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3075 ème journée des journaux de rues à Trois-Rivières! Après le 375ème anniversaire de TroisRivières, voici le : « 8 ans et 7 mois des journaux de rue à Trois-Rivières ». Après 375 ans, le défi de l’intégration sociale et de la redistribution des richesses demeure toujours d’actualité. Depuis maintenant plus de 3075 jours, les journaux de rue fleurissent l’asphalte trifluvien. Ce numéro est un hommage à toute une collectivité ayant fait fleurir ce journal. Cela fait plus de 2 ans que je navigue au sein de La Galère. Ce projet rassembleur m’a permis de rencontrer et d’échanger avec des centaines d’individus; des centaines d’univers. « Un journal pour dire au monde que l’on existe » pour citer l’écrivain Réjean Bonenfant. Un journal pour se lire, s’entendre et se voir. Dire qui nous sommes, ouvrir une brèche dans le mur de l’indifférence ou de l’ignorance de nous-mêmes et autrui.

Souquer avec La Galère Nous voulons offrir une voix aux sans voix, aux exclus, marginalisés et aux pauvres d’ici. Les principales personnes visées sont en situation d’itinérance ou à risque de le devenir. Un de nos objectifs est d’améliorer les conditions de vie des femmes et des hommes qui y participent et de favoriser à la fois le développement de l’autonomie et le sentiment d’appartenance à la communauté. Nous désirons créer un pont entre la marge et la norme. S’impliquer dans un tel projet permet d’acquérir des compétences professionnelles reliées au secteur de la communication écrite et des arts. Il donne l’occasion à des gens de la rue de participer à la production d’un journal (le thème est l’idée d’un camelot). Écrire, dessiner ou vendre le journal est aussi un moyen pour des personnes vivant la pauvreté d’acquérir un revenu supplémentaire. Pour certains, cette implication est un complément ou une alternative rémunératrice aux métiers de la rue.

Des journaux au contenu particulier La Galère est un média alternatif; elle traite de problématiques comme la pauvreté, la marginalisation, l’environnement et la citoyenneté sous un angle différent des médias de masse. Un journal de rue reflète -4-

l’actualité de toute une communauté, tout en étant accessible à l’ensemble des citoyennes et des citoyens. Il propose parfois des sujets controversés -mission initiale des médias traditionnels- suscitant des débats et des réflexions sur la société. Par son concept, il essaie d’apporter sa pierre à l’édifice de la lutte pour la réinsertion des personnes qui, à un moment donné de leur existence, ont été exclues du marché du travail et laissées en marge de la société.

Merci aux anciens bâtisseurs… J’aimerais souligner pour ce numéro l’implication de plusieurs personnes. Tout d’abord, l’initiative de Michel Simard, du centre Le Havre, derrière la naissance du premier journal de rue à Trois-Rivières : Le Vagabond. Merci aussi à toute l’équipe qui y a participé : Les Gaétan Bouchard, Dave Lemire, Roberto Franchi, Denis Marcotte et j’en passe. Par la suite l’organisme Point de rue avec Philippe Malchelosse et Jean Lamarche a repris le flambeau des journaux de rue à Trois-Rivières avec La Galère. Différents rédacteurs se sont joints au bateau : Guy Guilbert, Annabelle Laberge et Alexandra Wolowski.

Merci à Service Canada Discrètement annoncé à la première page intérieure de La Galère, il m’est impératif de remercier notre source de financement, Service Canada; particulièrement les personnes derrières les chiffres. Je pense ici à : Renée Sauvageau, Denise Beaulieu et Jean Tremblay. Au gré des changements de gouvernements, de structures et de types de programmes de subventions (IPAC, IPLI, SPLI,...), ces personnes ont su dans l’ombre alimenter les phares de nos intrépides aventures humaines. Merci de croire en nous et de souffler dans nos voiles.

Merci à la communauté Merci à la communauté pour son ouverture et sa collaboration; au lectorat pour sa fidélité, ses bonnes critiques et son accueil de la différence; aux centaines de citoyenNEs et organismes qui ont collaboré au gré des vagues thématiques; aux bénévoles pour la richesse de leurs dons de soi. Merci aussi aux contribuables car une partie du fruit des impôts fédéraux sert à financer notre mission. Comme quoi l’argent public ne sert pas seulement à la réfection de vieilles -5-

centrales nucléaires ou à subventionner les banques!

Un ben ben gros merci à toute la gang de La Galère!!! Bien sûr, ma cerise sur le gâteau des remerciements, c’est la centaine de personnes qui sont venues un jour ou l’autre cogner à notre port pour lever l’encre sur le papier et s’amarrer à notre mission. Parmi eux, il y a les camelots, ambassadeurs et employés, qui viennent compléter l’âme de l’équipe avec toutes leurs couleurs et leurs saveurs. Nous avons raison de fêter 8 ans et 7 mois tout comme nous aurions le droit de le faire à chaque nouvelle parution. Pour moi, la sortie de ce travail journalistique collectif sera toujours une célébration. Je vous aime. Bonne fête mensuelle à toutes et à tous. Festivement vôtre. Sébastien Bois, frisé en « chef »


- C’est un journal pour passer des nouvelles. C’est écrit comme le monde parle. C’est pas pour les snobs.

VOX POP

Quelle galère!

Louise

dans les rues tri�uviennes

par : Dan Jalette

Dan Jalette lors d’une entrevue avec Jean Isabelle, caricaturiste au Nouvelliste

Que pensez-vous des “journaux de rue” tels que La Galère? par : MOMO et Serge

La Galère est entrée en moi par curiosité, j’aimais bien la diversité et le talent des participants, les dessins, poèmes, articles et la mise en page. Je trouvais les gens fascinants du fait qu’ils étaient en mesure de s’exprimer. À l’époque, jamais je ne me serais cru capable d’utiliser l’écriture comme moyen de m’exprimer, ça je l’ai appris au contact des gens qui y participent. J’ai une moyenne au crayon de un article et demi par année, mon processus de travail est le suivant : pendant 10-11 mois je pense à ce que je veux faire et dire, ça peut

me prendre jusqu’à deux mois pour l’écrire. Chez moi comme à l’école on m’a conditionné à répondre aux deux ordres suivants : le premier, assis-toé, le deuxième, farme ta yeule! Vous devinez aisément que ce n’est pas là que j’ai appris à m’exprimer. De là ma difficulté à écrire, de là ma fascination face aux gens qui écrivent dans La Galère. J’arrive à écrire maintenant, c’est toujours aussi ardu mais je persévère, avec le temps je le ferai sûrement avec plus d’aisance.

Merci aux responsables suivants : Jean Lamarche, Alexandra Wolinski, Sébastien Bois, tous aussi songés les uns que les autres. Merci aux autres que je n’ai pas connus, sans vous il n’y aurait pas le journal de rue La Galère. Merci à tous les Galériens et Galériennes, si je ne vous avais pas rencontrés jamais je n’aurais écrit. Merci aux lecteurs et lectrices de La Galère, votre intérêt est stimulant.

G

par : Christophe L. Béliveau Vous savez, ce journal si marrant, que vous absorbez en ce moment, n’a jamais effectué (envers moi) la plus petite censure qui soit. Je suis ce que certaines personnes appellent un jeune marginal : je ne suis pas un clone pré-programmé réglé à la fraction de seconde pour faire plaisir à la machine que l’on nomme société. Par contre j’ai une opinion et rares sont les tribunes qui donnent le crachoir à des types comme moi. La galère est un de ces derniers vestiges de la véritable fonction journalistique qui est, je crois, de lancer la vérité à qui de droit. Je n’apprend rien à personne si je vous écris que les deux autres options que je connaisse pour être informé ou diverti sont biaisées et pas tout à fait pures. Prenez le journal de Montréal. Si P.C.P. décide de nous brainwasher à grands

coups de Star Anémie et préoccupations troubles pour faire plus de blé, il ne s’en privera pas et La Presse ou Le Nouvelliste (si vous vous croyez « intellectuels ») sera toujours pro-parti-libéral et pro-Radio-Connard-Da et ce aussi vrai qu’il est impossible à un crack-head de dormir après une puff. Tout ce charabia pour que vous remercier les gens qui travaillent fort pour vous faire soit sourire, verser une larme ou même rêver un peu. Faites-le : en parlant aux gens autour de vous de cette voix qui parfois grafigne vos tympans. En somme : VIVE LA LIBERTÉ D’EXPRESSIONS!!!!!!

- La Galère est l’fun, parce que tu peux dire tout c’que tu penses. Il n’y a pas trop trop de censure.

Peace

Rémy

- C’est très intéressant, parce que ça nous donne un moyen de s’exprimer. Le monde qui en vendent, ils sont pas achalants. Ça fait un petit revenu au camelot et ça lui donne une motivation. Cela empêche l’isolement.

- Ce journal de rue se digère très bien le matin, en sirotant mon café. Si je ne veux pas voir seulement, ou presque, juste des nouvelles négatives. Ça m’arrive assez souvent de lire La Galère. Il y a beaucoup de diversité. Bonne Chance!

Pat

Claudette

- Très bon, je trouve. Ça donne de très bonnes et belles informations véridiques. C’est bon parce-qu’à chaque nouvelle parution, ce n’est pas jamais le même sujet traité.

