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Entrevue avec Vangolet

zone rive sud

Je n’ai pas plus choisi la peinture que l’écriture. J’écris beaucoup plus que je peins. Un bout de papier, un crayon, tu t’installes à une table, un café, une cigarette et voilà, c’est facile, une phrase en amène une autre.

Le Journal de rue La Galère a collaboré avec l’organisme en travail de rue Centretien de Nicolet.

> Entrevue p. 15

> nicolet p. 20

PERMIS DE CONDUIRE Ceci est un fait vécu, l’été dernier avec un ami à TroisRivières dans un parc.

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Journal Vol. 11, no.06 / Déc. 2013 -Janv. 2014

Journal LA GALÈRE Isabelle Clermont

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La grande, grande famille… trois-rivières, Qc Thierry Évrard Tous, nous avons une notion très limitée de la famille : papa, maman, frères et soeurs, cousins et cousines, oncles et tantes. Mais, en réalité, la vraie famille, c’est beaucoup plus. Si nous remontions le temps, que nous soyons blanc, noir, jaune ou rouge, peu importe, nous réaliserions que nous sommes tous issus d’une seule et même source : nos premiers parents ancestraux. Tous nous avons, encore aujourd’hui, une seule et même mère : la terre. Tous, nous naissons avec deux bras, deux jambes, un cor ps , une tête, un coeur et une âme. La seule différence perceptible peut être évidemment la couleur de la peau, pour le reste, nous sommes tous simplement des humains. Com ment se fait-i l

Isabelle Clermont, « Une seconde naissance au confluent des mémoires portées » (extrait), 36 x 45 pouces, encre, graphite et pastel sec sur papier mylar, 2013.

Famille et enfance trois-rivières, Qc Michel Dupont Au jou r d’hui je vais vous parler d’un sujet qui est très à la mode : la famille et l’enfance. Il y a beaucoup de familles aujourd’hui qui, en apparence, semblent parfaites, mais si on lève la couverture un petit peu, on découvre que ça ne va pas aussi bien que cela puisse paraître. Je connais des familles qui semblent très heureuses au premier abord, mais qui sont en guerre ouverte ou dans la misère complète. Même dans ma famille cela existe, ainsi que dans une famille que je connais très bien depuis plus

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de 20 ans. Je sais que des personnes qui fréquentent l’organisme Point de Rue semblent t rès heureuses en surface, mais lorsqu’on gratte un peu, on découvre une tristesse immense. Je suis triste pour ces personnes. Je vais vous parler d’une f a m i l le que je con n a i s personnellement. Je vais taire leur nom car ce n’est vraiment pas nécessaire de la pointer du doigt. Je connais une famille de trois personnes dont la jeune fille avait, à une certaine époque, environ 12 ans. Aujourd’hui, elle est âgée de 37 ans, mais à l’époque où je l’ai connue, la jeune

propre rôle en même temps. Un jour, la jeu ne f i l le fille affichait m’a avoué toujour s un que son père sourire, bien que lui avait dit qu’il ne je savais qu’au fond d’elle, elle l’aimait pas cachait une très et qu’el le t n hel Dutpo grande tristesse. M ic é t a i t El le était venue au monde suite malheureuse Elle était parce que à une gageure malheureuse parce son père faite avec ses que son père passait chu m s . E t , passait son son temps à boire... c o m b l e d e temps à boire et malheur, son père a ajouté : « Si tu as des préférait acheter des caisses de problèmes, vas voir ta mère bière au lieu de lui acheter des jeans, du linge, etc. La mère, parce que moi je m’en fous ». elle, faisait bien son possible Comme j’ai tendance à le dire souvent, ces parents ne pour combler le vide, mais faisaient pas 30 watts à eux elle ne pouvait quand même pas jouer le rôle du père et son deux.

Heureusement, aujourd’hui la jeune fille a fréquenté un chemin plus joyeux. Mais elle a quand même dû déménager à Québec pour changer le mal de place. C’est là qu’elle a rencontré le patron d’un restaurant, avec qui elle est restée et avec qui elle a passé cinq belles années. Je l’ai revue il y a environ 3 ou 4 mois, alors qu’elle était revenue à Trois-Rivières. Je l’ai trouvée radieuse. Elle est toujours en amour et je suis très content pour elle car elle le mérite énormément. Elle travaille actuellement dans un autre restaurant et elle possède une voiture. Malheureusement, elle n’a pas encore d’enfant, mais elle demeure avec un homme qui

> DUPONT PAGE 7

Thierr y Évra

rd

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Journal

3R 2013 éditorial Myriam Bellavance

Frédérike-Gabrielle Lampron

La plus grande richesse au monde : les enfants

D

ès mon tout jeune âge, je savais que j’étais dans ce monde pour être entourée d’enfants, m’occuper des enfants, aimer les enfants et avoir des enfants. Les enfants sont toute ma vie. Qu’ils soient miens ou pas. Je ne comprendrai jamais comment on peut faire du mal à des êtres si purs, si gentils et si doux. J’ai eu la chance d’avoir cinq beaux enfants, et j’attends présentement mon sixième enfant. J’ai travaillé dans une fête foraine durant 15 ans car je voulais travailler auprès d’eux. J’ai rencontré beaucoup d’enfants dans ma vie. Je n’ai jamais trouvé un enfant qui ne m’adorait pas. Les enfants et moi sommes sur la même longueur d’onde.

Myriam Bellavance, encre sur papier, 2013.

Et vogue la (nouvelle) Galère !

L

e journal de rue La Galère fêtera, en 2014, sa douzième année d’existence. En douze ans, nous avons traversé moult tempêtes, affronté l’aquilon sur tous les continents de la nature humaine. Les milliers de galériens qui se sont impliqués comme collaborateurs, pigistes, poètes, elin, artistes, photographes, francsOlivier Gam ef-éditeur ch en tireurs et/ou camelots n’ont cessé rédacteur de souquer ferme pour crier haut et fort leur droit à une existence pleine milliers de lecteurs, nous souhaitons et active au sein de notre société. harmoniser les lieux sociaux, Seulement en 2013, plus de 400 brisant de surcroît les préjugés qui émanent de part et d’autre. personnes différentes ont participé à la réalisation du seul journal de Connaître l’autre, s’intéresser à sa rue en Mauricie et au Centre-duréalité, c’est le premier pas à faire Québec. Depuis douze ans, nous pour améliorer le mieux-être et le visons à offrir aux personnes vivant mieux-vivre de tous les citoyens. ou courant le risque de vivre une situation de rupture sociale une Comme on le dit souvent à Point de Rue, l’organisme en travail de tribune de qualité où elles peuvent rue qui chapeaute s’exprimer et faire valoir leur talent. le journal de rue La Merci aux Galère, « personne lecteurs et aux Grâce au soutien ne se libère seul, lectrices qui personne ne financier du Fonds encouragent libère autrui, les de développement les camelots du social de la ville hommes se libèrent journal. de Trois-Rivières, e n s e m b l e ». J e vous tenez entre les mains la souhaiterais donc profiter de cette nouvelle mouture du journal de tribune pour remercier tous les galériens et les galériennes qui, rue La Galère. Bienvenue sur notre depuis 12 ans, ont transformé pont ! Entièrement en couleur et cette galère en véritable vaisseau maintenant en format tabloïd, nous vous proposons un accès privilégié à en lutte contre l’exclusion sociale. la parole des sans-voix qui ont tous Plus est, je souhaiterais souligner l’apport de nombreux artisans quelque chose d’extraordinaire à sans qui cette nouvelle mouture raconter. Nous tenons à remercier aurait été impossible : Louise chaleureusement la ville de TroisRivières qui nous a appuyés dans la Bouchard (correctrice), Alexandre construction de ce nouveau navire. Gamelin (infographe), le conseil d’administration de Point de Rue En créant un pont entre la réalité présidé par Monsieur Jacques des personnes marginalisées et nos

Longval, le directeur général de l’organisme, Philippe Malchelosse, l’adjointe administrative, Suzanne Gauthier, l’équipe d’intervenants et de travailleurs de rue (Samuel Champoux, Guillaume Lévesque, Ève Lamontagne, Sylvain Papillon, Stéphane Dubé, Emmanuelle Caya, Liliane Pellerin, Mathieu Marchard, Mathias Boulanger, Jean-Félix Raymond St-Germain, Geneviève Charest, Réal Noël et Patricia Côté). Enfin, pour n’oublier personne, je tiens à remercier les abonnés de La Galère, ainsi que les lecteurs et les lectrices qui encouragent les camelots du journal. Sans leur précieux et indispensable soutien, ce grand voyage aurait été impossible. Encore une fois, bonne lecture et longue vie à La Galère !

Les enfants ne demandent presque rien. Beaucoup d’amour, la sécurité, la gentillesse, la compréhension et une vie pas trop mouvementée. Un enfant donne toujours son amour de façon inconditionnelle et ils attendent la même chose en retour des adultes qui les entourent. Beaucoup de gens aimeraient avoir des enfants mais la vie ne leur donne pas ce plaisir. En reconnaissance à tous ces gens-là, prenez soin de vos enfants qui sont notre avenir, notre force et la plus grande richesse que nous pouvons posséder. Merci à mes enfants de faire partie de ma vie. Gabriel 4 ans et demi (décédé) Guillaume-Mathieu 11- ans Brithanya – 10 ans Alyssia-Rebecca -8 ans Marie-Soleil -7 ans Bébé 6 en route

Carole Bergeron

La Tendresse trois-rivières, Qc Carole Bergeron

T

e voici, petit être si cha leureux, me tendant tes mignons petits bras. Le divin t’a mis sur mon chemin, oui, mon ange d’amour, ce courant de bonté qui passe entre nous deux, nous relie, nous ergeron enveloppe d’un doux duvet Carole B d’oiseau afin de nous protéger des intempéries. J’ai obtenu cette grâce de t’avoir dans ma vie mon petit. Afin de faire rejaillir de mon cœur cet élan de générosité que commande l’amour vers toi et pour toi. Ce fut la plus grande et la plus impressionnante joie, mon enfant, que j’ai éprouvée en mon cœur. Tu sais quoi, Emanuel, de ta petite personne tu m’as fait grandir et ce, encore et encore aujourd’hui. Tu m’apprends le don de soi sans compter et, plus est, dans toute sa simplicité. Tu m’amènes à me parfaire, puis de cet amour venant de toi, mon bébé, il ne peut y avoir que de la sincérité. Ça ne peut pas être autrement, ça se ressent ces choses-là. Et de fait, mon cœur accueille ce grand bouleversement. Va et que de cet amour naisse une grande confiance en mes habiletés en tant que père, mon petit oiseau de mon cœur. Lorsque ton regard a croisé le mien, un moment de grâce envahissait mon être tout entier, j’ai su à cette seconde même ce qu’était l’amour. Et ça ne cesse depuis. Va, n’aie crainte mon enfant, car moi, ton papa est là et le restera, droit devant sur le chemin de l’assurance, aie foi en moi, ton père qui n’est que tendre amour pour toi. Tendrement papa.

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Frédéricke-Gabrielle Lampron.

un abonnement à gagner !

biographie de yohann clément

richard le gaspésien

Réponds aux questions...

Jongler avec les mots...

Texte posthume à lire...

> concours PAGE 31

> y. Clément PAGE 14

> l’abus PAGE 9 Alain C.

Gabriel, le fils de Frédéricke-Gabrielle Lampron.

Frédérike-Gabrielle Lampron Il s’appelait Gabriel Né le 24 avril 2000 à 17h10, j’ai prénommé mon fils Gabriel, avec son petit visage d’ange. Il était le premier de mes cinq enfants. Gabriel était un beau petit garçon blond aux cheveux bouclés et aux yeux bleus. Il était si fragile et pourtant si fort à la fois, car il s’est battu contre son corps toute sa vie. Voici son histoire. Alain C., « Prendre un enfant dans sa main », plomb sur papier, 2013.

Mes enfants : cinq chefsd’œuvre bien distincts trois-rivières, Qc Carole Bergeron Vous m’avez fait connaître la joie d’être mère. Votre naissance, si désirée, a provoqué en moi le désir de me parfaire pour qu’enfin rejaillisse la flamme de bonté dont je suis dotée. Avec mes forces et faiblesses, j’ai pris soin de vous, et ce, avec tout l’amour qui me venait spontanément. Puis, je vous ai perdus physiquement, par contre, je vous ai toujours portés en mon âme et conscience. Les regrets de ne plus avoir en mes bras chaleureux mes enfants m’ont peinée atrocement. Puis, j’ai été privée de votre sourire et de vos folies d’enfance; c’est pourquoi, je tiens à vous exprimer ce qui suit, car vous êtes, et pour toujours vous serez, la plus belle nature vivante qui puisse exister en ce monde. Mes enfants c’est : mon souhait, mon rêve, ma vision, mon choix, mon défi, mon plan, ma nation, mon règne, mes piliers, mon œuvre, mon prestige, mon identité, mon monde, mon parcours, mon panorama, mon patrimoine, ma descendance, mon origine, ma perfection absolue, ma valorisation, mon accomplissement, mon sens, ma philosophie, ma spiritualité, ma joie, mon dépassement, mon prolongement, mon combat, mon parti, mon ordre du jour, ma discipline, mon épanouissement, mon équilibre, mon essence, mon évolution, ma réalisation, ma passion, ma réussite, mon réseau,

l’infiniment petit, ma satisfaction, mon reflet, ma musique, mes accord s , mon orchest re, m a révélation, mon plus beau présent, ma victoire, mon abondance, ma vie, mon univers, ma stabilité, ma richesse, mon dépassement, ma constellation, ma vérité, ma création, mon tendre firmament azuré, mon bonheur, ma flamme à la noirceur, ma chair, ma récompense, mon crépuscule, ma consolation, ma source, mon sang, mon chemin, mon roman, mon rythme, mon relief, mon paysage, mes plus belles toiles, mes couleurs, ma récolte, ma nourriture, mon remède, mon oasis, mes yeux, mon objectif, mon phare, ma référence, mon pouls, ma nourriture, mon pain, ma vigne, mon jardin, ma sève, mon souffle, ma source, mon eau limpide et cristalline, mon rivage, mon encre, ma vitalité, ma lumière en vermeil, ma jeunesse éternelle, ma fierté, ma forteresse, mon foyer, ma fusion, mon continuum, ma succession, mon triomphe, ma plus importante série, mon score glorieux, ma route, mon savoir-faire, ma signature, ma conception, ma demeure, mon destin, mes diamants, mon don à la vie, mes contrastes, mon intense émoi, mon nid, mon niveau, ma lumière, mes pensées, mes fleurs, ma planète, mon poème, mon par f um . Mes pr i ntemps , ma jeunesse, la prunelle de mes yeux, ma raison, mes soleils, ma force, ma considérable empreinte, mes étoiles filantes, ma gloire, mon harmonie, mes héroïnes, mon idéal, mes héros, mon inspiration,

ma douce ivresse, ma soif de vivre, mon émerveillement, mon chemin, mon vaste laboratoire, mon lien essentiel, ma préoccupation, mes ramifications, ma puissance, mon combat, ma relève, mon réconfort. Mon d r apeau, m a dy n a st ie, mon fort, ma lutte, mes maîtres, mes admirables merveilles, ma concrétisation, mes mélodies rythmées la nuit, mon mérite bien accompli, la mesure de mon amour. Ma fam i l le est mon modèle indispensable, mon monde, ce doux murmure en mon cœur, ce mystère de la vie, nécessaire à ma survie, c’est mon histoire, c’est mes enfants et leur conjoint, c’est mes petitsenfants, c’est ma descendance. Ma famille est ma naissance en tant que mère, ma nécessité absolue, sans quoi… Je ferais naufrage...

À sa naissance, on disait que Gabriel était en pleine santé et pourtant… Dès le lendemain matin suivant sa naissance, Gabriel a cessé de respirer et il a fait un arrêt cardiaque. Les médecins le placent donc sur un moniteur d’apnée qui le suivra durant les douze premiers mois de sa vie. À ce moment-là, mon monde s’écroulait. Je désirais cet enfant depuis si longtemps mais mes grossesses se soldaient toutes par des fausses couches (6 en 3 ans). Voilà que je risquais maintenant de perdre mon fils puisque qu’il souffrait du syndrome de mort subite du nourrisson (S.M.S.N) et de problèmes cardiaques. Il sera sous moniteur cardio-respiratoire durant les douze premiers mois de sa vie. Il fera également plusieurs séjours à l’hôpital pour des problèmes de santé graves. Il n’avait même pas encore un an. Je me suis fait dire par plusieurs médecins et spécialistes que je m’inquiétais pour rien car tout était normal. Je me suis toujours fiée à mes intuitions. Je savais que Gabriel n’allait pas bien et j’avais très peur de le perdre. Gabriel a vécu sa vie intensément et rapidement. À six mois, il se tenait debout après les meubles, à huit mois il marchait Alain C. sans aide et à dix-huit mois il parlait comme un adulte. On comprenait très bien ce qu’il nous disait. Avril 2002, j’ai la grande joie d’avoir un deuxième fils que je

prénomme Guillaume-Mathieu. Mes deux fils s’entendaient comme larrons en foire. La vie était belle même si l’état de santé de Gabriel demeurait préoccupant. Ses séjours à l’hôpital étaient de plus en plus fréquents. Le 29 mai 2003, un autre bonheur s’ajoutait à la famille avec l’arrivée de ma première fille : Brithanya. Ce bonheur sera éphémère car le premier avril 2004, alors que j’étais enceinte de ma deuxième fille nommée Alyssia-Rebecca, on m’annonça que Gabriel allait nous quitter dans les deux prochaines années car il était atteint d’une tumeur au cerveau incurable (médulloblastome). C’est à ce moment que mon monde a volé en éclat. Après on a essayé de le sauver mais Gabriel nous a quitté le 10 novembre 2004 à 23h10 à l’âge de 4 ans et demi. Il n’a jamais connu sa sœur Alyssia-Rebecca (née le 3 février 2005) ni sa sœur MarieSoleil (née le 3 décembre 2005). Moi et chacun de mes enfants souffrons de cette perte mais il y a également une force en nous, une lumière qui ne s’éteindra jamais. Gabriel n’a pas eu le temps de connaître l’école, l’amitié, le grand amour mais il nous aura appris beaucoup de son départ. J’ai compris que personne ne nous appartient, surtout pas nos enfants. Il nous manquera toujours. Au revoir Gabriel. Ta mère ton frère et tes sœurs. : À la mémoire de Gabriel Duclos né le 24 avril 2000 décédé le 10 novembre 2004 à l’âge de 4 ans et demi ( je garderai toujours mon cœur de garçon de 4 ans).

A lain C . Alain C., « Tendresse », plomb sur papier, 2013.

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la galère

Journal de rue LA GALÈRE

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journallagalere.com John-Robert Bridges.

SANS REMORD Karine Beaudoin

Photographie par John-Robert Bridges.

