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• Humiliée par Louis Garrel • Les jeunes et les droits de l’Homme • Portfolio : Les illuminés de Noël

Noël vu par les religions

Chrétiens, musulmans, bouddhistes… Les responsables religieux français livrent leurs visions


A l’heure d’un premier bilan 


Par Louis Villers, directeur de la rédaction

Fin décembre. Fin de l’année. Avant les bonnes résolutions du premier janvier, c’est l’heure d’un premier bilan. L’aventure interviewienne ne fait que commencer, mais déjà nous pouvons être fiers du résultat.

Editorial

Notre première satisfaction, c’est d’avoir maintenu le rythme. Nous avons, depuis le 4 octobre, sorti un numéro tous les deux vendredi, à minuit. Aucun retard. Nous avions, lors du premier numéro mis la barre très haut : 50 pages. Tous les numéros qui ont suivi comptaient un nombre équivalent de pages. Mais surtout, nous n’avons rien perdu de la qualité de nos contenus. Dans tous les numéros, nous sommes partis à l’étranger. Dans tous les numéros, nous vous avons offert un reportage photo. Dans tous les numéros, de vraies personnalités politiques ou artistiques répondaient à nos questions. A l’heure ce premier bilan, quelques regrets aussi : nous ne vous avons pas offert assez de reportages. La faute à un rythme de travail effréné et à une équipe réduite. Mais ce manque sera compensé à l’avenir, à commencer par une grosse surprise qui vous attend dès le numéro de rentrée. Pour illustrer tout cela, quelques chiffres sont parlants : 300 pages de reportages et d’interviews, une vingtaine de pays visités, soit 150 000 kilomètres parcourus (quatre tours du monde), 65 personnes interviewées, 26 étudiants qui ont collaboré au projet, de 17 écoles différentes. Mais surtout, LINTERVIEW.fr, sur deux mois et demi, c’est près de 15 000 lecteurs. Des lecteurs qui reviennent et ce, sans qu’aucune publicité ne soit effectuée. Uniquement du bouche-à-oreille. Vous avez été toujours plus nombreux à chaque numéro. Une fois de plus (ça devient une habitude), nous nous sommes lâchés pour ce numéro 6. Avec une question en « Une » : tous les Français fêtent Noël, mais ils ne sont pas tous de la même religion. Comment voient-ils cette fête ? Les responsables français de 3 grandes religions vous répondent. Mais à LINTERVIEW.fr on se fait aussi humilier par le ténébreux Louis Garrel, on s’extasie devant les illuminations de Noël, on suit des voyageurs écolos traversant l’Amérique du nord au sud…Encore un numéro riche en diversité donc ! Enfin, Noël, c’est fait pour se reposer, Noël, c’est les vacances. Et même si à LINTERVIEW.fr on aime bien bousiller deux vendredi soirs par mois, il faut redevenir sérieux : pas de journal pendant un mois ! Le prochain, vous l’aurez donc le 17 janvier au matin. D’ici là, LINTERVIEW.fr vous souhaite de joyeuses fêtes ! 



Sommaire A la Une Noël vu par les religions 


Dans l’actu Les jeunes et les droits de l’Homme. 
 L’interview Humiliée par Louis Garrel 
 Portfolio Les « illuminés » de Noël 


Série écologie, acte 3 L’Amérique, du nord au sud p12 


États généraux Lis ! C Teyssier 


Lancez-vous ! Entreprenez avec le Web ! 
 Etudiante du monde Au Cambodge 


Journal LINTERVIEW.fr / 32 rue de Montholon 75009 Paris / redaction@linterview.fr / 06-65-35-56-99 Fondateur, directeur de la rédaction : Louis Villers / Directeur de publication : Jean Massiet / Rédacteur en chef : Alexandre Marchand. Rédactrice en chef de « Culture Est Société » Alice Beauquesne /Journalistes : Nadège Abadie (Photographies)/Nicolas Combalbert/William Buzzy/Baptiste Gapenne/Alan Kaval/Vanessa Ferrere/Margaux Bergey//Raphael Miossec/Photos : http://www.youthpotos.eu / Photo de Une : Gloria van Doorn Association LINTERVIEW.fr : Siège social : 32 rue de Montholon, 75009 Paris. Président : Louis Villers / Vice Président : Jean Massiet / Responsable financier : Alexandre Chavotier / Secrétaire : Alexandre Marchand


Noël, fête commerciale ? Par Louis Villers et Baptiste Gapenne

Sebastian
Czub


En France, tout le monde fête Noël. Enfants, vieillards, filles, garçons, citadins, paysans, riches pauvres. Mais aussi chrétiens, musulmans, bouddhistes et toute autre religion. Pourquoi ? La naissance de Jésus ne serait-elle plus perçue comme l’unique objet de cette fête religieuse ? Le côté commercial l’aurait-il emporté sur le côté religieux ? Monseigneur Jacquin, archiprêtre et recteur de la cathédrale de Paris, docteur Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman, Marie Stella Boussemart, vice-présidente de l’Union des Bouddhistes de France, ont répondu aux questions de LINTERVIEW.fr. Bien que contactés à de multiples reprises par LINTERVIEW.fr, les représentants de la communauté juive n’ont pas trouvé le temps de répondre à nos questions. LINTERVIEW.fr est donc au grand regret de ne pouvoir offrir à ses lecteurs l’approche juive de la fête de Noël.


Chrétiens : Par Monseigneur Jacquin Recteur Archiprêtre de la cathédrale de Paris

« Plus les temps sont incertains, plus ça renvoie l'homme à son essentiel »


LINTERVIEW.fr : Pour un chrétien, Noël c'est quoi ? Monseigneur Jacquin : C'est la fête de la Lumière. Comme le dit l'Ecriture, ce peuple qui marche dans les ténèbres a vu une Lumière qui a resplendi. Et cette Lumière c'est un Sauveur qui nous est né. Il vient donner le Salut, le fait d'être sauvé pour tout homme pour toute l'humanité. Nous croyons, nous chrétiens, que ce Salut est donné à tous, qui qu'on soit, quoi qu'on ait fait. C'est la naissance qui avait été annoncée par les prophètes et c'est le début du mystère de l'incarnation. LITW : Mais alors Noël approche, quelle distinction allez-vous faire entre le Noël religieux et le Noël commercial et économique? M. J. : Je pense que le Noël commercial va prendre un coup avec la crise économique. Tandis que le Noël religieux risque de se développer puisque précisément la crise mondiale va mettre, il me semble et on le sent déjà, l'accent sur une chose qui est essentiel à l'homme, la dimension spirituelle. Et cela, ça ne se dévalue pas. Car plus les temps sont incertains, plus ça renvoie l'homme à son essentiel. Les idéaux politiques ou autre se cassant la figure, au fond, l'idéal devient la recherche de ce qu'est l'homme de sa dimension spirituelle. Cette crise va donner un coup d'arrêt à l'excitation médiatique et économique d'un Noël gastronomique mais surtout un coup de fouet à la référence spirituelle. LITW : Comment vous expliquez qu'un noncroyant fête Noël? M. J. : Autour de Noël, on retrouve beaucoup


