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Y

MAGAZINE

AMBI MAGAZINE DE LIAISON DES CONGOLAIS DE LÊUNION EUROPÉENNE

HALTE AU CONGOPESSIMISME

LÊAMBASSADEUR MOVA SAKANYI

¤ LA RENCONTRE DES CONGOLAIS DE BELGIQUE RDCONGO :TOLÉRANCE ZÉRO, COUP DE MARTEAU DANS LA TERMITI˚RE DE LA MAGISTRATURE

BERTIN MAMPAKA, ¤ CfiUR OUVERT MUSIQUE : FALLY IPUPA,ANTI-BALISTIC MISSILES

CARREFOUR CONGO CULTURE, UNE IDÉE EN MARCHE

N 0 ZÉRO BIMESTRIEL OCTOBRE / NOVEMBRE 2009

LES 5 CHANTIERS SONT EN ROUTE


SOMMAIRE POLITIQUE RDC

ACTUALITÉ

4 9 10 12 14

DROITS DE LÊHOMME

18

ENSEIGNEMENT

22

ÉCONOMIE RDC

AVIATION

DÉC˚S

28 30 32

HARO SUR LE CONGOPESSIMISME ATHANASE MATENDA TOUS LES REGARDS SONT BRAQUÉS SUR LUI CONGO MON AMOUR KABILA DONNE UN COUP DE MARTEAU DANS LA TERMITI˚RE DE LA MAGISTRATURE KABILA SERAIT-IL MAL OU MOINS BIEN COMPRIS ? INTERVIEW UPIO KAKURA MINISTRE DES DROITS HUMAINS INTERVIEW MAKER MWANGU MINISTRE DE LÊENSEIGNEMENT LA RDC DOIT SE LIBÉRER DÊUNE ÉCONOMIE CONDAMNÉE ¤ LA CRISE BRETTON WOODS RICHARD NIANGUILE DG DE LA JEUNE AUTORITÉ DE LÊAVIATION CIVILE

36 38

GA˙TAN KAKUDJI BEMBA SAOLONA

INVESTISSEMENTS

40 46

SOCIÉTÉ AMBASSADE

56 62

BERTIN MAMKAPA ¤ COEUR OUVERT LÊAMBASSADEUR EXHORTE LES HOMMES DÊAFFAIRES BELGES ¤ RÉINVESTIR EN RDC MATONGE QUAND LÊAMBASSADE REDEVIENT UNE VRAIE MAISON FAMILIALE ¤ LA RENCONTRE DES CONGOLAIS DE BELGIQUE EN SYMBIOSE AVEC LA COMMUNAUTÉ CONGOLAISE AUTOUR DU FOOTBALL

BELGIQUE/RDC

68 76

CULTURE

LIVRES

EXPOSITION DIASPORA MUSIQUE

82

86 90 96

PRÉSENTATION DES LIVRES „DOUNIA‰ ET „COMPRENDRE LA FIN DE LA GUERRE FROIDE ET LA MONDIALISATION‰ LES MASQUES CONGOLAIS CARREFOUR CONGO CULTURE FALLY IPUPA, ARSENAL DE BELLES MÉLODIES OU ANTI-BALISTIC MISSILES

ÉDITORIAL Sous le haut patronage de Son Excellence Monsieur lÊAmbassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République Démocratique du Congo près le Royaume de Belgique, le Royaume des Pays-Bas, le Grand-Duché de Luxembourg. YAMBI MAGAZINE Edité par Carrefour Congo Culture 32 Boulevard du Souverain 1170 Bruxelles, Belgique DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Eddie Tambwe DIRECTEUR TECHNIQUE Yvon Ramazani RÉDACTEUR EN CHEF Joseph Tshombe RÉDACTION GÉNÉRALE KINSHASA Claude Busé Omer NÊSongo RÉDACTION GÉNÉRALE EUROPE Henri Mova Sakanyi Eddie Tambwe Joseph Tshombe Yvon Ramazani Jean-Claude Beatus Mwewa Mikaël Sakombi Kikie Kibambi Roger Nyangu Moise Lumande Patrice Kamanda Florent Kalombo Swan Jok Oga Ukelo Jacques Tshilembe GESTION CRÉDIT-PHOTOS Jean Ngwanga MARKETING, PROSPECTION ET GESTION ABONNEMENTS Jacques Tshilembe Kikie Kibambi CONSEILLERS TECHNIQUES Serge Lauret Jok Oga Ukelo DIFFUSION ET VENTE Carrefour Congo Culture GESTION ADMINISTRATIVE Carrefour Congo Culture 32 Boulevard du Souverain 1170 Bruxelles, Belgique Tél : 0499 532 921 Fax : +32 (0)2 213 49 95 Mail : yambimagazine@yahoo.fr

Y

UN GRAND A MBI, ¤ TOUT LE MONDE ! Yambi ! Comme les bras largement ouverts dÊun grand „Y‰, ce nouveau magazine vous souhaite la bienvenue. Bienvenue dans un Congo, qui se porte de mieux en mieux. AujourdÊhui, en effet, après des années sombres dÊune crise politique multiforme, la République Démocratique du Congo se relève peu à peu. CÊest une évidence, à la lumière des paramètres et indicateurs objectifs. Après les défis de la réconciliation nationale, de la démocratisation de la vie politique, de la consolidation de la paix, avec notamment lÊaide de nos partenaires, le gouvernement congolais sÊest lancé dans un vaste programme de reconstruction sur lÊensemble du territoire national, à travers les „Cinq Chantiers‰ qui visent la réhabilitation des infrastructures de base, principalement les voies de communication ; lÊéducation ; la santé ; lÊeau et lÊélectricité ; lÊemploi. Ce nouveau visage du pays mérite dÊêtre montré, avec fierté à la face du monde. CÊest lÊambition de Carrefour Congo Culture, éditeur du présent magazine. Faire connaître, faire consommer la culture de notre pays, si diverse, si riche. La faire rayonner dans le monde entier, à partir de Bruxelles. Et lutter contre le Congopessimisme qui plombe toutes les analyses sur notre pays. Qui fausse le regard sur notre pays. Qui fait croire quÊhier et aujourdÊhui sont identiques. Que demain sera égal à aujourdÊhui. Qui ne veut pas reconnaître les réalisations en cours, et qui, finalement, condamne les Congolais au renoncement⁄ Eh bien non ! Nous refusons cette fausse fatalité à laquelle veulent nous condamner tous les oiseaux de mauvais augure, et nous vous invitons, au contraire, à participer ensemble, à travers Yambi, à montrer le Congo tel quÊil est : un pays en train de se reconstruire.

Eddie TAMBWE


HARO SUR LE

CONGOPESSIMISME Henri MOVA SAKANYI

LES 5 CHANTIERS VOULUS PAR LE PRÉSIDENT JOSEPH KABILA ONT BEL ET BIEN COMMENCÉ

Plus on dit du mal du pays, même à travers des arguties, plus on se délecte comme avec une poire expurgeante en guise de catharsis. ¤ force de ressasser les contre-vérités et de les malaxer à lÊenvi, on finit par y croire. Et de proche en proche, un mensonge répété sÊembellit, se relooke en un nouveau lifting, se commue en une assertion de base. Ce mensonge devient la pierre philosophale sur laquelle se bâtissent dÊautres inepties. Un confort intellectuel

© DCI Cabinet du Chef de l’État

Un vent dÊauto-flagellation et dÊauto-mise au pilori souffle sur le discours socio-politique, et soufflète toute lucidité. Invoquer des oracles sur la toile ou en des lieux de rassemblement festif ou mortuaire, est lÊagora dÊun mal-dire sur le Congo, expression dÊun mal-être rédhibitoire. Convoquer le malheur par le biais dÊarguments a minima est devenu un lieu commun pour plusieurs dÊentre nous, victimes du syndrome du suicide collectif et de la pénitence expiatoire.

douillet sÊy érige et quelques diseurs de bonne aventure sÊimposent en démiurges dans lÊart de prédire un funeste destin à la République démocratique du Congo. Les carences des dernières décennies, les humiliations subies ces dernières années et les insuccès militaires ou sportifs ont fini de nous convaincre que nous nÊétions plus un peuple majeur et glorieux. La confiance en soi en a pris un sérieux coup. La conscience de soi sÊeffiloche suite au statut de vacuité définitionnelle que nous attribuent ceux qui sÊépoumonent à nous convaincre que nos voisins valent mieux que nous. Ce contexte de lynchage philosophique finit par nous persuader que nous sommes du mauvais côté de lÊhistoire. Pire le syndrome de Stockholm aidant, nous sympathisons à lÊexcès avec nos bourreaux en leur reconnaissant même une certaine supériorité idéologique. CÊest sur ce terreau quÊensemencent les sophistes des temps modernes. Il devient ainsi banal de rappeler que cÊest dans lÊair du temps de proférer des incantations maléfiques sur la marche du Congo. Par masochisme certainement, certains dÊentre nous, ne trouvent du plaisir que dans la douleur de mauvaises nouvelles que charrie le quotidien. 

Avenue Bangala à Kintambo Kinshasa la réfection des routes est une des priorités des 5 Chantiers.


dÊAfrique, les nostalgiques la juge comme une victoire de seconde zone. Que notre musique caracole au hit-parade, les critiques dÊart improvisés la confine au ghetto. Cinquante ans de basse marée certes ; mais justement lÊheure nÊa-t-elle pas sonné pour forcer le destin à déployer ses ailes en vue dÊune marée haute portant à flot tous les bateaux de nos espérances ? Une des réponses possible est tangente à lÊaction qui consiste à faire passer par la trappe de lÊengagement patriotique lÊaffreux Congopessimisme qui obstrue toute vue prospective. Longtemps lÊoisiveté intellectuelle a provoqué une mise en berne de lÊesprit critique. Les cerveaux titillés par tant dÊévénements douloureux ; de partout papillonnent des épisodes lugubres de notre histoire si lourde dÊhistoires⁄ Tanguant entre effroi et fascination, notre peuple attend de ses élites plus dÊinventivité, plus de créativité, plus de positivité⁄ Le négatif, autre forme de nihilisme, il nÊen a cure.

Une négation permanente des changements positifs en cours

Le choix est clair : il faut sÊen sortir. Il nÊy en a pas dÊautre ; il nÊy aura pas dÊheureux augures sans un sursaut collectif qui devra commencer par lÊeffacement ou le détournement du vent impétueux convoyant ce pessimisme morbide. Pour nous vanter bruyamment de nos turpitudes ? Assurément pas. Car le pays en est là, du fait de tous, même à des proportions différentes selon les responsabilités exercées. Ce nÊest certainement pas la faute à Voltaire. Cinquante ans après, lÊétat de grâce est largement dépassé. Il faut sÊinoculer un nouveau virus de la gagne et un nouveau venin bâtisseur suffisamment percutant comme vaccin contre les intempéries à venir. Nager à contrecourant sÊil le faut⁄Prêcher à temps et à contretemps.