Ma Famille Pour moi, ma famille n’a pas été la plus heureuse et unie comme elle l’est aujourd’hui. Shawinigan, QC Geneviève Ruel J’ai été élev ée dans une famille monoparentale, avec une mère qui avait fait de son mieux, qui m’aimait beaucoup, un père qui avait le droit, une fin de semaine sur deux, de prendre ses enfants mais qui, dans les faits, ne les prenait pas très souvent. Un père qui aurait dû aimer et protéger sa fille mais ne l’a pas fait, au contraire. Il a fait ce qu’un père ne doit pas faire, c’està-dire aimer autant sa fille que son

fils (mon frère). Mon frère adoré, Ruel Geneviève qui est plus jeune que moi et que j’ai pris pour acquis longtemps. Je les aime vraiment père, un ami, un énor mément ma Il a été et sera confident et mon mère et mon frère, toujours précieux et guide spirituel je ferais beaucoup important dans ma aujourd’hui. de choses pour eux. vie. Quand en 2006, j’ai appris que Il y aussi mes grands-parents mon grand-père avait le cancer du maternels et surtout mon grandcerveau, tout a basculé. J’ai trouvé père Fernand Ruel. Il a été et sera cela extrêmement difficile. Ça été toujours précieux et important les 9 semaines les plus difficiles dans ma vie. Il a été plus qu’un de ma vie. De l’avoir vu, sur son grand-papa, il a aussi été un

lit de mort, surtout quand c’est le premier qui est mourant dans ton entourage, c’est un choc très dur à encaisser. Il a fallu que j’accepte sa maladie et que je le laisse partir, ce qui a été un véritable supplice d’émotions. Mais il a été l’homme le plus fidèle, loyal, soucieux et attentionné à mon endroit. Celui en qui j’avais le plus confiance, mon pilier, ma base sur qui me reposer. Je l’aimais, je l’aime et je l’aimerai toute ma vie. Le 8 octobre dernier, ça a fait 7 ans qu’il est parti, mais avant de partir il m’a donné un conseil que je n’ai pas compris sur le coup. Ce n’est que 4 ans et demi plus tard que j’ai compris et que j’ai fait mon deuil. Il m’a dit « Aidetoi, prends soin de toi et les choses vont bouger ». Alors assurément, la famille est vraiment importante pour moi.

Se sentir rejetée... Ce soir là, je parle à mon fils au téléphone. Je sais qu’il doit aller chez mon frère, mais il m’apprend que son oncle va se marier. Shawinigan, QC Violette en voiturette Je vous avoue que cela m’a fait beaucoup de peine, je me suis senti rejetée de ne pas avoir été invitée. Oui, j’ai fait des erreurs mais on m’a dit de pardonner dans la vie. Mon frère, je l’aime et je vous avoue qu’il me manque énormément. Je suis jalouse de lui car il voit mon fils plus souvent que moi. Je vis beaucoup de colère et de frustration,

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mais quand je regarde la photo de mon fils, je me rends compte qu’il mérite d’avoir une famille épanouie. Pourquoi ne pas lette f a i r e l a p a i x ? Vio J’aimerais tellement qu’on se reparle, qu’on vive des moments heureux et de bonheur en famille. Je vis beaucoup de rejet. Est-ce que c’est parce que j’ai été trop honnête au fil des années ? J’espère que cette chicane finira un jour parce que j’ai l’impression que mon fils est pogné entre les deux et cela me fait

Agathe Beucher

Cœur et tête Remplis de rêves, de passions D’idées à développer Choses à vouloir découvrir Tranquillement dispersées Au fil du temps passé Soit par choix ou soit par manque de temps Soit pour une carcasse À qui on n’a pas su la respecter Respecter ses limites pour mieux conserver Cette carcasse qui ne veut plus fonctionner Mais le plus dure C’est de se faire à l’idée qu’on est passé à côté Soit par manque de temps Soit par choix Soit qu’on n’a plus les capacités Le fait d’accepter de faire ou d’avoir fait les mauvais choix De ne pas s’être écouté Sans l’écoute de notre cœur Viennent les remords et les regrets Pour moi, le remord, c’est mon pire cauchemar C’est au moment où j’ai réellement frôlé la mort que j’ai compris cette phrase : Parler avec son cœur Et c’est à partir de cette journée que j’ai agi en fonction de ce qu’il me dictait Mon cœur ne ment jamais Je sais que la solution se trouve avec celui-ci Ce n’est peut-être pas la meilleure de toutes Mais à ce moment-là Avec la situation de ce jour C’était ce qu’il y avait de mieux à faire Alors le jour où j’aurai à quitter cette vie Qui nous est prêtée Au lieu de partir le cœur gros Moi j’aurai une larme mêlée de tristesse de vous quitter Mais aussi cette larme sera de joie de m’avoir écoutée Et le cœur léger Alors je sourirai en pensant à quel point je vous ai aimés N’oubliez jamais que la meilleure solution et la seule vérité, c’est votre cœur qui le détient Il suffit de l’écouter

beaucoup de peine. P o u r moi, la famille est ma va leur la plus

Je vous aime Dereck, Tristan, Jacob, Mano et toi mon amoureux Kevin

importante et c’est cel le qui me manque énormément ! Je t’aime mon frère et je te pardonne ! Ta sœur Jenny Illustration par Agathe Beucher

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> SUITE de la page 1 : Évrard

La grande, grande famille… alors, qu’au fil du temps, nous nous soyons accordés le droit de développer des préjugés juste en fonction de la teinte de l’épiderme ? Nous nous sommes même permis d’étiqueter des êtres humains, différents de nous, comme des êtres moins intelligents, juste bons à nous servir ou, tout simplement indignes de nous côtoyer. Nous en sommes venus également à classer la femme dans une catégorie inférieure à l’homme. C’est quoi la patente ? Est-ce parce qu’elles ont plus de coeur que nous, les hommes ? Est-ce que cela nous fait peur ? Ce sont particulièrement les religions qui sont responsables de cet état de fait, bien qu’elles prétendent nous enseigner l’amour, l’harmonie, le respect de l’autre. Je comprends bien que notre mère la terre puisse perdre patience face à ses enfants. Elle a pourtant tenté, au fil des décennies, de nous

donner des petites tapes sur l’épaule afin d’attirer notre attention. Mais, aujourd’hui, exaspérée, elle a choisi la technique du deux par quatre dans le front : tsunamis, tremblements de terre, volcans en éruption, inondations, ouragans, tornades, etc. Mais… Il semble que nous n’avons pas encore compris. Que nous faut-il de plus pour acquérir un peu plus de sagesse ? Pourtant, nous n’avons aucun problème à établir des liens d’affection avec des êtres totalement différents de nous : chien, chat, p er r uche , s er p ent et même tarentule. Il est vrai que ces derniers ne parlent pas. Mais nous avons quand même des préjugés face à des gens de races différentes qui ne nous ont pourtant jamais adressé la parole. Je regardais l’autre jour, une vidéo à la télévision qui nous montrait un homme dans un autobus à Montréal

Vivre le moment présent Violette à bicyclette

Zone Urbaine

Photographie par Zone Urbaine.

qui invectivait v ulgairement une dame voilée dans une autre rangée. C’est quoi cette haine démesurée envers des gens qui ne nous ont pourtant absolument rien fait… sinon qu’ils ont une légère différence ? Si nous étions en train de mourir et qu’une femme musulmane tentait de nous porter assistance, la repousserions-nous ? Non ! Bizarre quand même… Arrêtons-nous un instant pour vérifier la valeur réelle de nos préjugés. Posons-nous sincèrement la question : sont-ils vraiment fondés ? Est-ce que nous nous sentirions bien si nous ressentions l’émotion que ces gens vivent face à nos invectives et nos rejets à leur égard ? Sommes-nous conscients que les énergies négatives que nous

émettons ont un effet aussi nocif sur les énergies terrestres que les gaz à effet de serre ? Pourquoi ne pa s tenter une expérience : une fois par jour, lorsque nous rencontrerons une personne d’une autre race, sourionslui ou disons-lui bonjour. Vous seriez surpris du bien-être intérieur que cela vous fera, sans oublier celui que l’autre ressentira. Il n’est nul besoin d’une charte des valeurs, ni d’un office religieux pour être en mesure d’aimer son prochain. Le plus beau cadeau que nous pourrions nous faire à nous-mêmes, ce serait de nous libérer de tous nos faux préjugés. N’oublions jamais que la différence est une richesse.

Spiritualité Religion et spiritualité Toute une différence selon moé Peu importe ce que tu crées C’est sûrement ça qui va t’sauver

e vie

Sauver de c’t’enfer sans pitié Rêver d’un paradis oublié S’il faut gagner sa vie damnée C’est parce que tu l’as pas mérité

LA FAMILLE… Violette en voiturette

MAIS QUELLE BELLE VALEUR À MES YEUX?

, Jacob,

Les nobles valeurs d’antan Christiane

fardoche

e dictait

ution et e détient

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Que sont devenues toutes nos valeurs traditionnelles ? Par exemple, commençons par la plus grande et, je crois, la plus importante  : le respect de l’être humain. La deuxième valeur est l’honneur et la troisième est ma préférée, car les trois vont ensemble, c’est la loyauté ! Mon père m’a montré, à moi sa petite fille, dès l’âge de cinq ans, qu’il ne fallait pas perdre ses valeurs, quelle que soit la raison : « Ces trois valeurs traditionnelles amérindiennes, me dit-il, sont très importantes. Ce sont les bases et les échelles que tu auras à grimper tout le long de ta vie, ma puce ». Aujourd’hui je suis une orpheline et je comprends mieux, car je suis rendue à 52 ans. Et grâce à ce que mon père « Ben » m’a montré. Je sais choisir le bon code ! Et je m’aperçois que beaucoup d’êtres humains s’en foutent royalement ! J’essaie de ne pas juger, peu importe mes raisons, ces gens ne regardent même pas un sourire venant d’une dame âgée ou la peine d’un homme triste, ni même un petit enfant laissé à luimême par le rejet et l’indifférence de ses propres parents ou de ses frères et sœurs ! Quelles blessures, croyezvous, que tous ces êtres humains mis de côté volontairement subiront toute leur vie ? Moi je vous le dis, c’est de la cruauté psychologique et mentale… Je me suis toujours dit que ces valeurs sont fondamentales, elles sont les bases d’une société. Chers/ères lecteurs/trices et fidèle clientèle du journal, je vous remercie de prendre le temps de lire mes textes.

Fardoche

Agir selon ses valeurs bien ancrées Selon moé c’est la vérité En harmonie avec tes actions Selon moé c’est la solution Zone Urbaine

Bouddha, Jésus et Yahvé C’est tous pareils selon moé Des personnages inventés Par les gens qui ont l’bénédicité Pourtant c’est bon d’prier Au mieux de méditer Aux anges gardiens jurés Protégés pour l’éternité Des fois j’aime mieux blasphémer Encore mieux me rebeller De cet univers sans pitié Comme un marginal renié Souvent fauché, toujours guerrier Un marteau ensanglanté Toute violence bien placée A pourtant sa place selon moé Si vous faites le bien Faites-le bien mal Pour éviter le carcéral Parmi ces chacals

Photographie par

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Zone Urbaine.

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Journal la galère

journal rue la galère

Mémoire d’un parent récalcitrant Peeter Killen O.

Le Canada et le Québec parental et politique coulent en flammes au milieu du fleuve St- Laurent et du lac Léman pendant que je descends au fond des choses. trois-rivières, Qc Peter Killen O. E nc a i s sé da n s m e s phrases, je glisse, fantôme, dans les eaux névrosées de mon propre fleuve intérieur et je découvre dans ma dérive le dessous des surfaces et l’image renversée du Bouclier canadien, para-asocial et de leurs politiques canadienne et provinciale de l’enfance et des humains qui forment ce si beau pays, si cher à nos yeux.

que la D.P.J couvre et protège illégalement. Au vu et au su de tous. Or donc, que ma guérilla reprenne. Trois charmantes fillettes qui sont ma vie et mon âme et à qui j’ai promis que papa gagnera ce combat-là... Or donc, j’écris de ce bureau qui portent mes pas silencieux pour combler mes observations par la grille imaginaire qui marque la frontière entre leur nouveau conquérant à pied de cheval entre l’imprévisible et l’enfermé.

Disons qu’entre l’anniversaire de la révolution parentale, canadienne, et la date de mon Nulle distraction ne peut donc procès à venir, j’ai le Trois charmantes temps de divaguer fillettes qui sont ma s e s ub s t it u er à l’horloger ie de en paix, de déplier vie et mon âme... mon obsession, ni avec minutie mes me faire dévier de c a h ier s et mon livre inédit et d’étaler sous vos yeux ce parcours écrit. Au fond, un seul de lecteurs, de collaborateurs, de problème me préoccupe vraiment, supporteurs, sur ce papier, les motsc’est de quelle façon dois-je m’y prendre pour leur annoncer que clés qui ne me libèreront pas… nous sommes en guerre, la vraie, à la vie à la mort, celle qui fait que c’est J’écris auprès d’une fenêtre ouverte sur le monde à la Galère de Point de fini entre-nous, le gouvernement québécois et canadien et tous les Rue, à Trois-Rivières, obligé d’un retour dans mon patelin, avec le citoyens de ce pays, qui suivront les regard d’un guerrier de la lumière, traces d’un parent récalcitrant. pour remplir mes rôles parentaux et sociaux tel que promis il y a six ans. Cela se complique du fait que le parent récalcitrant rêve de faire J’ai dû faire un sacrifice pour revenir, original dans une guérilla, et dans soit laisser derrière moi la femme un genre qui comporte un grand nombre de règles et de lois non que j’aime, voulant la protéger de tout ceci, et surtout de tout ce qui écrites. va suivre : la guérilla pour reprendre mes droits parentaux. L’humble auteur de ce cahier de mémoire se doit, ici, au nom de ce qui est de la vérité, vous Ma promesse faite va c o m m u n i q u e r, d e m a n i è r e irrémédiablement et réellement se produire, de par ma révolution de symbolique et partager, dans le sens père bâillonné par la D.P.J., sans du bien commun, toute l’essence de voix, qui elle, demeurera durant ma l’expérience entamée, il y a six ans. vie entière immuable et assassine, puisque promise à des enfants... mes Dans un simple dessein filles par surcroît. Pour les sauver d’avancement intelligent, collectif des griffes de la D.P.J et d’une et communautaire, pour tenter de mère irresponsable et immature porter à l’attention de tout intéressé,

Peeter Killen O., encre sur papier ligné, 2013.

de tout parent ou de tout citoyen canadien, l’intensité avec laquelle cette déportation parentale et para-asociale est revenue pour les illuminer. Le parent récalcitrant est revenu leur rendre leur justice, en fin stratège tortionnaire, avec un plan qui va conduire notre pays à une des plus merveilleuses embardées humaines. Soit de leur permettre à leur tour d’aller seules au bagne, se réconcilier avec leurs démons intérieurs et, enfin, pour la première fois de leur pathétique histoire para-politique et sociale, embrasser la vie… et être en contact avec ce qui est vivant ! Car l’auteur a su comment entendre et écouter sa propre voix, mais surtout réellement apprendre à danser avec les loups... et se questionner à propos de sa mission à accomplir, dans ce voyage qui a débuté le 26 mai 2008 et qui perdurera durant le reste de son existence, ainsi qu’à celles de ses trois fillettes... Cette déclaration écrite au sens de la loi sera partie intégrante d’un

mémoire sur un résumé moral et philosophique du regard que j’ai jeté et surtout investi sur la nature intrinsèque de la police de l’enfance et de la gouvernance canadienne quelle quel soit.

La MARCHE On marche, tout le monde marche. Des fois, on se pique mais ce n’est jamais vraiment en marchant… trois-rivières, Qc L’Elfe Des fois, on r êve qu’on marche pis on s’réveille, pis c’est la réalité : on a l’air handicapé, mais on l’est pas vraiment, pis toutes nos dents sont cariées ! Mais on était peut-être nés sans dent, mais on a appris quand même à mordre… On survit parce qu’on rêve. On est quand même vraiment chanceux.

Pis on marche en osti ! Pis à tous les matins, c’est ça ! Se lever, continuer malgré n’importe quoi, pis ne pas se juger trop mal face aux regards des autres… J’pense sincèrement que c’est possible de s’assumer… Pis c’est sûre que ça, je l’ai ! Pis ce n’est pas tout le monde qui a ça, même si y’en qui rêvent la nuit ! Je suis rendue avec deux cornes ! Des fois, je pote tellement que j’aimerais mieux être morte mais je suis tellement contente d’être là… C’est incommensurable, ah, ah, ah ! Je vais tâcher ! Pis j’trouve pas ça facile pantoute. Aide-moi… Peeter Killen O.

À mon fils Le 8 juillet 2003 en aprèsmidi, après une césarienne d’urgence, est né mon fils. trois-rivières, Qc Maman l’Elfe La première fois que je l’ai tenu dans mes bras, j’ai su tout de suite que ma vie changerait à jamais. Désormais, un petit être humain était lié à moi par un fil mystérieux et indescriptible. Je venais de donner la vie à mon petit trésor et je devais l’aider à grandir dans ce monde bizarre et sauvage qui avait sculpté ma vie jusqu’à ce jour. Dix ans déjà et ça a passé tellement vite ! Je ne sais pas ce qu’il pensera de sa mère quand il deviendra un

L’Elfe

mais rien ni personne ne pourra changer le fait que je suis ta mère. Tu es la prunelle de mes yeux et grâce à ta présence, je garde espoir et je marcherai la tête haute pour que tu n’aies jamais peur. Je t’aime mon coco.

homme à son tour. Aurais-je été à la hauteur ? Là est la grande question. J’ose espérer, mon fils, que les valeurs qui m’ont été transmises et que j’ai retenues, tu les retiendras et les appliqueras plus tard. Loin de la perfection, je t’aime de tout mon cœur, mon ti-homme. Nous sommes séparés pour le moment, r Peeter Killen O., encre sur papie

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ligné, 2013.

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enfance et famille

Merveilleux 15e siècle !

