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Volume 10, #3

POÉSIES

Christophe L. Béliveau, Yohann Clément et bien d’autres…

Art

Vernissage de Michel Forcier

Bandes dessinées

Les nouvelles aventures de Mask

ma maison

D a n s c e n u méro :


Couverture L’être fragmenté, par Michel Forcier

Coordonnées Journal de rue La Galère 337, rue Laurier, C.P. 46 Trois-Rivières (Québec) G9A 5E3 www.journallagalere.com Tél. : 819 373-1018

Équipe de production Timonier en chef : Olivier Gamelin Adjoint à la timonerie : André Gagnon Infographie : www.gamelinidesign.ca Distribution : Point de Rue

Informations Parution : bimestrielle Tirage : 2500 exemplaires Fiduciaire du journal : Point de Rue Financement : Service Canada Imprimeur : Les impressions Stampa Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada Les opinions et les interprétations figurant dans le présent numéro du journal La Galère sont celles des auteurs/es et ne représentent pas nécessairement celles du Gouvernement du Canada. À chaque fois que vous achetez un exemplaire de La Galère, 1$ revient au journal. Le journal est le seul produit que l’on peut offrir au nom de La Galère. Pour faire un don au journal, prière de libeller votre chèque au nom de Point de Rue.

Toute reproduction à but non-lucratif est fortement encouragée.

Sommaire 03 04 05 06 07 07 08 12 13 14 15 15 16 16 17 17 18 19 20 22 23 24 25 25 26 28 28 29 30 32 32 33 33 34 34 35 36 37 37 38

Éditorial • Olivier Gamelin La jeunesse se fou de se faire enfirwaper • Urban Zombie Mon appartement et moi • Michel Dupont Malmaison • Denis Marcotte Habitation • Daniel Héroux Moi l’homme de la rue • Cédric Gyselinx Les nouvelles aventures de Mask • Serge Conte de la chasse galerie • Carole Bergeron Là où j’habite • Denise S. Côté Cette maison c’était toi • Linda Carter Mon chez-moi • Steve La perrière Ma maison est où ? • Laurent Richard Ma maison – sa maison • Louise Plante Construction d’un tipi • Frédérick Desprès Les sans-dehors • Christophe L. Béliveau Mon poulailler • Korbo Poésies • Vangolet Au bout du chemin • Rita Dupont Le plus grand voyage de ma vie • Thierry Évrard 1634 : la capitale manquée • Denis Marcotte Poésies • Yohann Clément Correspondance • Daniel Héroux L’anarchisme • TAZ Petit mot pour le maire • Christian Choquette Politique France 2012 • Éric Bussière Le pouvoir • Gilles Cassivi Sans titre • Korbo Le salon du livre 2012 • Carole Bergeron Vernissage • Michel Forcier Un appartement • Vangolet Liberté • Yohann Clément Ma galère quand même • Linda Audet Comme clou et croix • Triton Mot d’un camelot • Yvon Deshais Mot d’un camelot • Normand Hamelin Enfants malades • Confidence Poésies • Anarky Mon état d’esprit • Yves Marcotte Témoignage • Marie Francine Dupont Le criée publique • La direction

Illustrateurs / trices

Michel Forcier, Vangolet, Audrey Levasseur, Sacha, Patrick Boulay, Carole Bergeron, Denis Noël, Korbo, Catherine Lebrun McKinnon, Davyd Egan, Hélène Lavoie, VGB, L-P, Molockh, Triton, Carlos Pesos, Alexis Samson, Anarky.


Olivier Gamelin

Éditorial

Votre maison, elle ressemble à quoi ? par

Olivier Gamelin, rédacteur en chef

Et vous, votre maison, elle ressemble à quoi ? Les murs sont-ils solidement bâtis ? La fenestration hermétique aux intempéries ? Ses pièces sont-elles décorées avec goût ? Vous sentez-vous en sécurité, dans votre maison ? Y êtesvous bien au chaud durant les grands vents d’hiver et au frais lors des lourdes canicules d’été ? Y recevez-vous confortablement votre famille et vos amis lors des fêtes de Noël et des congés estivaux ? Peut-être même disposezvous d’une piscine, d’un solarium verdoyant, d’un gazebo quatre saisons, voire d’un joli jardin scrupuleusement entretenu ? Et vos voisins dans tout ça ? Sont-ils toujours disposés à vous rendre service ? Partagez-vous à l’occasion quelques moments de détente autour d’un feu de joie, d’un BBQ ou simplement accoudés sur une clôture mitoyenne ? Si vous avez répondu par la positive à l’une ou plusieurs de ces questions c’est que, certainement, vous travaillez fort pour assurer votre confort. Et vous y tenez. Cela sans compter, entre nous, cette petite chance que la vie vous offre et qui vous empêche de basculer de l’autre côté du mur, du côté de la rue, sous les ponts, là où la maison n’a plus ni mur, ni commodité, ni sécurité, ni chaleur, ni rien d’autre que soi-même.

opportunité supplémentaire à un camelot – et à 200 autres galériens – de palier à l’un de ces besoins de base. Un p’tit deux, comme on dit, qui peut mener loin, parfois jusqu’à un chez-soi bien à soi… Dans le présent numéro de La Galère, nous avons demandé aux galériens et autres collaborateurs du journal leur appréciation – ou non – de leur lieu d’habitation. Qu’ils résident dans une maison, un logement, la cellule d’un centre de détention, la chambre d’un hôpital, le lit d’un centre d’hébergement pour personne sans-abri ou dans la rue, il nous importait de connaître et de vous partager leur point de vue. Faire le pont, en quelque sorte, entre votre maison et la leur. Les galériens et les galériennes qui ont choisi de s’exprimer sur le thème qu’on leur proposait vous ouvrent ici les portes de leur domicile ; leur entrebâillerezvous avec autant de générosité les portes de votre propre demeure ? Bienvenue chez nous et bonne lecture !

C’est rarement, très rarement par choix que l’on choisi la rue comme maison. La liberté que l’on y trouve n’est qu’éphémère. On peut certes s’en contenter un temps, dormir sous la tente, dans la boîte d’un camion ou dans une boîte de carton, sur un banc de parc durant la belle saison, mais tôt ou tard tout le monde désire sa propre maison, son chez-soi, son bercail, ses pénates, votre maison, en briques celle-là, en pierres, en bois, un logis chaud et accueillant où il fait bon vivre. Manger, boire, s’habiller et poser un toit sur la tête. Voilà les besoins de base que tout citoyen est en droit d’exiger. Voilà ce que la société doit fournir à tous ses citoyens, malgré leurs différences, leurs valeurs parfois contradictoires, nonobstant leur souhait légitime de vivre libre. Pourtant, trop nombreux sont les hommes et les femmes de tous âges qui ne parviennent pas à combler cette base élémentaire. Lorsque l’on bénéficie de l’aide financière de dernier recours comme unique revenu, comment satisfaire l’un de ces besoins sans rogner sur un autre ? Avec une allocation de 586$ par mois, on ne se loge pas sans couper dans la nourriture (le coût moyen d’un loyer à Trois-Rivières est de 505$/mois) ; pareillement, on ne se nourrit pas décemment sans négliger la qualité de son lieu d’habitation (le prix du lait, par exemple, a augmenté de 40% depuis 2002). En achetant le journal de rue La Galère, vous offrez une

Illustration par Vang

olet MARS • AVRIL 2012

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Ma maison

La jeunesse se fout de se faire enfirwaper! Par Urban

Zombie

Messieurs face de Pinocchio ottawayen et face de clown provincialpithèque, oserais-je vous rappeler que la jeunesse forge l’avenir ! De quelle façon aidezvous la jeunesse ? Est-ce que vous trouvez que la jeunesse se porte bien ? Vous semble-t-elle en santé ? Que faites vous pour les jeunes éduqués par l’état ? En foyer nourricier depuis l’âge de six ans, switché d’un côté comme de l’autre sans aucune sécurité, au minimum douze foyers nourriciers, trois ou quatre fois en centre d’accueil et swing le Ritalin, la seule chance que ces jeunes ont eu c’est la disparition de la D.P.J lors de leurs dix-huit ans. Combien sont-ils ? C’est un peu comme l’eau qui coule sous le pont, avec les années ça en fait une bonne gang. Là, ces jeunes reçoivent leur premier chèque d’aide sociale et ils se rendent compte que leur gros chèque rapetisse sans arrêt (les coupures). Les politiciens coupent dans les programmes de retour aux études, les subventions d’emploi, l’éducation, les prêts et bourses, les programmes sociaux. Avez-vous évalué les dommages ? Combien de jeunes vont souffrir de vos ineptes décisions ? Le clown et Pinocchio font trois petites coupures et puis s’en vont. Le jeune, lui, fait trois petits tours dans la chambrette qu’il peut se payer. Un lit simple, une chaise, une petite table et un tapis trois par six, déprimant en sacrement. Tout ce luxe pour plus de la moitié de ses gains mensuels. Ensuite faut bouffer, avoir une passe d’autobus pour se chercher de l’emploi, des vêtements propres pour les entrevues, un téléphone pour recevoir des appels. Ne trouvez-vous pas que c’est un tantinet trop demander à ces jeunes ? Devenez membre du sélect club des œillères. Y sont seulement acceptés les têtes de Pinocchio et les têtes de clown. Équipés d’œillères vous pourrez couper et couper sans rien voir des torts causés. Vive la jeunesse ! Vive l’avenir !

4 La Galère ı MARS • AVRIL 2012

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r Audrey Levass

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Message à tous les jeunes, seul votre voix ne porte pas loin. Mais si tous les jeunes se rassemblent et crient : « C’EST ASSEZ ! Nous ne voulons pas de votre avenir, nous ne voulons pas de votre avenir mais nous voulons notre avenir ». Peut-être réussiront-ils à insuffler un réel vent de changement dans la société. Réveillez-vous les jeunes ! Unissez-vous les jeunes ! Manifester fait partie de la démocratie. Vous semblez ne plus connaître cette notion ! Je vous souhaite bonne chance !


Par Michel

Dupont

Mon appartement et moi J’ai un ami fidèle et c’est mon appartement. Il est toujours là pour moi, mes peines et mes joies. Il est très accueillant pour les gens qui veulent bien venir chez lui. Mon appartement n’est pas très grand (2 ½), mais lui et moi savons comment recevoir les gens qui viennent nous visiter. Mon appartement et moi avons même quelquefois accueilli des gens chez nous pour une courte période de temps. Ces gens n’avaient pas d’endroit pour dormir et se réchauffer. Mon appartement et moi nous étions là ! Nous les avons reçus sans leur poser de question. Dans mon appartement on peut ressentir de l’amour, de la joie et beaucoup de chaleur humaine. Il est prêt Illustration par Sacha tout le temps à accueillir des personnes qui ont besoin d’un abri ou d’un petit coin pour se réchauffer dans les moments plus froids, ou même quand ils n’ont rien à manger. Cela même si mon appartement et moi ne sommes pas riches. Mon appartement et moi sommes très fidèles entre nous. On a une très grande complicité pour mettre les personnes qui viennent nous visiter très à l’aise. Pour terminer, il n’y a qu’une seule condition pour venir nous visiter et c’est le respect de lui et de moi. Voilà le rapport que mon appartement et moi avons depuis neuf ans.

