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• Portfolio : Le bar des petits frères des pauvres

LA CRISE ET TOI, ET TOI, ET TOI…

Numéro spécial économie Qu’ont les jeunes à craindre de la crise économique ? DRH, Économiste, ministre et étudiant répondent à nos questions


Le monde est fou ! 
 Par Alexandre Marchand, rédacteur en chef

Editorial

Titres alarmistes, bourses en perpétuelle dégringolade, milliards qui vont et viennent, annonces fracassantes de nos chers gouvernants…La crise financière, depuis plusieurs mois, se déguste à toutes les sauces, à tous les repas. Dire qu’il y a à peine quelques mois on aurait juré que « subprime » c’était le nom d’une émission télé ! Maintenant tout le monde y va de son envolée lyrique sur la crise « la plus grave depuis 1929 », chacun a son opinion sur les nouveaux modes de régulation du capitalisme. Et, au milieu de tout ça, qu’est-ce qu’il en dit ce drôle d’animal communément appelé « le jeune » ? La première pensée qui vient à l’esprit du jeune, parce qu’il est un brin révolutionnaire et rebelle comme il se doit, c’est que « tout-ça-c’est-bien-faitpour-leurs-gueules-à-ces-sales-spéculateurs ». De toute façon Barack Obama, une fois qu’il aura réconcilié les races de toute la galaxie, ramené la paix sur Terre et résolu le problème du sous-développement, aura bien le temps de retrouver un job aux fils à papa de Wall Street ! Le jeune il veut juste qu’on le laisse tranquille, que son Président arrête de s’exciter, qu’on arrête de le bassiner avec ce qui ne le concerne pas. Et puis le jeune entend aux infos que des gens perdent leur maison, leur emploi, que des usines ferment, que le chômage remonte…Et là tout de suite le jeune ça le fait vachement moins marrer ! La tension monte, la sueur perle, les frissons le gagnent, le jeune est inquiet. Le jeune est brusquement saisi d’une profonde question existentielle : « Et moi alors, que vais-je devenir ? ». Depuis que les Guns N’ Roses ont sorti leur album Chinese Democracy avec 13 ans de retard, tout semble maintenant possible au jeune… Armé de son sourire et de son micro au rabais, LINTERVIEW.fr est allé toquer à des portes pour demander ce qu’il allait advenir du jeune maintenant. La pauvre bête souffrira-t-elle ? Arrivera-t-elle encore à trouver du travail ? Economiste, DRH, homme politique, ils y sont (presque) tous passés ! Et puis l’économie ce n’est pas que des théories chiantes et contradictoires ou des papys qui déblatèrent des concepts incompréhensibles. Ca peut être un trader en herbe, un business écolo, une entreprise de micro-crédit, un bar pas comme les autres ou une multitude d’autres choses encore. C’est aussi cela que nous avons voulu vous faire découvrir dans ce numéro « spécial économie », une autre face de l’économie.


Sommaire Le D.R.H On embauche qui aujourd’hui ? 


L’éconmiste Comprendre la crise
 Le ministre L’auto-entrepreneur , la solution ?


Devenez banquier ! Avec Babyloan p12

L’étudiant Trader, un métier de merde qui rend riche 8

Portfolio Bar des petits frères des pauvres 
 Série écologie Greenrepublic.fr 


Journal LINTERVIEW.fr / 32 rue de Montholon 75009 Paris / redaction@linterview.fr / 06-65-35-56-99 Fondateur, directeur de la rédaction : Louis Villers / Directeur de publication : Jean Massiet / Rédacteur en chef : Alexandre Marchand. Rédactrice en chef de « Culture Est Société » Alice Beauquesne Journalistes : Nadège Abadie (Photographies)/Nicolas Combalbert/William Buzzy/Baptiste Gapenne/Alan Kaval/Vanessa Ferrere/Margaux Bergey//Raphael Miossec/Photos : http://www.youthpotos.eu / Photo de Une : Ben Foertsch Association LINTERVIEW.fr : Siège social : 32 rue de Montholon, 75009 Paris. Président : Louis Villers / Vice Président : Jean Massiet / Responsable financier : Alexandre Chavotier / Secrétaire : Alexandre Marchand


La crise et les jeunes

Franz Grünewald

LINTERVIEW.fr pose aux spécialistes une question simple : qu’ont à craindre les jeunes de la crise économique ? Elements de réponse en trois parties avec Jean-Claude Legrand (D.R.H. international de L’Oreal), Etienne Wasmer (économiste) et Hervé Novelli (secrétaire d’Etat chargé du commerce, de l’artisanat, des petites et moyennes entreprises). Le tout illustré par le regard de jeunes photographes européens sur le thème : « Les jeunes et la crise ».


Aujourd’hui, on embauche qui ? Par Jean-Claude Le Grand, D.R.H. international de L’Oréal

LINTERVIEW.fr : Pouvez vous vous présenter rapidement ? Jean-Claude Le Grand : J’exerce deux responsabilités chez L’Oréal. Je m’occupe premièrement de la direction des ressources humaine dans le monde pour tout ce qui concerne les produits de grande consommation (Garnier…) mais aussi de tout ce qui touche à la diversité. LITW : L’Oréal a revu à la baisse ses objectifs, l’entreprise va mal ? J.-C. L. G. : La société aborde ce moment de crise, de doute, notamment sur la consommation de manière très décidée. Nous avons revus nos objectifs de 2008 car, comme touts les ans, nous avons des objectifs très ambitieux. L’Oréal fera de la croissance, peut être moins que ce que l’on attendait, mais notre intention est de poursuivre cette croissance, même dans des vieux pays développés comme l’Angleterre ou l’Allemagne. LITW : L’Oréal a une politique de recrutement très axée sur les jeunes, la crise économique va-t-elle réduire cette volonté ? J.-C. L. G. : Bien sûr que non ! La force de l’entreprise est que pendant trois ou quatre décennies nous avons fait confiance à cette valeur, fait confiance à cette partie de la vie qui ne dure pas, à ce phénomène de la jeunesse, La volonté du jeune

