html 60

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2.2 Symbolique de l’historicisme monumental Dès le milieu du XIXème siècle, certains architectes avancent l‘idée que les usines sont censées être plus que de simples blocs utilitaristes. Viollet-le-Duc annonce déjà en 1863 62 ce changement de paradigme en proclamant que, l‘architecture industrielle exprimera la force de la vapeur et de l‘électricité de la même manière que le temple antique véhicule la puissance de la mythologie grecque. La représentation des édifices industriels bascule entre les contraintes techniques et économiques d‘une architecture fonctionnelle et la manifestation d‘une image d‘entreprise. L‘usine n‘est plus cantonnée à la périphérie mais s‘installe désormais en ville. Les usines font partie de l‘horizon urbain et véhiculent une symbolique de puissance industrielle par leur architecture. L’expansion de la vapeur en introduisant l’usine dans la ville fait basculer la culture européenne dans l’ère du machinisme. L’usine s’inscrit désormais dans le paysage urbain, reflet d’une bourgeoisie progressiste qui s’autocélébre dans son architecture, manifestant à elle-même et au monde ouvrier, sa puissance.63 Si l‘esthétique des minoteries varie selon les régions, nous pouvons noter que ces édifices présentent souvent un aspect monumental et empruntent un langage historiciste. Par exemple, en 1901, les architectes des Grands Moulins de La Meuse s‘inspirent encore de l‘esthétique néomédiévale en vogue depuis 50 ans dans la région. Le langage historiciste, chargé de symbolique, permettait-il de masquer la crainte de l‘inconnu et du progrès technique? Les filatures de l'époque s'en inspirent, et toute la France industrielle paraît s'être mise aux pilastres et attiques. Les baies en plein cintre font aussi partie de ce vocabulaire dominant […] Une autre tendance, inspirée du néogothique, se répand vers les années 1860-1880, en particulier dans le Nord. La cheminée crénelée, comme les tours, de l'usine Motte-Bossut à Roubaix, voudraient donner le recul et la légitimité historique à l'aventure industrielle contemporaine.64 Malgré le passage du statut d‘entreprise familiale à celui de société, puis à celui de société anonyme, l‘industrie conserve le désir de représentation. Les meuniers veulent conférer une expression parlante et symbolique à leurs nouvelles forteresses du capital et du machinisme.

Fiblec (Hugues), « Naissance d‘une esthétique de l‘usine » Paul Friesé: 1851-1917 : architectures de l'âge industriel Editions Norma 1991, p.38 62

63

Ibid, p. 37

64

Woronoff D., Histoire de l'industrie en France, Paris, Seuil, 1994, p. 250

39


La métaphore de la domination –toujours confronté à la concurrence acharnée, aux crises économiques et aux revendications sociales – fut assurée par l’étage d’attique...65 Les tourelles et de meurtrières qui interviennent dans le traitement des façades des Moulins de la Meuse rappellent aussi l'architecture militaire.

Etages supérieurs des Moulins de la Meuse Culot (Maurice), Evrard (Jacques), Bastin (Christine), Les moulins de la Meuse Namur, patrimoine et création en Wallonie, AAM, 1999 p.15

La concurrence entre les minotiers semble donc être un facteur déterminant dans l‘expression architecturale des Grands Moulins. La consigne des maîtres d‘ouvrage semble être de construire plus grand et de monter plus haut afin d‘égaler ou de surpasser les concurrents. Aux Grands Moulins de Pantin, la tour beffroi culmine ainsi à 57 mètres malgré les restrictions de la municipalité qui autorisait une hauteur maximale de 20 mètres.66 Cette volonté d‘exprimer une supériorité commerciale est aussi présente lors de la reconstruction des Grands Moulins de Corbeil par Paul Friesé. L‘architecture du nouvel édifice devra transcrire, face à l‘inquiétude de la population, les efforts de modernisation entrepris et réaffirmer, dans une politique commerciale, la force industrielle de l‘entreprise qui est destinée à gagner la première place des minoteries industrielles d‘Europe. 67 Le magasin à farine possède une enveloppe architecturale lui conférant un aspect de forteresse qui symbolise sa puissance industrielle.

65

Culot (Maurice), Evrard (Jacques), Bastin (Christine), Les moulins de la Meuse Namur, patrimoine et création en Wallonie, AAM, 1999 p.15 66

Lohr (Évelyne), Michel (Geneviève), Debost (Jean-Barthélémy), Pierrot (Nicolas), Les grands moulins de Pantin ; l’usine et la ville Lieux dits, 17 nov. 2009, p. 57 Fiblec (Hugues), « Naissance d‘une esthétique de l‘usine » Paul Friesé: 1851-1917 : architectures de l'âge industriel Editions Norma 1991, p.38 67

40


Le terme cathédrale industrielle peut même être utilisé pour certains silos qui s‘inspirent du vocabulaire religieux. L‘imposant silo à grain construit par Hans Bernoulli en 1923 arbore un revêtement de brique rouge et rappelle l‘architecture d‘une église avec une nef et une tour. « Si l‘église reste la porte du ciel, l‘usine devient celle du progrès à marche forcée. »68

Silo au Port de Bâle http://www.bs.ch

Cependant un des précurseurs allemands du mouvement moderne ; Walter Gropius montre un détachement envers l‘architecture historiciste. ..Gares, magasins, usines veulent une expression moderne qui leur soit propre et ne peuvent être réalisés dans le style des siècles passés sans donner dans le schématisme vide et la mascarade historique69. L‘architecte allemand annonce une ère nouvelle pour les usines et les bâtiments industriels, où la disposition rationnelle des espaces serait plus importante que l‘ornementation. On camoufle superficiellement des points de conflit non résolus et on dissimule le caractère de la construction sous un masque sentimental emprunté à des styles anciens, sans commune mesure avec la nature sérieuse d’une usine.70 Il utilisera l‘exemple des silos et des élévateurs à grains américains, qui sont dépourvus d‘ornementations et qui révèlent leur structure et leurs méthodes de construction.

68

Culot (Maurice), Evrard (Jacques), Bastin (Christine), Les moulins de la Meuse Namur, patrimoine et création en Wallonie, AAM, 1999 p.14 69

Gropius (Walter), Architecture et société, Paris, Editions du Linteau, 1995 p.26

70

Ibid, p. 30

41


2.2 L’esthétique industrielle et modernité Au début du XXe siècle, l‘architecture industrielle prend son essor et se diversifie. La halle des turbines AEG (1907) et l‘usine pour l‘exposition du Werkbund (1911) construites par Peter Behrens et Walter Gropius respectivement au début du XXème siècle apportent des solutions fonctionnelles innovantes et un nouveau langage architectural. (Annexe 6) Surtout celle de Gropius, où ce dernier abandonne le symbolisme formel de Behrens. Ces deux usines d‘avant guerre sont souvent citées comme révolutionnaires.71 Mais ces bâtiments sont aussi critiqués, notamment par Adolf Behne qui pense que ces édifices luttent entre une conception réaliste de l’espace intérieur et le classicisme héroïque de l’espace extérieur masquant les tensions internes.72 Gropius écrit sur cette période de mutation de l‘architecture industrielle. Dans son texte de 191373, il annonce que le point central de l‘éthique de son époque est la question sociale et non plus esthétique. « Le patron… usera de tous les moyens susceptibles de secouer la monotonie étouffante du travail en usine et d‘en adoucir les contraintes.74 » Walter Gropius illustre le texte sur "l'évolution de l'architecture industrielle moderne" avec des photographies de silos et d'élévateurs à blé au Canada et aux Etats-Unis. Ce texte souligne "l'exigence de la beauté de la forme extérieure" et Gropius cite les silos pour leur valeur exemplaire au regard de l'architecture industrielle.