On ne se rend pas toujours compte à quel point... passe a ’ç u q t fau Quand

trois-rivières, Qc Denis Marcotte On ne se rend pas toujours compte à quel point certaines habitudes, coutumes où expressions peuvent venir de loin et des situations les plus inattendues. J’en veux pour preuve les faits qui suivent, issus du 15e siècle de l’Europe médiévale. Vous verrez qu’il a été plus facile de nous sortir du Moyen-Âge que de sortir le Moyen-Âge de nous. Avec l’arrivée du printemps venait le moment du bain annuel pour toute la maisonnée. On emplissait un tonneau d’eau dans lequel prenait place l’homme de la maison en premier. Suivaient ensuite ses fils et les autres hommes attachés à la demeure : apprentis, employés, etc. Venait ensuite le tour des femmes et des filles de la maison. Notons au passage qu’entre le premier et le dernier bain, on ne changeait pas l’eau, qui devenait de plus en plus trouble et odoriférante ! En dernier lieu, on donnait le bain au bébé avant de jeter l’eau. Celle-ci était si opaque qu’on criait, moins à la blague que sérieusement : Attention de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ! On se mariait en juin à cette époque, ce qui permettait de maximiser les chances d’une naissance en été plutôt qu’en hiver. Or, le dernier et unique bain de l’année commençait à se faire sentir, si vous voyez ce que je veux dire… Comme on n’avait pas les moyens de se procurer des parfums et des eaux de toilette, on se munissait d’un bouquet de fleurs pour masquer les odeurs corporelles. D’où la coutume moderne pour la mariée de tenir à la main un bouquet de fleurs. À cette époque, la plupart des gens en campagne vivait dans une chaumière, maison qui tirait son nom du toit constitué de foin coupé, le chaume. Les chiens et les chats avaient l’habitude de s’y blottir pour y dormir confortablement, bien au chaud. Or, les jours de pluie, le chaume devenait glissant et les animaux domestiques tombaient du toit. De là vient l’expression Il pleut des chiens et des chats. Et comme ils tombaient aussi dans la maison en passant au travers du toit, et que l’on voulait éviter que les draps des lits n’en fussent salis, on inventa le lit à baldaquin. À propos, savez-vous d’où vient l’expression sale pauvre ? C’est fort simple. À cette époque toujours, il y avait les pauvres et les sales pauvres. La différence tenait dans le fait de pouvoir ou non acheter le savon nécessaire pour laver les planchers. Ceux qui en avaient les moyens étaient des pauvres, les

L’Elfe

Denis Marcotte

autres des sales pauvres. Incidemment, quelqu’un de prospère pouvait acheter des produits du porc pour la table, dont le fameux et très recherché bacon, passant pour aisé, voire riche, d’où l’expression : Ramener le bacon à la maison. Parlant de table, parlons de vaisselle. Les pauvres se servaient d’écuelles en bois ou en terre cuite, les riches de vaisselle en étain. Or, le contact d’une nourriture acide avec l’étain provoquait une réaction chimique qui rendait la nourriture toxique, chose que l’on ignorait au 15e siècle. C’est pourquoi la tomate fut injustement considérée pendant 400 ans comme un fruit empoisonné. Incidemment, les coupes étaient aussi en étain et l’alcool provoquait le même problème, rendant la bière et le vin toxiques. Les buveurs étaient sujets aux étourdissements et aux pertes de conscience. On les étendait alors sur la table en attendant de voir s’ils allaient ou non se réveiller. De là nous vient la coutume de la veillée du corps. Mais on constata au fil du temps, en déménageant des sépultures, que certains défunts - quelle horreur ! - avaient gratté leur cercueil pour en sortir après leur inhumation. Afin d’éviter que pareille chose ne se reproduise, on prit l’habitude d’attacher une corde au poignet du mort, de la relier à une cloche et de placer un gardien dans le cimetière pour guetter le tintement qui préviendrait les gens de leur erreur. D’où l’expression : Sauvé par la cloche ! Et voilà pour ces quelques morceaux choisis de notre lointain et pourtant si près 15e siècle. Dès le présent numéro de La Galère, je vous invite à guetter les chroniques Saviez-vous que ? qui feront pour vous la lumière sur certaines expressions que nous utilisons couramment sans même nous demander d’où elles viennent. Je vous prie de me croire que vous allez vous amuser !

> SUITE de la page 1 : dupont gagne très bien sa vie. Comme je le répète souvent, ça ne peut pas toujours aller mal dans la vie. Tout finit par s’arranger quand on le croit très fort dans notre cœur. Mais toutes les histoires ne se terminent pas comme celle que je viens de vous conter. Je peux vous le garantir. Si je vous parle de ma propre enfance et de ma famille, l’histoire sera très différente. Je suis le dernier de cinq enfants. J’ai un frère plus vieux que moi que je n’ai pas vu depuis au moins quinze ans. Ma sœur la plus vieille, je ne l’ai pas fréquentée depuis deux ans. Mes deux autres sœurs je les vois à l’occasion, une que je vais visiter chez elle de temps en temps, l’autre que je croise sur la rue quelquefois. Mon père a été placé dans une maison pour malade parce qu’il était très malade. Ma mère était sourde et très malade aussi, et ce, durant la plus grande partie de sa vie.

Myriam Bellavance, huile sur

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J’ai dû prendre soin de ma mère de l’âge de 15 ans à l’âge de 28 ans. Je ne pouvais pas recevoir de la visite à la maison et je ne pouvais pas sortir non plus, à moins de trouver quelqu’un pour me remplacer auprès de ma mère. Donc, je n’ai pas vraiment eu de vie sociale d’adolescent et de jeune adulte normale. Je n’étais pas comme tous les enfants de mon âge. J’ai donc dû apprendre à me débrouiller dès mon très jeune âge. Je sais dans mon cœur que j’ai manqué énormément d ’é d u c a t i o n , d e t e n d r e s s e , d’affection et beaucoup d’amour. Quelquefois, je suis très maladroit avec les gens, surtout avec le sexe féminin. Et cela me cause de petits ennuis qui, heureusement, finissent bien, à quelques rares exceptions.

contact direct avec tous les membres de ma famille. Je trouve cela vraiment dommage, car moi je l’aime encore. Je remercie ma sœur la plus vieille, car elle a pris soin de nos autres sœurs et de notre frère pendant plusieurs années, surtout pendant que ma mère était très malade. Cette dernière est décédée le 15 octobre 2000. Je pourrais en écrire encore davantage sur ma famille mais je vais terminer sur cette note, parce que cela me rappelle trop de souvenirs que je veux oublier.

En terminant, je veux vous dire : ne vous fiez pas toujours à ce que vous voyez sur les visages des gens. Quelquefois, cela peut cacher une vie triste et malheureuse. Je souhaite à la jeunesse d’aujourd’hui d’avoir Aujourd’hui je considère que je une famille heureuse et de donner n’ai plus de famille. J’ai perdu tout beaucoup, beaucoup, beaucoup de tendresse, d’écoute et Myriam Bellavance surtout d’amour aux personnes qui leur sont chères.

toile, 2012.

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communautaire

Journal de rue LA GALÈRE

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John-Robert Bridges

rendez-vous pour venir chercher vos lunettes. Cela prend environ deux semaines. À votre prochaine visite, c’est le temps pour Simon de faire les ajustements techniques nécessaires et de vérifier avec vous la qualité visuelle de vos lunettes. S’il y a quoi que ce soit ou des questions que vous voulez poser, vous aurez toujours la réponse la plus adéquate possible.

Photographie par John-Robert Bridges, 2013.

Dans le communautaire C’est à mon tour d’écrire sur un sujet primordial à mes yeux. Voir le monde. N-B : Niki a généreusement remis son cachet de journaliste au journal de rue La Galère. Merci ! trois-rivières, Qc Niki Janvier Je fais ce jeu de mots volontaire pour vous présenter quelqu’un qui a une v i sion différente maintenant de son métier qui est devenu « sa mission ». Simon Dufour : « le marchand de lunettes ». Membre de l’Ordre des opticiens d’ordonnance, il a débuté en 2005 dans des lunetteries traditionnelles, donc il a déjà beaucoup d’années d’expérience dans son bagage de vie professionnelle.

Un de ses amis à Montréal qui, en passant, a été le premier opticien « communautaire », concept qui est le seul en Amérique du Nord et, en plus, c’est au Québec que ça se passe, lui a fait part qu’il avait besoin d’aide. Simon a passé une journée avec lui et il a su à ce moment ce qu’il voulait vraiment faire : travailler pour la communauté. Un autre événement a confirmé son désir profond. Après un voyage en Amérique latine en 2008, où il a côtoyé l’environnement et regardé les gens vivre et a surtout ressentis ur Simon Dufo leur misère, il en est revenu avec la ferme conviction d’offrir à tous l’essentiel à la vie : des lunettes de qualité et ce, à prix abordable. De son métier, il en a fait une entreprise d’économie sociale. Alors avec conjointe et enfants, il a décidé d’a l ler s’ét abl i r à Québec pour offrir le même type de service communautaire de lunettes qu’il a connu à Montréal. Depuis août 2012, il est solidement ancré, car les organismes communautaires lui ont ouvert grand

les bras. Le besoin était tellement évident. Depuis ce temps, Simon, avec son horaire fixe et bien établi, r Nik i Janvie parcours sa « run », comme il l’appelle, avec deux grandes valises compartimentées contenant un d’aide financière choix de plus de 200 montures, qu’il pour des lunettes. C’est tout ce que inventorie aux 3 mois et renouvelle le marchand de lunettes a besoin, car au besoin pour rester au goût des il s’occupe du reste. Il n’y a aucune gens et de l’actualité des looks. Son discrimination. Tout le monde est sac bandoulière contient son accepté : les étudiants, ceux bureau : papiers et outils qui reçoivent de l’aide nécessaires à son bon sociale, de l’assurancef onc t ion nem ent , emploi, les familles à La façon de et sur tout son dialoguer… Chialer faible revenu et tous professionnalisme ceux et celles qui de pleine voix à désirent avoir des et son humanité. pleins poumons ! lunettes sans grande Der nièrement i l a marque « fashion », et ce à juste prix. Vous entendu les besoins criant n’avez qu’à vous présenter à Trois-Rivières, car depuis à l’un des deux endroits ci-dessus septembre 2013, tous les premiers et mentionnés. Simon vous attend troisièmes lundis du mois, il vient et va s’occuper de vous. Il prend ici chez nous, soit le lundi matin, le temps de vous recevoir, vérifie de 10h00 à midi au Bon Citoyen (45, rue Fusey, secteur Cap-devotre prescription, discute avec vous la-Madeleine, tél : 819-693-5581) de vos besoins et vous propose des et l’après-midi de 13h00 à 15h30 montures qui pourraient s’adapter à chez Comsep, situé au 1060, rue votre visage et votre personnalité, St-François-Xavier (tél : 819-378en tenant compte aussi du look que 6963). Étant un opticien, Simon vous rechercher. Vous avez même la peut tout faire sauf les examens de possibilité d’apporter votre propre la vue. Alors vous n’avez qu’à aller monture, et il fera tout le nécessaire chez un optométriste pour obtenir pour combler vos attentes. Avec Simon il n’y a que des solutions, votre prescription complète. Aussi, pour les personnes qui reçoivent tout est possible et faisable. de l’aide gouvernementale (aide sociale), vous n’avez qu’à faire une Après que tout soit bien vérifié et demande pour avoir un formulaire réglé, il vous donne votre prochain

La question du prix varie selon le type de prescription, comme la myopie, presby t ie, ver res progressifs (communément appelés foyers), astigmatisme, strabisme et besoins spéciaux inscrits sur votre prescription. Il y a aussi les options choisies telles verre antireflet, antiéraflure, semi-teinté ou teinté, etc. Je vous le dis, Simon le marchand de lunettes peut tout faire, car il est un opticien professionnel, mais qui s’implique dans le communautaire. Il défend le principe qu’il n’existe que des solutions applicables à tout. Et pour les familles qui reçoivent de l’aide sociale, les en fants peuvent bénéficier de la gratuité. Simon s’engage aussi à redonner, pour chaque paire de lunettes vendue, un montant directement aux organismes qui lui permettent de collaborer avec les gens qui viennent le voir pour ce service si apprécié. Vous partez ainsi rassurés de recevoir une garantie écrite sur votre reçu de lunettes, si quoi que ce soit arrive comme un besoin de réajustement, une petite réparation, un bris, etc. Simon le marchand de lunettes n’a pas de secret magique. Il offre un modèle d’économie sociale basé plutôt sur le NOUS de la communauté que sur le JE de sa propre richesse personnelle. Des lunettes abordables pour tous ! Luimême le dit : « Voici le cercle que j’essaie de créer, basé principalement sur la confiance, la solidarité et l’entraide ». Voyons-y ensemble. Pour les horai res , beaucoup d’informations et des liens utiles, voici l’adresse de son site Internet: www.lemarchanddelunettes.org Sa page Facebook : www.facebook. com/marchanddelunettes Là où il donne régulièrement des nouvelles et pour certains petits changements. Aussi les gens peuvent y laisser des commentaires et suggestions, ce qui encourage beaucoup Simon. Son numéro de téléphone est le 1-581-983-3883 pour lui parler directement ou laisser un message. Simon Dufour le marchand de lunettes retourne toujours tous les appels dans des délais appropriés. Je vous remercie de m’avoir lue.

tes.

de lunet Simon Dufour, le marchand

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Texte posthume

L’abus des personnes aînés du Québec A h ! Que pourrions-nous dire sur les personnes aînées aujourd’hui en 2013. Tout et rien ! Richard le Gaspésien Le tout est que le problème existe vraiment et est d’une réalité déplorable et inhumaine. Nous avons un problème de société, d’institution et de gouvernement à l’égard du traitement que nous réservons aux personnes aînées. Trop souvent, elles sont exploitées par l’argent, avarice du pouvoir, dom i né e s pa r u ne jeu ne s s e trop souvent désintéressée des personnes vulnérables, sans défense physiquement et moralement, contrôlées par nos services sociaux. On peut dire, sois beau et tais-toi ! Je rapporte l’article écrit dans l’Écho de Trois-Rivières du 12 juin 2013 en page 25 : il y a entre 1900 et 3300 abus envers les personnes aînées, dépourvues de défense, uniquement en Mauricie. C’est donc là la pointe de l’iceberg !!! Seigneur Dieu ! Si la pointe de l’iceberg est en Mauricie, je dirais qu’au Québec, c’est le pôle Nord, le glacier au complet ! Quels traitements réserve-t-on à ces pauvres gens délaissés qui n’ont accès à aucun soutien moral, technique et personnel de qualité, offert par des personnes qualifiées et formées ? Il me semble que la formation pour devenir préposé aux bénéficiaires est trop facilement accessible. On ouvre les portes à n’importe qui ! Mais ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir la sensibilité nécessaire pour s’occuper des personnes aînées. Il faut faire preuve d’altruisme, se mettre dans la peau du bénéficiaire pour comprendre ce qu’il vit : quel est son revenu annuel, son état de santé, son trouble physique, psychologique, émot ion nel , com ment v it-i l l’abandon de la part de sa famille ? Moi-même j’ai vécu deux cas particuliers d’abandon et d’abus des personnes âgées. Le premier c’est ma grand-mère Gelais, après la mort de mon grand-père François. Un de ces garçons s’est mis à la talonner en lui disant : « Nous allons venir avec toi, grand-mère, et nous allons t’aider à surmonter cette épreuve du deuil. Tu n’as qu’à transférer la maison familiale à mon nom et nous aménagerons avec toi ». Miracle ! Le ciel enleva la noirceur dans sa tête, car elle était parfaitement autonome et lucide. Hélas, ce miracle ne dura pas longtemps. Selon mon oncle, ma grand-mère devait être placée dans un foyer d’accueil. « Au bout du compte, lui dit-il, tu seras mieux là-bas ». Grand-mère fut désormais laissée à elle-même. Dieu merci, ce foyer avait une bonne réputation et était situé à Matane sur le bord de la rivière à saumons. À chaque dimanche, j’allais voir ma grandmère pour qu’elle me raconte des

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histoires d’autrefois. Ma grandmère a dû vivre jusqu’à 86 ans. L’oncle qui avait fait son coup sur elle, allait rarement la voir. Il commença même à dire qu’elle était mieux maintenant qu’avant ! Lorsque je quittais ma grand-mère, elle me prenait par les mains et me disait, les yeux grands ouverts : « Mon beau Richard, que ta belle jeunesse te fait bien, raconte-moi comment va le reste du monde ». Ma grand-mère restait souvent dehors sur sa galerie avec grand-père pour se bercer quand la température le permettait. Plus maintenant… S’il y a entre 1900 et 3300 cas en Mauricie, peut-on penser qu’il y a entre 190 000 à 300 000 cas de personnes aînées abusées dans l’ensemble du Québec ? Sans compter que les institutions privées sont moins contrôlées par les inspecteurs de la santé… Je me questionne. Nous savons qu’un très grand nombre de plaintes tombent dans le néant, sans compter ceux qui se taisent et subissent l’injustice dans le silence. Nous prenons plus soin de nos vaches et de nos cochons que des personnes aînées. L’horreur faite aux animaux est dénoncée à la télévision, dans les journaux et à la radio, par la SPA, tandis que les aînés n’ont pas plus qu’une petite manchette du journal l’Écho… Allons-nous être obligés de demander à la SPA de prendre le contrôle de nos petits vieux ? Comme citoyens, nous avons le devoir de n’accepter aucun pardon pour des gens peu scrupuleux qui abusent, violentent ou intimident les personnes aînées. Il faut se poser des questions. Moi, quand j’aurai le même âge, où vais-je mettre les pieds pour finir ma vie ? Fidèle à moi-même, mettons un peu d’humour dans cette noirceur. Dans 20, 40 ou 50 ans, quand des petits robots prendront soin de nous, ils nous mettront dans la laveuse et la sécheuse pour la propreté, nous mangerons une pilule 3 fois par jour et ils nous corderont l’un par-dessus l’autre. Nous pourrons dire que nous avons fait un grand pas pour éliminer la rapace d’humains. Tant que le petit robot ne se détractera pas, nous serons en mesure de dire : la machine tourne pas rond… Malheureusement, le problème est aussi mondial. Quelle horreur ! Nous tuons nos jeunes dans des guerres, à leur faire subir la vérité d’aujourd’hui… Selon moi, il en sera toujours ainsi dans le futur avec des gens de mauvaise foi. L’histoire parle d’elle-même. Nos techniques médicales ne cherchent qu’à combler le vieillissement de nous-mêmes.

richard gaspésien Patrick Boulay

Gaspés R ichard le

ien

Dieu merci, Dieu est vieux, St-Pierre est vieux, Jésus était plus jeune et a subi un mauvais traitement de la part de ses semblables. L’histoire parle d’ellemême. À l’époque de Jérusalem, il n’y avait pas les droits d’aujourd’hui ! Hélas, pauvre humanité! Faites-vous greffer une tête neuve aux 10 ans, vous pourrez ainsi rester jeune, à l’abri des rats de la persécution. Merci à la Galère de publier mes dires, à bientôt, les futurs petits vieux !

Patrick Boulay, crayons de bois sur papier, 2013.

u Patrick Bo

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On n’attrape pas le VIH/Sida en serrant la main d’une personne séropositive

R E S S A P S E T E FA I G A SS

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EXCLURE C’EST LE SIDA QU’IL FAUT EXCLURE,

PAS LES SÉROPOSITIFS 1er DÉCEMBRE JOURNÉE MONDIALE DE LUTTE CONTRE LE SIDA www.sidactionmauricie.ca 819-374-5740

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la famille

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Photographie par John-Robert Bridges, 2013.

Les familles d’hier à aujourd’hui Nos arrières-grands-parents...

Viggo

L’adolescent quittait la maison maison, mais la vie coûte plus et le plus jeune allait à l’école car cher qu’avant. Alors nos enfants papa et m a m a n sont encore plus devaient travailler. dysfonctionnels Pourquoi y a-t-il Quand la journée que nos parents plus de violence quand nous dans la vie ...? trois-rivières, QC Cindy Leblanc étions petits. finissait, la maison Le plus vieu x était à l’envers et Demandons-nous pourquoi y a-t-il plus de violence dans la aidait le plus jeune, les les repas n’étaient familles comptant 10 à pas préparés. En vie d’aujourd’hui qu’il y en avait revanche, au 20 enfants, pendant que avant ? Tout cela est causé par le domicile, seule tout le monde mettait la manque d’affection et la réalité main à la pâte. Pendant la maman faisait des familles séparées. Nos arrières ce temps, papa faisait les la nourriture, le grands-parents étaient ensemble, champs et les tâches de la ménage et les nos grands-parents étaient mariés, nc la eb ferme avec les garçons. autres tâches… nos parents étaient mariés puis L y d in C divorcés et nous, nous sommes lorsqu’elle avait à peine à côté. Que deviendront Q u a nd no s g r a nd s le temps. nos enfants dans les générations parents étaient petits, la futures, si on n’arrête pas ce famille était pleinement réunie. Les Maintenant que nous avons grandi, adolescents élevaient les plus jeunes on donne naissance à un, deux, système rempli de stress ? trois enfants dans cette société de de la famille de 5 à 10 enfants, car stress et d’anxiété. Ceci est dû au papa devait travailler pendant que rendement que la vie incombe… maman s’occupait des repas et du ménage avec les fillettes. Le travail et les études à temps plein prennent tout le temps, pendant Quand nos parents étaient petits, que les enfants se font gérer par le les familles étaient constituées de système gouvernemental. La plupart 3 à 5 enfants. Ils étaient séparés. des mamans préfèreraient rester à la

Qua n d nos a r rièr esgrands-parents étaient petits, les membres d’une même famille étaient proches les uns des autres.