QuÊon affiche des taux de croissance record, personne nÊy prête la moindre attention. QuÊon organise des élections libres, transparentes et démocratiques, les commentateurs bien-pensants répondent aux abonnés absents. QuÊon mette fin à la guerre et que les esprits politiques convergent en consensus, les prophètes de malheurs nÊy voient que stature tactique. QuÊon amorce la reconstruction des infrastructures de base à grande échelle, les sirènes stridentes des poncifs de lÊéchec national, sÊinsurgent contre ce quÊelles considèrent comme du saupoudrage. Que lÊéquipe nationale de football gagne la Coupe

© DCI Cabinet du Chef de l’État



Il faut un sursaut collectif

Assurer l'électricité à l'ensemble de la population est un défi à relever pour la reconstruction de la RDC.

Les partis politiques ont pignon sur rue 

Ceux qui détiennent divers magistères devraient sÊen imprégner. Les purs poncifs moralisateurs, encore davantage. Ressasser nos échecs, gloser sur nos défaillances, nÊest peut-être pas la meilleure thérapie de choc. Apprendre de nos échecs, certainement. SÊy complaire, non. Mais verser dans la rengaine de lÊautodestruction et la mortification en ayant érigé des „murs des lamentations‰ nÊincite à aucune praxis salvatrice. Pourtant la „positive attitude‰ devrait ouvrir des fenêtres dÊopportunités. Malheureusement, elle nÊeffleure pas toujours les esprits insensibles à la contradiction. Ce propos nÊest pas un racolage au profit de la dissimulation. Il nÊest nullement question de taire la vérité et de porter artificiellement au pinacle lÊhonneur de la nation. Il est seulement question de mesurer et de respecter la vérité. Elle nÊest jamais monocorde. Il importe dès lors, loin des agendas démentiels, non de cacher nos plaies, mais plutôt de les panser. Aux échanges au canon, préférer les empoignes à fleurets mouchetés.

De la contradiction jaillit la vérité éclairante Il nÊest pas besoin de dire que ce propos est loin de faire lÊéloge du silence. Celui-ci pourrait dÊailleurs être complicité lorsquÊil est au service de la perdition. Tout nous dire, certainement. Mais pas nÊimporte où et nÊimporte quand. Et sur quelle question ? Pourtant, on nÊirait pas jusquÊà se laisser aller au morne endormissement „tout va bien Madame la Marquise‰ ou de lÊabâtardissement du „circulez, il nÊy a rien à voir‰. De lÊautre coté, lÊauto-flagellation doit avoir des limites. Penser lÊutiliser comme un aiguillon pour darder les consciences supposées endormies, est un leurre. Des succès instantanés ne sont pas grand-chose ; cÊest leur flux continu dans la durée qui importe. Un orgueil à toute épreuve, il en faut pour un peuple qui a enduré tant de pénitence et tant dÊopprobre. Un peuple qui peut supporter tant de supplices ne peut être que grand. Les grandes causes voire les grandes souffrances – loin de tout dolorisme – nÊinvitent que les grands peuples, pour leur grandeur. Les grands challenges ne sont vécus que par des peuples dont la pente ascendante est abrupte. Comme dÊautres, par le passé, dans dÊautres circonstances, en des lieux

© JKT

Ils restent aveugles aux signaux positifs. Ils persévèrent dans la surdité face aux heureuses performances en provenance du Congo profond. Ils épinglent comme des trophées à leur tableau de chasse, chaque menu détail de tout malheur qui frappe le pays. Aussi voit-on sÊingénier dans une morne glose philosophique des déclinistes aux sombres prédictions. Pour eux tout va mal. Ils nient toute évidence annonciatrice dÊembellie au Congo, il ne peut provenir que nouvelles macabres, lugubres, mortifères, tristes, etc. Mais comme les circonstances nÊemboîtent pas toujours les sentiers de leur plan de bataille, ils expliquent le décalage par le hasard. Si ça marche encore, ça tient de la chance!... Les hérauts du Congopessimisme se recrutent dans toutes les tranches dÊâge, les uns pour des raisons de nostalgie, les autres pour des raisons idéologiques voir philosophiques „rien de bon ne peut sortir du Congo‰, clament-ils. Ils ne sont friands que des modèles caricaturaux et péjoratifs qui défigurent lÊeffort national de reconstruction.

éloignés, nous remontons en pente douce. Le temps est incontournable dans cette aventure. Il est même un des paramètres fondamentaux de la réussite. Ne crétinisons donc pas un tel peuple. Ne bradons pas son courage, en maints endroits démontrés. Ne blasphémons pas en ne lui servant que des propos malveillants et dégradants. Ne diffamons pas à tour de bras, lorsque nous dissertons sur notre beau pays. CÊest loin dÊêtre des propos lénifiants. Il nÊy a nul intérêt à nous fabriquer une réputation lisse si la réalité est rêche et rugueuse. Notre parcours en tant quÊÉtat indépendant et souverain a été un laborieux échafaudage que maints événements ont mis en péril. Mais il tient bon. Reste à lÊesprit des Congolais de suivre pour bâtir ensemble un havre de paix et un périmètre de prospérité. Notre bonheur sera dans ce pré là. Ce bonheur que très souvent nous avons renvoyé aux calendes grecques. Pour ce faire, évitons de nÊavoir dÊyeux de Chimène que pour les vilénies et les insanités. Un Congo convivial est possible. Un Congo où lÊentraide et la bienveillance sont de mise est souhaitable voire préférable aux tristes rudoiements mâtinés dÊinjures abjectes. Un Congo de lÊexcellence avec des Congolais appelés à la grandeur, chacun en son domaine, est largement possible. Il suffit de ne pas laisser trop de place aux médiocres. Les lumières, la crème⁄nÊont plus le droit de se taire. Ils se sont suffisamment calfeutrés au profit des usurpateurs. Comme la nature a horreur du vide, la place publique, de parole, connaîtra lÊembouteillage des approximatifs. Et la représentation congolaise à lÊétranger en pâtira. Les succédanés et les ersatz ont trop joui dÊhommages collatéraux. Ils se spécialisent, ce faisant, en réali-

sateurs de films dÊhorreur, sinon en scénaristes de scènes cadavériques. Alors, bonjour les dégâts : ambiance crépusculaire, décor lunaire, atmosphère cataclysmique⁄Malgré tout, ils trouvent preneurs car les vents de lÊhistoire ont trop soufflé, emportant nos certitudes. Nous doutons de tout. Pas le doute méthodique de Descartes. On est plutôt blasé, déprimé voire en rupture avec la réalité des faits. Cela fait lÊaffaire des prédateurs de lÊapocalypse sur internet dont le fleuron de lÊfluvre colossale est le photomontage. Tout le monde y passe. Les internautes se les échangent, en se „forwardant‰, pour sÊamuser. DÊautres y croient dur comme fer. Et les commentaires vont bon train. Mais à voir les réactions de certains internautes qui sÊindignent et refusent de transférer les photomontages, on sent que la dignité subsiste encore. Que la crise nÊa pas tout ravalé. Cela augure le réveil de lÊesprit critique. Il y a donc lieu dÊencourager les rationnels qui résistent aux ravages des manipulateurs des consciences. Ceux qui soumettent tout au jugement, savent que les images ne sont pas, loin sÊen faut, des signes neutres et inoffensifs. On les destine à des objectifs pas toujours avouables. Un jour, ils sont des armes au service de lÊinjure, un autre, ils incitent à la bagarre et aux coups bas; finalement, ils appellent ouvertement au meurtre et à la solution finale. Avec de telles mises en lumière, les pourfendeurs de la cause nationale, qui prenaient le peuple comme un conglomérat de bizuts, finissent par déchanter. Au niveau national, une production locale, du terroir et qui colle au vécu quotidien, suscite plus dÊengouement que les „révélations‰ alambiquées et sophistiquées qui inondent le net. Le son aigu et lÊintelligence vive se re-

trouvent même au sein des masses populaires. Les bergers autoproclamés nÊont quÊà bien se tenir. Leur appel à lÊamnésie collective nÊa plus beaucoup de chance de se substituer au discours „discursifs‰ issu des masses et porté sur la place publique sans intermédiaire. Le processus de recolonisation mentale est gelé car les „Promethée‰ venus des espaces de civilisation trouvent sur leur chemin un peuple debout ayant pris en main son destin en se choisissant des institutions et des dirigeants. Il a repris la main sur la marche de lÊhistoire en redevenant détenteur ultime du pouvoir, souverain primaire qui accorde le pouvoir, pour une mandature limitée dans le temps, pouvoir qui nÊest plus laissé à la solde des politiciens qui en abuseraient sans contrôle populaire, à lÊinstar du Léviathan, de Thomas Hobbes. Il sÊagit dÊune cession partielle, le peuple gardant son pouvoir de retirer le pouvoir attribué aux mandataires, comme dans la logique de John Locke, avec le droit du peuple à lÊinsurrection ou le droit dÊen appeler au ciel. Ainsi donc, les libelles pamphlétaires qui pullulent et polluent les esprits trouveront à chaque fois, un holà populaire, car le peuple veut dorénavant juger à lÊaune de la capacité à bâtir le pays. Il ne sera plus question de ne lui offrir que lÊinfecte logorrhée⁄Paroles, paroles, vanité des vanités et poursuite du vent. Ni les belles paroles, ni les beaux discours, encore moins les bons sentiments ne suffiront plus. Le peuple veut du concret. Les discours fleuris passeront au crible du jugement populaire pour en extirper le côté mielleux et nÊen garder que la proportion de faisabilité. Avec en prime, un brin de rappel historique : „QuÊas-tu fais pour nous, lorsque nous étions dans le malheur ? ‰. Ces discours qui poussent comme de la mauvaise


Manifestation de l'opposition à Kinshasa: l'exercice pacifique de la démocratie est un droit reconnu à tous.

herbe, tel le chiendent, connaîtront le test du feu; celui de lÊautodafé populaire. La pancarte qui indique : „Avis de tempête‰ nÊémeut plus outre mesure. Le peuple a tout vu, „des vertes et des pas mûres‰. Même lÊextrême désolation causée par des millions de morts. Lui annoncer lÊorage et un supplément de souffrance et de violence, loin de lÊeffrayer, le fait lever sur ses ergots, en attente dÊen découdre avec ses fossoyeurs. Au hasard de nos pérégrinations, nous nÊavons récolté que désespoir, ronces et épines. Notre soleil a peut-être pâli depuis quelques décennies ; mais nos étoiles brillent encore au firmament. Les dernières années ont apporté la preuve quÊun ressort interne, à toute épreuve, regimbe encore, quÊun potentiel incommensurable gît encore en vous, pour des lendemains meilleurs. LÊaurore annonce des matins calmes pour notre peuple. Peut-être. Des grands travaux sont lancés partout dans le pays. Il faut quÊon en parle aussi. Il est vrai, que la reconstruction nÊest pas encore au niveau des promesses fondées sur la richesse des ressources naturelles dont le pays regorge. Néanmoins, une lueur éclot et irradie notre élan vers une société plus conviviale, plus solidaire et dont les citoyens ont la fierté de se déclarer ressortissants dÊune des plus grandes

nations dÊAfrique et du monde. Les gourous des sectes qui professent la religion anti-Congo ne trouveraient donc plus dÊauditoires pour gober leurs prêches. Ils ont longtemps misé, avec plein dÊaplomb et un regard en surplomb, tour à tour sur un peuple à ego atrophié, un moi en mal de dilatation, un surmoi par trop totalitaire⁄Tout ceci a vite rejoint le cimetière des hypothèses. Mais dans lÊentre-temps, ils ont réussi à inoculer le virus de la détestation du Congo par ses propres fils. Chaque fois quÊune fluvre dÊart, un théâtre, un film, un journal dépeint le Congo en mal il connaît un succès astronomique, par esprit de nécrophagie, des pans entiers de la population se délectent et exultent chaque fois que le Congo va mal. Dans les milieux intellectuels a longtemps sévi une tentation totalitaire aujourdÊhui mise à nu. Un oxymore malveillant, direz-vous. Mais, il sÊagit bel et bien dÊune tendance lourde bien évidente. Alors, sans circonvolutions ni fioritures stylistiques, intellectuelles ou politiques⁄ Leur piédestal se désagrège. Il faut leur porter lÊestocade à ces annonceurs dÊapocalypse et annonciateurs de catastrophes. Ceux qui sÊingéniaient à brouiller les cartes voient leurs certitudes partir en vrille. Libéré de ce surmoi encombrant, notre peuple est prêt à tous les défis.

