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VILLAGE URBAIN LES MUTATIONS DES VILLAGES AU CŒUR DES MÉGAPOLES DANS LE DELTA DE LA RIVIÈRE PERLES

Mémoire de Master -R9 Professeurs responsables : Dominique ROUILLARD Directeur du mémoire : Dominique ROUILLARD Etudiant : Xiaoyu QIU Date : 09/05/2019 Département THP - Ecole Nationale Supérieure d'Architecture Paris-Malaquais


PLAN 1. LE VILLAGE URBAN, MADE-IN-CHINA A. L’accroissement des villes 1) ‘Waishengren’ arrivent!

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2) L’époque urbanisé de la Chine

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3) L’opportunité des villages autour des villes?

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B. Made-in-China : un phénomène unique ou de globalisation 1) Héritage du politique de l’économie planifiée

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2) Occupation du terrain d’une façon générique

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3) Relation ville-Village

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2. L’HÉTÉROTOPIE, DES INFORMELS CERNÉS PAR LES NORMAUX A. Le village urbain, une tumeur 1) Sale, chaotique, pauvre

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2) Vilain, gênant les habitants et l’administration

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B. La fragmentation des métropoles 1) L’éclat et l’hiérarchie : planification des villes chinoises

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2) Établir un modèle de vie des normaux

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C. La promiscuité, estime manifestée 1) La vivacité

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2) La tolérance

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3. LES MÉTAMORPHOSES DES VILLAGES URBAINS A. La radicalité de la transformation des villages urbains 1) Démolir et reconstruire, les enjeux d’entre le gouvernement et les citoyens

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2) Intouchable, ruine en ville

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B. La résilience des villages urbains 1) Diversité, Spontanéité, Adaptation : les activités informelles fleurissent

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2) Auto-organisation du village

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3) Reconversion

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Bibliographie

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INTRODUCTION

En 1800, dans le monde, seulement 3% de la population vivait en ville. En 1900 ce nombre montait à 14%. Aujourd'hui, la ville rassemble la moitié de la population mondiale. Le problème est que l’urbanisation demeure un phénomène qui n’a pas de fin — que ce soit le processus d'urbanisation dans son ensemble ou l'autochangement d'une seule ville. Ce changement urbain constant, comme un monstre, implique toute la population, mais personne ne peut le contrôler, voire le gérer. Depuis l'émergence du modèle moderne de la métropole, soit Paris et Londres depuis le 19ème siècle, les habitants ont commencé à constater que la ville avait stimulé leur imagination et leur avait donné une nouvelle conscience, comme s’y l’on assistait à l’émergence d’un homme nouveau. Ce nouveau type de personne, une personne moderne et qui n'a jamais existé auparavant, apparaît en même temps que la métropole et que la modernité au sens large - une combinaison de phénomènes nouveaux déjà étudié par les philosophes français comme Foucault et Baudrillard . Après la fin de la dynastie Qing, la République de Chine 1 a traversé une période d’urbanisation. Par exemple à Guangzhou ou à Shanghai, des villes modernes comme Changchun et Harbin ont vu le jour, et la Mandchourie sous la domination japonaise a connu aussi ce phénomène d’urbanisation. De la Seconde Guerre mondiale aux années 1970 avant la réforme et l’ouverture, l'urbanisation de la Chine est à l’arrêt. La Chine reprenait son processus d'urbanisation et de modernisation à partir de 1978, date à laquelle le taux d'urbanisation de la Chine est seulement 18%. Tout cela créé dans l’imaginaire chinois, une obsession de la ville. Le désir du peuple chinois de vivre en ville, vient compenser de si longues années de stagnation et entretient le projet de détruire tout ce qui est ancien et République de Chine : c’est le régime, fondé par Sun Yat-sen, qui gouverna la Chine de la chute de la dynastie Qing en 1912 à la proclamation de la république populaire de Chine en 1949 1

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Fig.1 Projet de Hengda à Guangzhou, ressource d’internet Ce genre de publicités et d’affiches qui montrent les illusions de la modernité et la standardisation de vie, sont très courants en Chine. Les méga-entreprises immobilières s’efforcent de raccourcir la période de conception et de construction. Et, généralement, la façon d’occuper le terrain est toujours d’une grande violence.

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non moderne. Dans ce cycle de modernisation, les grandes villes chinoises ont connu des luttes politiques et économiques complexes, des implantations d’usines folles et moites conçue pour la seule exploitation de la main-d’oeuvre, une collusion entre les promoteurs immobiliers et les fonctionnaires, et des villes inondées d'images diverses de propagande et de publicités [Fig.1]. A cela s’ajoute un grand nombre de conflits de droits de propriété entre la population et ses gouvernants, et beaucoup de ces conflits se traduisent par un démantèlement, voir une rétention. Les villes chinoises, bonnes ou mauvaises, ont formé leur propre apparence et leur propre tempérament et le taux d'urbanisation de la Chine a atteint 58,52% à la fin de 2017. Avec l’émergence d’une certaines modernité dans la ville, il est désormais possible de comparer les différents types urbain à travers le monde. En effet, en étudiant les villes du monde, on peut par exemple trouver des comparions entre les villes asiatiques et européennes. Leur tempérament et leur style demeurent très différents, ceci notamment en raison de cultures politiques complètement différentes : la seconde n’ayant pas eu le temps de forger une communauté de citoyens ni de forger une société civile. Une comparaison est également possible entre Los Angeles et Chicago l’une décentralisée, l’autre centralisée, l’une divergente, l’autre concentrée. Cette différence observée aux Etats-Unis est aussi perceptible au plan du processus d'urbanisation chinois : concentration et déconcentration sont mêlés. Mais dans les études urbaines, la perspective comparative la plus profonde est l'opposition de « The Country and The City » 2 (travaux de recherche littéraire de Raymond Williams). Cela constitue une tradition de recherche urbaine florissante, où l’on étudie la ville à la lueur du mal du pays de Rousseau. Le discours de Georg Simmel (Les grandes villes et la vie de l’esprit)3, sur le goût de la ville impliquait toujours un attachement potentiel à la culture du pays. Pour Louis Wirth4, ce contraste était ouvertement activé, il est mis en place comme ville antithèse de la campagne, et cette radicalité abolirait la différence entre les villes, et même les différences dans la ville ou dans l'histoire de la ville elle-même tout cela serait négligeable. La ville aurait acquis ses propres attributs communs. Il semble n’y avoir qu’une seule ville et un seul village. En outre, la ville est souvent considérée comme un vecteur de modernité, et même

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WILLIAMS Raymond, The Country and the City, Chatto and Windus & Spokesman Books, 1973

SIMMEL Georg, Les grandes villes et la vie de l'esprit. Suivi de "Sociologie des sens", Paris, Payot, series: « Petite Bibliothèque Payot », 2013 3

WIRTH Louis, sociologue américain, représentant de l’école Chicago. The Urban Mode of Life, New Horizons in Planning, Chicago,1937 4

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Fig.2 Village Xian, Guangzhou, Journal de Yangcheng 19 Octobre 2015 Le village urbain se trouve comme une île isolée, cerné par les tours et les autoroute. Dans cette image, autour de l’étang, ce village est complètement en ruine au cœur du centre absolu de Guangzhou. Cela aiguise la curiosité des photographes qui viennent nombreux à ce spectacle.

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parfois, comme la modernité elle-même. Il ne s'agit pas simplement d'une structure spatiale fermée et d'un lieu de rassemblement de la population où l’on soulignerait encore les particularités de son tempérament urbain unique : il n'est même pas utile de considérer la ville comme une machine rationnelle et complexe. La ville est avant tout considérée comme un type de civilisation qui implique un mode de vie humain global : les éléments décisifs de la société moderne sont regroupés dans les villes. L'émergence des villes modernes est généralement perçue comme une rupture dans la civilisation jusque-là dominée par les campagnes : les différences entre les villes et les villages impliquent donc en fait deux formes sociales : la confrontation de deux modes de vie. De la production industrielle à la production de l'espace, tous les éléments terrestres ont été mobilisés pour l’urbanisation en Chine, apportant de grands changements aux villes et aux villages chinois. Les villages autour des villes devenaient un grand enjeux face à la croissance de l’économie,

du changement

environnemental, de l’accueil des migrants intérieurs, de la crainte de perte du terrain et de la transition des modes de vie. Le village urbain [Fig.2] est un terrain qui combine deux caractéristiques, celle de la ville et celle du village. Il forme un modèle spatial avec ses propres caractéristiques, uniques dans le processus de développement continu. La naissance et l'évolution du village dans la ville est un microcosme du développement d'une ville chinoise. En étudiant son processus de développement, on peut percevoir l'urbanisation de la Chine elle même, l'apparence et le tempérament d'une ville chinoise et l’augmentation du nombre de résidents. Par exemple, dans la région du delta de la rivière des Perles, près d'un quart de la population vit dans des villages urbains. Il n'y a pas de communauté dans les villes chinoises, mais dans le village urbain, une série de communautés familiales héritées de familles chinoises traditionnelles ont une forte couleur de clan, ce qui est très différent de la faible relation familiale dans les villes modernes. Il y a également beaucoup d’immigrants provinciaux et les deux intimement liés pour former un paysage culturel très différent.

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Liste des villages aux coeur de Guangzhou de 2018, faites par auteur

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Etat de l’art

La transformation du «village dans la ville» est un phénomène relativement nouveau qui est apparu depuis les années 1980. Il a émergé pour la première fois dans d'importantes mégapoles, qui ont été les premières à bénéficier des politiques préférentielles de réforme économique. Ainsi, le développement économique a progressivement émergé dans les grandes villes. Les recherches sur ce phénomène n'ont commencé qu'une décennie plus tard, à la fin des années 1990. Avec la transformation des villages et l'urbanisation des mégapoles chinoises, de plus en plus de d’étudiants et de chercheurs ont commencés à s'intéresser au phénomène des «villages dans la ville». En fonction de la profondeur et de l'ampleur des recherches et de la diversité de la discipline, le processus de recherche peut être divisé en trois phases principales: Phase 1: Au cours des années 1990, découverte du phénomène des «villages dans la ville». Phase 2: Depuis le début du 21ème siècle, modification des objectifs de recherche et centralisation sur les problèmes sociaux soulevés par les «villages dans la ville». Phase 3: Depuis 2003, ciblage des recherches sur le «village dans la ville». Le sociologue Fei Xiaotong 5, élève de Malinowski 6, a été le premier à mettre en exergue les caractéristiques du développement des villages proches des grandes villes. En 1989, il a souligné que l'industrialisation des zones rurales dans la région du delta de la rivière des Perles permettait aux villages d'entrer dans le système économique des villes environnantes. Ce processus d’industrialisation découle en fait de la migration importante des entreprises hongongaises depuis les réformes économiques de 1979 vers les zones rurales du delta de la rivière des Perles. Ce qui a entraîné une transformation considérable de l’environnement rural de cette région et a profondément affecté les relations économiques entre villages et villes ainsi que les relations spatiales7.

L'itinéraire du sociologue chinois FEI Xiaotong (2 novembre 1910 - 24 avril 2005) révèle les traits significatifs des développements d'un savoir d'abord largement importé, puis annexé à une idéologie d'État. 5

Bronisław Kasper Malinowski (Clan Jastrzebiec), né le 7 avril 1884 à Cracovie, et mort le 16 mai 1942 à New Haven, est un anthropologue, ethnologue et sociologue polonais. 6

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FEI Xiaotong, Collection de FEI Xiaotong, Edition de Qunyan, Pékin, 1999

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Les recherches initiales consacrées au phénomène du «village dans la ville» depuis 1998 visaient tout d'abord à définir le phénomène et à exposer les faits. À l'époque, les chercheurs ont choisi différentes normes et ont créé et utilisé plusieurs noms pour «villages de la ville», tels que: (1) «Vieux village» est un vocabulaire utilisé par des spécialistes tels que Liang Yan pour souligner le contraste entre le nouveau district de Tianhe et les villages existants dans la même région, de manière à faire exister entre la présence des anciens villages de la même région et l’urbanisation future. Cette recherche trouve visait à trouver une solution à l'urbanisation. 8 (2) «Un village dans la ville» est l'expression utilisée par Tian Li pour tenter d'analyser les raisons, les caractéristiques et les résultats de l'inclusion du village dans la ville en développement. Elle a également proposé des mesures de politique d’urbanisation permettant d’éviter ce problème (village Des déplacements incontrôlés dans les zones urbaines) lors des futures expansions urbaines. 9 (3) La première thèse de doctorat sur «Le village dans la ville» a été écrite par Zhang Jianmin et a été soutenue en 1998 sous le nom de «City Village». Cette thèse fur publiée sous la forme d’un article en 2003. La dénomination dominante ayant évoluée vers celle de « village dans la ville », l’auteur a révisé sa position et choisi cette appellation. C’est ainsi que l’appellation «  Village dans la ville  » s’est imposé. 10 La thèse de Zhang Jianmin appartient à la discipline de la "géographie urbaine" et constitue la première étude systématique de l'évolution du "village dans la ville". Zhang Jianmin s'est concentré sur le système de fondation foncière établi depuis 1949. Ce dernier séparait les propriétaires fonciers (états) de la ville, des propriétaires fonciers (collectifs de villages) situés dans les zones rurales et discutait du système de "réforme et d'ouverture" de 1979. Il a également mis en place dans ses travaux une forte déconstruction de ce système. Zhang Jianmin estime en effet que le phénomène de «village dans la ville» est l'une des

LIANG Yan et ses collaborateurs: Réflexions sur le plan de rénovation du vieux village dans la nouvelle situation: brève discussion sur le plan de reconstruction du vieux village du district de Tianhe , Planification urbaine de Guangzhou, 1998 8

TIAN Li. Analyse du phénomène du «Campagne dans la ville» - concurremment sur les contradictions et le développement coordonné de la période de transition rurale et urbaine. Questions urbaines, 1998 9

ZHANG Jianmin, recherche dans le village de Chengzhou à Guangzhou, Guangzhou , édition du peuple du Guangdong, 2003. 10

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manifestations les plus importantes de cette déconstruction du système foncier. L'expansion urbaine rapide, la contradiction entre les deux systèmes de propriété foncière dans la même région (les terres rurales sont incluses dans la ville) et l'absence de politique d'urbanisation avec le temps ont provoqué une transformation peu claire du «village dans la ville» (Zhang Jianmin, 1998). À l'époque, des dizaines d’articles furent consacrés à des discussions sur l'amélioration de la gestion et de la politique des villages (Liang Yan, 1998; Tian Li, 1998) au motif que les communautés rurales étaient incluses dans l'expansion urbaine et étaient affectées par l'urbanisation. La plupart de ces articles préconisaient de nouveaux plans de transformation et des politiques appropriées permettant de mieux gérer la transformation de ces villages ruralement administrés. Un seul article suggérait de considérer le concept de «village dans la ville» du point de vue de la «ville» et du concept global d’urbanisation écrit par DU Jie. 11 Un ouvrage intéressant de Ke Lanjun et Li Hanlin paru en 2001, mettait en avant un travail poussé de recherche suite à des recherches et des enquêtes sociologiques sur les conditions de vie des migrants ruraux qui travaillent et vivent dans des mégapoles.12 Mais il faut attendre 2002 pour voir apparaitre une réelle avancée dans le développement des «villages de la ville» : des règlements furent adoptés cette année là afin d’interdire toute forme de rénovation des bâtiments dans les «villages de la ville». Les caractéristiques de cette période rappellent que les recherches et les rapports sur le phénomène des «villages dans la ville» sont très intensifs et que les débats demeurent vifs. Les terres de la ville et de ses environs sont de plus en plus rares et les gouvernements locaux doivent trouver de nouvelles solutions pour obtenir des terrains nécessaires au développement, en particulier dans les grandes villes du sud de la Chine telles que Guangzhou et Shenzhen où le «village dans la ville» occupe une grande surface autour du centre-ville et peut accueillir objectivement un grand nombre d'immigrants intérieurs.

DU Jie, Le choix centenaire des villages dans la ville —— Rapport d'enquête sur le processus d'urbanisation dans la zone rurale d'origine du district de Luohu, Shenzhen, Planification urbaine, 1999 11

Ke Lanjun, Li Hanlin, Des villageois dans la ville - La population flottante des grandes villes chinoises, Beijing: Presse de compilation centrale, 2001 12

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Plan d’existent

Planification de l’axe du sud de Guangzhou

Industriel

Commerciaux

Village urbain

Administration

Résidentiel

Résidentiels Village urbain

Fig.3 Plans d’aménagement, site d’internet du gouvernent de Guangzhou Afin d’accueillir les jeux asiatiques, Guangzhou a conçu cet axe pour symbole de la modernisation et de la puissance de la ville. Auparavant, c’était la campagne. Il y avait la terre agricole et les villages. Les deux plans à droite montrent le mode d’occupation du terrain selon la priorité des fonctions, d’espace visuel et de circulation automobile.

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L’analyse privilégiée pour cette période est une approche multidisciplinaire permettant d’étudier plus en profondeur les villages urbains. MA Han l’a étudié du point de vue de la sociologie. MAO Qifeng13, YE Lei, MA Xueguang14 de celui de l’optimisation de la transformation des villages urbains et des stratégies de rénovation urbaine. LENG Junyi 15, lui,

explore la mémoire spatiale urbaine en

étudiant les villages urbains en tant que lieu de mémoire pour les villageois et les migrants intérieurs. À partir de 2000, les chercheurs occidentaux commencent aussi de s'intéresser à ce phénomène, par exemple en 2001 GULDIN 16 démontre l’influence de ce phénomène sur les villageois et DEMEULDER 17 en 2014 met en avant une dizaine de cas d’études des villages. La même année, le Hollandais AI Stefan, étudie de la même façon que DEMEULDER — plusieurs cas d’études mais développe une analyse fondée sur la valeur des villages urbains en tant que lieux. En tant que forme sociale et de vie en Chine, les villages urbains existent de manière particulière, incompatible avec les formes urbaines et les formes sociales existants aux alentours des ces espaces. Que ce soit par son caractère informel ou sa formation spontanée et les divisions fonctionnelles environnantes, l'utilisation des nécessités de l’assainissement et la poursuite d'une forme d'espace urbain «raisonnable» forme un contraste saisissant avec l'ordre visuel unifié de la planification des blocs [Fig.3]. Il manque jusqu’ici une approche complètement différente de celle dictée par l’urbanisation planifiée de la Chine. Il existe un haut degré de mélange des fonctions et des populations dans les villages urbains et peu d’études décrivent comment le développement spontané et cette existence sociale hétérotopique et son processus d'évolution peuvent inspirer le développement des villes chinoises et offrir de potentielles nouvelles possibilités.