Viggo, plomb sur papier, 2012.

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moment de vérité

La destinée ou le hasard Myriam Bellavance

Que pourrais-je dire sinon que je suis désolée…de ne pas être à la hauteur de ce que les gens qui me connaissent ne font pas d’erreur.

Pino

trois-rivières, QC Taz

Une rivière sans âme Un homme sans flamme Prisonnier d’un venin qui obstrue ces riens La maison d’la souffrance Ou prison de l’ignorance Plus un geste, regardez cette espèce Putréfaction par l’abandon La révolte comme raison Il crie en silence, un chagrin très intense Un passé refoulé Un rêve oublié Subir la raison d’un être sans pardon Son pouvoir démoli Une vie dans l’oubli Démoli, repoussé, oublié Insoumis, assouvi, l’homme est patrie

Pourquoi me justifier à quelqu’un qui commet les mêmes erreurs ? Ma différence, c’est d’avoir ouvert les portes de mes secrets. Chose à ne jamais faire : laisser la clef d’un lourd passé à l’ennemi qui ne sait que trop bien se servir des faiblesses en s’appuyant dessus afin de se sentir vainqueur. Vainqueur de sa propre prison ! Une fois de plus, il pleut des larmes de sang, des perles enfouies, sagesse de naufragée…

Une fois de plus…une fois de trop…je me suis avouée vaincue ! Vaincue d’avoir cru à des rêves. Désormais, je n’attendrai pas… plus à ce qui n’a jamais été : « la grandeur d’un salut ». Je ne reverrai probablement plus la fille que je ne suis plus. Je suis sotte, miséricorde, je le sais en fait, je n’ai rien qu’un tiroir à souvenir, trop lourd. Un beau jour, la vie nous rappelle que le dernier train est passé et que l’heure et la date ont été changées et qu’il n’y a pas de ticket, ni pour s’assoir au premier rang, ni au dernier. E n écout a nt vot re der n ière discussion en secret, je me dis encore : tromperie ! C’est comme un violon dont les cordes sont tellement usées… Le dos courbé, trop fatiguée pour croire à un jardin fleuri, fatiguée de ne pas avoir son heure de gloire. Ma plume ne servirait à rien si je n’avais pas vécue tout ça. Lorsqu’on est seule avec son miroir, au moins on ne cherche pas à y voir quelqu’un d’autre. On ne cherche pas à qui la faute ! Au moins, un miroir, ça sert à se rappeler son propre ennemi. Parfois, il est préférable de s’en faire un ami… Là, on cesse de chercher de quoi, ou de qui je pourrais bien parler. C’est ça « la grandeur d’un salut », accepter la défaite et croire et espérer que la dernière fois, je t’avais laissé !

L’HOMME EMPOISONNÉ PAR UNE VÉRITÉ CACHÉE

TERRE PUTRIDE Pino

Les truites peuplent les rivières Sanglantes de mercure

Myriam Bellavance, encre sur papier, 2013.

Cratère brûlé de pollution Les cerfs déboisés par le déboisement

DIVERS Pino et Coucoune Je suis le clown qui déambule parmi les applaudissements Je m’en fous… le clown ne rit plus Il n’y a rien de plus triste Qu’un clown qui sourit Ou d’un sourire de clown Pino La plus grande liberté de l’être humain C’est quand on est libre de pouvoir dire non Et la plus grande force est d’être capable de le faire Coucoune

L’homme s’extermine dans une Guerre au désarmement La vermine pullule dans les champs Ravagés par des immatures Toi, Gaïa, mère de la terre Détruis les humains malveillants Révolution manquée autour D’une dictature apparemment Sommes-nous si dupes et irrationnels Pour suivre les fous au sang impur

Oublie et souviens Oublie qu’on est mardi Ou peut-être même samedi Ou peut-être midi ou minuit Mais sache qu’en ce moment présent Je pense très fort à toi chérie. Je t’aime Kevin

Myriam Bellavance

lavance Myriam Bel

LE CLOWN Pino

Je suis le clown qui déambule parmi les rires et les applaudissements Ça me rend fou Je tourne en rond dans un cercle incontinu Parmi les portes, aucune issue Je deviens fou. Bouteille de rhum, je souffle dans mes baguettes, un air de drum Le clown rugit, c’est émotion Le lion chante comme les pinsons Aux yeux du monde, je suis immonde Volontairement, je quitte la scène des gens méchants Je suis le clown qui déambule parmi les rires et les applaudissements et je m’en fous

Myriam Bellavance, huile sur toile, 2013.

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correspondance de chine

Le fil est la main du cerf-volant

Mirage du sentiment humain La mort suite à l’autre mort Ces deux sont tout un coup Humaines Pourquoi tu doutes ton propre sentiment Même ta fragilité et tes crimes sont si clairs Moi, je suis nourrie par tes mains

Xi’an, Shaanxi, Chine Han Xiao Mon cerf-volant, vous êtes libre maintenant à cause de mon basculement je vous détache ce « main dans la main » Ta main est juste un fil Pas de force, Pas de résistance Pas de température non plus La liberté Je te la laisse L’arrogance Je te la laisse Toute les tortures sous les tolérances Je te les laisse On dit que le cerf-volant est un engin volant plus lourd que l’air Mais toi Tu as perdu ta gravité Mon cerf-volant vas-t’en

Tu me donnes seulement un doigt J’accroche mon cœur au-dessus Tu doutes, tu lâches, tu hésites, tu meurs Je fixe mes yeux sur cette petite herbe En réfléchissant que même ta vie est courte Tu ne m’a pas accompagnée jusqu’au bout

Han X iao

Désolé

Tu n’as pas de confiance sur ta force d’amour Qu’elle peut dompter mon caractère On peut seulement conclure que Le sentiment humain Est le plus douteux Devant son propre mirage

lée is pas réveil , je ne me su là ten m o t À ce m core saig nai on cœur en Parce que m au te u mot est un co « Désolé » ce nait Qui me poig

leil toujours le so L e soleil est som mei l n’est plus le il L e som mei l t un écureu ent, moi c’es ei l cu l’é Heureusem r su ut le temps to s pa e n g Ne co » t « pas g rave désolé », c’es « du t an re iv L e su al est tricolo i le tri-fluvi Aujourd’hu re » dit « je t’ado C o m me o n

La poésie pour moi La poésie pour moi est une façon d’exutoire Quand un courant coloré m’a traversée La seule façon d’être transparente Est écrire Pour réabsorber de la lumière Je ne peux pas arrêter d’écrire Car chaque jour des choses ont lieu Même cinq ans après J’ai à peine découvert ton affaire

Pas de sens Je pense C’est juste un reflet de l’étoi le filante sur toi Com me ça, je te voie C’est seulement les traces des deux cœurs sur neige On commerce

Joli n’est pas ces mots qu’on utilise C’est vos arrangements subtils Qui nous ont surpris Un après l’autre Chaque jour

C’est le brillant soleil couchant On envisage ensemble C’est l’embrassement comme un couple Complète nôtre coïncidence maudite C’est fini

Immense tristesse venue de la corde rouge Ton immense tristesse te fait tourner la tête Sans aucun retour Ton immense tristesse te fait perdre le sens Prendre la main de l’autre La corde rouge est si fragile Que la distance et la cadence Doivent être en concordance Sinon même qu’on se revoie L’air est fourré de malveillance

Photographie par Han Xiao, 2013.

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Tu as dit que tu as commencé à t’attacher à moi Tu dis cela aux plusieurs d’autres dans plusieurs cas Tu joues aux échecs, c’est tout pour comploter l’échec Et toi, tu es juste galant Ou bien prévenant pour n’importe quoi

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la galère

Tu n’es juste pas mes bas blancs

Remerciement et attachement

Ma six ampoules lampe à terre Ton taille-crayon roule encore ? Quand tu m’as donné le crayon pointu de bas en haut Je me suis sentie à nouveau comme la reine

Mes deux dernières années de vie C’est toi qui m’as accompagnée Grâce à ton apparition Ma mort est en sursis Ton envie de vivre Me fait oublier la peur de mourir

Alain C.

C’est la mode ou pas Pour moi, c’est égal Car mon prince est toujours en bas blancs Ça ne changera pas Les bas noirs remplacés par les bas rouges Ne sont toujours pas les bas blancs N’est-ce pas ?

Mes deux premières années de vie C’est vous qui m’avez sauvée Grâce à vos soins Ma vie est dans floraison Votre tendresse de consoler Me fait négliger la cruauté d’abandonner

Laisse-là Laisse-toujours ces belles mémoires là Puis remercie encore une fois Que ces bons moments fleurissaient Juste comme les feux d’artifice éphémères Pour que tu ne sois éternellement là Que pour moi

Comment je peux te remercier ? Comment je peux vous oublier ? La seule façon d’effacer ces mémoires Est de me noyer pour prouver que L’attachement entre nous deux Est inséparable

Salut, la tristesse

On se rejoint au ciel Par un coup d’arrêt inopiné

C’est quoi la tristesse ? Marc André

La tristesse est une meilleure expression Pour un cœur gonflé d’eau La tristesse c’est longtemps après tu m’as quittée Je résiste encore La tristesse est Quand tu regardes la seule pleine lune en haut Il y a déjà des tas de feuilles mortes partout Je n’aime pas quand tu me salues Tu dis « bonjour la tristesse » Car j’essayais déjà assez fort de sourire

r, 2013. mb sur papie

Alain C., plo

Comment je peux t’expliquer ma tristesse C’est une sensation que personne ne m’aime Qui existe toujours durant ma vie courte Ou bien trop longue

La vie est si courte mais si brillante Merci de m’avoir donné tout ton amour Si profond, en oubliant toi-même Si proche, dont la limite traverse l’univers Ces courts deux ans qu’on était ensemble Récompensent tout le regret De l’arrêt subit de nos vies Cette unique étoile filante a chuté trop vite Que le choc blanchit tous mes vœux Pourtant les autres trouvent que Même la pluie de météorites Est normale

Marc André, encre sur papier, 2012.

Naos Yohann Clément

Le naos du Laos se perd

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dans le chaos

Toute ma vie J’ai juste vu une seule fois Une seule étoile filante Ma toute vie Est juste comme cette seule fois La seule étoile filante Si courte mais si brillante Car ton immense amour passionnant Est son combustible du booster

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biographie

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Mon histoire J’ai toujours su que je deviendrais poète J’ai toujours aimé jouer avec les mots. Mon père inversait les mots pour attirer notre attention. trois-rivières, QC Yohann Clément À huit ans, j’ai écrit un recueil que j’ai intitulé Poésie des animaux. J’y écrivais des choses comme : « Le hibou debout sur le bambou  ». À douze ans, je me passionnais pour Hitler et je voulais apprendre l’allemand. En secondaire 3 ou 4, j’ai écrit un poème sur les enfants et je l’ai récité sur une musique d’Alain Morisot et Sweet people. J’ai fait pleurer tout mon public. J’avais écrit aussi un poème sur les pères, et mon père trouvait que c’était mon meilleur. Je lisais Baudelaire. À 19 ans je lisais Rimbaud et Verlaine. J’ai écrit des poèmes aux filles dont j’étais amoureux. À 25 ans, j’achetais et je lisais des livres de façon compulsive. J’avais une telle soif de connaissances. J’achetais de l’histoire, de la littérature, de la philosophie, de la politique. J’aimais les mots rares et compliqués. Je me passionnais pour les racines grecques des mots. Un jour, à 26 ans, j’avais écrit mon centième poème et je croyais mour i r d’épuisement. Finalement, j’ai jeté le tout. J’ai envoyé des recueils aux Écrits des forges, aux Herbes rouges, aux Éditions l’Hexagone.

Comme Hubert Aquin, « l’art est Je n’ai jamais su quoi faire comme ét udes aux col lèges que j’ai mon affirmation authentique ». Mon fréquentés. Mais je savais que j’avais professeur d’arts et lettres était très du talent pour écrire. La poésie, heureux des analyses d’œuvres d’art pour moi, me fait rêver. C’est une que je faisais. façon, comme pour Rimbaud, de « changer la vie ». Enfant, j’étais Ma culture impressionnait plusieurs. très rêveur et j’avais, en très bas Le danger, je crois, est de se croire âge, un vocabulaire original. Une infaillible. « La connaissance enfle ». Mais aussi, « le manque doudou, j’appelais ça une bibale. de connaissance n’est bon pour Pour moi, la poésie est une façon de sentir, de vivre, de s’élever vers personne ». Au secondaire, à la fin d’autres sphères. Nelligan a été de cette période de scolarisation, mon premier amour en poésie. je lisais « Agaguk » et « Les lilas Ensuite, j’ai découvert Mallarmé fleurissent à Varsovie » d’Alice Parizeau. Je lisais aussi l’histoire et les surréalistes. Certains auteurs d’une très jeune poétesse qui peu connus ne me disaient rien. Je s’est suicidée à 14 ans. J’aimais voulais enrichir mon esprit, mon sa poésie savante. J’ai lu les intellect. Je n’ai jamais été attiré par l’écriture romanesque ou théâtrale. « Tragiques d’Agrippa » d’Aubigné Le genre du journal intime, par et les «  Fables » de Lafontaine. J’aimais les classiques comme contre, m’attirait. À 8 ans je tenais Corneille, Molière et Racine. J’ai déjà un journal. Comme j’ai écrit ailleurs, je lisais et je lis encore le lu «  Antigone » de Sophocle. Je ne dictionnaire. compte plus Ma mère me les livres que fournissait et Je lisais aussi l’histoire d’une j’ai lus. Mais me four n it cela faisait très jeune poétesse qui s’est encore tous par tie de la suicidée à 14 ans. J’aimais les livres que formation que sa poésie savante. J’ai lu les je veux. J’étais je m’imposais « Tragiques d’Agrippa » un rat de d’Aubigné et les « Fables » de avec plaisir. La bibliothèque. publication du Lafontaine. À 13 ans, recueil « Mon j’avais toujours Idéal », aux un Agatha Christie dans la poche. À Éditions La Galère, est la réalisation 14 ans, j’ai eu 25 sur 25 à un examen de mon rêve : avoir mon propre de vocabulaire. Enfant aussi, ai-je livre. Et j’ai l’intention de continuer déjà écrit, je lisais l’encyclopédie. à écrire. Écrire est aussi vital pour moi que de respirer. Lire est une façon de me nourrir. J’ai encore l’intention d’écrire, car je me définis ainsi. Si ce que j’écris fait relaxer comme on m’a dit, tant mieux ! J’ai une richesse intérieure et je veux la partager. Dieu voulant, je serai encore productif et je vivrai longtemps pour écrire encore. Enfant, ma mère me faisait lire le Psaume 119 tous les soirs. Lire chaque verset me prenait une heure. C’est le plus long psaume de la Bible qui a 176 versets. La Parole avec un grand P. Je vais avoir bientôt 35 ans et cela va marquer un tournant dans ma vie. Alors si mes facultés restent toujours aussi bonnes, je continuerai à écrire et à m’explorer moi-même dans cette contrée encore méconnue, c’est-àdire moi-même.

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Junon

Yohann C

lément

Yohann Clément Je fais preuve d’incuriosité à l’égard de Junon Qu’elle se meuve, je n’en ai pas moins d’incurie à son endroit Les coquelicots d’or m’annoncent un amour prétentieux Une affection qui court la prétantaine malgré sa trentaine consommée Une amitié prétendue est tendue vers l’arc de la haine Les lilas en grappe de suavité me font oublier l’hypnose morose des choses Un hypothétique hypocrite m’envoie des roses Mais Junon me remet son jupon qu’elle enlève dans sa pagode du Japon Où ses adorateurs pratiquent un paganisme supérieur Les électrodes en plastique chantent une ode érotique La flèche perce la corbeille de l’abeille aux corbeaux naissants Et mes lèvres gercent sur le lièvre issu du tombeau égrillard Et les guêpes se pourlèchent les mandibules fortes sur une bulle de bois Car je suis un frelon félon selon la loi Mais je rendrais à l’endroit le lierre de pierre que je reçois comme un lien vrai

Phallus Yohann Clément Le canif fait de la procrastination Dans son devoir de libérer le cheval du bloc de bois Le feu de mon phallus s’éteint à l’eau de la sottise Je voudrais être un nénuphar sur un phare d’Égypte dans une crypte copte Le ptérodactyle a une dactylo actualisée L’actuaire calcule le temps du non-être Le vent dénombre les parties d’ombre de ma vantardise Le bâtard a un bâton générateur d’arguments érotiques Le héros vénère l’éros de mon lapsus hypodermique L’hyperréalisme de me montre à nu Dans l’écran qui a le cran de l’humilier secrètement Mais je surestime l’hypothermie

lément

ann C h o Y e d e i Biograph

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Vangolet, l’entrevue... trois-rivières, QC Réal Noël, rédacteur en chef adjoint Pourquoi la peinture ? Ça a été carrément un accident de parcours. J’ai rencontré des peintres qui m’ont révélé que j’étais peintre. Je ne connaissais absolument rien là-dedans, j’étais contracteur général la semaine d’avant. Un contracteur généralqui venait de faire une grosse dépression, qui voulait changer de vie absolument. Ce que je faisais me tuait. J’ai rencontré deux peintres, deux personnages, lorsque je les ai vus je me suis dit : « J’aimerais ça que ces gens-là soient mes amis ». Sept ans avant la peinture, j’ai commencé à écrire pour essayer de me comprendre dans ce monde-là. Ça a commencé par un journal intime, un aide-mémoire sur le mensonge quotidien que l’on rencontre et qui n’est pas vraiment dans ma palette. Je suis quand même un bonhomme qui est porté sur la franchise pour éviter de me mélanger. Donc les deux peintres, en regardant mes écrits, m’ont dit : « T’es pas un écrivain, t’es un peintre ». Ils m’ont fait comprendre la différence qu’il y a entre l’écriture, le dessin, etc. C’était comme si j’avais enfin ouvert la bonne porte dans ma vie, à l’âge de 35 ans. Ça m’a libéré. Je venais de trouver une autre façon de faire l’amour. Une belle façon de partir en jouissance totale. Je m’en suis rendu compte très tardivement parce que j’étais très naïf, je pensais que j’étais juste à la mauvaise place au mauvais moment. C’est un choix de vie. J’ai eu la chance de goûter à l’argent jusqu’à 35 ans. J’étais même assez riche. J’ai alors décidé que l’expérience que j’avais était assez grande pour continuer sans avoir de revenus. J’étais capable de vivre avec la moindre chose. J’étais moins dépensier que ceux que je faisais vivre… Je ne suis pas quelqu’un qui est dépensier en tant que tel. J’ai toujours le même linge, tout ce que j’ai est toujours le plus « cheap », je n’ai pas besoin de rendre prestigieux ce qui m’appartient. J’ai besoin de me rendre prestigieux, moi, face à moi.