Michel Dupont

POÉSIE

Déménager,

c’est l’enfer !

Je ne sais pas ce que vous pensez du déménagement, mais pour moi c’est l’enfer. Juste à l’idée qu’il faudra que je déménage, ça me rend malade. Quand on arrive dans un endroit avec dix boîtes et nos meubles, et qu’après un an ou deux on repart avec vingtcinq boîtes et plus de meubles encore, c’est l’enfer ! D’autant plus quand on est seul pour emballer nos boîtes et trouver quelqu’un pour nous aider à déménager nos meubles et nos boîtes. Là, tout le monde se trouve des excuses pour ne pas nous aider. Le plus drôle, c’est que ces mêmes personnes, un mois auparavant, étaient toutes prêtes à venir nous aider à déménager. Mais le temps venu, elles sont toutes disparues comme par hasard. En plus, quand tu arrives dans ton nouvel appartement ou ta nouvelle maison, il faut que tu fasses le ménage parce que certaines personnes ne connaissent pas le mot propreté. Et, comme je vous le disais un peu plus haut, quand tu es seul pour faire tout cela, c’est l’enfer ! Et là je ne parle pas de peinturer et boucher les trous laissés par les anciens locataires. Je ne parle pas non plus des dépenses que cela occasionne quand tu n’as pas beaucoup d’argent et que tu n’arrives pas à manger à ta faim. C’est pour cela que quand j’habite dans un quartier que j’aime bien, comme celui où je vis présentement, je reste le plus longtemps possible. Cela fait neuf ans que je vis où je suis et je m’y sens très bien. Cela m’a permis de connaître des gens comme le Point de rue que j’aime et que j’apprécie énormément. Vive la stabilité ! MARS • AVRIL 2012

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Malmaison Par Denis Marcotte

J’avais tiqué la première fois que je croisai ce mot. Il m’avait fallu quelques recherches pour savoir qu’au Moyen Âge, il signifiait une famille touchée par un mauvais sort pénible. Une famille de la noblesse française portait même ce nom. C’est une histoire de malmaison que je veux vous raconter. Une histoire authentique. Et pour le faire, je dois vous parler de Ti-Philippe. Ti-Philippe était à la limite de faire partie des gens de la rue. La seule chose qui le distinguait de ce groupe, c’est qu’il avait une maison. Par contre, pour le reste, il était d’une rare extravagance et ne passait jamais sans être remarqué. Je me souviens de l’avoir vu circuler en plein été vêtu d’un simple sous-vêtement. On riait souvent de lui dans son dos, mais jamais devant lui. Le bestiau faisait dans les six pieds, carrure de molosse et face à

était à l’image de son quartier : délabré et abandonné. Il avait appris à éviter certaines rues. Les gens se scandalisaient de le voir passer en bermuda, fin saoul et injuriant ceux qu’il croisait. Certains avaient appris à se servir allègrement de leur boyau d’arrosage. Après quelques douches inattendues, Ti-Philippe avait appris où ne pas passer. Ti-Philippe avait toutes les audaces. Un jour, il s’était présenté au marché IGA en bas de la côte Plouffe et il avait demandé à M. Joly, le propriétaire, de lui donner vingt dollars pour manger. À la fin des années soixante, vous pouvez me croire, vingt dollars ça valaient pas mal plus cher qu’aujourd’hui. M. Joly lui avait offert de faire une épicerie gratuitement, mais Ti-Philippe avait insisté pour avoir de l’argent. Pensant que Ti-

sol en terre le r u s e r r e pe par t

Ti-Philip a v u o r t n O « n. ». de sa maiso

faire peur. Pour les ti-culs que nous étions, il était très impressionnant. Il était aussi emblématique de la paroisse SainteMarguerite de la fin des années soixante. Le tracé de l’autoroute venait de jeter à terre des maisons et des blocs qui avaient tous en commun d’être miséreux. Quand on trace une autoroute, on la fait toujours passer par les quartiers pauvres. Il en coûte moins cher de jeter des pauvres à la rue que des riches. À quelques mètres près et notre maison y passait aussi, pour les mêmes raisons. Ti-Philippe

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Philippe voulait ménager sa fierté et payer ses achats au comptoir, M. Joly avait fini par lui donner vingt dollars. Sitôt l’argent en main, Ti-Philippe avait demandé une caisse de 24. Il n’y avait que lui pour faire une telle chose, ce qui ne contribuait pas à améliorer son image. Un jour, le chien de Ti-Philippe engagea un concert non-stop de complaintes. C’était le seul ami de Ti-Philippe,

un gros chien aussi noir que bâtard. Quelques voisins avaient frappé à la porte de la résidence de Ti-Philippe pour lui intimer l’ordre de faire fermer la gueule à son gros chien sale. Devant l’absence de réponse et devant le caractère interminable des vocalises canines, quelqu’un avait fini par appeler la police. On trouva Ti-Philippe par terre sur le sol en terre battue de sa maison. Il était d’abord tombé sur les genoux avant de basculer par en avant, recroquevillé sur lui-même comme un énorme fœtus, terrassé par une cirrhose du foie qu’il avait patiemment entretenue durant une quarantaine d’années d’alcoolisme quotidien. Une étrange atmosphère était tombée sur le quartier lorsque la nouvelle se fut répandue. Un matin, mon père rentra du travail et prit place au bout de la table. Il dit comme ça à ma mère : « Je suis passé devant le cimetière ce matin et j’ai pensé à Ti-Philippe. J’arrête pas d’y penser ».

battue

Il n’était pas le seul. Autant personne ne voulait le voir de son vivant, autant il manquait étrangement à tout le monde. Il était d’une malmaison et il avait eu droit au sort qui vient toujours avec. C’est une fois disparu que les gens mesuraient leur intolérance du moment contre cet homme dont personne ne semblait connaître le vrai nom. Ça s’est passé il y a près de 40 ans, et j’y pense encore…


Daniel Héroux

Habitation Par Daniel Héroux

Parlons d’habitation, logement, appartement, une place où dormir, rester, habiter… Ben voyez-vous, j’ai connu la hutte avec des branches de sapinage, en passant par l’igloo, le tipi, le wigwam, la tente, la tente roulotte, la roulotte, le campement avec des gaulles (petits arbres de 2 à 3 pouces sur les souches pour faire l’armature). Pour le moment, ça fait un an que je vis dans une auto-home.com, dans mon camion et depuis décembre 2011 dans une roulotte. Une dame au salon du livre me posait la question à savoir si c’était un choix d’être dans la Illustration par Patrick Boulay rue. Je lui ai répondu que non, ce n’était pas un choix. Mais avec le recul, pour ma part et pour bien d’autres, si nous avons choisi la rue c’est pour la liberté. Un bon jour, il faut bien se résigner. Quand bien même t’essaies de te battre avec la machine gouvernementale qui écrase le petit pour se remonter… « Le riche tue le temps et le temps tue le pauvre… »

l’homme de la rue

Ne vous en faites pas pour moi, j’ai déjà dormi à la belle étoile, à la pluie battante. Dans une hutte, il mouillait (pleuvait) autant dedans que dehors. Avec des plastiques on venait à bout de sauver le plus important. J’ai déjà eu comme lit un tas de branches de sapinage, une corde de bois, une brouette dans une grotte, etc. Des abris de fortune que l’on se faisait avec les scouts, une petit feu pour un peu de chaleur sans trop de boucane. Ha ! Ha ! Voilà les dernières chambres, logements, appartements que j’ai eus. Je gelais l’hiver, tandis que dans ma roulotte, c’est moi qui contrôle la température. Merci bonsoir ! P-S : On se faisait aussi des cabanes dans le foin. Que ça sentait bon !

Par Cédric

Gyselinx

Cédric Gyselinx

Moi,

Mes habits tombent en lambeaux et mes chaussures sont trouées. Mes cheveux sales collent à mon front dégarni. Mes poches sont vides, j’ai plus un sou. Ma barbe, hirsute et jaunie par le tabac, me donne un air sauvage, sans doute repoussant. Ma maigreur témoigne de mon alimentation irrégulière et de mauvaise qualité, ma mauvaise santé. Je dors dans la rue froide à même le sol, sur les trottoirs de Toronto, ce monstre de ville. Les passants me dévisagent avec dégoût ou me contournent avec indifférence. Certains m’injurient et parfois me crachent au visage. Dans cet empire capitaliste et tellement matérialiste, le royaume du dollar, l’homme préfère le Dieu Argent au Dieu Amour. L’humanité

est tournée dans la mauvaise direction, celle qui rend les gens égoïstes et justement déshumanisés. Certains sont beaucoup trop riches et d’autres n’ont rien. Que d’injustices et de non-sens ont lieu dans cette société ! Ces derniers sont obligés de mendier pour survivre, de voler parfois pour manger à l’ombre des gratteciels. J’ai le poids des années sur mes épaules rabougries, le regard délavé par la tristesse de ne plus avoir connu de foyer heureux, d’amitié et d’amour depuis si longtemps que ça semble être dans une autre vie. A soixante-dix ans j’en ai tant vu que je pourrais presque faire un livre racontant tout cela. Quand j’avais douze ans, mon père m’envoya travailler dans une mine du nord où l’éducation manquait. De ce fait, il est impossible pour moi d’écrire correctement. Couché sur des cartons dans mon sac de couchage déchiré, la tête reposant sur des journaux comme oreiller, je contemple les nuages vagabonds. Je pars loin dans mes pensées, mon seul moyen d’évasion. Peut-être un jour le monde changera, me dis-je, et deviendra plus juste, plus sain, plus humain avec du bonheur pour tous, du bonheur qui sera partagé par tous. Peut-être…

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es

les aventures de Mask nouvell

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Par Serge


Ma MAISON

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les aventures de Mask nouvell

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Par Serge


Ma MAISON

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de la chasse galerie en la demeure de mes nuits Par Carole

Bergeron

À l’arrière et à l’avant, un bœuf bienveillant, garde un œil vigilant, nécessaire pour la sûreté de ma chaumière et ses occupants. Le soir venu, ma maison ferme les yeux, me gardant soit prisonnière de mes pensées, soit me sauvegardant du danger de celles-ci, cela dépend. À la lueur de ma flamme intérieure, lé de ma vie, source intarissable, se promène sur les cloisons de mon cœur, mes esprits ombragés qui se cloîtrent en ma demeure. Cette maison siège sur des fondations bien enracinées. Elles s’édifient par des principes de liberté. Ses fondements sont taillés dans le roc par les arrivants premiers. Vers le second étage, j’entreprends une montée par l’escalier en tire-bouchon fabriqué au goût d’un certain menuisier. Celui-ci ayant tous les talents d’un compositeur, car les degrés de cette montée se font sur un ton enchanteur. Puis, l’amour valse vers la chambre nuptiale d’où, en rêverie, je m’attarde. Par la fenêtre, objectif d’espoir de mes aïeux, s’allumait tout espoir en mes yeux. Maintes et maintes fois en réalisait le geste, mes ancêtres auparavant. Au p’tit matin, sur mon toit enchaumé, je plantai un mai pour hisser le drapeau de ma fierté en ce mois de mai. Maison de paix où je donnai naissance et où je portai secours aux indigents. Tantôt maison donnée, bien ordonnée, tantôt petite maison désordonnée autant par ma folie que par mon aliénation. Demeure aux couleurs saisonnières et, parfois, demeure aux murs sans couleur sur quoi reflètent mes idées, à la noirceur. Maison bien tenue où l’on offre bien à manger. Bonne maison, pas très grande, d’où coule en abondance l’amour. Maison contenant peu de biens, mais par contre riche, très riche en membres composés d’une même famille. En effet, car deux merveilleuses et talentueuses jeunes femmes, puis trois forts – généreux – vaillants jeunes hommes la composant, et moi-même, femme combative et si douce, cela va de même, et trois adorables petitesfillettes toutes joufflues se sont rajoutées, descendance assurée… Tous et toutes avons les yeux aux couleurs de l’amour et de la bonté.