« Je prends les jeunes les plus ouverts possibles »



correspond à nos valeurs : des valeurs d’initiative, d’entreprenariat, de créativité, de remise en cause. On n’est jamais dans l’immobilisme, dans le conservatisme. On a cette volonté permanente de bousculer les codes. Nous n’avons pas attendu que le mot rupture soit utilisé en politique pour le mettre en pratique : je l’entends depuis 15 ans dans le groupe. Faire confiance à des jeunes, c’est l’essence même de L’Oréal, et la meilleur façon de le faire, c’est de recruter. Nous avons des pépinières de talent et malgré les conditions difficiles du marché, nous tiendrons nos efforts de recrutement, nous offrirons des postes, des responsabilités, des stages. Toute notre politique de détection et d’accompagnement des jeunes talents sera maintenue dans L’Oréal et dans le monde entier. LITW : Travaillez-vous beaucoup avec les universités, les grandes écoles ? Si oui, comment. J.-C. L. G. : Nous travaillons en réseau depuis très longtemps avec 250 grandes écoles, et universités. Nous avons des partenariats très anciens. Si on regarde les classements, nous ne sommes pas seulement parmi les principaux employeurs « de rêve ou de choix » dans des pays où nous opérons depuis longtemps, mais aussi dans des pays plus lointains, en Russie en Pologne, en Colombie ou en Argentine. Nous réunissons beaucoup étudiants grâce à nos jeux d’entreprise que nous proposons depuis 15 ans. Ces jeux sont joués par des centaines d’étudiants et sont reconnus par de nombreuses grandes écoles. LITW : Les jeunes vont-ils avoir plus de difficultés à trouver un travail ? J.-C. L. G. : Je ne suis pas sûr que le retournement du marché touchera les jeunes. Avec le départ des personnes à la retraite, le « papy-boom » il y aura forcément des libérations de postes. Certes, tous ne seront pas remplacés mais la volonté de donner une chance à un jeune existera toujours. C’est intéressant car nous avons commencé l’année 2008 avec des grandes préoccupations sur le pouvoir d’achat et nous la finissons avec des grandes préoccupations sur l’emploi. Pour les jeunes, je pense qu’il n’y a pas de soucis. Pourquoi ne prendrait-on personne, alors qu’il y a 6 mois, il y avait une soi-disant pénurie ?


LITW : En tant qu’étudiant, que ferais-tu pour trouver le meilleur emploi possible ? J.-C. L. G. : En tant qu’étudiant, je poursuivrai ce qui fonctionne bien. Je ferai 3 choses. Premièrement, je continuerai la formation académique de façon la plus intense possible, en y ajoutant des modules. Je n’hésiterai pas à faire plusieurs cursus en même temps. Je ferai par exemple une école de commerce en allant « picorer » des options intéressantes à la fac. Ensuite, j’irai réellement à la rencontre de l’entreprise, je multiplierai les stages, les rencontres, pour être sûr de mon choix. Une fois le secteur d’activité trouvé, je chercherai mon talent : suis-je plutôt bon dans le relationnel ? Dans le commerce ? Suis-je plutôt ingénieur ? Enfin, j’irai à la rencontre des autres à l’international, je multiplierai les voyages, les échanges, je passerai au moins une année à l’étranger. Si vous faites ces 3 choses, vous serez le mieux armé possible face à l’emploi du 21ème siècle et vous ne subirez pas les choses. LITW : En tant que DRH, concrètement, vous prenez quel C.V? J.-C. L. G. : Je prends les jeunes les plus ouverts possibles. D’horizons différents. Souvent, des entreprises comme les nôtres ont la réputation de ne prendre que des étudiants venant du même milieu, de la même école… Nous voulons prendre des gens qui ont des idées différentes, qui veulent changer les choses, et qui ne considèrent pas leur arrivée à L’Oréal comme un « achievment ». On a toujours recherché des gens venant des classes moyennes qui ont envie de prouver que tout est possible. On voit de plus en plus de sondages qui disent que tout est perdu, que rien n’est plus possible. C’est ridicule. Depuis plus de 3,5 millions d’année la nature humaine ne cesse d’évoluer. Les dinosaures on régné 170 millions d’années… Il nous reste encore un peu de temps à vivre… LITW : Finalement, doit-on avoir peur ? J.-C. L. G. : Je pense qu’être inquiet, c’est un état d’esprit. C’est une façon d’être, et nous n’avons aucune raison de l’être. Maintenant, se dire que cela va être difficile, que les conditions de marché sont un peu plus difficiles est normal. Mais la vie est un cycle. Tout change. Si j’avais expliqué à des étudiants en 2006 que se serait difficile en 2008, ils m’auraient ri au nez ! Je pense que nous sommes donc dans une phase un peu plus difficile. Ce qui menace les gens aujourd'hui, c’est l’inquiétude, c’est l’absence de vision sur le long terme. Il faut voir loin, réfléchir à l’échelle de toute une carrière. Il est trop tôt pour s’inquiéter autant. Propos recueillis par Louis Villers.


Stefan Franke


Comprendre la crise Par Etienne Wasmer, professeur d’économie à Sciences Po Paris

Etienne Wasmer, professeur d’économie à Sciences Po, actuellement directeur des études doctorales en économie. LINTERVIEW.fr : Pourriez-vous revenir de façon synthétique sur la crise actuelle pour la rendre compréhensible à chacun ? Etienne Wasmer : Nous sommes avant tout face à un dérèglement systémique, initialement dû à un manque de contrôle microéconomique des instituts bancaires et de crédits. D’abord, la banque centrale américaine a probablement été laxiste pendant plusieurs années quant à son contrôle des instituts de crédit et à sa politique monétaire. Son erreur n’est pas d’avoir établi des niveaux de taux d’intérêt trop bas au regard des normes historiques, mais de ne pas avoir perçu que les organismes de crédit mettaient en circulation une quantité excessive de liquidités, et en particulier qu’ils prêtaient à plus de gens. Ce qu’on appelle les subprimes, c’est la démarche des instituts de crédit consistant à récupérer des crédits de la banque centrale et à les mettre en circulation sur les marchés. Or, selon le concept du multiplicateur de la politique monétaire, s’il y a plus de crédits mis en jeu pour un dollar de liquidités offert par la banque centrale, il en résulte une augmentation de la demande de biens et services ou de la demande de biens immobiliers. Mécaniquement on assiste alors à une hausse des prix. On a ainsi connu une hausse des bulles sur les actifs financiers, suivie d’une hausse des bulles sur les marchés immobiliers. On peut imaginer raisonnablement que la conséquence de cette politique monétaire a été l’enclenchement de bulles immobilières à l’évolution rapide, caractérisées