Exemples de silos utilisés par Gropius pour illustrer son texte Gropius(Walter), Jahrbuch des Deutsches Werkbundes, 1913

71

Jaeggi (Annemarie), Fagus: industrial culture from Werkbund to Bauhaus Princeton Architectural Press, 28 juin 2000 – p.6 72

Stavrinaki (Maria), « l‘architecture du pays du milieu : la solution sublime » In La construction fonctionnelle moderne, Editions de la Villette, juin 2008 73

« Die Entwicklung Moderner Industriebaukunst » dans le Jahrbuch des Deutsches Werkbundes.

74

Gropius (Walter), Architecture et société, Paris, Editions du Linteau, 1995 pp.24-25

42


L‘extrait suivant montre clairement que Gropius considère les silos comme un modèle pour une architecture moderne .C‘est la lisibilité structurelle des silos sur le continent américain qui fascine l‘architecte allemand ; bien plus que leur aspect monumental. Les silos à céréales du Canada et d’Amérique du Sud, les silos à charbons des grandes lignes de chemin de fer et les ateliers les plus modernes des monopoles industriels d’Amérique du Nord ont une puissance monumentale dont l’expression soutien presque la comparaison avec les constructions de l’Egypte ancienne. Leur visage architectural est d’une telle fermeté que le spectateur saisit sans ambiguïté devant une force si convaincante le sens de ces édifices. L’évidence de ces bâtiments ne découle pas de la supériorité matérielle de leurs dimensions gigantesques – ce n’est pas dans cette direction qu’il faut chercher la raison de leur présence monumentale -, mais c’est bien davantage le sens de ces grandes formes exactes autonomes, claires et nettes de leurs constructeurs qui s’exprime. Il y a là une sorte d’encouragement pour nous à rejeter cette nostalgie historique et ces scrupules de type intellectuel qui encombrent la création artistique européenne et en contrarient la spontanéité75.

Le Corbusier reprend les exemples de Gropius et inclut plusieurs de ces photos dans son propre ouvrage, Vers une architecture en 1923. N‘ayant jamais vu ces bâtiments, il se base principalement sur les photos connues du public européen depuis la parution de l‘article de Gropius. Le Corbusier n‘hésite pas à « adapter » ces images pour illustrer son discours et à défaire plusieurs de ces bâtiments de tout leur attirail ornemental.10

Fronton d’un silo effacé par le Corbusier Le Corbusier, Vers une Architecture, Paris: G. Crès et Cie., 1924 75

Ibid. p.34

43


Le Corbusier admire les silos pour leurs volumes en les comparants à l‘architecture antique et suggère que les deux sont dirigés par un besoin fondamental de compréhension du volume à travers la lumière et la forme géométrique76. Selon Banham et d‘autres, les modernistes européens souhaitaient préserver l‘idée de la pureté des volumes des silos à grains. Cette pureté affranchissait en effet toute la mythologie du progrès de tout semblant de référent historique ou symbolique, une opération parfaitement illustrée par les retouches apportées par Le Corbusier à l‘imagerie du silo à grains ; les silos promettaient une architecture de pure « présence ».

En avant plan- silo à grain américain Le Corbusier, Vers une Architecture, Paris: G. Crès et Cie., 1924

Les silos à grains des rives du Mississippi sont de parfaits exemples des structures que l‘historien de l‘architecture Rayner Banham a qualifié de plus importantes contributions américaines à l‘histoire de l‘architecture moderne.77 Ces silos du continent américain seront donc un modèle fondateur de l‘architecture moderne .Cependant il faut savoir que ces élévateurs et silos surdimensionnés sont abandonnés en Amérique au même moment. Leur coût de construction étant trop élevé, ils sont remplacés par des silos en tôle plus modestes. Les silos construits en Europe au début du XXème n‘ont pas la même échelle que ceux en Amérique car la production de farine est moins importante. Les minoteries européennes affirment leur monumentalité grâce au langage historiciste et non pas uniquement par leur échelle.

76

Le Corbusier, Vers une Architecture, Paris: G. Crès et Cie., 1924 p. 18.

77

BANHAM (Rayner), A Concrete Atlantis. U.S. Industrial Building and European Modern Architecture, Cambridge (Mass.) et Londres, MIT Press, 1986, p. 1-21.

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CHAPITRE 3 Les minoteries d’Eugène Haug 3.1 Eugène Haug ; l’itinéraire d’un bâtisseur de minoteries Cet architecte strasbourgeois, né le 8 novembre 1864, réalise ses premières œuvres avec Jacques Albert Brion78 (1843-1910) qui est connu pour la construction de l‘institut d‘anatomie pathologique (1874), l‘institut de chimie physiologique(1883) et de la clinique gynécologique de Strasbourg(1886). Très peu d‘informations sont disponibles sur Haug malgré ses nombreuses constructions à Strasbourg; sa fiche de domiciliation79 aux Archives Municipales et Communautaires de Strasbourg ne contient que sa date de naissance et la date de son décès. (21 septembre 1936) La formation d‘architecte d‘Eugène Haug reste inconnue. L‘architecte alsacien fut prolifique pendant sa carrière et il réalisa de nombreuses villas, immeubles de rapport, hôtels particuliers, banques et bâtiments industriels. Une des réalisations les plus remarquables de Haug et Brion est sans doute l‘hôtel La Maison Rouge en 1898. Commandité par Otto Back, celui-ci met en chantier le nouveau Palace, plus conforme au goût de l‘époque.

La Maison Rouge vue de la Place Kléber http://www.archi-strasbourg.org

Façade Maison rouge http://photos.linternaute.com/photo/921598/395183 7421/1903/maison-rouge-a-strasbourg-en-1973/

Dans un style « Guillaume II », l‘hôtel qui s‘élève sur cinq étages est surmonté de deux tourelles et d‘un campanile. Le bâtiment vient rompre l‘échelle de l‘habitat traditionnel et domine la place Kléber. La façade maniériste est percée de grandes ouvertures donnant sur des balcons ornementés. Haug et Brion innovent sur le plan technique en utilisant pour la

78

http://artnouveau.pagesperso-orange.fr/en/artistes/jbrion.html

79

Fichier Domiciliaire, HAUG Eugene (Archives Municipales de Strasbourg 603MW321)

45


première fois à Strasbourg une charpente de béton80. Le bâtiment fut démoli en 1973 malgré la controverse.

Haug s‘applique à utiliser un vocabulaire architectural éclectique, notamment dans les villas construites pour Otto Back(1907) et Achille Baumann(1912). La première « allie les réminiscences de l'Art nouveau finissant aux vigueurs arrondies du Néo baroque 81» tandis que la seconde se trouve « au milieu dans jardin classique et inspirée de l‘architecture française des XVIIe et XVIIIe siècles 82»

Villa Back(1907) http://www.archi-strasbourg.org

Villa Baumann à Illkirch (Projet de 1912) Les grands moulins de Pantin ; l’usine et la ville Lieux dits, 17 nov. 2009, p. 51

Ces références néogothiques, néo-Renaissance ou néoclassiques montrent l‘attachement de l‘architecte pour la France après l‘annexion. Toutes les œuvres de l’architecte Eugène Haug frappent par un caractère commun. Elles sont du goût français et du plus pur. Ceci ne les empêche pas d’être originales. Elles ne sont ni des copies ni des postiches mais bien le produit d’une culture générale profonde, utilisée par un tempérament aussi personnel que vigoureux83. Ces propos sont ceux de Haug lui-même figurent dans une préface de l‘album de ses œuvres 84 . L‘architecte rejette ainsi les influences allemandes et assume une position politique très claire. [Haug] tient sa place dans la pléiade des artistes Alsaciens qui

80

Lamboley (Christian), La Maison Rouge et l’Homme de Fer, Contades 1990, p. 44

81

Le patrimoine des communes du Bas Rhin.