d'éléments qui composent le paysage. Il y a la dinde, le boudin blanc et les huitres. Les Français aiment bien se retrouver et ça qu'on soit croyant ou non croyant, c'est une occasion de faire une fête. Mais c'est aussi la naissance d'un enfant donc c'est mettre l'éclairage sur la famille. Donc pour les gens, qu’ils soient chrétiens ou non c'est une occasion de se retrouver en famille. D'ailleurs les familles éclatées se retrouvent très souvent à Noël. Aussi bizarre que ça puisse paraître. On ne retrouve pas cette dimension pour le réveillon du premier de l'An par exemple. Et Noël c'est l'occasion d'aller prendre un air de messe en famille. Le quatrième élément c'est la paix. Généralement à Noël, Jésus annonce la paix. Les familles se rassemblent, les réunions politiques sont arrêtées, les ennemis arrêtent de se frapper dessus... LITW : Donc le déracinement religieux ne vous gêne pas du tout? M. J. : Au contraire. Car cette nouvelle est une bonne nouvelle pour tous. Si les gens non-religieux attrapent au passage tel ou tel élément religieux, tant mieux ! C'est un bon élément pour moi. C'est le cœur même de la fête de Noël. LITW : Et au niveau des fidèles : « je m'en foutisme » ou rapprochement de l'Église pendant Noël? M. J. : Le jour de Noël à Paris, les églises sont bondées. Donc je ne pense pas qu'il y ait du « Je m'en foutisme » mais plutôt un retour au source de certaines personnes qui retrouvent avec nostalgie les chants de Noël, l'orgue, l'Église en fait.

« Je pense que le Noël commercial va prendre un coup avec la crise économique »


 


Noël dans une famille chrétienne « Tous les ans, nous nous retrouvons le 24 au soir pour fêter Noël. Le rituel est simple, on mange un repas en famille puis on va à la messe de minuit tous ensemble. Je dois avouer que je n'ai pas trop l'habitude d'aller à la messe chaque dimanche durant l'année. Mais Noël, c'est l'occasion. Pour moi, ça représente LA fête religieuse

de l'année. Après la messe, on rentre se coucher en attendant le lendemain matin qui sera occupé à la découverte des cadeaux. C’est l’aspect, il est vrai, un peu plus commercial de notre Noël. Mais vous en connaissez beaucoup vous des personnes qui ne s'offrent pas de cadeaux pour Noël ?»


Musulmans : Par Dalil Boubakeur

Recteur de la Grande Mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman.

« Noël, pour les musulmans, c’est la fête des enfants » LINTERVIEW.fr : Que représente Noël pour un musulman ? Docteur Boubakeur : Noël n’a pas de représentation religieuse particulière pour les musulmans. LITW : Comment expliquez-vous que certains musulmans fêtent Noël ? D. B. : Beaucoup de familles musulmanes l’apprécient car c’est la fête des enfants, c’est la fête de l’hiver. C’est l’occasion de partager la joie avec nos camarades chrétiens. C’est une fête qui symbolise l’enfant que fut Jésus, qui, tout comme dans l’islam avec l’enfance du prophète Mahomet, représente beaucoup. C’est une occasion d’y associer les enfants, les récits, la nativité, et bien entendu, tout cela intéresse les enfants musulmans. LITW : Allez-vous vous-même fêter Noël ? D. B. : Nous venons de fêter notre grande fête de l’islam : Aïd-al-adha, ainsi qu’une fête commune avec les chrétiens qui est le sacrifice d’Abraham. Noël n’est pas une fête traditionnellement ou religieusement fêtée par les musulmans de manière institutionnelle. Cependant, il est libre aux musulmans de s’associer aux familles chrétiennes qui voudraient les inviter ou inviter leurs enfants aux réjouissances qui entoure la Nativité


de Jésus. Il est notamment intéressant de rappeler que cette nativité est très importante pour nous, dans le sens ou Jésus est cité 27 fois dans le Coran, la Vierge Marie aussi a une très grand importance dans l’islam car elle est présentée comme la première femme du monde. Il y a là des convergences monothéistes extrêmement fermes et fortes. Je pense qu’en Orient les choses sont quelques peu différentes, car le contact avec la nativité de Jésus est beaucoup plus forte. Il y a en effet de nombreux Arabes chrétiens, et leurs frères musulmans ont une tendance toute naturelle à s’associer par le cœur et par la joie à la nativité d’un très grand prophète et serviteur de Dieu comme il est écrit dans le Coran. LITW : Finalement, Noël représente une soirée d’espérance de paix, de réconciliation dans le monde ? D. B. : C’est exacte, c’est une soirée respectée et porteuse d’espoir, de paix, de recueillement, et nous participons très volontiers aux manifestations de nos frères chrétiens. Nous sommes extrêmement touchés par cette soirée. Le musulman a un esprit religieux très vif et très développé, il respecte tout ce qui touche au sacré, à la proximité de Dieu, à la révélation.

« Jésus est cité 27 fois dans le Coran, la Vierge Marie aussi a une très grand importance dans l’islam »


Noël dans une famille musulmane « Le 24 décembre au soir nous nous réunissons en famille. J’invite mes cousins, mes nièces, mes neveux, mes oncles, mes tantes… Au total, nous sommes une trentaine ! La fête se passe toujours chez moi. Le repas est un repas de Noël traditionnel : dinde, bûches…. On s’offre les cadeaux le soir même c’est sans doute le meilleur moment ! Et comme toutes les autres familles, on raconte aux petits que c’est le père Noël qui Photo : © Ph. Lelluch

vient apporter les cadeaux au pied du sapin. La différence, c’est que pour nous, Noël n’a aucune connotation religieuse. Il paraît évident que nous n’ayons pas de crèche. Le reste de la soirée nous dansons. Nous avons beaucoup de musiciens dans la famille, donc la soirée est assurée ! Il y a souvent de l’alcool, et bien souvent, mon père finit en forme ! »