par des actifs immobiliers dont les prix étaient de l’ordre de 50% à 100% plus élevés par rapport au niveau historique. Après avoir noté une hausse durable des prix, les gens ont acheté à des prix élevés, en ayant l’espoir humain et rationnel de revendre plus tard. Mais ils ont alimenté la bulle en se précipitant ainsi sur les actifs. En réalité la bulle n’est donc pas irrationnelle, au contraire. Après quelques secousses, les prix ont commencé à baisser. Dans cette situation, il est crucial de prendre conscience du rôle des asymétries d’informations. Des vendeurs d’actifs immobiliers ou de crédits ont revendu les actifs à des prix surévalués, à des investisseurs de toute la planète, qui se fondés sans méfiance particulière sur l’observation de rendements historiquement élevés. Cet échange d’actifs a certes permis de partager les risques, mais des acheteurs, qui n’avaient pas toutes les informations sur ce qu’ils achetaient, à l’image de grands investisseurs européens ou des banques islandaises, ont acquis des actifs à des prix très élevés. Aussi le système a-t-il paniqué lorsque la bulle a éclaté et que la conjoncture s’est retournée. Les banques, dotées d’actifs dépréciés, se sont retrouvées de fait en situation de quasi faillite, et le système s’est complètement bloqué, puisqu’il repose sur la confiance (a fortiori en présence d’asymétries d’informations). Une forte asymétrie d’informations sur la valeur des actifs conjuguée à une absence de transparence sur la réalité des comptes ont conduit toutes les banques à se méfier les unes des autres. Celles qui étaient en situation difficile n’ont pas voulu détériorer davantage leur bilan et ont donc refusé de prendre des engagements tant vis-à-vis des entreprises que des particuliers. Par conséquent le système s’est auto-renforcé, parce que la


pénurie de crédit ralentit l’activité économique et que la demande sur le marché immobilier s’arrête. LITW : On a aujourd’hui le sentiment que cette crise marque le grand retour de l’Etat, notamment au regard de la multiplication des nationalisations ou des plans de secours. Selon vous, est-il dans l’intérêt du marché de l’emploi que l’Etat intervienne ou le marché doit-il se rétablir de luimême ? E. W. : Il y a deux questions. D’abord a-t-on besoin d’acteurs majeurs tels que les Etats pour intervenir ? La réponse est visiblement oui, puisqu’en situation de pénurie de confiance seul un acteur aussi important que l’Etat semble avoir un rôle à jouer, encore qu’on pourrait nuancer ce point de vue. Que se serait-il passé si l’Etat n’avait pas été là pour mettre quelques milliards et racheter les créances douteuses ? Il est très vraisemblable, à mon avis, que les dix plus grosses banques se seraient mises autour d’une table. Constatant la carence du gouvernement, elles se seraient mises d’accord pour essayer d’assainir les comptes et de relancer la confiance. Les intérêts en jeu sont tellement énormes, qu’il ne faut pas déifier l’Etat. Il n’y a pas de Dieu marché, mais il n’y a pas de Dieu Etat non plus. Ensuite, il y a la question des répercussions sur le marché de l’emploi. Dans un monde où le crédit ne fonctionne plus, le marché de l’emploi va souffrir, car les entreprises vont cesser de recruter et mettre fin aux CDD. Il va donc falloir imaginer des interventions assez spécifiques, mais la priorité est de faire redémarrer la machine économique, en rétablissant la confiance.

« Le chômage des jeunes a toujours été traditionnellement plus élevé que le chômage moyen de la population. »



LITW : Quelles vont être plus particulièrement les conséquences de la crise sur le marché du travail pour les jeunes de 15-24 ans, dont le taux de chômage atteint déjà des sommets, puisqu’il était de 19,4% en 2007 en France? E. W. : A nouveau, il y a deux phénomènes. Tout d’abord le taux de chômage des jeunes a toujours été traditionnellement plus élevé que le chômage moyen de la population. De façon structurelle et indépendamment de la conjoncture actuelle, quelques points de chômage sont mécaniquement induits par les mois de recherche d’emploi en début de carrière. A cela s’ajoute la potentielle insatisfaction d’un jeune employé pour son poste, soit parce qu’il ne correspond pas à ses qualités, soit parce qu’il diffère son entrée dans le secteur qu’il préfère. Ce sont des emplois d’attente et entre eux, il y a de nouveau une période de chômage. Enfin il y a des dysfonctionnements structurels, notamment parce que les entreprises sont méfiantes face à des gens inexpérimentés et passent beaucoup plus de temps à les recruter, ce qui augmentera leur taux de chômage. Je pense que typiquement en France, les entreprises n’ont pas vraiment confiance

Tristan Neuhaus


dans le système de formation, hormis en certains cursus. Elles ne recrutent que lorsqu’elles ont toute confiance en un individu, ce qui allonge la durée de recrutement et impacte donc le taux de chômage. LITW : Les diplômes restent-ils un refuge sûr ou sont-ils eux aussi remis en cause par la conjoncture ? E. W. : Les diplômes, c’est toute la théorie du signal de Spence, jouent un rôle pour rassurer les employeurs, a fortiori les diplômes sélectifs. Ils restent une valeur refuge, et je pense que toutes les grandes écoles, telle que Sciences Po, ne courent pas trop de risques. Maintenant, les premiers touchés par la conjoncture actuelle seront effectivement les jeunes, parce qu’on embauche moins et qu’on tend à conserver les travailleurs déjà en place. Le taux de chômage des jeunes hommes de moins de 25 ans a ainsi augmenté de 5% le mois dernier. Il y a moins de CDD, il y a plus de fins d’intérims, qui sont traditionnellement des contrats pour les jeunes afin d’entrer sur le marché du travail. Si les diplômes devraient globalement protéger les jeunes, il faut toutefois être conscient que les problèmes de crédit peuvent avoir un impact sur certains projets. Je pense notamment aux projets de haute technologie, à l’image du Canceropole à Lyon. Sans mécanismes de financement pour alimenter de tels projets de très long terme, leur développement va être entravé. On peut donc raisonnablement imaginer une pénurie de recrutement ou une baisse de recrutement des jeunes diplômés. LITW : Dans certains domaines les étudiants auraient donc intérêt à remettre en cause leur projet professionnel. Ne peuvent-ils pas tabler sur le long terme et sur le rétablissement du système ? E. W. : Il est très difficile de prédire ce qui va se passer, mais je pense que contrairement à la crise de 1929, on a tous les mécanismes théoriques pour comprendre et intervenir d’une façon plus efficace. Il ne faut pas oublier que la part de l’Etat (plus les collectivités locales) via les prélèvements sociaux et le budget est à présent de 50% du PIB. A l’époque de la crise de 1929, les Etats atteignaient péniblement 25 à 30% du