MAO Qifeng, La recherche sur l’aménagement des villages urbains à Pékin, Tsinghua University, Pékin, 2011 13

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YE Lei, MA Xueguang, Recherche sur la stratégie d'optimisation de la rénovation du village urbain de Shenzhen, , Beijing university, Special Zone Economy, Avril 2010

LENG Junyi, La valeur et l'utilisation du mémoire de l'espace du village urbain dans le renouvellement urbain sous la perspective de la symbiose - Une étude de cas du District Nord de Baishizhou, Shenzhen, —— , Shenzhen university, 2017 15

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GULDIN Gregory Eliyu, What’s a peasant to do? : village becoming town in southern China, Westview, Boulder, 2001

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DE MEULDER Bruno, LIN yanliu, SHANNON Kelly, Villge in the city, Park Books, Zürich, 2014

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Le processus par lequel la transformation d’un village urbain de village complet à ville incomplète, et une partie de village annihilé par la ville complète mérite d'être étudié. Un grand nombre de villageois commencent à accompagner cette transformation, produisant une accélération du processus d'urbanisation en Chine : la structuration de ces villages sont passés est passée d’une organisation familiale traditionnelle à un processus d'intégration progressive des individus dans les sociétés urbaines modernes. Ces villageois ont été entrainés par la dogmatiques des officiels et des développeurs, et ont de ce fait participé au processus d’urbanisation chinois. Dans les précédentes recherches, le mécanisme extérieur comme l’urbanisation et la politique foncière ont été étudiées en excluant les études des mutations du mécanisme intérieur du village et les stratégies des villageois. Au cours de son processus d’industrialisation et d’urbanisation, la Chine a mis au point un modèle relativement unifié et une norme d’évaluation relativement simple pour le développement urbain et le village urbain parait pouvoir devenir un complément de ce modèle exclusif. La transformation des villages urbains est particulièrement précieuse dans cette urbanisation et peut offrir la possibilité de diversifier

l’urbanisation chinoise. Néanmoins, Il demeure un manque de

documents permettant d’examiner les mutations des villages urbains émergeantes selon ce modèle et cette norme unifiée.

De plus, la plupart des études sur les villages urbains demeurent non traduites. Il existe très peu de publications en français examinants le phénomène du village urbain en Chine.

Problématique Dans ce cadre, il est intéressant d’analyser quelles sont les mutations des villages au cœur des mégapoles dans le delta de la rivière perles.

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1. LE VILLAGE URBAIN, MADE-IN-CHINA

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Fig.5 Prise par ZHANG Xinmin, 1997 Dans les immeubles de grande hauteur à Shenzhen, dans la province du Guangdong, Zhong Jiacai, d’origine des zones rurales du comté de Sangzhi, dans la province du Hunan, travaille au nettoyage des sols. Il n'a qu'une ceinture de sécurité et, bien sûr, il connaît les risques auxquels il est confronté. Mais le désir de changer le statu quo dans son cœur l'a rendu intrépide, étape par étape, et a finalement transformé chaque bâtiment sous ses pieds en une échelle de rêves.

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A.    L’accroissement des villes 1. ‘WAIDIREN’ ARRIVENT!  Shenzhen est une ville totalement nouvelle, crée pour implanter les expériences Hongkongaises et développer ainsi un système économique que la République populaire de Chine n’a jamais connu. La ville de Shenzen a mobilisé de nombreux chinois pour se construire avec modernité, dans l’espoir de devenir un fleuron prospère de la Chine nouvelle. Il n’a fallu qu’une quinzaine d’années au comté de Baoan où est situé Shenzhen, pour passer de 600 000 à 3 millions d’habitants, et puis moins de 10 ans pour passer de 3 millions à 10 millions. Initialement, les immigrants de Shenzhen venaient de la province du Guangdong. Mais dans les années 1980, ils ne pouvaient plus répondre aux besoins grandissants de main d’oeuvre pour la construction urbaine. Un grand nombre d'immigrants intérieurs qui déménagent à Shenzhen venaient des provenances du Hunan, du Sichuan et du Hubei, et même de provinces du nord telles que le Henan et le Dongsansheng. En raison de l'industrialisation des villes, de ce besoin de main d’oeuvre, de l’excédent d'agriculteurs à la campagne, de la différence énorme entre les zones urbaines et les zones rurales et de l’exigence d’augmenter les revenus des agriculteurs, les immigrants ont contribué par leur jeunesse et leur force à la modernisation des villes, qui restaient pour eux, un des meilleurs choix d’avenir. 1[Fig.5] Ces nouveaux habitants de Shenzhen sont appelés les ‘Waidiren.. Ce mot désigne les immigrants intérieurs à la Chine, ceux qui se déplacent dans tout le pays pour trouver du travail. À Shenzhen, la population est essentiellement constituée de ‘Waidiren’, et comme dans tous les pays nourris par l’immigration, une culture unique issue de ce mélange a émergée. Cependant cette immigration engendre de nouveaux problèmes  : difficultés de cohabitation, discrimination identitaires et chocs culturels. Les relations entre immigrants intérieurs et autochtones commence alors à se compliquer. Par exemple, à Guangzhou, parce que de nombreux ‘Waidiren’ ne parlent pas le cantonais et ont des habitudes de vie MA Huiti, Enquête et analyse des conflits culturels entre citoyens et travailleurs migrants dans le processus d'urbanisation en Chine, , Recherche théorique de Mao Zedong et Deng Xiaoping, 2011 1

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Fig.6 Selon le Quotidien du Peuple du 15 janvier 1989, "le journaliste de l'agence Xinhua News Agency, Yang Like, et notre journaliste, Zhu Jianhong, ont annoncé que le festival du printemps 1989 était imminent et que le travail intense du festival de printemps débuterait le 22 de ce mois. Les chemins de fer, les autoroutes, les transports maritimes et l'aviation compteront 800 millions de passagers à transporter, soit une augmentation d'environ 50 millions de passagers par rapport à la même période de l'année dernière, et le trafic passagers moyen atteindra 20 millions de passagers.

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différentes, ils sont parfois discriminés par les Cantonnais, en particulier les ouvriers agricoles1. Les citadins pensaient alors que le grand nombre de ‘Waidiren’ ont avait réduit les ressources limitées de la ville, notamment en ce qui concerne le travail, l’emploi, le logement, la formation médicale, les ressources de la fonction publique, etc. réduisant ainsi la qualité de vie urbaine. Parallèlement, un grand nombre de ‘Waidiren’ se plaignaient des faibles revenus, des discriminations, de la médiocrité de la protection sociale ainsi que des conditions de travail déplorables. Par la suite, le nombre de voyageurs à travers la Chine a considérablement augmenté, notamment lors de la période du nouvel an chinois 1989. Cet événement a nécessité le transport de plus de 800 millions de personnes, soit une augmentation de 50 millions par rapport à l’année précédente. [Fig.5] Les immigrants intérieurs souffraient alors d’une mauvaise image et furent considérés comme ingérables.[Fig.7] Toutefois, le travailleur migrant n’est pas un fait nouveau. Dans l’histoire de la Chine, les agriculteurs ont toujours été des travailleurs à temps partiel et le travail dans les loisirs et l’agriculture a toujours été l’une des principales sources de revenus pour ces agriculteurs.2 Au milieu du XIXe siècle, le "Mouvement occidental" initié par Li Hongzhang et d'autres a donné naissance au développement de l'industrie chinoise moderne dont les travailleurs provenaient essentiellement de la population rurale. Au cours de la première moitié du XXe siècle, l’industrie chinoise connait un développement rapide et attire alors un grand nombre de travailleurs ruraux pour travailler ou faire des affaires en ville. À cette époque, la Chine était au début de sa transition de pays agricole traditionnel vers un pays moderne. L'urbanisation et l'industrialisation commençaient tout juste, et la population de la campagne commençait à nourrir celle de la ville.

Les ouvriers paysans étaient généralement qualifiés de «travailleurs migrants» et figuraient pour la première fois dans la «Communication sociale» de l'Académie chinoise des sciences sociales en 1984, en particulier le groupe qui est entré dans le travail urbain après la réforme et l'ouverture en Chine, à savoir «le statut de ménage ou d'agriculteurs, est toujours contracté. Terre, mais principalement engagée dans des industries non agricoles, avec les salaires comme principale source de revenus. " Il existe trois types de travailleurs migrants: la première catégorie, qui est essentiellement intégrée à la ville, la résidence fixe et l'unité de travail dans la ville, et le revenu relativement stable, le deuxième type, qui travaille dans les villes toute l'année et a une forte mobilité, telle que la Fête du Printemps ou une activité agricole intensive. De retour à la maison en saison, il existe une occupation, un revenu et un lieu de résidence relativement stables dans la ville; la troisième catégorie, le travail intermittent ou saisonnier dans la ville, compte tenu de la production agricole. Leurs caractéristiques professionnelles sont les suivantes: à forte intensité de main-d’œuvre, niveau d’enseignement secondaire, travail manuel, travail pénible et type social unique. 1

SUN Zhongwei, Quarante ans de problèmes et de recherches sur les travailleurs migrants en Chine: de "la main-d'œuvre excédentaire" aux "nouveaux immigrants urbains”, Nanjing University, 2018 2

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Fig.7 Le 1 er février 2008, place devant la gare de Guangzhou, 200 000 passagers sont rentrés de Guangzhou le même jour. Les officiers en tenue verte séparent la foule en deux parties en raison de sécurité. Ressource : http://china.huanqiu.com/photo/2015-02/2761756.html?agt=15422

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Avec l'abolition du système d'examen impérial, une partie de l'élite rurale, comprenant notamment des propriétaires terriens, des intellectuels et des artisans est devenue la composante principale de l'élite urbaine. L’autre partie fut constituée par un grand nombre de travailleurs ruraux excédentaires ou de chômeurs qui vont au travail ou font des affaires en ville et deviennent la principale composante des nouveaux immigrants urbains. Cependant, à cette époque, il n'existait pas de système d'enregistrement strict des ménages entre les zones rurales et les villes : les zones urbaines et les zones rurales restaient ouvertes, les personnes qui s'étaient installées dans les villes n'abandonnaient pas complètement leurs intérêts et leurs relations sociales au village. Ces personnes conservaient une forte attache avec leurs villages d’origines mais demeuraient libres d’habiter en villes. Ce système tranche avec celui qui apparaitra à l’époque de Mao dans lequel il y avait une obligation de résidence attachée à une zone : rurale ou urbaine. Ces deux catégories de personnes formèrent les nouveaux immigrants urbains. Il n’y avait alors pas d’opposition évidente ni d’exclusion entre cette élite et la classe ouvrière. En outre, à cette époque, les sciences sociales en Chine en étaient encore à leurs balbutiements et les travailleurs paysans étaient très peu pris en compte : il n’existait pas de «travailleurs migrants» au sens auquel nous l’entendons aujourd’hui. Cette époque où la Chine aurait pu connaître la prospérité fut interrompue par les guerres et plusieurs révolutions radicales mais également par des mouvements sociaux ponctuels. Mais la Chine a depuis rattrapé ce retard et à nouveau l’on peut observer un processus similaire et une confrontation avec un phénomène d’immigration intérieure. Le deuxième chapitre du livre

La planification de nouvelle ville nationale

1

précise

que : Un grand nombre de populations issus des campagnes ont eu des difficultés pour s'intégrer dans la société urbaine, et cette intégration eu lieu beaucoup plus tardivement. Aujourd’hui, les ouvriers issus de ces populations sont devenus le pilier de l'industrie chinoise. Affectés par le système d'enregistrement des ménages divisé en zones urbaines et rurales, les 234 millions d'ouvriers agricoles de la population urbaine et les membres de leur famille demeurent incapables d’accéder à une éducation, un emploi, à des soins médicaux, un accompagnement vieillesse, à des logements abordables et plus généralement à tout ce qui concerne les services publics de base auxquels les citadins ont accès. La production s’éloigne du La planification de nouvelle ville nationale est un programme sur la gouvernance de l’urbanisation annoncée par le gouvernement de XI Jinping , au 16 mars 2014 1

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Fig.8 Tendances de l'urbanisation en Chine et dans d'autres pays de 1950 à 2010. Sources : O.E.C.D. RÉVISIONS DE POLITIQUES URBAINES: CHINE 2015, PUBLICATION O.E.C.D.

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territoire urbain, l'agrégation industrielle et l'agrégation de population ne sont toujours pas synchronisées et l'urbanisation demeure en retard par rapport à l'industrialisation. De nouvelles contradictions sont apparues dans les villes et le problème des enfants, des femmes et des personnes âgées laissés à la campagne est devenu de plus en plus important, posant de nouveaux freins au développement économique et social. Dans les villages urbains au coeur des mégapoles comme dans le delta de la rivière perles, chacune des vies des ‘Waidiren’ raconte l’urbanisation chinoise émergeant de cette modernisation, en provenance du modèle occidental et réformant une unique configuration radicale.   2. L’ÉPOQUE URBANISÉ DE LA CHINE   La Chine compte actuellement plus de 600 millions d’habitants urbains et est devenue le plus grand pays urbanisé du monde[Fig.8], elle subit une transformation radicale dirigée par le gouvernement, passant d'un pays dominé par l'économie agricole à une société dominée par les résidents urbains modernes. L'objectif affiché pour les dix prochaines années est que 70% de la population (qui compte 900 millions de personnes) soit intégrée dans les zones urbaines. En 1980, seulement 19% de la population chinoise vivait dans des villes. La libéralisation économique a ainsi favorisé l’urbanisation et l'économie nationale de la Chine s'est concentrée dans les villes. En 2004, les 53 régions métropolitaines de la Chine ont généré près de 65% du PIB1. L'ampleur de l'urbanisation de la Chine (urbanisation de plus en plus concentrée, augmentation du nombre de régions métropolitaines) à l'échelle mondiale est sans précédent. Depuis 1985 et à la suite de la réforme du système économique rural, une réforme du système économique urbain a également commencé. 2 Des réformes économiques et institutionnelles urbaines visant à revigorer les entreprises appartenant à l'État ont été menées : elles visaient à explorer et à mettre en place un système d'entreprise indépendant, autofinancé, dynamique et efficace, et à mettre en œuvre des systèmes de passation de marchés et de crédit-bail pour renforcer davantage l'autonomie des entreprises. Notamment à partir de 1985, la hausse de population urbaine devient de plus en plus remarquable. À l'instar de l'Occident, après avoir connu une accumulation de capital industrialisé brutale à grande échelle, l'urbanisation chinoise a évolué vers l'ère de la création de

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http://www.oecd.org/cfe/regional-policy/47624223.pdf

2

https://www.yicai.com/news/5432902.html

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Fig.9 Four not-having-to-bend scrolls (1, 2) Si bu wan yao bing ( ), Nanhui District Spare Time Art Group ( ) 1976, aout , Publisher: Shanghai renmin chubanshe ( ) Cette affiche de propagande montre l’image de la vie à la campagne sous l’économie planifiée. La modernisation d'agriculture organisée par commune populaire du collectif villageois pour approvisionner les villes.

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spectacles1, que nous appelons l'ère de la consommation. Tout comme une des villes d’Italo Calvino, les gens travaillent dur pour créer leurs désirs, tout en travaillant dur pour qu'ils consomment pour satisfaire leurs désirs. Ces aspirations se reflètent dans l’espace urbain : sous la direction du gouvernement, chaque ville doit avoir ses propres bâtiments historiques et de très grands immeubles se font concurrence. Les grandes zones résidentielles qui incarnent l’identité naissent sous le couvert du capital et avec le réseau formé par les boulevards, elles capturent rapidement tous les coins de la ville. 3. LA PROXIMITÉ DES VILLES, UNE CHANCE POUR LES VILLAGES ?   Avec l'expansion de la ville, les villages autour de ces villes sont inévitablement impliqués dans la marée de l'urbanisation, comme dans le cas de la ville nouvelle de Shenzhen, qui est tombée du ciel et a recouvert un territoire immense en quelques décennies seulement. En même temps qu’une population nombreuse, un grand nombre de villages y étaient enveloppés. A l’époque de l’économie planifiée, ces villages ne fournissaient que de la nourriture pour la ville ou n’avaient pratiquement aucune relation avec la ville,[Fig.9] puis ils se sont progressivement rapprochés et sont devenus une banlieue. Lorsque l'économie de marché commencent, les personnes à faible revenus s'installent dans ces villages et peuvent commencer leur travail. Au fil du temps, comme à Guangzhou ou Shenzhen, un grand nombre de villages situés à coté de la ville sont, par la suite, devenus des villages urbains.   Depuis 1990, avec les changements majeurs intervenus dans le système d'occupation des sols en Chine2, les terres ne sont plus un simple élément spatial, mais ont une véritable valeur économique et peuvent apporter une richesse considérable aux propriétaires terriens. Bien que dans le processus d'acquisition de terres par l’Etat il y ait souvent des contradictions entre les dirigeants des villages, les villageois et le gouvernement, et étant au début de la réforme du système d'utilisation des terres, les villageois sont désavantagés face au comportement d'acquisition des terres du gouvernement.  

1

DEBORD Guy « La société du Spectacle », Ed. Folio, 2017

Dans les mesures promulguées en 1990 <l'administration de la cession et de la planification des cessions de terres appartenant à l’État >, il était officiellement proposé que, depuis 1990, le système d'utilisation payante des terres ait été mis en œuvre à l'échelle nationale - il s'agit d'un changement majeur dans le système d'utilisation des terres. 2

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Étant donné que les terres utilisées par la collectivité du village appartiennent à l’État, celui-ci collecte les denrées agricoles collectives du village et l’évaluation des terres cultivées est basée sur la valeur de la culture plutôt que sur la valeur attendue des terres constructibles. Par exemple, lorsque le gouvernement de Guangzhou a réquisitionné les terres de la nouvelle ville de Zhujiang, il a été confronté à une grave pénurie financière et ne s'attendait pas à ce que les investisseurs hongkongais et étrangers investissent à la hauteur du prix de l'investissement foncier estimé. Ainsi, lors de la consultation tripartite, les villageois ont obtenus des politiques la restitution de certaines terres1. Les villageois ont rapidement trouvé un nouveau moyen de sortir du collectif de village avec les terres qu’ils avaient l'habitude de restituer, et ont obtenu des fonds grâce au transfert, à la location et à l'hypothèque du marché secondaire de l'immobilier. Bien sûr, en cette ère de richesse, presque personne ne s'opposera aux avantages des intérêts économiques et il existe de nombreux mythes sur le fait que les villageois deviennent riches du jour au lendemain.   Ces villages bénéficient de plus amples possibilités économiques par rapport à ceux qui sont éloignés de la ville. Ils sont rapidement impliqués dans le processus d’urbanisation et les personnes âgées et les enfants contribuent au travail collectif. Le système de hukou qui limite les mouvements de population montre ses limites et tend à être aboli : les travailleurs migrants sont ainsi déplacés de leurs foyers. Ces villages autour de la ville ont néanmoins une chance d'un point de vue économique.   Ces populations ont perdues le lien qui existait avec leur espace d'origine du fait de la marée économique. Le processus d'urbanisation rapide a modifié les conditions de vie d'une communauté familiale, passant de villageois agricoles à «  bourgeois  » (habitants des villes) et a engendré une série de transformations spontanées de la propriété collective à la propriété foncière. De la terre physique aux parts de terre, converti ensuite en argent en raison des gains de développement des terres, les villageois utilisent la monnaie pour investir et la convertir en propriété foncière. Ces nouvelles méthodes de gestion des terres, les organisations collectives reposent sur des droits exclusifs sur les terres appartenant à la collectivité, des compensations pour l’acquisition de terres et des terres réservées à l’échange en raison de l’expansion urbaine ainsi que la combinaison de la demande

En raison de la politique de «restitution des terres réservées» par le gouvernement de la ville, la plupart des attributs d'utilisation des terres qui sont rendus aux collectifs villageois différents promoteurs, in situ et par étapes, sont encore la «propriété collective du village». 1

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Fig.10 1968-03 Loi de 1968 sur la rĂŠforme agraire de la RĂŠpublique populaire de Chine source : wikimedia

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du marché modifiant ainsi les méthodes de production par rapport aux cultures précédentes. La production agricole fut directement transformée en «production de propriété». Une fois que l’espace n’est plus au service de la production, il ne peut plus être contrôlé par l’aménagement du territoire urbain quand il peut produire lui-même. Dans l'espace architectural en dehors de la gestion de la planification urbaine, ils ont participé et ont considérablement influencé la forme spatiale globale de la ville et de la vie urbaine, qui sont déjà différents.