Tous les Congolais ne sont pas, Dieu merci, perméables aux sollicitations qui dépeignent leur pays en des termes peu élogieux. NÊenglobons donc plus tout le monde sous le même label blafard ; ce serait de la légèreté tant il existe des disparités entre les membres dÊune communauté de 65.000.000 dÊâmes. Le génie congolais ne sÊest pas encore dissipé. Sous des dehors amers, bruissent ses forces herculéennes qui, bientôt, étonneront le monde. Ne rendons pas si prestement les armes face à nos responsabilités de porter haut le don béni des aïeux dont nous peuplerons le sol et assurerons la grandeur. Entonnons lÊhymne de la renaissance en saluant les hauts faits de nos compatriotes et en abhorrant les penchants scabreux. Positivons ! Les rengaines lugubres et les refrains mortifères ont fini par obstruer tout jugement lucide. Ils nÊont de cesse de nous convoyer vers des cimetières en ignorant les voies enguirlandées qui mènent à la maternité, à la maturité, à la joie, à la connaissance, etc. Ne décourageons pas notre acharnement, nos ardeurs à lÊembellie. Ils ont hâte de bénéficier de lÊapport de chacun et de tous. Ainsi, tous en chflur et les cflurs à lÊouvrage, „nous bâtirons un pays plus beau quÊavant, dans la paix‰.

© Banque Mondiale

© JKT

ATHANASE MATENDA TOUS LES REGARDS SONT BRAQUÉS SUR LUI

ATHANASE MATENDA, à la tête du ministère des Finances, est sensé réunir les moyens de financer les 5 chantiers, qui se chiffrent en milliards de dollars Us. En ces temps de crise économique, il ne fait pas bon être Ministre des Finances (et du Budget dÊailleurs), car cÊest vers eux que tous les regards se tournent lorsquÊil sÊagit de trouver les moyens nécessaires pour répondre aux attentes des uns et des autres. Entre la volonté de reconstruction et les exigences de la rigueur budgétaire, le chemin est souvent étroit⁄

En son temps, le président Joseph Kabila nÊavait pas hésité à en faire une préévaluation. En effet, au cours de son point de presse du 13 septembre 2007, il avait déclaré : „Nous nous sommes vite rendu compte que pour construire et reconstruire le Congo, on avait besoin de moyens, de beaucoup de moyens. Beaucoup de moyens, ce nÊest pas 50 millions de dollars, ni 150 millions de dollars mais plutôt des milliards. Et il fallait mobiliser ces moyens, il fallait mobiliser ces ressources. (⁄) Il se fait que dans le monde dÊaujourdÊhui, pour mobiliser 5, 10 ou 15 milliards de dollars, il faut avoir le temps, si pas beaucoup de temps.‰

Comment mobiliser les ressources et effacer les dettes du passé ? Seulement voilà : pour réunir ces milliards, il faut passer par le partenariat extérieur, cÊest-à-dire, Communauté internationale. Et là, il y a le Club de Paris et le Club de Londres. Deux implacables créanciers auxquels le Congo doit la dette initiale de Usd 14 milliards contractée sous Mobutu, pour Usd 6 milliards de principal et Usd 8 milliards dÊintérêts. Le pays doit impérativement la payer au nom du sacro-saint principe de continuité de lÊÉtat.

Pour effacer lÊardoise, il est question, pour la RDC, de subir une cure dÊamaigrissement au bout de laquelle devrait surgir une cure de jouvence : le double processus dénommé „Point dÊachèvement de lÊinitiative Ppte‰. Comment y parvenir lorsque le pays, en situation post-électorale, est affaibli cycliquement par la résurgence des conflits armés, générateurs eux-mêmes des fameuses dépenses de souveraineté ? Alors quÊon sÊemploie à trouver une solution définitive à cette situation, voici la Constitution, elle-même, secouée par la revendication, pour le moins légitime des entités provinciales, de la rétrocession de 40 % des recettes budgétaires, prévue à lÊarticle 175. Une rétrocession de nature à freiner sinon à bloquer le service de la dette !

Entre le marteau et lÊenclume Dans une économie restée depuis lÊépoque coloniale extravertie, cÊest-à-dire soumise aux tribulations des crises politiques, économiques et sociales internationales, le pays est comme pris en étau entre, dÊun côté, les exigences de la Reconstruction, requérant dÊénormes capitaux frais, et de lÊautre, celles des engagements financiers externes et internes obérant les mêmes capitaux. CÊest à ce challenge quÊAthanase Matenda – passé de la Société civile/Fec au ministère de la Fonction publique sous le „1+4‰, puis au ministère des Finances sous la législature quinquennale actuelle – fait face depuis 2007. Qualifié dÊargentier national, cÊest sur lui que se braquent tous les regards lorsque : le franc congolais pique du nez, les devises manquent pour assurer les importations des biens de consommation, la paie des personnels de lÊÉtat tarde à venir, lÊexécution des „5 Chantiers‰ connaît quelque ralentissement, bref, lorsque rien ne va ! Évidemment, lorsque les choses évoluent positivement, on oublie généralement de lÊen féliciter. CÊest le propre de tous les argentiers.

MAPAMITIBA


CONGO

Tenu à lÊoccasion du quarante-neuvième anniversaire de lÊindépendance de la République Démocratique du Congo, le discours de lÊAmbassadeur Henri MOVA SAKANYI, a le mérite de recadrer les objectifs de la diplomatie congolaise, au lendemain de la redynamisation des relations entre la Belgique et la RDC.

Henri MOVA a salué lÊintention louable des deux gouvernements Belge et Congolais, de donner un nouvel élan à leurs relations bilatérales qui ont pour jalons une riche et longue histoire commune. ¤ juste titre, il a salué le partenariat au développement et la qualité des échanges qui caractérisent les relations diplomatiques entre le Royaume des Paysbas, le Grand-Duché de Luxembourg et la RDC. Le nouvel ambassadeur de la République démocratique du Congo, nÊa pas été en reste pour les ONG. Il a encouragé leurs différentes actions sur le terrain, qui permettent de soutenir des projets communs dans divers domaines tels que la santé, la coopération universitaire, la culture, etc. Mettant lÊaccent sur la singularité des relations entre la Belgique et la RDC, Henri MOVA a émis le souhait de voir le cinquantenaire de lÊindépendance de la RDC, être lÊannée du Congo en Bel-

gique. Ce sera donc lÊoccasion de mettre en exergue les richesses incommensurables de la diversité culturelle de la RDC.

La République démocratique du Congo va mieux M. lÊAmbassadeur a tenu à rassurer ses auditeurs, en relevant quÊaprès des décennies de crises et de conflits de toutes sortes, le défi de la démocratisation, de la réconciliation et de la consolidation de la paix, la RDC va mieux. Certes, lÊaide des différents partenaires demeure indispensable afin de soutenir le vaste programme de reconstruction sous le concept des „Cinq chantiers‰, lancé par le Chef de lÊÉtat Joseph Kabila, qui vise la réhabilitation des infrastructures, des voies de communication, de la santé, lÊemploi, lÊeau et lÊélectricité. Le nouveau chef de mission diploma-

© UNICEF

© UNICEF

© Ambassade RDC / BXL

MON AMOUR

© UNICEF

FINI LA COMPLAISANCE IL FAUT AFFRONTER LA RÉALITÉ AVEC PRAGMATISME

tique de la République démocratique du Congo, a également évoqué lÊamélioration des relations avec le Burundi, le Rwanda et lÊOuganda, concrétisé par lÊéchange des Ambassadeurs. De même pour les efforts consentis dans le secteur de la bonne gouvernance avec la mise en place par le gouvernement dÊune commission „mains propres‰. Autres sujets évoqués, les enjeux planétaires actuels liés au réchauffement climatique, à la désertification, à la défense de la bio-diversité, les émissions de gaz à effet de serre, autant dÊéléments qui mettent en évidence le fait que la RDC est un pays sensible à ces sujets, de par son vaste réservoir de ressources écologiques. Ces enjeux poussent à certifier que la RDC est un partenaire naturel et incontournable dans cette lutte, et, à ce titre, fera entendre sa voix dans toutes les initiatives visant à la meilleure gestion de l'écosystème, pour un développement durable.

Une diplomatie de développement Ceci dit, lÊAmbassadeur Henri MOVA a interpellé ses collaborateurs sur la lourde responsabilité qui lui a été confiée, afin dÊaffronter tous ces divers enjeux et défis. La redynamisation de la coopération entre la RDC et la Belgique, les Pays Bas, le Grand Duché de Luxembourg et l'Union européenne, nécessite de redéfinir un nouveau paradigme de notre pratique diplomatique, dans le droit fil de la philosophie des „Cinq chantiers‰ pour la reconstruction du Congo, tracée et formalisée par le Président de la République sous le concept fructueux de „diplomatie de développement‰. Parce quÊen effet, les États n'évoluent plus en vases clos ni de façon autarcique. Aux problèmes globaux, il ne peut y avoir que des solutions globales. LÊAmbassadeur Mova, veut, à travers la

„diplomatie de développement‰, mieux faire entendre la voix et les intérêts du Congo, améliorer sa participation à la conduite des affaires du monde, dans l'intérêt bien compris de toutes les nations au sein de la communauté internationale. Pour y arriver, il fait appel aux expériences humaines et aux parcours professionnels de tous les Congolais, de souche et dÊadoption, car en effet, malgré les divergences politiques, les Congolais sont liés par un destin commun que nulle polémique ne pourra jamais rompre. Henri MOVA a conclu son discours en invitant les Congolais à cimenter davantage les liens de solidarité et de confiance mutuelle, et assumer ensemble la défense des intérêts vitaux de la République Démocratique du Congo, notre chère patrie.