« Chaque mandat démocrate commence par une période d’expansion de l’ordre de 4 à 5% de croissance, alors que chaque période républicaine débute par une récession »



Daniela Gaßmann PIB. Les capacités d’action sont de ce fait beaucoup plus importantes et on peut maintenant communiquer. Trichet peut parler à son homologue Bernanke très rapidement et la capacité à intervenir de façon concertée et efficace s’en trouve accrue. L’élection d’Obama constitue de plus un signe encourageant, non pas qu’il soit forcément meilleur que Mc Cain, même si profondément je le pense, mais parce qu’il existe une régularité

historique très surprenante depuis la seconde guerre mondiale. Chaque mandat démocrate commence par une période d’expansion de l’ordre de 4 à 5% de croissance, alors que chaque période républicaine débute par une récession. Compte tenu de la conjoncture actuellement très défavorable, si on croit en ces chiffres et en cette corrélation, on peut espérer qu’il y ait un regain de croissance dans les semestres à venir. Propos recueillis par Alexandre Chavotier.


L’auto-entreprenariat, la solution ? Par Hervé Novelli, secrétaire d’Etat chargé du commerce, de l’artisanat, des petites et moyennes entreprises

LINTERVIEW.fr : Comment les PME font-elles aujourd’hui face à la crise ? Hervé Novelli : En période de crise économique et financière, ce sont souvent les PME qui sont les premières touchés. Les PME étant l’un des moteurs essentiels de la croissance française, il est essentiel de les soutenir pour qu’elles continuent à se développer. Ainsi, le Gouvernement a mis en œuvre un plan de grande envergure pour limiter l’impact de la crise. C’est la raison pour laquelle j’ai signé une convention de soutien au financement des PME qui s’inscrit dans le plan gouvernemental qui mobilise 17 milliards d’Euros auxquels s’ajoutent 5 milliards mobilisés à travers l’Etablissement public OSEO. Ce sont tous les niveaux de l’Etat qui sont mobilisés pour aider les PME à faire face à la crise. Je me suis moi-même rendu dans plusieurs villes de France pour installer des cellules de suivi du financement de l’économie. LITW : N’ont-elles pas tendance à ajuster leurs coûts en faisant jouer la variable de l’emploi, notamment en licenciant les jeunes ? H. N. : Dans une période de ralentissement économique, il n’est pas illogique que les chefs d’entreprise réfléchissent aux moyens d’ajuster leurs coûts. Mais l’emploi ne peut qu’être une variable de dernier recours, d’abord parce que la plupart des contrats de travail en France sont des CDI, ensuite car les chefs d’entreprise savent bien qu’ils ne trouvent de bons collaborateurs qu’en cherchant à les fidéliser pour conserver leurs compétences et leur savoir faire. En outre faire entrer des jeunes dans l’entreprise c’est souvent l’occasion de lui donner une nouvelle dynamique.


Stefan Franke 


LITW : A l'heure de la mondialisation, les PME ne sont-elles pas un archaïsme ? H. N. : Bien au contraire, et un chiffre suffit pour s’en convaincre : au sein de l’Union européenne 99,8 % des entreprises sont des PME au sens de la définition communautaire (moins de 250 salariés). Ce sont ces PME qui sont les moteurs de l’économie, qui créent la richesse et l’emploi. Ensuite, si la mondialisation est à l’origine d’une mise en concurrence intense, le développement des PME est essentiel dans la mesure où leurs capacités d’évolution et d’adaptation aux marchés, leur implication directe dans le développement durable des territoires, leur contribution essentielle à la cohésion sociale par les emplois de proximité qu’elles créent ou maintiennent dans nos villes ou nos zones rurales, font de ces entreprises l’un des facteurs d’avenir et de progrès de notre pays et des économies européennes. LITW : L’auto-entreprenariat est-il un gadget ou au contraire une potentielle et crédible réponse à la crise actuelle? H. N. : Le régime de l’auto-entrepreneur, c’est véritablement l’arme anti-crise. C’est l’outil qui permettra au plus grand nombre de devenir des moteurs essentiels de l’économie. L’autoentrepreneur répond à un besoin réel : les personnes qui souhaitent commencer une activité économique, éventuellement en complément d'une autre, bénéficieront d'un régime simple, d'un coût raisonnable, qui leur permettra d'anticiper facilement les charges sociales et fiscales qu'ils devront supporter. Le régime de l'auto-entrepreneur répond à cette attente : le créateur est dispensé des frais d'immatriculation aux registres légaux, il ne paye pas de charges s'il n'a pas d'activité, car son impôt sur le revenu et ses cotisations sociales sont strictement proportionnels à son chiffre d'affaires. LITW : L’un des pivots de votre dispositif est la grande simplification procédurale de la création d’entreprise : est-ce la traduction d’un nouvel esprit pragmatique et entreprenant ? H. N. : Absolument, avec ce dispositif, je veux lever tous les freins à l’esprit d’entreprise. Et en effet, la simplification introduite par l’autoentrepreneur est bien réelle, puisqu’il y a dispense d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers. Le créateur est soumis seulement à l'obligation d'une simple déclaration auprès du centre de formalités des entreprises. Par ailleurs, les cotisations et impôts dus seront calculés uniquement en proportion des encaissements. C’est une vraie révolution, car cela signifie qu’en l’absence de chiffre

