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WRITE UP!

N°3

Mars - Mai 2014

Le magazine culturel trimestriel de Mouv’ Médias

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— EDITO & SOMMAIRE

Texte : Dina Millard, Rédactrice en Chef

« Ce pourquoi on quitte le monde clair pour les salles obscures, où l’on est assis avec d’autres tout en étant radicalement seul, les yeux fixés sur l’écran blanc, sachant que ce que l’on voit n’est pas réel et croyant en même temps à la réalité de cette illusion. » Youssef Ishaghpour Le cinéma, ce miroir de la réalité, où l’illusion et le réel s’entremêlent pour devenir indissociables et ne faire plus qu’un. C’est le pouvoir de l’image, elle nous envoûte pour brouiller la frontière du réel. Elle nous offre la satisfaction d’observer ces héros, de vivre avec eux des aventures palpitantes et fascinantes tout en restant confortablement assis dans les fauteuils des salles obscures. Nous ressentons leurs passions, nous appréhendons le monde à leur façon, leur folie nous affecte comme si elle devenait nôtre. Qui n’est jamais sorti d’une salle de cinéma l’esprit troublé par le film projeté, et des images inoubliables fixées sur la rétine ? Qui ne se souvient pas des aventures extraordinaires de nos héros d’enfance ? Les fantômes de ces héros restent à jamais dans notre imaginaire, ils s’insèrent dans le réel puisque notre esprit les conçoit. Le cinéma, lieu de projection de l’imaginaire se transforme peu à peu en réalité, ce n’est plus l’image de la réalité mais la réalité de l’image.

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Art

08 - 11

Société

12 - 21

Musique

22 - 39

Festival du Court Métrage

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40 - 41

Micro Trottoir

42 - 45 Culture d’ailleurs

Directeur de la publication : Evan Chovly Rédactrice en chef : Dina Millard Rédacteurs : César Lardon Mylène Mallet Anna Dandois Justine Dravet Geoffrey Reviron Grégoire Maurin Mathilde Roustain Chloé Alauzen-Palla Dina Millard Evan Cholvy Responsable légal : Evan Cholvy Date de publication : 1er mars 2014

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Write up! est un média développé par Mouv’ Médias, un projet du Mouvement Associatif Jeune.

La nouvelle littéraire

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L’Actu du Mouv’

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— Art

Texte : Justine Dravet

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Exposition : Rise Above Rebel Artiste : Shepard Fairey Obey

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— Art

Texte : Justine Dravet

Une fois de plus, quittons nos montagnes altiligériennes pour rejoindre la capitale et plus précisément le 13ème arrondissement dans lequel une immense fresque dresse ses 40 mètres de haut sur un immeuble de la rue Jeanne d’Arc, juste devant la ligne 6 du métro. C’est durant le weekend du 18 juin 2012 qu’un artiste légendaire a donné naissance au majestueux portrait d’une femme qu’il a appelé Rise Above Rebel, « l’archétype de quelqu’un endurant l’oppression mais qui persévère et la dépasse  », portant son regard vers une fleur monumentale  : symbole de paix, de liberté et d’espoir. Les graphismes aux tonalités d’Europe de l’Est brillent de provocation dans une rue (rue Jeanne d’Arc) qui porte le nom devenu désormais symbole de la France xénophobe. Les adeptes du Street Art auront compris qu’il s’agit de Shepard Fairey, le créateur de mouvement OBEY Giant. Non seulement impliqué et connu artistiquement au niveau international, il s’engage aussi sur le plan politique en laissant sa trace sur les murs du monde entier depuis 1989. D’autre part, bien que son travail soit largement diffusé dans les musées et les galeries, il tient à maintenir une certaine présence dans la rue, là où a émer-

Exposition : Rise Above Rebel Artiste : Shepard Fairey Obey

gé son art, là où son message est le plus fort. Evidemment, tout le monde a déjà pu observer ces fameux sweat-shirts ou casquettes portant l’inscription OBEY en lettres capitales blanches dans un rectangle rouge dont les adeptes du Swag raffolent bêtement, sans même en connaître le sens. A l’origine, Shepard Fairey et d’autres étudiants californiens de la Rhode Island School of Design créent en 1989 des autocollants et des affiches à l’effigie du célèbre catcheur et acteur français de l’époque, à savoir André Roussimoff. Dit Andre the Giant, car le lutteur était atteint d’acromégalie, le géant mesurait 2m23 pour 225kg ! C’est pourquoi Fairey et sa bande accompagnaient leurs affiches de l’inscription ANDRE THE GIANT HAS A POSSE, 7’ 4’’, 520lb (soit André le Géant a une bande de potes, 7 pieds 4 pouces, 520 livres). Il s’agit donc d’une private joke, c’est-à-dire une blague uniquement compréhensible pour les membres de la contre-culture hip-hop et de la communauté des skateurs américains. Les jeunes artistes propagent alors clandestinement le visuel par des stickers en papiers puis en vinyle photocopiés ou sérigraphiés et collés

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— Art

Texte : Justine Dravet

Exposition : Rise Above Rebel Artiste : Shepard Fairey Obey

dans des endroits visibles dans la ville de Providence puis dans l’Est des Etats-Unis. Quelques années plus tard, plusieurs dizaines de milliers de stickers sont disséminés à travers le monde entier. En 1997, Helen Stickler présente son documentaire intitulé Andre The Giant Has a Posse au festival du film indépendant de Sundance qui lui vaudra une critique d’Ed Halter, qui le décrira comme « légendaire […]. Une des analyses les plus vives de la culture underground des années 1990 ».

de Keith Haring (voir l’article KEITH HARING / THE POLITICAL LINE dans Write Up ! n°1) mais Fairey répondra à une critique péjorative « Que les entreprises occupent cet espace est déprimant. Mais bon, les artistes et les designers ont besoin d’argent, non  ?  ». C’est un Shepard Fairey père de famille et assagi qui déclare en 2009 : « Les gens désirent que le médium soit le message de la liberté d’expression, et soit accessible à ceux qui n’ont pas beaucoup de ressources – comme un David qui a sa chance contre Goliath ».

Un an plus tard, Fairey est menacé de poursuites par la firme Titan Sports pour l’utilisation de la marque déposée Andre the Giant à l’effigie du catcheur. L’artiste abandonne donc le nom et décide de créer une image plus graphique de la figure du Géant et de l’associer à un nouveau pseudonyme : OBEY (un slogan contestataire signifiant obéir en français). OBEY Giant est né comme une parodie de propagande associé à une parodie de la marque capitaliste. Pour l’anecdote, le nom a était adopté en référence au panneau apparaissant dans le film de John Carpenter They Live de 1988, sorti en France sous le titre Invasion Los Angeles. Pour Robert L. Pincus, critique d’art du San Diego Union-Tribune, OBEY était « la réaction contre les formes d’art engagées qui ne délivrait à l’époque pas de message clair. Pourtant OBEY était suggestivement antiautoritaire ». De plus, Nick Mount du magazine Walrus affirme que « Les stickers OBEY Giant […] sont les enfants intelligents de l’art conceptuel et ironique de Duchamp ». Avec le temps, l’imagerie de Shepard Fairey a évoluée en une parodie de la propagande politique populiste et de la publicité issue de la mondialisation. En plus des stickers, OBEY Giant se répand à travers les pochoirs, la peinture murale et les collages couvrants les espaces publics ou privés comme les murs, les panneaux de signalisation, les espaces publicitaires, les arrêts de bus… Mais aussi sur des supports dérivés  : vêtements, accessoires ou décoration d’intérieur exploités à des fins commerciales. Cela peut paraître contradictoire pour un homme qui se bat contre la mondialisation et le capitalisme, à la manière des Pop Shop

Il participe alors à la campagne politique de Barack Obama – et avec quel succès ! – en créant les affiches bleues et rouges du portrait du président américain accompagné du slogan HOPE ou PROGRESS, ce qui a amplifié l’ampleur de son mouvement. Dans le thriller Phone Game (2002), trois petites affiches OBEY Giant sont visibles en arrière plan de la cabine téléphonique qui est l’objet de tout le long métrage de Joel Shumacher. Ainsi, les OBEY Giant ont été apposées comme éléments du décor newyorkais. Shepard Fairey se considère lui-même comme un artiste populiste et engagé ; il déclare d’ailleurs : «Je veux atteindre les gens à travers le plus de moyens possibles. Le Street Art est un moyen sans bureaucratie pour faire ça, mais les T-shirts, les stickers, les projets commerciaux, l’Internet… Il y a tellement de moyens différents que j’ai utilisé pour placer mon travail devant les gens  ». «  La publicité me fascine. C’est l’avidité pure, sans autre motivation que le profit. Je n’aime pas la publicité, donc ma méthode est d’ouvrir les yeux des gens sur le système en participant au processus. André est tellement ridicule qu’il n’y a rien, mais demeure le processus».

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— Société

Texte : Evan Cholvy

Les élections municipales sont toujours un moment particulier dans la vie politique locale. Ce sont les élections où le pourcentage d’abstention est le plus bas juste derrière les présidentielles. Par ailleurs, le Maire est le deuxième personnage le plus important après le Chef de l’Etat. C’est pourquoi ces échéances font souvent la une des médias. D’autant que la montée des extrêmes et parmi eux le Front National, va donner du piment à ce rendezvous où un grand nombre d’électeurs a prévu de manifester son mécontentement. Eclairages sur un tournant politique national.