82

Lohr (Évelyne), Michel (Geneviève), Debost (Jean-Barthélémy), Pierrot (Nicolas), Les grands moulins de Pantin ; l’usine et la ville Lieux dits, 17 nov. 2009, p. 52 83

Préface de l‘Album de l’œuvre d’Eugène Haug

84

Album de l’œuvre d’Eugène Haug vers 1935 (BNU Strasbourg MR42431)

46


maintinrent les traditions françaises dans notre pays sous l’occupation étrangère et les firent s’épanouir après la victoire85.

En plus de sa clientèle de notables, Haug conçut plusieurs habitations pour des industriels 86 comme Achille Baumann, Charles Fruhinsholzs (1903 à Schiltigheim), Friedrich Heinrich (1907 à Strasbourg) et Charles Holweg (1911 à Strasbourg). Il n‘est donc pas surprenant que Haug reçoit plusieurs commandes pour dessiner des bâtiments industriels et des usines. En 1911, Eugène Haug est commandité par la Société de Consommation d‘Alsace pour la construction du siège de la société au Port du Rhin. Ces locaux regroupaient une boulangerie, une brasserie et servaient aussi d‘entrepôt pour d‘autres produits alimentaires. On peut noter que l‘architecte dessine un bâtiment sobre et sans ornementation.

Siège et entrepôts de la société coopérative de consommation d‘Alsace vers 1911(fonds privé)

Dessin de la façade Archives Municipales de Strabourg

Les locaux de la Société de Consommation d‘Alsace ne sont pas les seuls bâtiments industriels construits 87 par Haug. Il conçu les entrepôts de voitures de la Compagnie des Transports de Strasbourg, les usines de Société alsacienne de Filature et de tissage de jute à Bischwiller et la grande biscuiterie d‘Alsace au Neudorf, entre autre. Mais les œuvres les plus notables de Haug sont sans doute les minoteries qu‘il réalisa. La liste imposante de minoteries industrielles comporte les Grands Moulins Becker (de la Ganzau), d‘Illkirch, de Strasbourg, de Corbeil, de Villeurbanne, de Sarreguemines, de Pantin(Paris) ainsi que la meunerie de Bruxelles. Haug était aussi chargé de la conception de moulins à Marrakech, Burgos et Casablanca. 85

Ibid,

86

Dossiers de l‘inventaire général (IA67011663 et IA67013551)

87

Livre d'Or de l'industrie et du commerce du Bas-Rhin ; Livre d'Or du Bas-Rhin Strasbourg : Impr. Alsacienne, 1924

47


A la fin de sa carrière Haug se décrivait comme un « spécialiste » de ce type d‘édifice pour lequel il inventa un modèle architectural. C’est le même goût des proportions nobles et des lignes pures qu’il appliqua aux constructions industrielles et en particulier aux minoteries dont il construisit un grand nombre à Paris, dans plusieurs villes de France, en Belgique et jusqu’au Maroc. Il créa la un prototype architectural où les dons artistiques sont joints à une science parfaite des nécessités industrielles, type qui fit école et qui rendit E.Haug spécialiste, en quelque sorte de ce genre de construction.88

88

Préface de l‘Album de l’œuvre d’Eugène Haug

48


3.2 Comparaison de trois minoteries à Strasbourg A Strasbourg dès 1822, quelques familles vont contrôler la production des farines et elles vont au fil des années mettre en place un réseau avec une portée internationale. L‘étude de ces trois minoteries à Strasbourg permet de juger si les évolutions techniques dans la meunerie au tournant du XXème siècle y sont appliquées. Ces études de cas permettent aussi de comparer et de déterminer comment Haug se place vis-à-vis de ses contemporains en termes de technique et d‘esthétique.

Plan de situation des trois minoteries à Strasbourg Dessiné par Y.J

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A. Grands moulins Becker

A Strasbourg dès le XVIIème siècle, les meuniers prièrent progressivement le risque de s‘affranchir de la protection des remparts de la ville et certains d‘entre eux s‘établirent dans le quartier de la Ganzau. Un de ces moulins est acquis en 1860 par Jacques Becker qui y établit une grande minoterie sous le nom des Moulins de la Ganzau. (actuellement Grands Moulins Becker SA). Le fils de Jacques Becker, Alexandre Becker, va intégrer l‘entreprise familiale vers 1890. C‘est dernier qui va commanditer Eugène Haug pour la rénovation de la minoterie. La première commande que reçoit l‘architecte est la reconstruction de la salle des turbines enjambant le rhin tortu en 1896. (Annexe 7) La taille de l‘ouvrage reste modeste en comparaison au moulin lui-même. Les matériaux utilisés sont la fonte pour la structure intérieure, le bois pour la charpente et une ossature en béton et un remplissage en brique pour les façades. En 1898, Jacques Becker agrandit la minoterie en y ajoutant des magasins et des ateliers. La société fait appel une fois de plus à Eugène Haug pour l‘exécution des plans. La présence des Grands Moulins de la Ganzau dans le quartier contribua certainement à son développement. Dès 1898, la première ligne téléphonique du quartier est installée dans le moulin89. Grâce aux industries, les habitants peuvent aussi profiter des infrastructures comme la voirie et l‘électricité. Mais c‘est en 1904 que Les Grands Moulins de la Ganzau décident réellement de s‘agrandir et d‘accroitre leur capacité de production. Le premier projet présenté par Haug est un édifice sur cinq niveaux avec une écriture architecturale assez banale. (Annexe 8) Les ouvertures rectangulaires ne sont pas ornementées comme dans les autres minoteries qu‘il dessine au même moment au Port du Rhin. Cette absence d‘ornementation s‘expliquerait peut être par un manque de financement. Le plan est lui aussi simple ; la zone de pré-nettoyage est accolée au moulin et les dimensions réduites du moulin laissent deviner une faible capacité de production. Sur la deuxième proposition, Haug rajoute un élément majeur, une tour château d‘eau. (Annexe 9) Cet élément est caractéristique de minoteries de Haug et outre sa fonction de réserve d‘eau, elle devient aussi un repère dans le paysage.

89

Jung (Marie-Christine), Histoire des grands moulins Becker Strasbourg : Carré Blanc, 1999, p.27

50


1898 – Construction de la salle des turbines enjambant le cours d‘eau

1904 – Agrandissement de la minoterie avec une tour

Evolution des Grands Moulins Becker Dessiné par Y.J d‘après APB ; 783W223

1909 – Reconstruction du moulin après un incendie

51


Plan masse des Grands Moulins Becker Dessiné par Y.J d‘après APB ; 783W223

Un incendie va ravager la minoterie en 1909 ; ce sera l‘occasion pour la famille Becker d‘agrandir les locaux et de se doter des appareils de moutures plus performants.90 Haug va mettre plusieurs mois avant de proposer une nouvelle minoterie. Le moulin nouveau fait 69 mètres de long, 11 mètres de large et culmine à 25 mètres de haut avec la tour ornée de colombages. La structure interne est composée de poteaux et de poutres métalliques avec une charpente en bois. Les façades épaisses d‘une cinquantaine de centimètres sont revêtues de briques. La peur d‘un nouvelle incendie va causer la mise en place de nombreux systèmes contres les flammes. La première solution réside dans la répartition des espaces. Haug va procéder à un ‗éclatement‘ des fonctions ; les différentes activités comme la production, le stockage, l‘emmagasinage seront séparées dans des sections autonomes par des murs épais pour arrêter ou ralentir la propagation des flammes. Cette séparation fonctionnelle mène à une organisation plus rationnelle de la minoterie et permet d‘être plus rentable. Cette idée de ségrégation fonctionnelle peut être retrouvée dans les silos conçus par Paul Friesé à Corbeil. 90

Ibid, p. 25

52


Plan des Grands Moulins Becker (circulation verticale en rouge) Dessiné par Y.J d‘après APB ; 783W223

En toiture, des petites cheminées sont installés pour améliorer la ventilation et éviter la suspension des farines. (Annexe 10) Un système d‘extincteurs ‗Springler‘ complète le dispositif contre les incendies. Un important réservoir de 40 000L est raccordé aux conduites de la ville.91 Les Grands Moulins de la Ganzau est la seule minoterie de Strasbourg qui utilisera la force hydraulique. Le moulin était doté de deux turbines jusqu‘aux années 1920 et ces dernières suffisaient à faire fonctionner la totalité du moulin. A l‘issue des travaux de 1909, la capacité d‘écrasement fut quintuplée et tournait autour de 1 000 quintaux par jour.