role Bergeron

Illustration par Ca

Chaumière nourricière, prenant assise par une ronde bergère qui descend

12 La Galère ı MARS • AVRIL 2012

Carole Bergeron

Conte

d’une lignée de la force, de la justice et de la gloire. Domaine ayant pour appellation : Milam de la Bergerondans. C’est une bonne maison où il fait bon vivre. Maison noble car elle a vu naître. Maison de bonne renommée, ne jouissant peut-être pas d’une grande fortune assurée, mais jouissant de doux rires d’enfants. Maison ensoleillée, sans division, bien équilibrée. Résidence maternelle qui se veut hospitalière, dont les membranes qui forment la maisonnée de celle-ci deviennent essentielles au bon maintien de tous ses murs. Que se soit le gros mur, le mur de soutènement, le mur d’appui, le mur de clôture ou le mur de la vie privée, tous sont éléments indispensables pour assurer la pérennité en mon foyer. Cette maison rend hommage à cet unique millénaire compagnon qui à celle-ci confère une empreinte spectrale du Moyen Âge, c’est-à-dire l’if. Mon if qui se fait si rassurant par sa présence depuis la nuit des temps. De toute taille, un défi posé contre toute mesure. Puisque de l’intérieur il se nourrit, assurant ainsi sa survie. Cet arbre se ramifiant si majestueusement. Ce compagnon, le bienfaiteur me faisant ressentir en bienfaits son pouvoir de guérison. En toute humilité, je rends grâce à l’immortalité de cet aïeul. La clé, solide pilier, le quai, si fidèle après tant d’années, ma moitié, mon côté. Voilà ! En mes rêves, vous ai abordé en mon humble demeure. Voici qu’en vérité, aux abords de mon cœur, je brode et ce, pour mon plus grand bonheur, cette maisonnée bien dentelée qui s’élève sur un air d’aller et que partout ailleurs j’emporterai. L’ensemble contenant mes cinq portées et mes trois petits anges en mon sein, vont rester. Puis, par-dessus tout, le chœur de mes petites-filles, adorables toutous. Du nom d’Émilie Jolie, de Mélodie d’amour et de Marianne, supportées par le chant mélodieux de cette douce mélodie d’amour. Hum ! Ravissantes et satisfaisantes… Ha ! La maisonnée… Serais-ce la mélodie du bonheur ? À bien y réfléchir, c’est bien y sentir, n’est-ce pas ? La chaleur de tout foyer, la continuité de la maisonnée ? Et j’ai signé aux Trois-Rivières de la Saint-Maurice : Marie Jeanne Carole Nicole Bergeron Poirier Lanteigne, acadienne de souche, en ce dimanche 12 février de l’an 2012. P-S : Avions émission de générations pour nation, en formation. Unissons nos chansons que nous bâtissons avec de bons chevrons, maintenons cette garnison en un son compagnon, le son de la libération.


«Là où j’habite …» Par Denise

S. Côté

Une chambre à deux lits Des murs blancs défraîchis Deux fenêtres fermées sur des cheminées L’unique paysage dont mes yeux ont l’usage Là où j’habite Aujourd’hui

Une mer de souffrance D’où montent des SOS d’un silence si fort Qu’ils crèvent le tympan De l’oreille du cœur

Je ne suis jamais seule Toujours il y a quelqu’un qui entre ou qui sort Passe le plateau du repas Passe le laveur de plancher Passe un médecin Passe une infirmière et les médicaments Passe le gardien de nuit et son œil lumineux Passe le temps Trop lentement Là où j’habite Le silence n’existe pas Dès que le jour se pointe Ma voisine de lit ronfle comme un hors-bord À l’heure des visites Quand on demeure ici au cinquième psychiatrie Le va-et-vient résonne Je suis si épuisée Je suis là pour dormir Pour ramener en moi le sommeil qui m’a fuie Comment pourrais-je dormir Quand ma voisine pleure dans sa nuit angoissante En revivant les drames qui l’ont conduit ici Et qu’elle cherche ma main pour être un peu moins seule Quand dans la chambre d’en face Le grand blond pousse des cris si chavirants et tristes Du fond de sa douleur, seule compagne de nuit Quand les autres chambreurs s’agitent et paniquent Eux qui n’ont personne pour leur tenir la main C’est ici que j’habite Une école spécialisée où les autres résidents Ceux qui n’ont dans la vie ni tendresse ni réconfort Ni bras pour les étreindre ni épaule pour pleurer M’enseignent tous ensemble en accéléré Le cours 101 de l’extrême pauvreté La chambre où j’habite Se situe en pleine cœur d’une mer de détresse Formée de toutes les larmes emprisonnées Et celles empoisonnées par nos indifférences MARS • AVRIL 2012

ı La Galère 13


par

Linda Carter

CETTE MAISON, C’ÉTAIT TOI Linda Carter alias Sharkie, familialement heureuse

Oui, c’était toi, mon père. C’était nous, maman (ta belle Toni), et moi, et mes cinq sœurs et mon petit (grand) frère. Oui, toute cette belle maisonnée. Sylvie, déjà dans le ventre de maman, la septième enfant née de l’amour. Nous vivions dans un appartement bien modeste, mais qu’en apparence. Puis, les parents ont décidé qu’il était tant d’avoir notre chez nous.

foyer, il était à son image, bâti ben droit, parce qu’il ne l’a pas seulement construit, c’était un travail irréprochable, rien de croche ou à refaire. C’est vrai, et il a prit des cours de danse, de judo. Il faisait du ski de fond, du vélo et il m’a même appris à nager. Ouais, tout un homme, mon père, un monument, savoir comment, j’érigerais un buste à son effigie, en son honneur.

C’est là que Jean-Louis (papa), cet homme travaillant et aimant a commencé à bâtir lui-même notre maison. Il a d’ailleurs bien failli y laisser la vie, alors qu’il creusait le solage et que la terre a déboulé sur son dos et l’a pratiquement enseveli. Toutefois, il en fallait bien plus que cela pour arrêter mon père et il a continué après cet incident à monter les murs et le reste à partir de son propre plan, parce qu’il savait aussi dessiner. Il n’y avait rien à son épreuve ; il a vraiment tout fait, l’électricité, la plomberie, le chauffage à l’huile, les fenêtres, la peinture, tout. C’est hallucinant ce que cet homme pouvait faire de ses dix doigts. Et, comme si ce n’était pas suffisant, il était brillant, les mots croisés, joués et souvent il nous battait au Scrabble et il nous aidait pour nos devoirs, autant en français qu’en mathématiques, etc.

Comme c’était un endroit agréable à vivre, même aujourd’hui, après le décès de mes deux parents, la maison où demeure mon frère et ma plus jeune sœur est demeurée l’endroit où l’on se réunit pour jaser, prendre un bon café, parler de tout le bonheur de notre famille.

Après ça, qui peut bien me dire le contraire que de vouloir un homme comme lui ? Comme mentionné dans un poème pour la fête des pères : je lui ai fait verser quelques larmes en lui écrivant un peu à la blague qu’il était responsable du fait que j’avais de la difficulté à me trouver un homme à mon goût. Je le voulais comme lui et il ne semblait pas y en avoir d’autres du même gabarit. Toutefois, j’ai eu l’immense chance de l’avoir comme papa. Il a donc terminé de construire notre maison. Et nous y avons été heureux tous les neuf parce qu’en plus de tout cela, il débordait d’amour, autant pour ses 7 enfants que pour maman. Ce

14 La Galère ı MARS • AVRIL 2012

J’ai été une fille vraiment choyée chez moi. Et non, je ne parle pas du tout de favoritisme, mais, choyée, l’un comme l’autre avec le même attachement, la même qualité d’amour entre nous tous. Malheureusement, je ne suis pas auprès d’eux maintenant. Mais mon cœur et mes pensées sont toujours dans ma maison, avec ma famille que j’aime du plus profond de moi. Bâtir sa maison, lui, c’est un château d’amour qu’il a bâti de ses mains. Tu me manques tellement, j’espère qu’un jour nous serons réunis à nouveau. Merci d’avoir contribué à la femme que je suis. Je souhaite à tout et chacun que leur maison, leur chez-soi soit comme celui que j’ai eu avec ma famille.


La maison Laperrière

Steve Laperrière

Mon chez-moi je vais vous le décrire selon ma perception à moi et à ma conjointe qui est malade depuis au moins six années. Elle fait de l’obésité morbide sévère. On fait des démarches auprès des personnes concernées, mais jamais elles ne nous donnent des nouvelles à propos de son opération, même si elles disent que c’est urgent pour sa vie. Les ostis ne bougent pas ! C’est toujours du pareil au même ! Moi je sais ce que je vais vous faire comme réponse si jamais elle meurt parce que vous n’avez pas su l’écouter : « Pourquoi vous pardonnerais-je ? » Je vous demande juste d’essayer de prendre deux minutes pour réfléchir à ce que je vis et de permettre à une personne d’arrêter de souffrir pour le bien d’une société grandissante. Sauvez une vie et vous en gagnerez peut-être deux de plus ! À toi Jacinthe À toi, la jeune femme qui m’est prêtée par Dieu, femme que j’admire par sa détermination, par son caractère… Mais c’est souvent la faute de son amoureux Steve ! Mais qu’est-ce que tu veux à la place ? C’est notre caractère qui se forge à force de vivre ensemble.

Par Laurent

«le Père» Richard

Mon enfance se déroula dans ma maison paternelle. En 1977, mon père me légua sa maison. J’y ai élevé mes enfants. Seize ans plus tard, j’ai vendu ma maison paternelle à mon frère. En 1988, je suis parti pour le Témiscaminque. Elle est où ma maison ? Mon emploi m’a propulsé dans cette région pendant 22 ans. Après tout ce temps, je suis revenu dans la région, dans un logement au Cap-de-la-Madeleine pendant 7 mois. On m’a poussé de ce logement. Elle est où ma maison ? Mon frère m’a hébergé dans la maison familiale pour un mois. De retour à Trois-Rivières, j’ai eu la chance de découvrir Le Havre, une maison pour les personnes démunies. Dû à une erreur gouvernementale, ma sécurité de vieillesse fut déposée 4 semaines plus tard. Ce fut un autre départ. Elle est où ma maison ? Puis j’ai déniché un autre logement à 550 $/mois, mais c’était trop pour moi. Trop, c’est comme pas assez. Elle est où ma maison ? Je la cherche rick Boulay Illustration

par Pat

MARS • AVRIL 2012

Patrick Boulay

Par Steve

Ma maison est où ?