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Les élections municipales

Le Parti Socialiste décrédibilisé, l’U.M.P. fragilisée Après le quinquennat difficile de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, l’UMP avait logiquement été battu lors des dernières élections présidentielles par le Parti Socialiste et François Hollande. C’est une droite française affaiblie et profondément divisée qui tente désormais de rester le principal parti d’opposition au pouvoir en place. Néanmoins, du côté du Parti Socialiste, la situation est aussi compliquée. Après un début de mandat assez catastrophique pour François Hollande, la gauche socialiste en a pris un coup. Et cela a eu des conséquences bien plus difficilement digérables pour le parti. Ce n’est pas tant l’U.M.P. qui en a été renforcé mais c’est surtout l’extrême droite qui l’a tourné à son avantage. Et si la situation est si délicate, c’est que ce sont de nombreuses mairies qui devraient échapper à l’U.M.P., au P.S. et à leurs « alliés ». Mais les divisions à l’intérieur des clans politiques ne sont pas un lot exclusif de l’U.M.P. ; récemment, c’est le P.S. à Marseille qui avait littéralement explosé, affaiblissant du même coup la gauche pour les prochaines municipales. C’est ainsi que le MoDem de Jean-Luc Bennahmias a signé un accord avec le P.S. de Patrick Mennucci pour battre Jean-Claude Gaudin. François Bayrou, qui a fait alliance avec l’UMP à Pau, avait récemment écrit au patron du MoDem des Bouches-du-Rhône pour lui reprocher de vouloir faire alliance avec le PS marseillais. Le cas marseillais n’est pas le seul en son genre. De nombreux partis ont signé des alliances ; parfois pour contrer l’U.M.P. pour le P.S. ou à l’inverse pour lutter contre le P.S. pour l’U.M.P. Mais d’autres fois, c’est pour préserver l’honneur de la ville en empêchant le Front National d’y mettre les pieds que des accords sont trouvés. Le F.N. surfe sur la crise Le parti de Marine Le Pen ne cache plus ses ambitions. Régulièrement qualifié de premier

parti de France par cette dernière, il bouscule ces élections comme il devrait le faire lors des prochaines échéances. Mais a-t-il les moyens de ses ambitions ? Probablement que oui. Certes, dans de nombreuses communes de petite taille, les partis politiques ne jouent pas un rôle très important – c’est plutôt le candidat en lui-même – dans beaucoup d’autres, la politique du parti semble convaincre les populations. Pourtant, ce n’est pas un mystère. En période de crise, il faut un bouc émissaire et le Front National l’a bien compris. En jouant sur des thèmes qui sont chers et qui font peur aux Français, il arrive à leur faire oublier l’essentiel. Immigration, insécurité, identité culturelle, préférence nationale, sortie de l’Union Européenne, etc. Ce sont autant d’idées qui masquent la réalité tout en étant en dehors de celle-ci. Les élections municipales apparaissent ainsi comme une opportunité exceptionnelle pour le parti fondé par Jean-Marie Le Pen de commencer à avoir du pouvoir politique réel. Il ne faut cependant pas oublier les dernières sorties des maires étiquetés F.N. A Marignane, Orange et Toulon, le bilan est assez négatif. Appliquer des idées aussi radicales n’est peutêtre pas si simple à réaliser que ce que le parti prétend. Le FN espère prouver qu’il est capable d’appliquer localement son programme qui allie sécurité, préférence nationale et baisse de la fiscalité. Sur le terrain, les choses ne sont pas aussi simples. « Les stratégies vont s’écarter entre une gestion pragmatique à Orange et Marignane et une gestion beaucoup plus idéologique à Vitrolles et Toulon », assure Gilles Ivaldi, chercheur à l’université de Nice-SophiaAntipolis. Vitrolles sera la commune qui ira le plus loin. La ville est rebaptisée «Vitrolles-enProvence», et une avenue prend le nom de «Jean-Pierre-Stirbois», en hommage à un dirigeant du parti mort dans un accident de voiture. Une prime de 5 000 francs est attribuée « aux enfants français nés de parents européens ». La justice l’annulera. Si les trois autres maires avaient aussi promis une telle prime, ils ne

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— Société

Texte : Evan Cholvy

appliqueront jamais. Et pour cause, cela ne rentre pas vraiment dans les valeurs d’une république laïque et égalitaire. «Le FN a échoué parce qu’il manquait de compétences», résume Nonna Mayer, chercheuse au Cevipof-Sciences Po. «Comme tous les partis d’extrême droite européens, le FN au pouvoir a du mal à prouver son efficacité tout en respectant son programme», estime de son coté Gilles Ivaldi. En 2014, la situation de la France est difficile. Le chômage ne diminue pas, on assiste à une flambée des prix et pendant ce temps les entreprises du CAC 40 délocalisent. Les

politiques sont impuissants et les banques ont le pouvoir. Dans cette situation, et dans un climat où les médias font peur aux populations avec des thèmes récurrents comme l’immigration et l’insécurité dans leurs reportages, le Front National espère « gratter » quelques villes. C’est ainsi qu’il pourrait s’emparer de la mairie de Fréjus. Dans cette ville d’un peu plus de 50.000 habitants, un sondage exclusif Ifop pour 20 Minutes et iTélé révèle que le frontiste David Rachline écraserait les candidats UMP et PS au premier tour des élections municipales. Avec 37% des intentions de vote, il devancerait la liste UMP (21%) et le PS (19%). En quatrième position, figurerait la liste divers droite du maire sortant Elie Brun (17%), condamné

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Les élections municipales

le 30 janvier à cinq ans d’interdiction de droits civiques pour prise illégale d’intérêts, et qui a fait appel. « Le score du Front national au premier tour est saissisant », note Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. Fréjus n’étant pas la seule commune dans ce cas, on devrait assister à un retour en force du Front National dans des fonctions politiques importantes. Douze ans après le «cauchemar» du second tour des présidentielles de 2002, l’extrême droite française semble à nouveau prête à conquérir les électeurs…

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— Musique

Texte : César Lardon

Le petit groupe parisien a le don pour faire apparaître une multitude d’images dans notre tête, rien qu’en l’écoutant. Parc, c’est une bande de copains composée de rescapés d’un ancien groupe, aujourd’hui dissolu, mais qui s’obstine à faire de la musique, en vers et contre tout. Et le résultat est surprenant. Avec leur premier EP, Les Envies, sorti en octobre 2013, la formation prend un départ à ne pas rater. Les quelques morceaux qui le

composent sont agréables, frais, désinvoltes et vivants. La vivacité, oui ; c’est ce qui caractérise cet album. Une sorte d’énergie légère et grisante s’en dégage, on en ressort sautillant, et les envies malicieuses d’un adolescent s’agitent en nous. Leur pop est simple et sans prétentions, et c’est ce qui en fait tout le charme : les deux guitares s’associent avec harmonie, la batterie est nette et soignée, presque comme une

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Album : Les Envies Artiste : Parc

boîte à rythmes, et la basse appuie le tout d’un son rond et chantant. Le son, c’est sans doute l’un des points qui retient le plus notre intérêt. Qu’il soit hésitant ou superbe, il donne une touche spécifique aux morceaux que l’on apprécie malgré tout. C’est surtout la guitare qui ravit l’oreille, entre un son clair et claquant, ou un crunch léger et vintage elle fait frissonner sans conteste. Les riffs sont simples, les deux guitares se complètent, légères et espiègles. Le crunch fait ronronner l’ensemble d’un son rugueux, légèrement brillant, comme on les aime. La basse et la batterie font la cohésion du tout, le rythme est sautillant ou serein, toujours assuré. Mais plus encore, ce qui fait la particularité musicale de Parc, c’est le chant. La voix de Boris Bieganowski chantonne d’un air sûr et désinvolte les paroles simples et enlevées, qui font la fraîcheur du groupe. Certes le chant est nasillard, la voix n’est pas sublime et les paroles ne sont ni poétiques, ni recherchées. Mais ce n’est pas cela qu’il faut voir dans Parc. Si l’on se laisse bercer par les histoires simples et belles narrées dans les paroles, une foule d’images, de sentiments et d’échos surgit en nous. Oui, Parc est une musique-image, et on aime ça. On aime les histoires d’amour

courtes, les regards appuyés qu’on donne aux filles, les soirées arrosées où «les néons de la boîte de nuit» éblouissent nos esprits charmés. C’est comme croquer dans la nouveauté fragile et grisante de l’adolescence, et Parc nous fait sentir à nouveau ces moments où l’on découvre tout. Le beau vinyle bleu turquoise de la petite formation parisienne a l’air désuet à première vue (quoique la pochette soit esthétiquement belle) mais il réserve quelques surprises. Le premier titre, De Côté, commence avec énergie et les accords claquants d’une guitare en son clair, sur une batterie sautillante et énergique. La basse impose une mélodie entêtante sur les couplets, chantés d’une voix désinvolte et lâchée du chanteur Boris Bieganowski. Les paroles sont simples, mais c’est cette simplicité du chant et du timbre de voix, associée à l’alchimie troublante d’une guitare claire et d’une batterie nette, soutenues par cette basse massive, qui transforme l’essai. Bien sûr ce n’est pas du grand art, mais il faut reconnaître que ces parisiens ont du chien. Et qu’importe pour la célébrité, on aime ces groupes underground, modestes, mais qui dégagent la poésie douce

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— Musique

Texte : César Lardon

des rêveurs, tout en montrant que la musique est et restera un art éternel. Mais le second titre est déjà dans nos oreilles. Marie est sans doute le trésor musical de cet EP, qui résonne dans nos cœurs et plaque un sourire vague sur nos lèvres. Le morceau est doux, dans les paroles comme dans la musique, tout en étant précis et ferme. La batterie claque, la guitare lance quelques accords d’un son crunchy délicieux avec une pointe de réverbération s’il vous plaît ; quant à la basse elle mène le tout calmement. La voix est douce, toujours désinvolte, presque lassée (ou lascive ?). Le chant est précieux dans la touche qu’il apporte au tout, il donne la note d’adolescence irrésistible qui fait sourire par ce qu’il raconte. Le morceau se déroule normalement jusqu’au pont où la guitare et la voix s’associent quelques secondes dans une délicatesse surprenante, puis laissent place à l’envol des instruments dans un son beau, frais, émouvant. Je reste un instant figé par la singularité du moment avant de retourner le vinyle, car la face A est déjà terminée.

