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VALAIS

UN PARC ÉOLIEN AU GRAND–ST-BERNARD? Le WWF est un ardent défenseur des nouvelles énergies renouvelables tel que le prévoit la stratégie énergétique 2050. Aux côtés du solaire, qui est l’énergie à développer en priorité, le vent fait partie des ressources disponibles pour produire une énergie propre et renouvelable en Suisse. Toutefois pas à n’importe quel prix et pas n’importe où! Dans sa prise de position sur l’énergie éolienne, le WWF demande que le choix des emplacements ne mette pas en péril la biodiversité du pays et ne menace pas des espèces dont les populations sont déjà fragilisées. Or c’est justement la situation que nous avons avec le projet des sept éoliennes à la Combe de Barasson sur la commune de Bourg-St-Pierre. Aigle royal, gypaète barbu, crave à bec rouge et lago-

pède alpin (photo) sont les quatre espèces qui fréquentent ou habitent dans la Combe de Barasson. Toutes figurent sur la Liste rouge des espèces menacées et leurs effectifs sont soit très faibles (crave à bec rouge et gypaète barbu) ou en très forte régression (lagopède alpin). Collisions lors des vols et pertes d’habitats pour les espèces nicheuses sont les risques majeurs que leur font courir les éoliennes.

A cela s’ajoute la question de la production énergétique. En montagne, le rendement d’un parc éolien est plus faible qu’en plaine en raison de l’altitude, de l’irrégularité de la topographie, des turbulences du vent, de la consommation nécessaire au chauffage hivernal des pales, etc. La production du parc éolien de la Combe de Barasson est évaluée entre 14 et 19 GWh/an. Si on compare ce rendement avec celui d’autres parcs situés dans des emplacements plus adaptés, ce sont des productions double ou triple qui peuvent être atteintes (parc éolien de Peuchapatte: 13.5 GWh/an avec 3 machines, ou celui d’EolJoratsud à Lausanne: 75 GWh/an avec 8 machines). En Europe et en Suisse, le lagopède alpin a enregistré un fort déclin de ses populations ces dix dernières années en raison du réchauffement climatique, des dérangements liés au tourisme et au ski et de la progression de la forêt sur les alpages. La Combe de Barasson deviendrait un lieu inhospitalier pour cette espèce suite à l’implantation des éoliennes. Relevons encore qu’il n’existe bien souvent aucune mesure de compensation adéquate pour remplacer un habitat qui a été déserté par l’espèce qui y vivait. Le WWF estime qu’au vu du potentiel élevé de conflit sur l’avifaune et des faibles rendements énergétiques attendus, il n’est pas judicieux d’y envisager la construction d’un parc éolien. ■ Marie-Thérèse Sangra

© BRIGITTE WOLF

© P H O T O M O N TA G E : L E T E M P S

Edition novembre 2016, WWF Valais, Rue de Conthey 2, 1951 Sion, Téléphone 027 322 68 67 info@wwf-vs.ch, www.wwf-vs.ch, CCP: 19-11401-9

La population de lagopèdes alpins dans les Alpes occidentales est en forte régression.


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MESURES DE COMPENSATION ET TRONÇONS AUTOROUTIERS DE L’A9, UN MÉNAGE EN CRISE Des délais pour la réalisation des mesures de compensation qui ne sont pas tenus, des mesures nature qui passent aux oubliettes, un équilibre écologique jamais atteint et une loi fédérale sur la protection de la nature bafouée. Tel est le triste bilan de la non application de l’article 18 LPN dans le cas de la construction de l’A9 entre Sion et Brigue. Le WWF et Pro Natura ont protesté auprès du Conseil d’Etat. Un scénario qui se répète, impunément! St-Léonard -Sierre: Fin 1996, alors que le Conseil d’Etat, représenté par M. Bernard Bornet, coupait le ruban du tronçon autoroutier Sion-Sierre, le WWF Valais tenait conférence de presse pour dénoncer la non réalisation de la mesure de compensation appelée «autoroute verte» qui prévoyait la réalisation d’un corridor biologique en rive gauche du Rhône entre Chippis et Granges. Cette mesure de compensation âprement négociée par le WWF à l’époque avait été acceptée en 1991 par le Conseil d’Etat valaisan en échange de la prolongation de l’autoroute. Trois millions de francs avaient été réservés à cet effet. Ceux-ci dorment toujours quelque part, vraisemblablement à l’Office fédéral de construction des routes nationales.