Laurent Richard

Mon chez-moi

encore. En décembre 2011, j’ai trouvé un autre logement. Ça fait 4 mois présentement que je reste ici. J’ai la chance d’avoir découvert Point de rue. On y est très bien accueilli, repas gratuit, je me suis fait des amis, on est tous des démunis. C’est une véritable famille. Les intervenants nous donnent des conseils. Point de rue, c’est aussi La Galère. Le journal est un média indépendant traitant de toutes sortes de sujets. Nous, les personnes de la rue, y donnons nos opinions en toute liberté. À 65 ans, je ne pensais pas vivre toutes ces situations. Elle est où ma maison ? Ma maison, présentement, c’est Point de rue parmi mes amis, grâce au gouvernement qui nous a propulsés dans la rue. Le gouvernement nous écrase comme des pommes pourries. Où sont les belles années ? Présentement, les étudiants sont en pourparler avec les élus. Si l’entente n’est pas convenable, ça fait quoi ? D’après mon expérience, il y aura plus de monde dans la rue. À 65 ans, elle est où ma maison ? Elle est où votre maison ?

ı La Galère 15


Par Louise

Plante

Je m’achète un set de vaisselle, ma voisine aussi. Je m’achète un char, ma voisine aussi. J’abrite un sans-abri qui est presque sans linge, on voit l ’ h i v e r passer à t r a v e r s . Illustr ation par D Il est enis N oël nerveux, tout tremblant, je l’invite à entrer dans « sa » maison, je lui donne l’occasion de se réchauffer dans un bon bain chaud, pendant qu’un ami à moi lui prépare du linge. Il ressort de la salle de bain les yeux bien plus beaux qu’avant. Je lui demande s’il a faim, je lui sers un bon café. Il regarde avec émerveillement son vêtement bien chaud. Après il s’en retourne se coucher sur un banc de parc ou un abri de fortune. Avis à ma voisine, au gouvernement, aux députés, au maire Lévesque, donnez donc de l’espérance à ces gens de la rue et débloquez vos budgets gigantesques pour leur donner un toit. Si vous vous payiez un lunch de moins ou un repas faramineux par semaine, les moins nantis auraient tous un toit !

16 La Galère ı MARS • AVRIL 2012

Illustration par Patrick Boulay

Louise Plante

Ma maison – sa maison Description d’un

capteur de rêves

Par Frédérick

Desprès

Le capteur de rêves sert à filtrer les zones négatives des rêves et les transforme en zones positives. En plus, il change les cauchemars en rêves. Il faut secouer le capteur de rêves une fois par semaine, sinon les effets du capteur de rêves seront nuls.

Construction d’un tipi Par Frédérick

Desprès

1- Réunir 9 à 10 branches égales 2- Trouver 30 à 45 mètres de corde ou de racine d’arbre 3- Trouver de la peau d’animal, si possible de loup 4- Trouver une aiguille solide 5- Creuser 9 à 10 trous de 1 à 2 pieds de profondeur 6- Attacher les 9 à 10 branches ensemble avec la corde 7- Coudre la peau autour des branches


Les sans-dehors rencontrent les sans-abri par

Christophe L. Béliveau

Rester dehors ou aller en dedans Faire le mort pour rester vivant Quand tu as l’option de ne pas avoir le choix Pis que tu es considéré tellement à gauche que t’as plus de droit La froideur du ciel étoilé En opposition à la chaleur du foyer Te donne par contre un magnifique plafond Dommage que tu dormes avec des frissons Si seulement tu étais colimaçon Ce serait un beau compromis Entre le plein air et la maison Mais la majorité aux conventions sont soumis Vagabond qui vit au jour le jour Banques milliardaires mettant les gens à la rue Comme pour jouer un mauvais tour Tactique militaire pour faire vivre un calvaire Grâce à eux le peuple de la terre a de la misère

eau

e L. Béliv

Christoph

mon poulailler Par Korbo

Assis au coin d’ma table Ronde j’tourne en rond Dans mon espace vital Ma propriété de papier À rouler car c’est tou C’qui m’a resté Si tu viens m’voir, à défaut De ne pas avoir de bière M’a t’offrir un café Même peut-être un p’tit joint Pour rester copain Copain c’était mon chien Un de mes meilleurs copains Mais dans mon p’tit criss de poulailler Les chiens ne sont pas acceptés Pis ça fait chier Ça fait que j’me suis acheté Deux p’tits bettas Un rouge pour PINK Pis un bleu pour FLOYD

Illustration

par Korbo

MARS • AVRIL 2012

ı La Galère 17


Par Vangolet

Vangolet

Ma maison Ma maison c’est une hutte Ma maison c’est une hutte Une hutte en bambou Sur une plage océane Pas chauffée ni éclairée Un plancher en terre Je suis seul… Je couche par terre Puis à cinq heures Gelé de la tête aux pieds Je me réveille Sans terre au plancher Sans chaleur sans mère Sans hutte sur un banc De la neige aux pieds Ma maison est un rêve Qui réchauffe la neige En sable chaud Cette chance que j’ai eue De savoir vivre Ces rêves M’habitent comme une réalité

Là je mens Un homme Cent logements Souvent une cellule Pour une autre Dans un bloc À degrés variés Froids ou glacés Puis l’été dehors Sans toit, seul ! Libre de cloison J’ai ressenti la chaleur D’être ailleurs

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Illustration

let

par Vango

la maison

Je suis parti de Quand je suis parti de la maison J’ai laissé tout le monde derrière moi… Une porte, un châssis, un trou dans un mur S’il avait fallu que je défonce De toute façon Une sortie se doit quand il faut Et s’il faut c’est qu’il est vrai Que sans cette sortie Jamais je n’aurais pu Dire l’importance selon moi Comme une très modeste offrande De ce que j’espère de plus


Dupont

Je crois personnellement que les gens qui réussissent dans la vie, s’ils sont vraiment heureux, ressentent le besoin de partager cette abondance avec d’autres, moins chanceux. Ce sont des gens de conviction, pour ne pas dire des gens de foi. Et pour moi, le bonheur se situe à cette mesure, à savoir qu’un bonheur égoïste n’apporte que le plaisir, tandis que le vrai bonheur, lui, nous apporte la joie véritable ainsi que la satisfaction d’avoir accompli ce qu’il fallait au moment nécessaire. Je sais que beaucoup de gens pratiquent cette façon de faire et, le plus souvent, sous le couvert de l’anonymat le plus discret.

Le moindre geste de compassion aide le cœur à guérir. C’est pourquoi je termine comme je le fais souvent en vous remerciant, chers lecteurs, pour chaque Galère que vous achetez. Continuez à nous lire, tout en vous rappelant que ce simple geste de bonté aide quelqu’un à avoir une meilleure qualité de vie. Et dans votre cœur, j’en suis convaincue, s’ajoute une richesse, « une joie véritable ainsi que la satisfaction d’avoir accompli ce qu’il fallait au moment nécessaire ».

Kinnon

Dan Bigras, que je vais citer librement, déclarait dans une entrevue à propos de l’itinérance : « Ce n’est pas un choix. Quand on est rendu-là, c’est comme si on était au bout d’un entonnoir : soit qu’on s’en sorte, soit qu’on en crève. Il n’existe pas d’autre possibilité ». J’admire cet homme pour son implication sociale et sa générosité.

Catherin e L. Mc

Par Rita

Rita Dupont

Au bout du chemin

Quoi que nous en sachions, l’itinérance frappe à nos portes sournoisement, telle une maladie. Rares sont les gens qui sont épargnés : un(e) ami(e), l’enfant d’un proche (quand ce n’est pas notre propre enfant), pour aucune raison apparente, est emporté(e) par le tourbillon de ce terrible fléau. L’itinérance a fait son œuvre. Il faut vraiment avoir « les yeux grand fermés » pour s’imaginer que nous sommes en présence de gens paresseux « qui n’ont qu’à aller travailler pour s’en sortir ! » Mère Thérèsa disait qu’on doit d’abord nourrir CELUI (ou CELLE) qui ne peut plus se nourrir par lui-même (ou elle-même), parce que la vie a ses extrêmes. Ensuite, quand cela devient possible, on peut lui apprendre à pêcher, afin qu’il n’ait plus jamais faim. J’ai remarqué que, souvent, une maladie se combine à une autre. Par exemple, ce n’est pas rare que l’alcoolisme soit accompagné par le diabète ; l’obésité s’additionne souvent de maux de jambes ou de problèmes cardiaques ; de même, l’itinérance marche souvent main dans la main avec la toxicomanie, la malnutrition et tout ce qui en résulte.

rine Lebrun

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McKinnon

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ı La Galère 19


Zone libre

Le plus grand voyage d’exploration de ma vie Par Thierry

Évrard

Je ne sais pas pourquoi mais je me suis toujours questionné sur le bien-fondé des choses que l’on tentait de m’enseigner. J’en suis venu à croire que je devais avoir une nature révoltée, que j’étais un anarchiste en puissance. Cela m’a pris près d’un demi-siècle pour enfin comprendre la raison d’être de cet état de fait. Cette dualité a été la résultante d’un perpétuel questionnement entre le vrai et le faux. Ce fut une confrontation à l’intérieur de moi-même, entre l’esprit et le mental. Ce n’est que lorsque j’ai vraiment conscientisé la différence entre la croyance et l’évidence qu’une profonde réflexion a pu commencer à poindre. La croyance, en fait, n’est que subjective alors que l’évidence se veut hors de tout doute, elle est connaissance. D’après moi, le doute n’est pas un défi pour m’aider à renforcer mes croyances, mais plutôt un signal de mon esprit qui me suggère de bien y réfléchir. Dès le début, l’on m’a appris que nous sommes sur terre pour réussir notre vie : étudier, acquérir une profession, gagner de l’argent, fonder une famille. Ce que j’ai fini par comprendre, c’est que ces buts ne sont que des moyens. La seule vraie ligne de vie est d’écouter notre cœur, quoiqu’en disent les enseignements, les rites sociaux, les directives patriarcales. Bien souvent, j’ai tout fait pour étouffer mes propres émotions. Je voulais ainsi me conformer à ce que je pensais que l’on attendait de moi. Je ne réalisais pas encore l’importance de porter attention à mes propres ressentis. Tout ceci a eu pour effet de provoquer des dualités, voire même des blocages. Il en est résulté peur et culpabilité, compte tenu de toutes ces références à des écritures qui, dans le temps, semblaient avoir force de loi. Ces fameux écrits sur lesquels nous nous appuyons depuis des millénaires ne me semblent pas nécessairement