Bouddhistes : Par Marie Stella Boussemart Vice présidente de l’Union des Bouddhistes de France

« Noël pourrait être une source d'inspiration et de foi »
 LITW: La fête de Noël représente-t-elle quelque chose pour un bouddhiste ? Oui, bien sûr : c'est la célébration de la naissance d'un grand personnage, Jésus, qui est infiniment respecté des bouddhistes. Jésus est considéré par beaucoup de pratiquants bouddhistes comme un bodhisattva, ou un Bouddha : un personnage altruiste qui se consacre à l'accomplissement du bonheur d'autrui. Notez que le Bouddhisme ne prétend pas détenir la Vérité, seule et unique. Il se présente comme une voie, comme une méthode, parmi tant d'autres. Il pose que la pluralité des religions est normale, et souhaitable, pour répondre aux besoins et attentes des êtres eux-mêmes nombreux et divers. Noël n'est évidemment pas une fête bouddhiste, mais c'est une occasion pour les bouddhistes de se réjouir de l'œuvre éminemment bénéfique accomplie par un personnage hors du commun. LITW: Est-il gênant pour les bouddhistes de participer aux fêtes de Noël ? A ma connaissance, il n'y a aucun problème à ce que des bouddhistes participent à la joie de leurs proches lors des fêtes. En tant que bouddhiste, il est juste de se réjouir de quoi que ce soit de bon et d'utile pour les êtres. Or, la naissance de Jésus a revêtu une énorme importance pour des millions de personnes depuis des siècles. Bien évidemment, un bouddhiste ne va pas avoir la même vision de Noël qu'un chrétien. A titre personnel, il a choisi une autre voie, ce qui ne l'empêche nullement (au contraire) de respecter les choix des autres. Cependant, ce qui pourrait déplaire à des supérieurs bouddhistes, ce serait le côté commercial et très matérialiste de certains usages actuels. Mais je crois que cela doit déplaire tout autant, et même plus, aux supérieurs chrétiens !


LITW: Monseigneur Jacquin nous a déclaré « Cette globalisation de Noël, ne me dérange pas car même si le catholicisme n'est plus la priorité, il est présent. ». Pour la religion bouddhiste, y-t-il un rapprochement entre le fidèle et sa religion lors de Noël ? Entre le fidèle chrétien et sa religion chrétienne, oui, assurément. Enfin, espérons ! En ce qui concerne un fidèle bouddhiste et sa religion bouddhiste, Noël pourrait être une source d'inspiration et de foi. Mais pas systématiquement. N'oubliez pas qu'encore très récemment Noël n'était pas connu, ou si peu, de la plupart des bouddhistes d'Asie. Et parmi les Occidentaux devenus bouddhistes, beaucoup n'avaient pas de véritable appartenance religieuse.

« Noël n'est évidemment pas une fête bouddhiste, mais c'est une occasion pour les bouddhistes de se réjouir de l'œuvre éminemment bénéfique accomplie par un personnage hors du commun »


Noël dans une famille bouddhiste « Nous n’étions pas bouddhiste de naissance. Mon épouse a grandi dans une famille protestante et moi dans une famille catholique. Aujourd’hui, Noël représente toujours pour nous l’apparition de Jésus-Christ. En tant que bouddhiste, il n’est pas incompatible, voire même recommandé de se rappeler l’activité bénéfique accomplie par des êtres du passé mais aussi du présent. A partir de là nous pouvons penser à Jésus Christ lui-même et à ce qu’il a accompli pour le bien des êtres. En tant que bouddhiste, c’est avec cet état d’esprit que nous

comptons fêter Noël. C’est aussi l’occasion de se réunir en famille afin de passer un moment convivial tous ensemble. Ainsi les bouddhistes vont plutôt essayer d’accumuler des états d’esprit bénéfique, qui à long terme apporteront un bonheur stable, plutôt que d’engranger des biens matériels qui de toute façon deviendront un jour la possession d’autrui. Cependant il n’y a pas d’opposition à la pensée bouddhiste à vouloir offrir un présent à l’occasion des fêtes de Noël. »


Les jeunes et les droits de l’homme Le 10 décembre dernier, la Déclaration universelle des droits de l’Homme fêtait ses soixante ans. A cette occasion, plutôt que de vous barber avec un énième papier sur l’état des droits de l’Homme dans le monde, LINTERVIEW.fr a voulu savoir comment vous, jeunes, vous bougiez pour cela. Sarah, militante à Amnesty International, a accepté de répondre à nos questions. LINTERVIEW.fr : Peux-tu te présenter ? Sarah Lecouffe : Je m’appelle Sarah, j’ai 18 ans et suis investie à Amnesty International dans le cadre de mon école depuis un an et demi. LITW : Qu’est-ce qu’y t’as poussé à militer pour les droits de l’Homme ? S. L. : C’est avant tout familial. Dans ma famille il y a déjà des gens qui ont l’habitude d’écrire des lettres. Moi, personnellement, j’ai lu quelques cas, me suis renseignée…J’avais envie de m’investir en entrant dans mon école mais pas dans une association lambda. Je voulais quelque chose où l’on peut vraiment agir et Amnesty est un bon choix pour cela car nous avons des cas où les résultats peuvent se voir vraiment en temps réel. C’est le cas pour Troy Davis par exemple, ce condamné à mort américain emprisonné depuis 1991 après avoir été accusé de tuer un policier lors d’une rixe. Il y avait neuf témoins à l’époque, le dossier a été assez bâclé. Maintenant, sur les neufs témoins il y en a sept qui ont dit qu’il était innocent. Dans les deux qui restent, l’un affirme que Troy Davis a tiré avec la main droite alors qu’il est


gaucher et le dernier est le supposé coupable. L’important est le fait qu’Amnesty a réussi deux fois de suite à repousser l’exécution. Dans notre école, nous nous sommes mobilisés au début de l’automne pour ce cas et avons eu la bonne nouvelle en temps réel, à cinq heures du matin. LITW : Comment est structuré le réseau Amnesty ? S. L. : Amnesty International est d’abord une organisation globale. Il y a un bureau international présidé par Irene Khan, une femme bengalaise. Ensuite il y a des associations dans chaque pays, Amnesty France pour la France donc. Il y a un président, qui tourne tous les deux-trois ans, et un bureau exécutif. A côté de ça, il y a des groupes de personnes assez âgées (en général entre 40 et 70 ans) qui se réunissent tous les mois avec des appels et sont centrés sur certains sujets. Après, il y a les antennes Jeunes. Ce sont des antennes qui existent dans les lycées, les facs,…Ca a eu du mal à commencer en France mais il y en a actuellement de plus en plus. Cela va peutêtre être réformé car les groupes « d’adultes » en ont marre de ne pas avoir de jeunes qui bougent. Ils voudraient se coupler avec nous. Dans les lycées on bouge donc ! LITW : Comment milite-t-on quand on est à Amnesty ? S. L. : L’action principale d’Amnesty consiste