B. Made in China : un phénomène unique ou de globalisation Les similitudes et les différences de modernisation et d'urbanisation entre les cultures, les nations, entre l'Est et l'Ouest est ce que nous regardons lorsqu’apparaissent les phénomènes chinois des villages urbains. Il y a des similitudes très importantes avec les phénomènes de l’urbanisation occidentale. Pourtant, les modes de développement sont particuliers. En Chine, il y a toujours eu un lien inséparable entre l'État, la société et l'urbanisme - une expression de la représentation, un pouvoir de contrôle social et une vision du monde extrêmement différente de l'Occident.   1. HÉRITAGE DE LA POLITIQUE DE L’ÉCONOMIE PLANIFIÉE   A l'époque impériale, un mandarin supérieur, recruté par mérite plutôt que par naissance, dictait la bureaucratie confucéenne. Les villes ont eu de grands échanges avec leur arrière-pays et une activité commerciale limitée. La nation était en grande partie rurale et comprenait une vaste campagne agricole avec de nombreux villages traditionnels.   Pendant des millénaires, la Chine connue un système impérial relativement faible, la noblesse rurale et les propriétaires fonciers ont dirigé le territoire, jusqu'à ce que la réforme agraire ait commencé en République populaire de Chine.[Fig.10] A partir de ce moment-là, la collectivisation et la refonte à grande échelle, également dans toute la structure sociale, ont pris racine. La politique foncière et l'évolution des droits fonciers en Chine ont ensuite considérablement modifié la relation entre propriété, gestion et bénéfice de la propriété.   La réorganisation révolutionnaire de la société en « paradis socialiste » par Mao Zedong a fondamentalement restructuré les villes, les villages et les campagnes. La construction d'une société marxiste cherchait à bannir les inégalités sociales et

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Fig 11. Photo de cantine de la commune populaire chinoise, 1958 Le slogan: Manger des repas ne coรปte rien, travailler dur pour la production. Source : wikimedia

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spatiales et la propriété privée était remplacée par la propriété publique, avec la promesse d’attribution pour l’exploitation d’une parcelle de terrain à délimiter. La phrase-mantra employée par le Parti communiste chinois (PCC) était « les trois grandes différences » dans lesquelles ils cherchaient à supprimer l'écart entre la ville et la campagne, les ouvriers et les paysans, et entre les régions agricoles et industrielles de la Chine. Les villes étaient organisées en unités de production - par opposition aux centres de consommation - et la classe ouvrière était organisée en danwei (unités uniformes et autonomes). Ce fut le règne de l'industrie de style soviétique. L’espace urbain était organisé selon des principes de standardisation et d’uniformité et il y avait assez d'espace pour les rassemblements politiques, mais pas de district central pour les quartiers d’affaires. Réduite conceptuellement, la ville est devenue une multiplication d'unités de production autonomes fournissant des logements, des loisirs et de nombreux services tels que l'éducation et la santé.1 Pendant ce temps, à la campagne et en particulier après 1958 (Le Grand Bond En Avant) et l'établissement des Communes populaires, la Chine rurale a été profondément remaniée. L’établissement du Nouveau Village Socialiste a commencé par la communisation de la campagne - d'abord avec la création de communautés de coopération (outils agricoles et travail) puis avec les Communes Populaires, [Fig.11]qui ont transféré toutes les ressources agricoles, y compris la terre, de la propriété privée à la propriété publique. La priorité a été placée sur l'idéologie et la moralité au détriment du profit et de la production. En 1958, le système d'enregistrement des ménages hukou fut introduit. Il divisait le peuple entre population agraire et ceux qui n’en faisait pas partie et fonctionnait comme un

« mur » invisible mais efficace séparant la société urbaine de la société rurale

et interdisant la migration rurale-urbaine puisque les migrants non autorisés pouvaient difficilement survivre sans le soutien de l'État pour la nourriture, le travail, le logement, les soins de santé et les autres services urbains. Le parti communiste a utilisé le hukou comme moyen d’équilibre les populations rurales et urbaines. Ce système ressemble à des mesures prises dans de nombreuses sociétés préindustrielles (par exemple, le domicile de secours ou l'adresse d'assistance) qui visaient à restreindre l'accès de la population rurale à la ville par la réglementation des services sociaux. La mort de Mao en 1976 annonçait une série de transitions dans la direction du Parti communiste chinois et les relations entre la société d'État et l'urbanisme, qui continuent à se jouer aujourd'hui. Une force néolibérale a assoupli le ton 1

DU Chunlan, Comparaison de l'espace entre le quartier de l'unité et le quartier résidentiel de la perspective du «voisinage», ” , Beijing University, Urban Studies, May 2012

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Fig.12 Immigrants ruraux travaillent dans le village urbain Lijiao Ă Guangzhou, 04/03/2016 Les immigrants ruraux sont venus dans les ateliers-usines installĂŠs dans le village urbain. Prise par lâ&#x20AC;&#x2122;auteur

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révolutionnaire et l'excédent massif de main-d'œuvre rurale a soutenu une expansion économique rapide. Les résistances au mouvement ont été levées, mais les détenteurs de hukous ruraux ont encore du mal à accéder aux services urbains et cela, paradoxalement, plus de soixante ans après une révolution qui voulait éradiquer les disparités entre villes et villages, ouvriers et paysans. Une conséquence du hukou a été la création d'une abondante d’une main-d'œuvre mobile et « flottante » composée de migrants ruraux[Fig.12] prêts à travailler pour des salaires à bas coûts, et qui est devenue l'épine dorsale cruciale de l'économie manufacturière et exportatrice de la Chine. De même, dans les années 1990, un marché immobilier florissant a été autorisé à se développer dans les zones urbaines, avec des propriétés individuelles et des baux fonciers de soixante-dix ans pour le résidentiel, cinquante ans pour l'industriel et quarante ans pour le commercial. Ce marché est supervisé par les dirigeants du Parti. Les agriculteurs n'ont pas le droit d'acheter ou de vendre les terres qu'ils occupent ou les maisons dans lesquelles ils résident. Le principal obstacle est le double système foncier en Chine, où les terres urbaines appartiennent à l'État, mais les droits d'utilisation transférés au marché sont autorisés et les terres rurales ne peuvent être vendues, transférées ou louées à des fins non agricoles.   De plus, les arcanes du système de classe, avec un hukou à deux niveaux exacerbe encore davantage les problèmes de développement spatial de la nation. La troisième session plénière du 18 ème Comité central tenue en novembre 2013 a fait une série de réformes économiques sans précédent, dont les détails sont lentement publiés. Le premier ministre Li Keqiang a souligné à maintes reprises le rôle que joueront dans le développement de la Chine une urbanisation plus rapide ainsi que le démantèlement du système hukou et la réforme agraire.   ——LE SYSTÈME HUKOU—— Premièrement, le système hukou aux caractéristiques typiquement chinoises, a fait que beaucoup de migrants entrant dans les villes ne bénéficient pas des services publics de la ville. Ils sont seulement semi-urbanisés. En 2010, le taux d'urbanisation en Chine dépassait 50%, mais le taux d'urbanisation de l'enregistrement des ménages n'était que de 36%. Le gouvernement central a déjà pris en compte ce problème : dans le nouveau plan d'urbanisation, il a proposé l'objectif de trois cent millions de personnes, ce qui signifie que l'avenir sera l'urbanisation simultanée de l'emploi et de l'urbanisation des services.

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Fig13. 1954 : affiche propagandiste du Parti Communiste Chinois. La Chine se dote d’une constitution calquée sur le modèle soviétique et bénéficie de l'aide technique soviétique. Source : http://jmgleblog.eklablog.com/la-chine-depuis-1949-a126106028

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Deuxièmement, la propriété foncière collective de la Chine fait en réalité partie du système de propriété publique, ce qui pousse les agriculteurs à avoir des terres sans droits de propriété. En conséquence, les agriculteurs ne peuvent investir dans la construction de maisons. Il est donc peu probable qu'il y ait dans l’avenir une communauté rurale de style occidental et un mode de fonctionnement des villages qui soit à l’image des anciens quartiers chinois. Ce type de système a permis aux villes chinoises d'exercer leur pouvoir, de se concentrer sur des événements de grande envergure et de se développer rapidement : le développement rural est beaucoup plus difficile. En outre, il semble que l'urbanisation en Chine se poursuivra pendant longtemps en raison des énormes dettes de l'urbanisation des services.   Le problème fondamental en Chine de 1949 à 1978 fut de savoir comment résoudre le développement rapide de l’agriculture et établir les bases et la garantie de l’industrialisation. 1 À cette époque, on pensait généralement que seule l'industrialisation pouvait résoudre la pauvreté et le retard de la Chine. Par conséquent, dans le processus rapide d'industrialisation, le modèle d'industrialisation socialiste de l'ancienne Union soviétique a été progressivement adopté, [Fig.13] c'est-à-dire que la stratégie consistant à donner la priorité au développement de l'industrie lourde a été mise en œuvre en établissant une propriété publique unique et une économie planifiée, établissant ainsi progressivement des industries de soutien à l'agriculture et des villes de soutien en milieu rural. Le processus d'urbanisation est assez lent, le système de «double économie» étant séparé des zones urbaines et des zones rurales. Les agriculteurs fournissent principalement des produits agricoles et des produits annexes sans entrer dans la ville, fournissant des produits agricoles excédentaires et réduisant les coûts du développement industriel et urbain. Pendant longtemps, la Chine a divisé les zones urbaines et rurales en un flux unilatéral de talents, de capitaux et d’informations, le fossé entre citadins et ruraux s’est creusé et les relations entre zones urbaines et zones rurales ont été marquées par un développement inégal et une disharmonie. Dans le système économique planifié, les habitants du pays, à l'instar des matériaux, sont davantage concentrés sur la gestion de l'organisation, du classement et de la distribution de l'État. Lorsque les gouvernements centraux et 1

HULSHOF Michel & ROGGEVEEN Daan, How the City Moved to Mr Sun—China’s new megacities, Sun Publishers, 2010 !39


Fig.14 Les occupations des unités fondés avant 1978 et ces unités existent jusqu'aujourd'hui à Guangzhou. Source : dessinée par LI Jitao basé sur la carte de google de 2007

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locaux ont des taxes nationales et locales relativement claires et deux niveaux de responsabilité, pendant le développement économique planifié, en particulier le gouvernement central, en fonction des besoins stratégiques, le développement des zones urbaines et rurales fait partie intégrante du "jeu d'échecs national". Il existe un système d’unités dans la ville, un système de communes populaires à la campagne, un double système strict de hukou urbain-rural, une méthode d’enregistrement des ménages pour limiter le flux de personnes et une distribution de matériel vivant liée à l’enregistrement des ménages (système de ticket, par exemple, achat de céréales, de billets en tissu, d’huile, de bons d’alimentation, de viande, de tissu, etc.) détermine la définition de l’identité et les intérêts vitaux de chaque personne dans le pays. À ce stade, la ville et la campagne sont les pions dirigés par l’État, qui constituent ensemble le modèle d’un «jeu d’échecs national».

2. OCCUPATION DU TERRAIN D’UNE FAÇON GÉNÉRIQUE Dans le système économique planifié, l’extension et l’occupation des terrains urbains s’effectuent sous la gestion de règles institutionnelles. Les principales raisons qui poussent à l'acquisition de terres sont d'agrandir le site en fonction des besoins des unités d'origine ou d'organiser les besoins en fonction des besoins des nouvelles unités. Les nouvelles unités, [Fig.14] telles que les agences administratives nouvellement créées, les écoles, les usines, etc. sont déterminées par le Comité de Construction Urbaine ou par les unités de niveau supérieur des unités nouvellement construites et choisissent le périmètre de terrain pour la construction future. Le gouvernement municipal est ensuite responsable de l’acquisition et du transfert des terres nécessaires à la construction de la nouvelle unité. En raison du manque de fonds associé au contrôle général exercé par l’État sur le développement, en fait, pendant longtemps dans le système économique planifié, en plus de cette forme d’expansion des terres urbaines sous le nom d’« unités », il existe très peu de ressources publiques. La construction est pourtant le moteur de l'extension de la ville. Les gouvernements locaux acceptent le contrôle financier des gouvernements de niveau supérieur et n'ont plus la capacité financière de développer des infrastructures municipales urbaines, y compris des installations ou des bâtiments publics, sans parler de la construction de logements en plus de la catégorie « unité ». Les bâtiments résidentiels sont construits par chaque unité et distribués à ses membres. À l'ère de l'économie planifiée, le fait de posséder ou non une maison en ville dépend directement du type de logement auquel appartient le

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Fig.15 la maquette du projet du quartier centre de sport de Tianhe achevĂŠ en 1987 Source : Retour de la planification de ville Guangzhou (1949-2005), page145

Fig.16 la maquette de la ville radieuse (plan voisin), Le Corbusier

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citoyen. En distinguant le contrôle de l’enregistrement des ménages entre les citadins et les ruraux et le système de distribution de biens de consommation urbains, le champ social urbain est devenu une place prioritaire dans la période d’économie planifiée par rapport à la société rurale. Pour résumer, en ville, chacun est fixé dans un lieu par l'organisation à laquelle il appartient. La stratégie d'occupation du sol des villes chinoises au cours de cette période est très nette : à l'intérieur du terrain de construction sélectionné, l'agencement et le mode de planification des bâtiments sont similaires et ils ne tiendront pas compte de la connexion avec la ville. Cela est du au fait que chaque parcelle est devenue une unité fermée comprenant des résidences, des bureaux, des écoles primaires et secondaires, des hôpitaux, des marchés et des magasins. Chaque unité est reliée par un réseau routier et de nombreuses grandes unités peuvent répondre aux besoins quotidiens des personnes. Dans le livre "Reconstruire la Chine - 30 ans d'urbanisme (1949-1979)",

1

avantages du modèle d'organisation de l'espace unitaire à cet égard :

a exprimé les « Laissons la

famille se rapprocher de l'unité ... Ainsi, le facteur décisif dans l'amélioration des conditions de vie des habitants est la réduction de la distance qui sépare le domicile du lieu de travail ... La plupart des maisons construites dans les années 1970 ont été construites pour des employés, la plupart du temps à proximité de l'unité. La culture de l’unité a conduit à l'unification du développement des villes ». Après la réforme et l'ouverture, l'idéologie est passée de la modernisation du modèle soviétique à celle de l'Occident. La marchéisation du logement, les réformes privées et l'avancée continue de la mondialisation et de l'urbanisation rapide sont les aspirations de la nouvelle classe aisée urbaine, à l'instar des modes de vie occidentaux, en particulier de la « gated communities » aux États-Unis. La ville animée par la voiture que Le Corbusier a imaginée est devenue un modèle pour le développement urbain de la Chine : la ville a revu rapidement ses infrastructures, les autoroutes et les échangeurs autoroutiers occupants les terrains urbains. [Fig. 15] [Fig.16] Afin de disposer d’un retour sur investissement rapide après la cession de terrains, par le gouvernement, à des promoteurs, ceux-ci ont mis en place un mode de développement similaire, créant une unification du développement des villes. Les

HUA Lanhong 2006 1

HOA

Léon

,Reconstruire la Chine - 30 ans d'urbanisme (1949-1979), Edition Sanlian, Beijing,

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Fig.17 Photo : Village urbain Datang à Guangzhou Prise par auteur en 2016

Fig.18Photo : Enfants de Paraisópolis Source : http://www.jssj.org/article/une-photo-pour-penser-les-inegalites/

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architectes ont contribué à ce mouvement en créant des modèles de résidences réplicable sur tout type de terrains. Ainsi, le type de d’aménagement résidentiel en vogue en chine est adapté pour être construit en masse et satisfaire aux désirs des habitants. L'architecte paysagiste, lui, remplit les espaces laissés vides et dessine l'emplacement de la piscine, de l'herbe et des plantes. Le modèle est réplicable à l’infini en raison de son adaptabilité. En période d'urbanisation rapide, les promoteurs tirent les coûts vers le bas pour favoriser la rentabilité. Cependant, lors de la rencontre de cette occupation générique du terrain et de la forme informelle des villages urbains aménagée par les villageois eux-mêmes, le contraste énorme apparait. Cette énorme différence de forme se retrouve non seulement dans les villes chinoises, mais dans les villes d'Amérique latine où l’on peut constater d'énormes différences de forme entre les quartiers fermés et les bidonvilles. C’est précisément pour cette raison que les dirigeants chinois s’inquiètent particulièrement de ce que les villages urbains des villes chinoises se transforment en taudis en Amérique latine. L’attitude du gouvernement chinois à l’égard des villages urbains est de les éradiquer et de construire sur place des habitats collectifs.

3. RELATION VILLE-VILLAGE La relation entre la ville et le village est la clé de la compréhension du village urbain. Dans ce phénomène particulier, la ville et le village sont très différents mais se confondent en même temps. L'agglomération rurale est caractérisée par un habitat plus ou moins concentré, possédant des services de première nécessité et offrant une forme de vie communautaire. Tandis qu’en ville, le milieu urbain est à la fois un milieu physique et humain où se concentre une population qui organise son espace en fonction du site et de son environnement et en fonction de ses besoins et de ses activités propres mais également de contingences particulières, notamment sociopolitiques. Le principe de planification urbaine de la Chine définit les villes comme suit : les villes sont densément peuplées et les zones industrielles et commerciales sont davantage développées. Les villes possèdent des zones résidentielles, industrielles et

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Fig.19 QIU Ying(Né vers 1494 ou 1510 près de Shanghai,mort en 1551 ou 1552), Tableau du pays de Merveilles de la source aux fleurs de pêcher .