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Pendant trois ans j’ai été à l’école et j’ai reçu un coup de poing sur la gueule tous les jours. Ça a créé un sentiment de lâcheté en dedans de moi. Fallait que je sois brave ailleurs si j’étais lâche là. Je me suis mis à faire des cascades, j’étais fort en gymnastique, assez acrobate, j’avais des skis alpins à l’âge de 5 ans, je n’avais même pas de bâtons pour Réal Noël descendre les côtes de glace derrière chez nous, j’ai foncé. Je me faisais taxer, pas parce que je n’étais pas Je n’ai pas plus choisi la peinture fort, mais parce que je ne voulais pas que l’écriture. J’écris beaucoup plus faire mal à personne. Sérieusement, que je peins. Un bout de papier, un c’est encore comme ça aujourd’hui, crayon, tu t’installes à une table, mais je suis capable de me défendre. un café, une cigarette et voilà, J’ai travaillé là-dessus un bon bout c’est facile, une phrase en amène de ma vie. Quand t’es jeune et que tu te fais taxer, t’as deux choix : ou une autre. La peinture te demande une plus grande organisation, plus t’es un défaitiste toute ta vie ou tu te d’espace,un plus grand rituel, c’est relèves les manches et tu fesses à te plus demandant. Quand rebâtir une estime. Moi j’ai tu n’as pas de couleurs cherché à me rebâtir une et que t u fais les estime. Ça m’a amené ruelles de Montréal à faire des choses Sérieusement, pour trouver des c’est encore comme qui n’étaient pas vieilles cannettes ça aujourd’hui, mais connues dans ma de peinture, ça a famille. Contracteur je suis capable de du charme. Quand général, entreprendre me défendre. tu reviens avec 3-4 la constr uction de m a i son s , avoi r un gallons de peinture, des restants, des fonds même et dépanneur, être propriétaire que tu réussis à faire quelque chose de logements, c’est quelque chose avec ça, c’est fantastique, t’as une que j’ai fait pour me donner une histoire, t’as ton tableau. Il y aune estime à moi. Ça provient de ceux histoire avant la création du tableau. qui m’ont taxé, ils ont bien réussi, ils Moi, ça me donne la satisfaction ont réussi à me pousser en dehors de de mener une vie un peu plus mon arbre naturel. différente. Je peux aussi bien décider d’aller vendre un tableau dans J’étais électricien, je travaillais avec un bar parce que j’ai soif… Idem mon père. Il a eu une crise cardiaque lorsque j’ai crissé mon camp en sur un chantier de construction, il l’a République Dominicaine avec 50$ échappé belle, mais il a ensuite pris dans mes poches et un billet aller sa retraite. Je l’ai regardé faire, je me seulement, juste pour changer d’air, suis dit : « Ouin moi non plus ! » Je parce qu’y faisait trop frette icitte en l’ai remplacé comme surintendant, hiver. Partir juste pour partir. Un mais trois mois plus tard, j’ai sacré moment donné je m’ennuie d’une mon camp pour écrire un livre. création qui ne m’allume plus, qui est fade, qui commence à être plate. Mon père était choqué noir. Ma famille au complet était en Tout le monde a vécu ça un moment donné, quand tu rentres dans un déception totale. J’étais le gars qui, nouvel endroit, un nouveau village à 23 ans, avait une femme, deux ou une nouvelle ville, y’a comme enfants, une maison canadienne sur quelque chose de merveilleux.Je suis le bord de l’eau, un char de l’année un challenger. J’aime le challenge, à la porte, une bonne job comme le possible comme l’impossible, tout électricien à 40 heures par semaine. ce quise présente à moi. Pis finalement, je me ramasse dans une usine à Montréal, à vivre dans un entrepôt sans bain ni douche.

J’étais habitué à un certain standing de banlieue, on mangeait du steak la majorité du temps pour souper. Quand je suis parti et que j’ai dit : « je lâche tout », j’ai négocié un an et demi de chômage avec mon boss. En argent et en cartes de crédit, j’avais à peu près 50 000$. Tout s’est dépensé en une année. Après, ça a été l’aide sociale. Je ne suis pas passé par l’université pour savoir comment recevoir des subventions.J’ai fait avec les moyens du bord. J’avais 35 ans, j’étais un capitaliste qui tombait dans les arts comme par hasard. Je n’avais pas la démarche de ce monde à part, j’étais le ti-nouveau qui avançait dans la même direction. Mais quand tu t’en vas dans le monde des arts, tu ne vas pas là pour faire comme les autres. Tu y vas pour creuser tous les petits recoins de l’humanité, des émotions, des sentiments. Finalement, ça m’a pris 28 ans pour avoir mon premier contrat de livre aux éditions La Galère. Je ne peins pas parce que je peins, je peins parce que j’ai le goût de peindre. Ça fait partie de ma vie comme quand j’ai le goût de danser, ma vie est une scène, je suis constamment sur la scène. Je suis un artiste qui est en constante production. Je me rends compte qu’il n’y a plus rien qui me surprend. Avec l’art, j’ai trouvé le confort que je n’avais pas, la sécurité que chaque être humain doit avoir en dedans de lui pour être capable de faire quelque chose. J’ai échangé la sécurité externe pour la sécurité interne. Pour me rassurer moi-même, pour apprendre à avoir confiance en moi. Comme je disais, aller en République Dominicaine avec 50$ dans tes poches, c’est un osti de bon exercice pour avoir confiance en soi ! Quand tu reviens de là, t’es fucké ben raide, tu te demandes, qu’est-ce que je viens de faire là ? Reste que ce fut les plus belles histoires et les plus colorées de ma vie. Ça laisse une marque extraordinaire de fierté, de bravoure.

Une fois de temps en temps, pour me rassurer, pour voir si je fais du progrès dans le figuratif, dans l’image concrète, je fais un autoportrait. C’est seulement là que je sais à peu près où je m’en vais, parce que je sais que mon but, c’est de faire un autoportrait. C’est ce type de tableau-là qui est le plus long à faire. Pour la simple raison que je cherche l’expression que je veux donner aux autres dans un regard extérieur à moi. Autrement dit, je ne me vois pas quand tu me regardes. Quand je me peins, je dois voir l’image que toi tu vois, c’est ça qui est un petit peu plus compliqué, dans le regard, dans l’expression, c’est ça qui me prend le plus de temps. C’est ça qui fait que quand tu regardes un autoportrait, tu reconnais le caractère du gars, il y a le sourire, la position des rides, etc. J’en ai fait peut-être une cinquantaine. Je suis un artiste dissonant. Je fais des toiles avec des cochonneries. L’autre jour, j’ai trouvé un bout de bois en forme de grenouille que j’ai collé sur une toile, je suis parti de là. Moi quand je peins, je me conte des histoires. Je commence à comprendre de plus en plus ma façon d’être. J’ai voulu mourir à plusieurs reprises, la peinture est arrivée, elle m’a redonné le goût le vivre, comme un deuxième souffle. Quand tu ouvres les yeux le matin, il y a une seconde où tu ne vois rien, c’est ça que je fais comme tableau. Cette seconde-là où tu vois tout ce qui t’entoure, mais en vague, c’est cru, c’est le premier regard. C’est la première vision de l’œil avant que l’œil commence à comprendre. Je m’amuse comme unosti de malade quand je fais de la peinture. Si je n’avais pas ça dans ma vie, il me manquerait quelque chose de gros pour être heureux. L’écriture c’est comme le repas quotidien, 7 jours par semaine, tandis que la peinture c’est la sortie au restaurant.

Pour peindre je pars de zéro. Je n’ai aucune idée où ça va me mener.

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la vie...

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journallagalere.com Zone urbaine

-Ma vie n’est pas rose comme tu sembles l’affirmer. Il est vrai que mes parents sont assez à l’aise pour payer mes études universitaires… -Et tu t’en plains ?

Photographie par Zone Urbaine, 2013.

Rien n’est parfait, peu importe ta classe...

Le matin humide et poisseux s’éveilla avec nonchalance, et les ténèbres des cieux prirent graduellement les teintes apaisantes de l’orangé propice à l’aube. trois-rivières, QC Félix-Antoine Ebacher Le soleil s’évei l la tranquillement, sa lueur dorée reflétant sur le fleuve St-Laurent apportait en cet instant des allures paradisiaques au parc portuaire. De cet endroit presque désert suintait une accalmie propice aux rêveries et à la création. Au loin raisonnait l’écho d’une musique enivrante, à peine pouvait-on discerner la silhouette gracile de l’artiste, cependant les passants les plus matinaux ainsi que les fêtards de la veille pouvaient avec certitude affirmer qu’il s’agissait d’une main d’expert maniant les cordes d’un violon alto. Le regard injecté de sang du musicien scrutait le fleuve, et ses doigts épuisés jouaient des cordes avec ardeur, la musique endiablée d’une valse poétique. Le jeune Damien, 19 ans, peinait à se tenir debout : la nuit avait été rude pour le musicien squelettique. Depuis la veille au soir qu’il festoyait sans relâche, s’enfonçant tantôt dans les débauches destructrices, tantôt dans la musique de son violon, si précieux pour lui. L’harassement s’emparait peu à peu de son esprit alors que l’effet des amphétamines

se dissolvait vers une descente au fond du puits de la déprime. Voilà pourquoi il ne cessait de jouer : le jeune voyou devait à tout prix occuper son esprit afin d’éloigner les idées morbides qu’accompagnaient généralement ses maints lendemains de réjouissances malsaines. L’engueulade familiale de cette nuit fut particulièrement rude pour Alphonse. Vers quatre heures du matin, il fut drastiquement rejeté des plaisirs oniriques de ses songes pour un retour furtif à la réalité choquante. De sa chambre située au deuxième, les hurlements de son père ivre mort au rez-de-chaussée l’avaient tiré hors de son profond sommeil. Derrière la façade de cette luxueuse maison située dans l’un des quartiers les plus chics de la ville, personne n’imaginerait qu’une telle violence se produisait quotidiennement derrière ces murs. Dans la pénombre de sa chambre, il tendit l’oreille aux cris enragés de son père et aux pleurs éplorés de sa mère. Est-ce qu’il y aura de la bagarre cette fois ? Vais-je encore devoir nettoyer le sang de ma mère sur le pavé ? Enverra-t-on ma mère aux soins intensifs, ou mon père en psychiatrie ? se demandait Alphonse, déjà surchargé du travail de ses études en philosophie à

l’université. Habitué à une telle violence entre ses parents depuis sa tendre enfance, il rassembla ses volumes d’étude, sortit en douce de la maison et prit son vélo à la quête d’un endroit paisible pour travailler.

sauta sur l’occasion. -Merci pour la pièce, mon nom est Damien, et toi ? -Je suis Alphonse, enchanté.

Complètement défoncé, Damien -Sa lut A lphon se, je peux aspira la dernière bouffée de son t’emprunter une cigarette s’il te joint, les vapeurs de THC plaît ? voguaient jusqu’à son cerveau empoisonné, Alphonse tira deux cigarettes de son un brin de paix pour ce jeune homme Depuis la veille au paquet neu f , en qui tremblait de soir qu’il festoyait tendit une à Damien tous ses membres. et enchaî na la sans relâche... A mphétam ines, conversation. extasy, le karma de ses jouissances antérieures -J’admire ce sentiment de lui retombait maintenant sur liberté que tu dois éprouver, la tête sous la forme d’une profonde sans comptes à rendre, sans déprime. La caboche recouverte contraintes ni obligations, affirma d’une épaisse brume, il reprit son le jeune Alphonse, envieux. violon si précieux afin d’oublier toutes ses tourmentes. Cette fois-ci, -Ma seule contrainte, est il jouait pour un petit public, l’incertitude. Ma vie n’est pas rose composé d’une seule personne comme la tienne, maintes questions : un garçon d’environ le même me trottinent en permanence dans âge que lui, possédant le même la tête. Est-ce que ma mère aura les moyens de cuisiner un repas regard meurtri propice aux jeunes complet ? Tu vois, nous sommes désillusionnés. Le jeune inconnu très pauvres chez moi, et parfois lança une pièce de deux dollars à Damien, et au grand étonnement de j’ai honte de mon indiscipline, qui ce dernier, son « public » demeura m’empêche de trouver un travail immobile, penaud, écoutant chaque convenable pour aider ma mère et note de la mélodie. Le jeune voyou ma sœur.

-Non, je remercie la vie de m’avoir donné la chance d’étudier. Mais je lui en veux de m’avoir donné un père violent. Vois-tu, le matin, avant de me rendre à l’école, je dois souvent nettoyer le sang sur le pavé et les armoires, j’ai déjà vu mon père frapper ma mère si fort que j’ai dû appeler l’ambulance, en cachette, car je ne souhaite pour rien au monde connaître le même sort qu’elle. Lorsque mon père est en psychiatrie, nous avons la paix et nous sommes heureux, malheureusement ces moments sont bien éphémères… -Tu vois , nous som mes aux antipodes, répondit Damien. Chez nous, c’est à peine si on a quelques sous pour manger, cependant nous vivons dans l’amour et l’harmonie. Nous nous amusons, rions, malgré notre misère sociale et matérielle. Les deux jeunes en tirèrent la même conclusion : peu importe la classe sociale à laquelle l’on appartient, qu’on soit riche ou pauvre, rien n’est jamais noir ou blanc. Tout est gris, rien n’est parfait, peu importe, le milieu familial d’où nous venons.

À vous les hommes Nathalie Poirier

Ne jouez pas avec les dames Car tôt ou tard vous finirez aux échecs Les femmes sont comme les poupées Tu joues avec et tu les jettes après Mais tu sais quoi Les vrais hommes ne jouent pas aux poupées

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PERMIS DE CONDUIRE

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Ma bataille contre les médicaments :

trois-rivières, QC A.V. espoir (Alain Villeneuve) Ceci est un fait vécu, l’été dernier avec un ami à Trois-Rivières dans un parc.

avant, pendant et après trois-rivières, QC Anonyme-mousse AVANT Je suis en train de vivre le pire moment de ma vie. Depuis plusieurs années je consomme des pilules à la tonne sans compter les médicaments qui me sont prescrits par un médecin. Comme je suis au bout du rouleau, j’ai demandé, à l’été 2013, l’aide de Point de Rue. Les intervenants m’ont orienté vers le centre de désintoxication Domrémy. Ma vie est nulle à chier. Je consomme tellement de pilules que je suis devenu très malade, je vomis, je n’ai plus la notion du temps, je reste enfermé chez moi, je suis étourdi, je perds l’équilibre, j’ai des hallucinations auditives et visuelles, je sens mon corps loin de moi. Il s’en va. J’ai aussi des tendances suicidaires. J’ai donc pris la décision d’aller à l’interne à Domrémy. PENDANT À Domrémy, je suis bien accueilli. À mon arrivée, on me donne une chambre unique, on m’indique où sont situées les choses et je me couche. Le lendemain, je suis pris en charge par un intervenant qui me fait parler de mon vécu. Alors tout se ressasse dans ma tête. Les mauvais souvenirs refont surface. Je me sens pris entre le bien et le mal. J’assiste aux réunions de groupe et j’y participe pleinement. Tout se déroule bien, jusqu’à la 4ième journée. Je fais ce qu’on appelle un sevrage. Et je le fais pas mal fort : diarrhée et nausée, je file mal ! Je rencontre un intervenant et lui demande si je peux lui parler. J’entre dans son bureau et lui dit tout de go : « Je suis guéri » ! Lui de me répondre, un sourire en coin : « Eh bien, alors c’est pour cela que j’ai fait mon cours ? Si tu es guéri après seulement 4 jours, j’ai fait mon cours d’intervenant pour rien ! » L’intervenant me parle et me rassure. Il m’invite à la réunion des alcooliques anonymes. J’y vais. C’est là qu’un homme a dit une parole qui m’a beaucoup touché : « La personne la plus importante au monde, c’est moi ». C’est alors que j’ai compris que moi, j’étais la personne la plus importante pour moi. Je me suis levé et je suis allé féliciter l’homme en question. À lui et à deux ou trois autres personnes, mais surtout à moi-même, je me suis promis r, 2013. Vangolet, acrylique sur papie de terminer ma thérapie jusqu’au bout.

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Vangolet

A lain Vil

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leneuve

Chronique : « C’est mon histoire » À cause de la brutalité policière À cause de la belle température, de l’ambiance, de la chaleur, on était en vélo À cause qu’on buvait une bière à deux dans un thermos à cannette À cause d’un policier zélé Il m’avisa que j’allais avoir un ticket de 146$ J’ai revendiqué ma pauvreté Je l’avisai que j’étais sur le BS et que je serais incapable de payer À cause qu’il m’a dit : Si tu n’obtempères pas, je te donne un 2e ticket À cause qu’il voulait impressionner les gens peut-être ? Il se créa un froid dans le parc Les gens quittèrent les lieux À cause de son abus de pouvoir À cause de son zèle, j’ai eu un bleu dans le dos, j’ai été menotté comme un bandit Je fus transporté en cellule De l’ambition policière peut-être ? J’ai contesté, j’en ai gagné un et j’ai perdu l’autre À cause que je dois 280$ À cause que je n’ai pas payé 280$ après un an À cause que je n’ai pu renouveler mon permis de conduire Je vais devoir subir des coûts supplémentaires Faut savoir que j’ai jamais perdu mon permis de conduire en 38 ans Faut savoir que je n’ai pas de dossier criminel Ça a fait plein de répercussions À cause de la répression policière, je suis un peu dépressif J’ai perdu la liberté de me véhiculer En plus, je dois payer des cours de conduite pour le ravoir… Tout ça me rend malade À cause des exigences municipales ? Gouvernementales ? J’ai perdu mon permis de conduire De belles lois… Vais-je m’en sortir ? Note : Un ami a acheté 6 cannettes de bière à son dépanneur, monsieur s’en va au parc, s’assoit à une table, la police arrive et lui donne un ticket de 146$ pour être en possession de bières (non ouvertes). Allô ? Qu’est-ce qui se passe avec notre police ? Mon ami va contester (encore du stress). Va-t-il gagner sa cause ? Va-t-il subir du harcèlement du dit policier ? P.S. Finalement, il a perdu sa cause…

Une fois cette décision prise, tout s’est passé très bien. Ce fut ma première et ma dernière thérapie à vie. Les jours passent et je suis comme une éponge. Je ne gobe plus de pilules, mais toute l’information qu’on m’offre. Je suis très motivé. Alors arrive le jour où je dois parler de mon séjour devant un groupe de personnes. Ce que je fis très bien. Deux jours plus tard, j’obtins mon diplôme et j’en suis très fier. APRÈS À ce jour, octobre 2013, je suis encore sobre. Je ne prends plus de médicaments, outre ceux prescrits par mon médecin. Je suis heureux et fier de moi. Je me suis enfin retrouvé dans mon corps. Je n’ai plus l’impression que mon cerveau ne m’appartient plus, qu’il y a deux personnes en moi. Ça va tellement bien que je recherche davantage à prendre soin de moi et à rester sobre. Je vais à mes réunions externes à Domrémy. C’est super ! Je suis présentement à la recherche d’autres défis à relever, ce qui m’aidera dans mon cheminement. Merci aux intervenants de Point de Rue qui m’ont orienté et bien dirigé. Merci de tout mon cœur !

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Zone Rive Sud

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Claudia Hamelin

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Photographie par Claudia Hamelin, 2013.