- Pour moi, un journal de rue peut servir à revendiquer nos droits, aider à faire abolir des lois désuètes. Avancer aussi dans des dossiers qui semblent interminables. Le journal, La Galère est un tremplin idéal pour rejoindre ceux et celles qui militent pour obtenir un changement, dans toutes les sphères de la société.

- Des journaux de rue, moi j’en vends; ça me rend utile et ça me donne de l’argent de plus, pour arriver à la fin du mois. Catherine

- J’ai acheté La Galère une fois et je déteste. C’est bourré de fautes. Non, non je ne veux rien savoir. Nathalie

- Pour moi, le journal de rue aide pour le contact avec les marginaux. Souvent on les voit dans les rues et on ne sait pas comment les aborder. Le journal donne un genre de pont entre les marginaux et les citoyens. Grâce à La Galère, j’ai fait plusieurs belles rencontres. Merci à La Galère. Alain

- Moi j’aime ça, c’est très intéressant. Brigitte.

- Le journal de rue, selon moi, est une excellente forme de média. Il peut être très sérieux et comporter aussi des articles plus relaxes. La Galère nous donne aussi des informations sur les grandes entreprises comme par exemple Gentilly-2. Les articles sont très bien structurés. Je n’ai rien à redire des camelots, en tout cas de ceux à qui j’ai acheté le journal. C’est un mensuel sans prétention, mais qui parle des vraies choses. Bonne publication. Pierre

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- Je pense qu’un journal de rue, c’est très honorable.

- Pour moé, c’est une question de valorisation. À la place de me faire dire va travailler ou écoeure-moé pas, les gens ont plus de respect quand je vends le journal, comme La Galère. Le fait que le monde m’apprécie, cela me valorise.

Jakes

La Galère, une tribune qui offre le crachoir

- Pourquoi ça prend des journaux de rue? Entre toi et moi: pour montrer aux riches que les pauvres s’organisent. Et qu’ils ont non seulement une âme, mais aussi un estomac, un coeur et un cerveau. J’aime autant voir les chômeurs occupés à faire quelque chose de constructif plutôt que de les voir se promener avec des têtes au bout des piques, juste pour tuer le temps et les contrôleurs du temps.

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Michel

Alexandre

- J’ai passé une bonne partie de ma vie dans la rue. Maintenant je travaille au Carrefour Jeunesse. Je suis habitué avec les gens marginaux. Je ne les crains pas, et je les respecte. Mais il y en a qui ne sont pas très respectueux envers les autres. Ils nécessitent un peu plus d’attention. Annie

Un gros merci, à tous; ceux et celles qui ont bien voulu afficher leurs couleurs, dans le « VOX POP » du journal de rue La Galère. MOMO et SERGE


Bon anniversaire, 8 ans et 7 mois, c’est quelque-chose quand même... Parce que partir des projets c’est bien, mais durer c’est mieux. La Galère, après Le Vagabond, s’est installée au centre-ville et y a pris racine, malgré quelques écueils, au demeurant prévisibles. La Galère, pour moi, c’est l’expression de la différence, l’autre message. Un message brut, senti, authentique. Une réflexion sur la vie, dans ses recoins plus sombres, très très loin de Star Académie. Et pourtant, il y a là du talent, du courage, de la sensibilité, des efforts qui sont d’autant plus méritoires qu’ils n’ont sans doute pas été encouragés, soutenus, vantés, favorisés.

Illustration : Claude Deslauniers

Je salue bien bas, avec toute mon admiration, votre équipe et je vous souhaite encore bien des années d’écriture originale et essentielle à l’évolution de notre société. Solidairement, Diane Vermette, du comité logement TroisRivières et correctrice bénévole pour le journal Diane Vermette

Il y a plus de huit ans, elle est très marginale à cette époque, elle revendique la protection des animaux de laboratoire. Elle les affectionne particulièrement depuis son jeune âge. Ce journal lui a permis d’exprimer ses opinions concernant plusieurs sujets qui la passionnent. En s’affirmant ainsi, elle a complété un diplôme en photographie et s’est intégrée sur le marché du travail. De plus, elle s’est impliquée dans un projet d’ordre humanitaire mis sur pied par Point

de Rue. En 2007, elle s’est envolée avec d’autres jeunes pour le Madagascar pour une période de trois mois. Elle a réalisé son objectif d’enseigner le français aux jeunes malgaches. Elle est revenue en femme transformée, confiante en elle plus que jamais auparavant. Je tiens à souligner le très bon encadrement dont elle a bénéficié avant et durant son séjour en terre africaine. Si elle est devenue une membre active et responsable au sein de la société, c’est par le support offert par l’organisme Point de Rue et le journal Le Vagabond qui l’ont aidée dans sa jeune vie. Je félicite l’équipe du journal La Galère pour son travail d’information et de sen-

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par : Réjean Bonenfant, écrivain et bénévole pour La Galère

Le monde est ainsi fait que nous avons besoin de nous regrouper afin de nous sentir vivants, afin de contrer la solitude et l’exclusion. Le temps du flower power et du peace and love est très loin où, dans les années soixante-dix, les jeunes décrochaient de la société pour manifester leur désaccord avec cette société qui ne respectait plus leur individualité. Ces jeunes, pour la plupart fils et filles de bourgeois, réintégraient le nid et la fortune paternelle après quelques années d’errance. C’était un trip entendu, convenu, une pause avant de plonger dans l’univers adulte et ses obligations de travail et de rentabilité afin que la roue de la société continue de tourner. Ce n’est plus du tout la même chose pour les itinérants que nous rencontrons maintenant. La plupart d’entre eux sont des décrocheurs scolaires, analphabètes fonctionnels, venus de familles qui, souvent, avaient très peu de valeurs à transmettre. Ils fuient des univers de violence, de grosse misère noire. Ce ne sont plus des enfants de bourgeois. Ce sont souvent des victimes de la société elle-même, des rejects du système capitaliste dont nous voyons actuellement l’effondrement progressif. Il y a une limite

par : Lyse Panneton Je suis la mère de Mohika. Elle a cheminé à travers ses articles parus sous la couverture du Journal Le Vagabond. Je suis très fière de ma fille et de son parcours de vie jusqu’à maintenant.

UN JOURNAL, POUR DIRE AU MONDE QUE L ON EXISTE

sibilisation dans différents secteurs de la communauté trifluvienne. Ce journal est une fenêtre ouverte pour toute personne jeune et moins jeune qui veut s’exprimer par le biais d’écrits tant poétiques, informatifs que d’opinions. C’est vital pour la minorité qu’ils représentent de se faire entendre. Le public peut découvrir que les moins nantis ont des idées innovatrices très valables. Ils sont une ressource importante que l’on doit découvrir et explorer malgré un début de vie moins privilégié que la moyenne des gens. Je collabore moi-même par divers écrits à l’occasion. Je n’aurais jamais cru possible cette éventualité il y a huit ans. Merci pour votre ouverture d’esprit

Le seuil de la pauvreté étant ce qu’il est, il n’est pas surprenant que beaucoup d’entre eux se soient tournés vers les paradis artificiels pour se donner l’illusion d’exister. De fil en aiguille, lentement mais sûrement, une certaine déchéance s’est installée, résultat obligé de dépendances bien ficelées qui font peu à perdre le sens de la réalité. Et les jeunes ne sont pas les seules victimes. Devant l’appauvrissement de plus en plus significatif, certains, qui ont pourtant connu le confort d’un foyer et des revenus fort enviables, se voient, dans la quarantaine avancée, contraints à l’itinérance, à dormir dans des parcs, à ne se réchauffer, à trente degrés sous zéro qu’avec la seule chaleur de leurs chiens. Et l’exclusion s’intensifie toujours. Quand

on interdit les chiens dans un parc pourtant public, on en chasse par le fait même leurs propriétaires. Heureusement, l’instinct grégaire que tout et chacun possède, les oblige à se regrouper, ce qui engendre une certaine suspicion, une certaine peur dans la population qui se méfie d’eux parce qu’elle ne se donne pas la peine de les connaître. Se regrouper pour créer À Trois-Rivières, plusieurs jeunes de la rue sont regroupés autour de Jean Beaulieu pour créer des vitraux à saveur historique. D’autres font partie des ateliers de fabrication de tams-tams de Christian Laflamme. D’autres encore, sous la gouverne de Sébastien Bois, collaborent au journal de rue La Galère. Ainsi, ils deviennent journalistes avant de devenir vendeurs ambulants de la revue dont les revenus les aideront à se rendre à la fin du mois. S’inspirant de leurs vies, par des mots, ils apprennent à nommer leurs souffrances, à mieux se comprendre eux-mêmes, à poser leur petite pierre blanche à eux dans le gros édifice de la vie en collectivité. Ils auraient pu passer toute leur à ne se manifester que par des tags, des graffitis. Du jour à son lendemain, ainsi regroupés autour d’un projet commun, ils deviennent quelqu’un, ils réapprennent la confiance en eux-mêmes. Il n’y a que la création, n’importe laquelle, pour se prouver que l’on est vivants, pour compter pour quelqu’un… et pour soi-même. Des quidams à qui il faut parler Chacun de ces jeunes de la rue a son histoire à raconter en autant que l’on soit capable de les écouter, de les saluer. L’un d’eux me disait récemment : « Parfois j’ai l’impression que je n’existe pas, que je suis invisible. Le regard des gens ne se pose même pas sur moi. » Le lendemain, un autre pleurait de douleur assis sur le perron d’une banque. Il devait avoir dix-sept ans. Voulant se sevrer de sa dépendance à l’héroïne, il doit passer soixante jours avant d’être admissible au traitement de métha-9-