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commerciales mais également d’autres divisions fonctionnelles et cette ville a la capacité d’administrer juridiquement ces espaces. La composition de la ville regroupant des des bâtiments, des rues et des parcs. En général, les villes ont de meilleurs établissements de santé publics, de services publics, d’aménagement du territoire, de logements et de systèmes de transport. Le développement intensif facilite également l'interaction des personnes et des activités commerciales.1 L’universitaire britannique Raymond Henry Williams estime que la caractéristique d’une ville au XVIe et XVIIe siècles était liée à l’argent et au droit. Au XVIII ème siècle, la ville était associée à la richesse et au luxe mais également aux soulèvements populaires et ces mouvements contestataires atteignirent leur apogée à la fin des XVIII ème et XIX ème siècles. Puis, les XIX ème et XX ème siècles furent associés respectivement au renforcement de la mobilité dans les villes et, paradoxalement, à l’isolement dans les campagnes. Au sens traditionnel chinois, le village correspond à un paysage naturel et à une vie pastorale, comme le décris TAO Yuanming 2. Il écrit ainsi dans La source aux fleurs de pêcher que : « la forêt aboutissait à la source du ruisseau, qui jaillissait du bas d’une montagne ; et là, il aperçut un petit orifice où tremblotait une faible lueur. Il laissa la barque et entra. Au début, le passage était si étroit qu’un homme pouvait à peine y passer. Mais quelques pas plus loin, il découvrit tout à coup un vaste espace rempli de lumière. C’était une belle plaine de champs fertiles, de lacs limpides, de mûriers et de bambous luxuriants. Les hameaux se rangeaient avec ordre ; les sentiers s’entre-croisaient, tandis que, de loin, se répondaient les coqs et les chiens. Les hommes et les femmes venaient et s’en allaient tout en travaillant. Les vieillards aux cheveux blanchis, les enfants aux tresses pendantes, tous vivaient joyeux et contents ». Dans l'idéologie dominante d'aujourd'hui, l'image traditionnelle du village a été considérablement réduite. Le village est devenu un lieu de pauvreté dans la marée de l'urbanisation moderne, sans connaissances et synonyme de dégoût. Aujourd'hui, l’imaginaire chinois en ce qui concerne la ville ne se détache toujours pas de l’imaginaire du développement occidental. Sans que la population n’en est conscience, la ville chinoise est issue des réflexions menées par le Corbusier et reprises par le pouvoir chinois. Même si peu de Chinois ont entendu parler du nom Le principe de planification urbaine de la Chine, Un guide de planification urbaine officiel publiée pour les architectes chinois 1

Tao Yuanming,né en 365, mort en 427,est considéré comme un des plus grands poètes inspirés par le taoïsme. Il chante dans ses poèmes la retraite à la campagne et le vin. L'un de ses textes les plus connus est La Source aux fleurs de pêcher ( ), qui décrit un village vivant loin du monde dans une vallée cachée. 2

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de Le Corbusier, la population chinoise associe toujours la ville à la possession des caractéristiques suivantes : immeubles de grande hauteur, large routes et utilisation des voitures comme mode principal de moyen de transport. Le village urbain dispose toujours de l’appellation « village  » du fait qu’il n’existe pas de gratte-ciel ni de larges routes en son sein et par delà, il ne satisfait pas à l’imaginaire urbain de la Chine. De plus, la ville demeure le meilleur exemple de la Société du spectacle tel que Guy Debord l’entend et ce, même si la population chinoise a connu la Chine socialiste et l’idéologie marxiste. L'aspiration des citadins à entrer dans les grandes villes est évidente et la multiplication par sept du prix des mégapoles chinoises en dix ans en est le meilleur exemple. Situationiste International estime que le meilleur lieu d’exposition pour les « spectacles » se trouve dans la ville. La vie citadine moderne elle-même a été présentée comme une énorme accumulation de spectacles. Dans la société actuelle, le concept de « spectacle » remplit non seulement l'espace physique de la ville mais capture également l'espace de formes abstraites telles que l'espace de vie, l'espace visuel et l'espace psychologique. La marchandise est transformée en un monde de représentation autonome, et la ville est devenue son meilleur vecteur. Bien que le monde Internet soit aujourd'hui très développé et il crée les spectacle à travers l'espace virtuel, mais cette création de spectacles dans les villes, en particulier les grandes villes, ne semble pas s'affaiblir, mais elle se combine avec le monde virtuel et croît les unes avec les autres. David Harvey1 a souligné que l'essence de la métropole contemporaine réside dans la double relation logique entre le capital et l'espace urbain. D'un côté, du point de vue du capital, après l'accumulation du capital, le capitalisme a besoin d'un vecteur de sortie et l'espace urbain devient le meilleur choix. C'est l'urbanisation du capital. De l’autre côté, du point de vue de l'espace urbain l'invasion de capitaux remplit tous les aspects de la ville, il n'y a pas de pouvoir pour résister au capital, pas de prix des terrains, pas de vente de maison, c'est la capitalisation de l'espace urbain. C’est une relation d’interpénétration. Les caractéristiques des grandes villes sont doubles et se traduisent par une accumulation de capital dans la nature et par une représentation en tant qu’accumulation de spectacles. Le capital crée des spectacles et les spectacles contrôlent le public par le biais de la discipline. Dans une autre dimension, le public embrasse le spectacle avec enthousiasme, tire une fausse 1

HARVEY David, Rebel Cities: From the Right to the City to the Urban Revolution, Verso, London et NYC, 2012

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satisfaction du spectacle et partage et reproduit activement le spectacle, faisant du monde entier une fête. Il y a non seulement des travailleurs migrants dans les villages urbains, mais encore un grand nombre de cols blancs qui viennent d'obtenir leur diplôme. Pour profiter du spectacle créé par l'accumulation de capital dans la ville, ils vivent dans des habitations étroits où les conditions de vie sont difficiles. De plus, la densité de population de villages urbains comme à Guangzhou est extrêmement élevée, six fois plus élevé que la densité de population que l’on retrouve dans la ville. La densité de population des villages urbains existants à Guangzhou est de 95 465 habitants au kilomètre carré, soit six fois la population urbaine. Près de 9 millions des plus de 20 millions de personnes effectivement gérées à Shenzhen vivent dans des villages urbains. 1 L'histoire du capitalisme est l'histoire des villes qui ont vaincu les campagnes. Dans le Manifeste du Parti communiste 2, Marx et Engels soutiennent que "la bourgeoisie succombe de la campagne au pouvoir de la ville ... Elle a créé une ville immense ... elle subordonne des pays non civilisés et semi-civilisés à des pays civilisés". Guy Debord souligne, lui, que « Le spectacle est l’idéologie par excellence, qu’il expose et manifeste dans sa plénitude l’essence de tout système idéologique : l’appauvrissement, l’asservissement et la négation de la vie réelle »3. Le pouvoir de la ville aux côtés du capital est énorme et le processus d'urbanisation est un processus presque irréversible. Dans ce processus, le village est négligé. Si le lien entre ville et campagne n’est pas résolu, le problème du logement ne pourra lui même être résolu, mais le village urbain est nécessairement l’incarnation de la contradiction du processus d’urbanisation. Le moteur rugissant de la ville a balayé le capital pour engloutir le village qui y a succombé. Par conséquent, dans ce sens, le village urbain n'est pas un village en tant que tel, mais un terrain urbanisé. Une fois entourée par la ville, il est également entourée par le capital, et ne peut jamais revenir à l’état du village. L’existence du village ne peut ainsi demeurer que dans les traces qui demeurent du village antérieur.

1

Site du gouvernement chinois, annuaire statistique

2 Le Manifeste du parti communiste (en allemand : Manifest der Kommunistischen Partei) est un essai politicophilosophique commandé par la Ligue des communistes (ancienne Ligue des justes), et rédigé par le philosophe allemand Karl Marx, publié en février 1848 3

DEBORD Guy, La Société du spectacle, Buchet/Chastel, Paris, page 205

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2.L’HÉTÉROTOPIE, DES INFORMELS CERNÉS PAR LA STANDARDISATION

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Fig.20 La désordre des fils d’électricité partout les une s'accroche aux autres. Source : internet

Fig.21 Les restaurations qui font l'odeur difficile à évacuer d’étroites ruelles. Prise par auteur !54


A. Le village urbain, une tumeur 1. SALE, CHAOTIQUE, PAUVRE Du processus d'urbanisation suit toujours le transfert d'un grand nombre de populations rurales vers les villes mais la demande en logements urbains n’est dans la plupart des cas, pas suffisante, créant des zones résidentielles pauvres, voir des bidonvilles. La saleté et le chaos dans les villages urbains proviennent de la forte densité de population et de l’imperfection des infrastructures. La densité de population de la zone « village urbain » est de 95 465 habitants par km2, soit plus de six fois la densité de la population urbaine à Guangzhou 1. En raison de forte augmentation des habitants et afin de répondre à la demande croissante en électricité beaucoup de réseaux électriques précaires ont été créés. Au dessus des ruelles, sur les murs, ces fils électriques sont dispersés partout. [Fig.20] Le système d’évacuation des eaux usées pose également de nombreux problèmes : nombre de zones aquatiques dans les villages sont devenus les effluents des eaux usées du village. Les déchets dans le village sont également un problème et se retrouvent jonchés et abandonnés dans les ruelles. Les petits restaurants se multiplient dans les villages en réponse de plus en plus de demandes de Waimai: les livraisons à emporter. Ces restaurants préparent de la nourriture souvent dans des conditions d’hygiènes qui posent question. Les ruelles du village sont infestées d’odeurs nauséabondes, [Fig.21] surtout en été dans le sud de la Chine. La construction étant basée sur le maillage du village d'origine, l'espace public du village est irrégulier, le réseau routier est très compliqué. Ces bâtiments portent le surnom de Woshoulou [Fig.22] — des bâtiments qui furent construits de manière empirique et très peu éloignés les uns des autres. Cela entraîne une mauvaise ventilation et un éclairage insuffisant dans le village ce qui cause des risques pour la sécurité des habitants. En outre, les revenus des migrants dans le village sont très peu élevés et le système de gestion

1

DENG Jionghua, Étude sur le mode de transformation du village urbain de Canton South China University of Technology, Canton, 2014 !55

,


Fig.22 Woshoulou, les bâtiments qui se serre la main font nuit même en plein jour. Prise par auteur

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environnemental du village n’est pas bon : au printemps, les moustiques prolifèrent et, lorsque le virus devient épidemique, le gouvernement oblige le village à ramasser les ordures et traiter les étangs qui contribuent à la reproduction des moustiques et la diffusion des maladies. 2. VILAIN, GÊNANT LES HABITANTS ET L’ADMINISTRATION Comme tous les bidonvilles, les villages urbains sont perçus négativement par le reste de la population. En tant que représentant de l'urbanisation rapide, le processus d'urbanisation de Shenzhen s’est accompagné d’un afflux d'un grand nombre de migrants et de l'émergence de logements locatifs dans les villages urbains. À la fin de 2008, Shenzhen comptait une population de 2 280 700 habitants et une population non résidente de 6 487 600 habitants ainsi qu’une population réelle de services de gestion de 12,6791 millions de personnes, dont une population régionale de 3 298 800 personnes1. Il y a 437 villages urbains à Shenzhen et 138 036 bâtiments dans le village, dont 113 351 bâtiments résidentiels. Les statistiques sur les logements locatifs à Shenzhen en 2005 ont montré que plus de 6 millions de personnes louaient des logements2. La population composée d’immigrants intérieurs s'est rassemblée dans les villages urbains et de nombreux crimes ont été commis. Selon des informations, à Guangzhou, 60% des criminels se cachent dans des villages urbains3. À Guangzhou et à Shenzhen, les activités criminelles liées aux villages urbains représentent 60 à 90% des crimes commis dans toute la ville4. Parmi les 6 345 suspects capturés par la branche Baoan du Bureau de la sécurité publique de Shenzhen en 2003, la population d’immigrants intérieurs représentait 98,7%5 .

1

Bureau de statistique de Shenzhen, Bureau national de statistique, équipe d'enquête de Shenzhen, Annuaire statistique de Shenzhen, China Statistics Press, 2009, p. 53. 2009 53 2

"Avis concernant la transmission des avis du Bureau de la sécurité publique de Shenzhen sur la résolution des dangers cachés de la sécurité incendie dans les villages de la ville", Shenfu [2006] n ° 110, 30 juin 2006. [2006]110 2006 6 30 3

La réforme du permis de séjour temporaire à Guangzhou est suspendue, Economic Observer, 2 Avril

4

People's Public Security Daily 2004/12/06

5

2007

Rénovation du village de la ville, Shenzhen coupe à contrecœur la "tumeur" et le "quotidien économique" 17,Décembre, 2004 “ ”

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Fig.23 Carte des unités et des villages urbains à Guangzhou, faite par Huang Quanle, légendée par auteur, basé sur Google map de 2007 de Guangzhou.

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B. La fragmentation des métropoles 1. ÉCLAT ET HIÉRARCHIE : PLANIFICATION DES VILLES CHINOISES Dans la période d'économie planifiée, les éléments du groupe dans les zones rurales sont les communes, alors que dans les villes, ce sont des unités. Le danwei est devenu la principale source d'identité des citadins : il confère à ses membres le droit - identité sociale - et le statut politique d'agir dans le cadre ou à l'extérieur du danwei. Par exemple, aller à un autre danwei en voyage d'affaires, acheter un billet d'avion, ou rester à l'hôtel, un citoyen chinois doit présenter une lettre d'introduction de sa part, le danwei ... Le sentiment d'appartenance à une communauté est renforcé l'archétype de danwei, un complexe muré qui est devenu l'unité spatiale de base de la ville chinoise. 1Une mentalité persiste dans l’esprit chinois, celle qu’habiter dans un quartier fermé est toujours meilleur pour son identité. Cela crée cependant une rupture parmi les citadins. [Fig.23] De 1949 à 1989, les lois régissant la planification urbaine et rurale à travers le pays n’ont pas été officiellement promulguées. Le 26 décembre 1989, la première « Loi sur la planification urbaine de la République populaire de Chine » a été publiée pour guider la planification et le développement dans la zone de planification urbaine. Mais cette loi ne s’appliqua qu’aux zones urbaines. Afin d'améliorer et de compléter la planification et l'orientation du développement rural, le 1er janvier 2008, la « loi sur la planification urbaine et rurale de la République populaire de Chine » a été mise en œuvre. La planification urbaine en Chine est issue du gouvernement et son représentant le bureaux d’urbanisme. L’opinion des résidents est rarement entendue car il n'y a pas de pression pour des élections démocratiques et il est facile pour le gouvernement de mettre en œuvre les plans de planification urbaine auxquels ils s'attendent. Cela présente les inconvénients suivants : la plupart des orientations en matière de planification urbaine sont dictées par les intérêts et les voix des promoteurs et des gouvernements. L’urbanisme a pour but d’adapter le terrain au développement économique et le fonctionnalisme prime : le taux de rendement des fonds est le premier critère. L'impact négatif 1

BRAY David Social space and governance in urban China press Stanford/California 2005

the Danwei system from originsto reforme, Stanford University

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Ville 1933 1933

Ancien axe de Guangzhou

Village 1933

Nouvel axe de Guangzhou

Ville 1860 Ville 2005

Village 1993 Village 2005

2005

Fig. 24 Transformation de la ville de Guangzhou Source : DE MEULDER Bruno, LIN yanliu, SHANNON Kelly, Villge in the city, Park Books, Zürich, 2014 !60


sur la ville après l’unification de l'espace urbain est rarement pris en compte. La fonction du bloc créé des frontières rigides ne permettant pas de diversification dans la ville. CLASSIFICATION DE VILLE CHINOISE PAR L’ÉCHELLE Le Document No.51 of the State Council (Obtober 2014) a introduit un nouveau critère pour caractériser les implantations urbaines. Les villes avec une population de moins de 500 000 habitants sont désormais nommés «  petites villes  ». Dans l’enceinte de cette catégorie, les villes d’une population entre 200 000 et 500 000 habitants sont appelées « premier type » tandis que celles avec une population de moins de 200 000 sont appelées « deuxième type ». Les villes de l’échelle moyenne répondent à la catégorie d’entre 0.5 et 1 million d’habitants. Les grandes villes ont une population de 1 million à 5 million et comme les petites villes, sont distinguées entre deux catégories : les grandes villes qualifiés de « premier type » ont une population de 3 à 5 million, celles nommés par  «  deuxième type  » sont entre 1 et 3 millions. Les villes avec une population entre 5 et 10 millions sont considérés comme méga-ville et celles avec plus de 10 million d’habitants, elles sont désigné « mastodonte méga villes ». Ces quatre niveaux de divisions administratives ont été établis après 1949 - à noter que parler de ville en Chine n’inclue pas seulement les centres urbains et les zones construites, mais comprend aussi les agglomérations de territoires ruraux expansé largement.

2. ÉTABLIR UN MODÈLE DE VIE DES NORMAUX STANDARDISATION D’HABITATION La standardisation de l’habitat est devenu un modèle absolu pour les habitants de villes chinoises. On peut retenir, pour simplifier, les années 1980 et 1990 comme les dates de deux décennies qui marquent des étapes importantes dans l’installation de la problématique de l’urbanisme en Chine, particulièrement à Guangzhou, confronté au phénomène des villages urbains[Fig.24].

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Fig. 25 L’affiche propagandiste de la viste de DENG Xiaoping à Shenzhen en 1992 Les écritures sur l’affiche : Si nous n’adhérons pas au socialisme, ne persistons pas dans les réformes et l’ouverture, ne développons pas l’économie et n’améliorons pas la vie des gens, nous ne pourront être que morts(cela ne nous laissera qu’une impasse). Source : site d’internet de Chinese propaganda poster

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-

la décennie 1980 marque les débuts d’une nouvelle politique de la municipalité. Elle se trouvait confrontée à la surdensité démographique des occupants du centre-ville, qui ne trouvait pas de solution en terme de logements neufs. On a alors rénové en agrandissant et en aménageant ce que l’on pouvait, ce qui tout de même s’est traduit par une certaine amélioration des conditions : la surface moyenne allouée par habitant est passée en dix ans de 4,5 à 6,6 m2 : on peut cependant discuter ces chiffres en les pondérant par le nombre d’habitants, mais la définition de la résidence ne tient pas compte des occupants n’ayant pas le statut strict selon la législation de l’état civil.

LE TOURNANT HISTORIQUE

-

Avec le Tournant historique des années 1990 et la libéralisation de l’économie, le marché immobilier s’ouvre à la construction de logements neufs, et cela se traduit par une débauche immobilière de grande ampleur, avec une extension vers la périphérie. Et la surface moyenne allouée par habitant atteignait 11,8 m2 en 2001.

C’est bien ce tournant historique des années 90 qui nous concerne ici car c’est alors qu’apparaît le phénomène du « village urbain ». L’extension de l’urbanisation aux zones périphériques n’a en effet été possible que à cause de la décision de libéralisation totale de certains secteurs de l’économie, et notamment dans celui de la construction et la commercialisation des logements urbains. Il ne suffit pas, en effet de construire des logements, encore faut-il en faciliter le mode d’accession. Et, dans l’esprit du VIIIe Plan (1991), et à la suite des décisions prises par Den Xiaoping de l’ouverture au marché libre, [Fig.25]priorité fut donnée à la construction immobilière, avec une grande facilitation pour l’accession. Et dans ce but, la municipalité de Guangzhou a pris un ensemble de dispositions, promouvant la construction de logements et en facilitant le mode d’accession, afin aussi de réduire la densité d’occupation du centre-ville. L’attribution de logements était auparavant une prérogative de l’Etat, elle devient un marché livré aux promoteurs et au circuit bancaire selon une vision qui se veut résolument optimiste : et les effets sont très sensibles, l’économie locale connaît un bond important, la ville change d’apparence et les habitants connaissent avec enthousiasme de nouveaux modes de vie et d’aménagement de leur habitat. Obtenir un logement dans une résidence toute neuve et pourvue de tout le confort est un net changement par rapport aux conditions austères qui étaient la norme de

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la période précédente. Et le choix des solutions architecturales occidentales, dans une version souvent peu avenante, ont accentué l’attrait pour ce nouveau genre d’habitat et, somme toute, les promesses d’amélioration des conditions matérielles d’habitation, ont été tenues et ont stimulé encore plus l’économie par la confiance mises dans le secteur de l’immobilier urbain. Et dans ce secteur de l’immobilier urbain, la croissance de l’investissement annuel a connu un doublement dès 1992, et l’offre en terme de superficie a été décuplée dans la même période.