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J’ai juste une vie

Prendre soin de moi avant tout

J’ai perdu ma mère, c’qui a fait que j’ai regretté de ne pas lui avoir assez dit je t’aime, d’avoir perdu mon temps à la critiquer, à la haïr, à la repousser. nicolet, QC Mathieu J’ai descendu les escaliers pour aller toucher à la mort parce que je n’aimais pas la vie, pour me rendre compte que finalement j’y tenais. J’ai regretté de pas lui avoir assez dit je t’aime, d’avoir perdu mon temps à la critiquer, à la haïr, à la repousser, d’avoir perdu tant de temps à mettre de l’énergie sur des choses qui en valaient pas la peine.

J’ai compris que la vie était un instant et que si j’entretenais mes haines, j’étais le seul à en souffrir, perdre mon temps à bien paraître à être aimé des autres, à changer pour fiter.

nicolet, QC Kim Tailly-Duval Il y a quelques années passées, ma mère a eu le cancer. Elle s’était fait opérer, tout était parti. Il y a quelque temps, j’ai appris que ma mère était retombée malade.

Mathieu

J’ai compris que J’ai compris que le le plus important plus important c’est c’est que je sois que je sois bien... bien maintenant, que si je passe mon temps à me haïr, à me critiquer, à me repousser, à me cacher derrière un masque, je ne serai jamais libre d’être qui je suis.

La vie c’est mon vo y a g e q u e j e cultive maintenant, j’peux voyager de plein de manière c’q ue j’pr é f èr e , c’est la l iber té. J’ai juste une vie.

L’enfant de ma mère nicolet, QC Danny Gariépy Petit être innocent sans défense Qui perçoit ses premières lueurs de lumière Tu es le nouveau venu dans cette famille de fous La folie plein le cœur elle t’accepte en son sein Jeune combattant dans l’âme Tu te bats pour le plaisir de vivre pleinement Le défi te fait rire et pleurer à la fois Malgré toutes les épreuves que tu affrontes Tu restes droit Car après tout, tu es fou toi aussi Je t’admire de par ta débrouillardise Ta ténacité restera toujours surprenante à mes yeux Les conflits feront toujours partie de la vie La souffrance ainsi que la mort

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Ma personne sera toujours fière d’être à tes côtés Car après tout je suis ton frère et le serai éternellement Dans ce monde ou Danny Gariépy dans un autre

Au début je l’ai mal pris, j’étais très inquiète de savoir que je risquais de la perdre. Je pleurais souvent, je mangeais presque plus, je dormais mal et aussitôt qu’elle m’appelait, j’allais chez elle en panique. Je ne prenais plus soin de moi. J’étais tellement démoralisée que je faisais plus rien, j’étais brûlée. Il y a quelques semaines, j’ai parlé à des intervenantes, elles m’ont donné des trucs pour m’aider dans cette épreuve. Je me suis dit que pour continuer à aider ma mère, il fallait que je Je m’arrange pour prenne soin de moi avant. J’ai avoir du plaisir avec commencé à mieux manger et elle... surtout à bien dormir. Depuis ce temps-là, je pleure moins et quand je lui rends visite c’est positif. Je m’arrange pour avoir du plaisir avec elle, passer du bon temps ensemble. Je vois que ma mère est heureuse de me voir en forme et nous avons des bons moments toutes les deux.

Ce symbole Valeur immuable de mon esprit Gravée à jamais dans mon cœur d’enfant Promesse dite, promesse faite, promesse tenue Jamais je ne t’oublierai Tu resteras toujours et jusqu’à la fin des temps Ma mère

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Happening cultu

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rel du journal de rue La G alère À l’é

le babillard

LA VIE

Marc-André

dré Marc-A n

hoses peu de c nt une e d s u o v éta nteztout en dans la , « Conte is m a s …….. vie, me dans la hose, mes amis… c vie. grande n n non no o n n o n , la non non non t belle, La vie es on non non non , elle est, n ie non non pas belle, la V . » t vie n’es and même belle qu

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té 2013, le journal de rue La Galère organisait un happ ening culturel au parc Victoria de Trois-R ivières. L’équipe du journal Plusieurs galériens et galériennes s’y sont exprimés en musique, en peint ure et en poésie. Br avo à tous et à toutes et, sur tou t, félicitation à Réal Noël, organisateur de l’ac tivité.

Merci

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La Fe à la charcuterie

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l’ég a rd de Po int à té si o ér én g sa te c ette a n née, c et de R u e. E n c o re de s ettra de n o u rr ir rm e p té si o ér gén bie n b e so in . g e n s q u i e n o nt

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Photographie par Claudia Hamelin

Conférence au collège Laflèche Carole Bergeron Journal La Galère

Le 3 octobre dernier,

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Carole Bergeron en conférence au collège Laflèche

John-Robert Bridges

Pensée Vangolet

’a m o u r d t r u e m t U n enfa n c h ie n n u e t è h c U n v ie u x s’a n déf a u t ’u u q ’a n e Le m o n d

Pensée du j A lain Vil lene

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Va u t m ie u x c ro ise r u n p’tit c o m iq u e, q u ’u n g ra n d ma ra b o u t. Photographie par John-Robert Bridges

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hommage

Retraite forçée

Myriam Bellavance

Je me souviens du jour où ma grand-mère est partie de sa grande maison trois-rivières, QC Myriam Bellavance Je me souviens du jour où ma grand-mère est partie de sa grande maison avec tous ses souvenirs de voyages, tout ce qu’elle avait amassé durant ses longues années fidèles de mariage et de vie familiale pour aller dans une petite chambre de béton. Je me souviens comment elle avait l’air perdue sans son ménage et son jardinage, sans sa famille et ses voisins. Hôte bienveillante d’une maisonnée toujours pleine et bien entretenue. Rendue triste.

lavance Myriam Bel

d’attention de la part des jeunes mais aussi de notre respect, je crois. Parce qu’ils sont plus vieux après tout, plus sages, malgré quelques ralentissements des réflexes de la Je suis vraiment affligée mémoire. Ils ont beaucoup de voir combien de à nous apprendre quand nos ancêtres placés nous croyons leur en résidence apprendre quelque (prémat urément chose avec notre Je me souviens pour la plupart). Et comment elle avait « tech nolog ie ». N’oubliez pas que à quel point cela l’air perdue. peut les faire dépérir la personne qui vous vite de ne plus mener donne une chance de vous montrer bon en une vie active. Ou pire, d’être séparés de tout un pan vous demandant service, vous de la génération. Entre eux, avec donne aussi de sa bonté en vous des soins qui varient beaucoup apprenant à savoir vivre mieux. d’après le coût exorbitant de leur loyer. Ceux qui ont des activités sont les plus choyés mais la plupart du temps, même la préposée a une tonne de travail à faire. Ces g en s m a nquent c r uel lement

Myriam Bellavance, huile sur toile, 2012. Myriam Bellavance

L’histoire d’une vie Marc Morin

Myriam Bellavance, plomb sur papier, 2013.

L’histoire d’une vie À regarder vers le passé Au lieu d’avancer Comprendre maintenant l’action Garder les bons souvenirs Essayer de garder l’amitié Mais ne pas la provoquer Laisser la vie suivre son cours Vivre enfin pour le futur Mais ne pas trop s’amouracher rapidement Pour éviter d’autre déchirement De ma part Prendre l’exemple du passé Pour améliorer le futur proche Le lâcher-prise de l’avant Pour la confiance du présent Car chaque chose arrive Pour une raison précise Au lieu de garder mes œillères Ouvrir mes horizons

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Hommage à une grande femme Marc Morin

Pour maintenant respirer Pour mon présent immédiat Suivre la vague Du jour le jour Sans attache Sans promesse Aller à fond chaque jour Comme si c’était le dernier Respirer l’air pur Regarder autour de nous Comme la vie peut être belle Si on prend le temps de s’arrêter

Ma mère est morte, il y a deux ans, emportée par trois cancers généralisés. trois-rivières, QC Marc Brière, alias V Elle n’a jamais fumé de sa vie. C’est mieux ainsi, car limitée à une chaise roulante avec une machine pour respirer, elle n’avait plus de qualité de vie. Elle s’appelait Jacqueline et elle a été une mère pour beaucoup de personnes, pas juste pour mon frère et moi. Toute sa vie, elle a travaillé et l’a gagnée de façon dure et honnête. Malheureusement, elle n’a pas pu profiter de l’argent qu’elle avait mis de côté puisqu’elle est morte avant sa retraite. Ses croyances et ses valeurs font partie de moi. Jamais elle ne m’a laissé tomber

malgré mes problèmes de toxicomanie, de prison et de santé mentale. Ma mère m’a toujours accepté et écouté sans me juger. J’éprouve des remords de conscience pour tout le stress et les inquiétudes qu’elle a eus à mon sujet. Elle est quelque part là-haut à veiller sur moi.

Marc Brièr

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Repose en paix mère, je t’aime

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poésie

Le Soir

Bellavance

Corey Edwards

Corey Edwards Myriam Bellavance

Myriam Bellavance, huile sur toile, 2012.

La main des autres Gilles Cassivi

La main des autres provient des ondes accordées vi Accordons maintenant sa propre main contre celle accrochée Gil les Cassi Les autres ne deviennent palpables que lorsque approchés Une bonne poignée de main avec celle d’un ami sincère devient appréciée Voilà pourquoi j’aime à lire entre les lignes de la main Personne ne m’a dit encore de donner celle d’un nain Parfois c’est la ligne de la main en une poignée féminine L’amour de cette personne demeure au crayon à mine Quand la poignée de main des chefs d’état tourne à notre avantage Il faudrait la répéter souvent pour qu’il y ait plus de sécurité Dans les grandes villes, il faudrait que chaque victime devienne autonome Il faut dire des prières pour que la paix revienne sur la terre et non à la guerre Donner à manger par exemple aux plus démunis Serait une étape à suivre pour une meilleure démocratie Aussi passer par la gente féminine pour plus de vérité Cela reste à faire pour plus de sécurité financière Abolir les préjugés sur les gens malades et les guerres politiques ou religieuses La paix devrait se construire par chaque individu sur cette planète Se soucier des autres dans une amitié profonde Deviendrait celle de la lumière C’est-à-dire Jésus notre grand prophète

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prise de conscience ! trois-rivières, QC Gaétan Fiset L a s o ciété grecque , telle que définie par Platon dans la République et qui est en fait la base de la société occidentale telle que nous la constatons aujourd’hui et/mais/surtout appuyée par une idéologie capitaliste individuelle ou d’état, est la cause principale du marasme et du chaos qui devient de plus en plus évident à l’aube de l’an 2000. Cette dite société capitaliste est en fait directement responsable de tous les crimes commis contre des peuples ou contre des individus. Ici, il s’agit de tout meurtre, vol ou fraude. En fait, tout ce qui est puni par les lois capitalistes instituées par et pour les gens qui possèdent de plus en plus les biens, qu’ils ont arrachés au reste du peuple et ce, de façon dite « légale ». De plus, ils ont même le pouvoir de faire les lois selon leur intention de s’enrichir de plus en plus par rapport à une classe de plus en plus dominée et exploitée au-delà du possible moralement acceptable. Il est tout à fait possible selon les règles mathématiques et celles de l’organisation du langage appliquée à la loi qui encadre la société, de planifier un pharaonisme moderne et de réduire à l’esclavage la presque totalité des habitants terrestres. On se plaît à véhiculer que les criminels

Gaétan Fiset sont immoraux. Mais en fait, pourquoi agissent-ils ainsi ? On pourrait à la limite se demander qui sont les vrais criminels. Bien sûr, selon les lois, on peut les enfermer en prison de façon officielle. Et sinon, on peut toujours les faire passer pour des malades mentaux et les neutraliser chimiquement voire même, chirurgicalement, « en fait combien gagne un médecin ? » pour répugner l’opinion publique contre le système capitaliste. L es com mun istes accusaient d’espionnage les dérangeants du système et les internaient dans des asiles. Mais en Amérique pourquoi interne-t-on les gens ? « Bien sûr, c’est pour les aider parce qu’ils sont malades ». Voyons donc, pourquoi ces gens sont-ils malades ? Depuis quelques années, on définit la maladie mentale et on la catégorise. On constate par contre que les gens les plus atteints sont des personnes en majorité à faible revenu. Même chose pour les criminels. Voici la définition que l’on donne d’une per son ne souf r a nt de psycho-maniaco-dépression. Prise de conscience différente de la

moyenne, qui produit cette angoisse et ce surplus de dopamine au niveau neuronal dû à un sentiment de l’urgence d’agir et donc à la fois une agressivité venant d’un sentiment d’impuissance. Sauf que le niveau de dopamine dans le cerveau ne se calcule qu’en observant un patient que l’on trouve agité et par son niveau d’agitation. Alors quand un médecin vous dit que vous avez la chimie du cerveau déséquilibrée et qu’il va la rééquilibrer, sachez qu’il ne peut intervenir sur la dopamine, il ne peut qu’agir sur d’autres molécules de votre système nerveux pour vous neutraliser, il vous ment. De plus, ces médicaments n’ont été développés qu’en faisant des expériences sur des chiens ou des rats. Quel chien peut être schizophrène ou psychotique ? La suite des tests est faite sur vous. Soyez-en conscient et renseignezvous sur les effets secondaires à long terme, comme la dyskinésie tardive : ça ressemble à la paraplégie, c’est causé par les antipsychotiques, c’est irréversible, et vous ne serez jamais dédom magé pour les mauvais traitements subits et ses effets. Vous aurez des mouvements de forte amplitude, incontrôlés et involontaires et vous apparaîtrez tout à fait bizarre. Quant à la schizophrénie : phase suivant souvent un état psychomaniaque qui est une réaction

contre un environnement que l’on juge menaçant et hostile par rapport à nos perceptions, refusé par la société dominée « normale » et renfermement sur soi-même pour garder nos perceptions et notre individualité spirituelle. La société occidentale telle que nous la constatons, est prête à faire n’importe quoi pour garder son contrôle sur la masse et par la masse inconsciente voire diriger, autant au niveau de l’opinion que du financement. Il est donc normal que l’on fasse la guerre, que l’on enferme les déviants soient par les lois parce qu’ils y dérogent, ou par la médecine si on veut les exclure. Ici il faut être prudent, car on justifie l’état de maladie mentale comme étant une maladie du cerveau, lorsqu’il produit un surplus de dopamine. Et même, que ce phénomène serait génétique. Par contre, on ne peut le prouver « au niveau des gènes » comme au niveau de la dopamine, mais on tend à le faire croire à la population pour exclure les gens qui, en fait, sont peut-être trop conscients par rapport à la normalité. On peut créer ou inhiber l’agressivité chimiquement ou par technique comportementale, voire chirurgicale. Que pensez-vous des joueurs de hockey ou même des boxeurs, des soldats voire même, des chicanes de ménage pour la pension ou pour les enfants ? Outre les lois,

indifférents. Moi, je lui ai demandé si ça allait.

J’ai des valeurs qui me disent d’aider mon prochain, ce n’est pas une question d’argent.

il existe des traitements médicaux (chimiques) et même chirurgicaux. N’est-il pas possible que CroMagnon ait eu plus ou moins de dopamine que Sapien ? Qu’elle est la norme sur 7 milliards de personnes qui ont la juste dose ? Et combien faut-il en geler pour être rentable à n’importe quel niveau et dans tous les domaines ? Demandez à l’actuaire, au comptable, au juge, aux avocats, au notaire, au médecin, aux fossoyeurs, au dealer légal et non, bref, à tout ce qu’enseignait le cours jadis classique et toujours secrètement sauvegardé pour une caste castratrice et/ou/religieuse. Eux autres, même bourrés d’opium ou de cocaïne. On interdit les drogues plaisantes que l’on réserve aux riches initiés, et on donne en masse, subventionnées par l’état, des drogues de torture régressives. La couronne britannique, voire la reine, a bâti sa puissante flotte de bateaux en vendant de l’opium aux chinois ; il y a eu 8 guerres de l’opium en Chine. Les juges, les avocats, les médecins, les psychiatres, etc., en grande majorité, consommaient de la cocaïne, Georges Bush père, en dealait et Kennedy a fait fortune en vendant de l’alcool frelaté… De quessé vous voulez m’accuser ?

L’indifférence et le civisme trois-rivières, QC André Rioux Je me demande si cela signifie encore quelque chose dans notre société qui se dit « évoluée ». On vit de la violence et de l’intimidation à chaque jour, on a qu’à écouter la télévision, lire les journaux et on a la réponse. Que se passe-t-il avec les humains ? Est-il possible que les gens soient rendus hypocrites, malhonnêtes et totalement indifférents?

Je vais vous raconter une histoire vécue qui m’est arrivée au début du mois d’août dernier. J’allais offrir La Galère aux gens en tant que camelot, tout en marchant, j’ai vu une personne couchée sur le trottoir. Et moi j’ai une problématique visuelle, cependant je savais que ça n’allait pas bien pour cette personne. Je me suis arrêté pour voir, j’ai constaté qu’il y avait vraiment un problème. Les gens passaient et restaient totalement

Il était blessé au genou et au coude, il faisait une crise d’hypoglycémie. Je l’ai aidé à se relever mais là, il lui fallait du sucre. Je l’ai accompagné au Morgane Café sur la rue Des Forges, j’ai pris quelques sachets de sucre que je lui ai donnés. Il voulait me payer, même si je n’avais que 0.50¢ dans mes poches, j’ai refusé.

Donc en conclusion, je désire remercier toutes les personnes qui m’encouragent car j’ai dû malgré moi, quitter des emplois qui étaient très payants. Je perds la vue et le journal La Galère me permet de rester actif et positif car c’est très difficile à tous les jours. Les camelots du journal sont là pour

A ndré R ioux

rejoindre les gens et les sensibiliser à la réalité. Longue vie à notre beau journal !

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Vol. 11, no.06 / Déc. 2013 -Janv. 2014

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Journal de la rue jusqu’à vous !

poésie Zone Urbaine

Nostalgie de l’Art Félix-Antoine Ébacher

Photographie par Zone Urbaine, 2013.

Saviez-vous que… trois-rivières, QC Denis Marcotte

Français, apprenant la manœuvre, conservèrent l’expression, qui devint en français enfirwaper, qui signifie rouler quelqu’un en exigeant un prix trop élevé.