done. Il faisait pitié à voir, avait mal à toutes les articulations, un peu comme quelqu’un en pleine crise de dystrophie musculaire. La cigarette que je lui ai tendue a séché ses larmes pour quelques minutes. Je l’ai informé des ressources qu’il y avait à Trois-Rivières. Un journal de rue qui a de la gueule… et du contenu. Le journal de rue constitue un médium alternatif et il en existe dans toutes les grandes villes du monde. C’est que la misère n’a pas de frontières. Les exclus, les laissés-pour-compte, sont des victimes de la violence que constitue l’étalage des folies des gens riches et célèbres et celle des politiciens ou administrateurs véreux qui ne pensent qu’à leurs profits personnels. On nourrirait et sortirait de la rue combien de jeunes avec une seule prime de départ de l’un de ceux-là que l’on continue à rétribuer alors qu’il ne travaille plus? Le journal La Galère porte bien son nom. Déjà Molière se demandait : « Mais que diable allait-il faire dans cette galère? ». Le journal de rue qui l’a précédé à TroisRivières – Le Vagabond – ainsi que celui qui existe à Montréal – L’Itinéraire – rendent compte d’une certaine réalité des jeunes de la rue. J’estime que le mot galère est plus approprié comme métaphore du monde dans lequel nous vivons. Je salue tous ceux et celles qui sont impliqués dans cette aventure et je leur dis ceci : l’avènement d’un monde plus juste pour lequel nous luttons tous est en route. Tous ensemble, nous y arriverons.


Pouvoir s’exprimer

La Galère : un pont vers le meilleur de nous-même

par : Mag

Salut! Moé, j’m’appelle Mag. Ça fait environ 15 ans que je vis dans les rues du Québec d’un bord pis de l’autre. Des blasphèmes, des insultes et du négatif amplement, j’en ai reçu pas à peu près. Moé, je suis originaire d’ici, à Trois-Rivières, Triste-Rebus. Quand t’as une cravate, t’as le droit de t’exprimer mais quand t’es un osti d’fucké, personne veut t’écouter. Depuis plusieurs années, il y a des journaux de rue à Montréal. Ça roulait quand même bien (et encore d’ailleurs). Donc, à Trois-Rivières, on s’est dit : « pourquoi ne pas l’essayer ». De là est né notre bébé. Après des années, où on a essayé de s’exprimer, et ce, de toutes les façons possibles, est né Le Vagabond. Enfin un droit d’expression sans critique directe sur nous. On peut dire ce qu’on veut, comme on veut, sans personne pour nous faire chier. Wow! Ça l’a duré environ un an. On pouvait s’exprimer, faire des activités (kermesse), pièce de théâtre (Le merdier); faire nos travaux communautaires et faire de l’argent. Il y avait des gens sortis de la rue qui étaient payés pour y travailler. Suite à je ne sais trop quoi, Le Vagabond a fermé

ses portes. Heureusement, La Galère a ouvert les siennes. C’est sensiblement la même chose. On a besoin de notre journal parce que des fuckés, y’en a toujours eu pis y va toujours y en avoir.

Des gens qui veulent rien comprendre parce qu’ils se croient au-dessus de tout, l’monde pensant tout connaître dans vie. En passant, je voudrais m’exprimer dans mon journal pour dire à madame Ginette Gagnon, rédactrice au Nouvelliste (ainsi qu’à tout ceux et

par : Rita Dupont celles qui pensent comme elle), qui a publié l’article Ça joue dur à Trois-Rivières après la journée internationale contre la brutalité policière (mi-mars) que : « quand on sait pas de quoi on parle, on farme sa yeule ». Et j’ose espérer que vous allez accepter l’invitation de monsieur Philippe Malchelosse, directeur de Point de rue, pour connaître davantage notre réalité. Car, je fais partie des fuckés qui ont des choses à dire à des personnes bouchés comme vous. De la crédibilité nous en avons et ce n’est pas pour rien que nous avons notre journal. Car dans la rue, il s’en passe des choses que ce n’est pas tout l’monde qui peut voir. Sur ce, je veux remercier tous les gens qui font vivre notre journal, et ce, peu importe la façon. On a travaillé dur pour l’avoir et il faut qu’il reste pour faire comprendre aux gens qui on est et ce que l’on vit. De pouvoir s’exprimer en toute liberté par l’écriture, la poésie, les dessins, etc. Je dis Merci!

Et pourquoi donc? Parce qu’en tout être humain sommeille un être fondamentalement bon et altruiste. Parce que la bonne fortune ne frappe pas aux portes avec équité, facilitant les choses pour les uns tout en multipliant les difficultés pour les autres. Nous souhaitons pouvoir faire la différence dans la vie de ceux et celles qui ont été moins chanceux. La Galère nous offre cette opportunité.

Quand on achète une galère : - On encourage un camelot à travailler, par la vente d’un journal aux coins des rues; - On contribue directement et librement, par notre générosité, au mieux-vivre de quelques-uns, tout en s’intéressant aux diverses opinions exprimées par le biais de ce journal; - On reconnaît tacitement le bien-fondé de l’organisme Point de Rue, qui chapeaute La Galère.

Pensons simplement aux nombreux pigistes et illustrateurs/illustratrices qui participent régulièrement à la parution du journal, tout en recevant une modeste contribution en signe de reconnaissance et d’encouragement, ce qui leur permet de mettre leurs talents à profit.

rendez-vous. Tandis que pour d’autres, il suffit de s’arrêter un instant et de se demander, en son for intérieur : serait-il possible qu’un enfant, dès son plus jeune âge, se soit dit en lui-même : « Quand je serai grand, je serai itinérant! » Cela est impensable, bien-sûr.

Nous sommes tous gagnants

Nous sommes incapables de nous voir aussi pauvres que nous le sommes. Ce qui fait que dans nos cœurs, nous savons bien à quel point nous sommes généreux / ou à quel point nous ne le sommes pas.

Par la continuité de l’existence de La Galère, en l’achetant, nous devenons participants à cette grande fête de la vie. Cette fête qui convie nos « oubliés » en leur ouvrant la porte, par laquelle ils accèdent à une appréciation et à une estime, autrement inexistantes.

Quand je serai grand… Nous sommes tous bénéficiaires, chacun à sa façon, de ce que la vie nous a réservé. Certains n’ont jamais manqué de rien : études, santé, intelligence, travail et affection, plus l’argent (ouf! Il fallait bien le mentionner!) furent invariablement au

Un grand projet Voilà pourquoi un pont vers le meilleur de nous-même se hisse, tel une main tendue, de sorte qu’un grand rêve humanitaire se réalise. Ce rêve, c’est celui d’un monde meilleur, où les exclus ont aussi leur place. Et de ce grand projet, nous devenons signataires, du simple fait de nous procurer une Galère. Merci de nous lire et de nous encourager.

Les 8 ans et 7 mois du journal par : Inconnu 410

Bonne lecture Au début de mon implication dans le journal La Galère, ce ne fut pas facile à démarrer puisque je n’avais aucune expérience comme pigiste. Peu à peu, au fil des textes, des rencontres avec le rédacteur en chef, mon point de vue devenait plus pertinent et plus engagé dans ma communauté. Maintenant, je fais partie d’une équipe à part entière et j’en suis fière. J’ai fait l’apprentissage d’un travail minutieux dans lequel j’améliore la qualité de mon français, de mes structures de phrases et l’ensemble de mes écrits m’a aidée à

développer des sujets originaux. J’ai vécu un enracinement plus solide lorsque j’ai pris contact avec les camelots du journal. À leur façon, ils m’ont initiée à vendre des revues sur la rue, beau temps, mauvais temps, et à accueillir les futurs lecteurs, avec un esprit créateur, parfaitement humaniste. Mon coup de cœur découle d’une expérience unique vécue au Cégep de Trois-Rivières. Là, j’ai rencontré des adolescents D.E.C. en travail social, pour leur présenter le reflet et l’envergure de notre revue en tant que - 10 -

Trois-Rivières en ce qui concernait sa vente « LIBRE! »

Bon, ça fait un peut drôle d’en parler... c’est pas comme si ça faisait 20 ans non plus hein!

par : Micheline Plourde

pouvoir d’information sur des sujets traitant de points de vue très particuliers comme : l’itinérance, la guerre, l’énergie nucléaire, sujets que l’on ne retrouve pas dans la plupart des journaux non spécialisés. Nous avons une mission qui nous demande de démystifier plusieurs de nos propos afin de faire avancer l’esprit critique des gens. Finalement, ma participation au journal ‘La Galère’ m’a permis d’explorer avec rigueur et sincérité les aléas d’un rôle significatif auprès du public de la belle région de Trois-Rivières.

Mais tout ça a bien changé depuis le temps.

Mais n’empêche que c’est parti de loin, j’ai pas vu le temps passer tant qu’ça.

Aujourd’hui, c’est une toute autre histoire... Les gens connaissent La Galère et l’achètent en grande quantité, ce qui fait bien plaisir à tous ceux qui y participent.