Grands Moulins Becker http://www.alsatica.eu/fr/alsatica/bnus/A.-Becker-Grands-Moulins-de-la-Ganzau,1_P_2F614242.html 91

Ibid, p. 27

53


La présence d‘écuries confirme que les voitures hippomobiles furent utilisées assez tardivement aux Grands Moulins Becker. La pérennité de ce mode de transport à la Ganzau réside aussi dans le fait que le moulin sera relié aux voies ferrées seulement après la première guerre mondiale, plus précisément en 1921. 92 Il faut cependant noter que des camions sont aussi utilisés à l‘époque. Les changements amenés en 1909 ne sont pas uniquement de l‘ordre technique et fonctionnel, ils sont aussi esthétiques. Haug utilise le langage architectural qu‘il applique à ses minoteries de l‘époque. La façade est séparée en trois registres. Dans le registre supérieur, on peut retrouver des baies triplettes ; ouvertures que l‘architecte utilise deux ans plus tôt lors de la conception des Minoteries Alsaciennes. (Annexe 11) Le silo est compris dans l‘ensemble de la minoterie et n‘est pas détachée comme le fait d‘habitude Haug. Cette solution inhabituelle est surement adoptée à cause du manque de place sur le site. La situation du silo dans l‘ensemble reste quand même lisible car c‘est la seule partie du bâtiment qui ne bénéficie pas d‘ouvertures.

92

Ibid, p. 26

54


B. Grands moulins d’Illkirch Les Grands Moulins d‘Illkirch, aussi connus sous ‗Illkircher Mühlenwerke‘, étaient situés à Illkirch jusqu‘en 1902. Mais le 21 septembre 1902, le moulin fut la proie des flammes. Le Conseil d'Administration de la minoterie décide de reconstruire l'entreprise dans le port de Strasbourg. Achille Baumann devient avec Henry Lévy le directeur de l'usine.93 Ces derniers avaient déjà sollicités Eugène Haug pour la réalisation d‘autres usines. Le complexe minotier conçu par l‘architecte au début de l‘année 1903, s‘installera aux bords du bassin du commerce et aura une organisation spatiale assez particulière. La même année, Haug dessinera la nouvelle extension du moulin à Corbeil. Haug semble s‘inspirer largement du langage architectural de son collègue Paul Friesé, qui avait construit les silos à Corbeil en 1892. Les arcatures cintrées qui doublent et renforcent la façade sont des éléments que Haug empruntera à Friesé.

Carte postale de 1911 des Grands Moulins de Corbeil http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:CORBEIL_-_Les_Grands_moulins.jpg

93

DALTROFF (Jean), Achille Baumann, Industriel, maire et philanthrope, Extrait de l'Almanach du KKL-Strasbourg, 2004

55


Les grands Moulins d‘Illkirch se décomposent en quatre parties principales ; les magasins accolés au bâtiment administratif donnant sur le bassin, le moulin, le silo et les annexes. L‘organisation du complexe en ‗U‘ semble moins efficace qu‘une disposition linéaire sur le bassin.

Plan masse des Grands Moulins d’Illkirch Dessiné par Y.J d‘après APB ; 865W140A

Les magasins à farines s‘élèvent sur deux étages et c‘est une structure métallique qui est présente à l‘intérieur de l‘édifice. (Annexe 12) Ce choix constructif peut laisser perplexe car les magasins de l‘époque étaient souvent réalisés en béton et permettaient de porter de plus grandes charges et assuraient aussi une plus grande stabilité. Par exemple, les magasins construits par la Hennebique au début du XXème siècle étaient déjà réalisés entièrement en béton. Une hypothèse consisterait à dire que les poteaux métalliques occupent moins de surface dans les magasins et gênent moins la circulation. Une autre hypothèse serait que les trémies dans les planchers auraient été plus difficiles à réaliser dans des dalles en béton armé que dans des planchers en bois.

S‘allongeant sur 104 mètres, le moulin des Grands Moulins d‘Illkirch est le plus long édifice dans les trois études de cas. Il est composé de 27 travées avec des poteaux espacés de 2,6 mètres. Le corps principal du moulin comprend cinq niveaux avec les combles sous lesquels se trouvent les arbres de transmission, les poulies et les courroies assurant le transit des grains.

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Plan des Grands Moulins d’Illkirch (circulation verticale en rouge) Dessiné par Y.J d‘après APB ; 865W140A

Les différences entre la taille des espaces nécessaire au nettoyage et au broyage conduit à un plan asymétrique ; ces deux parties étant séparées par un vide faisant passer des courroies élévatrices. Cet espace vide correspond à l‘emplacement de l‘émergence de la tour avec des colombages. Ces colombages étaient-ils structurels ou s‘agissait-il seulement d‘ornementation ? Cette question est difficile à répondre car les coupes ne sont pas assez précises et les gravures n‘amènent pas plus de précision. La tour château d‘eau comme la tour beffroi de Friesé à Corbeil, légitimerait-elle la supériorité de la puissance économique et industrielle de la France, à défaut de son pouvoir politique ?94 La hauteur sous planchers des différents niveaux du moulin est assez importante ; elle est de l‘ordre de quatre mètres. Cette grande hauteur pourrait être expliquée par le besoin de ventilation des espaces de broyage et de sassage. Des espaces trop bas causeraient l‘accumulation plus rapide des farines en suspension, ce qui pourrait causer des incendies. Une autre raison fonctionnelle est l‘utilisation de conduits en bois aux plafonds pour acheminer les céréales et la farines d‘un étage à l‘autre. Ces conduits étant assez hauts, la hauteur sous plafond doit être assez conséquente pour ne pas gêner le passage des ouvriers.

Fiblec (Hugues), « Naissance d‘une esthétique de l‘usine » Paul Friesé: 1851-1917 : architectures de l'âge industriel Editions Norma 1991, p.66 94

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L‘horizontalité de la façade du moulin est rompue par l‘utilisation d‘arcatures cintrées faiblement espacées sur trois niveaux. Le dessin de la façade est divisé en trois registres comme à l‘accoutumée de Haug avec un socle sur un niveau, les étages avec les arcatures sur trois niveaux et la partie sous les combles avec des baies géminées. (Annexe 13) Le nombre important d‘ouvertures sur la façade principale du moulin lui enlève une partie de sa massivité. Pourquoi une telle quantité de fenêtres est elle requise dans le moulin ? L‘explication la plus rationnelle serait de dire que ces fenêtres permettent de faire pénétrer le plus de lumière naturelle possible dans le bâtiment. Cela éviterait ainsi aux ouvriers d‘utiliser des lumières électriques ou des torches ; une des causes de nombreux incendies dans les minoteries.