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erronés, c’est l’interprétation qu’on peut leur accorder qui peut être discutable. Je pense maintenant que la vie n’est pas parsemée d’échecs et de réussites mais uniquement d’expériences. Ces dernières, quelque en soient les résultats, ne sont qu’un pas de plus vers la découverte du Soi, de ce que je suis vraiment. Qui de mieux placé que soi pour répondre à cette question. J’ai vite compris que nul conseiller spirituel, gourou, psy de tout acabit ne peut me connaître vraiment. Tous sont influencés par leur propre interprétation en fonction de ce qu’ils sont. Le secret c’est de ne pas tenter de me juger mais bien de me découvrir. Le ressenti de mes émotions est mon baromètre d’évolution. L’âge de la retraite, pourrait être l’occasion d’effectuer mon plus grand voyage d’exploration en faisant un retour dans le temps, un plongeon à pieds joints dans mon vécu, une prise de conscience du chemin parcouru. J’ai donc entrepris ce grand voyage pour enfin commencer à comprendre qui je suis et, surtout, qui je suis devenu. Ce périple m’a amené à revivre des souvenirs teintés d’émotions telles que je ne les avais jamais imaginées. J’ai réalisé que mes croyances avaient fait en sorte de banaliser et d’étouffer dans l’œuf les signaux que mon cœur tentait de me transmettre. Ce retour sur mon vécu m’a également démontré que ces signes, incompris de ma part, avaient alors tendance à se répéter avec de plus en plus d’intensité. Le simple fait de prendre conscience des émotions qui remontaient, de les ressentir vraiment et de les évacuer a fait en sorte que ces éternels repeat cessent. Il y a aussi, sur le plan physique, les handicaps ou perte d’autonomie qui peut nous affecter, ce qui fut mon cas. À l’âge de 47 ans, j’ai perdu l’usage de ma vision centrale. Ma vie a alors basculé. Il en est alors résulté une perte de


travail, d e revenu , de dans une profonde repère, ce qui m ’a plong révolte. é Après d eux an nées ex difficiles trêmeme , j’ai d écidé d nt me rep e tenter rendre de en main passé à . Une fois j’ai fina l’étape de l’ac lement ceptatio n, compris épreuve que ce s’est av tte érée po ma vie. s Ce que je consid itive dans une dég érais com radation me es extraord inaire ch t devenue la p lu ance de s pleineme me réali nt. Grâc ser e à cet j’ai pu dé événeme co nt, insoupço uvrir en moi des ressourc nnées et du es j’avais su pouvoir r ma des que tinée. Je réalis e aujourd ’hui, que de diffic ultés qu e j’interp tout ce lot une ma rétais co lédiction mme qu’un m n’était, erveilleu en réali x c té m’appre adeau d ndre à e la vie p , g ra o travail es ur ndir. Évid t lo e maintena in d’être terminé mment, le , mais je nt que sais le auxquell es je m’a s valeurs profo ndes ccroche en harm s onie ave c ce que emblent plus je suis. Il est un e chose des plus que j’ai découve importan rt au c recherch tes ours de e, c’est cette l’amour réussit à de s s innée, plu e défaire de ce oi. Plus on tte s conséqu on accède à l’am culpabilité emment, our de s oi et, à l’amou r des au tres. J’ai éga lement constaté reconna que le ître et d e remerc fait de qu’elle m ie r la ’apporte devient fait en s vie pour ce plu orte que harmonie s facile, plus joyeux e tout ux. Je t plus constate cadeaux m de la vie font de p ême que les de mon lus en plu quotidie n. Merci pour tou s partis t!

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1634

La capitale manquée Par Denis

Monette

Peu de gens le savent, mais Trois-Rivières est passée à un cheveu de devenir la capitale de la Nouvelle-France. Comment un tel destin a-t-il pu lui échapper ? Voyons un peu comment les choses se sont passées. Tout le monde sait que Québec a été fondée par Samuel de Champlain avec l’érection de l’Habitation, premier fort bâti sur les hauteurs du cap Diamant. Ce que l’on sait moins, c’est que ce site n’était pas son choix. En effet, sa préférence était toute autre. Un autre emplacement avait retenu son attention, soit le site de Trois-Rivières. On y retrouvait déjà un fort bâti par les Amérindiens pour se protéger des attaques des Iroquois qui lorgnaient avec envie le commerce qui s’y effectuait. Trois-Rivières était le lieu de rencontre des Amérindiens qui venaient y chercher la sécurité pour eux et leurs transactions. S’y installer était donc d’autant plus simple que les Amérindiens qui s’y rendaient y allaient dans un esprit pacifique. Les Français auraient donc pu y faire bonne négoce.

effets personnels, l’officier André Crosnier eut la surprise de présenter des œuvres littéraires inattendues dans ce pays sauvage loin du monde connu. Bref, de quoi déboulonner le mythe du défricheur borné et sans raffinement de l’esprit. De fait, on mit en vente rien de moins que Les métamorphoses de Publius Ovidius Naso, mieux connu sous le nom d’Ovide, célèbre poète romain ayant vécu de 43 avant J.C. à 18 après J.C. Viennent aussi L’inventaire des sciences, L’art de naviguer, Les éléments de logique, L’horloge de dévotion, L’histoire du Portugal, Le tableau des passions vivantes, Le recueil des gazettes de 1634 à 1635 et Les saints devoirs de la vie dévote. Que ceux qui fréquentent la bibliothèque municipale s’en félicitent : ils ont un glorieux prédécesseur dans le monde de la culture !

Or, le grand commanditaire des expéditions de Champlain, Pierre Duga de Mons, un huguenot, ne vit pas les choses du même œil. Les navigateurs avaient déjà constaté, souvent à leurs dépens, que la navigation sur le fleuve Saint-Laurent était dangereuse, voire périlleuse. La présence de hauts fonds et l’ignorance de la position exacte des chenaux rendaient la navigation incertaine. Sur ce point, Québec semblait moins risquée. De plus, la position nettement en hauteur, donc stratégiquement plus facile à défendre, en faisait, selon le commanditaire de Champlain, un meilleur choix. C’est ainsi que Trois-Rivières s’est vu refuser l’honneur de devenir la capitale de la Nouvelle-France pour devenir, 25 ans plus tard, la seconde plus vieille ville européenne d’Amérique du Nord. On ne le dira jamais assez : l’histoire est souvent affaire d’occasions manquées !

1642 : ville de culture, c’est confirmé ! Trois-Rivières se targue d’être une ville d’histoire et de culture. Si certains y voient une vantardise sans fondement, qu’ils se détrompent : le décès de Jean Nicolet allait prouver que Trois-Rivières avait dès son jeune âge une activité intellectuelle certaine. La disparition du regretté Jean Nicolet nous révèle en effet que ce digne pionnier et défenseur du poste de TroisRivières n’était certes pas un ignare. Lors de la vente de ses

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Illustratio

n par Dav

yd Egan


Cohue

Par Yohan

n Clément

Je coule dans le gouffre parmi les lys noirs Je suis un robot déconnecté de sa source d’énergie Les flûtes de fer de ma machine à effluves sont brisées Je déraille comme un train sans fond Les médailles sont ternies et le trophée est couvert de boue La frange de mon manteau est moisie Je suis un soulier éventré Où est ma lune en cette nuit perpétuelle ? Le combattant de pourpre est démasqué L’artiste est pris dans son idéal La poupée repose en un cercueil de plastique L’enfance est révolue Je remonte de l’abîme lucifuge et ténébreux Je roule une montagne d’ennui, de tristesse, de cafard La contrebasse joue l’air du regret Le panache est rompu par la hache du souvenir Je voudrais estropier la vie pour qu’elle penche en ma faveur Je voudrais boiter jusqu’à l’anéantissement Le vrombissement de ma fusée interne éclate Je pars vers l’éparpillement de mes éclats identitaires La cohue dans mon cœur ne se calme La palme de mon obligation thermique est cryogénée La ferveur de vivre y est éteinte La colère se noie dans l’angoisse

Illustration

e Lavoie

par Hélèn

fière

Montgol

temps e dans le rm fo s n a r ties se tr e l’air pu mes inep e d r u le urbillon d u ’argent d to ir le o s La co n n n a tions un fauco sainteté d mes émo Et je suis e errie ouvrent la d c m s a re l le a s a e ir m u sp iq de l’ancre marbre dans les ps Les phtis la poupe e ux du tem d is le e ra u ir d b v u é a o n n e u g d Je v ra e o u ge is la pro cœur à l’ x du vent ns l’eau du coura Je voudra au qui ouvre son e orageu a g d a u e n m e le lu p is s Il y a un o son qui nage dan nie, je trempe ma é is g o p u d n u re a Il y l’enc mitié amour i je tenais t qui s’ouvre à l’a ude de l’ it n lé n Comme s p e v la u i bleu e de l’a eurtent à d’un infin e h J’ai la rag de l’horizon se h rc e h c és ps à la re ssion Les inanit pace-tem s me la pa e m l’ o s c n g a n d a s elante rs u e n o d a c t Je on ch c on s son e is a g u m ro a s m e rté Les cygn uscule de t mes larmes d’arg de la libe t au crép ré n n u e z h te a c n r a a e h rr c th é Ils cs s’a re dans l’ eaux blan ontgolfiè m Les corb e n u e é comm nflamm Et je vole allon dirigeable e b n d’avion d’hélium Je suis u de fleurs réacteurs l s a e c d igence o b e n m com de l’Intell e s s e Je suis u lo n p u x ja e de la paix ses rogène ure des ro nt égaler les dieux lt u Mon hyd c la à einds en voula Je m’astr ne sottise u ts e m Et je com MARS • AVRIL 2012 La Galère 23

ı


Daniel Héroux

Correspondance Par Daniel Héroux

Cher Olivier, du journal La Galère, Merci ben pour le livre [de Jean Narrache]. Hé oui, comme tu le dis, les mots sont des armes comme l’épée. Et moi je dirais pire que le glaive parce que la blessure physique disparaît avec le temps, tandis que la blessure psychologique, elle, ne cicatrise jamais, elle est toujours bien présente. Hé oui, les personnes qui se suicident, ce n’est pas du courage ni de la force que ça leur prend pour commettre l’acte, mais bien plus un mal de vivre à l’âme. Elles sont tannées de souffrir, de se faire descendre quand t’es dans le trou pis que le gouvernement te pile sur la tête. Quand tu viens à bout de te sortir d’un pétrin, y t’en arrive un autre. Même si tu réussis à prendre une respiration, tu cales (coules) au fond. Là, tu te donnes une poussée pour t’en sortir, mais le fardeau du poids que tu portes sur tes épaules devient si lourd que tu ne peux plus remonter. Pis tu vois les cravateux pis les sacoches qui passent et ne te voient même pas pour te tendre la main. Ben là tu viens à bout de souffle pis t’avale XYZCDOHKBH20. Là, tu restes dans le fond, personne pour réclamer ton corps. Tu demeures toujours un poids pour le gouvernement qui doit payer pour te faire enterrer dans une fosse commune avec les autres itinérants que la société a rejetés. Je me considère comme faisant partie de la société ! Je ne suis pas mieux qu’un autre. Il y a un proverbe qui dit : « Qui donne aux pauvres prête à Dieu », mais encore faut-il être croyant un peu… Une énigme en passant, une devinette : sur un arrêt des quatre

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côtés, comme on dit un quatre stops, quatre véhicules identifiés arrivent en même temps. Qui a droit à la priorité entre la police, l’ambulance, le facteur (postier) ou le pompier ? Dans les quatre, qui doit ou sera le premier à passer ? Hé bien, si la loi n’a pas encore été changée, ce sera au courrier de la Reine à passer. Même, le postier n’est pas obligé d’arrêter à l’arrêt ! C’est donc le courrier de la Reine qui a priorité ! Si t’en veux d’autres comme ça, j’en ai encore quelques-unes. Ben, dans mes prochains écrits, j’aurai le goût de documenter mon opinion. Ben merci encore Oli !