J’ai pas vraiment connu son ancêtre Le Vagabond mais j’ai vendu La Galère dans ses premières parutions...

C’est surtout une belle manière pour la marge d’avoir un exutoire pour s’exprimer ainsi qu’un espace pour revendiquer ses idées.

Ça fait drôle de se rappeler les tout premiers numéros, pratiquement imprimés en monochrome avec des couleurs noir & blanc. Moins drôle de se rappeler le temps passé à le vendre... quoi qu’il y a toujours eu une bonne appréciation pour ce média alternatif au niveau des gens en général.

Pour finir, je voudrais remercier TOUS ceux qui ont participé d’une manière ou d’une autre... écrivains, lecteurs, rédacteurs et surtout GROS merci à tous les vendeurs!

Si on ne prend pas en fait qu’à ce moment, il n’y avait pas encore d’entente avec la ville et le service de police de

Vous avez tous contribués à forger la crédibilité de cette belle réussite! - 11 -


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Faut pas se taire

La vie mondaine passe toujours par la rue avant d’aller s’emballer!

par : Andréanne

par : Nicholas Mccallum

Un jongleur de camelote sur le poing d’une rue au menu avec sans faim qui fait son numéro, mois après moi celui qui a le regard agar-agar direction feng shui, attitude tai-chi manque le show des mots de sa froideur

Une robe de satin rouge croisant tatouée jusqu’au cou; deux solitudes qui se croisent Et pourtant, nous aurions pu nous parler. La galère, c’est à toi de moi.

La rue est un moyen de transport pour les mots de la vie courante La galère, une rame de lancement pour ceux qui font du surplace

C’est tout!!! Mis à part du début de la manifestation où ils ont brièvement expliqué leur cause, on n’a pas porté attention à l’opinion des manifestants. Cependant, un drôle d’événement s’est produit et j’ai senti qu’on a voulu que les gens l’oublient. Un journaliste dont le nom m’échappe a suivi les manifestants tout au long de leur parcours. Il semblait constater qu’à part les quelques cailloux et

Lors de la dernière journée Internationale contre la brutalité policière du 15 Mars dernier, je n’étais pas à la manifestation, mais je suivais l’événement au canal de nouvelles LCN, avec un certain recul. La chaîne de nouvelles a, selon moi, « surmédiatisé » l’événement. Dès le début de l’après-midi, les animateurs répétaient sans cesse qu’ils s’attendaient à beaucoup de grabuge, que la police n’intervenait que pour le bien de la population, etc, etc. Avant même d’avoir écouté ce pourquoi les gens manifestaient, tous les manifestants représentaient le danger Andréanne lors d’un entretiens avec Francis Dupuis Déri et tous les policiers étaient les sur la guerre en Afghanistan bons protecteurs. Les médias ont même dénigré les maniles légumes lancés, ce n’était pas si pire que festants en leur reprochant d’être désorganisés, que leur parcours n’avait pas été défini. Comme si cette manifestation devait entrer dans un cadre bien fixe et établit du point A au point B. Avant le début de la manifestation, on savait clairement qu’il fallait détester ces jeunes malfaisants! Ils ont interviewé deux ou trois personnes sur le fly qui avaient la même opinion qu’eux pour s’appuyer et un jeune qui disait à peu près : « je manifeste parce que la police, c’est pas bien et qui faut qu’ils arrêtent… »

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ça. Les manifestants étaient relativement calmes. Mais une intervention policière a repoussé brusquement la foule pour les tasser de façon violente et brusque. Le journaliste qui rapportait les faits en direct presque toutes les demi-heures s’est fait pousser violemment par les policiers. Il a à peu près dit : « Ça n’était pas nécessaire de me pousser comme ça, s’ils m’avaient simplement demandé de me tasser de là, je l’aurais fait. Je leur ai dit que j’étais dans les médias et le policier m’a dit qu’il s’en foutait. » Le gars était consterné du comportement des policiers, mais tout était en direct. J’ai donc pensé que les événements allaient tourner grâce à la crédibilité du journaliste qui pourrait témoigner de brutalité policière. Mais on ne l’a plus entendu parler. Lui qui chroniquait aux 20 à 30 minutes a parlé une autre fois je crois, mais son discours ne concordait plus avec celui que diffusait LCN depuis midi.

Illustration : Shan

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Illustration : Patrice Bergeron

La rue et ses mots, la fracture et ses os fracture ouverte ou fracture écharpée comme un homme pressé il suffit d’un pas, pour que la rue nous appartienne tout autant que ces mots.

De plus en plus, les gens commencent à réaliser que les médias comme le Journal de Montréal, le canal de nouvelles LCN, TVA, etc, sont des médias manipulés. L’opinion publique est constamment maniée de façon à brainwasher la majorité de la population. Cependant, il arrive que ces médias s’enfargent dans leur propres bottines…

Donc, peu importe le déroulement de l’événement, les policiers s’attendaient déjà à arrêter massivement des gens, qu’ils aient commis des actes de vandalismes ou non. On l’a bien vu lorsque vers 4 heures un groupe de gens a été encerclé. Comme s’ils étaient tous coupables de voies de faits sur les policiers. Je ne comprenais pas où ils voulaient en venir jusqu’à la fin de la manifestation. Ils se sont mis à parler de permis de manifester et bla bla bla. Bravo pour la liberté d’expression. Bientôt, on va peutêtre nous enlever le droit de manifester notre mécontentement. Pour ma part. je crois qu’un journal de rue comme La Galère est un très grand pas vers la libre expression. Il ne faut pas se taire!!!


Je me souviens...

Fêtons 8 ans et 7 mois

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de journaux de rue à Trois-Rivières

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Veuillez noter que toutes les éditions des journaux de rue ne sont pas présentes dans ces pages.


Je me souviens...

par : Gaétan Bouchard, ancien directeur général et rédacteur en chef du journal Le Vagabond Le 14 janvier 2000, jour de la Saint-Valentin, je quittais ma job à Québec pour me lancer dans une aventure qui n’était pas gagnée d’avance : lancer un journal de rue à Trois-Rivières. Le projet était parrainé par le centre Le Havre, un refuge pour personnes sans domicile fixe. Un de mes potes intervenant au Havre m’avait téléphoné pour me dire qu’il cherchait quelqu’un pour ce projet. Michel Simard et Lyne Bordeleau m’ont embauché donc pour travailler sur ce projet. Je suis parti avec ma chemise sous le bras faire le tour de tous les organismes communautaires et autres bureaux de l’administration civile. Je devais obtenir des lettres de soutien et des attestations écrites de la police et de la ville, prouvant qu’il est légal de vendre des journaux sur les trottoirs. Au bout d’un mois, toutes mes lettres étaient réunies en annexe d’un projet de création d’un journal de rue et d’un café de la rue à Trois-Rivières. À ce moment-là, eh bien je n’ai plus d’argent… Le financement ne vient pas aussi vite qu’on ne le croyait. Je suis tombé sur le chômage. Et j’ai attendu mon chômage en décrochant un petit contrat pour une agence de casting locale où je devais jouer le rôle d’un gars qui vient de sortir de prison et qui n’est pas capable de se trouver une job… La pub télé passe huit fois par jour dans une période où je me cherche de la job : la vie est ironique! Puis un beau jour : alléluia! Michel Simard m’appelle pour me dire que je recommence le lundi suivant et qu’ils ont trouvé un local sur la rue St-Georges. Bingo! Alors là, j’ai rencontré des jeunes punks pas mal sympathiques que me présentent les travailleurs de rue. Ils sont embauchés sur la base d’un projet d’intégration au travail. Le premier matin, je n’avais pas encore les clés du local. J’ai dit aux punks de se réunir là pour neuf heures. Comme j’arrivais sur les lieux à neuf heures, mes huit associés étaient là avec deux chiens en

laisse. Une voiture de police s’est immobilisée devant l’attroupement. Un des deux policiers me fait signe et me demande ce qui se passe là.

doit entre autres Les aventures de Ti-Jean le livreur de lait, une bédé géniale, débordante de poésie et d’amour de l’art.

« Bonjour m’sieur. C’est rien. On part un nouveau restaurant. Ça va s’appeler Squeegee Diddley. Y’en a déjà trois à Monrial. C’t’un concept ben à mode! »

Niknik gratte sa guitare dans le coin. Tout le monde lui tire la pine pour qu’il écrive quelque chose. Il ne veut pas. Alors on lui laisse gratter sa guitare, faire les commissions et tout le reste quoi.

Les policiers m’ont regardé d’un air dubitatif puis sont repartis vers d’autres aventures.

Roberto rédige comme un forcené, d’abord sa pièce de théâtre Le Merdier, puis ses articles et ceux des autres.

Comme nous n’avions pas encore accès au local, j’ai donc ramené toute la meute vers le parc des Ursulines pour qu’on puisse discuter un peu du futur journal de rue. Ewok, le chien de Bourgue, a tout de suite été choisi à titre de mascotte du journal. Ce sera lui, l’âme du Vagabond, Ewok, le modèle même du chien errant.

Denis Marcotte, le nouveau venu, pond des textes incisifs pour le journal et donne un coup de main à la correction des épreuves.

