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l’implantation ne doit rien au hasard. Située dans une halle de 700 m2 qui appartenait à la Sernam, la plateforme Elcidis jouxte le cœur historique et commercial de la ville où un arrêté municipal limite les livraisons pour les poids lourds de 6h à 7h30 du matin. « En dehors de ces créneaux, seuls les véhicules ne dépassant pas 3,5

une enquête pour savoir comment ils réagiraient si l’on devait supprimer la plateforme, tout le monde a crié au scandale, confie Ameur Chiha. Il ne faut en effet que 30 minutes pour décharger sur notre plateforme et repartir, alors que pour effectuer quatre ou cinq livraisons dans le centre-ville, vous pouvez y passer la journée. » Il faut

munauté d’agglomération. Ce qui va nous obliger à trouver de nouveaux clients pour maintenir l’équilibre financier », souligne Anne Chané.

mutualisation des flux, initiée et encouragée par la collectivité, doit à tout prix rencontrer l’intérêt des transporteurs pour être pérenne. »

Des réticences Malgré ces arguments, la formule n’a pas été déployée par les autres agglomérations. Les manque d’intérêt politique,

Secrets de fabrication D’autres voies sont explorées, d’initiative privée. Illustration avec Distripolis, le concept de logistique urbaine de Geodis, où c’est clairement le transporteur qui joue le rôle moteur. « Tout ce que l’on demande aux villes, c’est de nous aider à trouver au plus près des centresvilles, et à un prix raisonnable, un foncier de 200  m2 pour accueillir nos bases logistiques urbaines écologiques, explique Bruno Mandrin, directeur messagerie express de Geodis. La deuxième chose qu’on leur demande est de pouvoir livrer toute la journée car la seule solution pour amortir le surcoût des véhicules et du foncier logistique, c’est de pouvoir livrer de 7 h à 21 h. Et ces requêtes semblent dans l’ensemble bien comprises puisqu’un an et demi après son lancement, Distripolis possède déjà deux bases Blue à Paris (Bercy et Montparnasse), une à Versailles, et une quatrième à Strasbourg ». Pour Bruno Mandrin, les premiers retours d’expérience sont positifs. « Ces bases nous permettent non seulement de mutualiser les flux de nos différents réseaux Geodis Calberson, France Express et Geodis Ciblex, mais aussi de

«Notre modèle économique, autour de la plateforme en centre-ville, touche bientôt à l’équilibre après douze ans d’expérience ». B.B.

Denis Leroy (communauté d’agglomération de La Rochelle)

tonnes sont habilités à entrer dans ce périmètre », explique Anne Chané, la responsable du site, élément clé d’un dispositif logistique défendu par Denis Leroy, vice-président de la communauté d’agglomération.

Subvention de 100 K€ Si Monaco et la Rochelle ont été les premiers à opter pour un CDU, ce n’est pas par hasard. Adossées à la mer, ces deux villes sont situées en bout de ligne, à distance respectable des grands centres logistiques. Elles ont aussi en commun des centres géographiquement concentrés et des accès difficiles : des ruelles étroites et des arcades à La Rochelle, des rues escarpées à Monaco… « Cette situation fait qu’il y a très peu de transporteurs de La Rochelle, souligne Anne Chané. La plupart viennent de Saintes, Rochefort ou Niort. Il n’est donc pas possible économiquement pour eux d’assurer des livraisons avec des 3,5 tonnes. Ils préfèrent arriver en semi-remorque, décharger chez nous, pour ensuite continuer leur tournée aux alentours. » D’après une étude, les transporteurs auraient gagné en moyenne trois heures par jour et par camion grâce à ce dispositif. À Monaco, le CDU est lui aussi parvenu à gagner la confiance des transporteurs. « Lorsque nous avons réalisé

aussi dire que les tarifs imposés par le gouvernement monégasque sont attractifs et que la subvention accordée à Monaco Logistique, de l’ordre de 100 000 euros par an, permet de compenser les écarts de prix facturés aux transporteurs. « Cette subvention représente 20 % du chiffre d’affaires de la plateforme qui est à l’équilibre et parvient même à dégager un peu de résultats », confie Ameur Chiha. À La Rochelle, Elcidis enregistre aussi une croissance régulière de son activité, avec un chiffre d’affaires qui a progressé de 25 % en 2012 pour atteindre 200 000 euros. « Mais à partir de cette année, nous ne percevrons plus de subventions de la part de la com-

réticence à soutenir des dispositifs subventionnés, incapacité à jauger des effets positifs pour la population locale… font figure d’obstacles. Pour Thomas Plantier, en charge de la logistique urbaine au CERTU, la difficulté se trouve aussi dans la nature même des CDU qui suscite bien des réserves chez les transporteurs, messagers et expressistes. « Un centre de distribution urbaine porte en lui des notions de service public et de mutualisation, avec une collectivité qui subventionne des flux en obligeant en contrepartie les transporteurs à faire transiter leurs marchandises sur la plateforme pour la livraison du dernier kilomètre. Or, l’expérience montre que la

LYON : PAS DE MUTUALISATION, POUR L’INSTANT… Un an après l’ouverture de son Espace Logistique Urbain (ELU) dans le parking des Cordeliers en plein centre de Lyon, l’heure est au premier bilan pour Deret Transporteur. « Avec une douzaine de clients et près de 5 000 palettes et 3 000 colis livrés en moyenne chaque mois, nous sommes en phase avec nos prévisions, assure JeanLuc Fournier, responsable de la communication du groupe. Et comme nous n’avons plus de problèmes pour accéder au centre-ville, nous pouvons effectuer un nombre de

rotations plus important. » Le gain de productivité vient contrebalancer le coût du foncier logistique, important, même si la SEM Lyon Parc Auto a accordé à Deret un bail précaire de trois ans à des conditions avantageuses. Le développement de ce nouvel espace a aussi permis au transporteur de délaisser en janvier dernier son site de Saint-Priest, devenu trop grand, pour un emplacement plus petit à Chassieu. Enfin, l’espace des Cordeliers a déjà séduit de nouveaux clients qui se voient proposer des

prestations complémentaires : réserve de proximité, placement de produits en réserve ou dans les rayons, rapatriement des emballages, gestion des retours de marchandises invendues… Le seul bémol concerne l’optimisation de l’usage du site. « Comme nos livraisons se terminent à 11 h, nous aimerions jouer la carte de la mutualisation avec d’autres transporteurs. Cela donnerait encore plus de crédit à cet espace », conclut Jean-Luc Fournier. Message entendu et reçu. ACTEURS URBAINS /// MARS 2013

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ACTEURS URBAINS N°10 - MARS 2013  

Le premier magazine mensuel des décideurs de la distribution urbaine de marchandise. Porté par le développement du e-commerce notamment, la...

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