Jok OGA


KABILA DONNE UN COUP DE MARTEAU DANS LA TERMITI˚RE DE LA MAGISTRATURE CONGOLAISE Loly LIMBUMBA

Le débat

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Les faits : lundi 21 juillet, les manchettes des journaux kinois sont barrées par un seul titre : les ordonnances du président Joseph Kabila portant organisation du pouvoir judiciaire. Ces ordonnances signées le 15 juillet ont pour matière :  la révocation des magistrats de sièges et du ministère public  la mise à la retraite des magistrats de siège et dÊoffice  la démission dÊoffice des magistrats de siège  la nomination des magistrats des sièges et dÊoffice aux grades  la nomination des magistrats, des chefs de juridiction et des offices des parquets.  la mise à la retraite dÊun Premier Président de la Cour Suprême de Justice et dÊun Procureur général de la République  la mise à la retraite des conseillers près la Cour Suprême de Justice  la nomination dÊun nouveau Président de la Cour Suprême de Justice et dÊun nouveau Procureur général de la République. Le fait nÊest pas nouveau. En 1999, deux années après lÊarrivée du pouvoir AFDL, Laurent-Désiré Kabila, sur proposition de Jeannot Mwenze Kongolo, alors Ministre de la Justice, avait révoqué 315 magistrats. Une résolution du Dialogue Intercongolais aboutira à leur réhabilitation. Tollé dans lÊopinion. Ceux-ci seront réhabilités quatre années plus tard.

Le nouveau contexte DÊaprès le journal LÊObservateur du 21 juillet, le Chef de lÊÉtat tire les conséquences des résolutions de la deuxième Assemblée générale du Conseil supérieur de la magistrature, conséquences, elles-mêmes, du discours du Président de la République à Goma, le 30 juin de lÊannée en cours, lors de la célébration du 49ème anniversaire de lÊIndépendance. Dans cette ville pacifiée et en pleine réhabilitation, en effet, Joseph Kabila, dans son speech, faisait état de sa préoccupation au sujet des maux qui rongent lÊappareil judiciaire. Personne nÊy croyait vraiment. CÊétait un discours de plus. Des souhaits de trop. Un Président ne discourt pas simplement. La Justice, estimait-on, constituait le domaine où lÊimpunité était le talon dÊAchille du pouvoir de Kabila. NÊavaitil pas, trois ans plus tôt, lors de son discours dÊinvestiture de la première gouvernance post-électorale, annoncé que les portes de la prison étaient largement ouvertes pour les „commetteurs‰ de crimes ? Était-ce pour quÊils en sortent ou quoi ? Depuis ce temps, en effet, la symbolique du pouvoir démocratique dÊune gouvernance renou-

velée allait sÊaffaiblissant aux yeux de lÊopinion. Comment croire encore lorsquÊau fil des jours se commettaient des faits infractionnels majeurs blessant la conscience nationale sans que la Justice ne bouge : lÊhistoire des députés soupçonnés dÊavoir incité le Directeur des Impôts à minorer les prévisions budgétaires de son secteur pour partager le superflu ; le cas du ministre Nkulu, près le Président de la République interpelé par le parlement⁄ Par ailleurs, un hiatus se creusait entre les pouvoirs politiques – lÊExécutif et le Législatif – faisant front au nom de la majorité mais aussi dÊune cohabitation politicienne – contre ou sur le dos du pouvoir judiciaire. Joseph Kabila a donc pris ses responsabilités. ¤ malin, malin et demi. Il y a quelques mois, Kabila avait bougé les pions à la magistrature. CÊétait lorsquÊil avait nommé notamment lÊéquipe Mushagarusha (PGR). Ce fut un tollé. Le SYNAMAC – Syndicat National des Magistrats du Congo – était monté sur ses grands chevaux. Cette fois, Kabila a pris soin dÊexécuter les propositions de la deuxième Assemblée du Conseil supérieur de la magistrature qui a eu le temps dÊêtre mis en place. Qui faut-il attaquer ?

La question du débat : ne fallait-il pas en arriver là un jour ? LÊfluvre humaine, on le sait, nÊest pas parfaite. Partout. NÊa-t-on pas vu les USA, se lancer dans une guerre fondée sur lÊhypothèse des armes de destruction massive de Saddam Hussein alors que rien nÊa été prouvé jusquÊà ce jour ? La décision de Joseph Kabila, sur décision du Conseil Supérieur de la Magistrature nÊest pas parfaite, ni exhaustive cÊest sûr. Elle nÊest pas la fin dÊun processus, mais le début dÊune action, dÊun mouvement. Le sentiment général serait celui exprimé par La Tempête des Tropiques, le 21 juillet : „La frappe des autres personnalités politiques corrompues sÊimpose⁄ pour lÊintérêt de la bonne gouvernance‰. CÊest le journal du Secrétaire Général de lÊUDPS. Un symbole. Pour les titres proches du pouvoir les choses sont claires. LÊObservateur, 21 juillet : „Révocation des magistrats : le soutien total de la population‰. Puis le lendemain, 22 juillet, La Tempête des Tropiques rapporte la contreattaque :„Les magistrats révoqués crient à la politique de deux poids, deux mesures‰. Ils affirment leur volonté de se constituer en collectif pour introduire un recours auprès de lÊauteur de la décision comme le prévoit la loi. Dans Le Phare du même 22 : „Le front du refus sÊélargit‰. „Les accusés accusent‰, titre LÊAvenir du 24 juillet. Le journal se pose des questions : „Peut-on demander la grâce sans reconnaître la faute ? Le but de la grâce nÊest-il pas le repentir ?‰ Par ailleurs, criant à deux poids, deux mesures, ces magistrats ne font-ils pas un aveu ? Pour LÊAvenir : „Comment peuvent-ils se plaindre des infractions des autres alors que leur mission est de saisir et de punir ces infractions !‰ LÊONG des droits de lÊhomme ASADHO a promis dÊétudier les ordonnances présidentielles pour y dégager des anomalies. Celles-ci se résument au fait que nombre de ces magistrats révoqués avaient effectivement des dossiers disciplinaires, mais, les procédures dis-

ciplinaires, administratives et techniques nÊétaient pas achevées. LÊASADHO constate que le Conseil Supérieur de la Magistrature, lÊorgane compétent, nÊa pas fonctionné convenablement. „Les magistrats ayant pris part aux travaux de lÊAssemblée générale extraordinaire du CSM, tenue du 11 au 23 juin à Kinshasa, approchés par lÊASADHO, ont révélé aux enquêteurs que le conenu des ordonnances publiées le 15 juillet 2009, nÊa pas fait, ni objet de débat en plénière, ni dÊadoption par lÊAssemblée générale, pour être proposé au Président de la République.‰ Le mensonge se trouverait-il dans les réponses de ces magistrats à lÊASADHO ou dans leur participation à ce qui sÊest passé à lÊAssemblée ? Tant quÊil nÊy a pas de réponse à cette question, les conclusions de lÊASADHO demeurent hypothétiques : „Il y a là, violation des dispositions des articles 6 et 7 de la loi organique no08/013 du 5 août 2008 portant organisation et fonctionnement du CSM. Il revient à dire, quÊil est aberrant de soutenir que cÊest sur proposition du CSM que ces ordonnances ont été prises, dÊautant plus que les procès verbaux sanctionnant les travaux nÊexistent pas‰ ou lÊASADHO ne les a pas vu (?). Dernière question : que prévoit cette loi organique par rapport aux comptes que le CSM doit rendre à une ONG des droits de lÊhomme ? Ce qui est sûr, cÊest que ces victimes, opérateurs judiciaires, connaissent les voies de justice pour rentrer dans leurs droits. Comme lÊont dit certains intervenants à Radio Okapi : „Cette fois au moins, les magistrats sauront ce que ça fait dÊêtre victime dÊune décision injuste, et comment faire des démarches pour chercher à se faire justice.‰

La Perestroïka Cet acte du chef de lÊÉtat congolais, nÊest pas un fait isolé. Du point de vue local, il entre dans le cadre de lÊopération „tolérance zéro‰ quÊil a prôné à Goma, contre les hommes en uniforme au sujet des violences sexuelles et autres violations massive des droits des

civils. Mais aussi dans le cadre de la lutte du Ministre de la Justice dÊassainir les mflurs. Il y a quelque temps, dans la capitale, le ministre Luzolo Bambi a lancé lÊidée dÊenvoyer des jeunes délinquants de banditisme urbain appelés Kuluna à Ekafela, Angenga (Equateur) et Osio en Province Orientale. La presse et la population qui saluaient cette opération lui ont lancé le défi de le voir aussi mettre la main sur les „kuluna en col blanc‰.Voilà qui est fait. Par ailleurs, avec la nouvelle politique internationale infusée par Barack Obama, Joseph Kabila tente de mettre la RDC sur orbite. Colette Braeckman nÊa-t-elle pas qualifié lÊopération militaire conjointe Rwanda-RDC, lÊopération „Umoja Wetu‰ de premier coup médiatique de Barack Obama ? Les Présidents rwandais et congolais avaient saisi lÊopportunité des changements qui arrivent. Si évidemment, dÊaprès les analystes, Kagamé était affaibli par le rapport des experts des Nations Unies de fin 2008, qui a poussé la Suède et les Pays-Bas à reconsidérer leurs positions vis-à-vis de ce pays, il y a eu aussi le départ de G.W. Bush et la fin dÊune politique de soutien aveugle au petit poucet victime de génocide. Mais il y a eu aussi dÊautre part, la volonté du Président congolais de respecter les clauses du Communiqué de Naïrobi, le cadre théorique général, la grille de lecture sur fond de laquelle a été montée cette opération qui a abouti à réchauffer les relations, jusquÊà lÊéchange des ambassadeurs et à une rencontre au sommet à Goma. Le défi est double à ce sujet : mettre hors dÊétat de nuire cette force négative à idéologie fasciste que sont les FDLR, pacifier le Congo et ouvrir une nouvelle dynamique de stabilisation et de développement économique conçue comme intégrée et régionale. Mais la RDC ne peut aller à ce grand rendez-vous en canard boîteux. En même temps, elle ne peut se relever sans une justice objective comme garant de la paix, de la sécurité de ses ressortissants et des investisseurs.


NETTOYAGE DANS LA MAGISTRATURE ET LA FONCTION PUBLIQUE

KABILA SERAIT-IL MAL OU MOINS BIEN COMPRIS ?