Durant les jours qui ont suivi, nous avons donné deux ou trois coups de pinceaux, et quatre cinq coups de marteaux. On s’est relevé les manches et voilà, zipzap, on a organisé une kermesse dans le parc Pie XII avec des hot-dogs à cinquante cents et des jeux. Dave est le grand argentier, le gars qui déteste le capitalisme mais sait tenir les chiffres. Keatte et Mohika sont de tous les combats. Elles ont du chien dans le nez et apprennent la photographie en plus d’écrire leurs premiers reportages. Mouche et Bourg sont des érudits de la rue qui discutent du scénario de leur prochaine bande dessinée ou bien de leur prochain texte. Ils sont en compétition avec le grand Djigue, géant au cœur tendre à qui l’on - 18 -

Alex gratte parfois sur ma guitare pour accompagner Niknik et fait un maudit bon boulot d’intervenant qui ne compartimente pas les jeunes dans des grilles surannées de travailleur social. Juste un humain qui parle avec d’autres humains. Des tas de gens nous rendent visite. Le local prend vie. Ça bouge. Camelots, bénévoles, stagiaires, bienfaiteurs, bienfaitrices : je ne peux pas nommer tout le monde, que voulez-vous.

Équipe initiale du Vagabond

Et Le Vagabond publie un, deux, puis quatre, et finalement huit numéros. Il a bien fallu tourner la page. Toute bonne chose a une fin. Les échalotes finissent toujours par pourrir. La Galère poursuit sa traversée là où Le Vagabond, comme dans les films de Chaplin, s’en est allé vers le soleil couchant en roulant de la canne et des épaules, le sourire aux lèvres. - 19 Michel Chartrand au Vagabond

Keatte et Niknik


Je me souviens...

Je me souviens...

Tirée de : Propos recueillis par Bozo-les-culottes (extraits tirés du Vagabond)

Le Vagabond, #1 Mesdames et messieurs,

Québécoises et Québécois, C’est avec une immense joie toute patriotique que moi, le futur Très Honorable Elvis Gratton, prend aujourd’hui la parole pour vous annoncer ma candidature aux prochaines élections provinciales dans les rangs de l’Action démocratique du Québec. Yeah! Et c’est sous le slogan Avec moé, l’avenir a du futur! que je me lance dans l’arène politique avec pour première bataille, l’éradication des BS. Pour régler un problème, il faut le comprendre, et pour comprendre le phénomène des BS, il faut remonter loin. Prenez Jésus : il a passé toute sa vie sans travailler, à fricoter avec des guidounes et un ramassis de poteux. Charpentier, le Jésus? Mon œil, estie! J’ai relu les évangiles, et pas une seule fois on nous dit que Jésus répare une chaise ou un cadre de porte. Y’a Judas, un squeegee qui aide Jésus à laver les yeux des aveugles, qui quête et qui vend La Bonne Nouvelle, une sorte de petit journal de rue. De son côté, y’a Jésus qui bizoune des miracles sur la slide, sans payer les taxes et les charges sociales, le tout en faisant un bon bénéfice, assez en tout cas pour entretenir douze BS sur son bras, plus le ramassis de quêteux à qui il distribue du pain sorti de d’on ne sait où. Ça marche tellement fort son affaire qu’on sait pu quoi y donner! Du parfum pour pieds, peutêtre… Bref, c’est à cause de Jésus qu’on a des BS. C’était une cause de crucifixion à l’époque. N’oublions pas que le premier job déclaré de Judas lui rapporta 30 deniers – T4 en main signé de Caïphe – et fut aussi sa perte. Ayant peur de se faire coincé par le BS, Judas s’est pendu. Vous pensez que je blasphème? La religion hindoue nous dit que Dieu a 9 millions de noms. Pourquoi Dieu aurait-il besoin de 9 millions de pseudonymes, sinon parce qu’Il a des choses à cacher! - 20 -

C’est Lui qui nous a foutu deux BS dans le parc à thèmes de l’Eden. Écœuré de Se faire constamment téter des cigarettes, Dieu les chassa quand les deux BS se rendirent compte qu’ils étaient des tout-nus. En plus, ils mangeaient sur le bras de Qui on sait, faisaient leurs besoins partout et n’arrêtaient pas de jouer à touche-pipi dans les buissons du Edenparc. C’est dire que les comportements des BS ne datent pas d’hier! Les BS ont aussi l’habitude de ramasser les mégots qui traînent dans la rue. Laissez-en tomber quelques-uns par terre ; ceux qui se précipitent pour les ramasser sont des BS. Ne jetez pas une grenade dans le tas! Cette méthode suggérée par le premier ministre Harper a été abandonnée parce que trop salissante. Notez tout de même leurs noms et transmettez-les à tous les dépanneurs et épiceries de quartier. Les BS y perdront immédiatement leurs comptes de crédits et devront migrer vers un autre îlot de fainéantise. Nous signalons, même si c’est de notoriété publique, qu’un BS fréquente les lieux de distribution gratuite de nourriture, là où les aliments et voie de pourrissement sont envoyés. On n’engraisse pas les cochons à l’eau claire ! Et un BS porte du linge de pauvre. Ne vous en laissez pas compter s’il vous raconte que c’est parce qu’il est en révolte, qu’il exerce un métier salissant ou qu’il est daltonien. C’est d’la marde! La vérité toute nue, c’est qu’il est un BS. Ne le nourrissez surtout pas, sans quoi il reviendra fouiller dans vos poubelles. Ça se croit tout permis, un BS! N’oubliez pas que les BS peuvent être très doués pour le camouflage. Prenez encore Jésus: un chômeur chronique qui trouve le moyen de devenir le fils de Dieu, ça en jette! Mais l’hérédité ne saurait mentir; nous coinçons les criminels grâce aux miracles de la génétique. Voyons le cas - 21 -

des enfants. Contrairement à ce que l’on croit, on ne tombe pas sur le BS; on vient au monde BS. Si vous remarquez qu’un enfant rit quand sa couche est pleine et pleure quand elle est propre, c’est que vous avez affaire à une famille de BS. L’État augmente leurs prestations plus ou moins fréquemment. Pourquoi cette générosité? Personne n’a pu l’apprendre, mais il n’est pas sûr que de les nourrir abondamment soit une bonne idée. Ils se reproduisent déjà comme des lapins et les grosses familles sont pauvres, souvenons-nous-en. Si nous ne prenons aucune mesure sérieuse, cette clique de pouilleux va nous submerger! On ne peut pas les éliminer, semble-t-il; ils seraient couverts par la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Mais quand on sait que de grandes sommités demandent qu’on étende lesdits droits aux grands singes (chimpanzés, gorilles, orang-outans et le maire Lévesque), on peut juger du sérieux et de la portée réelle de cette Déclaration. L’homme descend du singe ; il n’y a pas de BS chez les chimpanzés. Les BS ne sont donc pas des êtres humains à part entière. Ils ne sont pas non plus une espèce menacée. On devrait alors pouvoir les chasser, non? En plus, ils ne payent pas leur loyer, ni leur facture d’Hydro-Québec. À quand une bonne et ferme politique de stérilisation des pauvres! Ça s’est déjà fait en Inde. Pourquoi nos pauvres seraient-ils privés de ce privilège plus longtemps. Ils n’ont que ça à faire, baiser. Autant leur permettre de le faire en toute tranquillité. La leur, mais surtout la nôtre, pauvres payeurs d’impôts et de taxes que nous sommes. Merci de votre attention, et n’oubliez pas de voter ADQ, surtout si vous voulez pas vous retrouver dans le brun!


8 ans et 7 mois de dessins

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Les galériennes et galériens ; artistes, écrivants et camelots

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Veuillez noter qu’il manque plusieursssssssss… Galériennes et Galériens sur les photos.


Faut pas jeter à la poubelle le tri compostage par : Jean-Sébastien Ménard

par : Chrystelle Lavallière Plusieurs années se sont écoulées, mais je me rappelle qu’il y avait cette toute petite fillette aux longs cheveux noirs, des yeux gris, un air triste… Son sourire était absent, oublié dans la peine. Trop jeune et trop fragile pour s’échapper d’entre les vagues. Personne n’a songé à la secourir. Même en bas âge, on laissait Jojo à elle-même; aucun ne s’en préoccupait vraiment. Tous prenaient soins d’eux, de leur bien-être, de leur travail et des autres à l’occasion mais pas de Jociana.

Illustration : Justine Bellemare

Si par ignorance, cette enfant commettait une bourde, on ne lui tendait pas la perche, mais on l’embrassait avec des cris, des blâmes et des insultes qui l’accompagnaient pendant des semaines. Jamais de figures pour l’encourager ou la défendre. Comment pouvait-on laisser faire cela? Existait-il un être pour la comprendre, pour l’aimer? L’expression de son visage murmurait la détresse et la peine. Sa voix chantait la solitude.

pouvait faire était de rêver ou d’écrire. Car écrire, c’est inventer des rêves à chacun de nous, c’est voyager à la vitesse des mots. Écrire c’est l’existence même de soi et des autres. Écrire c’est siéger quelque part, se rencontrer ou se retrouver. C’est en l’occurrence rendre vivant ce qui est inexistant ou inerte. Écrire, c’est rendre visite à l’absence, c’est un rêve en mots, une tristesse en phrases, un texte de colère et un roman d’amour. Les livres aussi lui étaient familiers, les personnages devenaient comme des amis, des sœurs, des frères ou des parents. Elle en aimait certains et en détestait d’autres.