Carte Postale des Grands Moulins d’Illkirch http://www.ansichtskartenserver.de/shop/ak/26/2647893.jpg

Les appareils de mouture et de tamisage utilisé dans le moulin proviennent de la société allemande Simon, Bühler et Baumann basé à Francfort. 95 Il est important de constater que Haug nie toute influence allemande dans ses œuvres mais ce sont tout de même des machines d‘origine germaniques qui sont présentes dans le moulin. Cependant, il est difficile de savoir si la commande des machines était plutôt réalisée et négociée par les gérants des minoteries.

95

(Grands Moulins d‘Illkirch), APB ; 865W140A

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Le silo présent à l‘est du moulin à été dessiné par Edouard Zublin ; un ingénieur suisse qui collaborera avec Haug sur plusieurs projets. Ce dernier rencontre François Hennebique en 1888, qui lui propose une licence exclusive de ses brevets pour l‘Alsace et la Lorraine.96 Zublin accepte et il mettra en pratique des techniques qui révolutionneront le mode traditionnel de la construction de l‘époque tel que le battage de pieux en béton armé. Zublin installe une partie de son entreprise à Strasbourg en 1898 avec un département qui s‘occupe de la conception de silos et d‘accumulateurs à grande capacité pour les céréales, le malt et les minerais entre autres. La position du silo est particulière car elle est éloignée du canal. Le transport des céréales à partir des péniches devient donc plus compliqué. Il se pourrait qu‘une plus grande quantité de céréales fût acheminé par voie ferrée à l���époque de la construction de la minoterie. Ce silo est composé de dix-huit cellules verticales et rectangulaires qui contrairement aux silos américains, offrent la possibilité d‘être habillés. (Annexe 14) Pour Zublin « le silo est une sorte de grande caisse divisée en compartiments verticaux de section rectangulaire, appelés cellules, dont les dimensions habituelles sont de 4 mètres sur 4 mètres et de 16 à 20 mètres de haut.. »97 Le silo des Grands Moulins d‘Illkirch correspondent parfaitement aux critères de conception de Zublin avec des cellules carrées de 4 mètres de large. Cependant la hauteur du silo excède 30 mètres. Zublin semble donc avoir un rôle déterminant dans la conception des silos pour les minoteries de Haug. Cependant il est important de noter que les arcatures en façade correspondent à la structure interne des silos. En comptant le nombre d‘arcatures, il est possible de déduire le nombre de cellules présentes à l‘intérieur du silo. Cela pose la question de la contribution de l‘architecte dans la conception des minoteries. Haug n‘est –il finalement qu‘un décorateur qui s‘évertue à habiller des constructions qui sont dessinées par des ingénieurs ? Quel serait le rôle de Haug dans le dessin des silos ? En analysant les plans de Haug, il semblerait que ce dernier dessinait quand même certains silos et qu‘il était en mesure de pré-dimensionner ces édifices. Cependant, il faisait appel à des bureaux d‘études d‘ingénierie pour le dimensionnement de la structure.

96

http://amo.fjep.pagesperso-orange.fr/historique%20zublin.htm

97

Lohr (Évelyne), Michel (Geneviève), Debost (Jean-Barthélémy), Pierrot (Nicolas), Les grands moulins de Pantin ; l’usine et la ville Lieux dits, 17 nov. 2009, p. 58

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En 1906, un second silo est construit au nord du complexe minotier pour avoir une plus grande capacité de stockage et une plus grande autonomie. Ce silo fait face au bassin et est raccordé à l‘eau par une passerelle et une tour de déchargement permettant de transférer les grains directement des péniches jusqu‘à la tour élévatrice du silo. (Annexe 15) Avec 36 cellules, le silo présente une capacité de stockage deux fois supérieure à celui qui était déjà construit. La partie inférieure des silos s‘arrête au premier étage, les céréales recueillies par les entonnoirs sont ensuite acheminées vers le moulin par un ruban transporteur.

Silos construits en 1906 http://archi.strasbourg.org

En 1913, la capacité du moulin du Port du Rhin est portée à 6000 sacs (300 tonnes/jour) et Achille Baumann peut écrire "Notre moulin était devenu en 1913, c'est-à-dire dix ans après son transfert au Port du Rhin, le plus important non seulement d'Allemagne mais de tout le continent."98 Aux Grands Moulins d‘Illkirch, plusieurs éléments montrent que Haug est toujours dans une recherche formelle et plastique. La disposition du complexe minotier n‘assure pas une transition efficace des céréales entre le bassin et le silo contrairement aux Minoteries Alsaciennes qu‘il dessinera quelques années plus tard. 98

DALTROFF (Jean), Achille Baumann, Industriel, maire et philanthrope, Extrait de l'Almanach du KKL-Strasbourg, 2004

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C. Minoteries Alsaciennes

En 1908, le groupe « Levy-Baumann » prend naissance avec le rachat d‘une minoterie à Worms en Allemagne mais surtout avec la construction des Minoteries Alsaciennes (qui deviendra plus tard Les Grands Moulins de Strasbourg) au Port du Rhin. C‘est encore une fois Eugène Haug qui sera responsable de la conception d‘une minoterie avec une capacité de production de 2000 quintaux de farine par jour. Contrairement aux Grands Moulins d‘Illkirch, l‘architecte alsacien choisit cette fois-ci de disposer ses bâtiments le long du bassin ; les étapes de transformation correspondant à la succession de bâtiments.

Plan masse des Minoteries Alsaciennes Dessiné par Y.J d‘après APB ; 645W209

Pour éviter la propagation des flammes, les différentes parties de la minoterie sont séparées mais ces distances peuvent être franchies grâce à des passerelles. Haug utilisera uniquement le béton pour construire les magasins à farines. Le système constructif mixte qu‘il utilise pour les Grands Moulins d‘Illkirch semble obsolète. Les progrès dans la mise en œuvre du béton ainsi que la démocratisation du matériau peuvent expliquer le choix constructif de l‘architecte. Une trame structurelle de 4m35 sur 5m25 est utilisée dans l‘édifice. (Annexe 16)

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Le silo quant à lui est composé uniquement de 12 cellules sur les premières versions des plans. Les annotations de l‘architecte confirment un agrandissement ultérieur pour doubler la capacité du silo. Ce phasage permettait aux minotiers de construire le plus rapidement possible et de commencer à produire le plus tôt possible. Après l‘analyse des minoteries à Strasbourg, il semble que seulement quelques mois séparaient la conception et l‘ouverture d‘une minoterie.

Il est intéressant de comparer les méthodes de stockage utilisées à Strasbourg à celle utilisées en Allemagne à l‘époque. Alors qu‘à Strasbourg, le stockage vertical s‘est imposé depuis la fin du XIXème siècle, il est étonnant de constater qu‘à Berlin en 1913, la conservation du grain est encore réalisée horizontalement. Le ―Getreide speicher‖ de Berlin Est, réalisé par Friedrich Krause, architecte et homme politique de l'époque de l'empire en 1913 utilise des systèmes de transport et de séchage du grain, presque manuels, qui sont dépassés.

Getreide Speicher – façades et coupe www.patrimoineindustriel-apic.com/silo/SilosMexiqueAllemagne.pdf

Haug utilise donc des techniques qui ne sont pas obsolètes contrairement à certains de ses collègues allemands.