en la signature de lettres ou de pétitions pour faire pression sur les autorités ou alors écrire directement aux personnes qui subissent des violations des droits de l’Homme. En général des membres personnels d’Amnesty, qui ne sont ni dans un groupe ni dans une antenne Jeune, reçoivent chaque mois quelque chose à faire, à écrire. Chaque année se tient un marathon des lettres, donc pendant une semaine (là c’est du 6 au 14 décembre) on fait signer le plus de personnes possibles sur quelques cas pour avoir le plus de résultats. L’année dernière sur dix cas il y a eu quatre libérations de personnes. C’est quelque chose d’assez considérable car les autorités reçoivent des milliers de lettres du monde entier en quelques jours. Après il y a des actions, des happenings. Par exemple pour Guantanamo, des Français en tenue de détenus de Guantanamo étaient allés sous la Tour Eiffel pour manifester. Pour le soixantième anniversaire de la déclaration des droits de l’Homme il y avait un happening au pont des Arts. LITW : Au fond écrire des lettres c’est bien gentil mais ça sert à quelque chose ? S. L. : Quand on est à Amnesty c’est une question que nous nous posons à peu près toutes les heures ? Et oui ça marche ! Récemment Amnesty a envoyé des documents à nous, militants, avec des cas où cette méthode avait marché. Pour le cas que je t’ai cité de Troy Davis par exemple, nous


avons vraiment vu les résultats. Il y a eu des milliers de lettres et mails (car c’est un média que Amnesty commence à utiliser de plus en plus) qui sont arrivés en quelques jours et qui ont eu un effet immédiat. Après ce n’est pas toujours aussi phénoménal qu’une condamnation à mort reportée. Ca peut être juste un soutien psychologique fort. LITW : Tu viens de me dire qu’Amnesty t’avait donné des papiers, ils t’apprennent à répondre à des questions ? S. L. : Non, ils laissent très libres ! Personnellement je n’ai jamais eu de formation où l’on m’a dit « il faut que tu parles comme-ci, comme ça… ». Ils nous ont juste envoyé de la documentation avec des exemples de cas et des lettres de personnes qui remercient Amnesty pour son action. L’exemple typique est une jeune femme chinoise qui vient d’être mise en liberté surveillée après avoir accouché, qui arrive chez elle, ouvre sa boîte et voit toutes ces lettres qui l’attendent. Elle ne s’y attendait pas et cela lui a redonné de l’espoir.

LITW : Niveau organisationnel, il y a beaucoup de choses à gérer quand on dirige une antenne ? S. L. : Ce qui est compliqué à gérer est la documentation car nous en recevons beaucoup. Après cela dépend du degré

LITW : Au fond écrire des lettres c’est bien gentil mais ça sert à quelque chose ? 



d’implication que nous voulons. Nous aurions pu par exemple ne pas faire le marathon de lettres, cela nous aurait enlevé une grosse charge de travail ! Nous avons également organisé une conférence autour de la présidente d’Amnesty France. Mais sinon en gros le militantisme quotidien consiste à relayer aux autres militants dès qu’il y a un appel important. LITW : En fait c’est quelque chose de très interne, on ne voit pas tellement ce que vous faites de l’extérieur ! S. L. : Cette année nous avons décidé de nous axer sur la communication et d’être visibles. Nous devons être là au moins une fois toutes les semaines. Nous avons de plus en plus de militants divers qui commencent à se faire connaître par des happenings. L’autre jour, 2-3 personnes de notre antenne sont allées dans un amphi. L’une a personnifié un des cas défendus par Amnesty, du genre « Je suis Mexicaine, je me suis fait violée après avoir été arrêtée parce que je manifestais ». A ce moment-là, les autres personnes de notre antenne se sont jetés sur elle pour l’empêcher de parler, lui ont mis la main sur la bouche et l’ont emmené de force. Cela a beaucoup marché auprès des jeunes étudiants, ils venaient après nous voir pour des informations.

« Honnêtement je pense qu’un état peut avoir une politique étrangère qui défend les droits de l’Homme »



LITW : En Occident les droits de l’Homme sont quand même une cause assez consensuelle, ce n’est pas plus pour se donner bonne conscience qu’autre chose ? S. L. : Malheureusement cette cause n’est pas unanime. Même dans l’école, nous sommes souvent contestés dans notre action. Par exemple, l’autre jour nous avons eu un étudiant palestinien qui est venu nous voir en disant « Vous ne parlez pas de la cause palestinienne aujourd’hui, c’est mal ! ». Effectivement dans les quinze cas que nous présentons, il n’y a pas de Palestiniens mais il n’y a pas non plus de Français, d’Espagnol, de Tibétains…Nous sommes aussi pas mal contestés sur l’idée que les droits de l’Homme ne sont pas universalistes. De ce point de vue-là Amnesty a une position claire et nette : les droits de l’Homme sont universalistes ! Amnesty ne va pas importer des gens dans les pays, c’est vraiment un soutien à la base. Au Congo en ce moment nous soutenons une femme qui lutte contre les abus de l’armée, les viols…A ce niveau-là c’est plus difficile d’avoir vraiment des contestations étant donné que nous ne venons pas imposer un idéal occidental. Sinon oui effectivement on se donne bonne conscience en militant pour les droits de l’Homme ! Ca m’aide à me dire que je suis un tout petit peu utile quand même. Le « problème » (et l’intérêt) d’Amnesty est que c’est très international. Effectivement c’est peut être plus simple pour moi de m’occuper de cas qui sont loin de moi que d’aller défendre cela dans la rue. Au moins dans Amnesty nous avons l’impression d’être un minimum utiles ! LITW : Penses-tu que la politique d’un Etat comme la France devrait plus tenir compte de la question des droits de l’Homme ? Parce que la conversion de Kouchner à la realpolitik n’est pas tellement un bon signe en ce sens… S. L. : Honnêtement je pense que c’est possible. Après on ne demande pas à l’Etat de se mobiliser pour chaque cas. Mais par exemple pour les JO 2008, on aurait bien aimé que la position de Sarkozy à ce moment-là soit plus claire. Les gens le félicitent parce qu’il vient de rencontrer le dalaï-lama. Moi personnellement je trouve cela vraiment dommage qu’il ne l’ait pas fait plus avant. L’Allemagne et l’Angleterre s’étaient fermement opposées alors que nous sommes beaucoup plus fragiles et cela la Chine le sait… Propos recueillis par Alexandre Marchand