QUEL HABITAT ? Pour satisfaire rapidement la demande de logement neuf, on a surtout privilégié les solutions les plus standardisées possibles, la production en grande série. Et ces solutions pourtant d’assez bas niveau, ont connu un grand succès, satisfaisant cette grande soif des chinois pour le neuf, sans grande considération pour l’esthétique ou la qualité de vie mesurée à l’aune des standards connus en occident, où ce genre d’habitation serait plutôt le lots des classes pauvres. Et la demande ne faiblissant pas, ces logements devinrent objet de spéculation. On a ainsi résolument changé d’époque. Fini le temps où l’Etat s’occupait de tout, certes, mais déléguait aux entreprises le soin de gérer le construit existant, sa gestion, son entretien et sa rénovation. Désormais les entreprises ont pour coeur de métier la seule construction de logements neufs. La suite des opérations incombe aux acquéreurs, qui se tournent vers les entreprises réalisant l’aménagement des appartements « bruts », et comme cela nécessite des investissements conséquents, on contribue ainsi largement au développement du secteur bancaire, et plus largement, de l’économie locale. Cela était parfaitement conforme aux directives proclamées sous forme des slogans comme «  l’homme comme fondement  » ou «  l’homme au coeur  », car disposer d’un logement neuf que l’on peut acquérir facilement et ainsi penser améliorer le confort de sa vie quotidienne, correspond parfaitement à ces mots-d’ordre. En mettant en avant la standardisation, les Ecoles conjointes de Le Corbusier ont gagné la bataille des esprits en Chine. Cependant, certaines de ces réglementations, telle que le quota d'espacement solaire ont fortement limité la planification des logements, ce qui a également conduit à l'homogénéisation des logements. La variété des types de logements est

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Fig.26 Affichage de style européen simple, source d’internet

Fig.27 Affichage de style chinois nouveaux, source d’internet !66


également limitée à la diversité déterminée par le nombre de pièces et la configuration des maisons, et n'entraîne pas de différences majeures dans le type de logement. Par exemple, il n'y a pas de différences majeures dans les méthodes de construction, les matériaux et les types d'espace, et tout au plus ne se distinguent que par un soi-disant style. Les promoteurs recherchent des styles de design plus conservateurs quand leurs intérêts sont protégés, c'est-à-dire qu'ils ont de nouveaux points forts, mais ils sont limités à l'imagination des acheteurs comme le style européen simple, le style chinois nouveaux [Fig.26,27], etc. En 2007 un groupe de recherche du ministère de la construction a analysé la problématique de village urbain, et publié la thèse « L’analyse de la problématique de la planification et construction de village urbain  », ce groupe a considéré que le village urbain est un produit d'une étape spécifique de l'urbanisation sous la double structure urbaine-rurale de la Chine : dans la période initiale d'urbanisation, afin d'économiser les coûts de construction et de développement, la ville évite de toucher les communautés rurales et les englobe, cela peut être la définition officielle du village urbain. Il induit aussi la forme et le statu quo du village urbain : -la confusion de la propriété foncière, -la complexité de composition de la population et les conditions d’emploi, -la double caractéristique des zones urbaines et rurales de la gestion communautaire La distribution spatiale montre un développement cyclique, c'est-à-dire que la distribution des villages urbains décline vers l'extérieur de la zone centrale de la ville, et que la construction en chasse la population. Les aménagements publics sont principalement des commerces et les aménagements municipaux accusent quant à elles un sérieux retard. Grande densité de construction, qualité environnementale médiocre et nombreux dangers cachés. D'une part, le village urbain a allégé la pression de la réinstallation des migrants dans la ville, d'autre part, il a la fonction de sécurité sociale des villageois d’origine.

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Fig.28 Les petites commerces se fleurissent au rez-de-chaussée énormément fréquentées au village Shipai. Prise par auteur.

Fig.29 Les espaces publics utilisé pour la sèche-linge et la sèche-saucisse au village Longdong Prise par auteur

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C. La promiscuité, estime manifestée 1. LA VIVACITÉ La surface du village urbain a l'air très en désordre, des fils électriques partent dans tous les sens, des magasins occupent la route et il y vit une population dense. Une variété d’activités sont rassemblées dans les villages urbains et les rez-de-chaussée sont occupés par des magasins largement fréquentés et qui fournissent les produits nécessaires à la vie quotidienne.Fig.28] Les espaces publics du village servent à permettre aux habitants de se reposer et sont souvent utilisés comme espace de séchage pour le linge.Fig.29] Il existe également des ateliers et des petites usines qui couvrent la fabrication depuis les matières premières jusqu'aux produits finis. Ces scènes de la vie courante sont très animées et démontre d’une grande vitalité, difficilement perceptible dans l’espace urbain. Cependant, beaucoup d'endroits apparemment désordonnés dans les villages recouvrent en réalité une organisation précise. La disposition des marchandises dans le magasin peut ainsi déborder sur la rue. Les villageois doivent parvenir à un accord avec le voisinage pour pouvoir se retirer lors de la construction de la maison, la méthode d'élimination de l'espace pour sécher les vêtements et la méthode de placement à l’extérieur des restaurants étant conformes à la réglementation du village. Cette forte vitalité n’était pas valorisé au départ par les citadins, et peu de gens dans le monde de l’architecture en ont pris conscience. De nos jours, l'espace homogène et froid dans les grandes villes chinoises attire moins les citadins et oblige à repenser l'importance de la vie dans l’espace urbain. Le désordre ordonné dans les villages de la ville parait dynamique et attire de nouveau. Par exemple la rue piétonne commerciale dans le village de Longdong à Guangzhou, où l’on trouve une variété de commerces : des épiceries, des magasins de thé, des magasins de jouets, des magasins d’électronique, des magasins de couture, des snack-bars et aucune planification gouvernementale uniforme. Les activités dans cette région sont particulièrement riches et les habitants des gated communities environnantes viennent souvent ici pour faire du shopping. Cette combinaison de vie et d’atmosphère chaotique crée la promiscuité mais sans elle la vitalité se perd.

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2. LA TOLÉRANCE La promiscuité des villages urbains reflètent également sa tolérance : à l’exception des classes sociales à faibles revenus causée par la recherche de profits dans de nombreux espaces de la ville, le village urbain est devenu un pays idéal. Il peut être toléré, tout comme les villages urbains accueillent ces groupes à faibles revenus. Il y a encore un peu d'humanité dans la grande ville. En raison de leur tolérance, de nombreuses entreprises en démarrage ont également développé des loyers à faible coût, tels que Huawei et Tencent. Huawei, dont le chiffre d’affaires annuel dépasse aujourd’hui les 100 milliards de dollars, est né dans un village pauvre de la province de Guizhou, après avoir échoué dans des activités commerciales. Cette entreprise fut créée à Shenzhen, dans un village appelé Chengye. Tencent a également commencé dans un village urbain. Le caractère inclusif du village urbain de Shenzhen a fourni un grand espace de développement pour les entreprises de technologie chinoises, créant un miracle de l'économie chinoise. Ces histoires constituent également l'histoire de ces villages. On ne peut pas dire que les villages urbains constituent le succès de toutes ces entreprises mais au départ de leur carrière, leur ont offert des opportunités. Bien entendu, cette tolérance contribue au développement de structures entrepreneuriales en devenir mais pas uniquement. En tant que quartier, le village urbain englobe tous ceux qui ne peuvent pas vivre dans la norme définie par le capital et le consumérisme et qui sont rejetés de la ville. Les villages urbains leur offrent la possibilité de bénéficier d’opportunités d’intégration. Les villages urbains sont intrinsèquement inclusifs, et les villes possédants les villages urbains sont donc plus inclusives que les autres villes.

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3. LES MÃ&#x2030;TAMORPHOSES DES VILLAGES URBAINS

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Fig.30 Village Liede, Guangzhou, 2014, Le village Liede est transformé en 2008 en quartier normalisé qui était la première reconstruction d’un village urbain à Guangzhou. Il ne reste que le temple familial et cette porte construite nouvellement, comme trace qui évoque ce qu’était l’ancien village. Source : site d’internet du gouvernement de Guangzhou

Fig.31 Village Yangji, Guangzhou, 2018, Le village Yangji est aussi détruit et reconstruit. Comme la porte du «village» Liede, Yangji en a aussi construit une. Source :prise par auteur !74


A. La radicalité de la transformation des villages urbains 1. Démolir et reconstruire, les enjeux d’entre le gouvernement et les citoyens Comme mentionné ci-dessus, le village urbain a apporté d’énormes dividendes démographiques à la ville en accueillant un grand nombre de migrants, en fournissant de nombreuses ressources humaines pour la construction d’infrastructures et à destination des usines. Il est également devenu un élément important de la puissance de développement économique des grandes villes chinoises. Cependant, l’environnement urbain a contraint l’environnement spatial refoulé, l’accroissement du taux de criminalité et la mauvaise image de la ville, qui ont incité le gouvernement et le public à douter de l’existence du village urbain et de son développement radical. Sous l'impulsion du modèle économique et financier foncier, la transformation du village en ville deviendra inévitablement une source importante de revenus pour le gouvernement, de sorte qu'un grand nombre de villages urbains ont été démolis et reconstruits, ce qui semble être une nécessité historique. Les villageois possédant des terres attendent également le jour où le village urbain sera démoli et reconstruit, afin de réaliser une opération financière intéressante. Tout cela est devenu une sorte de jeu entre le gouvernement, les villageois et les citoyens de la ville, autour de la terre, des droits de propriété, de l'argent et du hukou. En juin 2007, Guangzhou a commencé à essayer de nouvelles idées pour la transformation du « village dans la ville » - dirigé par le gouvernement et le village, en incitant des promoteurs immobiliers à développer en coopération. Cela tranche avec les statut postérieur dans lequel la ville de Guangzhou avait interdit aux promoteurs d'intervenir dans la transformation des vieilles villes et la transformation des villages urbains. En Septembre de la même année, Guangzhou R&F Propriétés et KWG Property conjointement avec Hong Kong Sun Hung Kai Immobilier, ont remporté le marché de la reconstruction du village de Liede [Fig. 30] pour un prix total du terrain de RMB 4,6 milliards.1

WANG Shenglin, Une étude de cas sur la reconstruction d'un village à Guangzhou - Interprétation du village de Liede, —— , South China University of Technology, Canton, 2011 1

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Fig. 32 Village urbain Yangji,avant dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre reconstruit, 2009, source : site News of Wangyi

Fig. 33 Village urbain Yangji , 1980, source : site News of Wangyi

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Le gouvernement, dans la transformation de ces villages urbains, occupe une place prégnante. Les collectifs de villageois sont transformés et les terres sont cédées aux enchères. Cette utilisation dominée par la volonté du gouvernement présente cependant l’avantage de transformer les villages urbains, rendant aux collectifs de villageois de grands avantages, nommant en ce qui concerne les concessions. Ce modèle de transformation peut être illustré par la reconstruction du village de Liede et du village de Yangji, dont les caractéristiques sont un fort soutien et une forte implication du gouvernement. Dans une certaine mesure, la reconstruction du village de Liede est basée sur la transformation dirigée par le gouvernement et le collectif villageois comme principal mode de transformation. CHEN Zhixiong1 a mis en avant les avantages de ce modèle : l'utilisation coordonnée des ressources des départements concernés est propice à la promotion de la transformation. Cela peut fournir une protection adéquate aux groupes défavorisés dans la prise en compte globale de la transformation des villages et tous les aspects des intérêts sur le long terme. La vente aux enchères des terres a résolu le problème préoccupant des sources de financement pour la reconstruction et le développement ultérieur. La transformation globale a permis au village urbain de devenir rapidement une ville urbaine, évitant les aléas du marché. Mais il est également aisé de mettre en avant les défauts de ce modèle : l’avantage géographique de Liede ne peut pas être reproduit pour tous les villages urbains. Le prix du terrain de Liede, village de Guangzhou demeure élevé et il y est relativement facile de recueillir des capitaux. Beaucoup d'autres villages n'ont pas cette possibilité. Le gouvernement a investi énormément de ressources administratives, afin de promouvoir la reconstruction de Liede. Dans la ville et les quartiers il a été mis en place beaucoup d’institutions et investi beaucoup de ressources humaines et matérielles. Liede Village a proposé que le ratio de volume du sud-ouest du pont atteigne 7-7,8, le ratio du volume global a dépassé 6, et le sud-ouest de l'essieu arrière a été ajusté à 6. Le ratio de volume des quartiers résidentiels est ajusté à pas moins de 5,2, mais un tel ratio de volume imposera un fardeau énorme sur la nouvelle ville de Perles.2 Située sur la plaine fluviale du Delta de la Rivière des Perles, le village de Yangji [Fig.32] [Fig.33] possède une histoire de plus de 900 ans avant la réforme et CHEN Zhixiong : l’auteur du mémoire Recherche sur les problèmes et contre-mesures de rénovation des villages urbains de la partie sud du nouvel axe central de Canton, South China University of Technology, Canton, 2013 , p20 1

HUANG Quanle, Village et ville : Histoire de Shipai à Guangzhou vue de la morphologie (1978-2008), Edition de l'architecture et l'industrie de la Chine, 2014 2

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Fig. 34 DĂŠmolition du village urbain Yangji en 2014 Source : site News of Fenghuang

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l’ouverture. Le terrain se compose principalement d’étendues plates du nord au sud avec quelques petites collines dispersées au sud-est et au nord et une vaste plaine alluviale appartenant à la banlieue de Guangzhou. Cette ville est entourée d'eau sur trois côtés : face au Huo Jia Chung à l'est, à la rivière des Perles au sud et à Yang Bo Chung à l'ouest. Avant la fondation de la République populaire de Chine, le village se trouvait à l'intersection de Shipai Village et Linhe Village, au nord de la rue Shahe, l'académie militaire de Guangzhou et le zoo, à l'ouest de la jonction, et au sud de la rivière Zhujiang. Avec le développement économique de ces dernières années, les parcelles villageoises ont été réquisitionnées successivement. Il existe une rivière qui se situe dans le village de l’ouest. A l’est de ce village se trouvait des champs, devenue la ville de la rivière des perles, CBD de Guangzhou. La position géographique supérieure du village de Yangji a apporté beaucoup d'avantages aux villageois. Après la réforme et l'ouverture, Guangzhou a commencé sa transformation urbaine, les démolitions ont conduit beaucoup de gens à choisir de louer et de vivre dans le village de Yangji, qui était l’un des premiers choix à l’époque. Dans les années 1980, le salaire moyen d'une personne à Guangzhou n'était que de 50 yuans, mais une famille pouvait gagner entre 50 et 100 yuans en louant une maison. Les villageois ont donc cédés les terres cultivées au gouvernement, certains choisissant d'aller travailler dans la ville et certains choisissant de rester dans le village et de vivre de cette rente. Dans ce village urbain, les construction demeurent de mauvaise qualité : ainsi, les planchers sont souvent en décrépitude et cela se mêle à désordre, à un éclairage et une ventilation de mauvaise qualité. De nombreux problèmes de sécurité publique ont été recensés et notamment des cas de vol et même des meurtre. Cependant, un tel village est devenu le premier "village de milliards de yuans" à Guangzhou. Dans les années 1980, le village Yangji a créé la première organisation économique rurale par actions en Chine, Yangji Stock Cooperative Economic Association.1 L'agence fut créée par la Société de développement économique et les actions ont été divisées pour répondre aux standards de l’économie collective. Les villageois ont mis en place un système de répartition du capital en actions préférentielles et en actions ordinaires et l'unité du développement accordés à l’ancienneté du travail, une économie collective avec règlement en fin d’année et distribution de dividendes deux fois par an. En 1992, les champs du Village Yangji ont tous été expropriés. Les villageois qui ont empruntés de l'argent pour l'acquisition des terres, ont construit des hôtels tels 1

http://gz.house.163.com/special/00873F74/yangjicun0630.html

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Fig. 35 Le 2 octobre 2016, le village Yangji a accueilli un banquet de 1 500 tables, au cours duquel plus de 10 000 personnes ont célébré et assisté au banquet, qui marque le « victoire » des villageois.

source : site News of Fenghuang

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que Yangji Hotel et Guang Jiu Hotel. Ils ont aussi développé Yangji Commercial City et investi 100 millions RMB pour construire le premier « centre d'activités étrangères » de Chine. En 1993, les villageois ont de nouveau ouvert plusieurs nouveaux parcs industriels à Haizhu, Tianhe, Huangpu et dans d'autres endroits, coopérant avec des hommes d'affaires taïwanais ou créant des joint-ventures comme pour la fabrication de chaussures et d'autres industries connexes. La période de démolition du village Yangji 2013. La plupart des villageois qui avaient accepté la démolition l’ont accepté parce qu'ils avaient vus les avantages issus de l’expérience du village Liede. La question fut alors posée de savoir si le ratio de volume était trop élevé et comment protéger les droits et les intérêts des villageois en matière de compensation. Entre-temps, des tensions ont éclatées dans le village, ce qui a même poussé un villageois à se suicider. [Fig.34] Parallèlement, certains villageois ont favorisé la démolition de leurs maison et ainsi accélérer le processus de disparition des maisons-clous1. En janvier 2016, les villageois ont attribués les appartements vacants par tirage au sort, et 4 232 maisons de réinstallation ont été déplacées. Le 18 mai 2016, les maisons de réhabilitation Yangji ont été remises aux villageois et les villageois ont pu déménager. Le 2 octobre 2016, le village Yangji a accueilli un banquet de plus de 1 500 table [Fig.35], regroupant près de 10 000 personnes.2 Ce mouvement a provoqué beaucoup de controverses, notamment du fait de l'injustice entre les nouveaux riches et les habitants ayant construit une maigre fortune basée sur un travail acharné. Dans le village Yangji, de nombreuses familles se sont disputées à cause de l’attribution des appartements. Cela a changé la relation familiale traditionnelle, et le réseau de relations familiales a disparu à l'ère du post village urbain. Cela représente l'effondrement d’une communauté sociale particulière. De plus, la qualité des maisons relocalisées ne répondait pas aux normes et des fuites d'eau, des chutes de tuiles et des moisissures ont été notamment constaté. Bien que le prix de l’immobilier affiché de 45.000 yuan (environs 6000 euros) mètres carrés paraît accrocheur, il demeure que pour les villageois il s’agit de montants importants par rapport au salaire moyen. Parce que les terres du village appartiennent à la collectivité, elles ne peuvent être transférées qu'à l'intérieur de la maison-clou : c’est une maison que le propriétaire refuse de céder ou de quitter en dépit de son inclusion dans un projet immobilier conditionné par la libération de la totalité des terrains alentour. 1

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https://www.huxiu.com/article/173838.html

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Fig. 36 Minuit du 13 aoĂťt 2010 les manifestants sâ&#x20AC;&#x2122;alignent contre les policiers qui entourent le village urbain Xian. Source : https://www.boxun.com/news/gb/china/2010/08/201008130853.shtml

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communauté et ne peuvent être échangées avec l'extérieur, ce qui fait que la maison ne peut pas être vendue à l'extérieur du village. La plupart des gens dans le même village possèdent leur propre propriété, et il y a peu de demande pour l'achat d'une maison. En outre, le bonus de location d'un bon emplacement géographique n'est pas encore évident, parce que la location de trop d'appartements en même temps et l'offre excédentaire, la location des maisons de réadaptation dans le village de Yangji n'est pas aussi imaginative que c'est. Dans le passé, la plupart des chambres à louer du village de Yangji étaient simples et faciles à louer, mais les loyers des appartements avec plusieurs étages étaient impressionnants. Il demeure ainsi difficile de louer tout type de résidence. De plus, la gestion des locataires est devenue un gros problème puisque la maison n'appartient pas à une personne ou à un ménage et les différente locataires vivent séparément et les habitants ne se connaissent pas bien.