« L’autoentrepreneur s'adresse à tout le monde : salariés, chômeurs, retraités, étudiants, personnes au foyer. »



d’affaire, il n’y a ni cotisation ni impôt. LITW : L’auto-entrepreneur s’adresse-t-il aux jeunes ? H. N. : L’auto-entrepreneur s'adresse à tout le monde : salariés, chômeurs, retraités, étudiants, personnes au foyer. Mais il est particulièrement bien adapté aux jeunes qui souhaitent tester la pertinence d'un projet d'activité, ou financer leurs études. L’autoentrepreneur convient à toutes les situations, si un étudiant souhaite donner des cours particuliers, gagner de l’argent en organisant des soirées, ou lancer toute autre activité, ils pourront le faire dans un cadre légal et simple grâce à ce régime. LITW : Vous avez vous-même été chef d’entreprise : quel message adresseriez-vous aux jeunes sur l’entreprenariat ? H. N. : Un message qui tient en deux mots : lancez-vous ! En devenant auto-entrepreneur, vous transformez votre talent en argent. Lancer son activité est une occasion formidable de prendre des responsabilités, de dégager des revenus, de devenir acteur de l’économie. Quel que soit le climat économique, il y a des opportunités dans tous les secteurs : les entreprises de proximité répondent à des besoins quotidiens et permanents des consommateurs et des entreprises. Je vous encourage donc tous à vous rendre sur le site www.lautoentrepreneur.fr et à le faire connaître à tous ceux qui, autour de vous, voudront se lancer dans l’aventure. Propos recueillis par Alexandre Chavotier.

« Avec ce dispositif, je veux lever tous les freins à l’esprit d’entreprise »
 



Ennert Bรถhmer


Trader : « c’est un métier de merde, mais on gagne plein d’argent ! » Par Maxime Bernard, étudiant et ancien stagiaire en salle de marché à BNP Paribas à Londres.

LINTERVIEW.fr : Bonjour Maxime, alors en quelques mots, c’est quoi un trader ? Maxime Bernard : Un trader fait le lien entre les clients désireux d’acheter des produits financiers et de marché. Moi plus précisément, j’ai travaillé en trading de commodities c’est à dire de matières premières comme le pétrole, l’aluminium, l’or, le café, le blé etc. Soit il travaille en compte propre, il spécule pour sa pomme, soit pour le compte de quelqu’un et là il n’est qu’un exécutant des ordres d’achat et de vente qu’il reçoit. LITW : La journée-type d’un trader, ça ressemble à quoi ? M. B. : Il arrive au travail vers 7 heures car à Londres (le ICE), les marchés ouvrent à 8 heures, mais avant, il faut que le trader sache ce qu’il s’est passé sur les autres marchés dans la nuit, surtout à New York. En effet, si New York se casse la gueule, il est fort probable que Londres chute aussi à l’ouverture, on doit donc anticiper les tendances de la journée. Les premières minutes sont cruciales, beaucoup de choses se passent. Ensuite la journée est intense et stressante car il gère en temps réel. La moindre pause pipi ou déjeuner peut donc faire perdre des millions à ses clients. En revanche, il part assez tôt, vers 18h30 et réfléchit à comment consolider les positions pour le lendemain. LITW : Quels sont les principaux profils de traders ? Très souvent, ce sont des ingénieurs, polytechniciens,


Stefan Franke

« Il faut savoir prendre des décisions très vite, ça peut aussi vouloir dire ne pas trop réfléchir, donc être un peu bête »



car ils comprennent mieux les mécanismes mathématiques. Ils se spécialisent après dans la finance de marché. LITW : Quelles sont les qualités principales d’un trader ? M. B. : Aimer la cocaïne pour certains. Blague à part, il faut savoir prendre des décisions très vite, ça peut aussi vouloir dire ne pas trop réfléchir, donc être un peu bête. On peut le voir comme ça. Etre résistant au stress, être un homme d’action, aimer les femmes, les Porsche…Il n’y a pas besoin d’être un bon commercial, d’avoir un bon relationnel, ça c’est plutôt le rôle du vendeur. Le bon trader aura ses propres clients. Moi, en tant que stagiaire, je n’avais pas de variable ou de bonus, « juste » un fixe à 1700£/ mois. Ce qui n’est rien, un trader débutant est à 50 000£/an plus une belle part variable. Donc en conclusion c’est un métier de merde, mais on gagne beaucoup d’argent. LITW : Quelques anecdotes croustillantes ? M. B. : On fait beaucoup d’affaires avec les Russes, et faire des affaires avec des Russes, c’est… comment dire ? Ils sont arrivé en bas de la BNP, ont appelé mon boss et lui ont dit… LITW : On a des putes, du caviar et des flingues ! M. B. : Tu crois pas si bien dire, en fait, ils l’attendaient en limousine et ils lui ont fait faire la tournée des bars, avec des filles, de l’alcool. Enfin c’est une manière de travailler propre à leur culture, on ne peut pas juger. C’est une méthode de négociation pas très orthodoxe mais bon… C’est plus facile de négocier avec un Anglais éméché que sobre. LITW : Est-ce que ton boss avait une conscience ? M. B. : Oui, bien sûr, mais il la laissait chez lui tous les matins, une conscience c’est très lourd à porter. On parle beaucoup du poids des cartables en 6e mais pas de celle des traders alors que c’est bien plus de 30 kilogrammes ! LITW : Et toi alors, est-ce que tu as encore une conscience ? M. B. : Ah oui bien sûr mais on m’en a offert 50 000, elle était cotée à 40, je pouvais pas refuser. Plus les intérêts… Mais j’en rachèterai une à la baisse quand elle se négociera à 15€. Non, plus sérieusement, c’est clair que ce n’est pas un métier philanthropique, mais on ne vole pas l’argent, on rend un service à des gens qui veulent acheter et vendre. Après je crois qu’il faut différencier la spéculation du trading. Un vendeur de tomates va les acheter à 10€ et les revendre à 15, ce n’est pas un voleur pour autant. Ce qui est plus contestable, c’est

