Page 1

Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

Service Educatif du Scriptorial d’Avranches

1


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

SERVICE EDUCATIF DU SCRIPTORIAL D’AVRANCHES

Ce dossier documentaire est destiné aux enseignants pour les aider à préparer leurs élèves à la visite du Scriptorial d’Avranches, le musée des manuscrits du Mont-Saint-Michel. A la fin du dossier, une bibliographie récente, les invite à approfondir, tel ou tel thème. Il leur appartient ensuite de réaliser le travail pédagogique adapté au niveau de leur classe.

2


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

Dossier Documentaire n°1 : les manuscrits - rentrée 2006 Anne Morvan, enseignante détachée & David Nicolas, animateur du patrimoine

Sommaire Introduction A.

LES LIVRES MANUSCRITS

1. Le scriptorium 2. La technique : a. le support (le parchemin) b. les outils c. les encres et les couleurs 3. L’écriture 4. Le livre, objet unique 5. Que disent les textes ? 6. Que disent les images ? a. comment lire les images b. quelques exemples c. l’enluminure gothique 7. Les lettres ornées B.

LES LIVRES IMPRIMES

1. Un nouveau support (le papier) 2. L’atelier typographique 3. Les incunables 4. Les humanistes 5. Les langues 6. Les reliures 7. Comment identifier les livres…

C. L’APPORT DES LIVRES MANUSCRITS A LA CONNAISSANCE DE LA CIVILISATION DU MOYEN ÂGE

1. La société 2. Les grands personnages et les évènements fondateurs de la religion chrétienne 3. La musique

Bibliographie

3


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

Introduction Le Fonds ancien de la Bibliothèque d’Avranches. Depuis 1850, sont conservés dans cette immense salle, les livres provenant de l’ancien évêché d’Avranches, des abbayes de la Lucerne, de Montmorel, de Savigny et du fonds de l’abbaye du Mont Saint Michel, et confisqués au moment de la Révolution française. Au nombre de 14000 environ, on peut les diviser en deux groupes : -- les livres imprimés qui datent pour l’essentiel des XVIIe-XVIIIe siècles -- les livres manuscrits (c.a.d. écrits à la main) et qui ont été pour la plupart réalisés dans le scriptorium de l’abbaye montoise entre le XIe et le XIIIe siècle. Même si la Bibliothèque d’Avranches conserve de rares livres imprimés comme la chronique de Nüremberg (XVe siècle), ou l’édition originale de l’Encyclopédie de Diderot du XVIIIe siècle, ce sont surtout les manuscrits qui en font la renommée. Au Moyen Age, les moines du Mont Saint Michel ont copié quelques centaines de manuscrits et l’abbaye a également acquis des ouvrages venant d’autres abbayes ou plus tard d’ateliers “ laïcs ”. Malgré les vicissitudes de l’histoire, les incendies, les destructions, les guerres, deux cent trois ouvrages sont parvenus jusque dans cette Bibliothèque et une quinzaine d’autres sont dispersés à travers le monde (l’un deux se trouve même à New-York !) A partir de 1986, le Fonds ancien a été entièrement rénové, les manuscrits entreposés dans une chambre forte et les collections sont maintenant conservées dans de bonnes conditions en attendant leur présentation dans le futur Centre du Livre Manuscrit. Tous ces livres constituent un patrimoine inestimable et une source d’informations pour mieux connaître la civilisation de l’occident médiéval.

A. LES LIVRES MANUSCRITS 1. Le scriptorium Saint Benoît, fondateur de l’ordre Bénédictin, voulait que dans chaque monastère il y ait une bibliothèque. Avant l’invention de l’imprimerie la seule façon de faire un livre, c’est de l’écrire à la main. Les monastères ont ainsi joué pour l’Europe médiévale un rôle très important : transmettre le savoir et la culture. Les moines ont ainsi inlassablement recopié les écrits des philosophes, des grammairiens, des poètes, des hommes de science de l’Antiquité, mais aussi, bien sûr, tous les livres qui ont trait à la foi chrétienne : vie des saints, textes des Pères de l’Eglise, Ancien et Nouveau Testament. Il ne faut pas oublier que le christianisme est une religion du Livre. Dans les abbayes, des lieux particuliers sont aménagés pour permettre aux moines les plus habiles d’écrire et de décorer les manuscrits. Ces lieux sont appelés “ scriptoria ” (du latin scriptum, qui est écrit). Voyez comment Umberto Eco décrit un scriptorium dans son ouvrage : Le Nom de la Rose. “ Arrivés au sommet de l’escalier, nous entrâmes par la tour orientale, dans le scriptorium et là je ne pus retenir un cri d’admiration…Les voûtes… soutenues par de robustes pilastres cernaient un espace inondé d’une très belle lumière, car trois énormes verrières s’ouvraient sur chacun des plus grands côtés, tandis que cinq verrières plus petites perçaient chacune des cinq côtés extérieurs de chaque tour. …Le vitrage n’était pas coloré comme celui des églises et les résilles de plomb assemblaient des carrés de verre incolore, pour que la lumière entrât de la façon la plus pure…et servît à son but qui était d’éclairer le travail de la culture et de l’écriture….Les places les plus lumineuses étaient réservées aux antiquari, les enlumineurs les plus experts, aux rubricaires et aux copistes. Chaque table avait tout ce qui pouvait servir à enluminer et à copier : cornes à encre, plumes fines que certains moines affilaient à l’aide d’une lamelle de canif, pierre ponce pour rendre lisse le parchemin, règles pour tracer les lignes ou coucher l’écriture. A côté de chaque scribe ou au sommet du plan incliné de chaque table se trouvait un lutrin, où était posé le manuscrit à copier, la page recouverte de caches qui encadraient la ligne qu’on était en train de transcrire…

4


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

…Nous nous approchâmes de ce qui avait été, la place de travail d’Adelme, où se trouvaient encore les feuillets d’un psautier richement enluminés. C’étaient des folia de vellum très fins ( roi d’entre les parchemins) et ce dernier était encore fixé à la table. A peine frotté avec de la pierre ponce et adouci à la craie, il avait été lissé avec la plume et, à partir des trous minuscules produits sur les côtés à l’aide d’un stylet très mince avaient été tracées toutes les lignes qui devaient guider la main de l’artiste… ” Vocabulaire Antiquarie : les enlumineurs les plus anciens et les plus experts dans un scriptorium. Rubricaires : ceux qui font les lettres à l’encre rouge. Lutrin : support en bois pour lire les manuscrits. Psautier : recueil de psaumes Enluminé : décoré et illustré par des lettrines ou des miniatures. Folia : feuillets de manuscrits. Vellum : peau de veau mort-né. Le texte romancé d’Umberto Eco ne doit pas faire oublier les conditions difficiles dans lesquelles travaillaient les moines copistes : plusieurs heures par jour, les lettres sont une à une dessinées, pour former un nouveau manuscrit. Ce travail peut durer des semaines, des mois voire plusieurs années. Voici un commentaire relevé à la fin d’un ouvrage au XIIe siècle (on appelle ce genre de texte un Colophon).

moine copiste, XVe siècle

“ …si tu ne sais pas ce qu’est l’écriture… laisse-moi te dire que le travail est rude : il brouille la vue, courbe le dos, écrase le ventre et les côtes, tenaille les reins et laisse tout le corps douloureux…. ”

5


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

2. La technique Avant d’entrer dans le scriptorium… le moine doit avoir à sa disposition, le support sur lequel il écrira (le parchemin), des outils (plume, calames, et grattoirs) ; des encres et des couleurs.

a. le support Il faut d’abord se procurer du Parchemin ! Les moutons ne manquent pas dans la Baie. Leur peau est nettoyée, lavée, grattée, poncée, travaillée très longtemps pour la rendre fine et souple : c’est le travail du Parcheminier.