Saviez-vous que... L’expression mettre à pied pour désigner une perte d’emploi nous vient tout droit de l’époque de la cavalerie Saviez-vous que… L’expression française ? En effet, la discipline s’en balancer com me de l’an dans la cavalerie, comme dans quarante nous vient de l’époque l’armée en général, n’était pas des croisades ? Lorsque les croisés quelque chose que l’on pouvait revinrent de Terre Sainte, ils prendre à la légère. Pour les ramenèrent dans leurs bagages fautes courantes et quelque peu une expression née en Palestine, soit s’en balancer comme de l’Al insignifiantes, un certain nombre de punitions pouvait être imposées. Coran, le livre sacré des musulmans. Mais pour les fautes jugées plus Or, presque personne en Europe graves, le cavalier était soumis à ne connaissait le nom de ce livre sacré. L’expression semblait donc une sanction plus sévère, parce que fort mystérieuse. plus humiliante. Il s’agissait d’interdire Mettant l’expression ... soit s’en au cava l ier de sur le compte des balancer comme accents régionaux monter son cheval, de l’Al Coran, le d e s c roi s é s , le s ce que l’on appelait livre sacré des gens crurent qu’ils mettre à pied. La musulmans. s’agissaient d’une cavalerie n’est plus, mystérieuse année mais l’expression est quarante que les croisés auraient restée. vécue alors qu’ils combattaient les Saviez-vous que… L’expression musulmans. L’expression s’est donc enfirwaper nous vient de l’époque répandue sous la forme de s’en de la Nouvelle-France ? Lorsque balancer comme de l’an quarante. les Amérindiens voulaient acheter un fusil, ils devaient s’adresser à la Saviez-vous que… L’expression Compagnie de la Baie d’Hudson, faire un four nous vient de l’époque les Français refusant de leur en du théâtre français d’avant la vendre. Pour acquérir un fusil, Révolution ? En effet, on ne pouvait ils devaient empiler des ballots de à cette époque compter sur le gaz, fourrure autour de trois fusils réunis et encore moins l’électricité, pour par la gueule et placés le plus près éclairer les salles de spectacle. On du sol afin de créer le plus grand éclairait donc à la chandelle. Par soucis d’économie, les chandelles cercle que possible. Ils devaient en étant chères, on n’éclairait que la empiler jusqu’à hauteur du bout des partie occupée dans l’assistance. canons. Cette opération imaginée Moins une pièce remportait de par les commerçants anglais se disait in fur wrap : envelopper succès, moins on éclairait les salles, de fourrures. Les Amérindiens et donc plus la partie obscure des payaient donc très nettement rangées de siège était grande. Une trop cher pour un seul fusil. Les salle où peu de sièges étaient occupés

était d’autant plus sombre, sombre comme un four. L’expression est restée jusqu’à nos jours et signifie encore qu’un spectacle est un échec. Saviez-vous que… L’expression bon hom me sept heures nous vient des campagnes du Québec du XIXe siècle ? En milieu rural, la rareté des médecins et des hôpitaux posait de gros problèmes quand quelqu’un se déboîtait une articulation, une blessure courante avec les travaux pénibles auxquels les gens étaient confrontés. On faisait donc appel au ramancheur, appelé aussi rebouteux, pour réduire une luxation, voire une fracture. Les Anglais aussi procédaient de la même manière. Dans leur langue, ce spécialiste s’appelait un bone settler. Pour les francophones, qui dans leur ensemble ne parlaient pas anglais, cette expression était bien mystérieuse. Elle est donc passée de bone settler à bonhomme sept heures.

Ce soir, les tambours et les cordent tintent et roucoulent Au rythme, l’herbe grésille dans ma pipe fumante J’écoute les murmures de la nostalgie aux échos extatiques et bohèmes Ces orgies de poésies décadentes Le cerveau qui déraille dans la brume me rappelle Ces glorieux souvenirs où l’on chantait dans la crasse L’hymne à la passion, de nos voix rauques et démentes Une autre bouteille se consume, et les rires grincent dans mes tympans La musique couvre l’ennui, et ouvre l’esprit aux émotions véhémentes Lorsqu’ordre et terreur se marient si bien Que sont-ils dévorés d’idéaux et de philosophie Je fus toujours émerveillé des nuits d’ivresse et autres ordures Les paupières demi-closes, planer au cœur de la cavalcade des infortunés Où se dresse, sur un trône de fleurs, l’orchestre vénéré des âmes grotesques et impures Ces fantasmes machiavéliques me rappellent un passé brodé de beauté De débauches amoureuses, où l’écho de nos cœurs Commémore aujourd’hui maintes aventures Où, émancipé des exigences humaines, plongé dans les fleuves colorés d’euphorie Raisonnait un chant de liberté et de luxure Des pas lourds dans le jardin de mes ruines natales Souvenirs flous gravés sur la pierre Des fresques clairvoyantes me rappellent jadis Où, immaculés de poésie, on vagabondait Un point dans la voûte céleste irradiée d’une puissance créatrice Pour l’espoir d’une introspection infinie Et ce soir, les orbites salées, parcourant le pavé d’antan Se découpe dans la brume cette déesse humble M’invite-t-elle dans son antre de sagesse ? Elle est la personnification de mes défuntes magies Les yeux écarquillés devant le récit de ses périples Me ramènent à ces authentiques nuits blanches Où en tant qu’avorton, j’avais l’illusion d’une puissance qui transperce mon cœur Des tripes jusqu’à la tête Ô toi, le visage de l’accomplissement et de l’Art Qui s’élève au-dessus des hommes Murmure à mon oreille cette époque bénie des vauriens Où dans l’exaltation et les fêtes l’écho de nos rires invoquait la liberté jusqu’à l’aurore dulcifiant Et toi, grande dame, tu es le visage de ce passé béni Puisses-tu accepter, cet humble hommage, cette ode pour tout ton être

Patrick Boulay

de travail plateaux s e d e ip u ar l’éq

de Rue, de Point

2012.

isé p

al Vitrail ré b sur papier, 2013.

Patrick Boulay, plom

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littérature

Journal de rue LA GALÈRE

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journallagalere.com Julie C.

Parmi mes lubies enfantines, se trouvait la certitude que les parents cachaient des choses. Je savais qu’il y avait un monde réservé aux adultes. Il me semble donc que j’avais décidé inconsciemment qu’il y avait des secrets uniquement destinés aux jeunes âmes. Ainsi, il me paraissait possible de pouvoir voler, enfin léviter à quelques centimètres du sol, si je le voulais très fort et ne le disais à personne. Je ne me rappelle pas avoir réussi l’exploit ailleurs qu’en rêve. Comme quoi, il n’est presque pas envisageable qu’un enfant ne se prenne pas lui-même au sérieux. Il essai de comprendre la vie. Parfois, j’aimerais retourner à cet état naïf, même s’il n’était pas exempt de tracasseries et de peines.

La maison de Jacques Ferron à Louiseville, photographie par Julie C., 2013.

Jacques Ferron Je ne m’imaginais pas, en passant l’autre jour au côté de cette maison dont la façade m’étais depuis longtemps familière, entrer dans le monde merveilleux de Jacques Ferron. Sainte-Ursule, QC Julie C. Non. Natu r ellem ent p o u s s é e à l i r e d e s c on t e s , L’Amélanchier m’a quand même beaucoup surprise et grandement plu. Le récit contient une histoire assez simple, mais la narration est plus complexe. Jacques Ferron, né à Louiseville en 1921 et décédé en 1985, était médecin, écrivain et politicien.

Dans les années 60, l’homme devient davantage militant et fonde le Parti Rhinocéros, qui existe toujours. Les personnalités souverainistes qui ont participé à ces campagnes fantaisistes et satiriques sont Robert Charlebois, Victor Lévy-Beaulieu, Gaston Miron, Michel Rivard, Raoul Duguay, etc. Pour revenir aux personnages de Tinamer (anagramme pour Martine, fille de l’auteur) et de son père, ils m’ont donné envie d’écrire

sur mon enfance. Ne vous méprenez pas : je ne veux pas raconter les évènements qui se sont passés dans ma jeunesse… Ce que je désire, c’est faire la paix avec mes idées d’enfant.

régulièrement aux petites heures pour vérifier que mes parents étaient encore là, à dormir.

Julie C .

Dans ma tête de fillette, les personnes qui habitaient autre part que dans la maison familiale ne prenaient vie qu’en ma présence chez eux. Autrement dit, j’imaginais que le monde se réduisait à mon propre univers. Imaginez mon embêtement quand j’entendais Par exemple, petite Je savais qu’il y m a g r a nd-mère fil le, je croyais avait un monde que la mor t ne réservé aux adultes. di re : « Je suis allée à l’épicerie passait chercher hier matin ». Je ne le s g en s qu’on com pr en a i s pa s a i me que d a n s la nuit. Comme la plupart des comment elle avait pu faire ça, enfants, je n’avais encore jamais vu puisque je n’avais aucun souvenir un corps inerte. Je me levais donc d’y être allée. Je ne pense pas ici aux grandes espérances telles que l’arrivée du Père Noël et le passage de la Fée des dents. Je songe plutôt aux notions fondamentales qui régissaient ma vie quotidienne.

Le livre qui a changé ma vie

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reflet de société

Les Toxicos ...

qui pratique de l’aveuglement volontaire, la honte dans le regard, qui lui est mort dans leurs yeux.

Les avez-vous aperçus dans les rues des villes ? Oh ! Yes ! Les Politicos, les Politiciens ? Oh , que No !!! Oh ! Non !!! Les avez-vous aperçus dans les rues des villes ? Là est toute la question... trois-rivières, QC Peeter Killen O. Les Toxicos, ils errent tels des fantômes dans des fringues devenues trop grandes et sous lesquelles on devine une maigreur inquiétante. Ils ont la mine couleur ville, grise. Parfois ils tremblent de froid en été ou crèvent de chaud en hiver : on voit des gouttes de sueur qui glissent le long de leur visage et la goutte de morve qui s’écoule de leur nez et ne s’arrête que lorsqu’ils ont eu leur dose. Derrière des milliers de masques sans vie, des drames surdosés de douleur, ce sont autant de destins qui se jouent. Lorsqu’ils ont eu leur dose, ils réapparaissent dans le monde des vivants, comme les gens, comme les autres, ceux qui se croient libres. Malgré cela,

torturent : ce sont des toxicos en manque, de pauvres mecs et nanas qui errent sur leur vaguelette de vie, perdus, courant après un nuage de coton sur lequel leurs angoisses seront dissoutes, déposées comme une offrande, pour enfin atteindre des secteurs de leur esprit qu’ils ignorent. L’héroïne et les amphétamines ne sont pas des rigolades, elles ne font pas que s’attaquer aux corps, elles s’attaquent aux âmes, prennent ces parents usagers dans leur filet diabolique. Si le diable avait un visage, ce pourrait être celui des camés. Ces drogues calment trop bien nos souffrances pour ne pas attirer vers elles ceux qui ont le mal de vivre. Là où nous sommes tous égaux. Même ceux et celles qui se pensent plus forts ! Myriam Bellavance

Myriam Bellavance, crayons de bois sur papier, 2008.

ils ne sont jamais vraiment bien. Lorsqu’ils sont en manque, il leur faut dénicher leur substance, celle qui les soulagera. Et s’ils n’ont pas d’argent, ils vivent de terribles moments, selon le milieu auquel ils appartiennent.

Les drogues sont aussi libératrices de barrières de pulsions pour ceux qui en ressentent le besoin. Ils s’en servent pour s’enivrer et faire la fête des fêtes, pour oublier ou se soigner ou encore travailler, sans oublier le sexe.

Argent ou pas, sans dope, ils sont pliés de douleur, continuellement obnubilés à marcher vers un faux destin qui les fera attendre dans le froid le plus cinglant. Les origines sociales jouent leur rôle. Les élites sont avantagées, camées jusqu’à la moelle des os, ils peuvent atténuer leur douleur physique de leur drame, mais l’intérieur souffre.

Quelque soit l’usage que l’on en fait, elles portent toutes les mêmes malédictions lorsqu’elles prennent le pouvoir sur vous... Vous ne vous en apercevez pas vraiment tout de suite, mais les risques sont là, tapis en embuscade des hommes et des âmes. Elles sont prêtes à faire de votre intérieur une purée mentale de jeux.

Dans certains quartiers, groupes au coin des rues, ils attendent le dealer qui délivrera leurs viscères des terribles mains d’acier qui les

Vous vous croyez plus forts que tous ces mecs et nanas qui se plantent, pour devenir des fantômes, errants, brisés de l’intérieur par une société

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Une so c iét é qui le s i g nore publiquement, hormis lorsqu’il s’agit de faire de la politique spectacle, en activant les répressions ou du fric ! Vous vous croyez plus forts et pourtant vous ne ferez pas le poids devant ces substances qui génèrent des maux dont vous n’aviez pas idée. Question : Avez-vous déjà vu un téléthon pour lutter contre les drogues ? Vous ne savez pas quels pouvoirs ces drogues peuvent prendre sur vous, malgré tous les avertissements qu’on vous aura faits, même si ce fut mal fait. Au regard de ce qu’est réellement la situation, des résultats des diverses situations passées, nulles ou pratiques, de par des politiques et des politiciens qui ne savent que trop bien qu’ils ne font pas et ignorent tendancieusement tout ce qui devrait être entrepris. Ils savent qu’ils ne font pas ce qui devrait être fait, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils devraient faire et parce qu’ils ont peur de perdre leur emploi ou leur carrière d’élitiste subjectivement imaginaire.

influence énorme sur les décisions légales. Nous aurions dû remédier aux désastres que provoquaient les drogues lorsqu’on s’est aperçu quel les pren a ient une place grandissante dans notre société, malgré les interdits, ou à cause de ceux-ci. Mais nous ne l’avons pas fait, alors qu’il y avait déjà urgence. Pourquoi ? Cela n’est pas simple et si nous avions accepté de poser les bonnes questions en acceptant les réponses, sans doute que nous avancerions vers une meilleure gestion des drogues et des toxicomanies. Nous nous enfermons dans les pièges du passé et nous refusons de revoir l’état des lois face à leur réalité actuelle sur les stupéfiants. Il y a beaucoup d’hypocrisie, de mensonges autour des problèmes qui en émergent, mais on se refuse de revoir ce dont sont faites les lois actuelles à ce sujet, alors que nous connaissons les ravages qu’elles provoquent dans l’ensemble des familles canadiennes et québécoises au plan sanitaire, social et mental, ainsi que l’effet de ces substances sur la société.

que les morts-vivants, ce n’est pas des histoires ou des trucs de cinéma. Les morts-vivants, ils existent, et vous en croisez souvent dans vos rues. Ce sont les toxicos ! Coincés. Ils n’ont plus de solution et savent ce qui les attend, la mort, la vraie, celle qui fait que c’est fini ! Mais pas une mort comme on pourrait l’accepter, non, c’est plutôt par une mort atroce qui se révèle à eux par les salutations de virus apolitiques et parasociaux, ou de bactéries qui s’en font des repas de rois ! Pourtant ce sont des êtres humains quoiqu’ils puissent faire dans certaines limites, et on ne peut pas rester indifférent à cette souffrance qui est leur lot au quotidien. Au cinéma, les films ont souvent leurs junkies, toujours les mêmes clichés, toujours les mêmes lâchetés suintant des personnages à la réalité sociale du toxico, de la grosse bullshit aux yeux de beaucoup ... Mais ce sont justement ce genre de cons inconséquents qui vont voir la guerre des cons, et qui vont se payer des places onéreuses au cinéma pour voir l’homme invisible.

Qui aurait pu penser que nous participions à la création d’un immense marché qui deviendra au s si i mpor t a nt que celui des Avez-vous déjà vu armes, des énergies un téléthon pour ou du commerce lutter contre les alimentaire ?

C’est comme si, c o l l e c t i ve m e n t , nous refusons de voir la réalité en face. Que ce soit drogues ? la répression ou les plans sanitaires Or, si vous avez le courage d’avoir un regard mis ou non en place. Il n’y a, à mon pour eux, les toxicos peuvent humble avis, aucun résultat ou si vous sembler des gens à peu près peu. Il n’y a pas 10% de réussite dans normaux, mais si vous regardez le traitement des toxicomanies au bien, vous remarquerez qu’ils ont Québec, comme si on voulait qu’il en soit ainsi au plan politique, bien le regard vide, vide de l’amour qui trempé, par ricochet, et directement a disparu de leur vie. Ils sont sans dans le trafic de celles-ci. vie, bien que leur corps vous dise le contraire. Ce sont des junkies. Quant à celles qui sont libres, c’est Certains très conscients et désirant sans entrave qu’elles se développent vivre ce trip pour des raisons qui sous nos yeux, faisant toujours plus leur sont propres, assurent leur de victimes. Nous avons créé un histoire plus ou moins bien : ce sont monstre politique qui nous échappe les gentlemens-riders, des hommes depuis longtemps, l’alcoolisme. tel que je le fus pendant plus de vingt ans, des gens qui ont intégré Cette toxicomanie est sans nul la dope à leur vie de malheur afin doute la plus meurtrière, mais il faut de la rendre moins douloureuse et garder les traditions des énarques supportable. Malheureusement, les monarques intactes, et l’alcool est plus nombreux sont sur le mauvais une tradition cotée des vignerons, versant et descendent vers les égouts des buveurs qui se veulent esthètes, de la vie. Ils deviennent des ombres donc on ne l’interdit pas pour ne hideuses prêtes à tout pour se libérer pas en priver les bons vivants qui et se délivrer de ce singe hideux qui eux, consomment des alcools de leur gratte la tête. bonne qualité, sans compter le côté économique de la chose, qui fait Selon ce que vous êtes, selon votre qu’on se refuse à agir. classe, votre regard sur les drames de la toxicomanie parentale ou non On interdit le cannabis qui est sera teinté de divers sentiments, la moins dangereux, mais ça c’est une répréhension ayant moins de succès autre histoire, histoire de morale et que la compassion. Ainsi, il y a de peur. beaucoup de gens qui se détournent de cette réalité-là, sans doute aussi La lutte contre les trafics est vaine. par peur d’être touchés trop près par Toutes les politiques le savent très ces drames intimes qui ruinent bien bien malgré leurs discours et leurs des vies ... actes qui disent le contraire. Ils se refusent toujours à oser remettre en Les drogués, ils vivent l’enfer au cause ce que la société décidait il y a quotidien lorsqu’ils sont malades, et presque un siècle, lorsque la morale n’ont aucun espoir de revenir dans le judéo- chrétienne avait encore une monde des vivants. Ce qui fait dire

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bandes-dessinées à compléter

Le petit galérien j’ai enseigné en chine

Nos premières rencontres avec l’espèce Raymond Leblanc Nos premiers souvenirs sont de maman, papa, frères et sœurs. Évidemment ! Ce sont nos premières rencontres avec l’espèce… N’oublions pas que ce sont eux qui comprennent que nos couches sentent louches, que notre bedaine n’est pas pleine ou que cette première dent, ce n’est pas plaisant. La façon de dialoguer… Chialer de pleine voix à pleins poumons ! Question d’attirer l’attention. Personnellement, je viens d’une famille de six garçons et d’une fille. Incluant mon frère jumeau qui, Dieu merci, est mon identique. La chicane dans la cabane se terminait toujours par maman qui disait : « Attends que ton père revienne ». Pourtant, il avait bien le droit à un peu de répit puisqu’il était pédiatre et que les chialeurs le visitaient du matin au soir. Pauvre de lui. En plus, il nous coachait (avec d’autres enfants) au hockey. En somme… Un saint homme. Aujourd’hui j’ai 56 ans et je suis privilégié d’avoir enseigné l’anglais pendant 18 mois en Chine. Un enfant par famille, ou plutôt un prince ou une princesse par famille. Certains se donnent même le droit d’avorter si c’est une fille ! Question de lignée… Zappa d’allure ! Pas de revanche du berceau dans ce coin-là.Comptons-nous chanceux d’être simplement aimés. Fichonsnous du fait que ce ne soit pas du steak à tous les soirs. L’amour d’un parent est inébranlable. Même à travers nos conneries, ils nous encouragent à devenir meilleurs. Aimons-les et disons-leur car demain ils ne seront peut-être plus là. Et ce n’est qu’à ce moment-là qu’on regrette.

er, 2013.

Alain C., plomb sur papi

Celui qui pardonne tout le temps Yvon Blanchette

Djou

ch Yvon Blan

Djou

et te

Djou, faux vitrail, 2012.