A Genoux s’ouvre sur une batterie dynamique accompagnée d’un dialogue simple entre les deux guitares. La mélodie est grossièrement donnée par la basse, mais seul le chant donne une mélodie recherchée, de cette voix nasillarde et facile. Les parties chantées sont le projecteur qui déroule la bobine de notre esprit, entre images et souvenirs. Là encore les percussions rebondissent, s’élèvent, le morceau prend de l’ampleur, puis retombe sur des notes espiègles et un son épuré. Parc nous livre son vécu et son ressenti, le morceau ressemble à une sorte de confidence d’un adolescent à une ancienne demoiselle convoitée. Les aveux du chanteur sont émouvants tout en restant légers et sans importance, d’ailleurs c’est un peu l’impression que donne l’album. Des morceaux faciles et détachés faits par des amis pour s’amuser. Musicalement on navigue entre un couplet enjoué et quelques ponts où les guitares s’enlacent et s’envolent. Le quatuor termine son court album par Les Envies, morceau plus calme mais qui reste dans le ton général. Encore une fois la batterie ouvre le titre et les instruments s’y joignent peu

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Album : Les Envies Artiste : Parc

à peu. Les sonorités rappelleraient presque le Vampire Weekend des débuts, avec une guitare chantante et une caisse claire nette. Et c’en est troublant. Même son, rythme et basse similaires, sans compter le solo qui rappelle étrangement celui d’Oxford Comma... Mais on excusera le rapprochement musical entre les deux groupes, puisqu’il est appréciable. La voix donne à nouveau la patte caractéristique du groupe, nasillarde et chantonnant des paroles désuètes. Les échos ressortent à travers les histoires simples et les souvenirs d’une adolescence passée tout en étant proche, a l’air de dire le chanteur. Parc, c’est facile et chantant. Les morceaux résonnent en nous, les instruments claquent et s’envolent ou ronronnent chaleureusement, et la voix désinvolte et traînante du chanteur a quelque chose de charmant. Parc c’est simple et sans prétentions, ça n’a pas la vocation de changer le monde mais ça a la poésie d’une adolescence (presque) éternelle. *** Bon album

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— Musique Chronique Musicale Texte : Evan CésarCholvy Lardon

Album : BLIZZARD Artiste : Fauve Année : 2013

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Album : High Hopes Artiste : Bruce Springsteen & The E Street Band

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— Musique

Texte : Evan Cholvy

Bruce Springsteen est-il fini ou en panne d’inspiration ? Rien de tout cela, rassurez-vous. Pourtant son dernier album le laisse penser. En revisitant des titres devenus célèbres ou en repêchant certains passés à la trappe lors des précédentes sessions, le Boss signe ici un dernier opus étonnant et très hétérogène d’un point de vue musical. Mais l’icône des Etats-Unis n’a pas pour autant lésiné sur la qualité, bien au contraire. Analyse d’un album qui, à défaut de créer, délivre un message quant à lui cohérent et plein d’espoir.

Un concassé de Springsteen «High Hopes» intrigue. Composé de morceaux revisités, de titres évincés d’autres sessions en studio ou encore de reprises, l’album pourrait être vivement critiqué par les mauvaises langues. Pourtant, une fois encore, l’Américain a réalisé un dernier opus soigné qui allie traditions musicales et modernité tout en explicitant un message d’espérance ; «High Hopes» : «grands espoirs». Même si Bruce Springsteen ne nous avait pas habitué à ce genre d’approche durant sa riche carrière, son dernier bijou s’inscrit parfaitement dans le présent tout en faisant écho au passé et en anticipant l’avenir.

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Album : High Hopes Artiste : Bruce Springsteen & The E Street Band

Tom Morello, le remplaçant de luxe Le guitariste de Rage Against The Machine est présent sur huit chansons sur douze de «High Hopes». Déjà en son temps, Rage Against the Machine avait repris sur scène «The Ghost of Tom Joad», l’un des titres les plus bouleversants de Springsteen. En 2008, le Boss lui avait demandé de le jouer avec son groupe. Ils ont d’ailleurs répété l’opération à plusieurs reprises par la suite. Dès lors, une amitié est née entre les deux musiciens. Après sa participation à l’album «Wrecking Ball» du Boss, Morello a remplacé le fidèle Steve Van Zandt sur le volet australien de la

tournée lorsque lui est parti sur le tournage de la série «Lilyhammer». Il est même devenu l’inspirateur du leader du E Street Band dans sa volonté de produire un inédit. D’autre part, c’est lui qui a suggéré de reprendre «High Hopes», déjà recyclé par Springsteen sur scène auparavant. Il l’a aussi poussé à revisiter le titre des punks australiens The Saints. «Tom et sa guitare sont devenus ma muse, amenant ce projet à un autre niveau. Merci pour l’inspiration Tom», écrivait alors Springsteen sur son site. Le style du musicien, entre vélocité et férocité, redessine le répertoire du Boss en y apportant une touche d’originalité musicale assez sensible. Tom Morello parvient

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— Musique

Texte : Evan Cholvy

d’ailleurs à calmer ses ardeurs de Hardrockeur pour mettre tout son talent au service de «High Hopes» dans lequel il laisse exprimer son inspiration dans des solos de guitare épatants de dextérité et de créativité. The Ghost of Tom Joad revisité Tom Morello avait notamment suggéré à Bruce Springsteen de reprendre le célèbre «The Ghost of Tom Joad». Le challenge accepté par le Boss et sa bande, Tom Morello pouvait aisément laisser parler son talent dans un morceau où le rockeur lui a quasiment laissé carte blanche pour composer un solo. C’est une version plus orageuse et électrique qui nous est proposée. Le calme musical établi au début du morceau crée un contraste et prépare le terrain au solo de Morello. Ce-dernier, stupéfiant de dextérité, nous fait découvrir tout le panel de sonorités de sa guitare. The Ghost of Tom Joad n’est d’ailleurs pas sans rappeler un certain Youngstown. Ici aussi, l’accordéon et le violon nous remplissent le cœur d’une douce mélodie qui puise ses origines

dans un style plus traditionnel. Mais Bruce Springsteen a fait le reste encore une fois. Le mélange entre tradition et modernité est épatant, les contrastes s’unissent pour nous montrer la voie ; celle d’un avenir plein d’espoir. La voix de Springsteen elle n’a pas changée. On dirait même qu’il chante mieux qu’avant. Vous l’avez compris, The Ghost of Tom Joad met la chaire de poule et c’est peu dire. La musique vous remplie le cœur de joie et d’espoir et vous fait apprécier tout d’un coup les délices de la musique bien interprétée. High Hopes, bien plus qu’une simple reprise Si le boss a choisi une reprise pour intituler son album, cela n’a rien d’hasardeux. Le message est clair : «Gardez espoir !» veut nous dire le rockeur américain. Ce morceau signé de Tim Scott McConnell des Havalinas, sorti en 1987, vient de se hisser, grâce à Springsteen, au rang d’hymne d’espérance en temps de crise. Il se trouve que durant toute sa carrière le musicien s’est attelé à ne pas oublier

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Album : High Hopes Artiste : Bruce Springsteen & The E Street Band

ses origines, continuant son combat dans le social à travers des chansons engagées. Par ailleurs, en 1985, à l’occasion de sa tournée en France, il avait fait un chèque de 10 000 dollars au Bureau d’aide sociale de SaintÉtienne, ville sinistrée par la crise économique avec la fermeture de l’usine Manufrance. Avec Michael Jackson, il avait collaboré sur la chanson «We are the World» en prêtant sa voix. A partir de 1985, il avait rejoint le groupe Artists United Against Apartheid, formé par son guitariste Steven Van Zandt, qui luttait contre la politique raciale en Afrique du Sud. Dans High Hopes on retrouve ainsi American Skin (41 shots) écrite en 2000 après la mort de Amadou Diallo, jeune immigré guinéen criblé de balles par des policiers de New York. Mais puisque l’histoire se répète hélas, Springsteen dédie aujourd’hui sur scène cette chanson au jeune afro-américain Trayvon Martin, dont le meurtre en Floride, en février 2012, avait émue jusqu’à la Maison Blanche. Ce fut la chanson la plus difficile pour Tom Morello d’après lui. A écouter aussi, la version recueillie de The Wall. Cette chanson, écrite en

hommage aux amis qui ne sont jamais revenus de la guerre du Vietnam, et chantée par Springsteen en concert entre 2003 et 2005, trouve enfin avec cet album, un enregistrement studio qui la met à juste titre en valeur. «High Hopes», c’est un véritable plaidoyer en faveur de l’espoir. Springsteen, bien aidé par Morello, a réalisé un de ses meilleurs albums. Si certains se diront déçus et que d’autres en parleront comme un «fourre-tout», nous en retiendrons nous l’incroyable cohérence en terme de sens des morceaux choisis et le «lifting» qui leur a été octroyé. Quand on s’intéresse à l’album plus en profondeur, il prend du sens, le message semble évident et on en ressort changé, apaisé même. Les thèmes chers à Springsteen sont toujours là : espoir, justice sociale, humanisme. Les ambiances musicales des derniers albums aussi, entre rock, folklore celtique, pop et gospel. Taillé par et pour les stades, High Hopes est un bon compagnon de route. Il serait dommage de le louper alors même que tout y est…

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Chronique Musicale — Dossier

Texte : César Lardon du Court Métrage de Clermont-Ferrand Festival International

Album : BLIZZARD Artiste : Fauve Année : 2013

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— Dossier Court Métrage Texte : Evan Cholvy

Comme chaque année depuis 36 ans, la capitale auvergnate devient le théâtre privilégié du Festival du Court Métrage. Plusieurs centaines de films rentrent en compétition dans les différentes catégories qui sont présentées. En France, c’est le deuxième festival de films juste derrière celui de Cannes en terme de fréquentation (public et professionnels). C’est également le plus grand au monde pour le court-métrage. Lumière sur cet événement qui conquiert de plus en plus le grand public !

Clermont et le film court, une longue histoire Le lien très fort entre la capitale auvergnate et le court-métrage ne date pas d’hier. Et pour cause, déjà à partir de 1979, le Cercle cinématographique universitaire de Clermont-Ferrand (CCUC) organise des semaines du court métrage. C’est alors que l’association Sauve qui peut le court métrage est créée le 4 août 1981 grâce à l’incroyable succès que rencontrait la manifestation. L’année 1988 marque un tournant dans la vie de l’événement : le Festival passe de national à international. L’association Sauve qui peut le court métrage emploie aujourd’hui 17 personnes. La manifestation rencontre un vif succès auprès d’un public qui vient de plus en plus en masse : de 28 000 spectateurs en 1989, on passe la barre des 100 000 en 1995.