« Malheureusement cette cause n’est pas unanime. Même dans l’école, nous sommes souvent contestés dans notre action » 



Culture Est Société


Mon interview ratée de Louis Garrel Propos recueillis par Alice Beauquesne. Illustrations de Lydia "Lys" Selimalhigazi pour LINTERVIEW.fr http://lysdesign.blogspot.com/ Le cadre: un colloque à Sciences Po qui réunit Louis Garrel et Christophe Honoré. Les faits: la projection du film "Ma mère". Des questions, des réponses, puis une ruée sur l'estrade pour se faire signer des autographes par le beau ténébreux et l'intello cinéaste. En théorie, c'était ça. Une simple conférence. En pratique, c'est différent. Cette rencontre représente pour moi l'opportunité de rencontrer "l'Homme de ma Vie", chose que j'attends depuis environ trois ans. Sous couvert qui plus est de l'excuse professionnelle "je suis journaliste à LINTERVIEW.fr", j’essaye de dissimuler ce côté groupie surexcitée. Deux copines aussi fans que moi à mes côtés, tout commence bien. Le film est magnifique. Normal, Louis Garrel y détient un des rôles principaux. Le "ténébreux" a 18 ans, il est beau comme un dieu, les filles roucoulent, les mecs s'agacent. Il se montre nu, sans gène. Gros plans sur son visage, ses fesses, des séquences parfois crues de masturbation et de partages divers et pervers.


Pause clope qui rassemble les trois quarts de l'amphi à l'extérieur, soit environ trois cent personnes. Moi, groupie absolue, je le vois arriver, coiffé d'un bonnet bleu ridicule, mais je manque quand même de m'évanouir. Une journaliste ne s'évanouit pas. Louis Garrel en bonnet bleu est quand même Louis Garrel. Une fille lui prend la

main. Je la déteste et je ne suis pas la seule, apparemment. Tout le monde rentre dans l'amphi, questions/réponses bien formulées, mais la conférence piétine. Louis Garrel termine par une blague pas très drôle sur Jésus-Christ mais tout le monde en rit quand même. Parce que c'est lui qui la raconte. Toutes les filles de l'amphi se ruent d'un même mouvement vers


l'estrade, des pochettes de DVD de "Ma Mère", des agendas, des feuilles mortes, des mains; tout est signé gentiment par la star. Bousculade polie, j'arrive quand même à me glisser vers les organisateurs de la conférence qui m'indiquent le coin "VIP" pour les interviews. Enfin, me voilà face à Louis Garrel. Je lui souris, il me sourit. Je reste tout sourire. Il a l'air sceptique et semble se demander ce qui m'arrive. Je commence à lui débiter dans tous les sens le discours que je prépare depuis au moins une heure et demi, soit le temps de la conférence. Il m'envoie balader gentiment. Je lutte, je le harcèle, le supplie, lui propose une clope qu'il refuse (et qu'il prend dans le paquet d'une autre !), je lutte encore et abandonne finalement face à ses "non" froids et décidés. "Je viens de me taper une heure et demi d'interview". -"Je sais, mais c'est des questions connes, toutes simples. Je suis pas à Sciences Po - le pauvre a du souffrir d'entendre rabâcher les mêmes questions reformulées différemment - je pose des questions simples! " "En plus, t'es même pas à Sciences Po, laisse tomber, c'est encore plus non. T'as qu'à inventer!" Effectivement, j'ai dû être agressive. Je lui laisse le temps de partir. Je le déteste le temps d'une minute. Je me sens véritablement désavouée. Je le vois discuter avec des gens de Radio Sciences Po, je m'avance, mon micro de fortune à la main. Soupir, yeux au ciel, il me dit "viens" et m'entraîne à l'écart. A trente centimètres de lui. Je perds mes moyens, je m'emballe, manque encore une fois de m'évanouir. Je n’arrive même pas à allumer mon micro. Enfin, je règle le tout et commence l'interview. Il me répond blasé, cynique. Je me sens au summum du ridicule. Une fille à côté de moi lui demande, toute rouge : "Je peux te toucher s'il te plait?". Je ne suis pas sûre que le « vieille groupie » qui m’est venu à l’esprit ai été si intériorisé que ça…. Louis me signe un autographe. "Pour Alice, une future grande journaliste". Je le remercie et pars, humiliée, ridiculisée au plus haut point, mais toujours avec ses yeux gravés dans ma tête et l'impression d'avoir lutté et peut-être réussi. Je manque de pleurer lorsque je réécoute l'interview. 2min 03. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de ça ? 


« Une fille à côté de moi lui demande, toute rouge : "Je peux te toucher s'il te plait? »



LINTERVIEW.fr : Alors euh... Louis Garrel, tu es devenu avec la sortie dernière de plusieurs films, une icône du "beau gosse". Je voulais savoir ce que toi, tu pensais de toi, physiquement... voilà. Sois sincère, c'est des questions superficielles, donc sois superficiel. Louis Garrel : Superficiel...Superficiel...Superficiel... qu'est-ce que tu veux que je réponde à ça? Je ne sais pas quoi te répondre, vraiment. LITW : D'accord. L. G. : Vraiment, hein, très sincèrement, je ne peux pas répondre à cette question... Mais euh, sinon, quoi d'autre ? LITW : Quoi d'autre, comme questions? L. G. : Ouais. LITW : Quand on dit Louis Garrel, pour beaucoup de gens, ça évoque quelque chose. Bon, voilà, je vais te passer les détails. Mais pour toi, ça évoque quoi ? C'est un peu la même question mais ... (Blanc) LITW : Je débute dans le journalisme, alors je ne suis pas très douée ! L. G. : Qu'est-ce que ça évoque pour moi ? Ca évoque ma civilité, c'est-à-dire mon nom de civil. C'est-à-dire le nom dont les gens se servent pour m'appeler. LITW : D'accord. L. G. : Voilà. LITW : Tu peux nous parler de ton adolescence en quelques mots ? L. G. : Mon adolescence. Euh ... non... Enfin, qu'est-ce que je pourrais te dire sur mon adolescence ? LITW : As-tu des trucs un peu choquants à nous raconter ... Etant donné que l'interview n'est pas trop longue, il faut quand même des trucs qu'on puisse mettre en gras (rire non partagé). Enfin, je sais pas ! Ta vie sexuelle après tous ces films là ? L. G. : Putain, merde, il faudrait que je sois brillant, là. LITW : Nan, mais justement, je te demande d'être con. L. G. : Bah ouais, mais, je sais pas: mon adolescence, elle est pas si loin que ça. Comme New York, en fait. Quand t'arrives à New York, tu peux pas te rendre compte, t'es trop loin, faut t'éloigner un peu de Manhattan pour voir à quoi ça ressemble. Pour l'instant, je suis trop près de New York. LITW : Ok, d'accord. Et t'as pas un truc à rajouter ? L. G. : Euh, nan ? Et toi, ça va ? LITW : Comment ? L. G. : Ca va? LITW : Moi, ça va très bien! Je me ridiculise complètement, mais j'ai trop besoin de cette interview (rire non partagé) L. G. : Bah ouais, je comprends. Mais vas-y, j'te dis, t'as le droit d'inventer ce que tu veux ! LITW : Vraiment? T'iras sur le site ou pas ? L. G. : Oui bien sur. Ca s'appelle comment ? LITW : LINTERVIEW.fr