Les parcheminiers, l’Encyclopédie, XVIIIe siècle

Lorsque la qualité doit être exceptionnelle, on recherche alors la peau de jeune veaux ou de veaux mortnés. Celle-ci est plus fine, plus blanche, et meilleure pour le rendu des couleurs. Dans d’autres parties du monde on utilise aussi le parchemin, mais pas toujours sur le même support : la gazelle ou l’autruche ont quelquefois servi.

Les techniques de transformation des peaux sont divisées en deux catégories. La Tannerie, qui traite les grandes peaux, celles des taureaux, vaches, grands veaux. La Mégisserie, la chamoiserie, la parcheminerie, et la corroierie, qui traitent les plus petites peaux, celles des moutons, chèvres et petits veaux. Dans un premier temps toutes les peaux suivent un même traitement. 1. les peaux sont mises en trempe

6


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

2. suit le reverdissage : pour les réhydrater, leur redonner souplesse et élasticité 3. l’enchaussenage consiste à les recouvrir d’une pâte composée de chaux et de sulfure de sodium afin de les délainer en quelques heures 4. puis vient le pelain : solution de chaux de causticité moyenne dans laquelle on trempe les peaux à plusieurs reprises. A ce moment, le travail du parcheminier devient spécifique : il plonge les peaux dans une solution oxygénée pour parfaire leur blanchiment. C’est à ce stade que commence une opération qui demande un grand savoir-faire. Le parcheminier tend la peau sur un châssis percé de trous qui reçoivent des chevilles qui permettent de tendre la peau. Sur le pourtour de la peau il fait des petites fentes dans lesquelles il introduit des petits bâtonnets appelés broches. A chaque broche une cordelette reliée à une cheville tend la peau régulièrement sur le cadre. L’écharnage consiste à égaliser la peau en supprimant toutes les épaisseurs superflues ou les irrégularités incompatibles avec le futur parchemin. Après le saupoudrage avec du plâtre, l’artisan fait un léger ponçage avec une pierre ponce. La peau est ensuite séchée à l’air libre. Elle sèche tendue afin de rester bien rigide, elle ressemble alors à un papier cartonné... A moins que ce ne soit le papier qui ressemble au parchemin.

b. les outils Il faut ensuite au copiste les outils pour écrire : ce sont les plumes et las calames. Pour les trouver, il va les chercher autour de l’abbaye, dans la nature. Le calame qui est un roseau taillé en biseau n’a jamais supplanté la plume. Celle-ci est surtout fournie par l’oie, mais on a aussi utilisé des plumes de canard, de héron, d’aigle ou même de corbeau qui, très dure, peut servir à tracer des traits fins. Il lui faudra aussi un couteau pour gratter l’encre, si par mégarde il a commis une faute ou fait un “ pâté ” ! Ainsi armé, il pourra commencer son long travail de copie mais tout à côté, en attendant leur tour, seront disposés : -- la pierre ponce pour polir les aspérités du parchemin -- les pinceaux dont les poils sont pris sur les animaux de la région, sans oublier la plume de bécasse (la plume du peintre) pour les détails minuscules. -- La brosse en poils d’écureuil pour prendre la feuille d’or -- L’agate ou la dent de sanglier pour faire briller l’or -- La patte de lapin ou de lièvre pour servir de brosse…

c. les encres et les couleurs Elles sont fabriquées au monastère, sans doute par un moine “ spécialiste ” qui jouait alors les petits chimistes, à l’aide de son mortier et de son pilon. - Les encres : Si Pline, dans l’antiquité, a dit utiliser du noir de seiche, au Moyen Age elles sont surtout d’origine minérale ou végétale. Les encres au carbone, combinent du noir de fumée ou différents produits de calcination (comme des noyaux de fruits) avec des liants (blanc d’œuf ou colle) et du miel pour donner plus de souplesse. Les encres métallo-galliques, utilisent des extraits végétaux contenant du tanin (comme la noix de gale) que l’on fait macérer dans l’eau ou dont on fait une décoction dans de l’eau bouillante, et auxquels on

7


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

ajoute des sels métalliques (sulfate de fer ou de cuivre). On peut aussi utiliser des encres mixtes ou bien sûr des encres de couleurs. A la fin du XIe ou au début du XIIe siècle le moine germanique Théophile a écrit un traité dont on peut retenir la recette suivante pour obtenir de l’encre d’épine, qui est une encre allant du brun clair au brun foncé. Il s’agit d’une encre métallo-gallique : -- Couper en avril ou mai les rameaux épineux d’un prunellier, avant qu’ils ne bourgeonnent ; ne plus s’en occuper pendant quelques jours (l’aubépine peut être utilisée). -- Puis, détacher l’écorce en la battant et la laisser tremper pendant quelques jours dans l’eau -- Prélever l’eau, que entre temps s’est colorée en brun-rougeâtre, la faire bouillir en la mélangeant de nouveau avec l’écorce. Ce procédé doit être répété plusieurs fois, jusqu’à ce que l’écorce soit totalement décolorée. -- Finalement, concentrer la décoction en la faisant bouillir avec du vin, puis en l’exposant au soleil dans un petit sac en parchemin, afin qu’elle sèche. -- Pour utiliser cette encre il faut ensuite la dissoudre dans du vin (l’alcool contenu dans le vin a pour but d’accélérer la redissolution des extraits végétaux concentrés issus du bois de prunellier, ou d’aubépine, lesquels contiennent un pourcentage de tannin). On peut obtenir des nuances de coloration en plongeant un petit morceau de fer porté au rouge dans cette encre, ou alors en y ajoutant un peu de sulfate de cuivre, la réaction donnant alors naissance à un complexe ferro-tannique noir. Cette encre ne contient pas de liant. - Les liants Tout l’art de l’enlumineur est de savoir, à partir d’un même pigment de base, jouer avec les liants pour obtenir des nuances différents. Les liants sont de plusieurs sortes. Leur souplesse est assurée par des sucs végétaux : miel ou sucre. Au Moyen Age on utilisait comme liants : -- Du blanc d’œuf qui devait être trituré dans une éponge naturelle très propre, afin de lui enlever sa viscosité. On pouvait aussi le battre en neige, le laisser reposer une nuit et prendre seulement le liquide déposé au fond du plat. Pour conserver ce liquide on ajoutait des clous de girofle (conservateurs et antifongiques) -- Des eaux de gommes. Suivant les pigments on mélangeait : eaux de gomme arabique (acacia), de prunier, d’amandier, de cerisier, gomme adragante etc… -- De la colle Cerbura faite avec de la corne de cerf cassée sur une enclume et cuite en frémissant durant des heures -- De la colle de parchemin, obtenue avec de rognures de parchemin cuites dans de l’eau de fontaine. Le tout devait frémir durant des heures sans bouillir. -- De la colle de poisson à base de vessie natatoire d’esturgeon desséchée ou avec des têtes de bars. Autres ingrédients encore utilisés : -- Vinaigre : remplaçait parfois le vin -- Urine : très employée, les sels minéraux et l’acide qu’elle contient entraînant des réactions chimiques intéressantes. L’urine d’âne et… d’homme pris de boisson étaient très appréciées. -- Résine : cette substance collante et visqueuse, qui est une sécrétion de cicatrisation exsudant de certains végétaux (conifères en particulier) fut utilisée comme matière première pour obtenir du noir de fumée. -- Sucre – miel : aux liants on ajoutait du sucre candi ou du miel, afin de donner une bonne plasticité aux couches picturales. Quant au miel, il était évidemment fourni par les ruchers de l’Abbaye mais il arrivait aussi que les moines capturassent des abeilles à la tombée du jour au moment où elles étaient le plus chargées en nectar ; ils les faisaient alors cuire. -- Brésillet ou Bois du Brésil : teinture rouge qui, avec de la céruse, donnait une jolie teinte rosée. Cette teinture était tirée d’un bois venu des régions chaudes du globe. Elle pouvait être utilisée pour faire des ombres. -- Os de seiche pulvérisé ou la coquille d’oeuf : donnait du corps aux colorants végétaux -- Alun : servait à fixer les couleurs.