2. Intouchable, les ruines dans le cœur de ville Comme mentionné dans l'article précédent, le gouvernement municipal de Guangzhou avait proposé d'améliorer la création d'une ville civilisée1 en 1998 et prévoyait donc de rénover les villages urbains, mais il n'y avait pas de planification à ce moment-là. Jusqu'en 2007, afin de pouvoir accueillir aux Jeux asiatiques de 2010 à Guangzhou, le gouvernement municipal avait commencé à émettre des indicateurs permettant d'achever les travaux de démolition et de reconstruction. Le bureau de reconstruction de Guangzhou, chargé de la rénovation des villages urbains a proposé que les travaux de rénovation de base soient achevés pour les 138 villages urbains d'ici 2020, et que les détails de la mise en œuvre soient transmis collectivement aux villageois. Le village Xian a été officiellement intégré au plan de rénovation en 2009. Le 19 août de la même année, le comité du village a dirigé le système de surveillance des villageois principaux pendant 10 à 20 jours. Cependant, les manifestations des villageois ne se sont pas arrêtées et une série de violentes actions de démolition ont commencé. Tôt le matin du 13 août 2010, les comptes de l'entreprise du village n'ayant pas été rendus publics, les villageois n'étaient pas satisfaits des avantages apportés par le plan de rénovation : ils s'interrogeaient sur la corruption entre l'entreprise et le gouvernement et un grand nombre de villageois manifestaient dans le village pour protester contre le plan de démolition. [Fig.36] Le soir, le Création de ville civilisée est une propagande faite par le gouvernement chinois en liant la modernisation et l’urbanisation avec la civilisation pour faciliter les travaux. 1

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Fig. 37 Matin du 13 août 2010 au village Xian, le marché a été détruit. Source : https://www.boxun.com/news/gb/china/2010/08/201008130853.shtml

Décembre 2016

Juillet 2018

Octobre 2017

septembre 2018

Mai 2018

Projet de l’avenir

Fig. 38 Destruction du village Xian et le projet de reconstruction. Souce : publication du Viallge Xian !84


comité de village restructuré, qui porte aujourd'hui le nom Village Xian Industrial Co., Ltd., décida d'abord d’enlever le vieux marché dans le village et d'acquérir 5 500 mètres carrés de terrain pour construire la nouvelle autoroute nécessaire pour les Jeux asiatiques. Les villageois ont demandé à la société de rendre compte du nombre et de la localisation des indemnisations versées par le gouvernement, et les deux parties sont dans l'impasse. Tôt dans la matinée, près de 2 000 policiers armés de boucliers, d'eau poivrée et de gaz lacrymogène ont dispersé la population, tandis que les 16 crochets de l'avenue Huangpu, garés à l'extérieur du village, ont immédiatement enlevé le marché. [Fig.37]1 Pendant cette période, les villageois ont souvent été harcelés par des coupures d’eau, des coupures de courant et des triades (mafia). Outre l'impact sur la vie quotidienne, la sécurité des personnes est également menacée. De 2010 à 2012, le village était gangrené par la mafia locale. Selon la réflexion des habitants, certains villageois qui souhaitaient une démolition rapide ont une relation avec les triades : ils ont engagé des triades pour menacer et frapper les villageois qui n'étaient pas d'accord avec la démolition ou n'étaient pas satisfaits de l'accord de démolition. Ce n’est pas un bon début pour la transformation de ce village : les villageois et le gouvernement demeurent dans une impasse, les villageois qui ont les moyens de quitter le village se sont installés dans d’autres quartiers de Guangzhou et un petit nombre de villageois qui n’ont pas le choix ou qui ne veulent pas déménager sont restés dans le village. Cependant, en raison de la situation géographique supérieure et des faibles loyers du village, même si les conditions de logement sont extrêmement médiocres et le cadre de vie déplorable, de nombreux immigrants intérieurs les louent. Le taux d'inoccupation des villages du village n'est pas connu, mais il ressort des veilleuses (les lumières des maisons dans la nuit qu’on voit) que le taux de location des villages de la ville est toujours élevé. Cela reflète le moment le plus insatiable de la construction de l'urbanisation en Chine. L’objectif étant l’urbanisation, tous les acteurs sont impliqués : le gouvernement, les villageois, les collectivités villageoises et même les mafias. On peut constater que le pouvoir du gouvernement dans le lancement du mouvement est énorme et que sa mission politique et son modèle organisationnel sont extrêmement efficaces. Cependant, comme la transformation du village était dans la période d’urbanisation la plus intense, les conflits entre les parties se sont intensifiés. Il y a d'énormes risques pour la sécurité dans les villages urbains qui ne 1

Source : https://www.boxun.com/news/gb/china/2010/08/201008130853.shtml

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Fig. 39 En fin de la matinée d’un jour du mois juillet en 2018, les bâtiments du village sont en train d’être détruits, mais les migrants internes continuent à y survivre. Prise par auteur

Fig. 40 Sur le mur qui cerne le village urbain, marquent les propagandes de cette démolition et la reconstruction——Nouvel ère, Nouveau Xiancun (village Xian). À gauche : Soutenir la reconstruction du village Xian, rentrer à la maison bientôt. À droite : Cent pour cent de garantie pour rentrer à la maison, garantir offrir la maison comme promis. Prise par auteur

Fig. 41 À gauche, l’habitat reconstruit pour les villageois Xian. À droite, les bâtiments résistants du village urbain. Prise par auteur

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peuvent pas être résolus et l'éradication complète, espérée par le gouvernement, est constamment mise de côté. Aux yeux des citadins, le village Xian est déjà une terre qui ne peut être touchée, l’un des héritages historiques du conflit précédent, l’autre : les villageois espèrent tirer davantage de bénéfices de ce remplacement de terres, ce qui empêche le gouvernement de disposer de l’argent nécessaire. Les promoteurs ne pensent pas pouvoir obtenir un revenu considérable dans cette transformation des terres. Pendant un certain temps, le village a été montré dans la ville comme une ruine. La plupart des reportages sur le village à cette époque peuvent attribuer l’image des cicatrices invisibles de la ville aux peuple, et c'est aussi la période où j'ai vécu à Guangzhou. Chaque fois que je me rendais au Zhujiang New Town 1, j'étais assis dans une voiture à grande vitesse qui traversait la route à cote du village, l’image évoque toujours une sorte de sentiment esthétique concernant les ruines. Un jour, j’ai interviewé un employé vivant dans un grand ensemble résidentiel en face du village, qui a déclaré avoir vu le village opposé lorsqu’il est entré, ce qui lui a causé un choc et un inconfort important, mais il s’y est habitué après une longue période. Le public n’a pas eu un tel conflit avec l’existence du village et a semblé accepter son image comme ruine. Cependant, tout cela a été réécrit en 2018. 2 C'est une année de rénovation en profondeur du village : 90% des villageois ont signé un contrat de démolition et, en un an, 80% des maisons ont été détruites. [Fig.38] Fin 2016, après l'ouverture d'un habitat déplacé (un ensemble résidentiel nouveau pour installer les villageois) dans le village, de fin 2017 à mai 2018, six mois plus tard à peine, une autre habitat fut construit. Après des années d’expériences tirées de la démolition des villages de la ville, le gouvernement municipal de Guangzhou a abandonné cette attitude dures et la politique est devenue plus douce, mais elle a toujours maintenu une efficacité extrêmement élevée dans le projet de démolition et de reconstruction. En avril 2019, les villageois qui sont rentrés dans la deuxième habitat sont retournés vivre dans le village. [Fig.39/40/41] D'un autre point de vue, l'état du village a connu de profonds bouleversements et les ruines d'origine ont été éradiquées, mais cette histoire d'urbanisation à Guangzhou a également été éradiquée sur ce site, et les nouveaux bâtiments ne peuvent pas dissimuler les cicatrices. 1

Zhujiang New Town, quartier d’affaire de Guangzhou

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http://photos.caixin.com/2019-04-02/101400025_6.html

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Fig.42 Village Datang, Guangzhou, par auteur, 2018

Fig.43 Village Longdong, Guangzhou, par auteur, 2015

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B. La résilience des villages urbains 1. Diversité, Spontanéité, Adaptabilité : les activités informelles fleurissent Le grand nombre d'immigrants intérieurs dans les villages urbains a été ignoré par la planification urbaine déjà en route : les habitants travaillent dans les villes mais ne peuvent disposer d’un logement décent. Soit par manque de capacité économique pour acheter ou louer des logements commerciaux, soit à cause du hukou non urbain qui prévoit l’impossibilité de l’accès aux habitations à loyer modéré dans les villes ou les habitants travaillent. Ainsi, le village urbain représente une double fonction : celle de tremplin et celle de tampon pour la ville. La population n’entre pas dans le cadre de la politique du hukou urbain, y compris les ouvriers paysans des autres provinces qui entrent dans la ville et le marché de l’emploi face à des travailleurs diplômés et qui commencent à entrer sur le marché du travail. C'est l'inclusivité du village urbain. En raison de l'inclusion, les villages urbains ont adopté un mélange diversifié de personnes et, en raison de la diversité des populations, les villages urbains sont devenus plus inclusifs. L'espace du village urbain accueille en permanence la population étrangère et profite du dynamisme économique apporté par ces personnes qui façonnent également l'espace du village urbain : espace de vie, espace commercial, espace de production, espace de loisirs, espace de communication. La vitalité du village urbain réside dans ses activités spontanées et informelles : ce genre d’entreprise spontanée qui n’est pas générée par le niveau supérieur est très prospère. Bien que l'environnement du village soit mauvais, il se distingue des zones résidentielles closes environnantes, de l'accessibilité des magasins et des produits de première nécessité, qui peuvent être achetés sans avoir à dépasser une une courte distance. Cette situation est semblable aux nombreuses rues que nous avons observées à Hong Kong et à Macao: l’échelle est petite mais la vitalité est extrêmement élevée. Par exemple, parmi les industries à faible coût générées par la densité de population à faible revenus, il y a les petits produits, les services résidentiels (coiffure, réparations, etc.), les restaurants, les usines de transformation, etc. Par conséquent, de nombreux villages urbains sont devenus un espace avec tout un ensemble de services de vie et d'agglomérations industrielles, que l'on peut appeler

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Fig.44 Village Longdong, Guangzhou, par auteur, 22/01/2015

Fig.43 Village Longdong, Guangzhou, par auteur, 2015

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un espace complexe de production résidentielle. Le village a une variété de magasins, petites usines de transformation, ateliers. Les entreprises modernes telles que la restauration rapide, les magasins de manucure et les dépanneurs se sont rassemblées et ont même créé des rues et des places commerciales. En raison de la très forte mobilité des habitants du village dans la ville, les villages en mouvement sont souvent confrontés à des résidents du village, raison pour laquelle les vieux produits, les appareils électriques d'occasion et les transports sont devenus une industrie importante dans le village. Le sentiment général partagé parmi les habitants qui considèrent le villages urbains plus d’avantages c’est que les villages urbains sont très prospères et plus populaire que les gated communities dont les terres appartenant à l'État.1 Les résidents ici ne se limitent pas aux travailleurs migrants et à d’autres groupes : de nombreux cadres en col blanc louent également des maisons dans les villages. À en juger par les relations entre les résidents, cet endroit conserve la relation forte qui existe entre les communautés rurales traditionnelles et a un fort sentiment d’appartenance. Cependant, les agencements demeurent inadaptés et beaucoup d’habitants vivent entassés. En parallèle, l’activité commerciale demeure similaire à celle existant dans les milieux ruraux : il existe par exemple une réelle entraide entre les marchands. Finalement, le village urbain est un produit du mélange de zones urbaines et rurales. J’ai fait une étude sur le terrain dans un village qui s’appelle Longdong, « la cave de dragon », quand j'étais à Guangzhou. Cette étude visait à comprendre comment les villageois réagissent face à leur circonstances dans les espaces pour répondre à leur demande d’activités. J’ai été attiré par une ruelle [Fig.44]. Cette ruelle mesure 1 mètre 20, et à 24 mètres au-dessus de la tête, il y a un couloir. En détectant quelques indices, on peut découvrir la stratégie de négociation comme règles implicites appliquées par les villageois en vertu de dispositions explicites du gouvernement. Et aussi l’histoire de ce village urbain. Dans cet exemplaire, les propriétaires sont deux frères. Avant 1990, les deux terrains laissé par leur ancêtre sont sur les deux cotés de l’allée, et appartient aux deux frères. Au fur et à mesure, la ville s’est étendue, les villageois ont perdus leur terres agricoles que l’état a achetées. Vers l’an 2000, le frère aîné a transformé sa maison en un immeuble de 5 étages, il vivait dans le

AI Stefan, Villages in the City—— A Guide to South China’s Informal Settlements, Hongkong University Press, Hongkong, 2014 1

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Aîné

Cadet

Mère

Avant 1990

2000

2009

2014

Fils

Jardin d’enfant

Fig.45 Analyse schématique des corridors, par auteur !92


dernier étage et louait les autres étages aux migrants. En 2009, le frère cadet a fait une extension d’un bâtiment de 6 étages. En 2014, le cadet a voulu augmenter le loyer donc il a ajouté un ascenseur en faisant la maison de 10 étages. Le frère ainé qui vit au dernier étage voulait aussi utiliser cet ascenseur, donc il a négocié avec le cadet afin de construire un couloir permettant au cadet d’utiliser l’ascenseur pour accéder à son stockage du dernier étage. [Fig.45] Il y a quelques autres cas où un couloir permet de relier différents terrains. Par exemple, un jardin d’enfant qui utilise deux terrains, un autre est une liaison entre la maison du fils et celle de sa mère. Ils peuvent construire ce qui est interdit. Ce genre d’arrangement est très populaire dans les villages urbain mais presque impossible dans les grands quartiers résidentiels fermés. Toutes ces constructions et activités informelles, loin d'être contrôlées par les urbanistes font la vie du village et donnent un élan à ces villages tout en résolvant les problématiques rencontrées par les habitants. Pourtant, les urbanistes chinois continuent d’appliquer le principe critiquable consistant à appliquer un plan générique à tout les terrains, sans réelle possibilité d’adaptation. Cette technique continue à la disparition d’un tissu social et commercial au sein des villages urbains.

2. Auto-organisation du village Après l'acquisition rapide des terres par le gouvernement, la croissance des avoirs due à la compensation de l'acquisition des terres et au développement économique collectif, ainsi le fait de certains villageois exclus des dividendes en raison de la reconversion du statut du villageois au citadin, ont apporté la croissance d’écart de la richesse dans le village. Cet écart déconstruit la relation « homogène » entre les membres du village et déclenche des conflits internes - la propriété de la terre pose problème. Cela a donné naissance à un mode de propriété de la terre divisés en : accumulation historique (durée du service, quantité totale de travail accumulée) + compensation de la terre (opération à deux niveaux « entrepreneur collectif et organisation collective villageoise » La partie collective de celui-ci).1 Dans le même temps, il existe une forme « d’argent de participation » qui reflète la démocratie pour confirmer les membres des actionnaires. En réalisant le partage des droits fonciers dans le village au moyen d’actions, l’équité du village a été rétablie dans une certaine mesure et les villageois qui HUANG Quanle, Village et ville : Histoire de Shipai à Guangzhou vue de la morphologie (1978-2008), Edition de l'architecture et l'industrie de la Chine, 2014 1

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étaient absolument faibles dans la compétition urbaine ont été protégés. Après la réforme, la terre a été transformée en argent et la monnaie en propriété, les membres du village étant devenus des « actionnaires » qui partageaient les dividendes de la propriété. Selon la même propriété publique, la propriété collective de la terre s'incarnait sous la forme d'une part individuelle orientée vers le marché. Moyen économique de partage des droits fonciers, l’organisation collective du village s’est vu confier la responsabilité d’être un « parent » et de recouvrer de manière spectaculaire le rôle de l’autonomie du clan dans l’histoire. Lors de la gestion de la rénovation des maisons dans le village, le comité de village a proposé une série de règles de gestion, y compris des accords traditionnels endossés verbalement par les villageois et notamment sous la forme d’un « accord à quatre voisins ». La signification de cet accord est que lorsque les villageois du village de Shipai veulent construire une maison, ils doivent obtenir l'accord du propriétaire de la maison des quatre côtés du terrain et signer le « contrat à quatre voisins  » avant de commencer la construction. Selon les villageois, «  l’accord à quatre voisins » est un accord informel principalement utilisé pour réduire les conflits potentiels entre les villageois. Tant que l'un des voisins pense que la maison à construire lui causera des inconvénients - par exemple, en empêchant son passage, ou en la privant de lumière, ou de vue, etc. - la maison ne peut pas être construite, il doit trouver un autre endroit pour construire sa maison. 1 Le village de Shipai en est un exemple : au début des années 90, des bâtiments illégaux sont apparus, c’est-à-dire le gouvernement du district de Tianhe l’organisation de gestion «  Village dans la ville  », y compris le village de Shipai une nouvelle organisation créée après 1987. Dans ces circonstances, l'intervention du gouvernement à la campagne a eu peu d'effet. Le gouvernement ne peut pas gérer ce qui se passe à la campagne, le comité de village le remplace pour s'occuper de la situation dans le village. De plus, les membres du comité de village sont élus par les villageois. Dans ce cas, il joue le rôle intermédiaire du gouvernement et de la communauté villageoise. Le résultat de tous ces faits est que le comité de village peut non seulement être indifférent à la reconstruction de ces bâtiments, et peut également intervenir dans ces bâtiments réels pour les légaliser. Aujourd’hui, la plupart des propriétaires ont émis des documents légaux émanant du gouvernement, qui nt non seulement le droit des propriétaires d’utiliser le terrain, mais également le formulaire d’enregistrement de la construction sur le terrain

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LIU Yiran, Patrie désordonnée: démolition et conflits de jeu d'un village urbain, , Tsinghua University, 2014