Ses pensées vagabondaient comme les feuilles d’automne. Ses plus belles journées, ses petits pieds les inventaient. Un jour, elle ne voulut plus quitter cet autre monde qu’elle se créait, il lui plaisait. C’était celui que Jociana choisissait. Parfois, les autres le remarquaient. Les yeux rivés dans le vide, elle riait et souriait; à certains moments, elle pleurait.

Le vrai monde lui était inconnu, incompréhensible. Pourquoi les gens sont-ils aussi indifférents et cruels? Elle ne veut plus d’eux, ni de l’espoir, ça lui fait trop mal. Qui pourrait l’écouter, la croire, elle qui n’était qu’une petite fille? Si quelqu’un venait à l’aborder, simplement pour apprendre à la connaître, que pourrait-elle dire? Elle devrait peut-être mentir pour ne pas faire peur, pour être comme les autres, pour faire partie du commun, pour ne pas être jugée, seulement les mensonges lui donnaient froid dans le dos, un froid intense insupportable, celui qui vous glace jusqu’au sang, comme l’eau a froid pendant l’hiver. Alors, Jociana aimait mieux se taire ou fuir avant d’être rejetée.

Les gens la regardaient davantage comme un mouton noir qu’on devait laisser seul, abandonné et laissé pour mort. Seulement, Jojo y était habitué même si ça la blessait encore. Pour rien au monde, elle ne se plaindrait, elle endurerait. Sa vie n’était que souffrances étouffées. Tout ce que cette jeune fille

Son seul regard effrayait. On découvrait à travers ses yeux, une âme rongée, dévasté; on y voyait tout le mal qu’elle endurait. Pour nous, c’était l’angoisse. L’impuissance nous submergeait jusqu’à la plus infime de nos molécules. Que pouvions-nous y faire? Le bleu de la peur qu’elle nous inflige de son

malheur terrifiait. Elle criait et même hurlait en silence. Hurlait de peine, de colère, de désespoir. Tout son corps si magnifique, tremblait de souffrances. Son odeur si charmante était-elle, respirait la bonté et la gentillesse mais aucun ne le sentait. Un jour, un lapin qui lui ressemblait l’approcha doucement, la gamine lui fit confiance. C’était le seul à qui elle parlait vraiment. Elle comprit qu’elle n’était pas la seule à souffrir. Mais le lapin l’a trahie comme tous les autres. Jociana se sentit plus que jamais seule au monde. Elle goûtait à l’amitié, à l’amour mais chaque fois, tout finissait par se briser. L’envie de combattre son chagrin, de s’investir dans une relation, quelle qu’elle soit, disparaissait en fumée. La belle décida d’agir comme on lui avait appris. Elle ignora les autres et ce qu’ils pouvaient ressentir. Elle ne porta attention qu’à elle, à ses plaisirs, si rares étaient-ils. Elle finit par confondre l’imaginaire et le réel. Ses rêves étaient-ils réels et sa réalité était-elle un rêve? Plus rien n’était sûr désormais. Elle suivait un chemin comme l’eau suit le courant. Jociana priait et chantait à Dieu, sans savoir s’il l’écoutait. Oui, le désir de prier, pas pour soi mais pour les autres. Elle suppliait Dieu, dans sa tendre miséricorde, d’épargner les filles comme elles de cette souffrance, d’éloigner les êtres malveillants. Elle lui demandait de ne lui offrir aucune grâce si son vœu était accompli. « Protégez les enfants, entourez d’amour leur cœur si tendres; apprenez-leur le respect de soi et des autres, montrez-leur la compassion et restez honnête pour l’exemple. Amen »

Ce plein été par : Nicolas Sourdif

Considérez la façon dont vous esquivez, liberté, fragrance, des pommes en plein été, Près du quai, profiter, du Soleil de nos années, près de toi, m’évader, riche en couleurs, ce plein été. - 26 -

Illustration : Évelyne P.

Aussi loin que le veut mon amour, je serai, avec elle, tout amoureux de cet amour, Vite le temps s’écoulera, elle viendra, Et avec elle marcher près de l’eau, rivages ensoleillés par un Soleil d’été,

Suite aux problèmes rencontrés par les centres de tri au Québec et la menace de voir le recyclage et la récupération mises à la poubelle, La Galère a communiqué avec Action Rebuts pour en savoir plus.

se met le nez dans la poubelle 90 à 95% de ce qu’on y trouve est réutilisable, recyclable ou compostable. Donc, cette stratégie consiste à trier nos déchets pour pas que la nourriture les contamines. Les matières organiques, comme les déchets de table, plutôt que d’être brûlés et polluer ou bien enfouis, ce qui crée du méthane et contamine les nappes d’eau souterraines, on pourrait les garder séparément et en faire du composte. C’est un fertilisant extrêmement utile qui pourrait facilement remplacer les fertilisants chimiques. De plus en plus de villes à travers le monde ont ce genre de collecte. Chaque municipalité qui va de l’avant avec ça voit sont taux de récupération passer de 50 à 60%. Il faut trier les matières à la source car il serait difficile de le trier mécaniquement en centre de tri. Dans une ville comme Toronto, la participation citoyenne était au-delà de 90%. Ça enlèverait toute une série de problèmes.

lisation de matière non-recyclable dans les restaurants. Ce sont toutes des directions intéressantes.

Ça prend d’une part, une volonté politique comme je disais tout à l’heure. Et d’autre part, les producteurs doivent prendre leurs responsabilités. Il faut qu’on commence à penser que si on paye pas le coût une fois après avoir utilisé le produit, c’est quelqu’un d’autre qui va avoir à payer le prix. C’est comme subventionner les entreprises les plus polluantes. Tant qu’on fait ça, on hypothèque notre santé et notre environnement.

Qu’est-ce que le tri compostage?

Le meilleur système c’est celui d’Halifax où la façon de trier les déchets est le même que celui de la maison et de travail. Quand on met nos matières au recyclage ou au compostage, c’est gratuit. Quand on va à la poubelle, on doit payer. On fait de l’enfouissement sélectif. On fait un tri des déchets. Ça permet de sortir les matières recyclables, les matières toxiques et les matières organiques. Ils savent de quel quartier viennent les camions et s’il y a trop de matière recyclable dans les rebus, ils envoient une équipe de sensibilisation dans le secteur. Si ça arrive trop souvent, il faut individuellement payer un entrepreneur privé pour aller chercher ses déchets. De cette manière, on peut aller chercher un autre 5 à 10% de recyclage.

Un tiers des poubelles sont générées à la maison et le reste par les commerces et l’industrie. Ça prend une volonté politique, une volonté des entreprises pour ensuite sensibiliser les gens. C’est clair qu’il y a une stratégie individuelle à adopter mais il y en a nécessairement une collective. Quand on

À Toronto, ils ont voté une résolution pour sortir les bouteilles de plastique des bâtiments de la ville ainsi qu’une proposition visant à interdire l’uti-

La Galère : Qu’est-ce qu’Action Rebuts? Action Rebuts : Action Rebuts est un groupe environnemental qui existe depuis 1991 formé par des citoyens et des citoyennes pour se concerter sur la gestion de nos déchets. On fait de l’éducation, de la sensibilisation et des actions politiques. Depuis quelque temps nous entendons parler de problèmes au niveau de la gestion des centres de tri? Quelle est la situation? En fait les centres de tri ne sont pas tous gérés de la même façon. Le centre de tri c’est comme des centres de transbordement pour les matières recyclables, ils doivent un jour trouver preneurs. Le problème, c’est que les matières recyclables, sont totalement sous la domination du système économique. C’est le marché qui décide de la valeur. Tant que ce sera comme ça, les centres de tri seront dépendants des fluctuations du système capitaliste. Quel modèle de gestion serait à envisager? Il faut l’envisager de la même façon qu’on envisage la santé. Ça ne devrait pas être dépendant des profits. Si on considère que recycler est un service essentiel, nous devons investir de ce sens. Il faut travailler à construire une industrie québécoise de recyclage qui sera moins influencée par les hauts et les bas du marché. Par exemple, on pourrait légiférer en obligeant les entreprises à insérer des matières recyclées dans ce qu’ils produisent. C’est tout autant économique qu’écologique.

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Avec ces déchets-là, qu’est-ce qu’il y aurait à faire? Le compost c’est la meilleure chose à faire avec. C’est clair que quand on parle d’autres sortes de déchets organiques, on peut envisager autre chose. Au Vermont, ils utilisent le lisier de vache pour faire de la bio-méthanisation qu’ils appellent le CowPower. Avant, c’était problématique s’en débarrasser mais maintenant on peut en faire de l’électricité. Lisier, purin, déchets d’abattoirs, y’aurait moyen de l’utiliser comme forme d’énergie. Tout ça pour dire qu’il y a différentes alternatives pour ce qu’on nomme « déchets ». Pourquoi ne ramasse t-on pas les déchets organiques?