8


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

- Les couleurs : Les pigments peuvent être d’origine minérale, végétale ou animale. Sur cette lettrine voyons quelles couleurs nous pouvons trouver. Le noir se fabrique avec des matières brûlées, le blanc avec de la craie ou de la céruse (carbonate de plomb). Les verts proviennent de minéraux telle la malachite, de l’oxyde de cuivre (le vert de gris) ou de produits végétaux (prunelle verte, feuille d’iris…). Les jaunes : on utilise le sulfure d’arsenic qui est très dangereux (l’orpiment), mais qui mélangé au fiel de certains animaux et à du safran, donne l’illusion de l’or. Le bleu provient d’une pierre semi-précieuse (le lapis-lazuli), de la fleur du bleuet ou de l’indigo (importé d’Afrique), du pastel ou guéde (Languedoc). Quant au rouge, on le fabrique avec l’oxyde de plomb (le minium), le cinabre (qui donne le vermillon), des cochenilles écrasées ou la sève du lierre. On voit que les moines faisaient preuve de beaucoup d’imagination pour produire ces couleurs que l’on peut encore admirer aujourd’hui. Pour lier ces pigments et les faire tenir sur le parchemin les moines font des essais, des erreurs, des réussites ! C’est une véritable chimie expérimentale ! Ms 72, œuvres de saint Augustin, XIe siècle

9


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

3. L’écriture Le moine peut maintenant écrire… Le moine pose le parchemin sur l’écritoire. Celui-ci est incliné pour que la plume, tenue bien droite, ne coule pas. Dans sa main gauche, un couteau : il a de multiples usages : il sert à tailler la plume, à gratter une erreur, à maintenir le parchemin. Il a aussi une valeur de symbole : les chevaliers combattent pour le Christ avec l’épée, pour le copiste c’est la plume et le couteau qui sont ses armes. Avant d’écrire le copiste doit régler son parchemin : tracer les lignes qui préciseront les surfaces occupées par le texte ou les enluminures. Puis, son lent travail pourra commencer : pendant les quelques heures d’éclairement favorables, suivant les jours ou les saisons, il copiera (sans lunettes) avec la main levée au-dessus du parchemin de longs textes. Au long des siècles, l’écriture a beaucoup changé… Ms 159, chronique de Robert de Torigni, XIIe siècle

10

Extrait du Ms71 Cette unique page d’un manuscrit du VIIIe siècle provenant sans doute d’Angleterre est le témoignage le plus ancien de la Bibliothèque du Mont Saint Michel.


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

Les grandes lettres capitales, copiées sur l’alphabet romain sont très lisibles, bien séparées les unes des autres. Cette écriture s’appelle l’onciale.

Mais les temps changent, le parchemin coûte cher est on a besoin de plus en plus de textes. Il faut alors diminuer la taille des lettres. En l’honneur de Charlemagne (Carolus Magnus en latin) on baptise cette nouvelle écriture, la caroline. Cette calligraphie ressemble un peu à l’architecture romane.

Les siècles passent…On a de plus en plus de livres à écrire : les universités ouvrent, les étudiants demandent des ouvrages pour étudier, la lettre se simplifie et se réduit en largeur. Son aspect pointu, aux angles vifs, évoque la nouvelle architecture des cathédrales, elle s’appelle l’écriture gothique.

Alphabet onciale

Alphabet roman, écriture caroline

Alphabet gothique du XIVe siècle

11


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

Ces trois exemples montrent bien l’évolution de l’écriture du VIIIe au XIIIe siècle. Ecriture onciale

Ecriture caroline

Ecriture gothique

12


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

4. Le livre, un objet unique Le travail du copiste c’est la reproduction d’un texte sur lequel il n’a pas le droit d’intervenir ! La page écrite du manuscrit c’est la copie d’une autre page, qui, elle-même est la copie d’une troisième, qui remonte à l’origine du texte. La volonté du copiste est de s’effacer derrière son travail. Pourtant la nature du parchemin, la calligraphie, la couleur de l’encre, les petites erreurs, font du parchemin un objet unique, que le spécialiste peut dater et dont il peut préciser l’origine. Si l’on observe un manuscrit, on peut noter de nombreuses marques de fabrication, par exemple : les traces des colonnes et des lignes. Elles sont discrètes, mais avec un peu d’attention on peut les deviner. Elles sont tracées avec un compas à deux pointes : on perce, ensemble, plusieurs feuilles de manuscrits d’une succession de trous, avec un écartement régulier. A partir de ces points de repères, on peut tracer les réglures. Le copiste dispose alors d’une feuille avec des guides pour écrire droit. Il laissera de grandes marges pour que des commentaires ou des explications, soient écrits à côté du texte en petits caractères. Le plus souvent, il réserve un espace pour la lettre ornée ou historiée que l’enlumineur travaillera après lui. Au bas de la page il inscrit les premiers mots de la page suivante : c’est la réclame. C’est un repère qui servira au relieur pour classer les pages : il n’existe pas encore de pagination. Vocabulaire sur la mise en page 1. Vignette : Peinture, décor de feuillage de petites dimensions (souvent des feuilles de vigne). 2. La lettre ornée : Lettre décorée de motifs végétaux ou géométriques ne racontant pas d’histoire précise. 3. Lettre historiée : Lettre habitée de personnages ou d’animaux identifiables qui ont un rapport avec le texte illustré. 4. Rubrique : Titre ou lettre remarquable à l’encre rouge (Latin rubrica : terre rouge). 5. Justification : Emplacement du texte sur la page. Un texte est dit justifié quand il est aligné à droite et à gauche. 6. Miniature : Dans un manuscrit, peinture illustrant le texte. A l’origine, dessin peint au minium de plomb. 7. Réclame : Annotation en bas de page, qui appelle les premiers mots de la suivante et permet la reliure des cahiers dans le bon ordre. 8. Frontispice : Décoration importante qui marque le début d’un ouvrage ou d’un chapitre. 9. Colophon : Texte, à la fin d’un ouvrage, qui précise le lieu ou a été produit le livre et quelquefois le nom du ou des copistes.

13


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

5. Que disent les textes ? Presque tous les manuscrits sont écrits en latin. Les lettres utilisées se transforment avec les siècles. Ces textes sont difficiles à déchiffrer : heureusement des spécialistes nous aident à les comprendre. Il y a des manuscrits qui racontent des histoires prodigieuses. Par exemple la création du Mont Saint Michel et tous les événements qui s’y sont passés. Aujourd’hui on a du mal à croire à toutes ces légendes, mais au Moyen Age tous les Pélerins sont convaincus : surtout après avoir vu les manuscrits où ces miracles sont racontés. Les Textes Sacrés sont bien sûr nombreux : Bible, missels, ouvrages des Pères de l’Eglise : ceux de Saint Augustin sont les plus appréciés. Les moines s’intéressent aussi aux sciences et on peut voir des écrits qui parlent d’Astronomie, de Calcul et de Musique. Les moines recopient les textes des grands penseurs de l’antiquité. Parmi eux Aristote est à cette période le plus étudié.