Sion–St-Léonard/Bois de la Borgne: Par décision du 11 juin 1990, le département fédéral de l’Intérieur autorisait le défrichement nécessaire à la réalisation de la route nationale sur le tronçon SionSt-Léonard. Cette décision était délivrée sous réserve de la condition suivante: «Comme compensation écologique et biologique, le requérant s’est déclaré d’accord de financer des mesures de remise en état et d’amélioration de la forêt de la Borgne, afin de renforcer cet axe biologique dans la plaine du Rhône, jusqu’à concurrence d’un montant de 350’000.– (…). Un projet sera établi et réalisé sous la direction du Service des forêts et du paysage». A ce jour, aucune mesure nature n’a été réalisée dans le bois de la Borgne et l’argent dort dans un tiroir administratif. ■ Marie-Thérèse Sangra

© MARIE THÉRÈSE SANGRA

A la fin de cette année, le tronçon de l’A9 entre Susten et Gampel sera ouvert à la circulation. La mesure de compensation qui devait recréer des milieux humides et une zone agricole protégée sur une dizaine d’hectares entre les étangs et l’autoroute n’a pas été faite et les parcelles servent toujours à l’heure actuelle de zone de dépôt de matériaux. Pourtant la loi exige que les mesures de compensation soient achevées au plus tard en même temps qu’est terminé le projet générant les impacts. Dans le même ordre d’idée, le tronçon Gampel-Visp prévoyait de renaturer le «marais Mutt» (qui fait partie de l’inventaire fédéral des bas-marais d’importance nationale) en supprimant de la zone marécageuse une piste de roulement en béton et une place de combat de reines sur une surface de six hectares. Cela n’a pas non plus été fait à ce jour.

Pourra-t-on continuer encore longtemps à construire des autoroutes sans compenser les milieux détruits? L’impunité dont jouit la pratique du Conseil d’Etat valaisan semble le faire croire.


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ENTREPRISE AUTODÉMOLITION REVAZ À DORÉNAZ OUI À LA SORTIE

© MARIE THÉRÈSE SANGRA

En juin 2015, le WWF faisait opposition à la demande d’autorisation pour la construction d’un concasseur sur le site de l’entreprise REVcar à Dorénaz. Cette installation devrait permettre de réduire le tonnage des véhicules en stock sur le site.

Un héritage encombrant après des années de négligence.

Notre opposition faisait suite au dépôt de deux motions au Grand Conseil et d’une pétition de la part des habitants du village qui s’inquiétaient à juste titre pour leur santé, l’environnement et la qualité de vie dans le village. Aménagée il y a 40 ans sans aucune autorisation sur un sol remblayé avec des matériaux à la composition douteuse, l’entreprise de démolition de voitures des frères Revaz, située proche du Rhône et des habitations du village de Dorénaz, est un héritage encombrant à gérer pour les autorités (tant communale que cantonale) qui ont tardé à mettre de l’ordre dans ce dossier. Néanmoins ces deux dernières années, les contrôles, investigations de tous genres (analyse des sols, des eaux, des matériaux) se sont succédées à un rythme soutenu. Le WWF a pu prendre connaissance des rapports. Les résultats des analyses chimiques en ce qui concerne la qualité des eaux souterraines ont révélé la présence de polluants (MTBE et ETBE) dans quelques

échantillons d’eau prélevés. Dans les remblais du sol, une proportion importante de déchets (20 à 40 %) y a été constatée. Il s’agit entre autres de bidons en aluminium, enrobé bitumineux brique réfractaire, plastique, peinture, etc. Un degré de pollution de valeur T (toléré) est identifié, avec un dépassement en ce qui concerne le chrome VI (valeur DCMI), ce qui indique la présence d’un site pollué, même si les concentrations en métaux lourds n’imposent pas une obligation d’assainissement dans l’état actuel. Le service de la protection de l’environnement l’a confirmé dans sa prise de position du 20.05.2016 qui classe «le site comme pollué et à surveiller mais ne nécessitant pas d’assainissement». En juin 2016, le canton a délivré à REVcar une autorisation de réception de déchets selon l’ordonnance sur le mouvement des déchets. Des conditions d’étanchéification du sol, de recueil des eaux dans le réseau d’eaux usées et de réductions de tonnage en stock sont imposées au requérant.

PROGRAMMÉE DU NUCLÉAIRE!

Savez-vous quelle est la seule énergie dont les coûts augmentent sans cesse malgré les millions investis dans la recherche et le développement? C’est le nucléaire. L’avenir du nucléaire se limite à confiner les erreurs du passé: démonter les centrales et enfouir les déchets pour les générations futures. L’avenir est à l’efficience et aux énergies renouvelables. Innover, trouver le moyen d’extraire l’énergie du bois, du vent, du soleil et de l’eau. Toutes ces ressources abondent en Valais et les centres de recherche (HES-SO Valais, EPFL, CREM, etc.) s’en font une spécialité: smart grids, hydrogène, pile à combustible, mini hydraulique, etc. Sortir du nucléaire c’est une opportunité pour la Suisse et pour le Valais. Fixer une date limite pour l’exploitation des centrales c’est lever une incertitude qui plombe les marchés de l’énergie. Le parlement vient de voter un budget de cinq milliards pour l’armée, alors qu’aucune autre menace n’égale un accident nucléaire et que nous avons les centrales les plus vieilles du monde en activité. Pour désamorcer nos bombes nucléaires il suffit de dire OUI le 27 novembre. Arnaud Zufferey, professeur HES-SO Valais Malgré un emplacement peu favorable et une pollution localisée du sol, le WWF estime que le site a fait l’objet de toutes les investigations nécessaires et prévues par la loi et que moyennant le respect des conditions prévues dans le préavis du canton et l’assurance d’une surveillance du site pour les années à venir, l’autorisation pour la construction du concasseur peut être délivrée. ■ Marie-Thérèse Sangra