Réponse Cher Daniel,

sauvetage plein la cale, mais encore faut-il savoir où les lancer… Je profite de cette tribune que tu m’offres pour te remercier à nouveau de ton précieux travail sur le pont de notre navire. Par tes critiques dans nos pages, tu es un exemple d’engagement citoyen, tu prends ta place dans la société, tu cries haut et fort ce que plusieurs n’osent pas chuchoter. Continue à poser un regard critique sur cette société dans laquelle nous nous débattons et, comme Jean Narrache, comme Arthur Buies avant lui, tu réussiras à améliorer le monde ! Ensemble, nous vaincrons ! Au plaisir de te lire à nouveau. Sincères salutations.

Olivier Gamelin

Rédacteur en chef Journal La Galère

D’abord, je tiens moi aussi à te remercier pour ta lettre et les précieuses réflexions que tu fais parvenir régulièrement à La Galère. Non seulement sont-elles très appréciées, mais plus est, elles nous permettent de réfléchir sur les différents enjeux qui construisent et déconstruisent notre société. Tu as bien raison de te questionner sur la source et les aboutissants du suicide, véritable fléau contemporain. Je lisais dernièrement certaines données statistiques et j’avais la chair de poule. Savais-tu que TroisRivières occupait le 1er rang des villes mauriciennes en termes de suicide per capita ? Les chiffres ne parlent pas, comme toi, du mal de l’âme, véritable plaie occidentale de notre siècle, ce qui n’empêche pas ce mal d’exister. Lorsqu’on ne réussit plus à donner un sens à sa vie, on coule. À La Galère, nous avons des bouées de

Illustrations par VGB


L’ANARCHISME Par TAZ

Ce texte est réservé seulement à mes frères et sœurs qui sont d’authentiques, à la vie à la mort, de vrais anarchistes. Une seule loi nous guide et c’est notre propre loi. Il n’en existe pas d’autres. Ça passe ou ça casse. Mon prénom est Pit-bull, TAZ, Devil woman. Le moule dans lequel j’ai grandi est unique. Il n’y aura jamais de double reproduction de moi-même. On me déteste plus que l’on ne m’aime, mais je me dis toujours : je m’en fous complètement car depuis ma jeunesse, on me met de côté. Je suis le mouton noir d’une famille de six enfants, orpheline de père et de mère. Aujourd’hui j’ai 50 ans et je me nourris presque chaque jour de violence car depuis ma tendre enfance j’ai grandi dedans. À partir de l’âge de 4 ans, j’ai goûté au sang en le buvant moi-même sur le bord d’un ruisseau. Le premier animal que j’ai décapité moi-même fut une grenouille. J’aimais beaucoup jouer avec son cœur, ses poumons, avoir le contrôle sur sa vie et sur sa mort. J’ai dégusté son sang et mangé son cœur encore chaud. Pourquoi ? Pour me garantir d’une chose : personne n’aura la chance de me contrôler un jour Illustration p ar Hé lène ou l’autre, même en prison, après avoir passé 25 ans Lavo ie à me promener dehors. Même après 10 ans en dedans, ça ne m’est pas arrivé de regretter d’avoir été à cette grande école. C’est là que j’irai fêter mon 51e anniversaire car j’ai été accusée de menace de mort, menace ayant causé des lésions corporelles sur une policière et possession de marijuana.

Petit mot pour le maire de

Dans ce monde, j’ai adopté un fils qui n’est pas de mon propre sang, mais il est aussi important à mes yeux que mes deux garçons à moi. Son prénom est Lee-Roy. Il est dans mon cœur aussi précieux que les joyaux d’une couronne de diamants. Pour lui, ainsi que pour mes deux enfants et mes trois petits-enfants, je le jure sur mon âme, je ferais couler le sang de mes deux mains si quelqu’un leur touche un seul cheveu de la tête. Ma loi, c’est la violence psychologique. Elle est ancrée dans mon cerveau depuis l’âge de 4 ans. J’ai grandi les deux pieds dedans depuis ma naissance. Je ne renierai jamais mon mélange de sang : indienne, irlandaise, allemande et finalement écossaise. C’est ce qui m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui, d’être encore vivante. Ma loi, ma justice, c’est la mienne. Sauf tout votre respect, je ne suis pas d’accord avec votre justice. Je suis prête au combat, seule. Je n’ai besoin de personne.

Trois-Rivières Par Christian

Choquette

Monsieur le maire, Ce serait bien si, dans l’avenir, il y avait une piste cyclable et piétonnière sur le pont Laviolette, et qu’il y aurait des allers-retours dans la même journée (4 à 7 heures plus tard) entre Drummondville et Trois-Rivières en autobus. On peut aller à Drummondville en passant par le pont Laviolette en autobus (coût : 17,00 $), mais on ne peut pas revenir la même journée, ce qui est un peu embêtant pour ceux qui veulent revenir la même journée. Si vous pouviez faire quelque chose… Bien à vous.

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ı La Galère 25


Politique

France 2012

Par Éric

Bussière

Ce mois-ci, cette chronique politique sera consacrée aux élections présidentielles françaises. Je vous dresse donc un petit portrait du système électoral français. En France, contrairement à cheznous dont le système politique est d’inspiration britannique, le chef de l’état et le chef du gouvernement sont deux personnes distinctes. Remarquons qu’ici aussi, du moins symboliquement, car le chef de l’état est le gouverneur général et le chef du gouvernement est le premier ministre (dans les faits, ce dernier cumule les deux pouvoirs). Le président en France est élu pour un mandat de cinq ans depuis 2000, auparavant le mandat était de sept ans. Notons que depuis la révision constitutionnelle de 2008, il est limité à un seul renouvellement consécutif ; l’actuel président Nicolas Sarkozy, s’il est élu, ne pourrait donc pas se présenter en 2017. Un candidat doit posséder la nationalité française, avoir 18 ans et plus, et obtenir le parrainage de 500 élus municipaux, sénateurs ou députés. Pour être élu, un candidat doit obtenir 50 % + 1 des votes exprimés par le suffrage universel lors d’un premier tour de scrutin. Advenant qu’aucun candidat n’obtienne la majorité, les électeurs sont appelés à un second tour où les deux meilleurs pourcentages sont retenus. Au moment où le lecteur lira ces lignes, le premier tour aura déjà eu lieu, néanmoins je vous présente un petit portrait des candidats du premier tour. Le paysage politique français est beaucoup plus varié que le nôtre, dix candidats sont en lice pour les élections du 23 avril. Le favori des sondages est le candidat du parti socialiste François Hollande. Celui-ci représente la gauche traditionnelle. Son programme est

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assez ambigu et mise surtout sur le mécontentement de la population envers le candidat sortant. François Hollande essaie de concilier une sociale-démocratie à la française avec les exigences de la communauté européenne en matière économique. Il est surtout le candidat d’une gauche sociétale aisée : les bobos. Les grands syndicats, fonctionnaires, artistes et gens du service public sont sa clientèle, quelques miettes sont aussi promises aux plus pauvres. Il déplaît à la haute finance en menaçant de taxer de 75 % les revenus de plus de un million d’euros. Selon les experts, cette promesse est avant tout électoraliste.

est plus que probable que Nicolas Sarkozy et François Hollande s’affronteront au deuxième tour. Une lutte féroce est actuellement en cours pour la troisième position. Ceci est d’une importance capitale, car les candidats défaits au premier tour auront à se prononcer en faveur de l’un des deux candidats restants. Ils pourront négocier des mesures gouvernementales et, peut-être, une place dans un futur gouvernement. Débutons par Marine le Pen, la candidate du Front national. Le FN a mauvaise réputation, il a été longtemps associé à l’extrême-droite sous la direction de Jean-Marie le

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« Le FN a mauvaise réputation, il a été longtemps associé à l’extrême-droite... » Nicolas Sarkozy est le candidat sortant sous la bannière UMP (Union pour un Mouvement Populaire). À l’image de son principal rival, son programme est lui aussi assez ambigu. Il oscille entre libéralisme et conservatisme, voire populisme. Il est le candidat de la haute finance, de l’Europe et des nouveaux riches. Après un début difficile en raison de nombreuses promesses non tenues, Nicolas Sarkozy remonte lentement mais sûrement dans les sondages. L’UMP et le parti Socialiste sont les deux « grands partis » en France. Il

Pen (le père de la candidate). Sa fille tente depuis plusieurs années de dé-diaboliser son parti en excluant certains membres extrémistes. Elle est la candidate des ouvriers nonsyndiqués, de la petite bourgeoisie et des régions rurales. Elle présente un programme assez radical : la sortie de la France de la zone Euro et un retour au protectionnisme économique. En matière sociétale, elle est très conservatrice : anti-gay, anti-immigré, anti-avortement, etc. Quant à lui, Jean-Luc Mélenchon est le candidat du Front de gauche.


Il se veut l’inverse du FN, même si beaucoup de points communs existent entre les deux formations, du moins en matière économique. À l’image du FN, il est très critique visà-vis la monnaie commune et de la zone européenne. Il est progressiste sur les questions sociétales et se veut surtout le candidat des plus démunis, des sans-emploi et des étudiants. La presse française le définit comme une sorte d’Hugo Chavez. Plusieurs aspects de sa personnalité inquiètent la classe moyenne; il avoue avoir une admiration pour certains dictateurs de gauche et pour Maximilien Robespierre, pionnier de la Terreur de 1793. François Bayrou du MoDem (Mouvement Démocrate) est le candidat le plus modéré de la présente campagne. Il se situe au centre de l’échiquier politique. Son électorat est assez difficile à définir, soit un peu monsieur-madame toutle-monde. Son programme se veut un compromis entre gauche et droite sur les questions européennes et économiques. Il est critique sur la

zone euro, mais précise qu’il peut faire les choses autrement en accord avec les autres dirigeants des pays voisins. Sur les questions sociétales, il est à droite de façon modérée, moins radicale que l’UMP et le FN, il cherche des compromis. Signalons enfin la présence des autres candidats de moindre importance. Ces derniers cumulent moins de 5 % de l’électorat : Eva Joly (Europe-Écologie), Philippe Poutou (Nouveau Parti Anticapitaliste), Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière), Nicolas DupontAignan (Debout la République) et Jacques Cheminade (candidat indépendant).