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Présentation du Festival

Le Festival du court-métrage de ClermontFerrand a été élu Meilleur Festival International lors de la cérémonie des FILMAD Awards qui s’est tenue à Madrid, le 22 décembre 2009. Ce prix témoigne de l’incroyable popularité de ce festival dans le monde. 26e Compétition Internationale La compétition internationale est un moment rare, un instant magique où tous les horizons se croisent. Chefs-d’œuvre de l’animation, documentaires, comédies, réalités contemporaines, films de genre, travaux de fin d’études des meilleures écoles du monde vous entraînent vers des univers dont seule la jeune création

cinématographique a le secret. Laissez-vous aller, dépaysement assuré. 36e Compétition Nationale Inscrire son film à Clermont-Ferrand c’est, non seulement, tenter sa chance dans une compétition recherchée mais c’est aussi, de facto, lui donner une visibilité, de manière automatique et gratuite, jusqu’au marché du film court où se rencontrent trois mille professionnels. Avoir son film à Clermont-Ferrand, c’est participer à la plus belle aventure qu’un film puisse connaître. Les professionnels qui l’ont vécue, dans les salles pleines et enthousiastes du festival, sont unanimes à ce sujet. Bienvenue !

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— Dossier Court Métrage Texte : Evan Cholvy

13e Compétition Labo La compétition Labo on s’y bouscule pour découvrir des œuvres détonantes, littéralement hors du ton. Croisements inattendus, regards originaux, art consommé du risque, le Labo clermontois ouvre ses portes aux plus curieux d’entre vous. Venez vite vous exciter et vous enivrer d’expériences que nos cinéastes fous d’images et de sons nous ont concoctées. 29ème marché professionnel Durant la semaine du Festival, ClermontFerrand accueille un marché du court métrage où se concentrent plus de 30 pays exposants, 400 producteurs ou encore 500 représentants de festivals français et internationaux. Proposé du 1er au 7 février cette année, ce marché est le plus grand terrain d’échange au monde pour les professionnels du film court. Il est également le lieu de tournage des émissions quoti-

diennes de Vu en Court produites par LDVTV, l’unique télévision lycéenne. Du côté des organisateurs du marché, tous les voyants sont au vert, «c’est un succès» pour Anne Parent, chargé de son organisation et que nous avons eu l’occasion de rencontrer. Les Etats-Unis à l’honneur Cette année, les organisateurs avaient mis les Etats-Unis à l’honneur. Après les Indes l’an dernier, plusieurs sélections américaines étaient proposées, composées d’une quarantaine de courts métrages des années 2000 intitulée «Light is calling». Sur les quelques 8 200 inscriptions pour l’édition 2014, le festival a reçu près de 1 000 films américains, «une proportion importante qui confirme bien les Etats-Unis comme premier pays producteur de films courts» dixit les organisateurs.

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Présentation du Festival

Un record d’affluence sur le Festival Le Festival s’ouvre progressivement à un public élargi et il semblerait que les spectateurs l’affectionnent de plus en plus. On note en ce sens une augmentation régulière en terme de fréquentation des salles à chaque édition. Cette année, ce sont plus de 160 000 personnes qui se sont bousculées pour assister aux nombreuses séances proposées durant une semaine. On note aussi la présence de plus de 3 000 professionnels accrédités. Ces deux éléments font du Festival de ClermontFerrand la plus grande manifestation du genre au monde. Contacté par France 3 Auvergne, Jacques Curtil a fait part de sa satisfaction : « Cette année encore on atteint des sommets ! 5 000 entrés de plus que l’an passé, sur les 16 salles de projection en centre ville. Les salles étaient pleines le soir, comme d’habitude, mais l’augmentation est notable pour les séances en journée. Pourquoi ? C’est difficile à expliquer,

le beau temps a dû jouer, et puis le bouche à oreille a fonctionné...» Car visiblement les programmations ont séduit le public : «On s’est retrouvés, comme il y a quelques années, à se faire arrêter par les festivaliers qui nous félicitaient de nos sélections, et nous disaient tout le bien qu’ils pensaient des films qu’ils voyaient ! Pour le marché du film court, là aussi les retours sont positifs. Les professionnels sont contents, comme ceux d’Afrique, ou de l’océan indien, qui venaient pour la première fois et ont découvert le festival de Clermont.» «Quant au palmarès, il y aura comme chaque année, quelques surprises, bonnes et mauvaises ! » leur avait-il glissé à la fin du 36ème Festival clermontois.

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— Dossier Court Métrage Texte : Dina Millard

Sur le plateau télévisé de LDVTV Zoé Hernandez une élève de première et Gilles Robert, professeur responsable du projet, nous livrent leurs impressions sur le Festival du Court Métrage. Comment êtes-vous arrivés aux courts métrages dans le but de faire une émission TV ? Depuis quatre ans le lycée Léonard de Vinci emmène les élèves de l’option CAV au festival du court-métrage. Nous sommes dix-huit élèves encadrés par quatre adultes, deux sont nos profs, un est réalisateur, il vient nous conseiller dans les interviews que nous préparons. Enfin Yann est technicien, il nous explique les techniques de montages. Comment se déroule votre émission et comment la préparez-vous ? L’émission s’appelle «Vue en Court» elle est rediffusée sur LDVTV, notre télé lycéenne mais aussi sur dailymotion le lendemain. Nous avons fait un choix entre plusieurs courts métrages internationaux sur lesquels

nous avons préparé des questions, dégagé les thèmes de prédilection et analysé les films. Il arrive que les réalisateurs programmés soient absents, dans ce cas le boulot effectué en amont ne sert plus à rien. En revanche certains sont invités au dernier moment ; les questions sont donc plus improvisées. Vous êtes nombreux, l’organisation sur les différents postes n’est pas trop difficile ? Il y a trois caméramans, quatre élèves sur le plateau et deux en régie. On fonctionne par roulement tout le monde découvre chaque postes ! Les caméramans sont guidés par des casques et des talkies walkies depuis la régie, le montage se fait en direct. Mais notre technicien Yann veille au grain puisque l’expérience live est toute nouvelle pour nous ! Tu préfères les conditions de tournage en direct ou le montage classique réalisé après les prises de vus ? Le montage fait après est plus aboutit, il nous permet de remanier des éléments ou de couper des erreurs. Mais c’est aussi tricher ! Alors que le montage en direct est plus stressant et nous laisse pas le droit à l’erreur ! Ce sont deux choses totalement différentes !

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Interview de LDVTV

La discussion avec les réalisateurs t’apporte un regard nouveau sur leurs courts métrages ? Sur le plateau les questions sont intéressantes, elles permettent de détailler le film, de parler techniquement de celui-ci, mais elles restent cadrées. Sur le plan de l’enrichissement social et culturel c’est le dialogue hors plateau qui est le plus intéressant. On peut aborder des sujets plus personnels ou politiques, la discussion est plus spontanée et plus sincère. Qu’est-ce que tu retiendras en priorité de ce festival ? La rencontre avec Luk RAZANAJAO le réalisateur de Madama Ester, c’était un véritable personnage, avec des expériences, une histoire, il m’a beaucoup apporté. C’était un dialogue qui m’a donné envie d’aller beaucoup plus loin dans le milieu du cinéma. La facilité avec laquelle on se lit et on discute avec des gens est aussi quelque chose que je retiendrais. Le comique de certaines situations, lorsque par exemple on tente un dialogue quasiment mimé suite à l’incompréhension totale de deux langues ou les rencontres improbables dans des lieux tout aussi improbables seront des souvenirs que je ne pense pas oublier de si tôt.

Le professeur de CAV (Cinéma Audio-Visuel), responsable et organisateur nous donne son point de vue sur le festival. Comment avez-vous pu monter un projet aussi important avec les élèves ? Nous avons d’abord travaillé avec la région autour du festival européen, de fils en aiguilles nous sommes arrivés sur le festival du court métrage. Ce n’est pas difficile de contacter les réalisateurs ? Nous avons au départ une trentaine de films sélectionnés, sur cette sélection nous devons retenir dix réalisateurs. Mais l’histoire se complique puisque certains ne sont pas sûrs d’être retenus pour le festival donc de venir. Nous avons eu des désistements de dernières minutes, dans ce cas il faut en contacter d’autres et espérer qu’ils soient disponibles ! Il y a une grande part d’improvisation ! Qui sont les deux autres adultes avec vous ? Yann Montagnon est un technicien et Nicolas Costanzo un réalisateur. C’est un énorme plus pour les élèves, ils leur donnent des clefs dans dale dans le décodage d’images mais aussi sur la technique !