14


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

6. Que disent les images ? En dehors de l’écriture, les manuscrits sont illustrés, soit par des lettrines, soit par des scènes historiées qui peuvent quelquefois occuper toute la page.

a. Comment lire les images L’art médiéval est comme une écriture sacrée qui obéit à des règles précises d’organisation (place, taille des personnages, gestes, etc…) et qui ont un sens symbolique. Les couleurs elles-mêmes ne sont pas choisies au hasard. Pour lire ces images, il faut connaître ces codes : • les personnages : -- Jésus-Christ : pieds nus, nimbe marqué d’une croix, entouré d’une mandorle quand il préside au Jugement dernier. -- La Vierge, les apôtres, les saints, les anges : auréole -- Le Diable peut être représenté par un dragon, par un serpent ou même par un homme • la position des personnages : -- Assis : position de supériorité. Assis de face : position de majesté -- Les plus grands sont bien sûr les plus importants -- La droite : la place d’honneur. Dans le jugement dernier, elle représente le Paradis par rapport à l’Enfer, situé à gauche. • la position des mains : -- main sortant du ciel : Dieu* -- mains jointes : prière -- 3 premiers doigts levés, les deux autres repliés : bénédiction -- main ouverte : acceptation • les lieux : -- le haut, le ciel, représenté par un cercle ou un demi-cercle -- le bas, la terre représentée par un carré -- l’enfer sera situé tout en bas ou à gauche (voir ci-dessus) • les objets : -- la couronne : un roi, l’empereur -- la mitre : un évêque, le pape -- la crosse : idem -- une épée : un chevalier, etc…

Ms 86, œuvres de saint Augustin, XIe siècle

• Certains symboles - ex. les évangélistes -- Marc : le lion -- Matthieu : l’homme -- Luc : le bœuf ou le taureau -- Jean : l’aigle. Les 4 symboles des évangélistes symbolisent aussi les 4 points cardinaux parce qu’ils ont porté l’Evangile dans toute la terre. Ou les 4 étapes de la vie de jésus : il s’est fait homme, il s’est sacrifié, comme le bœuf, il est ressuscité (comme le lion, symbole de résurrection car il dort, dit-on, les yeux ouverts), puis il est monté au ciel (comme l’aigle). Ou... les 4 vertus nécessaires au chrétien : la raison, le renoncement, le courage, la capacité de contempler l’éternité (comme l’aigle peut, dit-on, regarder le soleil en face).

15


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

Tous ces codes montrent qu’une image peut être interprétée de diverses façons mais il faut se garder d’une certaine prudence comme le montre ce texte de M. Dosdat in l’enluminure romane au Mont Saint Michel (pp 46-49).

Ms 101, XIe siècle

16

“ On ne saurait être trop prudent avant d’assigner telle ou telle signification à ce répertoire décoratif, même si dans certains cas, l’image peut effectivement donner lieu à une interprétation si l’on y applique les clefs de la symbolique romane. Prenons par exemple la belle lettrine P par laquelle débute le quatrième livre des Dialogues de Saint Grégoire, dans un manuscrit à peu près contemporain à l’accession de Guillaume le Conquérant à la couronne anglaise. Très grande (240X170mm), vigoureusement tracée sur toute la hauteur de la page, elle y occupe par sa hampe une position centrale, tandis que sa panse s’arrondit en cercle. Celui-ci représente la transcendance. Dieu ne saurait apparaître ailleurs que dans un cercle ou un demi-cercle. Dessiner une circonférence revient, pour le peintre de l’âge roman, à ouvrir une fenêtre sur l’au-delà. Mais, a dit saint Irénée qui vivait au IIe siècle et fut martyrisé à Lyon, si Dieu est circonférence, il agit en ligne droite. La hampe de la lettrine est donc là pour montrer la relation de Dieu (le cercle) avec le monde (le quadrilatère, symbolise l’immanence, la terre) par l’intermédiaire d’une droite. Si l’on avait besoin d’un indice supplémentaire, il suffirait de regarder le masque du dragon qui se trouve au centre de la hampe. Sa présence ici peut surprendre. Le masque en effet se trouve d’habitude en un point de la lettrine où il joue un rôle d’articulation entre les diverses parties. Ici peut-il avoir une autre utilité que d’interrompre une longue verticale dans un but purement esthétique ? En fait, si l’on regarde attentivement la miniature, on voit que les compartiments de la lettre qui apparaissent noirs aujourd’hui étaient à l’origine ornés de palmettes. Pour des raisons qu’on s’explique mal, ce décor a été recouvert à l’encre noire. On avait donc au départ un masque vomissant des feuillages, ce qu’on s’accorde en général à considérer comme un symbole créationnel [...]. Il est sans doute sage d’admettre que si les artistes de l’âge roman connaissaient parfaitement le sens caché de telle ou telle figure, ils n’utilisaient pas pour autant systématiquement leur science à fabriquer des rébus. Les motifs, couramment employés, voyaient parfois leur valeur esthétique primer leur intérêt en tant que signe, d’où l’affadissement de celui-ci. Bref ce serait une double erreur et de nier la possibilité d’une lecture symbolique des lettrines romanes, et de vouloir à toute force l’appliquer à toutes. Lettrine “ signifiante ” et lettrine purement ornementale ont pu coexister. C’est leur beauté qui les relie. ”


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

b. quelques exemples de la lecture de l’image • comparaison de 3 représentations de Saint Michel C’est la plus ancienne représentation de l’archange, faite dans le scriptorium de l’abbaye. St Michel est représenté en guerrier : il a un casque, chose rare à cette époque, d’une figuration curieuse : plutôt une sorte de bonnet terminé par une fleur de lys ( ?). Dans la main gauche, il tient un bouclier et dans la droite une lance. Mais son attitude n’est pas très agressive : il ne regarde pas ce qu’il fait, il tient négligemment la lance, l’index levé et il tient son bouclier par le haut, ce qui lui ôte tout rôle défensif. A noter que le diable a forme humaine.

Ms 50, Xe-XIe siècle

17


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

L’archange a changé. Son casque a fait place à un nimbe doré. Bouclé, gracieux, les vêtements flottants, de face comme il sied au chef de la milice céleste. Il a pourtant gardé la négligence du personnage précédent : il ne regarde pas le monstre qu’il est en train de tuer. Ce monstre a cette fois la forme d’un dragon.

MS 76, saint Augustin, XIe siècle

18


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

L’image a encore changé. Saint Michel, toutes ailes déployées, malgré son visage poupin et ses beaux cheveux (aspect androgyne ?) est maintenant un véritable guerrier : il n’a pas de casque, mais une armure, et ce n’est plus une lance, mais une épée qu’il manie habilement. Faut-il voir dans cette représentation “ militaire ” de St Michel, un effet des événements dramatiques que le royaume de France, vient de subir (la guerre de 100 ans). Le diable est un personnage fantastique aux multiples têtes. Ms 94.1.1, livre d’heures à l’usage d’Avranches, XVe siècle

19


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

• Une scène de dédicace Ms 50 fo1 Une scène de dédicace : le moine copiste Gelduin offre à St Michel un livre ouvert sur lequel on lit Historia Sancti Clementis. Offrir un livre à un puissant est un geste classique d’hommage et de déférence, mais il est plus rare de voir cet hommage présenté à un personnage céleste. Cet hommage à St Michel souligne que c’est lui le maître des lieux. La scène est partagée en trois : - à droite la terre avec le moine - à gauche le ciel avec St Michel - en bas les enfers avec le diable Ms 50, Xe-XIe siècle Cette représentation du diable sous forme simplement humaine, sans cornes ou sabots comme on peut quelquefois le voir est inhabituelle et intéressante. Le dessinateur a représenté avec audace, un corps humain entièrement nu avec des détails anatomiques (la poitrine, les côtes saillantes) qui montrent qu’il a observé un modèle (peut-être le corps d’un moine qui venait de mourir ?). D’autres détails prouvent un sens de l’observation les piliers avec les chapiteaux à feuilles d’acanthe, les arcs à pierre de couleur alternée (comme la chapelle palatine d’Aix – voir page suivante), l’appareil régulier des murs. Le décor n’est pas inventé mais reproduit. On peut également faire un rapprochement avec certains détails de la Tapisserie de Bayeux (les oiseaux). Enfin, la symbolique de cette scène est également claire : à St Michel qui tue le démon, le moine offre une autre arme : le livre qui lui aussi peut vaincre le mal. En recopiant les livres, les moines contribuaient ainsi à repousser le Diable.