« LITW : Ok, d'accord. Et t'as pas un truc à rajouter ? L. G. : Euh, nan ? Et toi, ça va ? » 



Illuminés... …de noël

Tous les ans, elles ressortent. Guirlandes scintillantes, formes lumineuses. Vert, bleu, rouge, jaune. Le concours n’est pas officiel, mais chacun veut la plus belle décoration.


Sans les guirlandes, la maison serait invisible. Brouillard et neige s’inclinent devant les lambeaux électriques. Une manière d’exister.


Sortie de nulle part. Maison isolée sur Mars. Même en temps de crise, les décorations sont indispensables. Quitte à diminuer le chauffage.

Clignotantes, mouvantes, flottantes. La maison semble vivante, joyeuse, prête à s’envoler.


Un ciel étoilé.


Vers 10-11h, les lumières sont coupées. Plus personne ne passe devant la maison. Demain, elles s’allumeront automatiquement dès que la nuit sera tombée.


Spécial écologie, acte 3

Les « Ecosaventuriers » Ils ont traversé l’Amérique. Du nord au sud. A deux. Sur le chemin, des micros initiatives écologiques. Mais surtout, des rencontres et un voyage. Photos : Cyril Marcilhacy


LINTERVIEW.fr : Pourrais tu te présenter s’il te plaît ? Cyril Marcilhacy : Je m’appelle Cyril. J'ai suivi des études en finance avant de travailler deux ans au sein d'un cabinet d'audit. Mais mes passions pour le voyage et la photographie et mon envie de me rendre « utile », tant dans ma vie personnelle que professionnelle ont rapidement pris le dessus. Aussi ai-je quitté cette première voie pour monter le projet « Panaméricaine » aux côtés de mon très bon ami Julien Brun. LITW : Justement, peux-tu nous en dire plus sur « Panaméricaine » ? C. M. : Tout est parti d'un simple article paru dans Courrier International qui avait trait à cette route mythique qu’est la Panaméricaine. L’envie de voyager intelligemment, en définissant un objectif concret et en fournissant à ceux qui nous suivent autre chose que de jolies cartes postales a fait le reste. « Emerveiller, Respecter, Sensibiliser » sont les trois valeurs qui ont fondé le voyage. Pour nous, il s’agissait de mettre en avant la richesse des paysages que nous avons rencontrés le long de cette route en traversant 13 pays en 14 mois. Surtout, le but était de valoriser les aventures que nous avons partagées et de témoigner de nos rencontres avec des associations de protection de l'environnement pour promouvoir un regard positif sur un sujet à la

fois difficile et médiatique. Plus que de grosses agences gouvernementales ou internationales, nous avons cherché des initiatives locales aux objectifs variés, allant de la reforestation à la protection d'espèces menacées, en passant par l'agriculture biologique et socialement responsable. Nous voulions que ce voyage soit utile, à la fois pour nous et pour d'autres, qu'il s'agisse de ceux qui nous suivent ou des associations qui verront leurs actions reconnues. LITW : Quels sont les souvenirs, les rencontres qui t'ont marqué ? C. M. : Parmi les innombrables rencontres du voyage, tant avec les locaux que les autres voyageurs, je prendrai deux exemples pour illustrer la Panaméricaine. Mon premier exemple marquant est l’association « Blue Energy », implantée sur la côte Caraïbe du Nicaragua. Cette région est la plus pauvre du pays. Elle ne dispose de quasiment aucune voie de communication, et de peu de ressources naturelles ou énergétiques. Loin des sentiers touristiques de la côte Pacifique, le projet de Blue Energy consiste à construire, aidée par de jeunes volontaires ingénieurs du monde entier, des éoliennes qui fourniront de l'électricité dans un premier temps aux écoles et centres de soin, pour alimenter ensuite les familles. Cette approche différente du développement par l’écologie conjuguée au sourire et à l'envie des volontaires nous a tout simplement


bluffés. Une rencontre toute différente a eu lieu au Pérou. Il faut savoir que dans toute l'Amérique Latine, on rencontre des « artesanos » (artisans), souvent hippies, qui voyagent depuis plusieurs années, voire plusieurs dizaine d'années, en vendant des colliers, des bracelets ou d’autres objets dans les rues et les lieux touristiques. Près de Cuzco, dans la vallée sacrée, plusieurs se sont regroupés dans une communauté. Tous passionnés de cirque, ils ont organisé Kusi Wasi, une association qui monte des spectacles pour délivrer un message écolo dans tout le pays. Chaque membre est un personnage à la vie souvent difficile et bohème, et tous véhiculent cette « buena onda » (bonne onde) qui fait la richesse de l'Amérique Latine. Très liés à la communauté dans laquelle ils sont installés, les membres organisent toutes les semaines des cours gratuits d’arts du cirque pour les enfants du village, qui viennent nombreux dans cette maison magique qui a ses portes toujours ouvertes. Il est très difficile de transmettre en quelques lignes la puissance et la profondeur des personnages qui ont partagé leurs expériences et leur vision du monde avec nous, que ce soit chez Blue Energy ou Kusi Wasi. LITW : Qu'est-ce qu'être éco-aventurier ? C. M. : Oui le titre est un peu pompeux, voire accrocheur. Beaucoup d'autres ont déjà suivi la route que nous avons empruntée, dans des conditions sûrement plus difficiles. Bien sûr nous avons vécu une belle aventure. Ce serait mentir