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— Dossier Court Métrage Texte : Dina Millard

Notre programme de jeudi nous conduit à la projection d’une sélection de films français. La deuxième séquence française nous plonge dans un univers plus poétique. En témoigne la femme de Rio ou le brillant Shadow. Nicolas Rey et Emma Luchini nous racontent l’histoire de Gabriel, un alcoolique en abstinence depuis quelques mois qui refuse catégoriquement de sortir de son appartement. Sa vie morne et grise ne lui offre aucune distraction si ce n’est la visite éclair de son livreur de sushis. Un soir ou ses voisins font une fête costumée il trouve sur le palier de sa porte le portable d’Audrey et l’emmène avec lui sans autre forme de procès. Mais cette jeune femme fermement décidée à récupérer son bien force les portes de l’appartement de Gabriel et rentre dans sa prison. Elle ne se laisse nullement impressionner par ce personnage rugueux et aigri mais s’amuse

de cette situation. Après quelques tentatives de découragement Gabriel se laisse emporter par la joie de vivre et la spontanéité d’Audrey, ce couple improvisé décide alors de vivre l’histoire d’amour d’une vie en une seule nuit. C’est par une lune de miel sur la Baie D’Along au fond d’une tasse de thé que commence cette folle aventure, puis c’est l’arrivée d’un premier bébé, Jean-Luc, suivi d’une fille, Electre. Les évènements s’enchainent rapidement ce qui nous rappelle bien évidemment le film de Philippe de Broca L’homme de Rio, à la différence près que le film de Broca est rythmé par l’action, contrairement au court métrage de Rey et Luchini qui, eux donnent un rythme effréné par la parole et le langage. Ce sont leurs paroles qui nous projettent dans leurs univers, les mots nous emmènent loin du huit clôt et transforment le salon en cabinet d’hap-

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Sélection Française 2 La poésie au rendez-vous tonomiste ou une fête punk en pendaison de crémaillère. L’appartement devient le théâtre d’un jeu de rôles improbable, Gabriel et Audrey sont deux enfants qui jouent à la vie, qui jouent à s’aimer comme pour palier à une vie insatisfaite et triste. Le temps d’une nuit ils modèlent leurs vies, distordent le temps et rêvent au bonheur. Tout nous renvoie au théâtre et à la comédie, rien n’est vrai, pas même les vêtements que porte Audrey qui ne sont que le déguisement de la princesse Leila, son accoutrement n’est pas plus vrai que le rôle qu’elle endosse. Elle incarne un personnage et récite un texte qu’elle a toujours voulu prononcer. C’est une nouvelle vision de l’amour que nous donne Rey et Luchini, poétique et éphémère, Audrey est la touche de couleur qui vient sortir Gabriel de sa noirceur. Elle est l’étincelle qui lui redonne goût à la vie. Lui le chevalet qui supporte le tableau de l’amour que dresse Audrey. Rien d’autre ne compte si ce n’est le moment présent. Si La femme de Rio nous fait voyager par son texte, Lorenzo Recio nous ensorcelle par des images éclatantes et un scénario peu ordinaire. Shadow est avant tout une histoire de contraste, d’ombre et de lumière. Le court métrage tourné à Taiwan nous conte l’histoire de Xiao, un jeune marionnettiste d’ombres chinoises qui exerce son art pour gagner sa vie, malheureusement dépassé dans cette société High Tech le publique n’est plus au rendez-vous. C’est alors qu’il fait la rencontre d’Ann, une jeune vendeuse de produits cosmétiques de luxe. Après de nombreuses hésitations il décide de l’inviter boire un café quelques jours plus tard, mais en rentrant chez lui de nuit Xiao est victime d’un accident de scooter. La chute est rude et la blessure au front impressionnante, pourtant il se relève et rentre chez lui. La blessure est cependant bien étrange puisqu’il lui suffit d’une nuit pour disparaître, c’est alors qu’une maladie inexplicable ronge Xiao, peu à peu son corps se dématérialise

pour se transformer en ombre. Seul le corps d’Ann peut encore le sauver, faut-il encore pouvoir le posséder. Dans cette histoire de marionnettes ne faut-il pas y voir une lutte entre deux époques ? Xiao exerce un art ancestral et traditionnel, celui du théâtre d’ombres, il ciselle chacune de ses marionnettes dans du parchemin et les peint à la main, c’est un boulot long et minutieux. Il vit pour son art au milieu de sa peinture et de ses marionnettes, en dehors de la société Taiwanaise, la technologie n’a pas sa place dans cet univers, seul un vieux téléphone portable le relie au monde technologique. Ann, elle, est une femme moderne, qui travaille dans un magasin de cosmétiques de luxe, tout est blanc, épuré et calculé rien n’est laissé au hasard. Tout est tellement pure qu’elle ne parait pas réelle, on ne perçoit aucun sentiment, son sourire bien que parfait sonne faux, ses gestes pourtant gracieux ressemblent à ceux d’un robot. Ann et Xiao s’opposent comme le noir et le blanc. L’accident est la confrontation de ses deux mondes diamétralement opposés, Xiao percute un tableau lumineux qui affiche le visage d’Ann et des images publicitaire pour les cosmétiques qu’elle vend. Un câble électrique s’incruste dans son front et lui transmet une puissante décharge électrique. C’est symboliquement le lien entre son monde et celui d’Ann, le câble fait entrer en lui cet univers qu’il fuyait. Ann et Xiao sont deux êtres complémentaires qui doivent ne faire qu’un pour survivre dans ce monde. Xiao insuffle à Ann une part d’humanité qui lui manque cruellement, en contrepartie, elle lui offre son corps, parfait, pur qui correspond à son environnement. Lorenzo Recio nous montre que c’est parfois la noirceur de l’un qui illumine le cœur de l’autre ! Ces deux courts métrages nous ont offert quelques minutes de poésie et de rêve qui nous ont fait voyager bien plus loin que Clermont-Ferrand et ses salles de cinéma !

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— Dossier Court Métrage Texte : Dina Millard, Evan Cholvy

Les salles obscures deviennent des lieux d’expérimentations durant les quelques jours du Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand. Dans la sélection Labo 1, Saki Muramoto, Felix Massie et Michael Please nous proposent des fictions animées. Le premier, It’s Time for Supper nous peint la vie d’un écolier et d’un escargot à l’heure qui précède le dîner. Il nous brosse des séquences amusantes et indépendantes qui illustrent des moments de la vie quotidienne. Plus tard dans la séance, nous assistons au visionnage d’une deuxième animation. In the air is Christopher Gray nous plonge dans la vie d’un adolescent amoureux prêt à tout pour conquérir sa belle. Pour l’impressionner, ce-dernier s’essaie au saut en longueur à vélo mais il ne se doute pas que ses actes vont bouleverser la vie paisible de ses amis. Enfin, un dernier court-métrage d’animation piquant, non sans humour, nous propose une vision de l’art contemporain décalée et originale tout en musique et en poésie. Cependant, deux de ces films ont perturbé nos sens...

CUT « Le corps est une blessure qui ne cicatrise jamais. » Christoph Girardet et Mathias Müller développe un univers profondément ancré dans la chair humaine. C’est d’ailleurs le moins que l’on puisse dire. Une succession d’images désincarnées, un montage cut et rapide qui nous impose des plans étranges, un bruit récurent et des robinets qui gouttent, telle est l’ambiance dans laquelle nous nous retrouvons immergés. Nous assistons ainsi à une expérience inédite et percutante dans un film à la richesse sémantique notable. De la sorte, les différentes séquences et les différents éléments du court-métrage font écho à des films célèbres du cinéma. Ainsi, les fourmis ou encore le rasoir ainsi que l’œil tranché rappellent évidemment l’œuvre de Luis Buñuel, Un Chien Andalou où la signature surréaliste est à relever. De la même manière, les poils sur le dos caressé dans un élan érotique nous projettent dans La Mouche de David Cronemberg. Par ailleurs, le traitement des corps nous évoque la signature graphique très charnelle d’Almodovar. Enfin, les masques retirés par certains personnages évoquent ce que l’on retrouve dans le Silence des Agneaux. Le spectateur subit le montage cut qui installe alors un paradoxe chez ce-dernier. Dans un premier temps, il le met singulièrement mal à

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Sélection Labo 1 Labo, une expérience d’un genre nouveau l’aise face aux images qu’il lui impose, mais il finit par l’absorber cruellement dans son univers morbide et repoussant provoquant à la fois son dégoût et son étonnement. Cet état de malaise est continuellement renforcé par l’expression de la mort suggérée notamment par la présence récurrente des insectes. Les fourmis étant, comme nous l’expliquions, une référence au surréalisme et au court-métrage Un Chien Andalou. D’ailleurs le thème des aiguilles est lui aussi vaste à exploiter en terme de sens. Une succession d’images renvoie à ce thème. Ainsi, nous avons à faire à un moustique suçant du sang, à une poupée qui peut rappeler celles utilisées pour le vaudou ou encore, à une prise de sang. Le réalisateur semble vouloir creuser la thématique de la réappropriation des corps humains par la médecine. Les nombreuses scènes médicales où l’on visualise des peaux, des membres du corps mutilés semblent en attester. L’importance de la bande son est à relever. En effet, elle augmente le trouble chez le spectateur et permet de raccorder certains plans entre eux. A ce titre, on peut noter l’exemple des gouttes, souvent de sang, qui sont peu à peu liées au mécanisme sonore des aiguilles de l’horloge. Par ailleurs, le film nous confronte à l’expérience de la durée initiée par le philosophe et scientifique Bergson. Le temps s’étire et le spectateur n’a qu’une hâte, voir cesser ce spectacle morbide et cet enchainement d’images désagréables. Les horloges, les gouttes et leurs sonorités nous le rappellent à maintes reprises nous proposant également une réflexion sur la mort, qui nous guette. Ainsi, le court-métrage allemand expérimente à merveille la notion de durée, proposant réflexions philosophiques et existentielles. Il fait écho à de grands classiques qui ont, avant lui, visiter les thèmes qu’il se réapproprie, le temps d’un voyage particulier… HABANA « Dans un futur proche, la ville de la Havane est occupée par une force armée étrangère. Une visite guidée par Lazaro, un gamin du ghetto, permet de saisir le chaos qui règne au sein de la capitale. »

Ce court-métrage nous plonge avec un certain talent dans la ville occupée de La Havane, à Cuba. La première chose que nous remarquons est l’emploi du noir et blanc mais rapidement, le spectateur oublie son utilisation tant l’image est éclatante. Le traitement de la lumière, de l’image est typiquement photographique. La particularité du film est également l’utilisation d’une caméra embarquée. En effet, son rôle est de renforcer le réel d’une action qui se passe dans un futur hypothétique. A ce niveau, on peut citer Cloverfield qui reprend la même idée. Cette caméra amplifie l’effet de contraste entre la fiction de ce qu’elle retranscrit et le réel de ce qu’elle capte. D’autre part, la progression du scénario crée la surprise vers la fin. L’effet «catastrophe» et fictionnel du film sont progressivement développés avec l’intégration d’éléments de moins en moins ancrés dans la réalité du monde que l’on connaît allant même jusqu’à l’horreur d’un corps mutilé par une hideuse créature qui va devenir immaitrisable par ceux qui l’ont créée. La résonnance avec des événements contemporains projetés au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue dans le registre de la science fiction est à souligner. C’est également un écho aux régimes totalitaires passés ou présents. Plus simplement, le court-métrage nous remémore la situation de Cuba pendant la guerre froide. Occupation, violences, propagande audiovisuelle, exploitation des populations. On joue sur le passé avec le noir et blanc et on fait écho à la situation historique de Cuba durant les années de guerre froide. On développe une uchronie (réécriture du passé) tout en déployant la dystopie (projection dans un futur noir hypothétique). On brouille la frontière entre présent, passé et futur et on joue sur la confusion du spectateur qui a comme des airs de déjà vu face aux événements catastrophiques qui lui sont projetés. Ce court-métrage envoûtant bouleverse et brouille les frontières du réel et de la fiction, du passé et du présent pour créer un cocktail étonnant qui nous emmène dans les bas font d’un Cuba ravagé. Et comme un signe, la dernière scène se déroule dans un laboratoire d’expérimentations. Une découverte que l’on ne pourrait oublier…