20


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

Chapelle Palatine d’Aix, le trône (Photo Marburg), Carol Heitz, l’architecture religieuse Carolingienne, Picard, 1980.

Détail de la Tapisserie de Bayeux

21


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

• Une scène de controverse Saint-Augustin contre Félicien - Ms 72 Nous sommes en 386, Augustin lutte contre les Manichéens. Ceux ci contestent le dogme de la Trinité. Ils prétendent que le Fils et le Père sont d’une nature différente. Ils mettent en doute l’idée d’un Dieu bon, et voient le monde partagé en un principe du Bien et un principe du Mal. Les lettres qu’écrit saint Augustin pour lutter contre les hérésies de son temps, ont été inlassablement étudiées, recopiées ; avec ses autres œuvres, en particulier ses “ confessions ”, elles contribuèrent à le faire considérer comme le plus grand Père de l’Eglise latine. Les scriptoria monastiques lui donnèrent une place primordiale. Sur 199 manuscrits d’Avranches, 27 lui sont consacrés. La partie haute de l’image représente un tympan de portail. Là apparaît un Christ séparé du monde par une ligne ondulée figurant le ciel. Il tient une bible dans la main gauche et fait le signe du pouvoir de l’autre main. Au dessous une tenture s’écarte et laisse voir saint Augustin et Félicien. Le saint est nettement plus grand que son adversaire. Il est assis de face, serein. D’autres détails montrent sa supériorité : son vêtement ecclésiastique. (Félicien est un civil) son index droit allongé en signe d’enseignement, l’autre main répètent le geste de la main droite du Christ. Le livre d’Augustin est semblable à celui du Christ. Bref ! Ils tiennent le même langage, et Félicien est battu. La preuve ? Son index droit est replié en signe de défaite. Cette représentation du Christ bénissant peut se retrouver sur d’autres supports et en de nombreux endroits du “ monde roman ”

22


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial Telle cette mosaïque de Sainte-Sophie de Constantinople.

Ou… Cette peinture murale de l’église Saint-Clément à Tahull, en Catalogne

23


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

• Une scène de disputatio Saint Augustin contre Faustus, ms 90 Un jour il prit à partie son ancien ami Faustus, et après une discussion serrée, celui ci vaincu quitta la ville. Une enluminure du XIe siècle nous retrace l’événement : Sous une arcade, qui ressemble à celle sous laquelle St Augustin écrit sous la dictée divine, les deux adversaires discutent. A peine s’aperçoit-on qu’ils sont en désaccord. Chacun a sur ses genoux le livre de sa doctrine. Augustin est à la place d’honneur (à droite de Faustus). Il porte des vêtements longs et l’auréole le distingue. Il est barbu, signe de puissance. Sa main droite, deux doigts levés, fait le geste du pouvoir, sa main gauche fait celui de l’argumentation. Faustus, lui, est plus petit, il est assis en retrait, il est court vêtu comme un “ civil ”, même si sa tonsure est apparente. Son index est tendu vers le traité de son adversaire, en signe de soumission. Il semble convaincu, mais si l’on observe sa main gauche, il tient toujours fermement son livre éloigné du saint homme, il pourra toujours resservir, prêcher de nouveau sa doctrine hérétique. Le combat contre le mal n’est donc jamais terminé.

24


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

• Le songe de St Aubert, ms 210, cartulaire de l’abbaye Au centre de l’image, St Aubert repose sur son lit. Au dessous de lui descendant du ciel, à la manière d’un nageur (observez le mouvement des jambes). St Michel vient lui apparaître. De son doigt démesurément allongé, il lui touche le crâne. Tout autour des deux personnages un décor de remparts et de tours évoque, soit l’abbaye du Mont Saint Michel qu’Aubert est chargé de construire, soit tout simplement sa ville épiscopale fortifiée. On peut y voir aussi une évocation de la Jérusalem céleste, où des musiciens jouant du cor, de la trompe de la harpe, du rebec, doivent faire un fracas d’apocalypse. Tout en haut de la tour centrale, deux hommes protégés par des boucliers s’affrontent en un combat singulier. Cette peinture illustre la Révélation, la fondation légendaire du Mont Saint Michel, le texte rapporte comment furent découverts les restes supposés d’Aubert, dont un crâne présentant un trou régulier à la tempe droite. La tentation était sans doute grande de faire ce crâne, une relique sacrée et de “ réécrire ” alors la légende.

En bas à droite, une scène énigmatique : un homme à la jambe de bois, armé d’une paire de ciseaux énorme, court après un lièvre, dans l’intention évidente de lui couper les oreilles. Cette scène que l’on retrouve dans d’autres manuscrits (tel la Bible de l’abbaye anglaise de Bury St Edmunds, datée des années 1135) évoque probablement un proverbe ou un aphorisme. A t’il un rapport avec la légende de St Aubert ? On a écrit plusieurs hypothèses à propos de cette scène : l’une voudrait qu’étant impossible à un unijambiste de rattraper un lièvre à la course, le reste de la scène ait été aussi “ impossible ” ? ? Mais si l’on observe bien la scène on remarque que le personnage est un faux unijambiste (comme les mendiants des cours des miracles de cette époque). Il pourrait donc en leurrant le lièvre, le rattraper ! ! ! Le mystère reste entier.

25


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

c. L’enluminure gothique. A partir du XIIIe siècle, les copistes ne sont plus seulement des moines. Le développement des écoles nécessite de plus en plus de livres. Des ateliers vont alors se multiplier dans les grandes villes, et les ouvrages sont maintenant réalisés par des laïcs. Les monastères eux-mêmes vont acquérir ces manuscrits abondamment décorés, avec des couleurs vives et une “ débauche ” d’or ! Le décor de médaillon renvoie inévitablement aux vitraux des cathédrales tels ces détails de la Genèse (Ms 2 fo.5).

26


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

7. Les lettres ornées A l’époque romane, les moines ont également décoré leurs manuscrits d’initiales ornées. Elles sont la première lettre d’un mot, mais aussi du chapitre et elle doit “ réveiller et fixer l’attention du lecteur ”. On peut retrouver plusieurs influences dans les lettrines.

a. Les zoomorphiques

Avranches. BM., ms. 146, XIe-XIIe siècle, Isidore Mercator. Collection des Décretales, f° 37 : Lettrine A de Alexander.

lettrines

Prenant son origine dans les manuscrits mérovingiens, ces lettrines où des animaux sont disposés de façon à former un caractère sont très curieuses, mais souvent difficilement lisibles.

Moralia in Job de St Grégoire, ms. 97, f° 240, lettrine Q de Quia.