2007 par „lÊamendement Tshibangu Kalala‰ consistant à intégrer le Président de la République dans le CSM. Le 6 décembre, dans son discours sur lÊétat de la Nation, Joseph Kabila avait été frénétiquement applaudi par les Députés et Sénateurs de lÊOpposition pour avoir annoncé son refus de toucher à la Constitution ! On se souviendra, également, du tollé suscité en 2008 à la suite de la mise à retraite de certains magistrats et de la promotion accordée aux autres. Ceux qui sÊy étaient opposés avaient dénoncé

révoque, sur proposition du Gouvernement délibérée en Conseil des ministres‰ notamment „les hauts fonctionnaires de lÊadministration publique‰. Au dernier alinéa, il est bien précisé que „les ordonnances du Président de la République intervenues en la matière sont contresignées par le Premier ministre.‰ La Constitution consacre deux articles seulement à lÊAdministration publique. Ils sont libellés en ces termes : „LÊAdministration Publique est apolitique, neutre et impartiale. Nul ne peut la

lÊusurpation, par le chef de lÊÉtat, des prérogatives dévolues au CSM, sous prétexte que la loi organique instituant cet organe était encore en discussion au Parlement ! Or, tout le monde savait et sait que la légalité de lÊexistence dÊune structure ne se consacre pas pendant le débat parlementaire, ni après lÊadoption de la loi. CÊest seulement dès promulgation de celle-ci ! Finalement, la loi portant organisation et fonctionnement du CSM a été promulguée en 2008, et, légaliste, le Président Kabila sÊest référé aux décisions de cet organe.

détourner à des fins personnelles ou partisanes. Elle comprend la fonction publique ainsi que tous les organismes et services assimilés‰, lit-on au 193 pendant quÊau 194, il est dit : „Une loi organique fixe lÊorganisation et le fonctionnement des services publiques du pouvoir central, des provinces et des entités territoriales décentralisées.‰ Ici, apparaît malheureusement la faiblesse de la non évocation dÊun Conseil de discipline de la fonction publique qui serait lÊéquivalent du Conseil supérieur de la magistrature. QuÊà cela ne tienne ! Etant donné que ce conseil est un organe statutaire. Au demeurant, les ordonnances de révocation sÊy réfèrent. Des réactions enregistrées – notamment des organisations syndicales de la Fonction publique – il ressort que certains fonctionnaires révoqués nÊont pas été entendus. De deux choses lÊune alors : ou ils nÊont pas été régulièrement convoqués, ou ils lÊont été mais

Les choses, pourtant, sont simples.Très simples. DÊautant que les ordonnances se réfèrent, pour le cas des magistrats, au Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) tandis que pour les fonctionnaires, au Conseil de Discipline de la Fonction Publique (CDFP). En toute logique, sÊil y a à redire, ce nÊest pas en sÊen prenant à la personne morale du Président de la République ou physique de Joseph Kabila. En effet, sÊagissant dÊordonnances, lÊarticle 79, à son alinéa trois, dispose que le Président de la République „statue par voie dÊordonnance‰ et que „les ordonnances du Président de la République autres que celles prévues aux articles 78 alinéa premier, 80, 84 et 143 sont contresignées par le Premier ministre.‰ LÊordonnance visée à lÊalinéa premier de lÊarticle 78 se rapporte à la nomination du Premier ministre et à la démission du gouvernement. LÊordonnance visée par lÊarticle 84 est relative aux

ordres nationaux et décorations. LÊordonnance évoquée à lÊarticle 143 porte sur la déclaration de guerre. Ainsi, toutes les autres ordonnances requièrent le contreseing du Premier ministre. Cette clarification étant faite, il reste à constater que la révocation des magistrats et des hauts fonctionnaires auteurs des forfaitures est soumise à la procédure légale et administrative.

Magistrats⁄ En effet, en ce qui concerne les magistrats, lÊarticle 82 est formulé en ces termes : „Le Président de la République nomme, relève de leurs fonctions et, le cas échéant, révoque, par ordonnance, les magistrats du siège et du parquet sur proposition du Conseil supérieur de magistrature. Les ordonnances dont question à lÊalinéa précédent sont contresignées par le Premier ministre.‰ On se souviendra du tollé soulevé en

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Pour avoir promulgué, en lÊespace dÊune vingtaine de jours, des ordonnances portant les unes révocation, les autres mise à la retraite des magistrats et des fonctionnaires dont certains pour forfaitures, le chef de lÊÉtat est pris à partie par bien des activistes de la Société civile, au nombre desquels les défenseurs des Droits de lÊHomme et les syndicalistes. Rejoignant les acteurs politiques qui sont, eux, dans leur rôle favori de contestation permanente, ces „francstireurs‰ crient au scandale en relevant des violations commises soit sur la forme, soit sur le fond. Finalement, on comprend de moins en moins les motivations réelles de leur „boulot‰ dès lors quÊil est de notoriété publique quÊils ont toujours été les premiers à réclamer, parfois avec virulence, des sanctions contre les „véreux‰⁄

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Omer NSONGO DIE LEMA

⁄ Fonctionnaires En ce qui concerne les fonctionnaires révoqués, il est important de consulter lÊarticle 81 de la Constitution, lequel dispose que „sans préjudice des autres dispositions de la Constitution, le Président de la République nomme, relève de leurs fonctions et, le cas échéant,

que, pour une raison ou pour une autre, la procédure a été finalisée avec ou sans eux.

Non à la récupération politicienne Au-delà de tous les cas de figure qui peuvent être évoqués, il y a lÊévidence de la flagrance des forfaitures. Pour la magistrature, celles-ci vont du dol à la concussion en passant par la corruption. Pour la Fonction publique, les attendus des ordonnances évoquent des fautes constitutives de manquements graves à lÊhonneur, à la dignité et aux devoirs „ayant occasionné lÊouverture des actions disciplinaires conséquentes, soit écopé au moins une fois des peines de servitude pénale définitives supérieures à trois mois.‰ Le bon sens commande, de prime abord, de commencer par chercher à savoir si ces délits – car en droit il sÊagit bien de délits en droit – ont été commis ou pas. Ce qui est déjà au moins sûr et certain, cÊest que des voix se sont toujours élevées pour fustiger la „normalisation‰ des antivaleurs dans la gestion de la Chose publique. Acteurs politiques, activistes des droits de lÊhomme et professionnels des médias nÊont eu de cesse de dénoncer le règne de lÊimpunité. Tous ont levé la voix et le ton en tournant même en dérision la célébrissime phrase présidentielle selon laquelle „les portes de la prison seront grandement ouvertes‰ aux malfaiteurs, phrase prononcée par Joseph Kabila dans son discours dÊinvestiture du 6 décembre 2006. La volte-face des „francs-tireurs‰, aujourdÊhui, a quelque chose de renversant et dÊirrationnel dans la mesure où le chef de lÊÉtat nÊa fait que prendre acte des décisions émanant autant du CSM que du CDFP. En toute logique, si les magistrats et les fonctionnaires révoqués se sentent innocents, ils ont la latitude dÊintroduire des recours. CÊest un droit statutaire. Il se fait seulement que les premières „victimes‰, entendez les magistrats révoqués, semblent moins pressés dÊen faire usage. Peut-être, de peur de voir sÊouvrir des⁄ procès ! Ils préfèrent, dans ce cas, un mauvais arrangement à un bon procès ! Les seconds, visiblement, nÊont pas envie dÊouvrir la boîte de Pandore ! Probablement, entendent-ils préserver ce qui leur reste de dignité. Et là, ils voient dÊun mauvais flil la récupération politicienne en cours⁄


Le Président Joseph Kabila est désormais lÊhomme des „premières‰ en RDC. La dernière en date est la première Conférence des Gouverneurs de Province à se tenir au pays depuis lÊaccession à lÊIndépendance le 30 juin 1960. Lieu choisi : Kisangani, ex-Stanleyville, chef-lieu de la très „nationaliste‰ Province Orientale. Les autres „premières‰ sont les faits quÊil soit le premier Président de la République à être élu au suffrage universel direct et secret, le premier Chef dÊÉtat de la IIIème République et, le premier également à étrenner lÊAnnée du Jubilé dÊOr, 1er juillet 2009-30 juin 2010, celle du Cinquantenaire de lÊIndépendance. DÊautres „premières‰ sont en vue⁄

1 CONFÉRENCE DES GOUVERNEURS DE PROVINCE

LE PRÉSIDENT KABILA A PRÉSENTÉ LE CONGO RÉEL !

Pour saisir la portée de la Conférence des Gouverneurs de Province (CGP), un peu dÊHistoire est utile. Cette structure a une existence légale, car prévue dans toutes les Constitutions dont le Congo sÊest doté depuis 1960. Une bonne quinzaine quand on prend en compte les différentes révisions subies par celle de la 2ème République et la bonne demi-douzaine de textes ayant régi la Transition entre 1990 et 2006. Dans la Constitution actuelle, approuvée par référendum en décembre 2005 et promulguée en février 2006, la CGP est prévue à lÊarticle 200, énoncé en encadré. Si M. Joseph Kasa-Vubu ne lÊavait pas organisée, cÊest probablement en raison des perturbations ayant marqué la Ière République (1960-1965). Si le maréchal Mobutu ne lÊavait pas fait non plus entre 1990 et 1997, cÊest certainement à cause de la conflictualité ayant caractérisé cette première phase de la transition. Si MÊZee Laurent-Désiré Kabila sÊest trouvé dans lÊimpossibilité de la convoquer, cÊest en raison de la guerre du 2 août 1998, ayant installé plusieurs administrations parallèles à celle de Kinshasa. Et si Joseph Kabila ne lÊa pas fait non plus entre janvier 2001 et décembre 2006, cÊest sans doute à cause des effets combinés de la guerre du 2 août et de la gestion hypersensible „1+4‰. Élu en octobre et investi en décembre 2006, le nouveau Président de la Ré-

publique a tenu, à mi-parcours de son mandat quinquennal, à sÊacquitter de ce devoir constitutionnel non pour la forme – après tout, il a visité depuis 2001 toutes les provinces – mais pour le fond, cÊest-à-dire permettre à tous les gouverneurs de province, mais surtout au gouvernement central avec, à sa tête, le Premier ministre, et à son propre cabinet de se faire une idée exacte du Congo réel. Le Congo profond.

Comment ? La question à se poser est – on sÊen doute – de savoir comment le maréchal Mobutu – qui a pourtant eu la chance „immense‰ de présider aux destinées du Congo-Zaïre, 25 ans durant dans une IIème République (19651990) ayant tout de même connu une longue période de paix et de stabilité, a-t-il pu gouverner le pays sans réunir une seule fois, dans le cadre formel de la CGP, les chefs des Exécutifs provinciaux ? On peut au moins retenir pour lÊHistoire que cÊest, malheureusement, à cette époque précise que la mauvaise gouvernance sÊest insidieusement introduite dans le régime au point de gangrener le système. On en veut pour preuve les rapports des consultations populaires à lÊorigine de la dissolution du MPR Parti-État. Bien des maux, sinon tous, qui rongent jusquÊà ce jour le pays, remontent à cette époque. Résultat : ils ont hypothéqué les chances de sortie de crise

Juger lÊarbre à ses fruits

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BANDUNDU BAS CONGO EQUATEUR KASAI OCCIDENTAL KASAI ORIENTAL KATANGA KINSHASA MANIEMA NORD KIVU ORIENTALE SUD KIVU

offertes par différentes assises organisées et pistes préconisées sous la transition : Conférence nationale souveraine, Conclave politique de Kinshasa et Accords du Palais du Peuple, Guerre de libération AFDL. DÊailleurs, le Dialogue intercongolais a failli échouer, nÊeut été la détermination de Joseph Kabila à en imposer les options fondamentales dont le „1+4‰ et, surtout, le processus électoral.