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— Dossier Court Métrage Texte : César Lardon

La séance américaine qu’accueillait la salle Boris Vian de la Maison de la Culture clermontoise recelait de nombreux trésors. On y voyageait entre les styles, les courts métrages narratifs, ou plus axés sur l’esthétique filmique, à l’image de Pressur.es, film réalisé par Derrick Belcham et ravissant la rétine du spectateur. Durant les quatre minutes de ce court-métrage ce n’est pas l’aspect narratif ou dialectique, habituellement présent au cinéma, qui est mis à l’honneur ; mais bien l’esthétique de l’image. Les sensations dégagées au visionnage de la pellicule en sont le but premier qui, il faut le reconnaître, est aisément atteint. Le film commence par l’entrée descriptive de deux personnages, une femme et un homme, dans une pièce froidement éclairée par des néons blancs. Les murs, crus, décharnés et délabrés, contrastent avec cet éclairage net et la démarche lente et précise des personnages déambulant dans la grande pièce. Déjà à ce stade le film intrigue : pourquoi filmer un homme et une femme marchant lentement dans une pièce ?

Pourquoi un espace si opposé, entre des murs en briques vétustes et un sol brillant et lisse ? Une femme suit les deux personnages, et lorsque les trois sont dans la même pièce le spectacle commence, et l’interrogation laisse place à l’abandon dans la magie de l’image. Les deux premiers acteurs sont en fait des danseurs, qui entament un corps à corps charnel et émouvant, tandis qu’à l’autre bout de la pièce l’autre actrice s’installe au violoncelle et démarre un solo admirable. Le couple danse, s’élance, se retient du bout des doigts pour s’enlacer à nouveau, dans la grâce et la délicatesse qui fait la beauté de cette danse. A l’alchimie puissante créée entre les deux corps des danseurs viennent s’ajouter les vibrations apaisantes et superbes de l’archet frottant les cordes. Le violoncelle se marie à merveille avec la symbiose d’une danse fluide et émouvante. Ici, Derrick Belcham réalise un cinéma des contrastes. L’espace marque la première

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Sélection USA 4 Pressur.es/01/Forcelessness – Derrick Belcham

opposition entre le sol net et soigné, et les murs crus et brouillons. Puis dès le début de l’action le contraste principal -et génial- entre les personnages est évident. Deux dansent tandis que l’autre joue, la musique s’oppose au mouvement, et la partition classique du violoncelle dialogue avec la danse plus contemporaine. Mais cette opposition émerveille. L’entrelacement des opposés donne une harmonie étrange et magique, le spectateur s’extasie entre la beauté de la musique et celle de la danse, filmée par de courts plans successifs.

dans la beauté des quelques quatre minutes d’un cinéma dense et raffiné. La lumière crue des néons, reflétée par le sol et les murs donne une atmosphère finalement apaisante, et montre une esthétique plus travaillée que la narration. Et on apprécie beaucoup. Derrick Belcham laisse le spectateur surpris dans son siège, et semble demander : après tout, pourquoi ne pourrait-on pas faire seulement du beau ?

Oui, la technique à l’œuvre renforce la beauté de ce court-métrage, où les prises de vue s’enchaînent rapidement, sans toutefois être disgracieuses, puisque chaque plan semble avoir été travaillé et réfléchi. La caméra montre un mouvement, dévoile un visage, crée une perspective puis s’attarde sur les doigts agiles de la violoniste virtuose ou sur les corps des deux danseurs. L’œil est dépassé, les plans passent rapidement et on retient son souffle

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— Dossier Court Métrage

Texte : Dina Millard, Geoffrey Reviron, Evan Cholvy

Remise de prix France Télévision Présidé cette année par Natacha Régnier, le prix France Télévisions a été attribué à Julien Silloray pour son film Un toit pour mes vieux os. Natacha Régnier a déclaré que le jury l’avait choisi pour «sa réalisation singulière, son humour et sa vision». Un toit pour mes vieux os a touché le jury par sa profondeur et les rires qu’il a suscités. Dominique Besnéard, membre du jury, a parlé lui (par vidéo interposée, ndlr) «d’un court métrage dont on se souviendra». Le réalisateur du film, Julien Silloray a expliqué qu’il avait voulu «traiter un sujet plutôt lourd de manière légère, et burlesque, et parler d’un univers qui disparaît en témoignant de cet imaginaire lié à ces vieux, en traitant du réalisme magique, avec ces figures surnaturelles qui apparaissent dans le quotidien». Un toit pour mes vieux os raconte l’histoire de JBB, un vieux guadeloupéen qui fait appel à un sorcier pour le protéger lorsqu’il apprend qu’il va être expulsé du terrain qu’il squatte depuis plusieurs années. Il était projeté dans la sélection nationale, programme F1.

Le centenaire de la Grande Guerre célébré A l’occasion du centenaire de la grande guerre, deux programmes étaient consacrés exclusivement à la première guerre mondiale. Les Archives Françaises du Film ont ainsi mis à disposition plusieurs courts métrages dernièrement restaurés. Ils ont été associés à des films récents et variés allant de l’animation à la fiction. Certes, le visionnage de ces films d’un autre temps et muets laissent parfois le spectateur perplexe, mais on ne saurait passer à côté de l’incroyable authenticité et de la formidable richesse qui les composent. C’est grâce à eux que le travail des historiens se précise et que le devoir de mémoire peut être accompli. Côté contemporains, dans la sélection «WW1», c’est La Détente réalisé par Pierre Ducos qui a attiré notre attention. «Au fond d’une tranchée de la Première Guerre Mondiale, l’esprit d’un soldat, paralysé par la peur, transpose la guerre dans un monde de jouets.»

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Le Court en bref La semaine de l’équipe

Le film nous emmène dans un univers joyeux et coloré au sein duquel les soldats se distraient à « faire la guerre » dans un parc d’attraction

où l’amusement est le mot d’ordre. Le titre de l’animation utilise le mot « détente » pour jouer de la double signification de celui-ci dans le contexte de la guerre exposée dans le film : la détente des soldats dans le parc et la détente du fusil qui, elle, ôte la vie… La caravane ensorcelée Une nouveauté a fleuri devant la maison de la culture de Clermont Ferrand. Rouge et tache-

tée de blanc, cette petite caravane nous interpelle. Est-ce une voyante ? Ou bien alors une sorcière ? Nous décidons d’en avoir le cœur net. A notre grande surprise, pas de cartes, ni de boules de cristal mais quelques fauteuils et un drap blanc en guise d’écran. La magie du cinéma nous envoûte et cette caravane nous livre ses secrets. La caravane ensorcelée est un projet appartenant à l’association «la pellicule ensorcelée» fondée en 2006 à Charleville-Mézières près de la frontière belge. Elle propose la diffusion de courts métrages à tous mais avec la volonté de démocratiser l’accès à la culture. Ce véhicule, habituellement associé aux vacances et au farniente, que chacun peut s’approprier facilement, est à la fois un outil ludique et professionnel, équipé pour une vidéo-projection. Il peut accueillir 7 à 15 personnes, pour des séances d’une durée de 10 à 20 minutes. La caravane s’installe facilement dans les quartiers, villages, hameaux, cours d’établissements scolaires ou de maisons de retraite, parkings de centres commerciaux et s’inscrit naturellement dans les événements locaux.

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— Dossier Court Métrage Texte : César Lardon

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Interview Abderrahman de Elias Sfaxi « Dans la vie, il faut partir de soi. » Write up! a pu rencontrer le réalisateur Elias Sfaxi, et lui poser quelques questions ; son film Abderrahman concourait dans la sélection française du festival. C’est au milieu d’un Marché du Film Court bondé et échauffé que j’ai pu rencontrer et interviewer Elias Sfaxi, jeune réalisateur français participant à l’édition 2014 de ce Festival du Court-Métrage clermontois. Elias est jeune (la vingtaine passée) et affable, comme le prouve sa proximité directe et son amabilité. L’interpellant en lycéen intimidé, il m’informe sur le champ : «Alors c’est Elias, et c’est tu !» me ditil avec un sourire. Et son film est à l’image du créateur. Tant dans la réalisation que dans son message, une humilité et une bienveillance s’en dégage. Abderrahman c’est l’histoire d’Abder, styliste de quartier de 63 ans et proche de la retraite. Abder mène une vie parisienne réglée, jusqu’à ce qu’apparaisse Larbi, un ancien ami de jeunesse. Les deux hommes ne se sont pas vus depuis des années, depuis qu’une querelle pour les beaux yeux d’une femme les a séparés. Pourtant Larbi et Abder vont renouer contact, réapprendre à se connaître, s’apprivoiser. Et finalement se pardonner l’un l’autre. A l’origine, Elias est un ancien élève de l’ESRA. «J’ai pu réaliser mon film puisque j’ai fait ma dernière année en chef-opérateur.». L’équipe était toute petite, «réduite à son strict minimum me dit-il : un ingénieur son, un assistant à la caméra, un assistant, et un régisseur.», préciset-il. Et le tournage ne s’est pas fait en un jour, au contraire. Quand Elias nous raconte son expérience de tournage, un petit sourire s’affiche sur son visage. Il a fallu deux ans pour réaliser le film dans son intégralité, puisqu’il y a eu de grandes pauses entre les différents tournages. Mais qu’importe, «Il faut prendre son temps dans la vie.», relativise-t-il. Le court-métrage d’Elias Sfaxi est né un peu au hasard, lorsqu’un ami travaillant dans la compagnie de production Les Films du Worso