Ms 59, f° 31, initiale franco-saxonne Et.

b. Les lettrines franco-saxonnes Ces lettrines présentent des motifs d’entrelacs, qui semblent trouver leurs racines en Angleterre et en Irlande.

27


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

On peut noter une similitude d’inspiration avec d’autres œuvres de la même époque comme la broderie de Bayeux. Ms. 98, f° 195, lettrine A de Antiquo Ms 61, f° 112, lettrine L de Licet Ms. 101, f° 77 v°, lettrine à tête de dragon qui évoque la proue des bateaux vikings.

La proue du bateau de Guillaume le Conquérant, détail de la Tapisserie de Bayeux.

Verson, sépulture n° 80, in Archéologie médiévale, tome X, 1980, p 92.

28

On trouve aussi ces entrelacs dans les ornements des plaques-boucles mérovingiennes.


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

c. Les lettrines normandes Les moines du Mont-Saint-Michel ont combiné toutes ces influences pour créer ces initiales très colorées, dans lesquelles certains décryptent une symbolique très recherchée ; on peut y voir simplement de somptueuses œuvres d’art. Dans cette lettre P (tirée de l’ouvrages des “ Moralia in Job ” de saint Grégoire) le copiste utilise des ENTRELACS (symbole de tous temps d’éternité)  ; puis des RINCEAUX de feuillages appelés ACANTHES ; Le MASQUE DE LION ou de dragon vomit des RINCEAUX et un homme brandit curieusement une hache contre un lion qui semble mordiller un rameau d’acanthe. Il ne s’agit pas encore d’une lettre historiée car on ne reconnaît pas le personnage. Il n’existe aucun rapport entre le texte et l’image et l’on peut imaginer qu’il s’agit d’une représentation du combat de l’homme contre les forces maléfiques.

• Ms. 159, la chronique de Robert de Torigni : la fin du scriptorium montois

Ms 72, XIe siècle. ms 159, Chronique de Robert de Torigni, XIIe siècle

A l’intérieur de ces initiales, le copiste s’est représenté dans son dur labeur.

Le nom de ces copistes nous sont le plus souvent resté inconnu. Par chance, quelquefois, le moine copiste est content de son travail, et nous rend la tâche plus facile quand il signe à la fin de son ouvrage. Cette signature commentée s’appelle un Colophon. “ vive la main, qui s’applique à si bien écrire ! Si tu souhaites savoir le nom du copiste, sache que c’est Fromond, qui avec zèle a écrit ce livre de bout en bout. Ce qu’il a transcrit est très considérable… ” Il semble que parmi les grandes qualités de Fromond, la modestie vienne juste après le talent.

Colophon du moine Fromond, ms.72. Illustration n° 35, colophon

29


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

B. LES LIVRES IMPRIMES Adieu l’unique, Vive le Multiple ! En effet, l’invention attribué à GUTENBERG, à Mayence, en Allemagne, permet de reproduire des ouvrages à un grand nombre d’exemplaires. Finie l’écriture à la main ! Fini le parchemin pour les livres ! Les manuscrits sont trop chers ! Il faut vivre avec son temps ! De nouveaux métiers apparaissent : des fondeurs moulent des caractères de plomb. Ceux-ci, assemblés, encrés, pressés sur une feuille de papier chiffon donnent l’IMPRIME. Feuille de papier ? Tiens voilà un nouveau mot. Les moulins à papier sont pleins de papetiers. Pour les presses ? Celles des vignerons font l’affaire. Si les documents sont imprimés entre 1440 ( date de l’invention ) et 1500, on appelle ces livres des INCUNABLES. Voilà donc deux inventions qui se sont jumelées et qui marquent la fin des livres manuscrits ornés. Gutenberg

Les papetiers, l’Encyclopédie, XVIIIe siècle

30

Les nouvelles technologies continuent à évoluer, de la gravure à l’offset, bientôt Internet... Mais c’est une autre histoire !

1. Un nouveau support : le Papier


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

Premier siècle de notre ère, nous sommes à la cour de l’Empereur de Chine. Caï Lun vous connaissez ? Avec des fibres végétales qu’il a réduites en pâte il étale de drôle de galettes dans des moules : il a inventé le papier ! Celui que nous fabriquons aujourd’hui dans de grosses machines n’est pas très différent. Par la route de la soie, cette invention chemine lentement vers l’ouest, mais les méthodes de fabrication restent un “ secret d’Etat ” ! En 750, à la bataille de Samarcande, les Arabes découvrent et emportent avec eux la technique. Ils la garderont pour eux pendant huit siècles. En France le premier moulin s’installe à Troyes en 1348. On fabrique alors le papier à partir de vieux chiffons de lin et de chanvre. Les moulins vont se répandre dans toutes les régions et se développer avec l’invention de Gutenberg. L’imprimerie. Après l’Italie, la France est à ce moment le premier fournisseur de papier en Europe. Au XVIIIe siècle il devient urgent de trouver d’autres moyens de fabrication plus rapides et moins onéreux. Bientôt on fabrique le papier avec du bois et c’est aux éditions de luxe que l’on réservera la papier pur chiffon.

2. L’atelier typographique A la fin du XVe siècle il faut se démarquer de la période gothique et retrouver l’authenticité de l’Antiquité. Les imprimeurs vont créer de nouveaux caractères : ils mettent en honneur la capitale romaine dont ils vont rechercher le modèle sur les arcs de triomphe. Les caractères romains antiques ressuscitent, la minuscule caroline, qui est probablement confondue avec un caractère romain, est mise à la mode par les humanistes, et ces lettres vont supplanter les gothiques vers 1540 sauf dans les pays de langue germanique. Les livres liturgiques et de dévotion conservent eux aussi les caractères gothiques. La gothique s’abâtardit pour les textes en langues vulgaires. Pour étudier Aristote dans le texte et le dépoussiérer de 1000 ans d’interprétations, le Vénitien Alde Manuce, dès la fin du 15ème siècle, utilise un alphabet grec. En 1501, il crée un italique qui permet une inscription plus serrée et des formats plus petits. L’Allemand Froben, à Bâle, dispose d’alphabets grec et hébreu dans les premières années du 16e siècle. Les premiers imprimeurs reproduisent le manuscrit : ils ne connaissent pas d’autre forme du livre. Rapidement les choses vont changer : le papier va remplacer le parchemin. C’est moins solide mais c’est moins cher. On supprime les abréviations compliquées : il est plus facile de rajouter quelques caractères, et c’est plus facile à lire.

31


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

Les imprimeurs s’occupent eux-mêmes de la décoration et de l’illustration des éditions, les enlumineurs et rubricateurs ne peuvent faire face à la multiplication des exemplaires. Dans le décor, à la symbolique médiévale s’ajoutent les éléments païens issus des mythologies anciennes. Lorsque commence le 16e siècle, certains livres ont déjà une forme très moderne. En France, Geofroy Tony dans son Champfleury (1529) conçoit des lettres en fonction des proportions du corps humain. Son élève Claude Garamont entre 1530 et 1540, fond un nouveau caractère, clair et élégant, employé ici. Il crée ensuite les Grecs du Roi, qu’utilisera Robert Estienne. La typographie, après avoir été un art allemand, puis italien, est devenue un art français.