quand un trader ne rend aucun service, qu’il spécule pour lui à la hausse ou à la baisse, il n’apporte aucun bénéfice pour la société ou ses clients et pourtant il s’en met plein les poches. Bon, en même temps, c’est comme parier sur un match de foot et gagner. LITW : La crise, ça vous a touché ? M. B. : Chez BNP pas trop encore, ça viendra peut être. C’est de toute façon un métier où on peut très facilement perdre son travail. Dans certaines entreprises, les épurations se faisaient sèchement : « merci, au revoir », en une matinée le bureau est vidé. LITW : Alors, la question qui turlupinera certains de nos lecteurs c’est « est-ce que je peux quand même me faire des couilles en platine avec la crise qui vient ? » M. B. : Là c’est sûr, il va y avoir beaucoup moins d’emplois, surtout en salle de marché. Même si les bourses tombent, on peut quand même faire beaucoup d’argent en spéculant à la baisse, regardez Warren Buffet. Mais il va y avoir beaucoup de licenciements, donc beaucoup moins de postes. Moi j’étais sur le pétrole quand il atteignait des sommets, ça faisait des heureux chez les producteurs, lorsque c’est redescendu, c’était les consommateurs qui sautaient de joie donc ça profite toujours à quelqu’un. Ce n’est pas le meilleur moment pour faire trader. BNP a d’ailleurs annoncé que cette année il n’y aurait pas de bonus. On verra à la fin de l’année mais l’ambiance n’est pas trop à la liesse et à l’embauche tous azimuts. Propos recueillis par Nicolas Combalbert

« C’est plus facile de négocier avec un Anglais éméché que sobre »



Devenez banquiers ! EW.fr : Pouvez-vous vous présenter ? Arnaud Poissonnier : J'ai travaillé pendant douze ans dans la banque, avant de dévier, de sombrer, de dériver vers l'humanitaire et la micro-finance. Avant de quitter le monde bancaire, j'ai consacré une année de mon temps à Opus Development Network, réseau de l’ONG française Acted qui rassemble les institutions de micro-finance. Puis j'ai dirigé le siège français de ce réseau pendant toute l'année 2006. A la fin de cette même année, j'ai créé une petite entreprise de conseil avec certains de mes anciens clients, et j'ai surtout continué à consacrer la moitié de mon temps à la micro-finance, à la fois à Acted et à Oxus. J’ai finalement lancé le site Babyloan en septembre 2008, avec l’aide précieuse d’un certain nombre de partenaires. LITW : Qu’est-ce que Babyloan ? A. P. : Dans le jargon technique, il s’agit du premier site Internet français de "peer to peer landing" et de micro-prêts solidaires. Alors qu’il existe d’ores et déjà des initiatives de grande ampleur aux Etats-Unis et qui connaissent un grand succès, notamment le site américain CLIVA, nous ne sommes aujourd'hui que trois en Europe! Le concept de notre site Internet est de permettre aux internautes de parrainer des bénéficiaires de micro-crédits dans les pays du Sud. Au-delà du simple parrainage, ce qui est absolument révolutionnaire, c’est précisément le fait de choisir les bénéficiaires. C’est une approche assez nouvelle dans le monde du développement et de l'humanitaire

« Ce qui est absolument révolutionnaire, c’est précisément le fait de choisir les bénéficiaires » 



que d’instaurer un rapport de prêteur à emprunteur au lieu d’établir une relation de donateur à bénéficiaire, soit le rapport classique de l'argent à l'aide. Si les institutions de micro-financement prêtent sur le terrain, pourquoi, nous, internautes, ne les aiderions nous pas en leur apportant, non pas des dons, mais justement des prêts ? Concrètement, nous avons mis en œuvre un moteur de recherche en ligne qui présente les différents pays. Il offre la possibilité à l’internaute de

choisir les bénéficiaires, dont la photo, l’histoire, et les besoins sont présentés. L’internaute est bien sûr à même de déterminer la somme qu’il souhaite prêter, égale ou inférieure à celle demandée. Les prêts débutent à partir de 20 € et peuvent atteindre jusqu'à 2000 €. Tous les échanges se réalisent grâce au numéro de carte bleue. Lorsque vous devenez membre, en raison du caractère communautaire du site, il vous est demandé de vous présenter à travers une fiche personnelle, mentionnant


notamment ce qui a motivé votre prêt de solidarité. Le compte ainsi créé dans le système vous permettra d'être remboursé par la suite. En moyenne, les crédits sont assez courts, car ils collent avec la durée de crédit sur le terrain : ce sont des crédits dits « d'exploitation ». Vous serez amenés à prêter sur six ou douze mois par exemple. A la fin de cette période votre compte Babyloan sera à nouveau crédité de la somme que vous aviez initialement prêtée. Libre à vous ensuite de récupérer cet argent ou bien de l’employer pour générer un nouveau crédit.

pouvait également s’écrire « Babyloan », pour Babyloan crédit. Séduit par ce nom et le jeu de mot, nous l’avons déposé dès le lendemain. Sans aucune réflexion particulière sur le jeu de mot autour du bébé crédit, le nom s’est finalement imposé de lui-même grâce au groupe Babylon Circus. Nous avons contacté le groupe pour les remercier et leur présenter notre démarche. Cela les a tellement séduits, qu’ils sont devenus notre sponsor et sont désormais prêts à s’engager à nos côtés avec enthousiasme dans de nombreux projets.

LITW : Pourquoi un tel nom ? A. P. : Le nom relève un peu du gag à vrai dire. Deux mois avant le lancement du site, nous n'avions toujours pas trouvé de nom pour l'entreprise. Le nom devait faire la synthèse de notre site qui, au-delà de ses activités de prêts, est aussi un site d'échanges communautaires à visée pédagogique. Notre nom est né d’un incroyable concours de circonstances. Aurélie me faisait remarquer que notre site était un lieu d'échanges et de rencontres, alors que j’écoutais le groupe de rock Babylon Circus. Tout de suite je me suis fait la réflexion qu’une référence à la ville de Babylone, connue de tous, pouvait parfaitement illustrer notre concept. Surtout, j’ai découvert que Babylone