˚RE

Sorti vainqueur aux élections de 2006, le Président Kabila a enclenché le processus de Reconstruction nationale avec son programme dénommé „5 Chantiers‰. Mais, lÊhomme est pragmatique. Il sait que ces chantiers-là, ne se réalisent quÊen provinces ! Il nÊest, de ce fait, meilleure stratégie pour suivre ce programme et y veiller scrupuleusement que la convocation, régulière, de la CGP dont, aux termes de lÊarticle 200, il est le président. DÊoù le rendez-vous de Kisangani du 24 au 25 juin 2009 au terme duquel des options ont été levées (lire également encadré). Maintenant que lÊExécutif national (Président de la République et Gouvernement central) et les Exécutifs provinciaux (Gouverneurs et Gouvernements provinciaux) ont la même perception et la même lecture des enjeux, le chef de lÊÉtat impose sa méthode de travail. Notamment lÊévaluation semestrielle prévue en décembre prochain à lÊoccasion de la 2ème session devant se tenir à Mbandaka. En dÊautres termes – ce nÊest quÊune supposition – il jugera désormais lÊarbre (Gouverneur de province) à ses fruits (réalisations) par rapport aux options levées à Kisangani. Faut-il encore signaler quÊil a pris soin, huit mois avant ces assises, dÊobtenir des délégations provinciales des Députés et Sénateurs, reçues en audience au Palais de la Nation, des rapports sur lÊétat des lieux de chaque province. Lors de la CGP dont il a présidé personnellement les travaux sur le modèle du conseil des ministres, il disposait – si on peut le dire – de trois types de rapports : celui de ses propres services, celui des délégations parlementaires et celui des gouverneurs de province. Ainsi, à Kisangani, le Président Kabila a présenté le Congo réel, de façon à amener les assises à préconiser des approches conséquentes dans la gestion de la Chose publique.

MAPAMITIBA

ARTICLE 200 DE LA CONSTITUTION INSTITUANT LA CONFÉRENCE DES GOUVERNEURS DE PROVINCE Il est institué une Conférence des Gouverneurs de province. Elle a pour mission dÊémettre des avis et de formuler des suggestions sur la politique à mener et sur la législation à édicter par la République. La Conférence des Gouverneurs de province est composée, outre les Gouverneurs de province, du Président de la République, du Premier ministre et du ministre de lÊIntérieur. Tout autre membre du Gouvernement peut y être invité. Elle est présidée par le Président de la République. Elle se réunit au moins deux fois par an sur convocation de son Président. Elle se tient à tour de rôle dans chaque province. Une loi organique en détermine les modalités dÊorganisation et de fonctionnement.

OPTIONS LEVÉES AU COURS DE LA PREMI˚RE SESSION DE LA CONFÉRENCE DES GOUVERNEURS DE PROVINCE 1. Sur le plan Politique, Administratif, Culturel, Sécuritaire et Judiciaire  Renforcement de lÊAutorité de lÊÉtat sur lÊensemble du territoire national  Accélération de la mise en fluvre de la Décentralisation  Suppression des barrières et toutes formes de tracasseries sur les voies de communication  Lutte cotre lÊimpunité, la corruption et toutes sortes dÊantivaleurs, notamment les viols et les violences faits à la femme, à la fille et à lÊenfant  Accélération de lÊinstallation de la justice de proximité sur lÊensemble du territoire national  Organisation régulière des itinérances par les Gouverneurs des Provinces dans leurs provinces respectives  Maintien des bons rapports entre, dÊune part, les Gouverneurs de province et leurs collaborateurs et, dÊautre part, entre les Gouvernements provinciaux et les Assemblées provinciales 2. Sur le plan Social, Economique et Financier  Installation dÊun Ordre de Paiement Permanent auprès des succursales de la Banque Centrale pour les dotations au profit des provinces  Accompagnement des provinces dans la mobilisation des recettes publiques  Concertation permanente entre les Gouvernements central et provinciaux sur le Budget dÊInvestissement 3. Sur le plan de la Reconstruction et du Développement  Réaffirmation de lÊimplication de tous dans la réalisation du programme des Cinq Chantiers de la République  Démarrage du programme de réhabilitation des routes de desserte agricoles pour lÊorganisation du système de cantonnement manuel sur les premiers 45.000 km sur toute lÊétendue du territoire national  Réhabilitation et relance des unités de production agropastorales et industrielles


© Ambassade RDC / BXL

NOUS SOMMES DÉCIDÉS ¤ AMÉLIORER LES POINTS FAIBLES

UPIO KAKURA

MINISTRE DES DROITS HUMAINS Interview réalisée par Michael SAKOMBI Souvent présentée comme un État ne respectant pas les droits de lÊhomme par certains rapports et médias internationaux, la RD Congo entreprend pourtant sa longue marche vers la construction dÊun État de droit, dÊaprès Upio Kakura, ministre des droits humains. En provenance de Genève où il a remis le rapport national sur la situation des droits de lÊhomme, nous lÊavons interrogé sur les points chauds de lÊactualité des droits de lÊhomme dans notre pays, des violences sexuelles, à lÊaffaire Golden Misabiko, en passant par le rapport de la FIDH section belge, tout y passe.

Monsieur le Ministre, pouvez-vous nous expliquer le but de votre passage en Europe ? De prime abord, je tiens à vous remercier pour cette opportunité que vous mÊaccordez de présenter à la face du monde, la situation exacte des droits de lÊhomme en RDCongo. En effet, je reviens de Genève, où en ma qualité de ministre des Droits Humains de la RD Congo, jÊai remis officiellement le rapport national sur la situation des droits de lÊhomme, rédigé dans le cadre de lÊexamen périodique universel, mécanisme par lequel le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de lÊHomme et le Conseil des Droits de lÊHomme évaluent les progrès établis par tous les états, leurs difficultés éventuelles ainsi que les voies et moyens pour améliorer leurs situations respectives. Ce rapport sera soumis à lÊexamen périodique en décembre et permettra de démontrer que notre pays a fait des avancées significatives en matière des droits de lÊhomme et que nous sommes décidés à améliorer les points faibles. JÊai eu aussi des réunions au sommet avec le Haut Commissaire adjoint aux Droits de lÊHomme et les experts et rapporteurs spéciaux suivant la situation de notre pays sur ce plan. CÊest un réel plaisir de dire que nous avons des avancées notables en

matière des droits de lÊhomme en RDCongo et que la situation sÊaméliore de manière palpable. Vous parlez de progrès dans le domaine des droits de lÊhomme. Pouvez-vous nous les lister ? Sur le plan des droits civils et politiques, nous pouvons noter que depuis 2006, une nouvelle Constitution régit le pays, des élections libres et transparentes avec une large participation ont donné lieu à des institutions démocratiques. Il y a donc depuis les élections, un espace de liberté et de démocratie qui sÊest crée dans notre pays. La RDCongo fait partie des pays qui garantissent la liberté dÊopinion et la liberté de la presse. Sur le plan des droits économiques et sociaux consacrés par la Constitution, ils connaissent une réalisation positive dans le cadre du programme gouvernemental initié par le Chef de lÊÉtat à savoir, les „5 chantiers de la République‰ : le droit dÊaccès à lÊeau, lÊéducation, la santé, lÊélectricité, à un logement digne. Ce sont des réalisations palpables qui concourent à la jouissance des droits sociaux, économiques et culturels du peuple congolais. Nous avons tenu récemment, huit ans après la première édition, la deuxième Conférence Nationale sur les Droits de

lÊHomme, qui a été lÊoccasion dÊévaluer le chemin parcouru avec la Société Civile au plan national et toutes les instances provinciales des droits de lÊhomme ainsi que nos partenaires internationaux. Dans ce cadre, nous avons pu actualiser la Charte Congolaise des Droits de lÊHomme et tracé les nouvelles perspectives dÊamélioration des droits de lÊhomme. JÊaimerais indiquer que cette conférence a aussi été lÊoccasion pour toutes les parties prenantes du secteur, dÊadopter le Rapport National sur la situation des Droits de lÊHomme, à soumettre à lÊexamen périodique universel, rapport que je viens de déposer à Genève comme dit plus tôt. CÊest donc un document transparent et collectif qui reflète lÊopinion des acteurs publics et ceux de la Société Civile, qui sera soumis à lÊexamen périodique universel, cadre de dialogue interactif et apolitique entre États du monde, à la lumière des deux rapports rédigés par le Haut Commissariat des Droits de lÊHomme des Nations Unies et la Société Civile. ¤ lÊissue de ce dialogue, les progrès accomplis et les points faibles seront examinés et évalués, puis avec toutes les parties prenantes tant au plan national quÊinternational, nous allons convenir des améliorations à apporter et, dans quatre ans, nous reviendrons à Genève, analyser le chemin parcouru après cette concertation de décembre 2009.

Défendre les droits de lÊhomme est un combat quotidien Voici donc la perspective dans laquelle se situe notre action gouvernementale. Le combat des droits de lÊhomme qui se situe dans une dynamique de changement et de réalisation dÊun idéal, est un combat quotidien. En notre qualité de Gouvernement responsable, nous avons la ferme volonté non seulement en matière normative et théorique de changer les choses, mais bien dans la pratique au quotidien de faire en sorte que les préoccupations en matière des droits de lÊhomme, intègrent notre gestion afin que le peuple congolais et les étrangers qui ont choisi notre pays

comme pays de résidence, bénéficient des droits garantis par les instruments internationaux et notre Constitution. Si, comme vous le dites si bien, les choses vont mieux en matière de droits humains en RDCongo, pourquoi diverses organisations de défense des droits de l'homme relayées par une certaine presse internationale continuent de présenter le pays comme un „no manÊs land‰ des droits humains ? Je ne voudrais pas taxer les uns ou les autres de mauvaise fois, mais je note que pour tout observateur objectif de la situation des droits de lÊhomme en RD Congo, on se rend compte que la situation évolue positivement et que des progrès tangibles sont enregistrés. Sur le plan des libertés fondamentales, la liberté dÊopinion, dÊexpression, de presse, de circulation, il y a des progrès indiscutables. Par moment, il y a un péché de généralisation dÊactes isolés. Comme beaucoup dÊautres pays, nous sommes conscients des efforts à entreprendre sur le plan des droits humains. Aucun État au monde, des vielles démocraties aux jeunes démocraties comme la nôtre, ne peut se targuer de sÊacquitter parfaitement de ses obligations en matière des droits de lÊhomme. Premièrement, nous attendons des critiques pour prendre acte des progrès entrepris en la matière, une indication des faiblesses à élaguer et un accompagnement sur la voie tracée de lÊamélioration de la situation. On fait souvent état des faiblesses au niveau de certains éléments égarés de nos forces armées ou de notre police, alors que nous avons pris des mesures afin de condamner les auteurs de violations des droits de lÊhomme. La justice militaire est totalement engagée dans ce combat et mène des enquêtes visant la condamnation des auteurs de ces violations quelque soient leur rang. Le Gouvernement se préoccupe aussi des victimes de ces violations en mettant en fluvre un fond dÊindemnisation des victimes des violations des droits de lÊHomme. La situation est sous contrôle. Nous avons un lourd héritage du passé à changer afin de créer une nouvelle société. La construction dÊun État de droit est une longue marche et

nous avons la détermination dÊy arriver. Tous ceux qui veulent se rendre compte des avancées en matière des droits de l'homme tant à Kinshasa quÊà lÊintérieur du pays, sont invités à venir palper du doigt les efforts entrepris.