3. Les incunables

Moine lecteur, Chonique de Nürenberg, 1493

On appelle incunables les premiers livres imprimés par les procédés typo graphiques jusqu’en l’an 1500 inclus, du mot latin incunabula qui signifie “ berceau ” (de l’imprimerie). Incunabula typographiae : nom donné au premier catalogue de livres imprimés publié par Beughem à Amsterdam, en 1688. Le tournant du siècle est un choix de convention. En effet, les formes du livre évoluent lentement et c’est plutôt autour des années 1530 que le livre s’émancipe enfin des formes médiévales héritées des manuscrits. C’est à Mayence qu’en 1455 sort des presses de Gutenberg le premier livre imprimé, une bible dite “ Bible à 42 lignes ”, fruit de plusieurs années de recherches, grâce à l’ingéniosité de trois hommes :

32


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

Jean Gutenberg, orfèvre de profession, le banquier Jean Fust et Pierre Schoeffer. Ces techniques gagnent l’Italie en 1465 puis la France : c’est l’atelier de la Sorbonne, en 1470, qui produit le premier incunable français, l’imprimerie s’installe à Lyon en 1473. L’identification d’un incunable : Aujourd’hui, la reconnaissance d’un ouvrage par son titre, son auteur, son lieu d’édition s’offre immédiatement au lecteur. Or à l’origine de l’imprimerie, le livre ouvert ne dévoile pas immédiatement son identité. Toute une approche est nécessaire pour en saisir le contenu, l’origine, à plus forte raison pour nous lecteurs du XXe siècle pour qui l’usage fréquent du latin et des caractères gothiques est une difficulté supplémentaire. La nécessité d’une amorce au texte dans la présentation d’éléments concis et forcément réducteurs n’existe pas en tant que telle. La page de titre s’élabore lentement et ne s’impose réellement qu’à la fin du XVe siècle. A l’origine, le recto de la première page est laissé blanc, le texte commençant au verso. Conservant la pratique médiévale du manuscrit, le texte débute par le mot latin INCIPIT “ ici commence ” suivi du titre et parfois de l’auteur et se termine par l’EXPLICIT “ ici finit ”. L’explicit peut être suivi du colophon, d’un mot grec signifiant “ achèvement ”, formule énonçant le nom de l’auteur et le titre et précisant l’adresse bibliographique : lieu, imprimeur, date.

Tusculanes, Marci Tulii Ciceronis, exemple du colophon de Jean de Forlivio, imprimeur vénitien, daté de l’an 1482, le 10 août.

Un autre élément d’identification figure aussi à la fin du texte, il s’agit de la marque d’imprimeur. Les papetiers prennent très tôt l’habitude de marquer leur production par le filigrane, motif de laiton introduit dans le treillis métallique de la forme lors de la fabrication de la feuille de papier et que l’on aperçoit en transparence. Les imprimeurs, eux, individualisent leur production en apposant leur marque. Cette marque, gravée sur bois et imprimée, est un élément à la fois informatif, décoratif et publicitaire. Elle reprend le signe placé sur les balles de livres que les imprimeurs envoient à leurs correspondants à travers l’Europe : à l’origine, il s’agit d’un fond noir sur lequel se découpent leurs initiales surmontées d’une croix, puis elle devient plus élaborée, emblématique, s’inspirant du nom de l’imprimeur, comme Bernardino Fontana à Venise choisit une fontaine ou de l’enseigne qui est au-dessus de sa boutique : le libraire parisien Jean Petit, par exemple, fait dériver sa marque de l’enseigne “ au lion d’argent ”. Parfois, la marque s’accompagne d’une devise, souci pour l’artisan de se place dans le monde de la culture humaniste, c’est le cas de l’imprimeur parisien Denis Roce “ A l’aventure tout vient à point qui peut attendre ”. Il peut arriver que l’imprimeur soit différent du libraire, alors commanditaire et que deux marques ou mentions figurent sur l’ouvrage, celle du libraire sur la page de titre et celle de l’imprimeur au colophon. Peu à peu, ces éléments d’identification formulés en fin de texte, s’échappent pour se placer en tête de l’ouvrage, sur ce premier recto de page laissé vacant. Il s’agit d’abord du titre seul, une ou deux lignes, qui par la suite s’étire parfois en réelle table de sommaire, la marque, ensuite, accompagnée ou non de

33


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

l’adresse bibliographique, gagne la page de titre, cette adresse, énoncée dans une formule, est souvent précédée du mot latin venundantur “ sont vendus ”, rendant compte de l’aspect commercial qu’elle revêt. Une hiérarchie claire de l’information, respectant la valeur sémantique de l’énoncé, ne sera définitivement adoptée qu’au milieu du XVIe siècle. On peut alors comprendre la difficulté que peut présenter pour nous l’absence d’un ou de plusieurs de ces éléments d’identification. En effet, très fréquemment, ces éléments ne sont pas tous réunis, à plus forte raison lorsque les exemplaires parvenus jusqu’à nous se révèlent incomplets, la plupart du temps de leurs éléments les éléments les plus fragiles et en même temps les plus “ parlants ”, premiers et derniers feuillets. C’est alors une étude minutieuse de l’ouvrage qui commence : examen des caractères typographiques, filigrane du papier, marque d’un imprimeur, ex-libris. Les bibliographies spécialisées, en particulier celles qui donnent une description précise de l’édition, sont des outils indispensables. Les informations données au colophon accompagnées de l’examen détaillé de la mise en page, des césures de lignes, le nombre de lignes par page, des signatures (signes placés en bas des premiers feuillets de chaque cahier pour indiquer la succession des cahiers dans le livre), du format... autorisent le rapprochement de l’exemplaire avec sa description correspondante attestée dans les répertoires. Lorsque l’adresse est absente, l’étude des caractères typographiques permet dans la plupart des cas de retrouver l’atelier d’où est issu l’incunable. -- la lettre “ de forme ” réservée usuellement aux bibles, gros caractères imposant et anguleux, appelé textura, -- la lettre “ de somme ” utilisée pour les gros ouvrages de théologie scolastique ou les éditions juridiques, gothique très courante, plus ronde appelée aussi rotunda, -- la bâtarde, sorte de cursive caractérisée par des S et f longs et des a fermés dont on usait plutôt pour les textes en langue vernaculaire et les textes latins courants. Le caractère romain voit son origine en Italie. Les humanistes de la Renaissance, en particulier Pétrarque, soucieux de s’écarter de la forme des textes médiévaux, remettent à la mode la minuscule Caroline pour copier les textes de l’Antiquité classique dont elle semble plus proche. Le romain devient donc le caractère de prédilection des ateliers italiens, précisément pour éditions d’auteurs latins. L’illustration

Danse macabre, Chronique de Nüremberg 1493

La première illustration de l’incunable reste l’enluminure. Les rubriques, les lettres peintes, souvent avec alternance de rouge et bleu, sont des éléments courants mais non moins importants de la décoration de l’incunable. Pour que l’art typographique reste au plus proche de l’art du copiste, l’incunable présente parfois en marge des réglures tracées à la main, survivance nostalgique du temps où les copistes devaient tracer les lignes et délimiter les marges. Puis, l’imprimeur prend en charge l’illustration. Avant le milieu du XVe siècle, la gravure en taille douce (sur cuivre) n’est employée qu’exceptionnellement dans le livre. La taille d’épargne ou gravure sur bois, plus souple d’utilisation, prévaut ; cette technique, relativement simple, procédé en relief comme l’est la typographie, permet donc d’imprimer en même temps texte et image et autorise une souplesse d’emploi. L’incunable est un objet vivant qui, par la survivance de manières médiévales, garde encore l’empreinte de la main du copiste et les renchérissements de l’enlumineur ; il témoigne ainsi de la longue hésitation des hommes de ce temps entre l’autorité des modèles anciens et le puissant appel d’un nouveau savoirfaire.