Illust

ration

par L

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La poésie Le Pouvoir Par Gilles

Cassivi

Quand la vie est une folle course au pouvoir Qu’on croit avoir quelqu’un à dominer Qu’on compte les victoires à coup d’arrogance Qu’on impose ses vues en broyant du noir Qu’on méprise les hommes qui veulent aimer Qu’on lève le nez en faux airs d’élégance Quand le succès est récolte de victimes Que la gloire nous vient des pauvres à genoux Que la règle du jeu s’appelle méfiance Que l’insolence justifie tous les crimes Que tout espoir n’est que « priez pour nous » Que toute la vie n’est que jeu de puissance Quand la peur prend des airs de violence Que les réponses viennent par des mensonges Que la justice s’obtient par des combats Que la torture vient tordre les consciences Que les regrets n’existent que dans les songes Que l’autre n’est qu’adversaire qu’on abat Alors le cœur n’est que carcasse vide Alors les doigts sont des sangsues avides Alors les joues ont des teintes livides Alors les yeux sont des billes stupides Alors le sourire n’est que masque de rides Alors l’orgueil retient l’esprit en bride

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Illustratio

(Sans titre) Par Korbo

Sentencié à purger une sentence de haine Dans une âme déjà en peine Le verdict prononcé devant cette magistrature De pourriture Irréversible possibilité de libération conditionnelle La probation d’émotions vécues Entre ces murs de prison Prisonnier de cette liberté enchaînée en moé Comme la rage d’un animal pris en cage Où comme un indien refoulé dans sa réserve Je vous réserve un chien d’ma chienne Planté au cœur de mes origines Ils ont déraciné les premières nations Ils ont tué nos ancêtres pour faire la fête…


TÉMOIGNAGE La Galère au Salon du livre 2012

Mon expérience au salon du livre Par Carole

Bergeron

Voici un compte-rendu de cette expérience en ce Salon du livre édition 2012, du 21 au 25 mars. et Wesley

Joe Photographie de D’abord, c’est toute une expérience pour moi. Ça d’enfants circulant faisait un an que je me devant nous, à ravir ? Que tant de bontés en ces préparais pour ce massif accompagnants responsables de cette jeunesse événement. Stimulée par effervescente au regard curieux, les yeux pas assez l’enthousiasme du rédacteur grands afin de tout voir. Puis de cette adolescence en chef, Olivier Gamelin, avide de savoir par l’achat de divers bouquins. Ça puis de mon esprit créatif m’a soulagée en voyant l’engouement vers le savoir voguant au gré de La Galère, en toute personne circulant aux pas nonchalants. je m’impliquai davantage, Tout ceci à l’observance de multiples éclosions ayant en vue la voie vers dont le mien. On peut dire que je me laisse porter l’émancipation sur quoi par les voiles de La Galère. Et vogue La Galère au tanguait notre vaisseau. Du gré du bon vent ! Ainsi va ma galère ! olet Vang et Photographie de Richard, Carole coup, ça a atteint mon cœur ; vibraient au rythme du temps des galériens toutes mes En conclusion, tout cela et tous ensemble nous partageons fibres poétiques. Puis, nous voilà sur de bonnes assises, un but commun : c’est d’abord pour toucher l’âme vous présentant une très belle marchandise en ce bimestriel de tous les lecteurs confondus par ce médium qu’est journal La Galère. Voilà ! En le sentiment d’appartenance qui notre belle langue française. Puis-je vous adresser mes se fait montant et plus satisfaisant, donc plus épanouissant. remerciements les plus sincères pour tout soutient offert ? Et s’en suit un intérêt prononcé à poursuivre d’autres bons En mon nom, je vous remercie de tout cœur. coups de rame en mon navire, soit un ancien quinquérème mais robuste. De là je me retrouve ici en ce moment présent autour de la diversité humaine d’où je voyais qu’amabilité et courtoisie, et ce, en tous ces gens qui nous accueillent itou. Ça a dépassé largement mes attentes. Lorsque je voyais le kiosque à l’hôtel Delta, gracieuseté de ceux qui croient en La Galère, puis le personnel de cet établissement, l’accueil, le petit goûter, la distribution d’eau fraîche, ce par un élégant récipient, et la propreté, tout était Photographie de Anabelle et Johnny impeccable. Que dire a d in L t e l de ces beaux yeux de Danie tographie

Pho

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Vernissage Présentation de Michel Forcier

À chaque numéro du journal de rue La Galère, dans notre nouvelle section Vernissage, nous vous présenterons le travail d’un artiste en art visuel de la région. Dans le présent numéro, nous sommes heureux de publier un extrait de la prolifique création de Monsieur Michel Forcier, artiste-peintre, sculpteur et créateur infographiste de la région de Trois-Rivières qui travaille, en outre, à partir de matériaux recyclés glanés dans les ruelles de la ville. Si vous êtes intéressés à diffuser votre création, n’hésitez pas à communiquer avec nous.

Illustration par Michel Forcier

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Forcier

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Illustration par Michel Forcier

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on par

Michel

Forcier

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ı La Galère 31


Un appartement Par Vangolet

Appartement un ! Un deux et demi Concierge de cinquante six Logé, critiqué Vingt-quatre heures Sur sept jours Payé pas payé Plein de garanties Ça gueule… Pas de papier Garanties de qui ? De toute façon Histoire de foi J’y crois J’y vis… Vendu avec l’immeuble Sans contrat Un vrai bon gars Ça existe À l’appartement un Vingt-quatre sur vingt-quatre Pour le prix d’un loyer Que je collecte pour l’autre Con-cierge éclaire Et ce sans visage Capitale d’administrateur De mille logements Monopole d’un seul esprit Sur mille après mille Loque par terre Devant toi Propre y est, terre Tu es mon maître devant Dieu Dehors il fait froid

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Illustrati

on par

Molock

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Liberté

Par Yohann

Clément

Les chaînettes de rubis et les lacets d’or torsadés Retiennent mon cœur dans l’amour velouté du Présent Je suis un pélodyte de bronze aux idées ancrées dans la mer du Futur Il y a un orbiculaire trônant sur ma tête qui reçoit le roitelet prétentieux De l’armature aux algues présomptueuses Que je rejette derrière ma hallebarde orgueilleuse Elle est par trop fière de son dur acier enténébré Rendu vermeil par le sang de la guerre sans vainqueur Le stratège de l’amour toujours perdant S’abîme dans le lys blanc de la Béatitude sans but Et j’ai bu dans le calice d’or le vin de la transfiguration Pour accéder à l’Inconscience intérieure L’autel que je détruis, la statue que je brise M’entraîne dans la malédiction heureuse L’iconoclaste est libre Il s’affranchit de l’Image parlante Qui ne profère que des calembours insipides Mais les rubis, les lacets d’or et les chaînettes Me libèrent en me liant Me délivrent en m’enchaînant M’affranchissent en m’asservissant Puisque la Liberté absolue n’existe pas Puisque l’Esclavage total est une illusion Puisque la Responsabilité est à chacun Puisque l’Égalité ne sera jamais de ce monde obscur


Ma galère quand même Par Linda

Audet

Les blues de l’hiver me font souffrir Les blues de l’hiver me font mourir Mes blues me font peur Mes blues m’écœurent

Comme clou et croix

Debout avec mes lèvres bleues, je souris quand même Sur le coin de cette rue les gens passent quand même Ma galère en main des sons sortent quand même Un refus ! Tous du pareil au même Une acceptation, une conversation Ah bon ! Tout de même !

Par Triton

Dans le froid je persévère quand même Petit pécule à la fin de la journée De mes poches je sors tout de même Un peu de pain Un peu moins faim Ça ira jusqu’à demain Le lendemain je tendrai encore les mains Pour que bébé ne crève pas de faim Sourires timides je crois Indifférence de quelques-uns je perçois

Malgré tout ce froid dedans et dehors J’ai encore cette foi qui me dit encore ! Encore ! Mais mon espérance faiblit Elle me redit toujours Tu feras mieux de même demain mon ami Pour pouvoir m’en sortir un jour Ma Galère j’offre Ma galère je poursuis Ma galère me donne aussi la force Qu’un jour j’aurai une vie !

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n par Trito

Illustratio

Nocturne lumière Diurnes ténèbres Honni sois-tu ! Sions te nie De deux juges Tu n’es muse Car ta croix Est à moi Par deux juges L’homme peine Deux verdicts Un croisé Se croit en croix de Crucifier Le crime L’homme qui ne juge lui… Le coup de maillet me cloue à croix Et d’un marteau Croix me cloue Moi quel maillet je fais Que mes derniers arrières Ex comme « mea culpa » Qui suis-je ? Juge ou criminel ? Le bourreau s’il te cloue Est-il crime comme clou et croix ? Qui a d’être s’il te cloue De ce dilemme est loi Il est Dieu… Dieu est mort Qui de droit Je suis Dieu est Moi MARS • AVRIL 2012

ı La Galère 33


Mot d’un CAMELOT Par Yvon

Deshaies

Bonjour chers clients, Je voudrais vous remercier de m’avoir encouragé, d’avoir acheté le journal La Galère depuis un bout de temps. Je ne vends plus le journal. Ça me fait un très gros plaisir d’avoir connu des clients. Je suis très déçu de vous laisser comme ça. Depuis je m’ennuie de mon coin. Ça fait déjà cinq ans que je vends le journal La Galère. Depuis que j’ai eu mon accident, j’ai arrêté de vendre le journal en mon nom et au nom du journal. Je vous remercie encore de m’avoir encouragé. Peutêtre qu’un jour je recommencerai à revendre le journal. Ça me fait un très grand plaisir de vous servir le journal. J’ai connu beaucoup de gens qui m’ont encouragé. Si vous avez un petit mot à me dire, écrivez-moi au journal La Galère. Je voudrais dire un gros merci à Sébastien Bois et à Olivier Gamelin. Ça m’a fait un très grand plaisir d’avoir connu ces gens. Ils m’ont aidé à reprendre le bon chemin, à recevoir la vie et à connaître des gens. Un jour, je reprendrai mon petit coin… À bientôt ! Bien à vous, d’un camelot qui vous aime beaucoup. Merci.

Mot d’un camelot Par Normand (propos retranscrits par Carole) Normand vend de la Galère au boute, beaucoup de cahiers de La Galère. Il est fier d’aider les malheureux, surtout sa famille. Toujours de bonne humeur, il en a vu des pires dans ce bas monde. Normand ne juge pas personne, il est très respectueux. Normand voudrait que la misère du monde s’arrête une fois pour toute. Il travaille pour cela et il ne lâche pas ! s

r Carlos Peso

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Enfants MALADES Par Confidence

Le silence beau et paisible fuit Pour faire place à la douleur Cette douleur si sournoise Qui taille sa place dans ces corps si petits Encore une fois Le silence se noie Pour faire place aux cris de douleur Et aux pleurs La souffrance est insupportable Mais l’innocence, la curiosité et l’amour Se battent de toutes leurs forces Pour l’emporter sur la mort Corps si petit, martelé et meurtri Qui est ce monstre sournois Qui s’acharne sans relâche sur toi Maintenant tu sais que le monstre N’est plus imaginaire Tu sais où il est, là, en toi Quelle horrible injustice Pour toi qui à peine vois le jour Ou toi, qui ne sais dire que maman À toi qui commence l’école Et toi qui entrevois tes premiers amours Qui peut-il bien être, ce monstre Ce sauvage qui s’installe en toi ? Le voici son r Alexis Sam Illustration pa Il s’appelle cancer, tumeur, arthrite, sclérose Spina-bifida, arthrose, hépatites A, B, C, D Voilà… Sida, paralysie, violence physique et mentale D’ici vient le sens des mots amour et partage Carences alimentaires, pneumonie, peste, abandon Et pourquoi, pourquoi seulement de là ? Mauvais traitements, guerre, empoisonnement, génocide Car ce sont des plus grandes souffrances Et j’en passe… Que naissent des liens plus forts que la vie elle-même Certains partiront à jamais En vivant chaque jour comme si c’était le dernier Laissant seuls derrière eux L’homme apprend que chaque instant de la vie Parents, frères, sœurs et amis Doit être porté en triomphe Certains vivront avec toute leur vie Chaque jour vécu dans la paix Avec des hauts et des bas Apporte un réconfort infini Et un courage incroyable Que le bonheur de dire je t’aime Restera à jamais grandiose et magnifique D’autres gagneront leurs combats Que le bonheur de dire je t’aime La victoire sur la vie Restera à jamais source de vie ! Ils grandiront et se battront à leur tour Pour eux et pour les autres Avec la volonté des armées du ciel MARS • AVRIL 2012