La Journée internationale contre les abus policiers soulignée à Trois-Rivières par : Le Frisé Le 14 mars dernier, une manifestation contre les abus policiers s’est déroulée devant le quartier général de la Sécurité publique de Trois-Rivières. Notre ville se joignait ainsi à d’autres villes du monde pour souligner cette journée internationale et dénoncer le profilage racial, social et la brutalité attribuable aux fonctionnaires de la sécurité civile.

un système de justice à 2 vitesses. Un pour les contribuables, les plus aisés, et un pour les pauvres et les marginaux » Le groupe opposé aussi au profilage racial a tenu à rappeler la mort de Freddy Villamuera, alors qu’il jouait aux dés avec des amis, dans le quartier Montréal Nord. Faut-il le rappeler, le service de police de Montréal s’est déjà fait inculper par le passé de profilage racial dans ce même quartier. Parmi les autres revendications du COBP-3R, nous retrouvons; l’abandon du Tazer Gun (Pistolet à décharge électrique ayant causé des morts) et le droit d’exercer le métier de Squeege (laveur de vitre).

Appui à l’intégration sociale et au partage culturel

Le COBP-3R dénonce le profilage social et racial Le COBP-3R dénonce le profilage social pra- Action de sensibilisation du COBP-Trois-Rivières devant la sécurité publique de Trois-Rivières le 14 mars dernier. tiqué par la police de la ville de Trois-Rivières à l’égard des jeunes marginaux et des sanspour avoir « traversé à une intersection abri. « Nous avons pu remarquer durant non piétonnière », pendant que d’autres les dernières années une augmentation du personnes continuent à traverser la rue à la nombre de constats d’infraction pour des même place!! ». « Pourtant, je suis citoyen délits mineurs visant spécifiquement les de Trois-Rivières depuis ma naissance! ». gens des groupes visés » note le commuDes trifluviens étrangers chez-eux. « C’est

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Je tiens à féliciter cette mobilisation citoyenne et les efforts derrière ce regroupement. Plusieurs citoyenNEs directement concernées, souvent marginalisées, sous-estimées, ostracisées, sont sorties de l’ombre pour dire haut et fort qu’ils et elles existent, « nous ne sommes pas des animaux mais des citoyens à part entière », « TrifluvienNEs de naissance ». Ils veulent être respectés. « Que la police fasse sont travail de protéger et servir au lieu que j’en aie peur ». Les objectifs et les revendications officielles du COBP; lutter et dénoncer le racisme, les préjugés et autres bévues policières demeurent un pas de plus pour un mieux-vivre ensemble. Si le message porté par certains membres du groupe est contradictoire, voire à l’opposé même du COBP, peut-être que le COBP-Trois-Rivières devrait revisiter sa mission et ses objectifs? À ce niveau, je crois qu’un examen de conscience est nécessaire pour la crédibilité du groupe et l’affiliation même au mouvement COBP, fondamentalement opposé au profilage racial. En espérant que le message lancé par ces citoyenNEs marginaliséEs et criminaliséEs à outrance ait le plus d’impacts possibles sur les pratiques et actions quotidiennes des employés municipaux visés et de la communauté en général. Avec la fin du printemps, le bourgeonnement habituel des contraventions associées au profilage social et le 375ème de notre ville, le COBP-Trois-Rivières risque de voir fleurir plusieurs demandes dans les mois à venir.

par : Marijane

Et si la St-Jean m’était contée; À Fanfreluche je demanderais; Et si la St-Jean m’était composée; Félix Leclerc, je solliciterais; Et si la St-Jean m’était chantée; Gilles Vigneault, j’écouterais; Et que le tout soit arrosé de la fierté des Québécois; Pour faire en sorte que ces paroles pénètrent le cœur de nos enfants à tout jamais; En faisant éblouir la lumière du lys blanc sur fond de ciel bleu azur qu’est le Québec; Afin de leur donner le courage de ramasser

Illustration : Kath

Juste avant l’arrivée des manifestants, plusieurs auto-patrouilles étaient mobilisées, certaines sillonnaient les environs à mon arrivée. Une quinzaine de manifestants se sont alors présentés sur les lieux vers 13h. Pendant quelques minutes, ils se sont étendus sur le sol après avoir déversé sur la neige du liquide rouge-sang : symbole de la brutalité et des meurtres attribuables à la police. Par la suite, les citoyenNEs présents ont exposé leurs motivations ayant donné naissance au Collectif Opposé à la Brutalité Policière de Trois-Rivières (COBP-Trois-Rivières). Précisons qu’un COBP existe déjà à Montréal depuis plusieurs années.

niqué envoyé aux médias. Les citoyenNEs présents demandent aux policiers que cesse le harcèlement auprès des citoyens marginaux. Voici quelques propos recueillis lors de la journée : Le fait d’« avoir des patchs, des pantalons troués, des cheveux de couleurs, un mohawk, … », tu te retrouves ciblé par les policiers mentionne Benoît. « Quelqu’un peut traverser la rue devant moi et lorsque je passe au même endroit, des policiers peuvent m’aborder, me demander mes pièces d’identité et me donner une contravention

Je me souviens

leur petit bonheur dans tous les fossés qu’ils rencontrent sur leurs routes en fredonnant : « Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver; » Et il est le plus beau; « Mon chemin, ce n’est pas un chemin, c’est la neige; » Et elle est la plus fraîche; « Mon jardin, ce n’est pas un jardin, c’est la terre; » Et elle est la plus belle Et si Québec était fêté; Pour toi, je le fêterais; Encore et encore, pour des années; En mémoire de toi, René.

Comme des poussières d’étoiles par : Jack Dontigny

Le soleil coiffe la rive De son blé d’or Maquillé des poussières de la nuit Qui perlent lentement Sur la corolle de l’océan Et s’habillent des ombres bleues de la nuit Les coquillages se taisent Éclosent sur le chant de l’unisson S’enrobent de silence Et font éclore les étoiles Illuminant la magie De sa voûte universelle Allumant l’étincelle de nos iris

L’océan qui se baigne Dans le crépitement des étoiles Et se berce sur la rive La lune baigne son éclat Dans le miroir de la mer Étreinte du vide de la nuit Qui laisse glisser Sa dentelle bleue Nos corps s’animent Nos cœurs palpitent Nos soupirs nous enivrent Et givrent nos lèvres d’étoiles La bouche de l’océan - 29 -

Vacille et embrasse la rive Nos corps s’embrasent Et transis d’amour Par la chaleur de nos rêves Nos corps s’enveloppent De la dentelle bleue de la nuit Et s’endorment sur la toile De l’univers Encore fleuris de poussières d’étoiles Engourdis de la fièvre de notre amour Comme deux étincelles évanouies Nous nous envolons Sur les ailes de l’océan


Entretiens avec une ancienne sans abri par : Jean-Sébastien Ménard J’ai rencontré une personne qui voulait bien nous confier son expérience d’itinérance. Voici donc les propos recueillis pour vous.

La Galère: Qu’est-ce qui t’a conduit dans la rue? La personne rencontrée : Parce que, au début, je restais à quelque part, dans une chambre. J’avais payé la pension où j’habitais. Deux jours après, la personne m’a mise dehors. J’ai rencontré un p’tit punky qui m’a amenée à un endroit, sous un viaduc. Puis après, il m’a amené à la Haute-Ville, à La Quête (NDLR : Journal de rue de Québec). J’ai commencé à vendre La Quête à ce moment-là.

Quand tu habitais sous le viaduc à quoi ça ressemblait?

Je parlais beaucoup avec les gens; je commençais à être tannée de vivre dans mon trou. Je me suis rendue sur St-François pour aller me louer une chambre. J’ai vu le concierge, il me chargeait 350$ par mois pour une chambre. J’aimais ça habiter dans ma chambre. J’ai été un temps comme il faut, à payer à temps. Mais par après, je suis retombée dans la consommation et j’ai eu plus de problèmes à payer; en plus de tout le va-et-vient qu’il y avait dans ma chambre. Je travaillais pour payer le loyer. Mais au fond, je me sentais mieux sous mon aqueduc qu’en chambre. Des fois, je sortais de ma chambre et je m’en allais sous mon viaduc juste pour être tranquille. Quand j’ai voulu y retourner quelques mois après, on avait refermé le trou car il y avait trop de gens qui allaient squatter là. On a même retrouvé des gens morts là. C’est jamais évident de vivre dehors l’hiver. Je n’y retournerais pas aujourd’hui. Y’a des gens qui aiment mieux vivre dans la rue que dans un appartement malgré les problèmes.

Comment tu t’es sortie de ton trou? Je suis sortie quand j’ai rencontré un ami. Lui, il passait en vélo, et c’est comme ça que je l’ai rencontré. Je l’ai amené pour une première fois prendre un café. J’étais trop déprimée à ce moment-là. Avec son aide, je suis sortie de la consommation et de mon trou. Il m’a sortie de Québec et m’a amenée vers Trois-Rivières. Depuis le 20 décembre 2006, j’ai toujours eu mon loyer même si à cause de ma consommation, je me suis déjà mise dans la « merde ». Maintenant, je paye mon loyer; puis pour le reste, ça passe après. J’ai un hamster qui passe aussi aujourd’hui avant ma consommation. J’avais plus d’attention de lui que de ma famille qui ne m’acceptait pas car je consommais beaucoup. Aujourd’hui, je vais à Québec et je regarde encore mon viaduc. Et je me dis que j’ai autant envie de ça, que de mourir.