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Pour le dessin du plan du moulin, Haug utilise encore une fois le même schéma de répartition spatiale ; les deux fonctions nettoyage et mouture sont abritées par le même bâtiment, séparées par une « salle des câbles ». Cette trémie abrite les mécanismes de transmission mécanique dans les étages. (Annexe 17)

Plan des Minoteries Alsaciennes Dessiné par Y.J d‘après APB ; 645W209

Le complexe minotier est alimenté par des moteurs à vapeur qui sont présents dans un bâtiment regroupant la chaufferie et la salle des machines. La chaufferie est flanquée d‘une haute cheminée qui dépasse tout les bâtiments du complexe minotier. Même dans cette construction tardive, Haug persiste à utiliser une structure mixte avec des poteaux et des poutres métalliques et les façades porteuses en béton avec un remplissage en briques. Comme les magasins à farine sont réalisés entièrement en béton armé, il semble curieux que Haug n‘utilise pas ce matériau pour la structure interne des moulins.

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Contrairement aux Grands Moulins de Paris, les différentes parties de la minoterie sont clairement identifiables et Haug indique sans ambiguïté la destination des parties. A Paris, tous les éléments du moulin, toutes les machines, tous les silos, sont ainsi camouflés en un seul bâtiment imposant et parfois extérieurement peu lisible. Comme à son accoutumée, Haug applique la répartition en registres pour le traitement architectural de la façade. (Annexe 18) La récurrence de ce principe sur les façades de ses minoteries soulevait la question suivante : Est-ce que les registres correspondent à des fonctions particulières ou à des hiérarchies différentes ? Après l‘analyse des plans et des coupes, il semble que cette décomposition en registres était purement esthétique. Le niveau inférieur contenait les mécanismes de transmission et pourrait expliquer le nombre réduits d‘ouvertures. Les registres avec les trois niveaux intermédiaires contenaient les machines comme les blutoirs et les sasseurs et les filtres à son. Le registre supérieur est celui dans lequel Haug applique des variations. Cet étage abrite les plansichters, mais ces machines n‘ont pas forcement plus d‘importance que les autres. Aux Minoteries Alsaciennes, il utilise des baies triplettes (variation de la serlienne) pour les derniers niveaux.

Façade des Minoteries Alsaciennes http://archi.strasbourg.org

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3.3 Les Grands Moulins de Pantin Dans les années 1920, le groupe ‗Vilgrain‘ constitué autour des Grands Moulins de Nancy fait construire une grande minoterie à Paris pour écraser 10 000 quintaux de blé par jour et de fournir la majeure partie de la farine consommée en ville. Le groupe Levy-Baumann réagit en lançant un projet de minoterie à Pantin dans la banlieue parisienne pour concurrencer le groupe Vilgrain. Ces deux cartels minotiers sont présents dans toute la France et même en Europe ; le marché parisien était un atout capital pour l‘influence de ces deux groupes.

Achille Baumann et Henry Lévy feront appel à Haug pour la réalisation d‘une minoterie qui sera capable de concurrencer les Grands Moulins de Paris. Ainsi le premier projet dessiné par Haug en 1921 pour les Grands Moulins de Pantin, comprend un moulin de 11 étages dont 3 sous combles. Le bâtiment culmine à 45,7m est témoigne « de l‘optimisme et du rêve de gigantisme à l‘américaine propre à la France d‘entre deux guerres. »99

1ere version du projet –façade est www.culture.gouv.fr

Dans la première version du projet, Haug conserve son style architectural avec les arcades monumentales et la tour château d‘eau avec un étage en encorbellement.

99

Lohr (Évelyne), Michel (Geneviève), Debost (Jean-Barthélémy), Pierrot (Nicolas), Les grands moulins de Pantin ; l’usine et la ville Lieux dits, 17 nov. 2009, p. 54

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Le 30 janvier 1922, les Grands Moulins de PantinParis présentent les nouveaux plans au Maire. Ils présentent, accolé au moulin, un château d‘eau d'une contenance de 40 000 litres prévu pour alimenter les extincteurs automatiques distribués dans l‘usine. Le projet final sera moins imposant avec seulement 8 étages, dont 3 sous combles avec une hauteur de 35m.La structure est entièrement en béton. Haug abandonne les arcatures mais garde le principe de séparation en registres de la façade. Projet retenu –façade est www.culture.gouv.fr

Le permis de construire fut compliqué à obtenir car les règles d‘urbanisme limitaient à 20 mètres la hauteur des constructions. La direction argumente la taille de l‘édifice avec les arguments suivants. « Nous faisons remarquer respectueusement que nous avons donné à cette construction un caractère monumental et que les horloges que nous y avons disposées rendront des services à la population de votre commune »100 Les silos à Pantin seront aussi dessinés par Zublin et habillés par Haug. Pour ce silo, les ingénieurs érigent un bâtiment d‘une hauteur impressionnante de 52,7m. La construction d‘une minoterie à Pantin demande la prise en compte du contexte et des acteurs. Ainsi la vérité structurelle des silos américains plébiscitée par Gropius n‘est toujours pas à l‘ordre du jour. C‘est à Pantin que Haug introduit certains éléments régionalistes ; le moulin prend la forme d‘une usine-bloc, dérivée de la maison bloc des vallées vosgiennes. 101

100

Ibid, p.57

101

Ibid, p.55

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Conclusion

En premier lieu, nous avons pu constater que l‘émergence des minoteries était due à plusieurs facteurs notamment un changement de technique de mouture. La multiplication de minoteries industrielles coïncide avec le déclin des moulins hydrauliques qui ne sont pas capables de rivaliser avec le rendement des machines à vapeur. Ces changements de techniques auront aussi une grande influence sur l‘architecture des minoteries. Le cheminement ‗en cascade‘ fait que le nombre de niveaux augmente et le changement de mode d‘énergie permet l‘agrandissement de la taille des bâtiments. Une minoterie ne peut être réduite à qu‘à un simple moulin ; elle est composé d‘un ensemble complexe avec des fonctions qui sont interdépendantes les unes aux autres. La lutte contre les incendies sera aussi un moteur de développement des minoteries. Ces dernières seront pensées pour être plus résistantes aux flammes notamment par l‘utilisation de structures en béton armé et de remplissages en briques ou en maçonneries réutilisables en cas de sinistre. La psychose des incendies encourage les architectes à trouver des solutions innovantes comme la séparation des fonctions et l‘intégration de réservoirs de grande capacité. La découverte de nouvelles techniques de mise en œuvre des matériaux, notamment avec le béton armé, permet de plus grandes portées, des bâtiments plus stables et moins coûteux. Dans certains cas, particulièrement pour les minoteries construites par François Hennebique, la structure en béton est laissée apparente. La lecture entre la trame structurelle et le remplissage reste claire; ce qui semble cohérent car Hennebique souhaitait mettre en avant ses procédé constructifs. Ce dernier voulait surement aussi démontrer que la rationalité de son système possédait une certaine esthétique exprimée par une vérité structurelle. Selon JeanLouis Kerouanton102, les Grands Moulins de Nantes construits par Hennebique ont été un des moteurs de vulgarisation du béton armé dans la littérature internationale du début du XXème siècle. Selon Banham, les modernistes européens souhaitaient préserver l‘idée de la pureté des volumes des silos à grains américains. Cette pureté affranchissait en effet toute la mythologie du progrès de tout semblant de référent historique ou de symbolique ; les silos du continent américain seront donc un modèle fondateur de l‘architecture moderne.