« Nous voulions que ce voyage soit utile, à la fois pour nous et pour d'autres »



que de nier que la quête d'excitation, d'adrénaline et l’envie de faire des rencontres insolites, et des mésaventures, nous ont animés. Néanmoins nous ne nous considérons pas comme des aventuriers qui vont révolutionner le voyage. Au delà des sensations fortes et du travail que nous avons fourni dans le cadre du projet à proprement parler, nous avons cherché à vivre ce voyage le plus innocemment possible, tant dans la découverte que dans les rencontres. L'écologie est un sujet à la mode, bien sûr. Et justement. Un thème tellement à la mode que chaque jour qui passe lui donne une signification un peu plus large. Pour la Panaméricaine, nous avons voulu revenir un peu aux sources. Les informations nous assomment en nous assénant sans relâche le réchauffement climatique, la pollution à grande échelle, le "développement durable". A notre niveau de connaissance, ces sujets nous dépassent. Entre les militants extrémistes et les pollueurs à grande échelle, le fatalisme nous guette. Le projet Panaméricaine voulait se poser en observateur positif, sortir de ce constat d'échec. Nous voulons montrer qu'au niveau local il existe de nombreuses personnes bien plus informées que nous, qui oeuvrent en silence pour préserver l'environnement. Bien sûr que la situation est très grave, qu'il faut prendre des mesures à grande échelle, mais nous pensons qu'il est aussi important de voir que déjà beaucoup de personnes ne se contentent pas de critiquer ou de se lamenter mais agissent de façon positive, à leur niveau.

« Il faut dépasser l'image désastreuse que véhiculent les médias sur l’écologie »



LITW : N'est-ce pas finalement une très bonne idée de voyager sans perdre trop d'argent ? C. M. : Voyager avec un budget extrêmement restreint nous a amené à décupler les rencontres, à être au plus près des populations locales qui, une fois accepté le fait que malgré notre condition de « gringo » nous étions pauvres, ont tout fait pour nous filer un coup de main, nous héberger, partager un repas ou un coffre de pick-up. LITW : Quel conseil donnerais-tu à un jeune concernant l'écologie ? C. M. : Je ne pense pas avoir les connaissances

pour me permettre de donner des conseils concernant l'écologie, mais je reste convaincu qu'il faut dépasser l'image désastreuse que véhiculent les médias afin d'échapper au fatalisme écologique. En complément des mesures politiques globales indispensables, c'est en ayant un regard positif et une motivation individuelle et/ou collective que l'on pourra faire évoluer les choses. Propos reucuillis par Louis Villers Plus d’informations sur : www.panamericaine.com


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Etats généraux de la presse jeune

A ceux qui pensaient que je journalisme jeune était un passe temps pour sorbonnard désœuvré et avide de reconnaissance, les apprentis rédacteurs engagés du Lycée Tessier près de Bitche en Moselle offrent une belle occasion de repenser leur jugement. Ils nous démontrent avec talent que l’expérience universellement connue du « Journal du lycée » peut aboutir à autre chose qu’à une feuille de chou mal imprimée, distribuée à la va vite entre le contrôle de maths et les heures de cantine. Nous avons rencontré leur directeur de publication, Fabien Vurpillot, un professeur d’histoire pour qui la belle et noble mission d’enseignant doit s’accomplir aussi au-delà des murs des salles de classe. 



« La presse jeune existe pour que les journalistes installés n’aient pas le monopole de l’explication du monde »


LINTERVIEW.fr : Comment est né votre projet et comment êtes vous parvenu à le perpétuer ? Fabien Vurpillot : J’ai initié le projet en 2005 avec certains de mes collègues. L’idée était de savoir si nos élèves étaient prêts à s’investir dans la création d’un journal lycéen. Malgré la période relativement brève que les élèves passent au lycée avant de rejoindre l’enseignement supérieur, nous avons réussi notre transition après le départ des fondateurs. L’objectif poursuivi est maintenant dépassé, les élèves sont autonomes et mon rôle n’est plus tant de les diriger que de les accompagner dans leur travail. A l’origine, je voulais que ce journal soit pour eux un moyen de pousser le débat plus loin que ce que leur permet le cadre scolaire. LITW : On ressent en effet le caractère très engagé de leurs articles. Est-ce cependant le rôle d’un journal lycéen que de véhiculer les opinions politiques de ses jeunes rédacteurs ? F. V. : En tant qu’enseignant, je m’impose la plus stricte neutralité. Cependant notre projet n’est pas l’équivalent journalistique d’un atelier poterie ou d’un club de théâtre. Au cœur de notre entreprise, il y a l’idée que les lycéens ne doivent pas être les spectateurs de leur scolarité. J’incite donc les élèves à s’exprimer par écrit comme ils le feraient lors de nos débats en cours

d’éducation civique. C’est de leurs propres réflexions qu’il s’agit, je pense qu’elles ont une valeur et qu’elles doivent donc être approfondies et débattues. A mon sens la neutralité supposée dont sont censés faire preuve les journaux lycéens est une illusion. Les élèves veulent parler de politique, ce sont de futurs électeurs et ils ont ce désir profond de comprendre et de discuter le monde qui les entoure. Alors oui, évidemment et sans pour autant que notre journal soit un instrument de propagande politique, sa rédaction suppose une part d’engagement. LITW : Mais cela ne suscite-t-il pas la désapprobation de votre hiérarchie ? F. V. : Lorsque je dois soutenir ce projet face à ma hiérarchie, je m’attache à montrer que les avantages propres à notre journal dépassent de loin les désagréments occasionnés par les quelques entorses à la neutralité renfermées par ses pages. Faudrait-il vraiment abandonner une activité aussi formatrice et enrichissante pour nos élèves ? Vous savez, nous ne sommes pas dans un lycée de centre-ville, autour de nous, c’est un peu le désert culturel. Ce journal donne à nos élèves l’opportunité de s’intéresser à la politique, de lire, de réfléchir, de débattre et d’écrire. Ils qui n’en aurait pas forcement eu l’occasion par ailleurs. Il est donc crucial de le maintenir et de le