ı La Galère 35


Poésie par

Anarky

Sur les chemins de

béton J’ai marché à reculons À travers les chemins de béton J’ai levé le pouce en l’air Pour parcourir la terre J’aime m’endormir sans tracas Chaque nuit me blottir dans tes bras Sur les secrets des étoiles Que la voie lactée nous dévoile Du réveil elle nous revient La rosée au petit matin Et puis quand j’ouvre les yeux C’est sur les merveilles d’autres lieux J’avançais à qui bon Sur les chemins de béton Respirer le grand air Ne jamais regarder en arrière Laisser tomber tous mes biens Aucune valise pour le chemin Délaisser des gens précieux En route vers des endroits périlleux J’ai marché à reculons À travers les chemins de béton Et j’ai perçu la misère Dans les yeux de mes frères

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r Anarky

Illustration pa

Dans tes YEUX

Prendre en altitude Sentir un serment au ventre Perdue dans les Flandres De ma solitude Entremêlée dans le sang et l’encre C’est devenu une certitude Ne plus jamais redescendre Prendre encore plus d’altitude J’ai besoin Je veux comprendre Chaque centimètre cube De ton âme et de ton corps À deux se rendre jusqu’à la fin Et dans tes yeux Trouver la mort

Entoxicado Ma maison Mon taudis Mon sac a dos Ma prison Mon squat, mon repaire Mon coin de rue, mes points de repère De retour au point de rue Dj 4 saisons dans mon sac à dos J’en perds la raison Entoxicado J’ai assez tourné en rond À maudire Avec le poids de ma maison sur le dos À me dire Au fond c’est une question de feeling Il faut faire ce qu’il faut Toute une question de timing Comme suivre le tempo Du crayon au micro Un amour qui m’inspire Du ghetto jusqu’au ciel Pour qu’un jour on respire


TémoignagE Mon état d’esprit Marcotte

Je ne veux pas passer pour la personne qui a baissé les bras, mais plutôt comme la personne qui a voulu passer le temps qui lui reste avec tous les gens qu’elle aime pour qu’ils se souviennent des bons moments de la vie. Car tu ne sais jamais quand ton numéro est tiré à la loterie de la vie. N’oubliez pas que je vous aime. Je veux juste que chaque fois que vous allez penser à moi, je vais être près de vous et veiller sur vous. Vos noms sont gravés sur mon cœur et dans mon âme. Je vais toujours me souvenir de vous dans les bons comme dans les mauvais souvenirs. Je ne suis qu’un être humain, vous savez, je peux faire de bonnes choses comme de mauvaises. Je sais que je suis juste un homme qui est loyal et juste en amitié comme en amour. Je suis aussi un homme qui n’a qu’une seule parole. J’ai des valeurs perdues. Pourquoi aime-t-on souvent une femme qui ne nous aime pas ? Pourquoi on rêve d’être aimé ? Pourquoi on ne veut pas mourir sans connaître le vrai sentiment par la femme pour qui mon cœur bat ? Pourquoi, lorsque tu ne cherches pas l’amour, elle te trouve et te fait mal, même si elle ne le veut pas ? Si l’amour existe, pourquoi me fuit-elle et ne veut-elle pas que je la connaisse ? Que je la vive vraiment ? J’espère que ça va être avant ma mort, car j’ai peur de ne pas connaître ça. C’est tu possible d’aimer sans avoir mal ? C’es-tu possible de détester sans blesser un autre ou se faire mal à soi-même ? Pourquoi vivre si c’est pour nous détruire ou pour détruire les autres ? Pour quelles raisons cherche-t-on à ne pas dire ses sentiments face aux autres ? Parfois, on doit se taire pour ne pas souffrir ou faire du mal à la mauvaise personne. Tu peux parfois être très seul avec toi-même…

Témoignage Par Marie

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Peu importe les choix que tu fais, tu finis toujours par te faire mal ou faire mal à d’autres. Quand tu es incertain de la fin d’un combat, tu ne devrais pas le faire car c’est sûrement la façon de ne pas se faire mal ou faire mal à un autre !

Marie Francine Dupo

Par Yves

Francine Dupont

Bonjour à tous les lecteurs de La Galère.

Moi, mon cancer ne m’a pas lâché, car le 5 octobre 2011 les spécialistes m’ont dit que, cette fois, il ne guérira jamais. Il est incurable. Il n’y a plus rien à faire, car la tumeur est placée dans une glande interne, collée sur le cœur et le poumon. C’est pour ça qu’il n’y a pas d’opération possible, ni traitement. Alors je ne les ai pas crus. Je leur ai demandé de me le dire par écrit. Alors j’ai lu et relu. Cette fois, il a bien fallu que je les crois. Le cancer sera toujours avec moi. Quel choc émotionnel j’ai eu ! Je vais souffrir beaucoup encore, car même si je prends tous les médicaments qu’ils me donnent, j’ai de la douleur intense, de la misère à dormir, marcher (fatigue chronique). J’ai tout fait pour m’en sortir, car j’ai subi tous les tests, opérations, chimiothérapies, j’ai rencontré tous les spécialistes… Depuis 2009 que je combats le cancer. Ma vie est en dérive car chaque jour où je me lève, je me demande si je vais passer la journée ou tomber, et cette fois ne plus me relever pour toujours. C’est souffrir et mourir à petit feu. Je voudrais dire à ceux qui ne sont pas malades et qui m’ont connue que je ne vous souhaite pas d’avoir le cancer, car vous allez comprendre ce que je vis : être seule pour combattre le cancer… Moi, j’ai tout perdu. Mon cœur est déchiré, je n’ai plus de force pour poursuivre tout cela. Je ne serai plus jamais la même. Je voudrais remercier Madame Carmen Trottier qui a été une aide pour mon moral. J’ai pu lui dire, comme on dit souvent, le trop-plein que je vivais. Merci mille fois. Et je me libère, et je pardonne à tous ceux qui m’ont fait mal. MARS • AVRIL 2012

ı La Galère 37


La Criée publique Mission du journal de rue la galère

Le journal de rue La Galère est un média indépendant et alternatif traitant de sujets divers avec un angle différent des médias de masse. Ses principaux collaborateurs – pigistes, poètes, artistes, illustrateurs, camelots – vivent ou courent le risque de vivre une situation de marginalité sociale. Les objectifs du journal La Galère sont : • Encourager les hommes et les femmes à se prendre en charge personnellement par le biais de la pratique journalistique, artistique et culturelle ; • Permettre à des hommes et à des femmes en situation de marginalité de développer des habilités sociales liées à la communication et à l’expression de leurs sentiments, de leurs expériences et de leurs opinions; • Proposer une voix aux sans-voix en leur offrant une plage publique d’expression où priment la liberté et l’affirmation de soi ; • Développer chez les individus vivant ou courant le risque de vivre une situation de rupture sociale un sentiment d’appartenance active à la communauté.

COURRIER DES LECTEURS

Bonjour Alexis Je t’ai rencontré un samedi soir, tu vendais La Galère. Il faisait très froid, tu avais froid. Tu étais si fier de ton texte et de ton dessin. Je t’ai trouvé merveilleux de courage ! Tu avais écrit dans ce numéro ce que tu vis, tes rêves de bonheur. Tu veux te sortir de ce monde pourri. Savais-tu que tu as trouvé une porte de sortie ? Je l’ai lu dans ton texte. Tu ne l’as peut-être pas réalisé encore. (Peut être que oui !) Il suffit d’avoir des projets. Un seul, ça suffit ! Et quels que soient les obstacles rencontrés, ne jamais le perdre de vue. Tu as un projet ? Une idée ? Alors ne lâche pas, ni dans ta tête, ni dans ton cœur, ni dans tes actions. Mais il faut être prêt à se donner beaucoup de mal pour lui. J’ai eu beaucoup plus de chance que toi dans la vie, mais c’est en partie en pensant comme ça. Sois prudent ! Si jamais dans un prochain numéro de La Galère tu écris un autre texte, tu pourrais nous raconter quels sont tes projets. Quand on prend le temps de les écrire, ça les rend plus clairs parce qu’on est obligé d’y réfléchir plus sérieusement. Tu es important Alexis, ne l’oublie pas. Au prochain hasard ! Michelle

La vraie lumière du soleil Par Alexis

Samson

J’ai reçu une lettre d’une femme qui parlait du dernier texte que j’ai écrit dans La Galère et qui me demandait, si possible, de continuer avec un autre texte dans une autre Galère. Et ceci d’autant plus pour répondre à sa très bonne question : « C’est quoi le secret du bonheur ? » Cette fameuse femme inconnue qui m’a écrit me disait que le fameux secret du bonheur était bel et bien marqué dans mon texte. D’après moi, le secret du bonheur c’est l’amour, la paix, qu’elle soit intérieure ou extérieure, la liberté, qu’elle soit intérieure ou extérieure. Mais pour atteindre ce vrai bonheur, il faut bien sûr de la vraie paix et de la liberté, et surtout du vrai amour. Finalement, le vrai bonheur se résume en un mot : l’amour, la vraie lumière du soleil. Quand on peut, on veut. Il ne faut pas attendre de voir avant de croire, car on peut attendre longtemps et être déçu. Par contre, on a pas mal plus de chance de voir en y croyant.

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38 La Galère ı MARS • AVRIL 2012


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Parlez-n oût 2012 ou aliments s de : dépanna ge et ba , OGM, bo nq food, ali ments b ulimie, anorexie ue alimentaire ,p iologiqu , famine et méca es, , gaspilla rix des niq g bouffe fa ue, la bouffe e nourriture et re ligion, n e, fast np m ourriture rien à vo iliale, etc. Vous rison, la bouffe us mett re sous arrivent-ils d’av à l’hôpital, votr e la dent oir faim ? et de n’a voir Sept

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Parlez-n ou entre un s de : les relatio ns homm homme e homme e/femm s, est-ce t une femme, e e, l’amo ntre deu u possible le masc x femme r et l’amitié ulinisme ? Exprim s , , l’homo entre e tendress z v ous sur sexu e, : le fémin deux nation, le la violence, l’ab alité, la nudité, isme, la u s malad ies de l’ s des uns sur le pornographie, amour, la la s autres , prostitu VOUS tion, etc la discrimiAVEZ . JUSQU PARVEN ’AU 25 IR VOS J U CONTR Par cou IBUTIO IN POUR NO rrie NS ! US FA 377, rue l : journallaga IRE le Laurier, C.P. 46, re@gmail.com T-R (QC ) G9A 5 E3

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Avis de décès

C’est avec tristesse et regret que nous vous informons du décès de M. Gérard Bédard, qui fut en outre camelot pour le journal de rue La Galère. Toute l’équipe de La Galère souhaite ses plus sincères condoléances à la famille éprouvée et aux amis/es de Monsieur Bédard.

Qu’il repose en paix.

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Illustration par Carole

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Journal de rue LA GALÈRE / mai-juin 2012