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CONFERENCES Aux sources de la violence. De l’enfance à l’adolescence, 8, 9 & 10 Octobre 2009, Paris. FFPP

VIOLENCES DES MERES, VIOLENCES DES ENFANTS ? Chérifa Bouatta [bouattacherifa@hotmail.com] Professeur de psychologie, Université d’Alger Présidente de la Société Algérienne de Recherche en Psychologie La situation vécue par l’Algérie au cours de la dernière décennie (1988-2000) a obligé les soignants - et surtout les psychologues - à repenser une pratique psychologique ordinaire où des personnes demandaient une aide psychologique parce que « ça n’allait » pas dans leur quotidien, dans leur relation aux autres, dans leur vie professionnelle ou amoureuse, avec une symptomatologie classique, généralement d’ordre névrotique… Les violences terroristes ont propulsé les « psys » dans ce qu’il convient d’appeler, à l’instar de R. Kaës (1982), une catastrophe sociale, c’est-à-dire une situation de violence qui touche les individus mais aussi les liens sociaux et leurs fondements. Dans ce cadre, l’association SARP a mis en place en avril 2000 une consultation psychologique à Sidi Moussa, dans une région qui a connu les massacres collectifs de 1997 (Bentalha et Rais). Très vite, la consultation a été sollicitée par de nombreuses mères de famille. Elles venaient pour ellesmêmes mais aussi pour leurs enfants qui ont vécu la mort d’un parent ou d’un proche, qui avait assisté à la perte d’un camarade de classe ou qui avait été témoin d’actes terroristes… Mais les mères évoquaient surtout les difficultés scolaires des enfants ou une symptomatologie régressive…Elles évoquaient aussi le fait qu’elles ne supportaient plus leurs enfants, qu’elles les battaient souvent sans raison apparente, parce qu’elles étaient « irritables », « qu’elles ne se portaient pas bien » (selon leurs expressions). Il s’agissait dès lors de saisir la manière dont la violence vécue par la famille produisait des effets sur chacun, de manière singulière en fonction de son histoire, mais également sur les liens parents-enfants. La violence, d’abord venue de l’extérieur, fait, dans un second temps, résonnance avec une violence interne qui s’intrique à l’histoire individuelle et familiale de chaque enfant. Les questions qui se sont posées à nous sont les suivantes : comment des enfants ayant vécu des situations extrêmes, et confrontés de surcroit à des « défaillances parentales », pouvaient réagir ? A quels mécanismes psychiques devaient-ils recourir pour se protéger ? Pour comprendre comment l’enfant intègre psychiquement cette violence d’état, il est indispensable de penser les liens parents-enfants susceptibles d’aider l’infans à ne pas se laisser détruire par la violence subie, pour la transformer et se construire avec ce qu’il a vécu. Dans cette situation, le travail avec les mères s’avère particulièrement important. • • • • •

Bertrand, M. (1997). Les enfants dans la guerre et les violences civiles. Paris : Seuil. Bouatta, C. (2007). Violences, traumatismes et prise en charge psychologique. In Dispositifs de soins au défi des situations extrêmes, Aubert, A.E. & Scelles, R. Toulouse : Erès. Bouatta, C. (2003). La pratique psychologique au temps du traumatisme en Algérie. In L’expérience traumatique, 18. Alger : NAQD. Freud, S. (1920). Au-delà du principe de plaisir. Paris : PUF (rééd. 2002). Kaës, R. & al. (1989). Violence d’Etat et psychanalyse. Paris : Dunod.

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• Bouatta, C. (2003). La pratique psychologique au temps du traumatisme en Algérie. In L’expérience traumatique, 18. Alger : NAQD. [bouattac...

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