Le rapport de la FIDH a péché par une généralisation de faits isolés Fin juillet, un rapport accablant de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH) dans sa section belge a parlé de „parfum de mobutisme‰, accusant le gouvernement congolais de torture systématique, musèlement de l'opposition avec une justice au pas. Que répondez-vous à ça? Merci de me rappeler que jÊai eu lÊopportunité de recevoir la délégation de la FIDH, section belge, avant publication de ce rapport. Je trouve quÊil est déplacé de faire une comparaison entre le régime actuel démocratique et celui révolu de la deuxième république. Quels sont nos repères historiques en cette matière ? Primo, en mars 2001, du haut de la tribune de la Commission des Droits de lÊHomme des Nations Unies, le président Joseph Kabila sÊétait engagé à créer une société congolaise respectueuse des droits de lÊhomme. Secundo, la Constitution du 18 février 2006, adoptée par référendum populaire, projette une nouvelle société congolaise attachée aux droits humains avec plus de 60 articles relevant de ces derniers sur les 229 articles au total. La plupart des observateurs du secteur des droits humains dont ceux de la FIDH section belge, se trompent donc dÊépoque. Le combat des droits de lÊHomme ne doit pas sÊanalyser dans une perspective dÊantagonisme face à un pouvoir, il doit sÊintégrer dans un dialogue constructif. Le rapport de la FIDH a péché par une généralisation de faits isolés et une inclinaison vers un passé révolu en totale contradiction avec une vision nouvelle, créatrice de valeurs nouvelles pour la transformation de la société congolaise en une société respectueuse des droits de lÊHomme.


DÉFENDRE LES DROITS DE LÊHOMME EST UN COMBAT QUOTIDIEN humains, le respect de la loi et la primauté du droit. Quelle est la politique du Gouvernement concernant les violences sexuelles faites aux femmes dans la région du Kivu ? La politique gouvernementale sur ce plan se résume en la mise en fluvre du mot dÊordre „Tolérance zéro‰ lancé par le Président Kabila. Ce mot d'ordre consiste en une lutte implacable contre lÊimpunité et la corruption à tous les niveaux, la poursuite et condamnation de tous les auteurs de violations sexuelles faites à la femme, la jeune fille et lÊenfant. ¤ cet effet, des audiences foraines se déroulent régulièrement à Goma, Kisangani, Kalemie ainsi que dans tous les lieux où ces violences ont été perpétrées afin que les victimes

LA SITUATION EST DE LOIN MEILLEURE ¤ HIER ET DEMAIN DOIT ¯TRE MIEUX QUÊAUJOURDÊHUI

voient que les auteurs sont effectivement condamnés et quÊune indemnisation équitable leur soit accordée.

Le cas Golden Misako Notre politique sÊaxe donc sur lÊefficacité de la justice reformée, en réaction aux violations des droits humains. Nous en appelons aussi à un partenariat plus large afin quÊau-delà de lÊaction de la justice, la prévention joue un grand rôle car ces violences sexuelles qui se commettaient dans les zones de guerre jadis, ont tendance à se manifester dans certaines villes non touchées par les affrontements armés. Nous avons donc lancé une campagne notamment dans la presse, visant à intensifier lÊéducation civique afin que les valeurs essentielles telles que le respect de la femme et de la valeur humaine, soient respectées car le combat contre lÊimpunité ne peut aboutir que si ces valeurs sont partagées par toute la société congolaise. On parle de deux défenseurs des droits de l'homme en justice en ce moment au pays, Golden Misabiko et Robert Ilunga. Pouvez-vous éclaircir notre lanterne sur ce point et nous garantir que les défenseurs des droits de l'homme peuvent exercer leurs activités en toute quiétude en RDCongo ? En ma qualité de ministre des droits humains, je peux vous affirmer que sÊil existe un pays où les libertés publiques sont garanties et respectées, cÊest bien la RDCongo. Les défenseurs des droits de lÊhomme exercent leurs activités de manière libre pour autant que cela se passe dans le respect de la loi et des bonnes mflurs qui sont des exigences légales. Le cas de Golden Misabiko, président de lÊASADHO/Katanga, illustre les difficultés que les activistes des droits de lÊhomme rencontrent lorsquÊils ne se conforment pas aux lois de la République et surtout à la déclaration des droits de lÊhomme sur les défenseurs des droits humains. En notre qualité de Gouvernement, nous avons veillé à ce que la vérité éclate dans lÊaffaire concernant Golden Misabiko, qui avait produit un rapport faisant état du trafic d'un minerai aussi sensible que lÊuranium. Nous nous sommes rendu compte que lÊintéressé nÊa pas apporté toute la collaboration nécessaire à lÊéclatement de la vérité. ¤ partir du moment où il a affirmé des choses dont il nÊavait pas la preuve, il appartenait au

© Ambassade RDC / BXL

Pour exemples, il suffit de suivre les débats au Parlement national, lire la presse écrite et suivre les débats télévisés politiques à travers la centaine de chaînes de télévision pour se rendre compte que la liberté dÊopinion est une réalité en RD Congo et constater que la démocratie sÊest réellement installée. Bien entendu, quand certains politiciens dépassent les limites établies par la loi, cette dernière se doit dÊagir pour rappeler quÊil y a des valeurs essentielles à protéger, telles les droits dÊautrui. Aucune personne nÊest au-dessus de la loi en RD Congo, activiste des droits humains, journaliste, homme politique, militaire etc. En ma qualité de ministre des droits humains, je suis heureux de participer à créer dans le chef des congolaises et congolais des réflexes nouveaux, à savoir le respect des droits

juge de vérifier lÊexistence dÊune éventuelle imputation dommageable ou infraction, un défenseur des droits de lÂhomme nÊétant pas au-dessus de la loi. LorsquÊon ne prend pas les précautions nécessaires afin de ne pas enfreindre la loi, cette dernière doit s'occuper de nous. LÊindépendance de la justice étant garantie, laissons le processus judiciaire se poursuivre. Toutefois, en ma qualité de ministre des droits humains ayant la mission de médiateur entre les officiels et les défenseurs des droits de lÊhomme, nous avons fait en sorte que vu son état de santé, il puisse bénéficier d'une liberté provisoire tout en restant à la disposition de la justice.

La situation est de loin meilleure à hier et demain doit être mieux quÊaujourdÊhui Nous avons aussi insisté pour que les conditions dÊun procès équitable lui soient garanties : il doit être assisté de son avocat, ce qui a été le cas tout le long du processus pré-juridictionnel et le procès doit être transparent. Nous pensons que ce procès doit servir de leçon, afin que les défenseurs des droits de lÊhomme qui ont un statut bien défini par la loi, comprennent bien les contours de leurs activités, la politique nÊétant pas dans leur champs dÊaction.

Une fois de plus, je répète que le combat des droits de lÊhomme nÊest pas un combat politique, il sÊagit d'un travail pour permettre la défense des droits reconnus à la personne humaine déclarée sacrée par notre Constitution et cela doit se faire par des personnes convaincues des droits et devoirs qui incombe à cette noble tâche. Malheureusement, on ne voit souvent lÊaction des défenseurs des droits de lÊhomme quÊen termes de droits et on occulte leurs devoirs. Je lance un appel pathétique à tous les défenseurs des droits de lÊhomme du pays ainsi quÊà leurs partenaires, en leur disant que le moment est venu dÊaccompagner le Gouvernement dans son engagement et sa détermination à changer de manière irréversible la situation des droits de lÊhomme en RDCongo. Les dénonciations des violations des droits de l'homme sont les bienvenues, mais elles doivent être accompagnées de conseils et propositions aux autorités compétentes afin que la situation change. Les défenseurs des droits de lÊhomme ont leur place, car ils font un travail appréciable qui doit cependant se faire dans le respect de la loi et des bonnes mflurs. Si vous pouviez-vous notez votre action en tant que ministre des droits humains sur une échelle de 0 à 10, zéro étant la

plus mauvaise note et dix la plus élevée, quelle note vous donneriez-vous ? En matière de droits de lÊHomme, il ne peut y avoir de notes car cÊest un combat quotidien. Il sÊagit de se dire chaque matin, que je dois travailler pour que la situation change. Une chose vraie, la situation est de loin meilleure à hier et demain doit être mieux quÊaujourdÊhui. Notre situation nÊest pas aussi mauvaise par rapport à beaucoup d'États dans le monde que je ne voudrais pas nommer. Il suffit dÊaller au pays pour voir quÊil y a un vrai travail qui est entrepris en matière des droits de lÊhomme et le congolais peut être fier de son pays sur ce plan. LÊappréciation de la situation des droits de lÊhomme dans notre pays doit se faire dans le cadre dÊune vision holistique, les droits de lÊhomme doivent sÊapprécier dans leur indivisibilité et leur interdépendance, non seulement dans la dimension des droits civils ou politiques. LÊensemble de lÊaction gouvernementale doit sÊintégrer sur ce plan. Nous avons conscience dÊêtre sur la bonne voie et en décembre prochain quand nous nous présenterons au Haut-Commissariat de Nations Unies aux droits de lÊhomme, nous serons fiers de dire que le bilan de la RD Congo en matière des droits de l'Homme est positif.


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mens d'État. Quelle est votre baguette magique pour que ça se passe si rapidement quand on sait que il y a quelques années, ça prenait jusquÊà 8 mois ? MM : Oui, nous avons reçu des instructions du Président de la République qui nous a demandé de raccourcir le temps de publication des résultats des examens. Ce n'était pas normal que nos jeunes frères qui présentaient les examens d'État en juin, puissent avoir leurs résultats au mois de février au plus tard. Ils entraient alors dans un cercle vicieux d'échec parce que soit, ils devaient chercher une inscription à l'université en cas de réussite, mais à ce moment-là, les autres ont déjà repris les cours ou en cas dÊéchec, ils doivent reprendre l'année scolaire, au mois de septembre! Un an de perdu donc. Il fallait qu'on fasse tout pour régler cette situation et nous avons trouvé la voie de l'informatisation de la correction de l'examen d'État. Ce procédé nous a permis de gagner énormément de temps.

MAKER MWANGU

MS : Où étaient les goulets d'étranglement? MM : Nous avons pris contact avec certaines maisons qui avaient de lÊexpérience dans le domaine de l'informa-

tisation de la correction. Je citerai une maison française NEOPTEC, qui corrige aussi le bac français. Nous avons envoyé du personnel travailler avec eux tenant compte de notre conception de l'examen d'État et ils nous ont produit un logiciel qui nous permet de gagner énormément de temps.

Trois axes importants : la qualité, lÊaccès et lÊinfrastructure MS : On oublie souvent que l'éducation fait partie des 5 chantiers. Deux ans après votre nomination en tant que ministre, où en êtes-vous dans le chantier de l'éducation? MM : Nous avons d'abord commencé à le définir, lui donner chair. ¤ cet effet, 3 axes importants ont été déterminés. Le premier axe, c'est pour nous celui qui est très important, c'est la qualité.