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FEU VERT POUR LES MARES PLUVIALES ASSOCIATION SAUVE QUI PIQUE À CRAPAUDS SONNEURS À VERNAYAZ

Récemment – et c’est là le fruit d’une heureuse coïncidence -, ce voeu a trouvé écho avec la volonté exprimée par le WWF Suisse de voir ses différentes sections s’impliquer dans de actions concrètes sur le terrain, qu’il s’agisse de renaturation, de sauvegarde de la biodiversité ou encore d’aménagement de connexions naturelles, dans l’espace agricole principalement. Fort de ces impulsions, le WWF Valais s’est mis à recherche d’un projet répondant à ces critères et faisant siennes les conclusions d’un biologiste mandaté à cet effet, il s’est approché de la commune de Vernayaz en lui proposant l’aménagement de mares pluviales à crapauds

Au pied du coteau sous la Pissevache, un chapelet de petites gouilles seront aménagées pour le crapaud sonneur afin que cette espèce, présente sur le territoire martignerain, puisse s’étendre vers le Chablais et recoloniser ses anciens habitats de la plaine du Rhône.

sonneurs sur deux parcelles publiques proches de la cascade de la Pissevache. Endroit discret, à l’arrière d’une digue de protection, ce site constitue en effet un endroit idéal pour l’accueil et le développement de ces amphibiens. Cette collectivité ayant donné son aval à ce projet, la procédure administrative habituelle a été engagée afin d’obtenir toutes les autorisations requises. C’est aujourd’hui chose faite: la Commission cantonale des constructions a délivré en mai dernier l’autorisation de construire et les travaux ont été programmés pour le courant de cet hiver. Le WWF Valais se réjouit à plusieurs titres de cette issue favorable: non seulement elle répond aux souhaits du donateur et du WWF Suisse, mais elle s’inscrit parfaitement dans l’ensemble des mesures prises dans le secteur du Coude du Rhône pour protéger concrètement le crapaud sonneur à ventre jaune dont une forte régression a été constatée dans le canton. Ce projet correspond aussi à la volonté et aux efforts de l’Etat du Valais qui, prenant conscience du recul de cette espèce, entend contribuer à sa protection et à son essor. ■

Le hérisson est un animal utile et attachant, mais il est également très vulnérable. Conscients de leur nécessité dans la nature et du danger qui pèse aujourd’ hui sur eux, Florence et Fabrice ont décidé de venir à leur rescousse en créant une association à Saillon. 53 petites boules piquantes ont déjà été aidées par l’association Sauve Qui Pique depuis sa création fin avril 2016. Toute récente, cette dernière œuvre pour préserver les hérissons des dangers quotidiens. Les principaux motifs d’appels à l’aide sont les suivants: animaux empoisonnés; renversés par une voiture; blessés par une débroussailleuse ou une tondeuse; pris au piège dans des filets de vignes ou des grillages; déshydratés; trouvés à découvert en pleine journée; infestés de vers ou encore orphelins. L’association recueille les hérissons dans le besoin. Elle biberonne les plus jeunes et soigne les blessés ainsi que les malades jusqu’à ce qu’ils soient prêts à retrouver la liberté. La prise en charge peut durer de quelques jours à plusieurs mois, mais les animaux ne sont jamais gardés plus que nécessaire. Les pensionnaires sont d’abord installés à l’intérieur tant qu’ils sont trop jeunes ou fragiles. Dès que leur état de santé le permet, ils sont placés en enclos sur leur futur lieu de mise en liberté. Retrouvez toutes les informations sur cette association et plein de renseignements utiles au sujet des hérissons sur:

http://www.herissons.ch

Impressum: Magazine du WWF Valais romand. Parution: 2 fois par an. Textes: Marie-Thérèse Sangra, Régis Chanton et Arnaud Zufferey. Mise en page: Brigitte Wolf, Bitsch. Impression: Imprimerie Gessler SA, Sion.

© BRIGITTE WOLF

Il y a un certain temps déjà, une personnalité éminente, membre du WWF Valais, fit un généreux don à cette association avec le souhait qu’il soit affecté à un projet concret de protection de la nature.


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