LITW : Pourriez-vous nous donner des exemples de personnes ou d’entreprises qu'il est possible de soutenir? A. P. : Bien sûr. Prenez l’exemple d’une mère de deux enfants vivant au Cambodge et, qui, depuis des années, vend des bonbons à la sortie des écoles à l’aide d’un modeste chariot dans la région de Phnom Phen. Cette femme a sollicité un crédit de 100 euros pour acquérir un chariot de plus grande taille, lui permettant et de vendre davantage de bonbons et d’augmenter son stock. Elle avait prévu quatre vingt euros pour l’achat du chariot et avait alloué vingt euros à l’augmentation de son stock. Deux internautes lui ont permis de réaliser son projet en lui prêtant chacun 50


euros. Cette histoire, c’est celle de Babyloan. LITW : Ces deux internautes peuvent-ils connaître la suite de l’histoire? A. P : Ces internautes, en plus des informations initialement délivrées, pourront en obtenir davantage sur la durée du crédit. Bien qu’elle ne soit pas extrêmement sophistiquée, cette information supplémentaire va leur permettre de savoir si le ou la bénéficiaire du microcrédit a effectivement remboursé la somme. Tous les mois, l'internaute reçoit ainsi une alerte par mail, afin d'être tenu au courant de l’évolution du remboursement. Il faut savoir qu’en aucun cas l’internaute n’est victime d’un accident de paiement, car il prête juridiquement à l'institution qui est responsable du remboursement, et ce même si le bénéficiaire est défaillant. L'information concerne aussi le niveau et la qualité de vie de la personne, et explique en quoi le prêt lui permettra d'améliorer ses conditions de vie. LITW : Qu’est-ce que la micro finance en vérité ? A. P. : Le professeur Muhammad Yunus, élu prix Nobel de la paix en 2006, est à l’origine de l’idée fabuleuse qu’est la micro finance. Professeur d'université au Bengladesh, il a pris conscience en regardant sa belle université, de l’indicible pauvreté qui coexistait à 500 mètres de là. Il a décidé d’emmener ses étudiants à la rencontre des femmes qui vivaient dans la misère à proximité de leur campus pour discuter avec elles. Tous les hommes sont égaux dans leur capacité à avoir des initiatives, à gérer une activité auto suffisante, même si ils sont illettrés. Partant de ce simple constat, Muhammad Yunus a prêté de l'argent à ces femmes pour les aider à confectionner des articles, tels que des paniers, qu'elles pourraient ensuite vendre sur les marchés! Il s’est progressivement aperçu que le système était viable, car son taux de remboursement était de cent pour cent. C'est ainsi qu'est apparue la première entreprise de microcrédit. Il a testé le système des années durant, pendant trente ans précisément. Il a aussi mis beaucoup de temps à institutionnaliser les prêts. Etant donné le succès de son modèle de micro finance, celuici s'est développé, a été copié, décliné par d'autres à travers le monde entier. La grande majorité des bénéficiaires de microcrédits sont des femmes. Muhammad Yunus a ainsi démarré son entreprise de microcrédits avec elles. Non seulement c'était un moyen de les sortir de leur statut social défavorisé, mais aussi elles avaient probablement la particularité d'être beaucoup plus fiables que les hommes, moins victimes des guerres et des flux migratoires qui sont par nature responsables

« L’étudiant peut participer, devenir babyloanien, et grâce à sa carte bleue peut prêter 20 euros »



de famines. Aujourd'hui le succès est considérable, puisqu’on estime que trente ans après ses débuts, la micro finance compte près de cent trente millions de bénéficiaires à travers le monde. Ce chiffre est encore faible par rapport au nombre potentiel de bénéficiaires. On dénombre en outre dix mille institutions de micro finance, entre ONG informelles et banques, dont les encours de micro crédits sont estimés à trente milliards de dollars aujourd’hui dans le monde ! LITW : La micro finance est-elle aujourd’hui un réel moyen d'aider les pays sous-développés ? A. P. : C'est aujourd'hui considéré comme l'un des moyens les plus efficaces, cela a été prouvé. On met tout de même un terme à une approche de l'aide qui a des limites, à savoir celle de l’assistance. C’est une logique naturelle qu’un individu puisse s’aider luimême. La micro finance n'est pas du domaine


de la subvention ; il s’agit au contraire d’un modèle qui s'autoalimente. Rien n’est fait gratuitement et c'est une forme d'activité économique nouvelle à part entière, qui ne relève aucunement de la charité. C’est très important. Concrètement, les taux d’intérêt, qui nous semblent choquants mais ne le sont pas sur le terrain, sont d'environ trente pour cent. Les bénéficiaires arrivent à les payer. Ce faisant les entreprises de micro finance ont pour objectif de gagner de l'argent, et plus elles en gagneront, plus le système se développera. Cette perspective d’avenir constitue la grande différence entre l'aide et la micro finance. L'aide se situe en effet sur une sorte de gâteau d'une centaine de milliards d'euros, alimenté par les Etats, par les gros bailleurs de fonds, mais ce gâteau a des limites.

LITW : Comment un étudiant peut-il aider la micro finance ? A. P. : Il y a de multiples possibilités pour un étudiant d’être d’un précieux secours. Tout simplement, il peut participer, devenir babyloanien, et grâce à sa carte bleue peut prêter 20 euros pour devenir solidaire d'une bénéficiaire dans les pays du Sud. Enfin, même si nous ne sommes pas encore prêts là-dessus, notre rêve est d'associer les étudiants qui se promènent dans les pays, qu’ils soient nos porte-drapeaux, qu’ils aient le statut d'ambassadeurs de Babyloan. Pour ceux qui voyagent dans les pays où nous sommes, pourquoi n'iraient ils pas demain voir nos partenaires de micro-finance pour aller rencontrer les bénéficiaires que les internautes ont financé, prendre des photos, des témoignages de ce qu'ils ont vu sur le terrain, raconter les histoires de ces bénéficiaires plus en détail ? Notre objectif est de créer un grand réseau d'ambassadeurs babyloaniens! ! Propos recueillis par Louis Villers


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« Petits frères de pauvres, ouvert à tous » , un reflet sur le dos d'un client. Un bar qui sort des sentiers battus. Les tarifs des consommations sont dérisoires. Les clients viennent d'horizons différents, beaucoup se trouvent dans des situations précaires. Tous nous ont étonnées. Jean-François, Didier, Pierre et les autres. Tous n'ont pas accepté d'être pris en photo, mais s'asseyaient volontiers à nos côtés pour discuter.


Joël, de son nom de scène « Joe Jack », a composé six albums. Il joue de la guitare, le chanteur de son groupe est mort. Alors il continue tout seul.


Philippe a fait partie d'une unité de combat, il était officier avant d'être retraité. Il a vécu la guerre au Liban et les conflits en Israël.


Lola est gardienne d'immeuble. Elle vient souvent ici prendre un café, car elle habite juste à côté. Elle fait partie des habitués.

