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CONFERENCES Aux sources de la violence. De l’enfance à l’adolescence, 8, 9 & 10 Octobre 2009, Paris. FFPP

PREVENIR LA VIOLENCE PAR LE JEU DE ROLE EN MATERNELLE Serge Tisseron [serge.tisseron@voila.fr] Psychiatre, psychanalyste, directeur de recherche, Université Paris Ouest-Nanterre Maison de Solenn, Hôpital Cochin, Paris Des enfants de plus en plus jeunes sont capables d’actes de violence de plus en plus graves, parfois dès la classe maternelle. Les causes en sont multiples : sociales, psychologiques, familiales. Les solutions le sont évidemment aussi. Nous nous intéresserons ici à une seule : la violence du paysage audiovisuel Alors que les images violentes se définissent par leur contenu objectif, la violence des images possède le pouvoir de malmener un spectateur à un moment donné quelle qu’en soit la raison : caractère violent du contenu des images, sensibilité personnelle, montage stressant, ou encore pouvoir confusionnant. Confronté à des images qui lui font violence, tout spectateur tente de reconstruire ses repères en utilisant trois moyens complémentaires : le langage, la construction de ses propres images (mentales ou matérielles) et la sensori-motricité, particulièrement chez l’enfant. Ces trois moyens lui permettent de prendre du recul par rapport à ce qu’il a ressenti, pensé et imaginé. Ils nécessitent, dans tous les cas, la présence d’un tiers. En cas d’échec, le spectateur réagit de trois façons différentes en fonction de son histoire et de son environnement : certains trouvent dans les images violentes une justification à employer eux-mêmes la violence pour régler les problèmes de leur propre vie, d’autres craignent d’en être victimes, et d’autres enfin développent des réflexes constructifs et réparateurs. Le paysage audiovisuel violent ne crée pas ces profils, mais il les enkyste. Il ne rend pas les jeunes plus violents, mais pousse à l’extrême le profil psychologique de chacun d’entre eux, jusqu’à se penser toujours et seulement comme agresseur, ou bien victime, ou bien redresseur de torts. C’est de cette façon que ce paysage contribue à un accroissement de la violence, notamment en milieu scolaire. Ce mécanisme est particulièrement important chez les jeunes enfants qui sont aujourd’hui massivement confrontés à un environnement audiovisuel qui ne leur est pas destiné et qui les déstabilise. Une prévention est possible. Elle doit refuser toute approche stigmatisante et être organisée autant en direction des enfants qui évoluent précocement vers un profil victimaire qu’en direction de ceux qui évoluent vers des comportements agressifs. Elle passe par les parents et les éducateurs, mais aussi par l’organisation de jeux de rôle pratiqués dans certaines conditions par les enseignants des maternelles. En plus de favoriser le langage oral et la socialisation (qui sont des objectifs prioritaires des écoles maternelles), cette activité modifie les identifications précoces et permet de déloger les enfants de la place d’agresseur ou de victime désignée dans laquelle un trop grand nombre d’entre eux a tendance à s’installer de plus en plus tôt (Tisseron, expérimentation réalisée en 2007 et 2008 sur Argenteuil, Gonesse et Paris) • • •

Tisseron, S. (1997). Y a-t-il un pilote dans l’image ? Paris : Aubier. Tisseron, S. (2003). Enfants sous influence, les écrans rendent-ils les jeunes violents ? Paris : Armand Colin. Tisseron, S. (2008). Virtuel, mon amour. Penser, aimer, souffrir à l’ère des nouvelles technologies. Paris : Albin Michel.

L’esprit de la psycholgie Au cœur de la psychologie


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