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d’habitation, y compris la superficie totale, le temps et les violations contre les règles pour la planification urbaine. De plus, le gouvernement n'interfère pas dans la supervision de la reconstruction du village urbain. C’est également le comité du village qui élabore les règlements pertinents pour résoudre les problèmes de rénovation de logements et autres problèmes connexes. Avant le début des travaux de construction, les services gouvernementaux compétents étaient chargés de vérifier les limites du site et d'accepter les résultats des travaux de rénovation des bâtiments, qui avaient été d’abord confiés au comité de village, puis aux villageois. Par conséquent, d’une part, le gouvernement admet l’efficacité de l’autonomie interne sous cette forme gouvernementale et, d’autre part, cette gestion permet de supprimer les coûts liés à la responsabilité et à la gestion que le gouvernement devrait supporter. Sans parler de la fonction administrative de cette "phase de transition » depuis plus de 10 ans, le gouvernement n'a pas affaibli sa responsabilité, ce qui revient à reconnaître la légitimité des «  règles et réglementations villageoises  » traditionnelles et l'autonomie villageoise de la communauté villageoise de Shipai. Dans le précédent article, nous avons mentionné le remplacement des terres dans les villages urbains : le gouvernement renverra aux villageois des terrain réservé à investir sous le droit des villageois et obtenant les terres cultivées. Les droits de propriété de ce type de terre sont très complexes et se différencient des terrains d'habitation du village urbain. Ce genre de terrain a été transformé en terres appartenant à l'État, mais l'État accorde un accès illimité au village. Ainsi, dans le village urbain, la gestion et l'aménagement du territoire a été réalisé par le comité du village sur le terrain réservé. Ce type de comité ainsi sous forme d’entreprise présente les caractéristiques suivantes : une grande entreprise familiale, un promoteur qui gère la propriété collective de tout le village et un responsable de la communauté autorisé par le gouvernement municipal. Le résultat de la transformation de telles organisations rurales contient des traces d’entités économiques collectives rurales. Il s'agit d’une autonomie modernisés des systèmes traditionnels : l'auto-renouvellement des espaces et la structure sociale, l'auto-suffisance des ressources économique donne la réintégration du collectif villageois dans une famille plus nombreuse1. Le président de l'entreprise du village est le chef de village, et au sens ancien il était le patriarche de la famille du village. Il y a des élections démocratiques dans de telles organisations, qui sont très

Dans les villages il y avait plusieurs familles et aujourd’hui elle se réunissent sous l’organisation du comité villageois. 1

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Fig.46 Pacific Computer City Source : Journal quotidien de Guangzhou

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différentes de la politique urbaine en Chine et il est difficile pour nous de voir de vraies élections dans les administrations municipales chinoises. Reprenant l'exemple du village Shipai, son entreprise villageoise a connu un grand succès sur le plan économique : elle a construit l'hôtel Shipai, Pacific Computer City[Fig.46], qui fournissait des revenus considérables au collectif du village et versait des participations annuelles aux villageois en forme des dividendes. De nos jours, avec l'assurance sociale, les "villageois" du village de Shipai vivant dans des bâtiments urbains sont devenus des citadins au sens objectif du terme Hukou, malgré le reste de mentalité rurale et la difficulté du changement du mode de vie. Le comité villageois est responsable des dépenses sociales de tous les membres du village, réduisant ainsi les dépenses de l'administration municipale relevant de sa compétence et, surtout, réduisant les coûts sociaux et économiques de l'administration municipale pour la promotion de l'urbanisation. Les logements fournis par l’entreprise Shipai aux villageois font que les villageois ont la possibilité de vivre en ville et jouent un rôle important dans la transition en douceur de la communauté de villageois vers la communauté urbaine en cours d'urbanisation. L’organisation collective des communautés rurales, quels que soient les changements nominaux et formels intervenus dans la gestion administrative, a toujours géré efficacement le fonctionnement continu des communautés rurales. L’entreprise a émis des « actions résidentielles » pour attribuer des lots de logements et imposer certaines restrictions à la propriété des habitants des villages, ce qui montre que, pour les communautés rurales, le groupe joue toujours le rôle « parents ». Il est chargé d'organiser la construction d’habitation de village à grande échelle, de fournir une assistance financière aux villageois, de s'efforcer de maintenir l'égalité entre eux et même d'adopter des mesures contraignantes - la « propriété collective » de l’habitation. Le collectif Shipai Village a non seulement joué activement à des jeux dans la ville au cours de la période d'acquisition de terres, mais a également récupéré autant de terres que possible pour les collectifs de village et a permis le développement de propriétés collectives sur ces terres, consolidant ainsi la force économique de la communauté collective du village. Il n’y a pas que les villages Shipai, Yangxun à Guangzhou, Longdong et Caiweiwu à Shenzhen : ces organisations collectives villageoises jouent un rôle intermédiaire entre le gouvernement local et la communauté villageoise et gèrent efficacement le logement des villageois dans le village. Le rôle du mode d'auto-organisation au sein du village dans le processus de transformation du village dans la ville ne peut être ignoré, et son rôle dans l'urbanisation de la région du delta de la rivière des Perles

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Fig.47 Zhutongwu, Guangzhou, source dâ&#x20AC;&#x2122;internet

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doit également être pris au sérieux. En discutant du processus d'urbanisation de la Chine, nous devons voir non seulement le pouvoir du gouvernement, mais également le rôle des organisations civiles. Dans le même temps, nous devons prêter attention à ces organisations collectives villageoises, qui réaliseraient possiblement des transactions financières malhonnêtes avec les autorités gouvernementales et souligneront le pouvoir du gouvernement, et qui devrait contribuer leur services aux bien-entre des villageois, par exemple : dans le village Xian, le coût pour les villageois et la ville est énorme.

3. Reconversion Dans les discussions sur les mutations du village urbain, en plus de la diversification de la ville et de la protection des groupes vulnérables, y a-t-il une autre valeur conservée dans le village ? Habituellement, dans les concepts cognitifs des gens, nous devons protéger ces monuments intentionnels 1, tels que la Cité interdite, la Grande Muraille, la Cathédrale Notre Dame de Paris et le Château de Versailles. Cependant, les bâtiments qui ne sont pas destinés à avoir la valeur monumental et méritent-ils d'être commémorés ? Les Chinois considèrent souvent la protection architecturale comme une architecture de valeur historique au sens général du terme, ainsi que pour ces monuments intentionnels, comme le palais de la Cité interdite, un monument commémoratif délibéré, mais les Siheyuan 2 et Zhutongwu [Fig.47](la maison traditionnelle cantonnaise forme de bambou) portent les valeurs historiques. Les objets qui existaient et n’existent plus ont maintenant les caractéristiques de la valeur historique : en tant que lien irremplaçable et inamovible dans la chaîne du développement historique, les vestiges culturels sont plus complets et leur valeur est plus élevée. Les habitations chinoises traditionnelles sont encore capables de présenter une valeur d’usage aujourd’hui et ont une valeur d’ancienneté, même si peu de maisons traditionnelles ont été préservées dans les villes.

La notion des Monuments intentionnels fut soulevé par RIEGL Aloïs en 1903, RIEGL Aloïs, Le culte moderne des monuments Son essence et sa genèse , Éditions du Seuil, Paris, 1984 1

Siheyuan (chinois : ) est le nom donné aux maisons traditionnelles chinoises à cour intérieure. À Pékin, la maison à cour carrée apparaît en 1264 durant la dynastie Yuan alors que la ville est en construction. 2

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Fig.48 , le Temple ancestrale du village Yangji, Guangzhou, par auteur, 2018

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Pour les villages urbains, en plus de sa valeur d’utilisation actuelle, peut-il trouver sa valeur commémorative dans son processus de transformation ? Tout d'abord, le village lui-même, porteur de l'histoire de l'ancienne civilisation agricole, porte la mémoire et le souvenir du mode de vie traditionnel, basé sur les souvenirs des villageois eux-mêmes sur la terre, l'environnement et l'architecture qu'ils vivaient autrefois. En tant que lien entre la famille du village et son histoire culturelle, le Temple ancestrale du village [Fig.48] contient les souvenirs. Nous pouvons qualifier le temple de mémorial intentionnel. Dans le processus de transformation du village, on peut dire que la protection du temple est très importante. Nous pouvons voir que même les villages complètement démolis tels que dans le village de Liede les temples furent considérés comme des mémoriaux importants, à conserver. Il existe également le tissu du village urbain, qui enregistre la forme d'organisation des villages traditionnels, ainsi que la subdivision de l'espace vital du village pendant la période de la commune populaire. Il a une valeur historique et peut être utilisé pour rappeler et imaginer les scènes passées avec leur échelle actuelle comme une valeur de mémoire. Deuxièmement, dans le cadre de l'urbanisation, le village urbain porte l'histoire de la transformation de cette terre. Pendant que nous discutons des souvenirs qui restent dans le village lui-même, nous devons reconnaître la partie du village dans laquelle le village urbain est en train de disparaître dans la vague d'urbanisation et la partie de la ville dont il est originaire. La valeur de cette histoire porte la transformation de l'espace physique dans le processus d'urbanisation en Chine, ainsi que la façon dont la conscience des gens façonne leur espace de vie, et ces espaces de vie contrecarre également la conscience des gens. Non seulement nous devons l’enregistrer en récits et en photos, mais nous devons également le continuer dans l’espace physique. Si tous les villages qui sont devenus des villages urbains sont transformés en gated communities, ces villages seront complètement éliminés et cette partie de la mémoire sera éradiquée en même temps. Il représente la mémoire vivante et l'expérience urbaine des travailleurs migrants et marque une période importante pour le développement des villes chinoises Bien sûr, heureusement, les villages urbains ne peuvent pas être complètement éliminés en raison de la circonstance économique et les politiques foncières existantes. Pour une raison quelconque, nous avons également vu certains projets sur la rénovation urbaine dans la ville, ce qui nous laisse une lueur d’espoir pour reconvertir les villages urbains.

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Fig.49 Village Shuiwei, Shenzhen, 2015 Source : https://www.gooood.cn/lm-youth-community-china-by-doffice.htm

Fig.50 Village Shuiwei, Shenzhen, Décembre 2017, Après la rénovation par Agence Doffice. Source : https://www.gooood.cn/lm-youth-community-china-by-doffice.htm

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VERS UN NOUVEAU VILLAGE URBAIN À Shenzhen, en 2018, une nouvelle rénovation d’un village urbain s’est achevée en un an de travaux. Le village Shuiwei, [Fig.49/50]dans le centre-ville de Shenzhen, dans une zone d'environ 8 000 mètres carrés a construit au total 35 bâtiments paysans, dont 29 convertis en 504 appartements de talent. La notion « d’appartement de talent » signifie des logements à loyer modéré pour les jeunes qui viennent d’être diplômés de l’université ou pour les employés des entreprises importante du quartier. Les 504 appartements présentent une construction relativement flexible, allant de 16,5 à 32,5 mètres carrés et disposent d’une salle de bain séparée avec meubles et appareils de base, 7 ascenseurs y sont installés. [Fig.51]La conception de la rénovation a préservé le tissu urbain, la structure du bâtiment et l’échelle spatiale des caractéristiques du village et, grâce à la promotion de la protection contre les incendies, des installations de soutien municipales et des ascenseurs, elle est devenue un espace habitable conforme aux normes modernes. Ce qui préoccupe les architectes, c’est non seulement la transformation interne de la maison de l’agriculteur en 504 appartements, mais aussi la façon de connecter 900 jeunes vivant dans ces 504 appartements pour créer une communauté.1[Fig.52] Shenye Land Co., Ltd., une filiale de l'entreprise publique Shenye Group Co., Ltd., appartenant à l'État de Shenzhen, s’est chargée de la rénovation et de l'exploitation du Shuiwei Appartement de Talent. Le Shuiwei Appartement de Talent est le premier projet de reconstruction de villages urbains intégré au système gouvernemental de sécurité du logement, ainsi qu’un projet expérimental visant à ce que le gouvernement le village et l’entreprise explorent ensemble le nouveau modèle de reconstruction de villages urbains. Les locataires peuvent réserver des services de nettoyage de chambre, de déménagement, de réparation d’appareils électroménagers, de nettoyage à sec et d’autres services payants dans l’appartement. Celui-ci dispose également d'un espace événementiel public, comprenant un salon, une cuisine, une salle à manger, une salle de sport, un salon de thé, une salle de lecture, une buanderie, etc. Il propose également des équipements communs tels que des parapluies, des imprimantes et des machines à laver. Nous ne savons toujours pas. Le concept de partage est un concept très en vogue en Chine, en particulier dans les communautés où les gens manquent de 1

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Fig.51 l’aménagement de ces 29 bâtiments. Source : https://www.gooood.cn/lm-youth-community-china-by-doffice.htm

Fig.51 Photos de cette communauté après la rénovation. Source : https://www.gooood.cn/lm-youth-community-china-by-doffice.htm

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moyen. Les travaux de rénovation ont principalement portés sur l’amélioration des infrastructures de protection contre les incendies, de sécurité, de surveillance, d’alimentation en électricité et en eau, de distribution de gaz, de réfection des canalisations internes des maisons et de renforcement des équipements de lutte contre les incendies tels que les extincteurs à fumée et anti-incendie. Yang Jie, directeur adjoint du Bureau du logement et de la construction du district de Futian à Shenzhen, a déclaré : « Le village urbain est une réalité qui existe depuis de nombreuses années. Puisqu'il ne peut être supprimé, le gouvernement a la responsabilité de changer le statu quo des dangers cachés pour éviter les accidents majeurs en matière de sécurité. Il est intéressant que le gouvernement investisse davantage en termes de risques pour la sécurité. La transformation, pour les « anciens villageois », garantit les intérêts initiaux plutôt que d'élargir leurs intérêts indéfiniment. »1 On peut voir la détermination du gouvernement municipal de Shenzhen à changer le statu quo du village. Shuiwei Co., Ltd. a loué 29 maisons d’agriculteurs à un prix moyen d’environ 73 yuans (environs 10 euros) / mètre carré. Le loyer augmentait de 6% tous les deux ans et était sous-loué à Shenye Land Co., Ltd. Après que Shenye ait remodelé la maison, elle l'a louée au gouvernement du district de Futian à un prix de 150 yuans (environs 20 euros) par mètre carré. Le gouvernement du district de Futian demandera le loyer au prix de 75 yuans (environs 10 euros) / mètre carré. Selon Jiang Zhaohui, directeur général adjoint de Shenye Land, le projet de rénovation dans son ensemble a investi un total de 40 millions de yuans et peut fonctionner pendant 8 ans. On estime que le projet devrait avoir une petite perte. "Il s'agit d'un projet pilote, principalement d'un modèle d'exploration. C'est la responsabilité sociale que doivent assumer les entreprises d'État. Mais à l'avenir, ce type de projet restera rentable." Zhuang Anjia, directeur général de Shuiwei Co., Ltd., a déclaré: "Cette transformation reflétera les intérêts des villageois, par contre la société a abandonné de nombreux avantages. La partie résidentielle, sous-louée à Shenye Co., Ltd., n’a pas fait de différence de prix. La transformation commerciale continue, il n’est pas facile de dire combien elle peut rapporter. À l’avenir, nous devons protéger davantage les intérêts de la société. " Dans ce modèle, le coût de la rénovation est essentiellement supporté par le gouvernement, qui verse 150 yuans par mètre carré à Shenye, mais ne loue que 75 yuans, ce qui équivaut à 75 yuans par mètre carré. Le coût du logement est versé aux systèmes de prévention des risques liés aux incendies.

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https://www.thepaper.cn/newsDetail_forward_2042665

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Fig.52 Photos et plans des stéréotypes proposés par Agence Doffice Source : https://www.gooood.cn/lm-youth-community-china-by-doffice.htm

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La rénovation du village de Shuiwei est un événement marquant : le financement par le gouvernement, la transformation d'entreprises publiques, la levée de fonds de la société du village, le gouvernement-villages-entreprise constituent un moyen relativement nouveau de rectification globale au sein du village, transformant la « maison de l’agriculteur » en des appartements de location à long terme, c’est-à-dire que les entreprises immobilières extérieures à la société collective du village sont disposés à toucher le territoire du village urbain, à prendre en charge la transformation du village à la ville au lieu de le démanteler et de faire fonctionner l’appartement à louer après sa rénovation. Bien sûr, nous pouvons constater que le concept du gouvernement de Shenzhen est en effet passé du démantèlement du village à une réserve partielle et que la volonté est forte. Shenzhen a une superficie de 1991 kilomètres carrés pour plus de 20 millions d'habitants, et la densité de population est extrêmement élevée. Les terrains constructible à Shenzhen n’existent quasiment plus, à part créer les terrains en remplissant la mer, la démolition des villages urbains est la source de terrains la plus importante de la ville. En même temps, la demande de logements à Shenzhen est très élevée, les prix des logements sont élevés et le fossé entre riches et pauvres est grand : pour éviter la tragédie du « piège de l'Amérique latine »1, le gouvernement municipal de Shenzhen doit repenser sa politique d'offre foncière et les revenus fiscaux de la terre sur laquelle il vivait. Ensuite, la planification des stocks de terrains urbains est imminente. Le village urbain est la priorité absolue de sa planification et de sa transformation. Comment rendre la ville flexible, non pas à cause du coût élevé du logement, de la perte de talents et de la compétitivité des entreprises, comment éviter la trop grande disparité entre riches et pauvres, faisant de certains villages urbains de véritables bidonvilles, ces missions sont la plus urgente pour le gouvernement municipal de Shenzhen. À la fin de 2018, le "Plan directeur du village de la ville de Shenzhen (vieux village) (2018-2025)", sur une superficie de 320 kilomètres carrés de terrains des villages urbains, 99 kilomètres carrés faisait partie du périmètre de non-démolition, dont 55 kilomètres carrés. Les kilomètres sont inclus dans la zone d'aménagement complète. C’est le plan de rénovation du village urbain, qui se concentre sur l’élimination des risques pour la sécurité dans le village, l’amélioration du cadre de Le « piège de l'Amérique latine » : dans les années 1970, la polarisation des riches et des pauvres en Amérique latine était inégale et que le déséquilibre d'urbanisation entraînait une dégradation de l'environnement, davantage de personnes au chômage et des services publics insuffisants. L’urbanisation excessive a échoué à promouvoir le développement durable de l’économie latinoaméricaine, a plongé les pays latino-américains dans une crise urbaine plus difficile. L'urbanisation excessive des pays d'Amérique latine est devenue une fatalité pour les pays en développement. 1

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Les zones à renouveler Planification du renouvellement des villages urbains de Shenzhen 2018-2025

Les zones à rénover

État actuel Planification du renouvellement des villages urbains de Shenzhen 2018-2025

Terrain résidentiel Terrain industriel appartenant aux villages Terrain hors résidentiel et non-industriel Fig.53 source : Site du bureaux d’urbanisme de Shenzhen

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vie et des services d’appui, ainsi que la préservation des caractéristiques historiques et culturelles.[Fig.53] Dans ce document gouvernemental, le rôle de la supervision gouvernementale et de la planification globale dans la rectification des villages urbains est souligné. Il est nécessaire de guider les logements existants dans les villages urbains pour mener des activités de crédit-bail à grande échelle. Les établissements gouvernementaux concernés devraient clarifier les exigences et les procédures pour la transformation à grande échelle des villages urbains et guider la transformation à grande échelle des baux locatifs des villages urbains par des moyens d’orientation, d’aménagement et de planification générale, d’orientation des prix, etc. Toutes les maisons résidentielles dans les villages urbains corrigées par le gouvernement après la location unifiée sont incluses dans le système de logement à loyer modéré pour la gestion globale. L’intervention forcée du gouvernement ne correspond pas au modèle que nous observons souvent dans la région du delta de la rivière des Perles, dominée par les sociétés villageoises, dont la difficulté tient à la négociation et à la communication entre le gouvernement et la société villageoise. Gérez et testez correctement la sagesse du gouvernement municipal de Shenzhen : la contradiction entre les intérêts des villageois représentés par le comité du village et les intérêts des locataires représentés par le gouvernement municipal. Cela revient aux droits que propose Lefebvre dans les droits de la ville aux citoyens dans laquelle ils vivent, plutôt que seuls ceux qui détiennent la capitale peuvent jouir de ce droit. Bien entendu, sur la base de la motivation des intérêts économiques et du maintien de la stabilité sociale, le gouvernement municipal de Shenzhen ne tiendra pas seulement compte des intérêts immédiats, mais devra se méfier de ses motivations, car dans ce schéma d'urbanisme, l'urbanisme est seulement vu pour une pratique sociale à caractère scientifique et technique. l'objectif n’est pas de défendre les droits des individus mais pour une idéologie pure fonctionnaliste. Lefebvre a soulevé sa critique de cette approche d'urbanisme il y a près de cinquante ans : Dans ce cas, la réflexion théorique pourrait et devrait porter sur cette pratique, en l’élevant au niveau des concepts et plus précisément au niveau épistémologique. Or l’absence d’une telle épistémologie urbanistique est frappante. Allons-nous ici nous efforcer de combler la lacune ? Non. En effet, cette lacune a un sens. Ne serait-ce pas parce que le caractère institutionnel et idéologique de ce qui s’appelle urbanisme l’emporte jusqu’à nouvel ordre sur le caractère scientifique? À supposer que cette procédure puisse se généraliser et que la connaissance passe toujours par l’épistémologie, l’urbanisme contemporain ne semble pas en relever. Il faudra savoir pourquoi et