34


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

4. Les Humanistes L’humanisme est une audacieuse aventure intellectuelle née en Italie dès la fin du 14e siècle qui tente de réconcilier le monde antique païen et l’univers chrétien issu de la foi médiévale. L’homme est au centre de l’aventure, maître de son destin ! L’humaniste pense que pour avoir des bases sûres de réflexion, il faut se confronter aux Evangiles retourner aux textes grecs et hébreux. Voilà qui ébranle la scolastique médiévale ! Le but à atteindre est une forme de perfection où l’individu vertueux permet à la cité de croître en beauté : l’homme idéal dans la cité idéale. L’imprimerie, événement médiéval, va donner à l’humanisme les moyens de se répandre à travers l’Europe. Les campagnes d’Italie révèlent une civilisation transalpine brillante. Dès le 14ème siècle, Dante et Pétrarque ont exprimé l’humanisme chrétien. Avec Boccace, ils séduisent les intellectuels français qui les traduisent. Rabelais jongle avec la Sorbonne et dissimule sous le couvert de la verve “ drolatique ” une condamnation des persécutions religieuses et des injustices. Après 1534, et son nouveau livre Gargantua, il est obligé de se cacher. Il a su s’entourer de protecteurs, d’autres auront moins de chance et finiront sur le bûcher. Pendant que les bûchers crépitent, une bande de jeunes et joyeux écrivains pensent retrouver la vérité en pratiquant la mythologie gréco-latine. Ils se regroupent sous le nom de Pléiade. Artisans de la langue, ils cherchent un monde où la poésie serait la clé de voûte de la culture. Bien plus que leurs prédécesseurs, les poètes de la pléiade s’abandonnent à l’imaginaire. Calvin cherche, lui, la rigueur, la clarté. Le langage amoureux poursuit la tradition de l’amour courtois, cultive la mélancolie de Pétrarque, forge un idéal de perfection très platonicien. Après 1560, les polémiques religieuses marquent fortement la littérature. Les écrivains prennent parti. La littérature devient politique. A la fougue violente d’Aggripa d’Aubigné le protestant s’oppose celle de Ronsard le catholique. Les essais de Montaigne traduisent un nouvel équilibre : longue méditation sur la nature humaine, son œuvre est d’avant garde, accordant à l’individu une place de choix dans une nature bienveillante.

5. Les Langues Dès la fin du 15ème siècle, Lefèvre d’Etaples, dans ses cours au collège du Cardinal Lemoine, propose un retour aux sources et de nouveaux commentaires d’Aristote. Guillaume Budé, féru d’hellénisme, le suit, Erasme le rejoint. Encore faut-il disposer de nouveaux caractères pour diffuser ces textes et ces commentaires. François 1er favorise l’essor de la pensée humaniste : entre 1530 et 1534 ; il encourage Budé dans la création du collège des trois langues – grec, hébreu, latin - futur Collège de France.

Un ouvrage humaniste : Gargantua de François Rabelais, 1547

Bible polyglotte, XVIIe siècle

35


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

Il ne suffit pas de chercher ses sources. Le présent s’impose à travers les langues vulgaires. Codifier le français devient nécessaire, fixer l’orthographe, la grammaire, la ponctuation, la prononciation. La typographie est concernée : le précurseur Simon de Tory sera suivi par Simon de Colines, puis par Robert Estienne, soutenus par François 1er. L’Amiénois Jacques Dubois, médecin et grammairien, propose l’apostrophe, le tréma et l’accent circonflexe. Les traditions typographiques qui sont encore les nôtres se fixent à partir des années 1530. Pour faire honneur à la langue française l’école de la Pléiade cherche à fonder une culture nationale. Ronsard et du Bellay s’engagent dans un combat dont l’objectif est de traduire l’identité française à travers une langue riche et expressive.

6. Les Reliures La reliure est l’art de protéger le livre tout en donnant à l’amateur le plaisir de l’œil et celui de la main. Elle invite aussi au plaisir des mots. Son vocabulaire est tout un monde. Le nécessaire d’abord : les ais de bois ou de carton qui enferment les pages, les nerfs qui les retiennent par la couture et segmentent son dos. L’agréable ensuite qui concerne l’habit : de parchemin pour l’ordinaire, de soie, de cuir pour les grandes occasions. La reliure s’orne de semés, de larmes, de rubans, de filets, d’écoinçons, de médaillons. Elle a ses fers, ses tranches antiquées, ses cartouches azurés, ses plats mosaïqués. Un festival de mots recouvre une suite de styles : à la roulette ou à la plaque, genre Grolier, à la grecque, à la fanfare, à la cire…. Le 16ème siècle est le siècle d’or de la reliure. Quelques mots techniques de la reliure...

36


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

C. L’APPORT DES LIVRES MANUSCRITS A LA CONNAISSANCE DE LA CIVILISATION DU MOYEN ÂGE Les manuscrits du Mont-Saint-Michel peuvent également introduire une étude du monde médiéval. A titre d’exemple, voici quelques pistes qui peuvent être explorées.

1. La société A travers plusieurs manuscrits, c’est toute la diversité sociale du moyen-âge qui peut être découverte. On peut identifier les personnages à leur costume, leurs objets particuliers, leur attitude et ainsi reconstituer la hiérarchie de la société. Par exemple : -- les évêques : ms 160 fo 105 -- les moines : ms 210 fo 19 -- le pape : ms 210 fo 19 -- un roi : ms 410 fo 19 -- duc et duchesse : ms 210 fo 25 -- un chevalier : ms 107 fo 122 -- un paysan : ms 2 (Genèse) -- etc….

MS 2, bible, XIIIe siècle : un couple de paysans et ms 107, XIIe siècle : un chevalier…

37


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

2. Les grands personnages et les événements fondateurs de la religion chrétienne -------

Ms 48, Aristote, Ethique à Nicomaque, XIIIe siècle : La charité de St Martin

Ms 2, bible, XIIIe siècle : Adam & Eve

38

Dieu : ms 115 f° 1 La vierge Marie et les apôtres : ms 641 de la Pierpon Morgan Library Adam et Eve : ms 2 Le roi David : ms 3 Abraham : ms 42 et le diable ms 160


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

3. La musique

Ms 222, Aristote, Ethique à Nicomaque, XIIIe siècle : joueurs de harpe et de citole

Ms 210, cartulaire de l’abbaye du Mont-Saint-Michel, XIIe siècle : joueurs de cor, de harpe et de violon.

39


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

40

Service éducatif du Scriptorial


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

41


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

42

Service éducatif du Scriptorial


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

43


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

44

Service éducatif du Scriptorial


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

45


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

46

Service éducatif du Scriptorial


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

47


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

48

Service éducatif du Scriptorial


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

49


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

50

Service éducatif du Scriptorial


Service des Musées et du Patrimoine – Ville d’Avranches

Service éducatif du Scriptorial

Bibliographie sommaire --------

Monique Dosdat, l’enluminure romane au Mont-Saint-Michel, 1991, éd. Ouest-France Jean-Luc Leservoisier, les manuscrits du Mont-Saint-Michel, 1996, éd. Ouest-France Gilberte Garrigou, Naissance et splendeurs du manuscrit monastique du VIIe au XIIe siècle, 1992 François Garnier, le langage de l’image au Moyen-Age, 1965, Le Léopard d’or Claude Médiavilla, la calligraphie, 1996, Imprimerie Nationale Jacques Stiennon, paléographie du Moyen-Age, 1773, A.Collin Documentation photographique n°7040 : l’Art et la foi au Moyen-Age

Les trois premiers volumes sont diffusés par les Amis de la Bibliothèque d’Avranches (11 place StGervais, Avranches)

51

Les manuscrits  

les manuscrits

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you