Ancien alcoolique, un diplôme d'école de commerce en main, Marc vit aujourd'hui dans des conditions extrêmement précaires. Il écrit des poèmes.



Des bénévoles accueillent les clients, discutent avec tout le monde. Pas d'apitoiement, ni de distinctions, ni d'ailleurs d'agressivité entre les clients. Un « bonjour » collectif accueille les nouveaux arrivants.


Un café : 45 centimes. Pas d’alcool, seulement de la bière sans alcool. 47 rue des Batignolles, 75007.


Un rocker.


Série « Spécial écologie »

Greenrepublic.fr : faire du business avec l’écolo LINTERVIEW.fr : Pouvez-vous présenter Greenrepublic.fr ? Benjamin Cahen : Greenrepublic.fr est le site d'une nouvelle génération de marques et de consommateurs qui a compris qu'on pouvait faire aussi bien et même beaucoup mieux, tout en respectant l'homme et la planète. En proposant une offre complète de produits éco-innovants pour le quotidien, Greenrepublic.fr permet à tous de découvrir et d’adopter un nouveau style de vie bio, éthique et responsable et de contribuer à l'émergence d'un monde durable. Nous animons aussi un blog, afin d'échanger autour d'actualités, de fiches pédagogiques, de (green-) interviews et de partager notre passion pour l'innovation éthique et durable. LITW : Comment vous est venu l'idée de monter Greenrepublic.fr ? David Lozano : Nous avons vraiment découvert le développement durable en 2005 à la lecture du livre 80 hommes

pour changer le monde de Mathieu Le Roux. Nous travaillions alors ensemble au sein d'une banque, dans des métiers très intéressants et où tout se passait très bien. Mais le livre de Mathieu nous a fait tous les deux changer de vision du monde ! Dès lors il n'était plus possible pour nous de continuer à avoir une activité qui ne prenne pas en compte les enjeux écologiques et humains auxquels nous sommes confrontés... On voit bien aujourd'hui que nos sociétés de consommation ont atteint un palier critique dans leur développement et que parallèlement à ça un nouveau paradigme est en train d’émerger, réconciliant croissance économique et protection de l’environnement. On a eu envie de créer Greenrepublic.fr avec pour objectif d'en faire une vitrine et un porte-parole de cette révolution. Pour promouvoir un nouveau type de consommation et un nouveau style de vie, et pour faire connaître les marques les plus engagées. Enfin, nous voulions donner envie à tous de rejoindre cette


révolution : on montre qu'aujourd'hui on peut se faire autant plaisir en consommant éco-responsable qu'en consommant des produits classiques. LITW : Personnellement, quel est votre rapport à l'écologie ? D. L. : Nous sommes chaque jour plus conscients de la nécessité de changer et nous avons déjà fait beaucoup de chemin dans nos vies personnelles. Il s'agit pour nous d'une question de bon sens et de responsabilité. Si on regarde objectivement l'état de notre planète et le mode de fonctionnement de nos sociétés, il est difficile de ne pas s'inquiéter. D'autant que nous sommes tous les deux papas de jeunes enfants et que nous ne pouvons pas fermer les yeux sur le monde que nous leur laissons. Aujourd'hui la dimension écologique intervient naturellement dans toutes nos décisions quotidiennes aussi bien personnelles que pour la gestion de l'entreprise Greenrepublic.fr. LITW : Est-ce que finalement Greenrepublic.fr ce n'est pas une sorte de prostitution de l'écologie étant donné qu’on se sert d’elle pour de l’argent ? B. C. : Au contraire nous nous sommes dirigés vers le e-commerce afin d'agir concrètement : aujourd'hui la population est bien sensibilisée aux enjeux écologiques, mais ne connaît que très peu des choix de consommation responsable qui s'offre à elle. Or il existe une variété incroyable de produits éco-innovants

« On peut se faire autant plaisir en consommant éco-responsable qu'en consommant des produits classiques »


et de marques engagées pour un monde durable. Grâce à Greenrepublic.fr nous pouvons les fédérer sur un même site et inviter le grand public à les découvrir. Plus ces marques se développeront, plus leur impact sera grand. C'est le modèle vertueux dont nous parlions, qui réconcilie croissance et protection de l'environnement. LITW : Est-ce que le petit plus qui peut vous permettre de faire la différence avec les autres sites de vente sur le Net c'est que vous donnez bonne conscience aux gens ? D. L. : Les gens ne consomment pas pour avoir bonne conscience, mais


Série « Spécial écologie » pour répondre à un besoin, qu'il soit de nécessité (produit d'entretien, couches pour bébés, etc.) ou de plaisir (cosmétique, cadeaux, etc.). On leur propose des alternatives aux produits dits classiques et ces alternatives leur permettent de trouver ce dont ils ont besoin tout en leur expliquant en quoi ce qu'ils trouvent sur Greenrepublic.fr est différent. C'est pour ça que nos clients aiment le site et ce qu'ils y trouvent ! La concurrence sur Internet n'en est pas moins rude, surtout qu'aujourd'hui pour exister il faut se faire sa place parmi des géants ! LITW : Militer à travers un site de vente ça peut marcher à votre avis? B. C. : Oui ! Et heureusement ! Ca marche d'ailleurs déjà très bien ! Sur le site nous vendons beaucoup produits à vocation pédagogique : des livres, des jeux, des DVD ou encore des packs découverte. Parallèlement à cela, à travers le blog, nous partageons des conseils, actus, points de vue et des interviews. Les gens ont envie d'en savoir plus, de s'impliquer, de découvrir, et de partager. Le blog et la boutique se complètent donc très bien. LITW : Qu'est-ce que vous pensez que ce projet vous a apporté? D. L. : Il nous a permis de donner du sens à notre activité, de réaliser un rêve que nous avions et donc de nous épanouir pleinement. Avec

Greenrepublic.fr nous avons la chance de pouvoir concilier conviction personnelle et activité professionnelle et ça, c'est une source de plaisir immense ! Propos recueillis par Alexandre Marchand. 


« La population est bien sensibilisée aux enjeux écologiques, mais ne connaît que très peu des choix de consommation responsable qui


"Philipp Linst채dter"


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Le numéro spécial économie. Numéro 5  

Le numéro spécial économie. Numéro 5

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