Nous devons améliorer la qualité de notre enseignement. Et pour ça, nous avons tout fait pour que nous puissions assurer la formation des enseignants et que nos élèves puissent avoir des manuels scolaires. Ceci nous permettra, à brève échéance, de remonter le niveau de notre enseignement. Le deuxième axe important sur lequel nous mettons l'accent, c'est l'accès. Beaucoup de gens ignorent que nous avons plus ou moins autour de 4 millions de nos enfants congolais qui ne fréquentent pas l'école. Aujourd'hui nous avons 13 millions d'élèves. Quand vous prenez la population scolarisable qui tourne autour de 17 à 18 millions, vous avez plus ou moins 4 millions d'enfants qui ne fréquentent pas l'école. Il faut donc que nous prenions des mesures qui favorisent l'accès de la plupart de nos enfants à l'école. Et là, nous avons fait un examen, nous avons constaté que les problèmes de frais scolaires qui sont demandés au niveau des écoles sont un frein important qui bloque le chemin de lÊécole pour beaucoup de nos enfants. Comme nous ne pouvons pas, ex abrupto, supprimer les frais scolaires, nous avons opté pour la politique de régression progressive des frais sco-

MINISTRE DE LÊENSEIGNEMENT... ACCORDER UN ACCENT PARTICULIER ¤ LÊÉDUCATION MS : Pouvez-vous nous résumer lÊobjectif du séminaire de Tunis auquel vous avez représenté la RD Congo ? MM : En effet, initiative de la Banque Mondiale et de la Banque Africaine de Développement, ce séminaire sÊest déroulé sous forme de réunions mixtes : Ministres des finances et ministre de l'éducation de l'Afrique pour débattre, pour démontrer que la relance de nos économies en ces temps de crise peutêtre passerait par l'éducation. Il faudrait donc quÊun accent tout particulier soit accordé à l'éducation pour nous permettre d'éviter les crises de demain car il n'y a pas de meilleur investissement que l'investissement dans l'homme. MS : En parlant de l'éducation, de l'actualité dans votre ministère, nous sommes en pleine publication des examens d'État, trois semaines après les exa-

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De passage à Bruxelles, en provenance de Tunis où il a représenté la RD Congo à un séminaire africain organisé par la Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement et lÊAssociation pour le Développement de lÊÉducation en Afrique sur le secteur de lÊéducation en période de crise avec pour thème ÂÂSoutenir la dynamique éducative en Afrique dans le contexte de crise financière mondiale actuelleÊÊ, Maker Mwangu, ministre de l'EPSP (Enseignement primaire, secondaire et professionnel) sÊest prêté à une interview de votre magazine. Parmi ses Chantiers „Éducation‰ : la publication des résultats des examens dÊÉtat, lÊenseignement professionnel, le chambardement dans la Justice et son avenir politique, lÊancien Secrétaire Général du Parti Présidentiel nÊélude aucune question et fixe lÊopinion.


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MS : Donc un bilan positif pour le chantier éducation ? MM : Je ne suis pas au niveau du bilan. Le gouvernement s'est assigné un certain nombre d'objectifs que nous poursuivons et essayons d'atteindre. laires. Petit à petit, c'est ce qui nous a permis cette année, d'avoir plus ou moins un million d'élèves supplémentaires. Et le troisième axe important est celui de l'infrastructure. Nous avons plus ou moins 49.000 écoles à travers la République, dont 10.000 du secteur privé et 39.000 écoles publiques, pour la majorité dans un état de délabrement très avancé. Nous avons donc avec le gouvernement et nos partenaires, planché sur le moyen de réhabiliter ces écoles. Cette année par exemple, nous avons pu réhabiliter 160 écoles. L'année prochaine, nous allons encore atteindre le même chiffre mais ça ne suffit pas, parce que nous devons encore sensibiliser les différentes communautés de base afin qu'elles s'impliquent dans ce processus de réhabilitation des écoles. Vous vous souviendrez à lÊépoque de nos parents quand on construisait les églises et les écoles, le village tout entier se réunissait autour d'un abbé, autour d'un prêtre pour leurs constructions. Nous pensons que d'ici-là, si tous les moyens sont réunis, si nous sommes prêts, nous allons lancer le même type dÊopération et on pourra réhabiliter le plus d'écoles possible à travers la République.

MS : Mais avec près de 5% du budget national, pensez-vous que vous avez les moyens de votre politique ? MM : De nos jours le budget éducation tourne autour des 10%. Il est vrai que la situation est difficile, mais quand vous voyez d'où nous venons, une certaine époque où le cuivre rapportait beaucoup de ressources, nous n'avions que près de 1% du budget national alloué à l'éducation. Aujourd'hui, le gouvernement, dans une situation de crise, fait un effort pour accroître les ressources dÊéducation. Cependant laissez-moi placer un bémol, dans ces 10% du budget „éducation‰, le gros va dans les paiements de salaire des enseignants. Nous faisons des efforts pour qu'on arrive à augmenter ce pourcentage dans les axes de l'acquisition de manuels, la réhabilitation des infrastructures et la formation des enseignants. MS :Votre ministère se dénomme l'EPSP, dont la dernière lettre, je le rappelle, c'est pour Professionnel. On dit que le diplôme d'État au Congo a une très forte valeur et attire tellement d'éléves au détriment du secteur professionnel délaissé. Pas de menuisiers, de mécaniciens formés, etc. Tous ces métiers professionnels sont abandonnés, or ce sont ces derniers qui font une économie. Quelle est votre politique concernant l'école professionnelle ? MM : Vous avez grandement raison. L'école professionnelle coûte excessivement cher. Pour avoir une école d'enseignement général, c'est beaucoup plus facile. Aujourd'hui nous avons presque 10% d'écoles techniques et professionnelles comparées aux écoles d'enseignement général. L'option prise après notre table ronde, où nous avons défini la stratégie dans les sous-secteurs de l'EPS, avec le concours du gouvernement et de nos partenaires extérieurs est quÊon puisse atteindre 50%

d'écoles techniques et professionnelles. CÊest toute une politique mais il faut suffisamment de ressources pour qu'on puisse atteindre cet objectif. MS : Quand on parle de professionnel, on voit les 5 chantiers bien sûr. N'avezvous pas un problème de main d'fluvre ? Comment faites-vous pour travailler avec les Chinois, quand on sait que la main d'fluvre professionnelle n'est pas qualifiée ? Ou pire, n'existe carrément pas, comme vous venez de le dire précédemment ? MM : Non, elle existe, mais elle n'est pas à la hauteur de nos attentes. Il nous faut faire un effort pour qu'on atteigne cet objectif. La nature a horreur du vide et qu'est-ce qu'il se passe généralement ? Si vous connaissez bien Kinshasa, ce sont les ateliers, les menuiseries, les vieux maçons qui recrutent autour d'eux un certain nombre de jeunes qu'ils forment sur le tas. Il faudrait que le gouvernement adopte une politique dans ce domaine pour qu'on arrive à certifier ces connaissances que les aînés transmettent aux jeunes. MS : Un partenariat pratique avec les chinois puisqu'on a beaucoup parlé de la transmission du know how est-il envisagé ? MM : Bien sur que oui, ce partenariat est sous examen⁄

Rentrée scolaire : „Il y aura moins de problèmes‰ MS : Je voulais rebondir sur la question de la rentrée scolaire 2009-2010. Serat-elle moins mouvementée que celle de l'année passée ? Parce qu'on a vu que l'année passée, il y a eu des problèmes avec le SYECO et le SYNECAT (syndicats). Comment envisagez-vous cette rentrée scolaire ? MM : Laissez-moi relativiser. La rentrée scolaire sÊest mieux déroulée par rapport à celle de 2007. La rentrée scolaire 2007, il est vrai, a posé des problèmes et celle de 2008 en a eu moins. Pour celle qui arrive, on pense qu'on en aura moins encore, car nous avons instauré un dialogue permanent avec les syndicats qui nous a permis de résoudre en amont les problèmes. MS : Donc il n'y aura pas de problèmes dÊunification de Mbudi (barème salarial), du budget 2008 à exécuter, de la mise en retraite des professeurs. Vous

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Le gouvernement, dans une situation de crise, fait un effort pour accroître les ressources dÊéducation

nous promettez cela au moins ? MM : Non, j'ai dit que nous avons un dialogue permanent avec les syndicats. Cela nous permet de résoudre nombre de problèmes en amont et de sécuriser l'année scolaire. Nous avons convenu dans le cadre du dialogue que la rentrée scolaire nÊest pas un fait syndical, elle est réglementaire, c'est le gouvernement qui dit que la rentrée scolaire sera fixée cette année au 7 septembre. Le 7 septembre c'est donc la rentrée, nous clôturons le 10 juillet car nous devons totaliser le nombre de jours nécessaires pour la formation de nos élèves au niveau maternelle, primaire et secondaire. MS : On oublie beaucoup qu'avant d'être ministre de l'EPSP, vous êtes avant tout un homme politique. Vous avez participé activement à lÊélection présidentielle de Joseph Kabila, en votre qualité de Secrétaire général adjoint du PPRD. Mais depuis que vous êtes ministre, on vous entend moins sur le terrain politique. Je voudrais vous y emmener. Que pensez-vous des derniers développements concernant le chambardement qui a été opéré dans la magistrature par le Président de la République ? MM : Je ne peux qu'appuyer la décision du Président de la République qui va dans le sens de la rencontre des préoccupations de la population. Je lÊen félicite et le remercie de l'avoir entendu et

dÊavoir matérialisé ces préoccupations populaires. Lors de son discours à la Nation, le 30 juin, il a été amer sur la magistrature, il a donc décidé. Je ne peux qu'appuyer cette décision à 100%. MS : Une question concernant le PPRD, est-il en bonne forme ? Dans la diaspora surtout ? MM : D'après les rapports que nous recevons, il est en bonne forme. Il a grandi, il prend corps et beaucoup d'envergure. CÊest une bonne chose, nous ne pouvons qu'appuyer cela.

Rupture entre une certaine diaspora en Europe et le pouvoir MS : Vous êtes un ancien de Paris et comment expliquez-vous le fait qu'il y ait une rupture entre la diaspora congolaise en Europe et le pouvoir à Kinshasa ? Comment expliquez-vous ce phénomène ? Qu'est-ce qui pourrait être fait pour rétablir le contact entre la diaspora qui participe beaucoup à apaiser les tensions sociales au pays en envoyant de l'argent - et le pouvoir à Kinshasa ? MM : C'est un problème de communication. Il faut communiquer, il faut échanger l'information, il faut parler, parler et encore parler ! Je pense que nous tous, nous tendons vers une chose. Il faudrait canaliser les efforts

des uns et des autres pour le développement du pays. Les ressources que la diaspora envoie au pays doivent être bien canalisées pour quÊelles puissent réellement permettre de développer notre pays comme le font d'autres diasporas. Donc nous devons tirer sur la même corde. Je crois que ça peut nous permettre d'avancer. MS : Mais une dernière question, en tant que ministre, êtes-vous heureux dans votre job ? Tous les matins, en vous rendant au Ministère de l'éducation êtes-vous heureux ? MM : (Rires) Je vous dis que généralement, ce n'est pas un problème d'émotion. On vous donne une mission, vous devez la remplir. Chaque matin, je vais au bureau, je travaille et jÊaimerais que ce que nous entreprenons puisse aboutir à de bons résultats. MS : Monsieur le Ministre, 2011(année électorale), se profile à l'horizon. Quel rôle jouerez-vous? Reprendrez-vous un rôle actif sur le terrain ou resterezvous dans votre rôle de ministre? Que ferez-vous et surtout où vous voyezvous en 2011? MM : Avant d'être ministre, on est d'abord politique. Et pour ça donc, nous continuerons de manière engagée à soutenir les idéaux de notre parti politique, le PPRD et les idéaux du Président de la République.


Yambi N°0