lui propose de faire un film. Or Elias avait la volonté de faire un court-métrage sur la famille. «J’ai toujours voulu filmer le père, mon père, et son ami me dit-il. Mon père avait déjà un certain charisme, il était acteur quand il était jeune, dans les années 60, mais il n’avait que des petits rôles.», confie-t-il. Elias veut filmer son père, et réalise ce désir à travers Abderrahman. En effet Abder est son père, et Larbi son ami. C’est sur l’histoire personnelle que se base le jeune réalisateur, qui avait peu écrit avant ce film. En effet, Elias n’avait qu’un aide au niveau du scénario, mais le reste du film est de son ressort. Le film est construit sur l’intime, le vécu de son père. Et ce réalisme plaît, on aime les personnages incarnés, qui ont l’air de jouer à l’écran leur propre vie. «Dans la vie, il faut partir de soi.», affirme Elias. Ce film est plus qu’une simple histoire, c’est la relation entre deux hommes qui nous est dévoilée, l’intime des personnages, c’est l’histoire d’une vie dans toute sa beauté et sa complexité, qui prouve que «les silences parlent beaucoup. Ils sont aussi importants que la parole.» me dit Elias. Mais ce film est aussi l’occasion pour lui de montrer qu’ «il n’y a pas d’âge pour le pardon et le repentir. Il faut être reconnaissant vis-à-vis de la vie, car la vie est précieuse.», me dit-il droit dans les yeux, avec un demi-sourire et l’air de me livrer l’un des secrets du monde. Le jeune cinéaste se transformerait-il en penseur épicurien ? Sans aucun doute. Et cela montre encore une fois que le cinéma n’est pas qu’un art du spectateur, le cinéma est philosophe. Et l’homme ne compte pas s’arrêter là. Quand on lui parle de ses projets futurs, il reste évasif pour ne rien gâcher, mais avoue qu’il a des idées et histoires en projet. «Un long métrage peut-être, mais je veux prendre mon temps pour laisser mûrir mes idées.», conclutil. A suivre !

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— Micro Trottoir Texte : Mathilde Roustain

Quel serait votre plus grand rĂŞve ?

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« Mon plus grand rêve serait de pouvoir m’épanouir dans mon domaine qui est la poésie et la musique. » Joe Coriolis « Voler » Noémie, 17 ans « Habiter dans les arbres » Manon, 18 ans « Rester avec ma chérie toute ma vie » Arnaud, 20 ans « Retourner au moins une fois dans mon pays... » Arpine, 19 ans « Tout recommencer depuis le début.» Marion, 25 ans « Voyager dans tout le monde, découvrir des tonnes de paysages ! » Zoé, 22 ans « Toujours avoir 15 ans dans ma tête ! » Thomas, 32 ans

N’oubliez pas de répondre à la prochaine question : «Quel est le pire cadeau que vous avez reçu ?», sur le www.write-up.0rg.fr, rubrique «Micro-Trottoir».

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— Culture d’ailleurs

Texte : Mylène Maller, Grégoire Maurin, Anna Dandois

Vous transporter au-delà des frontières, voilà notre destination ! C’est en direction du Japon que nous nous dirigeons exclusivement cette fois, et plus précisément nous nous engageons à vous donner un aperçu de cette culture lointaine à travers quelques traditions propre à ce pays. Au-delà de sa modernité, les traditions ne sont pas pour autant rejetées, et la magie de certaines et le caractère onirique des autres nous aident à nous évader le temps d’un instant. Tanabata Le Japon, pays moderne, en dépit de la pression occidentale et des avancées technologiques diverses a su malgré tout garder ses traditions. De nombreuses fêtes caractérisent ce pays, aujourd’hui nous allons nous intéresser à certaines d’entre elles, et plus particulièrement à une : Tanabata.

Appelée communément « la fête des étoiles », cette dernière est d’origine chinoise et a été importée au Japon par la cours impériale de Kyôto sous l’ère Heian (794 -1185). Elle se répandit dans toutes les strates de la population durant l’ère Edo (1603 - 1868). Bien que distincte, cette fête peut être assimilée à celle de l’ « Obon ». Tanabata, est célébrée chaque année au 7ème jour du 7ème mois du calendrier lunisolaire. En réalité elle se déroule le 7 juillet dans certaines régions, le 7 août dans d’autres et le 7ème jour du 7ème mois du calendrier lunisolaire dans certaines parties du Japon (soit le 26 août en 2009, le 16 août en 2010, le 6 août en 2011, le 24 août en 2012,...). Selon la légende, Tentei (dieu du Ciel) a une fille nommée Orihime (étoile de Véga). Installée sur les bords de la voie lactée (Amanogawa), Orihime fabrique de beaux vêtements pour son père. Absorbée par son travail, elle n’a pas le temps de faire des rencontres... Inquiété par cette situation, son père (Tentei) organise un rendez-vous entre sa fille et Hikoboshi (étoile

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Le Japon et ses traditions

d’Altaïr). Ils tombent alors amoureux l’un de l’autre, à un tel point qu’ils omettent le monde autour d’eux, oubliant par la même occasion leurs obligations célestes. Tentei, insatisfait de cette nouvelle situation (qu’il a lui-même provoqué) leur interdit de se voir et les sépare définitivement par un obstacle infranchissable : la voie lactée. Orihime supplie son père de réviser son jugement, promettant de se remettre durement à la tâche. Tentei finit par céder et accorde à Orihime et Hikoboshi la permission de se voir une fois par an : le 7ème jour du 7ème mois. Lors de leur première rencontre, chacun d’un côté de la voie Lactée, ils ne purent se rejoindre. La légende raconte que les pleurs d’Orihime furent si intenses qu’une nuée de pies promit d’aider le couple à se rejoindre. Pour cela, les pies reviennent chaque année et font un pont de leurs ailes afin que les amoureux célestes puissent enfin se revoir. Néanmoins, il existe beaucoup de versions différentes, par exemple, on dit aussi que Hikoboshi est remplacé par un fermier et aurait eu des enfants avec Orihime. Les pratiques différent selon les régions, cependant

généralement, la tradition veut que l’on écrive ses voeux sur des feuilles de papiers (tanzaku) que l’on accroche à un bambou ou à un arbre décorés de guirlandes et autres objets de la sorte. Lorsque Tanabata est terminé, le bambou ou l’arbre est jeté dans un fleuve, ou brulé. La plupart des commerces sont décorés par des banderoles de toutes les couleurs ou par d’imposants manches à air symbolisant les fils utilisés par Orihime, déesse tisserande. A l’occasion de cette fête, des concours de décorations, des feux d’artifice ainsi que des élections de miss Tanabata sont organisées. La culture Japonaise compte de nombreuses traditions, superstitions, mais aussi de nombreuses fêtes. Nous n’en avons pas fait le tour avec Tanabata, c’est pourquoi, nous allons vous ouvrir les yeux sur d’autres fêtes Japonaise et vous transporter le temps d’un instant non loin du pays du soleil levant…. Le « White Day » La Saint Valentin, fête de l’amour, des amoureux, au caractère commercial non dissimulé,

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— Culture d’ailleurs

Texte : Mylène Maller, Grégoire Maurin, Anna Dandois

n’est pas passée depuis bien longtemps, sauf qu’au Japon, on attend encore le pendant de celle-ci. Le White Day, ou Jour du Ruban Blanc se déroule le 14 mars. C’est en effet la fête en relation avec la Saint Valentin, le 14 février les jeunes Japonaises offrent aux garçons des chocolats en guise de déclaration d’amour, mais aussi comme gage d’amitié. Et c’est un mois plus tard, le 14 mars, qu’en retour, et comme signe d’acceptation de cette offrande d’amour ou d’amitié, ces mêmes japonais doivent offrir aux jeunes filles un cadeau qui doit valoir dix fois la valeur du premier cadeau. On ne s’étonnera pas, que certains Japonais commencent à refuser ces délicates intentions… Pour les adolescents les chocolats sont souvent remplacés par un ruban blanc qu’ils offrent à l’élu de leur cœur, si celui-ci noue le ruban blanc c’est qu’il partage alors les mêmes sentiments que le prétendant. Cette fête semble trouver ses racines chez un fabricant de guimauve qui aurait proposé aux

hommes recevant des chocolats le jour de la Saint Valentin, de les «rembourser» avec des guimauves comme gage de remerciement et de partage des sentiments. Le nom originaire était alors Marshmallow Day. Ceci dit, cela est une des nombreuses suppositions à propos de l’origine de cette tradition. Le «O-Hanami» Une nouvelle coutume traditionnelle du Japon, se nommant le O-Hanami a pour préfixe un O adorateur et un suffixe signifiant littéralement «regarder les fleurs». Vous l’aurez deviné, c’est au printemps, à la période ou l’on trouve les cerisiers fleuris embellissant les délicieux paysages Japonais et apportant une impression de douceur et de sérénité, que les Japonais se donnent rendez vous en-dessous de ceux-ci pour faire une sorte de pique-nique très festif durant lequel ils chantent, boivent et s’amusent. La floraison des sakura (cerisiers ornementaux Japonais), annonçaient originellement la

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Le Japon et ses traditions

période de plantation du riz, pour la préparation de cette saison, les Japonais faisaient des offrandes aux pieds des cerisiers en pensant qu’ils étaient animés par des dieux. Cette fête est la coutume d’apprécier les fleurs, la douceur qu’elles apportent et la poésie qu’elles dégagent. Ecouter la nature, vivre à son rythme, espérer que celle-ci ne décide pas de maltraiter les fleurs de ces cerisiers, autant de pratiques harmonieuses qui caractérise cette célébration. Bien que le saké ai toujours été de coutume depuis la période Nara, période à laquelle semble être apparue cette tradition (710-784), aujourd’hui l’alcool s’est mis à occuper une place centrale dans cette fête, et à causer de nombreux accidents… Cependant, la beauté et la majestuosité des cerisiers Japonais est reconnue jusqu’en occident, et reste une des images cliché que nous avons de ce pays. On clôturera ce modeste aperçu de ces fêtes japonaises par une dernière coutume.