développer. Lis ! C’est Tessier permet à nos élèves de révéler des qualités qui auraient pu rester à jamais inemployées s’il n’avait pas participé à ce projet. Quand je vois qu’un de nos anciens élèves écrit aujourd’hui dans un quotidien national je sais que son passage ici a été déterminant. Par ailleurs, l’engagement politique du journal ne l’a pas empêché d’être distingué depuis sa création par le premier prix académique du Centre de liaison de l’enseignement et de des médias de l’information (CLEMI). LITW : Considérez-vous donc la rédaction de ce journal comme une étape de la formation civique de vos élèves ? F. V. : Absolument. Je crois qu’il n’est pas nécessaire d’avoir passé le Bac pour commencer à apprendre son rôle de citoyen éclairé. La rédaction de ce journal est une étape importante dans leur initiation à la vie démocratique. Cela tient non seulement de la nature des sujets traitésils –le dernier numéro par exemple revient sur les élections américainesmais aussi au fonctionnement interne de notre rédaction. Ainsi notre rédacteur en chef est élu chaque année et les élèves prennent des décisions en débattant des idées des uns et des autres. Ils cultivent donc à travers l’organisation de leur journal les vertus démocratiques du dialogue et du respect des opinions d’autrui. LITW : De manière plus générale, quelle est selon vous la pertinence de la presse jeune ? F. V. : La presse jeune existe pour que les journalistes installés n’aient pas le monopole de l’explication du monde. Les lycéens et les étudiants doivent apporter leur point de vue sur les grandes questions qui traversent nos sociétés, ils ont beaucoup à apporter. Plus simplement, la presse jeune forme la relève du journalisme. Plus je vois mes élèves travailler, plus je suis convaincu que, malgré le pessimisme ambiant, la presse écrite à de l’avenir. On peut espérer que les futurs journalistes qui auront fait l’expérience dans leur prime jeunesse de la liberté de ton, de la franchise et de l’idéalisme qui règne dans la presse étudiante ou lycéenne feront des professionnels qui conviendront parfaitement aux besoins de notre démocratie. Propos recueillis par Allan Kaval


 


« Sans pour autant que notre journal soit un instrument de propagande politique, sa rédaction suppose une part d’engagement »



Hugo Amsellem Entrepreneur sur Internet

LINTERVIEW.fr : Bonjour Hugo, pourrais-tu dans un premier temps te présenter et nous présenter ton projet? Hugo Amsellem : Je suis étudiant en 4ème année d'école de commerce à l'ISTEC et passionné par l'entrepreneuriat sur le web et par la musique. Je tiens par ailleurs un blog sur l'industrie musicale (onyourcloud.com). Mon projet est de créer un mashup de la production musicale. C'est à dire créer une plateforme pour mettre en relation les artistes, techniciens (preneurs de son...), marketeurs et graphistes autour d'un projet d'album. La création de l'album se fait donc de manière indépendante, et les fonds sont levés auprès des internautes (comme MyMajorCompany) sauf que les parts de l'album sont revendables via une place de marché. On applique donc les mécanismes de la bourse à la production musicale. LITW : Quelles sont les grandes étapes d'une création d'entreprise ? H. A. : Pour moi la création d'entreprise se fait principalement en 4 étapes, la première étant l'idée. En effet une fois que l'idée nait, il faut qu'elle mûrisse au point de faire passer cette idée au rang de projet. Le projet va s'étoffer avec une étude de faisabilité qui s'opérera principalement dans la tête de l'entrepreneur. La 3ème phase est la plus délicate, puisqu'il va falloir transformer le projet en activité, et le passage de l'un à l'autre n'est pas facile. Il faut le plus souvent travailler en sous-marin au départ, pour après consacrer tout son temps à cette nouvelle activité. Et puis généralement 1

an après arrive la création effective de l'entreprise, c'est à dire l'inscription légale au RCS. Ce qui arrive après ne dénote plus de la création de l'entreprise, mais c'est souvent la que les galères commencent. :) LITW : Créer une entreprise sur le net, est-ce une bonne solution ? H. A. : Je dirai que pour des jeunes de 20 ans comme nous, c'est une bonne solution. Le web nous permet de bénéficier d'une crédibilité plus importante que dans l'entrepreneuriat physique. Pour la simple raison que notre vision de l'outil Internet est souvent plus objective et globale. Même c'est de moins en moins vrai, nous sommes les principales cibles des produits et services que nous voulons lancer. Cela nous confère donc une compréhension des besoins et par conséquent nous sommes souvent plus à même de créer un service ou produit adéquat. LITW : Que penses-tu de l'entrepreneuriat chez les jeunes aujourd'hui'? H. A. : Je ne sais pas si entreprendre à 20 ans est quelque chose qui se généralise, mais en tout cas avec Internet cela se démocratise. Pourtant en France l'approche est différente, car l'échec est vécu comme une remise en question du potentiel intrinsèque. Donc commencer sa carrière professionnelle avec un échec semble handicapant pour la plupart d'entre nous. Mais je suis persuadé qu'entreprendre ne s'improvise pas, c'est un trait de caractère intrinsèque à une personne, et cela ne peut pas s'apprendre. Ni à 20 ans, ni à 40. Propos recueillis par Louis Villers


XXX XY XY XY E t u d i a n t e

c a m b o d g i e n n e

LINTERVIEW.fr : Peux-tu te présenter? XXX : Je m'appelle XXX et je suis étudiante en première année à Science- Po au Havre et je découvre les joies du post-bac. J'ai passé 7 ans de ma vie en Asie du sud-est pour le travail de mes parents qui sont dans l'humanitaire. J'ai vraiment apprécié toutes ses années qui m'ont permis de connaitre autre chose que la France, bizarrement je me sens plus sud-est asiatique que française. LITW : Peux tu nous présenter le système éducatif Khmer ? X. : L'idée c'est que les classes sont surpeuplées et ne correspondent pas à un niveau précis. Le salaire des profs est d'environ 25 dollars (étant donné qu'un famille a besoin de 100 dollars pour vivre à peu près correctement) ce qui incite les profs à demander un peu plus d'argent à leurs élèves. Le principe alors utilisé : si tu payes, tu

te mets sur les premiers rangs et tu peux apprendre, sinon tu te mets au fond et t'essaie d'apprendre. Parfois il n'y a même pas assez de bureaux ! Les élèves n'ont classe qu'une demi-journée et beaucoup d'écoles privées naissent un peu partout, que ce soit à Phnom Penh ou dans la campagne. Le but est généralement d'apprendre l'anglais ou le chinois qui sont des langues d'avenir. LITW : Que penses-tu du système français? X. : Le système français? Je peux le critiquer en comparant au système américain ou finlandais, systèmes que tout le monde connait à peu près. En gros je pense que l'apprentissage est trop axé sur les examens et non sur l'avenir. Je pense également que les activités « artistiques » ne sont pas assez valorisées. Propos recueillis par Baptiste Gapenne


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Numero6, V2