Aurais-tu quelque chose à dire aux lecteurs de La Galère? Une chance que j’ai eu La Galère pour m’aider. J’encourage les gens à acheter La Galère parce que ça aide les gens qui la vendent.

par : Maude Marcaurelle À l’époque, les Amérindiens connaissaient et utilisaient les remèdes naturels pour soigner les maux courants. Aujourd’hui, les solutions de rechange au Tylenol pour la fièvre et les maux de tête sont encore trop souvent oubliés. Pourtant, les remèdes naturels peuvent être peu coûteux, faciles à préparer, efficaces et presque toujours sans effet secondaire.

Ateliers de Flora Medicina à Trois-Rivières :

On peut trouver les plantes médicinales aussi bien dans les ruelles, les champs que les bois et les transformer soi-même en teinture, sirop ou autre produit d’herboristerie à partir de solvants tels que l’alcool, l’eau, la vinaigre, la glycérine, l’huile, le vin ou le miel. Actuellement, beaucoup de recherches et d’écrits démontrent les bienfaits et la grande utilité des plantes médicinales; ce qui permet de se réapproprier plus facilement les connaissances de nos ancêtres en la matière.

• Soutien à la ménopause : 17 mai • Fabrication de savons et de produits de beauté : 31 mai • Introduction à l’herboristerie (4 dimanches) : Automne 2009 Pour vous inscrire à un atelier, contactez l’école au 1-877-356-7201 ou ecole@floramedicina.com Pour information supplémentaire, visitez le site internet : www.floramedicina.com

Il existe de plus en plus de thérapeutes praticiennes herboristes qui sont formées au Québec. Je suis actuellement un cours à Flora Medicina. C’est une école réputée dans le milieu de l’herboristerie qui a déjà quelques diplômées qui ont complété sa formation. Elle offre une panoplie de cours et d’ateliers pour le grand public ainsi que la formation professionnelle en phytothérapie (herboristerie) qui s’étale sur quelques années pour approfondir la connais-

sance des élèves sur les plantes médicinales et les systèmes du corps humain, incluant des cours de biologie humaine, nutrition, relation d’aide, stages pratiques et consultations supervisées. Qu’il s’agisse d’établir un bilan de santé ou de traiter un problème particulier, une consultation avec une herboriste permet de découvrir comment les plantes médicinales et les aliments peuvent aider de façon naturelle et sécuritaire. L’école que je fréquente, privilégie une approche holistique combinant les visions ancestrale, moderne, scientifique et énergétique des plantes médicinales et visant à amener la personne qui consulte vers un mieux-être et une réappropriation de sa santé. Bref, l’herboristerie traditionnelle gagne à être connue et pratiquée par tous et toutes non seulement pour que la population soit plus en santé, mais aussi pour appliquer des méthodes de cultures et de cueillettes respectueuses de notre chère planète à laquelle nous appartenons. À vous maintenant de découvrir ce monde merveilleux des plantes médicinales! photo : Maude Marcaurelle et Gabriel Garcia

J’ai essayé de demander de l’aide à ma famille mais ils me reniaient à cause de ma consommation, même si des fois je les voyais. J’allais manger dans les Café Chrétien, ce sont des gens qui m’ont dépannée beaucoup. Ils venaient me porter de la bouffe le matin et même le souper sous le pont. J’ai couché à l’Aube Rivière, à Québec pendants deux jours. Après, je suis retournée dans ma « p’tite maison » sous le pont. Un moment donné, je me sentais mal et je suis retournée à l’Aube Rivière, au dégrisement, parce que je consommais trop. Après deux jours, je suis sortie. Ensuite, j’ai recommencé à vendre La Quête, ça allait bien à ce moment là. Un moment donné, j’ai rencontré une jeune fille qui s’appelait Mélanie, elle était enceinte. Elle était tombée, elle aussi, dans la drogue; alors je l’ai amenée habiter avec moi où j’habitais. Elle m’a raconté qu’elle était mineure en fugue. Elle est restée avec moi entre 2 et 8 mois. Un moment donné, je suis allée vendre La Quête pour qu’on puisse s’acheter de quoi manger. Quand je suis revenue, elle s’était faite un « hit », puis elle a fait une fausse couche. Ça, ça m’a fait beaucoup déprimer.

tais sous le pont, il y avait de la police qui venait, puis qui nous disait de sortir de là. Mais on y retournait quand même.

l herbor i ster i e: une prati que m i llenai re

Des plantes et des vertus!

Illustration : Rita Dupont

Monarde

photo : Nathalie Proulx

On était trois à habiter là, mais on ne se chicanait pas. C’est la seule place ou je pouvais faire ce que je voulais. J’ai toujours été une fille qui était toute seule; je n’étais pas capable de vivre en gang, mais avec eux, ça allait bien. Souvent quand j’habi- 30 -

Source : Dépliant de l’école Flora Medicina

Lavande - 31 -


Le guerrier silencieux

Sans maux ni chaos

par : Réverbère Richtime

par : David B.

Le rêve du guerrier C’est d’effleurer le monde Le rêve de la liberté C’est de planer sur le monde Invisible et impalpable pour l’œil non initié Le guerrier silencieux se laisse émanciper Jamais il ne renie L’envie d’avoir envie Mais il se bat pour sa vie Et parfois il l’oublie Il marche à travers le temps Infatigable le revenant Par ici et par là Tourne vie redondant Pour lui il existe le sang de la nuit Comme il existe un sens à la vie Il découpe l’illusion Avec la lame des passions Recherchant la fusion Entre folie et raison Il vit entre la cime Et les vastes abîmes Le cœur gonflé par la justesse de ses rimes Quoi qu’il advienne Toujours il se démène Pour chanter hors d’haleine Les derniers rêves de l’Eden

Qu’elle est belle… elle qui voudrait être une telle, parmi milliard d’étincelles parcelle de l’éternelle. Tout vêtue de noir, longs cheveux couloir sombre au soir, cuisse en bas de résille elle brille aux heures tard. Mais quelle et tel, à deux cette veuve noire où seuls les aveux d’un bâtard d’où l’amer n’est sens, seulement dans son regard quand l’art renaît sens en la mère. Mais la mer, cette eau oisive bercée aux 4 vents… qui depuis fort longtemps passive mais qui s’aiguise les dents, que dire plutôt incisive. Décision décisive sans cesse dérision incitative. Que de perspective en l’amère perception d’un père sévère. Ce tintamarre, atteinte à ma raison quand la persévérance. Le père est par don; par qui? Par la donation d’un père pour sa nation en civilisation. Pour l’être civilisé, sénile et visé. Qui vise une société vile et sénilisée qui s’éternise à vouloir quoi? En vouloir à qui? À vous l ’« oire » oublié! Voulant l’envoûtement mais lentement réveil en vous les menteurs, en vous se ment continuellement. Mais à nu elle le ment par son différent, différent si elle ment mais Adam, su, vu, Ève nue depuis ces temps, su, vue, nue et jusqu’à la fin des temps. Pour nous le souvenir. Vous en êtes-vous souvenue qu’il y eu un début, Adam debout se créé un but en secret, se bute à un autre. Les pleurs ou les armes mais c’est la peur de fondre en larmes. Quant à celui, l’arme au poing alerte la défaite à revenir vainqueur mais en vain son cœur en lui-même. En l’attente d’une heure blême d’un quelconque adversaire. L’adversité qui serre à l’intérieur. La pensée contre le cœur.

Pourquoi déclasser la centrale nucléaire Gentilly-2? par : les CitoyenNEs MauricienNEs pour le déclassement nucléaire, cmdn@live.ca Coût$ : La réfection implique au minimum des coûts de 2 milliard$ (chiffres officiels) et davantage considérant l’ensemble du projet. Plusieurs grandes entreprises et instituts économiques (Fraser) rejettent l’énergie nucléaire et la qualifient de gouffre économique sans fond. Pourquoi ne pas créer des centaines d’emplois dans le déclassement nucléaire; développer une expertise internationale dans les fermetures d’usines? On parle ici d’un marché de plusieurs milliard$. Sécurité : Les Candus (notre technologie canadienne) sont interdits aux USA et en Angleterre car non sécuritaires et non con-

formes aux normes internationales. Armement : Les Candus permettent la production d’armements nucléaires (la bombe d’Hiroshima contenait notre plutonium canadien). Le Canada est le plus gros producteur d’uranium au monde; il veut justifier son extraction et sa vente. Pollution : L’énergie nucléaire compte parmi les énergies les plus polluantes actuellement sur la planète. Les Candus rejettent chaque jour dans notre environnement (terre, air, eau) plus de 80 sortes de radionucléides, dont une quantité impressionnante de tritium, responsable de malformations - 32 -

congénitales et de cancers. De plus, aucune politique de gestion des déchets radioactifs n’est établie à ce jour, 2 500 tonnes sont entassées à Gentilly et ça continue. Démocratie : Il y a un profond déficit démocratique. Les négociations se déroulent plus souvent qu’autrement en cachette, sans réel débat public, entre les lobbys concernés (Notre société d’état Hydro-Québec, nos organismes para-gouvernementaux et les entreprises pro-nucléaires). De plus, le public est désinformé face aux menaces et aux coûts faramineux de la réfection de G2… à court, moyen et long terme. - 33 -


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Journal de rue LA GALÈRE / mai-juin 2009  

Le journal de rue La Galère est un média indépendant et alternatif traitant de sujets divers avec un angle différent des médias de masse. Se...