Kerouanton,( J-L), ―Usines des îles, usines de Loire : cas de figures à Nantes ‖, L’Archéologie industrielle en France, n° 41, décembre 2002, p. 20 102

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Les minoteries d‘Eugène Haug à Strasbourg sont construites sur une période d‘une dizaine d‘années mais elles montrent quand même une évolution, plus particulièrement dans la disposition rationnelle des espaces de la minoterie. C‘est dans la conception des Minoteries Alsaciennes que Haug fait preuve de plus de maîtrise, avec une disposition linéaire des bâtiments le long du Bassin du Commerce. Cette disposition qui peut paraître simple mais elle est la plus efficace possible pour le cheminement des céréales et de la farine. Nous pouvons affirmer que les minoteries de Haug sont différentes des autres minoteries construites à l‘époque car elles ont certaines particularités qui les démarquent. La plus notable est l‘utilisation récurrente de la tour château d‘eau chez Haug. Aux Grands Moulins Becker, le couronnement inclut des colombages et donne un aspect régional à l‘ensemble. Une autre caractéristique particulière des moulins de Haug est que les réservoirs ne sont pas situés dans les tours château d‘eau mais juste en dessous. Le couronnement des tours contenaient des poulies et des courroies pour la transmission mécaniques de la force motrice Eugène Haug applique aussi plusieurs principes afin d‘éviter la propagation des incendies dans les minoteries. L‘architecte sépare les différentes activités comme la production, le stockage, l‘emmagasinage dans des sections autonomes. Haug s‘inspira des magasins de Paul Friesé à Corbeil pour cette dissociation des activités. Cependant, chez Friesé la tour élévatrice est physiquement séparée des magasins par un vide. Haug choisit de séparer les fonctions en utilisant des murs épais ou avec des trémies contenant les mécanismes de transmission mécanique dans les étages. Nous pouvons considérer que Haug inventa ainsi un modèle architectural pour les minoteries. Contrairement aux minoteries de Hennebique, Haug tend à affirmer la valeur de continuité de la paroi sans mettre en évidence la trame en béton armé. Toutes les minoteries de Haug sont revêtues de brique et la structure n‘est pas exprimée en façade. La séparation de la façade en trois registres est aussi un élément caractéristique des minoteries de Haug. Cependant cette séparation n‘a aucune vocation fonctionnelle ; elle n‘est qu‘esthétique. Les niveaux qui se trouvent dans les différents registres n‘ont pas de hiérarchies spécifiques car ils contiennent tous des machines. La représentation des édifices industriels bascule entre les contraintes techniques et économiques d‘une architecture fonctionnelle et la manifestation d‘une image d‘entreprise. Les références historicistes persistent malgré les progrès techniques qui sont amenés dans l‘architecture industrielle. Ce langage architectural est utilisé car l‘industrie conserve le désir de représentation malgré son passage d‘entreprise familiale à société anonyme. C‘est surement pour cette raison que Haug choisit d‘utiliser un langage historiciste. Les meuniers veulent conférer une expression parlante et symbolique à leurs nouvelles forteresses du capital et du machinisme.

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La concurrence acharnée entre les minotiers semble être un facteur déterminant dans l‘expression architecturale des minoteries ; la métaphore de la domination était souvent présente avec l‘utilisation du monumentalisme. La consigne des maîtres d‘ouvrage semble être de construire plus grand et de monter plus haut afin d‘égaler ou de surpasser les concurrents. Aux Grands Moulins de Pantin, cette concurrence entre cartels de minotiers pousse Haug à concevoir une tour qui culmine à 57 mètres et qui domine le paysage urbain malgré des règles d‘urbanismes qui limitaient la hauteur des constructions.

Le travail sur ce mémoire a été agréable car le patrimoine industriel est une thématique qui m‘intéresse beaucoup. Néanmoins le travail de recherche s‘est avéré assez compliqué car très peu d‘ouvrages sont disponibles sur les minoteries. L‘analyse des plans et des documents techniques trouvés aux Archives s‘est aussi révélé compliqué car les annotations sont en allemand et je n‘ai jamais étudié cette langue. Le mémoire aurait pu être approfondi si j‘avais eu l‘occasion de traduire les correspondances des Archives. J‘aurai aussi souhaité avoir des documents sur d‘autres minoteries que Haug avait construites pour avoir plus d‘éléments de comparaison.

Ce sujet sur les minoteries pourrait s‘étendre sur le patrimoine industriel à Strasbourg au tournant du XXème siècle. La ville de Strasbourg regorge de nombreux bâtiments industriels qui n‘ont pas fait l‘objet d‘études, surtout au Port du Rhin. L‘étude de ces édifices donneraitelle une base de connaissance pour la reconversion du patrimoine ? Que retenir de l‘histoire, quels témoins souhaitons-nous conserver ? Comment adapter le patrimoine industriel à une nouvelle fonction, en le projetant dans le futur et en lui faisant dire autre chose que son lien avec le passé ?

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Bibliographie Ouvrages Banham (Rayner), A Concrete Atlantis. U.S. Industrial Building and European Modern Architecture, Cambridge (Mass.) et Londres, MIT Press, 1986 Banham (Reyner), Theory et Design à l’ère industrielle, Restitutions, 2009 Behne (Adolf), La construction fonctionnelle moderne, Editions de la Villette, juin 2008 Cartier (Claudine), Noisiel, la chocolaterie Menier, Images du patrimoine, Lieux dits, 2001 Culot (Maurice), Evrard (Jacques), Bastin (Christine), Les moulins de la Meuse Namur, patrimoine et création en Wallonie, AAM, 1999 Daul (Léon), Rieger (Théodore), Moszberger (Maurice), Dictionnaire historique des rues de Strasbourg, Le verger, 2004 De Lacolonge (Ordinaire), Minoterie. Mémoire sur les étuves à farine, leur théorie et leur construction, J. Baudry ; Paris, 1875 Fanelli (Giovanni), Gargiani (Roberto) Histoire de l'architecture moderne: Structure et revêtement, PPUR presses polytechniques, 2008 Fiblec (Hugues), Paul Friesé: 1851-1917 : architectures de l'âge industriel Editions Norma 1991 Gropius (Walter), Architecture et société, Paris, Editions du Linteau, 1995 Hau (Michel), L’industrialisation de l’Alsace (1803-1939), Association des Publications près les Universités de Strasbourg, 1987 Hopf (Léo), Le Manuel pratique de la meunerie: Tome 1. La Meunerie [traduit de l'allemand] Nehlig, Heuser et Cie, 1951 Jung (Marie-Christine), Histoire des grands moulins Becker Strasbourg : Carré Blanc, 1999 Lamboley (Christian), La Maison Rouge et l’Homme de Fer, Contades 1990 Le Corbusier, Vers une Architecture, Paris: G. Crès et Cie., 1924 Le Goff (Jacques), Patrimoine et passions identitaires. Actes des Entretiens du Patrimoine, 6, 7,8 janvier 1997, Paris, Fayard/Editions du Patrimoine, 1998 Lohr (Évelyne), Michel (Geneviève), Debost (Jean-Barthélémy), Pierrot (Nicolas), Les grands moulins de Pantin ; l’usine et la ville Lieux dits, 17 nov. 2009

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Rapetti (Rodolphe), Strasbourg 1900: naissance d'une capitale, Musées de Strasbourg Somogy, 2000 Rivals (Claude), Le moulin et le meunier. Mille ans de meunerie en France et en Europe (préface de Jacques Le Goff). Vol. 1 : Une technique et un métier. Vol. 2 : Une symbolique sociale. Roques sur Garonne, Empreinte Éditions, 2000 Sée (Paul), La situation de la meunerie française et les nouveaux procédés, Impr. Verly, Dubar et Cie ; Lille, 1883 Vigato (Jean-Claude), Institut L'architecture régionaliste: France, 1890-1950 français d'architecture EDITIONS NORMA, 1994 Vigato (Jean Claude), Régionalisme, Editions de La Villette, 2008