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Fig.54 Village urbain Natou. Source : https://www.archdaily.cn/cn/885562/bao-zou-2017shen-zhen-shuang-nian-zhan-zhong-ji-gonglue-lai-liao

Fig.55 Inauguration de la biennale. Source : https://www.archdaily.cn/cn/885562/bao-zou-2017shen-zhen-shuang-nian-zhan-zhong-ji-gonglue-lai-liao

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le dire.1 Cela renvoie également à l'humanisme. Le concept de la Chine contemporaine semble être moins valorisé, non pas parce que les gens ne s'en soucient pas, mais à travers une période historique particulière, la mentalité est bouleversée par tous ces mouvements. Même dans la propagande du Parti communiste chinois, “humain -orienté" est mentionné à plusieurs reprises avec « socialisme harmonieux », mais la Chine dans ce stade, il est impossible d’incorporer cette idéologie humaniste dans l’idéologie dominante, c’est à dire le pragmatisme. Il est donc difficile pour la population chinoise de comprendre l’importance de ce problème dans la planification urbaine, c’est-à-dire que pour la majorité des analyses rationnelles, il est impossible d’utiliser la perspective humaniste pour comprendre de la même façon que les vrais sentiments psychologiques des occupants. Paradoxalement, l’empathie est très importante dans la relation sociale en Chine. Lors de la reconstruction du village de Shuiwei, j'ai constaté que l'information concernait la population elle-même et que, si cela peut être fait dans la pratique, cette transformation peut être incluse dans l'histoire de l'urbanisation en Chine. Cependant, n'ayant pas pu se rendre sur le site pour des visites sur le terrain, je ne sais pas si la situation réelle offrait une communauté aux jeunes de la communauté telle que décrite, afin qu'ils puissent disposer d'un espace de vie sain, comme indiqué dans les documents.

BIENNALE D’ARCHITECTURE URBAINE SHENZHEN-HONGKONG Le 15 décembre 2017 a eu lieu à Nantou Ville ancienne,[Fig.54] à Shenzhen, la 7e cérémonie d'ouverture de la biennale d'architecture urbaine Shenzhen-Hong Kong, [Fig.55]dans le cadre du thème «Villes, grandir dans la différence». Choisir un village urbain comme lieu d'exposition pour la Biennale, pour réexaminer et repenser le phénomène de village urbain n’est pas anodin. Il permet de connaitre la vision des architectes en confrontant les préjuges et les clichés publics. Cela a donné un sens positif évident aux progrès du développement des villes chinoises. Les commissaires d’exposition sont partenaires de l’atelier URBANUS LIU Xiaodu et MENG Yan et crique d’architecture HOU Hanru. Plus de 200 exposants venus de plus de 25 pays du monde se sont réunis dans ce village urbain à Shenzhen, où, par 1

LEFEBVRE Henri, La révolution urbaine, Editions Gallimard, Paris, 1970, page13

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Fig.56 ruine du mur de Ancien Nantou Source : https://www.archdaily.cn/cn/885562/bao-zou-2017shen-zhen-shuang-nian-zhan-zhong-ji-gonglue-lai-liao

Fig.57 ruine du mur de Ancien Nantou Source : http://www.urbanus.com.cn/uabb/uabb2017/exhibition-venue-design-concept/

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l'intégration de l'architecture, de l'art et du design, ils ont réfléchi au modèle de développement urbain de la Chine dans le contexte de la mondialisation pour avoir une vision du futur de la ville. Les commissaires déclarent : « Nous pensons que nous devrions sciemment résister à l’image unique et idéalisée à l’avenir, car la ville elle-même est un écosystème extrêmement complexe. Les villes d'aujourd'hui devraient être le résultat d'un système multi-valeurs équilibré, d'une société civile très hétérogène et différenciée dans laquelle les personnes vivent dans le même monde et ont des rêves différents. La ville devrait être globale et différente et assurer sa survie et sa prospérité en maximisant la tolérance et l’identité culturelle de «différenciation», «alternative» et «autre»».1 Le lieu principal d'exposition a été choisi pour se situer dans un village urbain et le but était très clair. En tant que modèle alternatif urbain contemporain, le village urbain reflète de manière particulière l'état inachevé de l'évolution à long terme de la ville. Il s'est formé spontanément et a continué d'évoluer sous la pression de forces extérieures. L'auto-reproduction et le renouvellement de soi sont les fondements de sa vie si nous considérons que un village urbain est un vivant. Ce n'est pas seulement la dernière frontière de l'urbanisation de Shenzhen, mais également le résultat qui affecte le développement équilibré de la ville. En tant que ville de la zone économique spéciale, Shenzhen est à l’ère du « post village urbain » et connaît également une seconde vague d’urbanisation plus raffinée que celle précédente brutale. La densité spatiale croissante est également une interrogation pour la survie et l’avenir des villages urbains. L’intervention de cette biennale arrive au bon moment. Dans le processus d'accélération de l'urbanisation, la ville a à la fois une planification urbaine descendante et une force motrice spontanée ascendante. Le village urbain est situé entre les deux forces. Le choix d’installer cette biennale dans le village urbain est également une réponse à la mémoire historique et culturelle. En tant que zone économique spéciale, Shenzhen a été construite intentionnellement, comme une ville jeune avec une histoire de seulement 30 ans. Jusqu'à aujourd'hui, le mythe de l'évolution miraculeuse de Shenzhen, d'un « petit village de pêcheurs » à une grande ville moderne, est toujours très répandu. Dans le même temps, l'image d'une ville de la zone économique spéciale qui a émergé de nulle part, n'a pas de mémoire historique et le manque de nourriture culturelle a été un sortilège pendant de nombreuses années. Cependant, la ville antique de Nantou, située dans le district 1

http://www.urbanus.com.cn/uabb/uabb2017/exhibition-venue-design-concept/

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Fig.58 Place aménagé par URBANUS pour réactiver ce lieu aux habitants Source : http://www.urbanus.com.cn/uabb/uabb2017/exhibition-venue-design-concept/

Fig.59 Galerie d’art par URBANUS. Source : http://www.urbanus.com.cn/uabb/uabb2017/exhibition-venue-design-concept/

Fig.60 Cinéma découvert au village Nantou pendant la biennale Source : http://www.urbanus.com.cn/uabb/uabb2017/exhibition-venue-design-concept/

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de Nanshan à Shenzhen, a une histoire de plus de 1 700 ans. Les dynasties Ming et Qing étaient autrefois le centre politique, économique et militaire de la région de Shenzhen-Hong Kong et gouvernent les villes actuelles de Shenzhen, Zhuhai et Hong Kong, et les vastes régions telles que Macao. Au tout début de la dynastie Qing, la fortification de Nantou avait été endommagée et abandonnée pendant la période de « relocalisation par la mer », puis reconstruite. Avant les débuts de la fondation de la République populaire de Chine, le gouvernement du comté de sécurité quitta la ville. Le village tranquille entouré par l'antique muraille [Fig. 56/57] de la ville - le village de Nantou. Au cours des décennies suivantes, avec le développement économique et la croissance démographique, le village a progressivement traversé les murs : un grand nombre de bâtiments historiques situés à l'intérieur et à l'extérieur de la ville ont été reconstruits et démolis, l'ancienne ville a disparu et le village a continué à se développer. L’atelier URBANUS met en évidence des points importants du village, l’active des points aux faces, promeut le modèle de développement de la renaissance de la ville antique avec des activités culturelles et propose des plans de rénovation réalisables sur mesure du tissu. [Fig.58/59/60/61]

Fig.61 Ancienne usine transformée à l’espace artiste Source : http://www.urbanus.com.cn/uabb/uabb2017/exhibition-venue-design-concept/

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Conclusion   Le développement des villages dans les mégalopoles est un microcosme de l’urbanisation chinoise, un tremplin pour l’intégration des villages et des populations agricoles dans la vie urbaine. Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas un obstacle à l’urbanisation rapide, ni une cicatrice du développement urbain dans la mémoire des gens. La valeur de cette transition de village en ville est très importante. Lorsque nous étudions le processus de transformation des villages urbains, cela nous conduit à examiner les principaux problèmes fonciers liés au processus d’urbanisation - un problème complexe, mêlant idées traditionnelles et institutions contemporaines. La terre, en Chine, possède une grande importance culturelle, et les Chinois sont très attachés au territoire qu’ils habitent. Dans la période allant de la réforme agraire de Mao Zedong à la politique de réforme et d’ouverture de Deng Xiaoping, la perception de la capacité, du pouvoir, et du droit d’utilisation de la terre par les gens a été subvertie. En étudiant la terre en tant que levier d’ajustement économique et de régulation du pouvoir de la Chine, on découvre peu à peu le mécanisme interne, et les rapports de force entre les différents acteurs de cette transformation.   Alors que la ville se rapproche et commence à encercler le village, la plupart des communautés rurales ont discrètement changé le rôle de l’approvisionnement de la ville en produits agricoles à partir des limites de la ville. En termes de forme spatiale, la réduction des terres cultivées et l’augmentation de la hauteur des maisons dans les terrains résidentiels, ont commencé à apparaître dans les villages, et la surface habitable des villages a commencé à s’amoindrir. Pour que le collectif villageois continue à survivre au sein de la ville, les habitudes traditionnelles ont dues être remplacées par une logique pratique : le passage d’un étage de la maison à un bâtiment à plusieurs étages à louer sur le même site, a fondamentalement changé la fonction du terrain, qui est passé de simple résidence privée à un espace locatif commercial. La population a commencé à augmenter, nourrie notamment par l’immigration intérieure. Cela a donné naissance à un mélange de populations dans les petites agglomérations chinoises, mais ce mélange est seulement spatial et ne produit pas, finalement, de fusion sociologique. Au cours de cette période, la nature du travail des villageois a changé brusquement, passant des tâches paysannes aux activités propres à la ville. Ils travaillent alors dans des industries ou des services, à condition que le gouvernement fournisse des emplois non agricoles

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lorsque les terres cultivées ont été remplacées par des terres appartenant à l’État. Dans le même temps, les villages urbains sont devenus les zones les plus densément peuplées de la ville. À l’époque où la ville était complètement cernée par la campagne, de nombreux villages ont dû faire face aux gated communities où l’espace résidentiel a été détruit et remplacé par la standardisation du modernisme définie par la société chinoise contemporaine. La démolition est progressivement devenue, pour les villageois pourtant attachés à leur terre au départ, une véritable manne. Le gouvernement espère attirer des investissements grâce à la conversion des terres collectives villageoises en blocs modernes, et le transfert de terres sur le marché génère peu à peu des recettes fiscales considérables, suivant le modèle du financement foncier de Hong Kong. Les villageois espèrent obtenir une compensation élevée pour la démolition de leurs habitations. Dans ce jeu de négociations, il y a des villageois, des collectifs villageois et des gouvernements, mais aucun travailleur migrant. Ce mémoire soutient l’hypothèse selon laquelle les villageois ne sont pas les vulnérables innocents, comme on pourrait le croire. Dans les médias, les récits de villageois contre les démolitions ont disparus lorsque les villageois sont devenus riches, et cela a entraîné une incompréhension de la part des habitants alentours qui n’ont pu profiter de ce développement.   De nos jours, où l’éradication à grande échelle des villages urbains par le gouvernement est mise à jour, dans une période économiquement faible, de plus en plus de voix s’expriment sur l’avenir des villages en ville. Ces voix peuvent être grossièrement divisées en deux groupes. Un groupe estime qu’il n’est pas nécessaire d’intervenir dans la transformation du village urbain : il faut préserver le mécanisme d’ajustement du village, pour que la rente puisse mieux s’adapter au marché et ne pas avoir pour conséquence de chasser les groupes à faibles revenus. Cela permettrait d’éviter que la gentrification de l’espace urbain conduise à la solidification des classes en fonction de terrain géospatial. Selon lui, il faut aussi empêcher la diminution de la diversification des résidents urbains, éviter la hausse des coûts des entreprises et le déclin de leur compétitivité. Une second groupe estime que, sous la direction du gouvernement et du collectif de village, il est préférable de consulter les villageois et de familiariser les développeurs avec la planification et la rénovation globales des villages urbains, et de ne pas les démanteler complètement, mais de conserver leurs caractéristiques de base et de réorganiser leur espace. Je pense que dans les villages urbains du centre-ville, en raison des lois naturelles du marché et de la rentabilité du capital et du taux de retour sur investissement, il est hautement probable que les villages introduisent

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des microréformes, mais le gouvernement, pour cela, doit mettre en place un mécanisme de garantie du logement à loyer modéré. Il est nécessaire d’éviter la gentrification complète des zones centrales de la ville, ce qui entraînerait un déclin de la diversité et de la mixité de la population. Il est peu probable que les promoteurs les réorganisent pour les villages urbains situés à la périphérie de la ville : le gouvernement devrait faire bon usage de la sagesse spontanée des villageois afin que ces villages urbains, en tant que tremplin de la ville, puissent continuer à fournir une immigration interne à l’urbanisation chinoise pendant une longue période historique. Le gouvernement doit faire attention à la diversification des fonctions foncières dans ses alentours, et se méfier des bidonvilles périurbains. Dans le processus d’urbanisation rapide en Chine, le village urbain a assumé la responsabilité du gouvernement pour la construction de logements à loyer modéré, afin de protéger l’espace de vie des groupes à faible revenu, la transformation des villages urbains ayant été réalisée à l’aide de son propre mécanisme organisationnel. Cette réforme auto-organisationnelle de l’espace social a une valeur réelle. Sa propre transformation résout le problème d’urbanisation que l’urbanisme, au sens gouvernemental, s’efforce de résoudre mais ne peut pas résoudre. Le village urbain a joué un rôle actif dans le processus d’urbanisation et a engendré une réflexion plus poussée sur son modèle de développement qui pourrait favoriser le développement et l’innovation de l’urbanisme chinois, ainsi que compléter les lacunes de la théorie existante en matière de planification urbaine en Chine. La réforme et la transformation spontanées des villages urbains, fournissent un autre modèle de pensée organisationnelle partant de la base, pour le développement des villes chinoises, qui pourrait également diminuer l’insuffisante diversité urbaine qui a longtemps été influencée par le modèle soviétique et la doctrine de l’urbanisme de Le Corbusier.   Le développement urbain de la Chine est monotone. La méthode de planification urbaine actuelle sépare l’occupation des bureaux et les zones résidentielles. La ville est fragmentée. Chaque bloc a une fonction unique. La gated communities est à la mode. Les problèmes de circulation, de diversité urbaine et de vitalité doivent être résolus. Le village urbain pourrait fournir un échantillon à l’architecte pour étudier les interactions entre la vie et l’espace. Comme les villes chinoises sont presque toutes conçues à partir du paradigme unifié descendant de l’Etat, la ville manque de vie et les habitudes de vie ne se reflètent pas dans l’espace urbain. Au contraire, dans les villages urbains, à la condition que l’espace soit extrêmement dense, les villageois l’optimisent pour l’utiliser. Les cultures traditionnelles sont préservées dans des zones très hétérogènes de la population et les villageois discutent des

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limites des espaces publics et privés (échantillons de recherche très intensifs). Pour les urbanistes et les architectes ils sont des atouts évidemment précieux. Ils peuvent contrecarrer les zones urbaines prévues, tout en donnant l’impression d’une ville morte. En tant que l’hétérotopie cernée par la normalisation de la construction urbaine, le village urbain a son propre environnement en termes d’organisation sociale, de forme spatiale et de fonctionnement économique. En tant qu’emblème et représentant de l’urbanisation en Chine, le village urbain a une valeur commémorative historique. Cette vaste histoire d’urbanisation de la fin du 20e siècle et du début du 21e siècle ne doit pas se terminer avec la gentrification de la ville et l’éradication de la terre. Non seulement nous devons garder sa mémoire par des récits et des photos, mais nous devons également le continuer dans l’espace physique. En même temps, pour les pays anciens qui ont été une civilisation agricole pendant des milliers d’années, le village, en tant qu’entité d’espace physique, porte l’histoire de la civilisation agricole. Au cours de cette période historique spéciale, les villages qui ont confié l’imaginaire de la vie pastorale aux temps anciens et les temples ancestraux reliant les divers clans et ancêtres du village confrontaient la modernisation introduite à partir de la civilisation occidentale sont commémoratifs. Cette valeur s’apparente à la préservation des sites industriels occidentaux. Il enregistre la sagesse et l’art des personnes qui travaillent la terre de cette époque, ce dont il est, pour les Chinois de la société actuelle, difficile de se rendre compte. Lorsque le taux de croissance de l’urbanisation en Chine tend à être nul, ses stocks de terrains urbains sont réduits à un développement à grande échelle, et, lorsque le développement économique tend à se stabiliser, il est difficile pour une grande quantité de capitaux spéculatifs de pénétrer dans l’immobilier. Ces réflexions se retrouvent dans la Biennale d’architecture de Shenzhen à la fin de 2017 et au début de 2018. Les architectes et les planificateurs ont commencé à réfléchir à la question et attiré l’attention des citadins. Il y aura une plus grande prise de conscience à l’avenir.   Lorsque le monde constate le succès de la politique de développement économique et la modernisation de la planification urbaine de la Chine à travers de hallucinantes photos de métropoles modernes, j’espère que l’étude de ce mémoire ouvre une autre fenêtre pour montrer le monde cet aspect caché dans ce processus d’urbanisation rapide et médiatisé. L’expansion rapide et la forme inattendue de la ville ne sont pas le seul produit de l’approche de la Chine en matière d’économie de marché et d’urbanisation : de nombreux villages urbains ont révélé les contributions créatives de toutes les sociétés et de tous les peuples.

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Village Urbain. Les mutations des villages au cœur des mégapoles dans le delta de la rivière Perles  

Mémoire de Master de l'École nationale supérieure d'architecture Pairs-Malaquais/THP Auteur : QIU Xiaoyu

Village Urbain. Les mutations des villages au cœur des mégapoles dans le delta de la rivière Perles  

Mémoire de Master de l'École nationale supérieure d'architecture Pairs-Malaquais/THP Auteur : QIU Xiaoyu

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