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TERRITOIRE

INTERVIEW FRANÇOIS LONCHAMPS, PRÉSIDENT DU GROUPEMENT LOCAL DE COOPÉRATION TRANSFRONTALIÈRE (GLCT)

« PENSER CE TERRITOIRE AVEC UN PEU PLUS DE HAUTEUR »

Acteurs Urbains : À quels besoins répond la création d’un GLTC au niveau du Grand Genève ? François Lonchamps : Nous voyons bien que nous sommes en train de changer de dimension. Le développement de la région engendre des conséquences de part et d’autre de la frontière. Ce ne sont plus les rapports de bon ou de mauvais voisinage qui sont en cause mais notre capacité à penser ce territoire avec un peu plus de hauteur. Car les imbrications y sont chaque jour un peu plus étroites. Aujourd’hui, Genève possède plus de 100 000 pendulaires vaudois ou français. Ce qui implique des enjeux de transport, de logements, d’environnement qui évidemment ne s’arrêtent pas à la frontière.

Vers quelle forme le Grand Genève peut-il évoluer à l’avenir ? F. L. : Cela dépend de ce qu’on se fixe comme but ultime. Soit il s’agit de gérer un groupement local de coopération classique, soit on considère que ce GLTC constitue l’embryon d’autre chose, c’est-à-dire le début d’une organisation commune des flux régionaux entre nos différents pays et cantons. Naturellement, cette seconde option demandera plus de temps. Mais, si l’on considère un GLCT au sens classique, il est clair que nous atteindrons rapidement nos objectifs. Et peut-être, en temps que tel, n’incarne-t-il pas la modeste ambition que nous devons nous fixer ? Peutêtre devons-nous envisager, à terme, une étape supplémentaire sous la forme d’une sorte de gouvernement et de parlement transfrontalier dont les compétences déléguées iraient en s’accroissant. Je pense notamment aux budgets communs qui pourraient prendre une dimension plus grande. Quitte à envisager un impôt affecté de part de d’autre de la frontière afin de financer ces organismes. Cela impliquerait la mise en œuvre d’un processus démocratique de contrôle et pourquoi pas, un jour, celle d’élections pour représenter ces instances de manière directe, et non indirectement comme c’est le cas aujourd’hui.

MIRKO RAATZ/FOTOLIA

La construction du Grand Genève vise-t-elle aussi à consolider le poids de la ville par rapport aux autres métropoles européennes ? F. L. : Genève, en raison de sa vocation internationale, n’a aucun problème d’identité. C’est de très loin la ville suisse, et la ville d’Europe, qui est la plus renommée par rapport à sa taille.. Il y a environ 500 000 habitants sur le canton lui-même et un peu plus d’un million sur l’ensemble de la région. Incontestablement, elle possède la notoriété et l’image d’une métropole beaucoup plus grande. D’ailleurs, les gens sont souvent étonnés de sa taille par rapport à l’idée qu’ils s’en faisaient. Notre aéroport est le plus grand d’Europe par rapport à son bassin de population. Lyon est une métropole

dont la zone de chalandise est deux fois plus grande. Son aéroport accueille environ 9 millions de passagers par an. Celui de Genève en compte près de 14 millions !

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MARS 2013 /// ACTEURS URBAINS

INTERACTION Environnement Géographiquement, le territoire genevois s’apparente à une « cuvette » entourée de montages. Les questions environnementales, notamment celles liées à la qualité de l’air, dépendent beaucoup de l’ensemble des communes qui partagent ce même bassin de vie.

SI GENÈVE ATTIRE LES FRONTALIERS, ELLE S’AVÈRE INCAPABLE DE LES LOGER.

■ ■ ■ bien une avancée décisive dans le processus de rapprochement des différents territoires qui composent le Grand Genève tant les problématiques transfrontalières ont pu enrichir et empoisonner leurs relations au cours des dernières décennies.

Pendulaires français

Eu égard à son aura internationale et malgré une taille relativement modeste, Genève bénéficie d’une dynamique économique et démographique remarquable et surtout continue en dépit des crises que l’Europe a pu connaître depuis les années 2000. De ce fait, elle attire en son sein de nombreux travailleurs étrangers et notamment français. À ce niveau, l’aspect géographique joue un rôle important car le canton de Genève ne possède que 4 km de frontières communes avec le reste de la Suisse et pas moins de 120 avec la France. Aussi est-il tentant pour les habitants des communes de l’Ain et de Haute-Savoie limitrophes de la métropole helvétique de trouver un emploi de l’autre côté de la frontière, d’autant plus que les salaires y sont notoirement plus élevés. Conséquence : le nombre de pendulaires français à franchir chaque jour la frontière pour aller travailler en Suisse est passé de 20 000 dans les années 60 et à 70 000 aujourd’hui. Mais, ce succès n’est pas sans avoir certains effets indésirables. Car si Genève attire les frontaliers, elle s’avère incapable de les loger. Pour deux raisons : d’une part, la ville n’a jamais véritablement mené de politique adéquate pour faire face à cette situation et d’autre part, rareté oblige, les biens immobiliers y sont chers et par conséquent difficiles d’accès pour une part de la population. Raison pour laquelle d’ailleurs, un certain nombre de ressortissants genevois cherche de plus en plus à s’installer de l’autre côté de la frontière où la pression foncière est moindre. Bilan : si le développement économique s’est concentré sur Genève au cours des dernières décennies, l’habitat, lui, s’est massivement reporté sur les territoires vaudois et français. Occasionnant des charges supplémentaires

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ACTEURS URBAINS N°10 - MARS 2013  

Le premier magazine mensuel des décideurs de la distribution urbaine de marchandise. Porté par le développement du e-commerce notamment, la...

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