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zone littéraire Zone Urbaine

L’amour Molock T’es-tu déjà demandé d’où venait l’amour ? Pourquoi l’amour, jusqu’où l’amour C’est fort, réconfortant, sécurisant Les gens désespérés si accrochent Comme à une bouée de sauvetage Tu croyais peut-être l’amour merveilleux Comme dans les films Mais c’est plus simple, dans la vie Cela va de soi, c’est naturel L’amour ne se ternit pas, il mûrit La flamme brûle au commencement Et par la suite elle se tempère Pour pouvoir se consumer plus longtemps

Photographie par Zone Urbaine, 2013.

Nuit de folie qui m’apostropha en hurlant : « Misérable ! Tu vas embrasser mon cheval, mon cheval que j’aime tant ! » Je croyais confusément que c’était le fantôme de Don Quichotte qui n’appréciait pas ma présence trois-rivières, QC dans sa chambre préférée. Pas du Alixanne tout ! Il sortit son poignard de sa ceinture, me tailla ma gorge, Je me trouvais dans le et vous pouvez constater train, à destination de que j’ai conservé de Toronto. Mon côté cet épisode de ma rêveur m’inclinait vie, cette encoche à penser que j’étais Je vous demande de dans mon cou. Mon assis dans l’Orientme laisser trouver voisin ne mentait Express, ou encore le sommeil. pas. Je me mis à dans le train Bleu. - Et pourquoi frissonner. Alors il me donc ? lui rétorquai-je. demanda de me mettre Ai-je l’air de quelqu’un à genoux devant l’effigie de que l’on peut niaiser aisément ? son cheval, qu’il avait fait consul. Je refusai et le frappai au visage. Notre bataille fit tant de bruit, que Mon voisin éclata de rire. l’aubergiste fit irruption dans ma - La destination touristique chambre. Il était allé voir une jeune à laquelle je pense, mon cher, n’est femme sur mon palier, qui appelait pas une destination dont on revient au secours depuis des heures. Elle facilement. prétendait que quelqu’un d’invisible - La mort, la folie ? était dans sa chambre, et que cette Pire…Le Désir. - entité mystérieuse lui avait dévoré - Faites-vous allusion à ce son repas, arraché les pages de tous Tramway nommé désir ? ses livres, pour enfin occuper son lit. - Je ne vois pas ce que vous voulez dire… Je vais vous raconter - Vo t r e h i s t o i r e e s t effrayante. Pour moi, vous vous ce qui m’est arrivé au début de êtes trouvé dans l’Auberge de la ce troisième millénaire. J’avais à peine vingt ans, votre âge, et j’étais Jamaïque de Daphné du Maurier. Je parti tout seul, avec mon sac à dos vous demande de me laisser trouver sur le chemin de Saint-Jacques de le sommeil. Compostelle. Tout se passa très bien, jusqu’à ce que j’arrive en Mon voisi n se t ut , et je Espagne. Un soir, j’avais trouvé m’endormis. Maintenant que je me refuge dans une auberge, dans réveille, je ne sais plus ce que je dois laquelle paraît-il, avait séjourné Don penser de tout cela. Étais-je dans le Quichotte en personne ! Je trouvais train de Lac-Mégantic, ou bien cela très plaisant, très original, moi dans celui de Madrid ? Quel rôle y qui aime tant la littérature… ai-joué ? Pourquoi suis-je enfermé - En effet… dans une cellule d’isolement en hôpital psychiatrique ? Je ne me - Je m’étais profondément endormi, lorsque soudain, je fus souviens de rien. Je crois que quand réveillé en sursaut, par Caligula. on ne se rappelle pas de son histoire, Je vis tout d’abord un homme et bien, on s’en invente. Au moins, vêt u d’u ne t enue r om a i ne , pour pouvoir dormir.

« Je souh aiter ais vous déconseiller une destination touristique en particulier », me déclara mon voisin de train.

AVION Michelle Roy Grand oiseau d’argent Signant le ciel d’un sillon blanc Navire du ciel Ascenseur de nuages Jouet du vent Évadé de la terre Conquérant de l’espace Fuite Liberté

Pour chaque couple, un amour différent Chacun y trouve son bonheur Parfois on y laisse un peu de soi Trouveras-tu le bonheur d’un enfant ? Papa est là, il va te raconter une histoire Bien sûr c’est bon d’y penser, d’y rêver Dis-toi qu’il n’y a pas d’obligation dans un couple On ne force pas la main, on essaie de comprendre c’est tout En cours de route tu pourras t’égarer Mais toujours tu retrouveras ce phare Cette chaleur, cette flamme Tu devras être fort, et l’amour t’apportera de la force Comme un bouclier, il peut te protéger

Des blues

pe Rose Latuli David Blais

Linda Audet Blues au cœur Page blanche, tu es là encore Mes souffrances je te confie Pour apaiser cette peine qui me détruit Les matins sont amers et la nuit l’est plus encore L’amour ne m’aime pas, elle m’échappe une fois encore Les blues du ciel frappent ceux de mon cœur Ils ont ce bleu cruel de la mer Ce bleu qui fait mal aux yeux Cette mer bleue se déverse dans mes pupilles Elle se gonfle et jette son écume sur mes rivages Elle use mes grèves où s’amasse le sable Pour mourir au coin de mes lèvres Ce goût salé qui me rappelle toujours mes blues au cœur Je n’y échappe, je me noie doucement Ma respiration est difficile, je meurs je crois Se noyer et rester là, ça enlève des blues au cœur Ma tête a mal, mon cœur aussi Mon corps se tord sous la pression qui s’y blottit Mes blues sont là, ils ne me quittent pas Disparaîtront-ils ou seront-ils bleu pâle ? Les jours bleus, les jours gris Quelle est ta couleur, oh toi bonheur ? Blues du cœur ou blues de mer ? De quelle couleur est le Phoenix ? Du bleu de ses cendres ou du bleu de la vie ? Des blues du cœur sûrement !

Ô ma Rose iction leur et d’affl Que de dou la silhouette vois arriver L orsque je arême e et sacré C De l’austèr ieillard venirs de v de mes sou d n fo rise b ro p la s s t dan Du plu roux valsan es al ét p x u re Tes bea ge de lumiè ur tel un an Ton teint p e le cristal ssi belle qu Et ta voix au es du pays s les hom m u to er v rê Faisait meurs grands char re D’habiles et cœur matu rendre ton p à t en ai Cherch e par vint Mais nul n ton amour À dérober

al nd Carnav L ors du Gra violons s le ar p e uit ir Tu étais séd m me à chér trouver l’ho te e d ai y J’essa n prince qui serait to L’archange o p int ’en voulus Hélas, tu n is és je te dicta ements sacr ss ents ti ém er d v s ’a d ra Que ans ses b d a rt o p em t’ s de l’Enfer La musique des danger e èr u g s ai uci s ténèbres Tu ne te so éloignait le re iv v e d ie jo Puisque ta

vêtu me de noir Un bel hom une danse er tis Te proposa conseils av malgré mes s n corps ta p to ce e d ac Tu llégresse l’a er êt rr ’a d sonna Tu refusais na, sonna et n so it u in m Et soudain s tour de vou dansèrent au es m am fl al M Des rise du briser l’emp Tu voulais a ton âme rt ête empo B la , as él H abysses ba dans les Et tout tom Ô ma Rose fant et douce en me moi Ma pauvre om mes com h es d e ir o aire beauté Dans la mém e ta légend d t n ro d n pe Ils se souvie Rose Latuli leux nom : u b fa n to t E

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votre opinion

Mon Café, mon bébé !

Raisonnement

détourné l’attention de l’enfant pour comme je devais partir quelques le ramener lui-même à sa maîtresse. jours, je décide de faire garder mon Tout étonné moi-même de ce geste, toutou par un ami qui ne restait pas trois-rivières, Qc Nicolas Sourdif Par pur hasard, un jour je la remerciais de venir partager très loin. À mon retour, le chien de printemps, ma mère arrive cette histoire avec moi. avait disparu. Encore des recherches, chez moi avec un petit Année après année, mais sans résultat attendu. Plus rien, La natu r e est une œuvre chiot âgé d’à peine d’art. Une œuvre d’art qui vient c e c h i e n m’é p a t a i t pas de nouvelle ; une semaine, un quelques semaines, encore et encore . mois passa, toujours rien. J’avais d’une œuvre d’art...ainsi de suite : très affectueux et Une autre fois, la perdu mon chien. Je m’étais fait ça prend une intelligence. La Bible ne demandant à l’idée que c’était terminé avec Il avait, avec le voisine me demande est un véritable trésor à découvrir. qu’à être aimé. Ce temps, pris des de promener mon beaucoup de mal. Très dur d’oublier, Il y a le spirituel et une connaissance petit toutou qui chien. Étant déjà habitudes. mais c’est la vie. qui vient avec. Où se trouve-t-elle ? a première vue ne très occupé j’accepte J’ai quitté le quartier et suis La charité est un voulait rien d’autre avec plaisir ; lui ne allé m’installer plus loin. Un an feu intérieur. Pour demandait pas mieux. ou presque après mon départ, je que s’amuser et se faire avoir du succès, La charité est un C’était sans savoir que mon la piété. La grâce des amis. Aussitôt arrivé à la passe dans mon ancien quartier et feu intérieur. divine, c’est son maison, il était déjà adopté. chien écoutait des gestes avant de j’aperçois un enfant, sa grand- mère Par sa couleur brunâtre foncée, traverser une rue, mais la voisine et un petit chien se promenant dans amour, son être, son le nom de Café lui a été donné. n’avait pas porté attention à cela un parc. C’était mon Café, tout fier esprit. La philosophie embrouille Semaine après semaine, ce chiot l’esprit. Remplacez philosophie en le promenant. En arrivant sur le de lui et me saluant à sa manière me surprenait toujours. Il aimait coin de la rue, le chien ne voulait habituelle. Moi, ne faisant rien voir par science. Les idées imaginaires les promenades. Il aimait aussi pas suivre. Elle revient avec le chien et ayant reconnu mon petit Café. qu’on peut avoir. Qui est Dieu la voisine qui, en mon absence, réellement  ? Que dit la Bible, et me dit que Café ne veut pas la La grand-mère m’expliqua que son s’occupait de lui comme d’un en réalité ? Oui, il y a moyen de suivre. Étonné moi-même, je lui jeune avait trouvé ce chien et l’avait enfant. demande si elle a fait les gestes pour adopté le temps que son maître réussir, et ça ne se trouve pas ailleurs revienne le chercher. De mon Ce chien adorait par-dessus tous le faire traverser. Le chien n’avait qu’en Jésus-Christ. les enfants. Une garderie établie à pas eu le O.K. pour traverser alors côté, je lui annonce qu’ils peuvent quelques pas de la maison attirait il attendait simplement sur le coin arrêter les recherches car ils ont son attention. À chaque fois que de la rue. trouvé le maître. Charmant de voir je revenais à la maison, ce chien ce jeune gamin avec le chien, je lui U n matin je cherche mon Nicolas Sourdif me saluait en s’étirant les pattes toutou. Pas chez la voisine, pas à demande : « Je veux juste une chose, de devant et en s’inclinant la tête la garderie. Où est-il ? Quelques aime ce chien car lui t’a choisi. Il comme par politesse. Si j’avais le personnes se mettent à chercher demande simplement à être aimé ». D’allure courtoise et fresque Nicolas Sourdif malheur de le laisser lousse un mon chien. Deux heures de Et je suis parti. Même avec l’astuce, nous blesse recherche, toujours rien. Tout à instant, il filait à la garderie. Il avait, Aujourd’hui ce chien aurait dix-huit Béni soit le nom aux affaires obtues coup une voisine arrive en auto : Que si, ou bien la mesure du moment délaissé avec le temps, pris des habitudes. Le ans. C’était mon bébé. Peeter Killen O. «  J’ai Tendrement. matin une petite visite à la garderie ret rouvé Que si on veut partir, laisse, par de mes vieux, si bien, au près, serré question de voir un peu les enfants v o t r e M’amuse, contractant et, l’après-midi, il attendait la visite chien, Mère, tendrement de la voisine. Elle aussi admirait d i t- e l l e , Fuite mon petit Café. Parfois je la prenais il a suivi Mon amour du fond des canevas, je l’estime sur le fait avec un os à soupe frais un jeune Par le dehors malin, s’il y a des difficulties à la main pour donner à mon cher camelot ». Or il se peut que l’amour aime l’ivresse toutou. M o n Caresseset digne de mon présent Un jour, je reçois la visite de dieu  ! Je la propriétaire de la garderie. Elle me suis venait me remercier car mon chien dit : faut avait peut-être sauvé la vie d’un v r a i ment de ses enfants. Eh oui ! « Votre aimer les chien, Monsieur, est un héros à mes yeux ». Il avait surpris un enfants. enfant s’éloigner de la cour et avait Plus tard, Peeter Killen O., acrylique sur papier, 2013. trois-rivières, Qc Serge

De l’allure

information sur le journal Journal de rue La Galère www.journallagalere.com Les éditions La Galère 337, rue Laurier, C.P. 46 Trois-Rivières (Québec) G9A 5E3 819-373-1018 journallagalere@gmail.com www.pointderue.com

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Imprimeur : Les impressions Stampa Le journal de rue La Galère est un Dépôt légal : Bibliothèque nationale média indépendant et alternatif du Québec traitant de sujets divers avec un angle Bibliothèque nationale du Canada différent des médias de masse. Ses principaux collaborateurs – pigistes, Équipe de production poètes, artistes, illustrateurs, Président : camelots – vivent ou courent le Jacques Longval risque de vivre une situation de Capitaine : Philippe Malchelosse marginalité sociale Timonier en chef : Informations sur le journal Olivier Gamelin Adjoint à la timonerie : Parution : Bimestrielle Réal Noël Tirage : 2 000 exemplaires Secrétaires à la timonerie : Fiduciaire du journal : Catherine Lebrun-McKinnon Équipage de soutien : Suzanne Gauthier, Emmanuelle Caya, Stéphane Dubé, Sylvain Papillon, Samuel Champoux, Mathias Boulanger, Réal Noël, Patricia Côté, Geneviève Charest, Eve Lamontagne,

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Guillaume Lévesque et Jean-Félix leurs opinions, leurs idées, leurs expériences, leurs émotions, leur Raymond Saint-Germain rage, leur joie, leur tristesse, leur Correction : Louise Bouchard solitude, leurs espoirs. Distribution : Point de rue et ses 135 N’hésitez pas à nous faire parvenir camelots vos textes, poésies, dessins, Les opinions et les interprétations peintures, photographies, etc., en figurant dans le présent numéro lien ou non avec le thème. du journal La Galère sont celles des auteurs/es et ne représentent En personne : pas nécessairement celles du mardi au jeudi, 8h00 à 16h30 Par courriel : Gouvernement du Canada. journallagalere@gmail.com À chaque fois que vous achetez Par téléphone : 819-373-1018 un exemplaire de La Galère, 1,00$ revient au journal. Le journal RÉMUNÉRATION est le seul produit que l’on peut 1/2 page de texte : 10,00 $ offrir au nom de La Galère. Nota- 1 page de texte : 20,00 $ (900 mots) benne  : considérant l’augmentation Illustration / photo : 15,00 $ des  coûts de production, le journal de rue La Galère sera désormais DISTRIBUÉ par POINT DE RUE vendu 3$, en conformité avec tous les autres journaux de rue au Québec. Mon Point de Rue Point de Rue est un organisme Merci de votre compréhension. communautaire à but non-lucratif Vous souhaitez collaborer au créé en 1993 à Trois-Rivières. À l’origine, l’organisme offrait journal La Galère ? Bienvenue aux poètes, aux franc- exclusivement des services en tireurs, aux artistes, aux dessinateurs, travail de rue. Toutefois depuis aux bédéistes, aux photographes, 2000, les besoins identifiés aux sans-voix et autres marginaux par les personnes rejointes ont désirant exprimer publiquement amenés l’organisme à développer

des services plus diversifiés qui permettent d’offrir aux personnes en situation d’exclusion sociale et d’itinérance l’opportunité de trouver des portes de sorties efficaces. www.pointderue.com

DE PERSONNES VIVANT OU COURANT LE RISQUE DE VIVRE UNE SITUATION DE RUPTURE SOCIALE. LE JOURNAL DE RUE ET LES EDITIONS LA GALERE SONT PARRAINES PAR L’ORGANISME EN TRAVAIL DE RUE TRIFLUVIEN POINT DE RUE.

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Journal la galère

Vol. 11, no.06 / Déc. 2013 -Janv. 2014

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Mission sociale du journal de rue

De la rue jusqu’à vous ! Journal La Galère Méd ia a lter nat i f t rait a nt de problématique comme la pauvreté et la marginalisation avec un angle différent des médias de masse, le Journal de rue La Galère représente aussi un moyen pour des personnes vivant la pauvreté d’acquérir un revenu supplémentaire. Un journal de rue reflète l’actualité de toute une communauté, tout en étant accessible à l’ensemble des citoyennes et des citoyens. C’est aussi un média qui, par son concept, essaie d’apporter sa pierre à l’édifice de la lutte pour la réinsertion des personnes qui, à un moment donné de leur existence, ont été exclues du marché du travail et laissées en marge de la société. Avec sa parution bimestrielle et son tirage de 2000 exemplaires, le Journal de rue La Galère est une presse alternative qui vaut vraiment le coup d’œil. Spé c i f i q u e m e n t , l e j o u r n al a p o u r objectifs de : • Encourager les personnes vivant ou courant le risque de vivre une situation de rupture sociale à se prendre en charge et à acquérir des habiletés personnelles et sociales par le biais de la pratique journalistique, artistique et culturelle ;

• Développer chez les galériens

et les galériennes un sentiment d ’a p p a r t en a nc e a c t i ve à l a communauté ;

• Développer un lien de confiance avec les individus afin de les accompagner et de les soutenir dans leur prise en charge personnelle et dans la résolution des différentes problématiques qu’ils vivent ;

• Assurer aux individus vivant une situation de rupture sociale une rémunération d’appoint afin d’assurer leurs besoins de base (nourriture, vêtements, loyer) ;

• Développer des out i l s de

communication permettant aux individus en situation de rupture sociale d’interagir avec le public dans un contexte de vente ;

• Responsabiliser les camelots en soutenant leur capacité à faire des économies ; • Permettre aux individus de développer un sentiment de fierté et d’amour propre face au travail honnête qu’ils pratiquent. Il va sans dire que vendre La Galère réduit les méfaits liés aux « larcins de fin de mois » ;

l’empowerment et la prise en charge personnelle des camelots et des pigistes impliqués au sein du journal. Vous souhaitez collaborer au journal de rue La Galère ? N’hésitez pas à nous faire parvenir vos textes, poésies, dessins, peintures, photographies, etc., en lien ou non avec notre thème.

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Le Le journal journal de de rue rue trifluvien trifluvien La La Galère Galère est est publié publié tous tous les les deux deux mois mois et et est est entièrement entièrement rédigé rédigé par par des des personnes personnes vivant vivant ou ou courant courant le le risque risque de de vivre vivre une une situation situation de de rupture rupture sociale. sociale. Seul journal de de rue rue en en Mauricie Mauricie et et au au Centre-du-Québec, Centre-du-Québec, La La Seul journal Galère est tirée tirée àà plus plus de de 12 12 000 000 exemplaires exemplaires annuellement annuellement et et est est distribué distribué par par plus plus de de 135 135 camelots. camelots. Galère est Le Le journal journal La La Galère Galère est est tributaire tributaire de de l’organisme l’organisme en en travail travail de de rue rue Point Point de de Rue. Rue.

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Journal de rue LA GALÈRE / décembre 2013 - janvier 2014  

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