Sources imprimées

Album de l’œuvre d’Eugène Haug vers 1935 (BNU Strasbourg MR42431) Archiscopie 101 Cité de l‘architecture et du patrimoine, février 2011 Boucher (Ch), Kerouanton, (J-L) , L’architecture du XXe siècle en Loire-Atlantique, Nantes : CAUE Loire-Atlantique, Coiffard éditions, 2006 Delbeke (Maarten), Learning from Minneapolis. De la réflexivité de l’architecture monumentale contemporaine Kerouanton,( J-L), ―Usines des îles, usines de Loire : cas de figures à Nantes ‖, L’Archéologie industrielle en France, n° 41, décembre 2002 De la Broise (Patrice), Esthétique et mises en scène du patrimoine industriel architectural, septembre 2003 Livre d'Or de l'industrie et du commerce du Bas-Rhin ; Livre d'Or du Bas-Rhin Strasbourg : Impr. Alsacienne, 1924 Sources numéro 33, Ville de Niederbronn-les-Bains, Juin 2008 p.7 Strasbourg sur am rhein ,2000 ans d’histoire Musée du rhin et de la navigation

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Archives (Archives Municipales et communautaires de Strasbourg)

Article (écrit par Haug ?) en préface de l‘Album de l’œuvre d’Eugène Haug vers 1932, Cote 78z160 Entrepôts Rhénus (Volume II), APB ; 645W203 Fichier Domiciliaire, HAUG Eugene ; 603MW321 Minoteries alsaciennes (Volume I), APB ; 645W208 Minoteries alsaciennes (Volume II), APB ; 645W209 Moulins Baumann (Grands Moulins d‘Illkirch), APB ; 865W140A Moulins de la Ganzau (1892-1927) APB ; 783W223 Nouveau Silo (1906) APB ; 865W141A Siège de la coopérative Alsacienne de consommation, APB ; 680W105

Entretiens George Haffner, responsable de la vie coopérative COOP Alsace, 02/12/2011

Sites internet http://www.alsatica.eu/ http://archi.strasbourg.org http://www.books.google.com http://culture.gouv.fr

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Pages Web Delbeke(Maarten), Learning from Minneapolis. De la réflexivité de l’architecture monumentale contemporaine [consulté le 05-12-2012] Disponible sur internet : https://biblio.ugent.be/publication/446459/file/450388.pdf

François Hennebique, [consulté le 15-08-2012] http://p9.storage.canalblog.com/95/59/764270/57971032.pdf

Disponible

sur

internet :

Grands moulins de Nancy, MAJ 26-01-07[consulté le 23-04-2012] Disponible sur internet : http://ensanancy.typepad.com/questionsdarchi/2007/01/les_grands_moul.html

Haug Eugène [consulté le 05-12-2012] Disponible sur internet : http://www.archi-strasbourg.org/personnalite-haug_eugene-86.html

L‘architecte Auguste Perret, entre tradition et modernité [consulté le 15-08-2012] Disponible sur internet : http://www.citechaillot.fr/data/groupes_77ffd/categorie/269/perret_b9205.pdf

Les grands moulins de Paris, MAJ 23-06-09, [consulté le 23-03-2012] Disponible sur internet : http://derelicta.pagesperso-orange.fr/gdmp.htm

Les industriels chocolatiers Menier àNoisiel [consulté le 23-04-2012] Disponible sur internet : http://www.vpah.culture.fr/educatif/aha/fiches/NOISIEL/menier.pdf

Minoterie appelée Grands Moulins de Pantin [consulté le 05-12-2012] Disponible sur internet : http://www.atlaspatrimoine93.fr/documents/grdsmoulins/ia93000093/Dossier%20%28GMP%29.pdf

73


Annexes ANNEXE 1 : Machines et mécanisme dans les minoteries (Grands Moulins de Paris) http://derelicta.pagesperso-orange.fr/gdmp.htm

Vis à farine qui dirigent la mouture dans tous les sens à chaque étape. Brosse à son

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Sasseurs

Sasseurs Sasseurs

Mécanisme des élévateurs sous les combles.

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ANNEXE 2 : Magasins de Grands Moulins de Corbeil (Paul FriesĂŠ)

http://www.maisondebanlieue.fr/wpcontent/uploads/2012/09/GRANDS_MOULINS_CORBEIL-011.jpg

http://archiwebture.citechaillot.fr/fonds/FRAPN02_FRIPA/inventaire/vignette/document-21479

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ANNEXE 3: Magasins des Grands Moulins de Corbeil

Partie inférieure des silos en entonnoir au rez-de-chaussée des magasins. Fiblec (Hugues), Paul Friesé: 1851-1917 : architectures de l'âge industriel Editions Norma, 1991, p. 82

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ANNEXE 4 : Structure en béton ; Procédé Hennebique

Grands Moulins de la Loire http://www.nantesrenaissance.fr/alerte-patrimoine/fiches-alerte/les-moulins-de-la-loire/

1899-1900. Minoteries Cerès, Bilbao http://archiwebture.citechaillot.fr/fonds/FRAPN02_BAH50/inventaire/vignette/document-24815

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ANNEXE 5 : Grands Moulins de Nantes

Kerouanton,( J-L), ―Usines des îles, usines de Loire : cas de figures à Nantes ‖, L’Archéologie industrielle en France, n° 41, décembre 2002, p. 23

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ANNEXE 6 : Usines allemandes

Usine AEG construite par Peter Behrens en 1907 http://www.german-architecture.info/BER-001.htm

Usine AEG construite par Peter Behrens http://www.german-architecture.info/BER-001.htm Usine modèle pour l‘Exposition du Werkbund en 1911 par Walter Gropius http://www.flickriver.com/photos/alexander_str/1591294562/

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ANNEXE 7 : Grands Moulins Becker Projet de 1898 ; construction de la salle des turbines

Moulins de la Ganzau (1892-1927) APB ; 783W223

ANNEXE 8 : Grands Moulins Becker, Première version du projet de 1904.

Moulins de la Ganzau (1892-1927) APB ; 783W223

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ANNEXE 8 : Grands Moulins Becker ,Deuxième version du projet de 1904 Moulins de la Ganzau (1892-1927) APB ; 783W223

Moulins de la Ganzau (1892-1927) APB ; 783W223

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ANNEXE 9 : Grands Moulins Becker , Coupe du projet de 1904

Moulins de la Ganzau (1892-1927) APB ; 783W223

ANNEXE 10 : Grands Moulins Becker, Ventilation en toiture

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ANNEXE 11 : Grands Moulins Becker, Extrait de façade du projet de 1909 (Silo à droite)

Moulins de la Ganzau (1892-1927) APB ; 783W223

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ANNEXE 12 : Grands Moulins d’Illkirch ; Magasins à farine

Grands Moulins d‘Illkirch, APB ; 865W140A

Grands Moulins d‘Illkirch, APB ; 865W140A

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ANNEXE 13: Grands Moulins d’Illkirch ; façade

Grands Moulins d‘Illkirch, APB ; 865W140A

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ANNEXE 14: Grands Moulins d’Illkirch ; silo

Grands Moulins d‘Illkirch, APB ; 865W140A

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Grands Moulins d‘Illkirch, APB ; 865W140A

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ANNEXE 15: Grands Moulins d’Illkirch ; Nouveaux silos 1906

Nouveaux Silos (1906) APB ; 865W141A

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ANNEXE 16 : Minoteries Alsaciennes ; Magasin Ă  farine

Minoteries alsaciennes (Volume I), APB ; 645W208

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ANNEXE 17 : Minoteries Alsaciennes ; Coupes dans le moulin

Minoteries alsaciennes (Volume II), APB ; 645W209

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ANNEXE 1_ : Minoteries Alsaciennes ; Faรงade

Minoteries alsaciennes (Volume II), APB ; 645W209

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Minoteries alsaciennes (Volume II), APB ; 645W209

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Yashwan Jheelan mémoire ENSAS 2013