Le «Bon Odori». Le Bon Odori signifie mot à mot «la danse de la fête des morts», il s’agit d’une danse que l’on retrouve dans les Matsuri (festivals Japonais) à travers tout le Japon. Elle se retrouve en général autour du 15 Aout et est organisée pour célébrer la fête des morts. Souvent exécutée en Yukuta (kimono d’été), cette danse est différente selon les régions, et est souvent organisée lors de l’O-Bon (originaire de Chine), qui est un festival de tradition religieuse qui consiste à venir honorer les défunts sur sa terre natale. Aujourd’hui l’aspect religieux s’est estompé, et s’est transformé en réunion de famille pour s’occuper de la tombe des ancêtres. De nombreuses autres traditions sont présentes au Japon, basées sur la religion, sur des croyances, des mythes ou des histoires, leur multiplicité donne son identité au Japon et constitue l’un des intérêts de s’intéresser à la culture enrichie de ce pays.

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U

— La nouvelle littéraire Texte : Chloé Alauzen-Palla

ne cloche sonne au loin. Le bruit semble se déplacer sur l’air, épousant les formes des courants ascendants puis profite de courants descendants pour venir se glisser dans mes oreilles. Mon esprit embrumé s’éveille doucement. Enfin le dernier jour de la semaine. Poussant un grognement, je m’étire et me lève en clignant des yeux. Je m’approche de la fenêtre et l’ouvre en grand. Un souffle puissant pénètre dans la pièce, me bousculant au passage. Toute trace de fatigue disparaît. Le temps que la pièce s’aère, je plie mes affaires et range le lit dans son placard. La pièce me semble plus grande ainsi vidée. J’installe la table kotatsu, la couverture chauffante, fais coulisser la porte et entre dans la cuisine – salle à manger. Une fois ma soupe miso avalée, toujours dans ma routine du matin, je file plonger dans la source chaude derrière la maison. Je sais qu’il me reste peu de temps avant d’endurer le stress du travail et l’impatience des clients. Le temps passe trop vite. Je sors et m’enveloppe dans une serviette chaude et moelleuse. J’enfile ma jupe noire et mon chemisier blanc à la mode occidental. Le restaurant où je travaille est spécialisé dans la cuisine européenne. Lorsque je relève mes cheveux pour les maintenir avec une broche, le miroir laisse apparaître un autre reflet que le mien et j’entends la fenêtre de la chambre se refermer avec un bruit fracassant. Paralysée par une terreur aussi fugace que soudaine, je n’ose esquisser aucun geste. Puis lentement, en essayant de contrôler mes battements de cœur, je me lève et range mes affaires. Arrivée dans l’entrée, j’enfile mes chaussures et sors de chez moi, l’image du reflet encore imprimée sur ma rétine. Durant tout mon trajet, l’apparition éphémère de cette femme hurlant silencieusement face à moi me terrifie. Un peu plus pâle que d’habitude, j’arrive au restaurant et oublie ce qui s’est passé ce matin, momentanément. Les clients 46


Jeune femme à genoux vue de trois quart Mort à la guerre

sont plus nombreux que le reste de la semaine, et je me noie dans le travail. Enchaînant les allers-retours entre la cuisine et la salle principale, faisant quelques détours par les alcôves, je ne vois pas le temps passer. Ma journée enfin finie, je vais me changer dans les vestiaires du restaurant. En me passant de l’eau sur le visage, je remarque une petite goutte d’eau récalcitrante sur ma main. Amusée,j’approche mon visage et observe mon reflet à l’envers. Soudain, le goutte d’eau se tortille, défiant toutes les lois de gravité. La femme réapparaît, comme coincée à l’intérieur d’une prison d’eau. Portant le Furisode, le vêtement traditionnel japonais, cette femme semble sortie d’une autre ère. L’image est trop petite pour que je puisse discerner tous les détails de son vêtement et de sa coiffure, traditionnelle, elle aussi, il me semble. Ne pouvant pas supporter ce phénomène plus longtemps, j’écrase la goutte contre le mur qui me fait face. Lorsque la goutte rencontre la résistance du mur, elle explose littéralement, entraînant un phénomène qui me fait hurler de terreur. Un hurlement perçant crève le silence et se répercute contre les murs, nourrissant l’écho qu’il a lui-même engendré, et effaçant mon cri comme s’il n’avait jamais existé. Prise de panique, je m’enfuis de la pièce en laissant la porte ouverte. En rentrant chez moi, j’évite tous les miroirs. J’ai l’impression que le cri me poursuit encore. Je vais faire un tour dans la source chaude pour me calmer. J’essaye de me raisonner. C’était la fin de la semaine, j’ai accumulé beaucoup de fatigue et mon esprit déforme les choses. Oui, ça doit être ça. J’avale un bon repas et vais vite me coucher. Mon sommeil est agité, peuplé de rêves et de cauchemars. Mais la femme est toujours présente. Elle m’appelle. Je me réveille, malgré tout, reposée. J’ose passer devant un miroir et rien ne se passe. Rassurée, tout cela me sort de l’esprit. Ma journée de repos se déroule tranquillement, sans phénomènes bizarres. Je regarde la Lune se lever dans le ciel noir d’encre. J’ai éteint toutes les lumières. Je sais qu’elle va réapparaître. Je ferme les yeux pour me préparer. J’ai enfin compris pourquoi elle m’était familière. Je sens qu’elle est ici. J’ouvre les yeux et l’aperçois dans le reflet de la vitre. Je retiens mes tremblements, les yeux plongés dans les siens. Ses lèvres rouges s’étirent en un sourire doux. Sa peau blanchie à la poudre se confond presque avec la Lune. Je tombe à genoux -Onna-. Mon homonyme d’il y a quelques siècles, une femme de ma famille qui a osé s’élever contre les inégalités sociales. Mon ancêtre morte au combat -Senshi- . 47


— L’Actu du Mouv’ Texte : Evan Chovly

Le Mouv’ vient d’achever sa seconde année d’existence. Une seconde année riche en projets, en initiatives et en expérimentations qui lui ont permis de se construire sur des bases solides sur un plan local et territorial. L’année 2014 s’annonce ambitieuse, intense mais surtout décisive.

De la sorte, des actions sont actuellement entreprises avec la M.J.C. d’Aurec ou encore le comité des fêtes. La MDL du Lycée Léonard de Vinci pourra être là aussi un partenaire important de nos actions locales à Monistrol tout comme LDVTV et Cosmic FM le sont depuis 2012.

Mouv’ Médias lancera de nouveaux concepts médiatiques et parmi eux une webradio intitulée « Motion Stage » et un web-journal appelé « News & Views ». L’association annoncera également au cours de son Assemblée Générale du mercredi 5 mars à Aurec sur Loire, la mise en marche prochaine de la Maison des Jeunes Artistes. Ce projet de communauté collaborative de jeunes artistes se veux rassembleur, ambitieux et plus que jamais source d’avenir. Afin de soutenir les potentiels de demain, un ensemble de supports seront déployés selon la même volonté que Musical Project pour les groupes de musique. Ce dernier a d’ailleurs comme projet l’organisation d’un concert au Lycée Léonard de Vinci de Monistrol sur Loire afin de s’ancrer une nouvelle fois sur du local et de renforcer son impact auprès d’un public jeune et concerné par ses projets.

Nous continuerons à oeuvrer avec la même énergie qui nous a permis d’organiser tout ce que nous avons entrepris depuis juin 2012. Notre équipe renouvelée, étoffée et ajustée promet un déploiement efficace des différents concepts en réflexion durant cette année 2014 qui va servir de charnière entre un projet associatif expérimental et un ensemble structurel puissant et abouti. Nous restons cependant conscients que rien n’est fait et que tout reste à faire, mais avec la prétention de penser que nous pouvons le réaliser. L’avenir nous dira si nous rêvions ou bien - et c’est ce que nous pensons - si nous avions vu juste. Merci de votre encouragement qui est gage de notre réussite. Sources iconographiques : http://www.bloodyloud.com/tag/paris/

Par delà ces initiatives, le caritatif sera encore une fois à l’honneur dans notre perspective de solidarité. L’Union Jeunes Bénévoles et les antennes du Comi-T monteront au créneau afin de diffuser les valeurs qu’elles incarnent. De la sorte, le Téléthon sera à nouveau en projet avec la volonté de faire toujours plus de bénéfices pour financer la recherche.

http://www.lalistedesjolieschoses.com/

Du côté des événements, l’association organisera au début de l’été «Le Mouv’ en Fête» avec un concert à la clé et un groupe lyonnais en tête d’affiche d’une soirée où les entités de Musical Project seront à l’honneur. Par ailleurs, de nombreux autres projets culturels seront proposés tout au long de l’année autour d’Aurec sur Loire.

http://www.clermont-filmfest.com/img_slide/14.jpg

Nous chercherons aussi à développer des partenariats avec des associations en particulier.

http://2012.riverrunfilm.com/films/la-detente

http://www.melty.fr/young-energy-parc-le-groupe-pop-francais-a-suivregalerie-712672-1992022.html http://www.theblazonedpress.it/website/2013/11/26/bruce-springsteen-agennaio-arriva-high-hopes/82238 http://www.fasterlouder.com.au/news/36606/Bruce-Springsteen-and-theE-Street-Band-2014-tour-dates http://kearth101.cbslocal.com/2013/08/15/bruce-springsteen-and-the-estreet-band-announces-2014-tour-dates/ http://www.rollingstone.com/music/news/tom-morello-springsteenconcerts-are-orthopedically-exhausting-20140103

http://sea-nepal.org/2013/06/07/sea-welcomes-new-boarders-at-shree-litiin-dhading/dsc00015/ http://www.iamfatterthanyou.com/2011/09/obey-rise-above-rebel-print/ http://isthisreallyagoodidea.blogspot.fr/2012/04/brief-visit-of-sakura.html http://en.wikipedia.org/wiki/Hanami http://www.nikkeiplace.org/?attachment_id=1823 http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Seattle_Bon_Odori_2007_Seafair_ Princesses_09A.jpg

http://www.unifrance.org/film/36765/la-femme-de-rio

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Art - Culture - société - interview... Exclu : Dossier sur le Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand.