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Les Cowboys Fringants : de la Grand Messe à L’Expédition

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WILLIAM SANGER

es Cowboys Fringants, ambassadeurs du Québec et véritables bêtes de scènes, présentent une série de spectacle à travers la province. Début mars, ils prirent possession du National pendant 8 concerts et l’enflammèrent de leurs chansons endiablées, touchantes, revendicatrices et poignantes. Outre leur dernier album, L’Expédition, les CF rejouèrent de nombreux succès devenus maintenant classiques incontournables de leurs précédents enregistrements. En jouant les derniers succès populaires Entre deux taxis, La Catherine, et Tant qu’on aura de l’amour, ils nous ont fait découvrir plus de la moitié des chansons originales issues de L’Expédition, tout en délivrant sur scène une performance sans précédents. Ils mirent le feu aux poudres avec les incontournables La Manifestation, En berne, 8 secondes, Les étoiles, Le gars d’la compagnie, La Reine et Plus rien. Finalement, ils firent plaisir au public en jouant le très joyeux Shack à Hector, hymne à l’amité soudée à l’éthanol. Si vous ne connaissez pas les Cowboys, allez les découvrir en spectacle, ils vous convaincront que la musique québécoise est effervescente et mérite d’être jouée, écoutée et chantée à tue-tête. Ils feront vibrer la fibre québécoise en vous, peu importe votre origine.

L’Expédition Les Cowboys nous avaient laissé sur l’excellent album de La Grand Messe, album revendicateur, interpellant, se voulant contre l’immobilisme et appelant à la prise de conscience personnelle. Avec L’Expédition, c’est une musique moins engagée qui nous est présentée, peut-être plus personnelle. Certes, la chanson Monsieur reste dans la même veine, dénonçant les tractations politiques faites derrière les rideaux. Néanmoins, ils réussisent à jouer sur un autre registre, quelque peu exploité auparavant avec la chanson La Reine de l’album précédent. Grâce aux Rue des souvenirs, La bonne pomme, Histoire de pêche, Entre deux taxis, Tant qu’on aura de l’amour et la très touchante La tête haute, les Cowboys Fringants nous émeuvent et retracent les petites histoires de la vie quotidenne québécoise. Grâce à leurs textes, ils dressent un kaléidoscope de la société actuelle, avec ses hauts, ses bas, ses joies et ses peines. Bravo aux Cowboys pour leur prestation aussi intense en concert que sur leurs albums et pour leurs engagements politicosocial et environnemental, oeuvrant pour le rayonnement québécois en Europe. Si les Cowboys débarquent, ne les manquez pas ! Visitez leurs site internet : www.cowboysfringants.qc ca pour plus d’informations.

CONCERT ET OPÉRA

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Anne-Marie et Karl des CF, Crédit photo : Paul Blondé, Polyphoto

RAPHAELLE OCCHIETTI ET WILLIAM SANGER

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Alors, comment t’as trouvé le spectacle ? Starmania ? La version opéra faite spécialement pour le 30e anniversaire de la production ? Tout simplement géniale ! C’est le meilleur show ever. Tout à fait d’accord avec toi. Je connaissais déjà très bien Starmania version rock, mais là, en version opéra, j’en reste bouche bée. Ils ont réussi à faire ressortir le côté opéra du concept d’opéra-rock de Michel Berger et de Luc Plamondon sans pour autant être ridicule, tout au contraire ! Et puis l’intrigue, je la trouve poignante et plus qu’actuelle. Avec tout ce qui est dit sur les problèmes de crise économique, de dirigeantsdictateurs et d’hommes d’affaires, on ne saurait être plus ancré dans notre société ! C’est sûr, mais je trouve que tu dresses un tableau bien sombre de l’histoire. Tout n’est pas noir quand même. Il y a trois histoires d’amour parallèles qui se développent au cours des deux heures de spectacle. La serveuse automate Marie-Jeanne et Ziggy, le disquaire androgyne, qui vivent un amour impossible, quelle histoire sublime ! Il y a aussi l’idylle médiatique entre l’homme d’affaires-politicien Zéro Janvier et la star déchue Stella Spotlight, et finalement l’histoire d’amour passionnel entre Johnny Rockfort, le chef des zonards qui deviendra par la suite le leader du groupe terroriste des Étoiles noires, et Cristal, animatrice TV de l’émission Starmania. En parlant des Étoiles noires, tu pourrais m’expliquer le lien entre elles, Sadia, Johnny

et Zéro Janvier ? Ok. En gros, Zéro Janvier est un richissime homme d’affaire qui se lance en politique pour devenir président de l’occident et ainsi imposer ses idées totalitaires aux villes du monde. L’histoire se déroule à Monopolis, une sorte de mégalopole deshumanisée où gravitent en électrons libres les personnes qui se sentent rejetées de ce système ou incomprises. Pour tenter de renverser ce système, Sadia, chef du mouvement terroriste des Étoiles noires, demande à Johnny Rockfort de prendre la tête de la rébellion et du mouvement de revendication. À eux deux, ils organisent l’interview télévisée entre Cristal, charmante présentatrice de Starmania et Johnny Rockfort pour donner la parole au Étoiles noires qui sèment la terreur dans la ville. Étonamment, Cristal et Johnny tombent amoureux, ce qui provoque la jalousie de Sadia qui retourne sa veste et s’allie à Zéro Janvier. Ah! C’est pour ça qu’elle les dénonce lorsqu’ils mettent la bombe au Naziland (le 737 de Monopolis) ? Oui c’est ça, ce qui conduit à l’assassinat de Cristal et l’avènement au pouvoir de Zéro Janvier. En bref, ils font comme les chefs d’état actuels, ils utilisent une manifestation légitime pour mettre en place un état répressif et policé. Au fait, c’est quoi les airs que tu as préférés ? Moi j’adore la chanson de la serveuse automate Je veux pas faire comme tout le monde, mais je dois bien payer mon loyer : ça me rappelle mes jobs d’été. Sinon : « le monde est stone », j’ai l’impression que ça vient nous chercher au fond de nous même

et qu’on a envie de se prendre la tête à deux mains de désespoir. En même temps, puisque le spectacle se termine par ce lever de soleil, c’est optimiste. Et vu que tu connaissais déjà les anciennes versions rock, que penses-tu de l’interprétation faite par les chanteurs de l’Opéra de Montréal ? Sincèrement, je dirais que la transition est merveilleusement accomplie. Les décors et la superbe chorégraphie ajoutent tellement au spectacle ! C’est sûr que certains textes passent moins bien à cause de quelques rimes qui semblent faibles. Mais l’émotion nous tient quand même tout au long du spectacle. Par exemple le moment où Johnny Rockfort tient dans ses bras le corps inerte de Cristal : la

voix du baryton Étienne Dupuis, qui passe du grave à l’ultra aigu m’a fait frissonner. Qui ne s’identifierait pas à cet SOS d’un terrien en détresse ? Oui tu as raison, aujourd’hui, alors que les banques entretiennent volontairement la crise, et que les gouvernements essaient de nous transformer en simple ressource humaine (au même titre que des ressources minières), comment ne pas vouloir se révolter contre ces gens qui nous méprisent et nous mentent et ainsi agir comme Johnny Rockfort ? Bon, sur ce, pour ce dernier article culture de l’année 2008-2009, laissons aux lecteurs du Polyscope le soin de juger par eux-mêmes de l’extraordinaire qualité de cette représentation.

Johnny Rockfort entouré des zonnards, Acte I Crédit photo : Paul Blondé, Polyphoto

Le Polyscope : Vulgaire mais pas bestial depuis 1967 – Volume 42, Numéro 20 – 20 mars 2009

Starmania, ou la passion de Johnny Rockfort selon les évangiles télévisés


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Tchaïkovski, l’homosexualité d’un génie WILLIAM SANGER

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tente de refouler cet aspect de lui qui fait pourtant partie intégrante de sa personne, de son être. Malgré une prestation sans faille et une technique parfaite de la troupe de Boris Eifman, il est à noter que ces scènes paraissent faibles, déconnectées par rapport à la

instants d’harmonie. Les héros de ses oeuvres vivent selon leurs propres lois, laissant l’âme du créateur vide et douloureuse. » La performance des danseurs fut complétée de la plus belle façon par la musique de Tchaïkovski. Plus qu’une

Acte II, Tchaïkovski (Oleg Markov) et son double (Alexei Turko) Crédit photo : V.Zenzinov

simple trame sonore, les oeuvres musicales prirent vie devant nos yeux et jouèrent un rôle majeur autant dans l’atmosphère créée que dans les sentiments transmis au public. De grandes interprétations et enregistrements de l’ère soviétique se succédèrent au cours du spectacle. Les curieux auront l’occasion d’écouter ces airs, notamment ceux de l’Orchestre philharmonique de Leningrad (Symphonie no 5 en mi mineur, op. 64 ; Symphonie no 6, op. 74 - Pathétique, finale), du Choeur symphonique de l’État russe (Liturgie de saint Jean Chrysostome), de l’Orchestre symphonique du ministère de la Culture de l’URSS (Sérénade pour cordes, op. 48 - Valse et Élégie) et finalement de l’Orchestre d’État de Russie (Capriccio italien, op. 45). Tchaïkovski facine par son talent,

par son génie et par la beauté de ses créations. Eifman Ballet Théâtre Voulant rompre avec la rigidité soviétique de l’époque, Boris Eifman fonde en 1977 sa propre troupe de danseur, le Eifman Ballet Théâtre. Caractérisé par une volonté d’indépendance à toute épreuve, il se détache de l’académisme russe et de ses règles strictes. La compagnie, composée de 60 danseurs aux aptitudes et talents impressionants, réside à St-Pétersbourg en Russie. Très prolifique, elle est l’une des seules du pays à pouvoir produire une à deux nouvelles oeuvres par année. Boris Eifman, chorégraphe passionné, créateur et artiste à la nature inspirée, est couronné de gloire

en Russie où, à partir de 1997, lui sont ouvertes les portes du Théâtre Bolchoï, considéré comme la plus prestigieuse scène du pays. Il décrit ainsi la composition artistique : « Tout est dans l’esthétique, mais la beauté formelle du geste n’est pas une fin en soi. Cela ne signifie pas que la qualité plastique de la chorégraphie soit moins importante que le fait de trouver une certaine intensité dramatique des situations. Je crois simplement que l’on ne peut pas saisir la beauté comme une notion abstraite. Quand je crée un mouvement, c’est bien sûr avec l’idée de créer une émotion exprimant un sentiment, et cette émotion passe nécessairement par un besoin esthétique. » Merci au Eifman Ballet Théâtre de parcourir le monde pour nous émerveiller !

Acte I, Tchaïkovski (Oleg Markov) et les danseurs de l’Eifman Ballet Théâtre Crédit photo : A.Sazonov

Le Polyscope : Subtil comme un bloc de ciment depuis 1967 – Volume 42, Numéro 18 – 27 février 2009

« La beauté est hautaine et ingrate, et nul ne peut retenir les instants d’harmonie. Les héros des oeuvres [de Tchaïkovski] vivent selon leurs propres lois, laissant l’âme du créateur vide et douloureuse. »

BALLET CONTEMPORAIN

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ui dit Tchaïkovski pense à Casse-noisette, à la Belle au bois dormant et au Lac des cygnes : tutus blanc et danseurs efféminés quoi ! Rectifions le tir, loin de là ! Invitée par les Grands Ballets canadiens de Montréal, la troupe de Boris Eifman, provenant de St-Pétersbourg en Russie, nous a offert, les 12-13 et 14 février derniers, un spectacle d’une rare beauté : Tchaïkovski possédé par son double. Durant les deux actes qui composent cette représentation, les danseurs nous proposent de découvrir la nature tiraillée du grand compositeur russe que fut Tchaïkovski. Dès le début où l’on voit le maître sur son lit de mort, son double est présent à ses côtés, cette partie sombre de sa personnalité qu’il ne peut réfréner et qui l’attire vers le sexe masculin. Tchaïkovski se remémore certaines scènes du passé, où les promenades paisibles dans les parcs avec les couples « normaux » deviennent de véritables scènes humiliantes. Incompris, ayant peur que les autres ne découvrent sa vraie nature, il

musique, du crémage facile, tout en étant très belles. Mais là où le spectacle sort de l’ordinaire et où émane une puissance sans précédents est au moment où le maître se dédouble et laisse libre cours à ses envies, à ses pulsions et à ses passions. Une véritable libération s’effectue pour Tchaïkovski, qui se traduit par des enchaînements originaux, sensuels et créateurs entre les deux danseurs. Les moments de silence où la musique prend place dans la tête du compositeur impose à l’audience la beauté universelle du mouvement. Le créateur succombe à ses passions, à son amour pour la beauté. L’acte II, avec cette partie de cartes où les joueurs endossent le rôle de dangers, de complices et d’amants du compositeur, restera un moment de pur délice, tant par la force dégagée par l’interprétation des danseurs que par la sensualité et la beauté des sentiments mis à nu devant nos yeux. Tchaïkovski ne trouvera refuge que dans la création artistique, son être physique et son esprit étant constamment tiraillés et émaillés par ses pulsions. D’après Boris Eifman, créateur du ballet, « la beauté est hautaine et ingrate, et nul ne peut retenir les

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BIO-CULTURE

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Sexe, mensonges et trahisons GAËTAN MADIÈS

gmadies@gmail.com

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’est dans le petit théâtre de la marquise situé au milieu du Vieux-Port à l’intérieur de la très belle Caserne Létourneux que se joue en ce moment et jusqu’au 14 février Les Liaisons Dangereuses adapté et mise en scène par Daniel Paquette.

qui les entourent en prenant un malin plaisir à faire tout cela sans perdre leur « bonne » réputation envers le « tout » Paris. Leur dernier pari en date est de faire tomber la vertueuse présidente de Tourvel et de dépuceler la jeune Cécile de Volanges qui vient de sortir du couvent. Si le vicomte de Valmont réussit, il aura droit à une nuit de folie avec la permissive marquise de Merteuil.

« Leur dernier pari en date est de faire tomber la vertueuse présidente de Tourvel et de dépuceler la jeune Cécile de Volanges qui vient de sortir du couvent. » L’histoire est connue de nos cinéphiles assidus (ou pas), car cette pièce a très largement inspiré le film Sexe Intentions (Cruel Intention en anglais). Sexe, mensonges et trahisons, voilà ce qui guident nos deux personnages principaux : la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont. Ces deux anciens amants séduisent, manipulent et détruisent tous les gens

Le mélange de styles et d’époques distillé tout au long de la pièce est très apprécié. On peut y voir de sublimes robes et des costumes rappelant le début du XXe siècle, y entendre des musiques alternant entre le classicisme d’époque et d’autres plus contemporaines, mais tout en conservant les dogmes de l’époque de la pièce (le XVIIIe) dans le texte avec

Les Liaisons dangeureuses Crédit photo : Luc Lavergne

les thèmes de l’amour, du mariage, du libertinage et de l’honneur. On peut regretter un décor trop minimaliste mais qui est vite oublié par le brio des acteurs qui, dans un français impeccable et d’antan nous plongent dans cette époque. La très bonne mise en scène permet de créer

une certaine ambiance qui différencie la pièce du film et donne une touche particulière, notamment par l’omniprésence sur scène du vicomte de Valmont qui montre son emprise sur les femmes et sur leurs vies. Les comédiens arrivent parfaitement à doser l’aptitude et la démarche de

leurs personnages sans tomber dans la caricature. Si vous avez aimé le film, le livre ou une autre version de la pièce, il y a de grandes chances pour que vous soyez séduits par cette interprétation originale et sublimée par les costumes.

Lancement du génie bioméd. LAURA BEAUCHAMP-GAUVIN ET WILLIAM SANGER

Le Polyscope : Je me souviens depuis 1989 – Volume 42, Numéro 15 – 6 février 2009

culture@polyscope.qc.ca

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ierre Savard, directeur du programme, la ministre de l’éducation du Québec Michelle Courchesne, le président de l’Ordre des Ingénieurs Zaki Ghavitian, le directeur et le président de l’École Polytechnique, Christophe Guy et Bernard Lamarre, pour ne nommer qu’eux, orchestraient en grandes pompes l’inauguration officielle du génie biomédical le 29 janvier dernier. De nombreux conférenciers furent invités pour présenter leur vision de l’avenir de ce programme ainsi qu’un aperçu des défis à relever dans les années à venir. Pierre Savard, véritable architecte du programme depuis 2002, fit part des nombreuses subventions accordées à l’École pour la recherche (7 chaires de recherche du Canada et 2 chaires industrielles du CRSNG), ce qui permit l’embauche de nombreux professeurs et chercheurs en biomédical au cours des dernières années. Christophe Guy a tenu à souligner l’apport

La première cohorte de génie biomédical au Canada Crédit photo : École Polytechnique

des professeurs dans la mise sur pied de ce programme unique au Canada, tout en faisant part de l’effervescence de la recherche à Polytechnique avec ses nombreuses chaires de recherche. Le président de l’OIQ a mis de l’avant les quatre valeurs les plus importantes à ses yeux dans le domaine du génie : responsabilité, compétence, engagement social et surtout l’éthique. Mme Courchesne, dans un discours exalté

Christophe Guy, Alexe Boudreau-Pinsonneault, Mme la Ministre Courchesne, William Sanger et Bernard Lamarre Crédit photo : Zacharie Djossou, Polyphoto

et enflammé, parle d’un moment historique pour le Québec. Le Pr. Frank Yin, directeur du département de génie biomédical de l’université de Washington in St. Louis, s’est déplacé depuis les États-Unis pour nous faire part des nombreux défis qui attendent les futurs ingénieurs dans les prochaines années. Les trois derniers conférenciers, Diane Côté (VP de Médec-Aits), Roger Jacob (Directeur associé de l’Agence de santé des services sociaux de Montréal) et Amine Selmani (militant du génie biomédical et fondateur de Biosynthec) témoignent du véritable potentiel que le Québec possède pour cette industrie. Rappelons quelques faits : la première cohorte canadienne de génie biomédical comporte 63% d’effectifs féminins, c’est-à-dire 25 jeunes femmes sur 41 étudiants au total et elle débarquera sur le marché du travail en 2012. Vous pourrez faire plus ample connaissance avec les filles de Bioméd lors de leur 5-à-7 le mercredi 11 février prochain !

Étudier à l’INRS : Acquérir une formation multidisciplinaire de 2e ou 3e cycle dans des domaines stratégiques pour le développement de la société. Une approche d’avant-garde !

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CULTURE

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Corto Maltese WILLIAM SANGER

CULTURE

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culture@polyscope.qc.ca

l est difficile de parler de Corto Maltese sans tomber dans le kitsch. –évasion, liberté, aventure, rêve…- Pourtant, ce sont les sentiments que l’on ressent à travers les histoires d’Hugo Pratt. Hugo Pratt, dessinateur et aventurier du XXème siècle, nous fait voyager, par son dessin précis, noir et envoûtant aux quatre coins de la terre et par delà les mers. Il nous fait découvrir un univers de magie, poétique et dangereux. Notre compagnon, je devrais dire plutôt notre miroir dans ces aventures : Corto Maltese. Marin,

pirate et rêveur, bercé dans les mystères, les chasses aux trésors perdus et la poésie, il se trouve être notre idéal de liberté que l’on met de côté si souvent de nos jours. Les lieux ? Le monde. Il parcourt les continents, Venise, Buenos Aires, la Mauritanie, la Polynésie, la Perse, la Sibérie, la Chine, la Suisse, l’Irlande et l’Amazonie. Mais aussi les mers, dont notamment l’océan pacifique, le plus grand de tous, et pas si pacifique que son prénom ne le laisse entrevoir. Corto Maltese traverse donc un monde onirique fleuretant avec les évènements politiques du début du siècle. L’honneur et l’argent n’ont plus la même valeur, la seule raison

Le Polyscope : Trop bourré pour baiser depuis 1967 – Volume 42, Numéro 12 – 16 janvier 2009

Corto Maltese, dans Les Celtiques de Hugo Pratt

Le Grand Cahier ÉRIC DESCHAMBAULT eric.deschambault@gmail.com Les jumeaux Klaus et Lukas, personnages clés du roman culte Le Grand Cahier d’Agota Kristof, débarquent cette semaine à la salle intime du théâtre Prospero pour nous raconter leur terrible histoire, dans un effort d’endurcissement de l’esprit. Laissés aux bons soins de leur horrible grand-mère afin de fuir la guerre qui fait rage dans la Grande Ville, les jumeaux doivent apprendre à se débrouiller par eux seuls dans un monde qui leur est fort hostile. Afin de ne plus souffrir des blessures physiques et morales qui leur sont constamment infligées, ils se mutilent physiquement et se soumettent à un exercice d’écriture neutre et objectif. « Il est interdit d’écrire : “la Petite Ville est belle”, car la Petite Ville peut être belle pour nous et laide pour quelqu’un d’autre. » Les écrits, lorsque satisfaisants, sont transcrits dans Le Grand Cahier, que les jumeaux prennent soin de bien cacher. Et c’est ainsi qu’ils se forgent une personnalité déroutante et hors du commun. La metteur en scène Catherine Vidal, quant à elle, s’est soumis à l’exercice de transposer sur scène ce fascinant et troublant roman qu’est Le Grand Cahier. Autant vous le dire tout de suite, cet exercice

d’être de ce personnage est l’aventure, sous toutes ses formes : un vieux document criblé par la vieillesse le lance à la poursuite d’une émeraude cachée (Fable de Venise), une rencontre avec les Lanternes Rouges l’entraîne dans une aventure en Sibérie pour récupérer un train chargé de l’or des tsars (Corto Maltese en Sibérie), l’emprisonnement de son ami Raspoutine le fait traverser la Perse pour le retrouver à travers les fumées de haschisch (La Maison dorée de Samarkand)… Le lecteur découvrira aussi des personnages tout aussi uniques qui croisent et accompagnent pendant quelques aventures Corto. Raspoutine, l’alter égo sombre, sans scrupule et qui n’hésiterai pas à tuer Corto malgré leurs liens d’amitié. Steiner, professeur d’université imbibé d’alcool à la poursuite d’un continent perdu. Et des femmes, de nombreuses femmes, exceptionnelles et de caractère : pirates, prostituées, actrices, illuminées, instigatrices de rébellion, magiciennes et comtesses. Des femmes esquissées à l’aquarelle qui laissent leurs empreintes dans le cœur de notre héros. Corto Maltese file durant les trente premières années du XXème siècle à la vitesse d’une vague et

Corto Maltese, dans Fable de Venise de Hugo Pratt

s’éteint sans traces après vingtneuf aventures. Il laisse néanmoins derrière lui un souffle de liberté et de poésie que peu de récits ont réussi à insuffler. Corto reste fidèle à lui-même, et l’on se surprend à l’attendre au coin d’une ruelle jaunie de Venise ou sur une plage de sable fin, récitant un vers d’Arthur Rimbaud, anarchique et rêveur, son sourire

énigmatique aux lèvres. Quelques titres à lire à tout prix : La Ballade de la mer salée (1975), Sous le signe du Capricorne (1977), Les Celtiques (1980), Les Éthiopiques (1978), Corto Maltese en Sibérie (1979), Fable de Venise – Sirat al Bunduqyyiah (1981), La Maison dorée de Samarkand (1986), Tango (1987).

est des plus réussies. Pour ce faire, elle s’est entourée des comédiens Renaud Lacelle-Bourdon et Olivier Morin, qui interprètent les jumeaux. C’est à travers eux que l’histoire nous est livrée, et que les multiples personnages nous sont racontés, que ce soit la Mère, la Grand-Mère, la voisine Bec-de-Lièvre, le Curé, l’Officier, le Docteur, le Père ou la perverse Servante de la cure. La minuscule scène de la salle intime du Théâtre Prospero, où le spectateur a l’impression de faire partie du décor, est totalement habitée par les deux jeunes acteurs. Les décors sobres donnent quant à eux l’impression que tout a été bricolé par les jumeaux, nous plongeant tout droit dans leur univers singulier. Le vieux gramophone et les quelques éclairages complètent le lugubre univers imaginé par Agota Kristof. Le spectateur y est plongé dès son entrée dans la salle, où les acteurs occupent déjà l’espace théâtral. À l’image du roman et des décors, les textes sont écrits et livrés par les jumeaux dans un vocabulaire minimaliste, avec des phrases courtes et beaucoup de dialogues. L’interaction des enfants avec les autres personnages (tous plus dérangés les uns que les autres) est déroutante. La pièce d’une heure et quart

Le Grand Cahier Crédit photo : Marie-Claude Hamel

(sans entracte) est divisée en plusieurs courts chapitres, qu’on imagine bien tirés du Grand Cahier dans lequel écrivent Klaus et Lukas. Étonnamment, même s’il s’agit d’un récit noir à forte teneur psychologique sur les dangers de la guerre et du totalitarisme, la pièce réussit à

faire rire les spectateurs à plusieurs reprises, ne serait-ce que par la façon très caractéristique qu’ont les jumeaux de livrer leur récit, ou par l’humour noir dont est teinté l’ensemble de l’œuvre.

À voir! Le Grand Cahier d’Agota Kristof Mise en scène de Catherine Vidal. Avec Renaud Lacelle-Bourdon et Olivier Morin. Jusqu’au 31 janvier 2009. Théâtre Prospero


CULTURE

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La magie de l’opéra SERGE OCCHIETTI culture@polyscope.qc.ca

CULTURE

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HAIS, opéra de Jules Massenet (1842-1912). Représentation du 27 décembre 2008 au Metropolitan Opera de New-York, sous la direction de Jesús LópezCobos, avec Renée Fleming dans le rôle de Thaïs et Thomas Hampson dans celui d’Athanaël. L’histoire se déroule en Égypte, à l’époque paléochrétienne du 4e siècle. Le livret de Louis Gallet reprend le thème d’un roman d’Anatole France, sans toutefois en garder l’ironie sulfureuse. Il s’agit de la conversion, par un moine cénobite vivant dans le désert, d’une courtisane de la ville « corrompue » d’Alexandrie. Le texte de qualité, chanté en français, et la musique typique de l’école française de la fin du 19e siècle développent une progression psychologique très fine : celle du moine zélé et intransigeant découvrant l’amour

terrestre, et en parallèle, celle d’une prétresse de Vénus en pleine gloire amoureuse qui prend conscience que sa beauté n’est pas éternelle et qui rejette tout pour s’abandonner à l’amour divin. Elle suit dans le désert le moine jusqu’à l’épuisement puis, dans le couvent, à force de privations, meurt en état d’extase religieuse. Les décors, le désert, la ville, l’enceinte du couvent s’accordent aux épisodes de l’intrigue. Le jeu des différents interprètes est vivant. La danse voluptueuse et tentatrice est théâtralement suggestive et réussie (hormis un mouvement de tête relevant de la danse indienne). En général, les costumes des moines, des nonnes et des courtisanes respectent au premier degré les conventions. Face aux détails anachroniques du gardien armé d’un fusil, des serviteurs vêtus à la turque, de l’invité à veste en queue de pie, du philosophe en robe de chambre bourgeoise et à petite moustache, des questions se posent :

cela fait-il partie du scénario et de la tradition?, a-t-on voulu rappeler volontairement le style fin de siècle originel (la première représentation date de 1894)?, le metteur en scène et le costumier seraient-ils dépourvus de culture historique? Au delà du thème suranné (mais les zèles et fanatismes religieux de tous bords d’aujourd’hui montrent combien le thème reste actuel), malgré le scénario linéaire, les limites de la composition musicale et certains détails de mise en scène, la magie de l’opéra a transcendé l’oeuvre et sa représentation. Cette magie est avant tout redevable à la forte présence de Renée Fleming sur la scène, à son chant dans un registre de trois octaves, à sa beauté et à son jeu émouvant, en duo avec un Thomas Hampson irréprochable. Bien sûr, le cadre du MET et l’émotion de son public ont également porté l’oeuvre; ceci fut évident à la fin du célèbre interlude « Méditation » pour

Thaïs (Renée Flemming) Crédit photo : Metropolitan Opera

violons, violon solo et harpe. Le MET a redonné vie à cette oeuvre rarement jouée. Le thème de l’oeuvre et la maison incendiée réveillent un pan de l’histoire trop souvent oublié : celui de

la destruction fanatique par les chrétiens des lieux de culte antiques et d’une partie de la Bibliothèque d’Alexandrie. Et aujourd’hui combien de personnes sont tuées ou enclavées au nom de religions?

La Bohème de Giacomo Puccini Le Polyscope : Batman sans Robin depuis 1967 – Volume 42, Numéro 11 – 9 janvier 2009

RAPHAELLE OCCHIETTI

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Chroniqueuse culture

aris, 1830. Un poète, un peintre, un philosophe et un musicien festoient joyeusement dans leur chambre sous les toits, heureux du don inespéré d’un mécène, ce qui leur permettra de manger pour quelques jours. La bohème, c’est cela; vivre comme un roi même si l’on est sans le sous, vivre comme un prince sans besoin de pouvoir. Une nuit, la voisine de palier Mimi vient demander une allumette pour rallumer sa bougie éteinte. Rodolphe, le poète, est seul et tandis qu’il s’apprête à chercher du feu, sa bougie aussi s’éteint. Dans l’obscurité, Mimi échappe sa clé mais le poète ne tarde pas à la retrouver. La dissimulant, il feint de continuer à chercher mais en réalité, c’est la main de Mimi qu’il veut toucher. Les deux jeunes gens, émus, se racontent alors leur vie jusqu’à l’arrivée des trois autres

amis. Ces instants dans l’obscurité offrent aux spectateurs les deux airs parmi les plus émouvants de l’opéra : Che gelida manina (qu’elle petite main gelée) et Si, mi chiamano Mimi (oui, on m’appelle Mimi). À nouveau, la bohème c’est cette simplicité des rapports inspirant toutefois des sentiments nobles et dignes des princes. L’opéra présente la progression de l’amour entre les deux amants. Rodolphe offre un bonnet à Mimi au marché; après une dispute entre les deux, Mimi explique à Marcel, le peintre, qu’elle ne supporte plus les crises de jalousie de Rodolphe; les deux amants se réconcilient mais se quittent de nouveau. Pourtant, Rodolphe se rend si nerveux car il craint pour la vie de Mimi, régulièrement assaillie de quintes de toux. Dans le dernier acte, Mimi revient à la chambre de Rodolphe, mourante. Tous les amis s’occupent d’elle et l’installe sur le lit. Les anciens amants restés seuls repensent avec

émotion à leur première rencontre, et découvre qu’ils s’aiment toujours autant, malgré cette vie de bohème qui a ruiné la santé de Mimi et qui maintient dans la pauvreté Rodolphe. Mimi s’endort. Au retour des amis apportant un manchon pour réchauffer les mains de Mimi et annonçant l’arrivée du médecin, Rodolphe reprend espoir. Cependant, devant l’abattement général, Rodolphe comprend que Mimi n’est pas simplement endormie et sanglote sur le corps de sa bien-aimée. Lorsque l’on écoute les airs de cet opéra sans savoir l’histoire, nous sommes frappés par la grandeur d’émotions qui se dégage de la partition et nous imaginons un drame aux destins tragiques. Pourtant, lorsque nous assistons à l’opéra, toute la force sensible des airs nous transporte toujours autant bien que nous découvrions la simplicité des paroles échangées et la condition modeste des personnages. Un simple bonnet rend heureux, la maladie

d’un être aimé crée le désespoir. L’opéra développe des personnages très touchants justement par leur humanité. C’est un véritable enchantement de découvrir cet opéra dans le cadre du Metropolitan Opera, qui a su communiquer par la mise en scène à la fois la tristesse des destins humains et à la fois la gaieté des moments simples. À noter l’apparition

dans la scène du café d’un cheval et d’un mulet, ajoutant au grandiose de la représentation. La distribution irréprochable ne nous fait que plus rentrer dans l’histoire. Bien qu’il soit difficile de s’identifier au personnage qui meurt de cette vie de bohème, l’opéra émeut par le rappel de ces valeurs comme l’amour, l’entraide, l’amitié, l’honnêteté, trop souvent absentes des systèmes actuels.

Rodolphe (Vargas) et Mimi (Kovalevska) Crédit : MET

Casse-noisette à Montréal WILLIAM SANGER culture.scope@gmail.com

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Casse-noisette

Crédit : Alex Galliez Polyphoto

lors que Montréal vibrait à la cadence folle du temps des fêtes, le traditionnel ballet de Tchaïkovski figeait le temps autour de lui pour entraîner les spectateurs en un conte merveilleux à la Place des Arts. L’histoire. Noël, la petite Clara est conviée ainsi que toute sa famille pour le réveillon. Les cadeaux sont ouverts sous le sapin, chevaux en bois, tambours, flûte... Drosselmeyer, le parrain de Clara, arrive au milieu de la salle

de bal et offre aux enfants des jouets grandeur nature, dansants au rythme de la musique. Clara demande à son tour un jouet. Ce dernier lui donne un casse-noisette. Le frère de Clara, Fritz, jaloux, brise le jouet de sa soeur. La nuit tombe, Drosselmeyer répare le casse-noisette. Minuit sonne, l’arbre de Noël grandit, Clara se lève dans la nuit et rejoint Casse-noisette devenu maintenant le protecteur de la jeune fille face aux rats. Après la victoire des jouets face au Roi des Rats, le Casse Noisette se révèle être un beau prince charmant et invite Clara à

voyager en un monde merveilleux. L’acte II offre une multitude de tableaux, tous plus enchanteurs les uns que les autres. Au Royaume des Délices, Clara et Casse-noisette croiseront les danses espagnoles, arabes, chinoises, russes, clownesques, des fleurs, de la fée Dragée... Le Casse-noisette, dont la musique de Tchaïkovski et la chorégraphie de Fernand Nault réussissent à faire briller de mils feux le plus simple flocons de neige, marque autant l’esprit des plus jeunes que celui des vieux enfants. Bravo !


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polyscope

La Flûte enchantée de Mozart WILLIAM SANGER

culture@polyscope.qc.ca

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Papageno (Rodion Pogossov) Crédits : Metropolitan Opera

Bulle Cinémathèque WILLIAM SANGER culture@polyscope.qc.ca

EN 2009, PAUL PENSE À LUI

Cinémathèque québécoise, métro Berri UQAM, prix étudiant 6$

MA SANTÉ AU SOMMET vous offre, encore cet hiver, des activités sur le campus qui vous permettront de bouger plus et de manger mieux. Inscription dès le 9 janvier au 514 343-6160 Vous pensez aussi à votre entourage? Il est possible d’obtenir de l’aide pour réaliser un projet « santé » dans votre milieu de travail ou d’études. Information et formulaire disponibles sur masanteausommet.com ainsi qu’au SEP. Date limite : 30 janvier 2009.

Vendredi 9 : 16h Caché (Fr.-Aut.-All.It., 2005, Michael Haneke) 20h30 Chronique des évènements amoureux (Pol., 1986, Andrzej Wajda) Samedi 10 : 19h Les Amants du Pont-Neuf (Fr., 1991, Leos Carax) 21h15 Les Possédés (Pol., 1988, Andrzej Wajda) Dimanche 11:17h Mauvais Sang (Fr., 1986, Leos Carvax) 19h30 Holy Week (Pol., 1995, Andrzej Wajda) Mardi 13 : 19h Rendez-vous (Fr., 1985, André Téchiné) Mercredi 14 : 18h30 Du praxinoscope au cellulo – De la Libération au Petit Soldat (1e partie, 75min, courts-métrage) 20h30 The Ring with a Crowned Eagle (Pol.,1993, Andrzej Wajda) Jeudi 15 : 18h30 Du praxinoscope au cellulo – De la Libération au Petit Soldat (2e partie, 72min, courts-métrage) Rendez-vous avec l’actrice Juliette Binoche

www.MaSanteAuSommet.com

Le mardi 13 janvier, Juliette Binoche, en parallèle à son spectacle de Danse In-I, viendra honorer de sa présence la séance publique du film Rendez-Vous d’André Téchiné (19h) à la Cinémathèque québécoise. (Rétrospective des ses films du 7 au 22 janvier ) Avant le film, Juliette Binoche sera disponible pour le grand public lors de la signature de son livre Juliette Binoche Portraits In-Eyes, catalogue de l’exposition de ses magnifiques encres sur papier exposées à la salle NormanMacLaren de la Cinémathèque (9 janvier-1e février). Le livre est en vente en librairie et à la Cinémathèque québécoise (49,95$).

Le Polyscope : Batman sans Robin depuis 1967 – Volume 42, Numéro 11 – 9 janvier 2009

anglais (originalement en allemand), et fait idéalement pour que le jeune public puisse être émerveillé par la beauté du spectacle. Néanmoins, ce conte initiatique où autant l’homme vertueux que le bon vivant sont récompensés et trouvent leur bonheur, laisse planer le spectateur, de tous âges, en pleine rêverie. Le décor, constitué d’un bloc transparent tournant sur luimême pour passer d’un tableau à un autre, permet aux animaux articulés par des marionnettistes d’envahir la scène (notamment dans la scène initiale où Tamino est poursuivi par le dragon mais aussi la scène où les ours dansent au son de la flûte enchantée). Toute la gamme des émotions nous submerge, autant l’air de la Reine de la Nuit, dont la robe fait penser à un papillon de nuit écarlate, est à glacer le sang, autant la joie nous envahit lorsque les ballerines déguisées en oiseaux exotiques tournent autour de Papageno pour tenter de le séduire. Cette version du Metropolitan Opera est un pur émerveillement pour les yeux, le cœur et l’imaginaire. La Flûte Enchantée de Mozart est un opéra à voir à tout prix, autant par la beauté de la représentation que par la partition musicale d’une richesse sans fin, et est tout à fait accessible pour les novices de cet art. Bravo aux interprètes, à l’orchestre du Met et au chef d’orchestre Asher Fisch qui ont su nous remplir d’étoiles et de magie.

CULTURE

’opéra s’ouvre par une envolée de dragons blancs encerclant dans les airs le prince Tamino (interprété par Dimitri Pittas) poursuivi par un dragon géant crachant tout autour de lui des flammes. Trois sorcières au service de la Reine de la Nuit (Cyndia Sieden) viennent à son secours et l’aident à vaincre ce terrible monstre. Ayant sauvé Tamino, elles donnent au prince une quête, soit de délivrer Pamina (Nicole Cabell) la fille de la Reine de la Nuit, enlevée par le méchant magicien Sarastro (Eric Owens). Tamino croise sur son chemin le joyeux chasseur d’oiseaux Papageno (Rodion Pogossov), qui ne peut résister aux plaisirs terrestres. Tamino et Papageno, auxquels sont donnés respectivement une flûte enchantée et une boîte à clochettes magiques qui les aideront dans leur périple, font maintenant route commune pour sauver Pamina. Une fois arrivé, Tamino découvre que Sarastro est en fait le mage de la vérité et de la vertu tandis que la Reine de la Nuit est tombée dans les ténèbres. Il a donc soustrait Pamina à la mauvaise influence de sa mère. Sarastro informe alors le prince que pour être digne de la jeune princesse, il devra accéder à la confrérie en réussissant les trois épreuves imposées, soit celle du silence et de l’abstention,

celle du feu, et finalement celle de l’eau. Papageno l’accompagne bien malgré lui à travers ce rite initiatique, ayant comme récompense une belle Papagena si les épreuves sont réussies. Dès la première épreuve, Papageno, trop épeuré pour garder le silence, trop bavard pour se taire, trop gourmand pour ne pas s’empiffrer de mets délicieux et de pleines coupes de vin, trop heureux pour se priver de vivre joyeusement, laisse Tamino seul à ses épreuves. Entre temps, la Reine de la Nuit vient à Pamina pour la sommer d’assassiner Sarastro, et par chantage maternelle, l’informe qu’elle mourra si elle ne remplie pas sa tâche (fameux air d’une reine possessive, ambitieuse et en colère). Puis, Pamina vient à Tamino alors que ce dernier se concentre pour atteindre la vérité, et ne comprenant pas le silence de l’homme qu’elle aime, repart, désespérée. Finalement, Papageno jure fidélité à une vieille femme qu’on lui a donnée comme épouse pour éviter de rester emprisonné pour toujours dans l’entre-monde. Or, cette dernière se révèle être une belle et jeune oiseleuse et les deux tombent follement amoureux. Quand au prince et à la princesse, ils réussirent les épreuves du feu et de l’eau accompagnés par l’espoir de la flûte enchantée. Ils sont ainsi dignes de vivre dans la paix d’esprit offert par le temple de la vérité. L’opéra est une version abrégée de l’œuvre de Mozart, traduit en

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à la une

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Pour limiter les frais de transport liés à >la hausse du prix du pétrole,legouvernementchoisilehautduMont-Royal,àdeux pasduCimetièreNotre-Dame,pourl’emplacementduCHUM. Optimisation et économie, les mots clefs de ce projet.

CENTRE HOSPITALIER DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL (CHUM)

Le projet du nouveau CHUM (Centre Hospitalier de l’Université de Montréal) n’a cessé d’être brouillon. Débuté il y a une dizaine d’années (en 1995), de nombreux lieux potentiels furent étudiés pour la mise en place de ce nouveau méga hôpital. Site de l’Hôtel-Dieu, l’Hôpital Notre-Dame, RosemontSt-Denis, tous les lieux stratégiques de Montréal y sont passés, et même la brasserie Molson! Imaginez les 12

SCIENCE & VICE > DÉCEMBRE > 2008

futurs Party Molson légendaires, « Confrères ingénieurs, levons notre verre de formol ! ». De plus, sérieuses études furent menées entre l’ancienne gare de triage d’Outremont et l’emplacement de l’Hôpital St-Luc. Finalement, le verdict est tombé, la marche à suivre est claire pour les années futures. Dernière volte-face du gouvernement, nous apprenons de source sûre que le lieu final du futur CHUM se trouvera sur le MontRoyal (voir photo). En effet, dans le but d’économiser au maximum sur

les frais de transport (dégringolade de la bourse, raréfaction du pétrole), le gouvernement à jugé optimal de situer l’hôpital à l’emplacement de l’ancienne croix de Jacques Cartier, à deux pas du Cimetière NotreDame, idéal pour les transports en brouette. L’économie d’abord. Oui ! PÉNURIE DE MÉDECINS.

Le médecin de famille est devenu une denrée rare de nos jours. Animal mythique de l’ère moderne, les patients arpentent ce monde


Pharmacopée d’un système dégénéré Ou critique raisonnée de l’état du système de santé au Québec Atchaaaaaaaa ! Non, surtout pas moi ! Le rhume, peut-être pire, la grippe ? Vite, j’attrape mon flacon de Glucosamine d’Hadrien Moignon©, j’ouvre le couvercle, j’avale un cocktail multicolore de pilules et de remèdes aux extraits naturels de zwitterion et de bois de velours de wapiti. Sans oublier les capsules de vitamines C, D, E, B3, A*, XXX, , et puis j’espère, je me surprends même à prier Mercure et son caducée, car si je suis vraiment malade, ça va être dur de se faire soigner avec le système de santé que l’on possède. En cette époque de crise économique et d’élections électorales québécoises, sans mettre la faute sur un quelconque parti politique déjà au pouvoir, voici une brève pharmacopée d’un système de santé dégénéré, mettant sur papier les problèmes communément décriés et malheureusement acceptés.

aux prises avec la grippe aviaire, la varicelle et la mécanique pour ingénieurs à sa recherche. Avez-vous déjà essayé de vous faire soigner si

vous n’avez pas hérité du médecin de famille attitré à la votre depuis l’arrivée des colons français, attaché à la suite de votre nom et trônant aussi fièrement qu’une particule ou qu’un Ph.D ? Impossible, trop peu de médecins sont formés, et sur le faible nombre de ceux qui passent à travers la dizaine d’année d’études, une certaine proportion s’envole vers les United States de l’America pour, comme disent les

Une certaine proportion [de médecins formés au Québec] s’envole vers les United States de l’America pour, comme disent les anglais, make some money baby !

anglais, make some money baby ! Ca$h Ca$h Bling Bling ! Pourquoi ne pas encourager les médecins étrangers à venir au Québec (voir paragraphes suivants) ? Pourquoi ne pas privilégier et faire entrer dans les coutumes et usages les visites médicales pour tous ? Néanmoins, cette pénurie de personnel du monde médical a de bons côtés, comme le démontre l’équation suivante : moins de médecins = plus de monde aux urgences = attente de plusieurs heures = plus de monde pour le système privé = ca$h! = article du kapoté. Tout est gagnant ! L’économie d’abord. Oui ! 2008 > DÉCEMBRE > SCIENCE & VICE

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Là ou il faut chercher la vie ...

ENGORGEMENT AUX URGENCES.

C’est bien connu, attendre plusieurs heures dans les salles d’attente des urgences est monnaie courante. Il y a quelques mois, les réseaux d’informations faisaient état de certains records peu glorieux allant jusqu’à huit ou neuf heures ; une collaboratrice du journal relate même sous couvert d’anonymat une mésaventure de onze heures. « Rien ne sert de courir, il faut partir à point. » – J.-E. LaFontaine. Si l’on observe à la loupe le microcosme de ces hôpitaux, vous vous rendrez compte que la majorité des 14

Les hôpitaux manquent de moyens. Monsieur No (témoignage sous un faux nom) déclare avoir dû tricoter lui-même sa blouse de patient et fournir ses propres perfusions-maisons. Heureusement, le chauffage fonctionne toujours dans les hôpitaux publics …

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Arrivé aux urgences à 22h pour un problème gastrique (intoxicationalimentaireauthénoir),notrepatientanonyme a été admis à 7h du matin au département des maladies mentalesetd’aliénation,causéparungrillagedeneuroneset abrutissementaigu,gracieusetéd’uneattentedeneufheures.

patients qui attendent leur tour sont atteints de grippe, d’inflammation, d’intoxication alimentaire au thé noir, amènent leur enfant ayant une otite ; des maladies certes, mais non gravissimes. Tandis que le peu de médecins disponibles et surchargés s’affairent sur les accidents routiers, aucune alternative n’est offerte aux patients. Le trop peu de médecins et de service ne leur permet que d’attendre, d’attendre, et d’espérer passer avant la prochaine parution du Polyscope. L’engorgement aux urgences, ou le problème d’efficacité flagrante d’un système à deux vitesses où

SCIENCE & VICE > DÉCEMBRE > 2008

les moins nantis doivent, à défaut d’argent, perdre leur temps (après tout, le temps c’est de l’argent). L’économie d’abord. Oui ! SYSTÈME À DEUX VITESSES : CHAREST CONTRE LES PAUVRES

Une solution au problème actuel de notre système de santé ? Sans en faire la refonte, le gouvernement voit rouge et tient mordicus au projet d’un système à deux vitesses. En premier lieu, un palier public, gratuit pour tous. Tous les services essentiels sont fournis à la population à moindre coût. Tout est une


question de temps. Vous venez de vous déchirer le ménisque ? Votre rendez-vous est assuré… trois mois plus tard, la semaine des quatre jeudis, casé entre 14h30 et 14h35, pile poil pendant un examen de mécanique pour ingénieur, et sans possibilité d’obtenir un autre rendez-vous avant 8 mois ouvrables payants ! Bref, un véritable mouve-

érudisme. Erreur. Les médecins étrangers se voient refuser le droit de pratiquer au Québec. Leurs diplômes ne sont pas reconnus. N’ayant pas le même statut que dans leur pays d’origine, quelle est l’alternative qui se propose à eux ? Retourner aux études, et donc après 10 ans de dur labeur, en reprendre pour une autre décennie. Autant aller à la retraite ! Néanmoins, certains privilégiés se voient octroyer le droit d’exercer (sous surveillance et sans la possibilité de prescrire des médicaments) dans les hôpitaux montréalais, sous seule condition de travailler bénévolement, en bon samaritain et pour l’amour du patient. Ces médecins s’excriment devant l’outrecuidance du gouvernement qui ne leur lance que des peanuts, et de surcroit, sans sel ! Une idée lumineuse pour couper dans les dépenses réservées aux médecins, du cheap labour à très faible prix. L’économie d’abord. Oui !

Ces médecins [venus de l’étranger] s’excriment devant l’outrecuidance du gouvernement qui ne leur lance que des peanuts, et de surcroit, sans sel !

L’économie d’abord. Oui ! ment populaire est demandé de la part des bénéficiaires de ce système. Basé sur l’entraide et l’initiative personnelle, une mécanique huilée ne fonctionne que grâce à la bonne volonté de ses engrenages (voir photos de M. No). Comme tout est bien dans le meilleur des mondes,

L’économie d’abord. Oui !

L’économie d’abord. Oui ! un second palier est proposé aux riches impatients. Premier payé, premier servi. Pensez-vous qu’un chef de parti politique aux cheveux frisés serait porté à attendre neuf heures aux urgences ? Non, autant renflouer les caisses du système de santé, débourser dans le privé et optimaliser ces heures perdues en futures élections. De toutes façons le temps, c’est de l’argent ; attendre neuf heures aux urgences sera donc rentable dans une vision globale du problème. L’économie d’abord. Oui ! DIPLÔMES DES MÉDECINS VENUS DE L’ÉTRANGER

Le système de santé a besoin de médecins. De plus de médecins. Pour palier au manque de personnel médical, certains seraient tentés de croire que les docteurs étrangers sont les bienvenus et portent avec leur venue l’espoir salvateur de leur

(pardon, escusez-moi, ma plume a fourché ; les grands bonnets) à envisager un plan à long terme et non une vague idée planifiée le

long d’un mandat électoral. Il faut baser et penser un programme de santé qui aura pour but d’aider l’ensemble de la population sans en laisser une majorité attendre son tour, regardant passer les riches impatients aussi fiers que d’avoir acheté une passe coupe file à la Ronde… Au lieu de payer les sublimes pancartes électorales année après année, qui de toute façon seront dérobées par les chefs de pupitres avides de messages au graphisme facile, autant consa-

L’économie d’abord. Oui !

CONCLUSION

Notre système de santé est malade. Il faut le soigner, à tout prix ! La pharmacopée est par définition le recensement des divers remèdes, médicaments et plantes médicinales d’une région. Vous comprendrez qu’en cette période où notre système de santé est en crise de constipation monétaire, un bref et trop court compte rendu était de mise. Quelles sont les solutions à apporter ? J’invite les grands benêts

crer toute cette énergie vénale à la santé de la population. Sur ce, quelques petits proverbes chinois sur lesquels méditer : quand tu vois un canard blanc sur un lac… c’est un cygne ; vous connaissez la blague du nombril ? Non… Bril ! un rein c’est bien, mais deux c’est mieux ; et pour terminer, une petite pensée écologique envers les poches trop pleines et les bras trop courts : la santé d’abord, non ? W. S.

Tanné non ?

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Opéra de Montréal : Les Pécheurs de perles WILLIAM SANGER

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culture@polyscope.qc.ca

Nadir et Zurga, Polyphoto

temps d’une nuit sa belle aimée. Leïla et Nadir chantent leur amour, leur voix s’entremêlant pour ne faire qu’une. Le chef Zurga surprend les amants et déchaîne sa colère : Leïla et Nadir seront

condamnés à mort. Acte III, les foudres retentissent, le feu s’attaque au village de l’eau, les villageois se dispersent et s’affairent à sauver leur maison... Pendant ce temps, Zurga se glisse vers les prisons et vient délivrer les amants. Il ne peut se résoudre à faire périr son ami et son amour, et les laisse s’échapper. Zurga meurt tragiquement après les avoir protégés, abattu par un des mercenaires du grand prêtre. Les Pécheurs de perles témoigne avec force de l’amitié profonde qui unit deux hommes au delà des dangers et de la mort. L’opéra présente une seconde partie d’une grande intensité, repoussant les critères du genre jusqu’à leur limite. La musique de Bizet apporte une virtuosité à l’oeuvre, réhaussée par la chorégraphie des danseurs et l’air majestueux, pur et profond «Au fond du temple saint». Un grand bravo à la performance des acteurs mais aussi à la qualité des

décors et la richesse des costumes. La créatrice britannique Zandra Rhodes apporte la touche sublime qui permet de plonger l’assistance en plein enchantement l’espace de trois actes, un pur moment onirique. Les Pécheurs de perles de Bizet, opéra en langue française présenté les 1, 5 8, 10 et 13 novembre à 20h à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des

Arts. Prix étudiants à partir de 27.6$ sous présentation d’une carte valide. À voir absolument, une oeuvre d’une réelle beauté. Merci à Elsa Tasse, Colleen Mathieu, Roman Adamski et Paul Blondé, membres de Polyphoto, pour les clichés.

découverte. Petite mise en contexte pour rafraîchir les mémoires : en 1972, l’artiste de scène Michel Fugain met sur pied un groupe musical, le Big Bazar, composé d’environ 15 artistes de scènes et 11musiciens. Un regroupement de talents qui possède une énergie débordante, produisant des chansons qui continueront encore longtemps d’être écoutées. Après cette merveilleuse aventure qui se termine en 76, Michel Fugain, comme ses autres compagnons, se lance dans de nouveaux projets, fort cependant de l’expérience unique qu’il a partagée. Durant le spectacle qui a eu lieu le 31 octobre au Théâtre Outremont, Fugain a bien-sûr fait revivre les succès du Big Bazar mais a aussi fait découvrir ou redécouvrir sa riche production artistique qui s’étend sur 40 ans. Cet homme de scène fascinant a conservé sa simplicité mais aussi son extraordinaire énergie dans un spectacle vraiment enchantant, dont on ressort heureux.

Ses chansons (Prends ta guitare, chante avec moi; Les rues des la grande ville; Les Sud-Américaines) communiquent vraiment une joie de vivre mais traitent aussi de thèmes fondamentaux comme la liberté, d’exil et d’amour (La liberté, demandez-là; Terra amata; Forteresse; Chaque jour de plus) toujours sur des mélodies entraînantes. En fait ces chansons sont vraiment éternelles car elles allient à la fois un texte clair mais pas léger, texte qui soulève souvent des interrogations propres à l’Homme, et à la fois une mélodie unique et travaillée. Il vous faut écouter les chansons captivantes comme Je n’aurai pas le temps et Partir, repartir qui prônent l’amour de la vie, qui incitent à vivre pleinement et non dans la routine qui trop souvent s’installe durablement. La vie ce n’est pas la télévision, les rêves laissés de côté. Nous avons un instant à nous dans cette éternité pour nous réaliser pleinement, ce que Fugain nous propose c’est de le saisir avec nos bras, nos yeux, notre cœur.

Entre chaque chanson, Fugain s’adressait au public, soit pour mettre en contexte la chanson suivante, soit pour poser des questions, sur l’halloween par exemple. C’est durant ce dialogue direct avec les spectateurs qu’à eu lieu un instant très émouvant du spectacle. Fugain se demandait ce que les générations dans un ou deux siècles retiendraient de nous : que nous avons pollué les rivières, saccagé les forêts, épuisé les ressources naturelles. Et lui d’ajouter : «mais nous ne sommes pas comme ça n’est-ce pas?». La soirée a été rythmée par les mélodies et l’énergie de Fugain, mais cet instant de silence montre bien à quel point ses chansons Je laisse ou Bravo Mr le Monde sont poignantes de vérité. Bref, un spectacle entraînant durant lequel les spectateurs se sont même levés pour mieux pouvoir suivre le rythme. Un spectacle joyeux, inoubliable, mené par un des plus intéressants personnages de la musique francophone. Bravo Mr Fugain!

tement des recruteurs dans le domaine. Avis aux intéressés, plusieurs grandes compagnies de jeux vidéo telles Ubisoft et Gameloft seront présentes. De plus, plusieurs conférences relatives au domaine des jeux vidéo seront présentées tout au long des trois journées. On pourra assister entre autres à une conférence sur les différentes techniques de modélisation, sur les carrières en jeux vidéo ou encore sur les femmes en ingénierie. En nouveauté cette année, le Festival Arcadia s’est donné comme mission la promotion des jeux vidéo réalisés par des créateurs canadiens. Le festival s’est donc associé avec Téléfilm Canada afin

de présenter des jeux financés au cours de la dernière année. Autre particularité de cette année, le Festival Arcadia se transformera temporairement samedi soir en défilé de mode. Dix designers montréalais présenteront leurs créations afin de séduire Lara Croft. Ainsi, le gagnant aura la chance de voir sa création devenir le nouveau costume de Lara. Finalement, le festival offrira comme à l’habitude divers spectacles et concours relatifs aux jeux vidéo. Pour plus d’informations, visitez le www.festivalarcadia.com Admission générale : 12$ Billet weekend 3 jours : 25$

Michel Fugain à Montréal RAPHAELLE OCCHIETTI Chroniqueuse Culture

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Leïla, Polyphoto

Festival Arcadia 2008 FANNY LALONDE

redaction@polyscope.qc.ca

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e 7,8 et 9 novembre aura lieu à Montréal la 4e édition du Festival Arcadia. Bien qu’étant avant tout un festival de jeux vidéo, Arcadia est aussi un lieu de divertissement pour tous ceux et celles qui s’intéressent au multimédia. Les festivaliers seront donc invités durant trois jours à assister à une multitude d’activités. Encore une fois cette année, les visiteurs pourront s’informer des différentes formations offertes dans le domaine des jeux vidéo. De plus, ils auront l’opportunité de rencontrer direc-

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Le Polyscope : Orange c’est gay depuis 1967 – Volume 42, Numéro 9 – 7 novembre 2008

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ais comme l’oiseau, ça vit d’air pur et d’eau fraîche un oiseau, d’un peu de chasse et de pêche un oiseau, mais jamais rien ne l’empêche l’oiseau, d’aller plus haut !» Pour certains, Michel Fugain et le Big

Bazar ont formé leur jeunesse ; pour d’autres, des chansons comme Fais comme l’oiseau ou Une belle histoire font partie de leur répertoire musical sans qu’ils sachent où ils les ont entendues; pour quelques uns cependant le nom de Michel Fugain ou l’air de Attention Mmes et Mrs ne leur disent rien, ce sera alors l’occasion de faire une belle

CULTURE

es premières notes de musique retentissent, le rideau se lève. Un paysage paisible, soleil couchant bordant les eaux surmontées par les pécheurs de perles s’offre devant nos yeux ébahis de couleur, d’exotisme et de beauté. Sur l’île de Ceylan, Zurga devient le nouveau chef de la tribu. Son meilleur ami Nadir, un frère de coeur, revient au village. Une jeune et belle femme les avait séparés auparavant, mais plutôt que d’être monté l’un contre l’autre pour son amour, il ont jurés de renier leurs sentiments et de rester fidèles à leur amitié profonde. Leïla, sublime prétresse d’une beauté sans précédent, arrive au village. En échange de la plus grosse perle péchée, Leïla doit restée isolée du monde extérieur et se consacrer au culte des dieux. Cachée sous ses voiles,

les deux amis reconnaissent en elle la jeune et belle femme qui les a séparés autrefois. Lors de l’Acte II, le grand prêtre rappelle les obligations de Leïla. Néanmoins, Nadir succombe à ses sentiments et ne peut s’empêcher de retrouver le

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CULTURE

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David Usher au Métropolis SANDY JOLIN, ELSA TASSÉ & VIRGINE URLI

Collaboration spéciale Poly-Photo

CULTURE

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’est jeudi dernier, le 23 octobre plus précisément, que David Usher est arrivé à Montréal pour la tournée de son tout nouvel album solo, Wake Up and Say Good bye. Crash Parallel, un jeune groupe canadien, a bien réussi à réchauffer la salle du principal intéressé en assurant la première partie du spectacle. Malgré le fait que le dernier opus d’Usher ait été lancé très récemment, soit le 23 septembre dernier, ses fans eux n’ont pas semblé avoir manqué de temps pour découvrir et apprécier ses nouvelles chansons puisqu’elles étaient chantées chaleureusement en coeur tout au long du spectacle. Avec plusieurs albums à son actif, autant en solo qu’avec son précédent groupe Moist, les succès se sont enchaînés durant la soirée, passant de Push à Black Black Heart, jusqu’à son incontournable St Lawrence River lorsqu’en tournée au Québec. Et

David Usher n’ayant pas simplement une belle voix, il s’en sert aussi depuis quelques années pour une noble cause, celle d’Amnistie Internationale. Il allait de soi qu’il invite des membres de cette organisation, installés pour l’occasion dans un kiosque bien à l’évidence à l’entrée de la salle, disposés à parler de leur mandat mais aussi mobilisés pour faire signer des pétitions destinées à aider des prisonniers politiques à sortir de prison. En conclusion, ce spectacle de David Usher fût comme toujours à la hauteur des attentes de ses fans et des miennes ; Je dirais même pour ma part qu’elles ont été dépassées, ne serais-ce que par la quantité de chansons qu’il a interprétée pour son rappel. Sandy Jolin Le 23 octobre dernier, David Usher, chanteur d’origine canadienne se produisait au Métropolis, celui-ci de retour à Montréal depuis un an avait promis à son public un show hautement énergétique, ados comme jeunes professionnels

se sont bousculés aux portes de la salle pour acclamer leur idole. Pas facile, pour la première partie du show « Crash Parallel », groupe provenant de l’Ontario, de faire lever la salle; l`ambiance reste donc tranquille pendant la première demi-heure. Grand bouleversement, quand vers 21h, la star fait son entrée sur scène. Les groupies que l’on croyaient absentes se font immédiatement entendre. Celui-ci, ravit de se produire dans sa ville d’adoption se donne énormément au public, en passant par des chansons connues comme « Black Heart », aux vieux succès de l’époque « Moist », (son ancien groupe) ainsi qu’aux titres de son dernier album « Wake up And Say Good bye ». Les performances musicales du groupe donne rapidement une ambiance folle à la salle et Usher en plein apprentissage de la langue française, charme son public. Coup de théâtre, pour les jeunes ados allumés quand « la Lorie du Québec », Marie Mai fait son apparition sur scène pour une chanson au près du

aux tables tournantes. À peine le public installé autour de la scène intimiste de la TOHU, le maître de cérémonie, totalement irrévérencieux imbu de lui-même, fait son entrée nous annonce que nous sommes tous morts que nous nous trouvons dans une sorte de purgatoire, où nous devenons témoin du destin de certains de nos semblables, leurs histoires étant toujours prétextes à d’impressionnants numéros d’acrobaties. Tour à tour, se succèdent l’homme d’affaires peu scrupuleux ayant perdu l’usage de ses jambes dans un accident d’avion; la femme enchaînée dans ses amours impossibles, autant

au sens figuré qu’au sens propre, dans un impressionant numéro de chaînes aériennes; ou encore la patiente d’un hôpital psychiatrique se débattant contre ses démons intérieurs. Tout au long du spectacle, les scènes d’acrobaties, sans paroles et empreintes de drame, sont entrecoupées de scène comiques où le maître de cérémonie interagit tantôt avec le public, tantôt avec les morts, envers qui il n’éprouve absolument aucune pitié. Malgré le sujet sombre abordé, le spectacle demeure divertissant du début à la fin, et les prouesses physiques spectaculaires des artistes – chaînes

aériennes, trapèze, main à main, diabolo, et autres disciplines – sont admirablement bien incorporées dans l’aspect théâtral. La Vie est en effet bien plus qu’un spectacle de cirque. Les acrobates s’avèrent aussi doués en tant que comédiens, chanteurs et danseurs, tandis que le DJ vient également nous présenter un numéro de « poterie musicale » d’une grande originalité… Pour ce qui de est leur 5e spectacle, Les 7 doigts de la main demeurent fidèles à leur réputation de troupe innovatrice, et parviennent à nous éblouir tout en ne manquant pas de nous faire réfléchir sur notre attitude face à la vie

Dans le numéro précédent : Le film Valse avec Bachir relatait les massacres des camps palestiniens de Sabra et de Chatila. Le film Flame and Citron raconte l’histoire de Flame (joué par Thure Lindhardt) et de Citron (Mads Mikkelsen, After the Weeding), deux héros de la résistance danoise.

New York d’abord. Plaque tournante de la convergence de l’art et de la musique rock. La trace d’Andy Warhol se posera sur votre chemin, encourageant

ou les Rolling Stones. Quoi de plus normale que cette musique universelle est influencée l’art ! La suite de l’exposition présentera des œuvres venant d’artistes

ne laissent indifférent. Parmi les plus marquantes, mentionnons celle de Christina Marclay (Sans titre 19872007), qui consiste en une série de vinyles recouvrant le plancher de la salle d’exposition du musée. Osera-t-on piétiner ces 33 tours ? L’œuvre de Jim Lambie (Pinball Wizard et The Byrds, 2007) est à couper le souffle. Entrer dans la salle où la couleur semble exploser relève de l’irréel. L’oiseau nous regarde passer, attentif à nos moindres mouvements, dans cet univers multicolore pendant que la peinture paraît être aspirée par un œil posé au sol. Une autre surprise, le studio d’enregistrement de l’artiste thaïlandais Rirkrit Tiravanija. Une pièce vitrée prend place sur le parcours de l’exposition. À l’intérieur, deux guitares, une batterie, un microphone. Tous les spectateurs sont invités à bâtir cette œuvre en réservant gratuitement une plage horaire pour jouer de la musique, chanter, bref s’en donner à cœur joie pendant 1h. Les bandes sonores sont gardées, mais l’effet est invraisemblable ! La pièce étant

totalement insonorisée, les spectateurs observent les chanteurs se déchaîner tandis qu’aucun son ne parvient à sortir de la boîte. Une nouvelle relation entre artiste-œuvre-spectateur. Peintures, vidéos, sculptures, dessins, pochettes de cd, montage photographiques, musique rock… A voir absolument, cette exposition est capable de tous nous toucher, car personne n’est indifférent au rock and roll. Il a su donner une identité à une génération entière et continue d’inspirer chacun d’entre nous. Dernier instant capté de cette aventure, l’œuvre de Jeremy Deller. Un poster donné à chaque personne franchissant les portes du musée, noir, avec la seule phrase énigmatique et aux multiples sens : What would Neil Young do ? Sympathy for the Devil : art et rock and roll depuis 1967. Du 10 octobre au 11 janvier 2009 au Musée d’Art Contemporain de Montréal, 4 $ pour les étudiants, du mardi au dimanche de 11h à 18h, mercredi jusqu’à 21h et le premier vendredi du mois jusqu’à 21h lors des Nocturnes du Musée.

David Usher, Paul Blondé

groupe. C’est l’apogée du concert, les filles hystériques ne pouvant plus se contrôler laissent tomber larmes et cris de jouissance dans un nuage de flashs photographiques étourdissants. Porté par ses propres émotions, l’artiste termine sur une touche sentimentale et offre quelques larmes à un public conquis. Sous le charme, les fans quittent la salle, laissant les autres savourer, sous une musique

d’ambiance, un dernier petit verre de vin. Elsa Tassé & Virginie Urli Crash Parallel : crashparallel.com David Usher : davidusher.com Amnistie Internationale: www.amnistie.qc.ca

Cirque : « La Vie » – Les 7 doigts de la main

Le Polyscope : Stompin’ depuis 1967 – Volume 42, Numéro 8 – 31 octobre 2008

BOUCHRA OUATIK

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culture@polyscope.qc.ca

a mort sera tout un spectacle. Voilà le défi que promet de relever la troupe de cirque contemporain Les 7 doigts de la main, dans leur plus récente production intitulée, quelque peu ironiquement, La Vie. Dans un savoureux mélange d’art circassien, de cabaret et de théâtre, teinté d’humour noir et provocateur, les septs membres de la troupe montréalaise, à la fois chorégraphes et interprètes, nous présentent un spectacle multidisciplinaire, accompagnés du versatile DJ Pocket

Sympathy for the devil WILLIAM SANGER

culture@polyscope.qc.ca

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ussi rarement une exposition d’art contemporain n’a été plus proche de son public. Le Musée d’Art Contemporain de Montréal ouvre ses portes pour l’exposition Sympathy for the Devil : art et rock and roll depuis 1967. Présentée du 10 octobre 2008 au 11 janvier 2009, je vous convie à mes côtés pour une petite visite critique de l’évènement, au cœur de la musique et des médiums artistiques. Ambiance déjantée, imaginez-vous dans un concert des Rolling Stones ou des Beatles, puis transposez cette force au beau milieu d’une galerie d’art. Une véritable atmosphère de fête est au rendez-vous tout au long du parcours. Sympathy for the Devil se veut une rétrospective des liens qui se sont tissés entre l’art moderne et la musique rock des quarante dernières années. Au programme, un tour du monde électrique, musical et rock and roll !

The Byrds, Jim Lambie

personnellement de nombreux artistes et musiciens sortant des sentiers artistiques traditionnels. Puis le RoyaumeUni, berceau de la musique rock et des groupes mythiques tels que les Beatles

d’Europe continentale, de la Côte ouest nord-américaine, du Midwest américain et finalement du reste du monde. Un grand nombre d’œuvre émerveillent, d’autres choquent, mais aucune

et à l’inévitabilité de la mort. La Vie, par Les 7 doigts de la main, présentée en supplémentaires du 19 au 22 novembre 2008, à la TOHU. les7doigtsdelamain.com/lavie/ Herr Atchoum :


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www.

polyscope

.qc.ca

Comptabilité suicidaire + lavage de vitre newtonien GABRIELLE SOUCY

gabrielle.soucy@polymtl.ca

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se disent de l’école du gros bon sens mais semblent plutôt se cloîtrer dans une obscurité mentale pour des raisons que je ne peux qu’extrapoler comme étant de la paresse, la peur de l’inconnu, d’aller voir plus loin, de rencontrer un défi et de faire face à ses propres limites devant des questions sans réponse. Cela génère un dialogue qui surprend à chaque réplique et dont on ne peut prévoir les rebondissements. Étonnamment, le laveur de vitre est au fait de la première loi du mouvement de Newton : « Tout corps persévère dans l’état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n’agisse sur lui, et ne le contraigne à changer d’état. » Est-ce donc pour éviter les questions existentielles que Steve s’est attelé à l’étude de la méca-

Théâtre : La Peste d’Albert Camus RAPHAELLE OCCHIETTI

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Chroniqueuse Culture

Bulle cinéma WILLIAM SANGER culture@polyscope.qc.ca

Cinémathèque québécoise, métro Berri UQAM, prix étudiant 6$

Vendredi 31: 23h La nuit des morts-vivants (É.U., 1968, G. Romero) Samedi 1: 17h Me and You and Everyone We Know (É.U., 2005, Miranda July) 19h Love (Szerelem) (Hongrie, 1971, K. Makk) Dimanche 2: 19h Goin’ Down the Road (Can., 1970, D. Shebib) Mercredi 5: 20h30 Le Garçu (Fr., 1995, M. Pialat) Jeudi 6: 18h30 Concertosndy Warhol’s T.V.,épisodes 5-7 (E.U., 1981, Don Monroe) 20h30 Still Life (Ch., 2006, Jia Zhang-Ke) Marathon du cinéma d’animation à la Cinémathèque La 7e édition des Sommets du cinéma d’animation de Montréal aura lieu les 5, 6 et 7 décembre prochain avec une nouvelle formule de 3 jours d’animation exclusifs ! Une programmation marathonienne, toujours plus riche et à la pointe de l’actualité, aux nombreuses activités et surprises : - Près de 90 films dont plusieurs séances pour le jeune public - Des conférences et ateliers - Des expositions et des soirées spéciales Trois jours intenses de quoi combler votre appétit d’animation !

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514-509-9954. Texte et mise en scène : Marc Marans. Interprètes : Stéphane Franche et Vincent Leclerc.

Plate-forme, Thierry Ha, Poly-Photo

rappellent d’une part les événements contemporains où l’Homme prend

conscience de sa petitesse mais aussi de sa force intérieure, et d’autre part le

refuge que propose la religion, éternelle explication de l’inexplicable. Cette pièce nous donne vraiment matière à réflexion, sur nous mêmes mais aussi sur l’humanité à laquelle nous appartenons. Je tiens spécialement à remercier et à féliciter les acteurs qui ont réussi à nous transmettre un message par leur jeu précis, sincère et émouvant. La mise en scène de Mario Borges a une grande part dans la réussite de la production et donne une version sensible et originale de l’oeuvre. La peste d’Albert Camus, présentée du 22 octobre au 8 novembre 2008 à la Caserne Letourneux (Théâtre Sans Fil). Lieu : 411 Avenue Letourneux.

WILLIAM SANGER

et de comprendre pourquoi le monde actuel est en train de sombrer dans les conflits identitaires. Selon lui, une personne ne devrait pas dire : «Je suis Juif» ; «Je suis Russe» ; «Je suis Noir». Une personne ne peut avoir une identité forgée par un seul caractère, car elle permettrait tous les débordements qui reposent sur des principes raciaux. Une personne devrait dire au contraire, lorsqu’on la questionne sur l’être qu’elle est : «Je suis de naissance française, d’origine polonaise, de langue française mais parlant aussi l’anglais et l’espagnol, je vis au Québec». Nous n’avons pas une identité, mais une multitude qui nous façonne et a réussis à former l’individu que nous sommes. Qu’est ce que l’identité d’après l’auteur ? «Mon identité, c’est ce que je fais que je ne suis identique à aucune autre personne». Amin Maalouf écrit qu’il vient d’une famille de tradition chrétienne, ce qui le lie avec plus de 2 milliards d’humains. Qu’il a été éduqué dans la langue arabe, qui le rapproche d’un autre milliard. Qu’il est né au Liban, mais sans croire en un Dieu particulier ; qu’il écrit dans la langue de Molière. Ceci fait de lui une personne ayant des points

communs avec pratiquement la moitié de la planète, mais en même temps, il reste unique, car peu ou personne ne peut dire avoir le même itinéraire que cet auteur. Ce qui est le cas pour Amin Maalouf, c’est le cas pour tous ici, lecteurs du Polyscope, habitant Corse ou Serbe. Nous sommes un kaléidoscope, une fractale, et non une peinture unie. Un article, c’est bien court pour mettre sur papier les idées de ce livre. Mais restons simple, du moins essayons. Amin Maalouf nous invite à plonger en nous même, accepter nos particularités pour ainsi accueillir l’autre à bras ouverts malgré ses différences. Car ses différences, au lieu de nous séparer, peuvent au contraire nous unir, nous apprendre bien plus de choses qu’un livre de chimie. Socrate disait qu’il n’était «ni Athénien, ni Grec, mais un citoyen du monde». Les Identités meurtrières d’Amin Maalouf, malgré 10 ans depuis sa publication, reste un livre d’actualité qui contient un message universel, primordial et à mon sens fondateur pour notre culture. À lire absolument, un grand message d’ouverture, fort, nuancé, à la littérature belle et fluide, un livre au message humaniste.

Renaud Paradis et Jean-Marie Moncelet, Victor Diaz Lamich

Les Identités meurtrières

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culture@polyscope.qc.ca

n cette ère de conflits, tensions, revendications internationales, que d’individus sont portés à déclamer haut et fort leur origine, à mettre de côté toutes les autres composantes de leur personnalité, et ainsi à amplifier ces points chauds. Les exemples sont innombrables, Palestine et Israël, Québec et reste du Canada, accommodements raisonnables, Catalogne, Corse, Kosovo, Rwanda… Au milieu de cet entremêlement planétaire, laissé en pâture aux politiciens flairant le pouvoir et à la recherche de la célébrité, peu de lumière transperce cette noirceur pour nous éclairer et nous permettre de réfléchir. Peu, mais pas aucune. Amin Maalouf écrit en 1998 Les Identités meurtrières, essai qui est le sujet de mon article. Je suis bouleversé par ce livre tant il est brillant, éclairé et fort. Amin Maalouf, d’origine libanaise et auteur de plusieurs romans de langue française ayant pour thèmes l’exil, le voyage, l’aventure et la culture arabe, essaye de placer les choses, de démêler

Le Polyscope : Stompin’ depuis 1967 – Volume 42, Numéro 8 – 31 octobre 2008

ous savons tous qu’au Moyen Âge une terrible épidémie, la peste noire, a ravagé les pays européens. C’est ce mystérieux mal, que les hommes croyaient à jamais disparu, qui ressurgit vers 1940 dans la ville d’Oran. D’abord par les rats morts s’accumulant chaque jour sur les paliers, puis par des fièvres subites emportant inexplicablement voisins et amis, la peste pétrifie d’effroi la ville. Les médecins, comme le personnage principal, le docteur Rieux, se voient vite débordés par le nombre de victimes

et doivent demander la fermeture de la ville. La pièce d’Albert Camus déploie les différentes attitudes des hommes qui vivent dans l’angoisse. Les 5 acteurs communiquent pleinement la douleur, le désarroi ou la simple joie d’oublier un peu la réalité macabre du dehors. La mise en scène de Mario Borges met l’accent sur l’humanité du texte de Camus mais aussi sur l’extrême modernité des individualités que nous voyons évoluer. Comme pour un tsunami, un cyclone, une tempête de verglas ou une canicule, les hommes et les femmes se sentent impuissant vis-à-vis de phénomènes qui les dépassent. Des projections nous

nique newtonienne ? Les concepts de masse, poids et résistance de l’air sont abordés et ont fait appel à ma fibre scientifique… Je vous invite à prendre un pari sur lequel des deux personnages souffre d’un trouble mental ! Les références au temps qui passe et la vie qui tourne en rond dans sa cage sont nombreuses, tant dans le texte que dans les environnements sonore et visuel. La scénographie de Julie Deslauriers combinée aux éclairages d’Eddie Rogers construit intelligemment l’échafaudage de l’ambiance sans nous distraire du propos. Plate-forme, produit par OCTO productions (octoproductions.com), est présenté à la salle Calixa-Lavallée (au cœur du Parc Lafontaine), 3819 av. Calixa-Lavallée, du 17 octobre au 8 novembre 2008 à 20h. Réservations

CULTURE

ans Plate-forme, une œuvre écrite et mise en scène par Marc Marans, le suicide dit fataliste percute non pas le sol mais le gros bon sens. Serge, interprété par Vincent Leclerc, est comptable et se retrouve sur le toit de son building, prêt à sauter. Sa déprime est causée par le feeling qu’on a tous un jour où l’autre : ma job est plate, mon boss est un con, je m’ennuie, la vie c’est d’la marde. So what ?! de lui répondre Steve, le laveur de vitre incarné par Stéphane Franche. De là démarre l’aventure de Steve et Serge sur la fameuse plate-forme à l’extérieur d’un building, plusieurs étages au-dessus du sol. Le cri à l’aide

du comptable est entendu par notre laveur de vitre mais celui-ci n’entre pas dans la dynamique que le pousseux de crayon tente de créer. « Libre and let libre » (sic)! Steve comprend vite que le suicide est une manifestation du désespoir dont Serge veut se libérer plutôt qu’une réelle intention de mourir. Les essais de manipulation ne fonctionnent pas mais démontrent la tendance de Serge à la fuite (sa vie, ses problèmes et maintenant son suicide). L’esprit analytique et sensible du comptable confronté à l’attitude terreà-terre et au jour le jour du manœuvre donnent lieu à des envolées qui malheureusement ne débouchent pas et nous laissent sur notre faim. La frustration que l’on ressent alors m’a rappelé celle à laquelle on se cogne lorsque l’on converse avec certaines personnes qui


LISEZ, LISEZ, IL EN RESTERA

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Dieudo le rigolo TAREK OULD BACHIR

tarek.ould-bachir@polymtl.ca

CUL-TURE

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ieudo le rigolo, apôtre de la farce et du bon mot. C’est en ces termes que Dieudonné M’Bala M’Blala se présentait il y a quatre ans dans son spectacle Mes Excuses. C’était aussi la première fois que le public Québécois faisait sa connaissance. La France en ce temps le repoussait du pied tandis que le Québec lui ouvrait les bras au plus talentueux humoristes de notre génération. Depuis 2004, il en a pris plein sa mouille le frère Dieudo. Pointé du doigt comme étant la pire ordure que la France ait connu depuis le gouvernement de Vichy, il a très vite été banni des plateaux télé. Certains présentateurs — dont on taira le nom — alaient jusqu’à mettre en scène leur désaffection à Dieudo, histoire que les bien-pensants les

Vous l’auriez lu en exclu sur kakakiri.blogspot.com

portent en bonne estime. Tout cela ment fait Dieudo pour remplir ses était vain. Tellement vain en vu du salles alors que les médias lui tourtalent de l’homme que le public nent le dos et que les plateaux télé lui n’a jamais renié, dont les salles ne sont quasiment interdits ? En faisant désemplissent pas, et dont la plume parler les cons ! Dieudonné appelle son procédé l’altermarketing. ne tarit pas. Un beau matin de dimanche, un Il l’a précieuse, la plume, Dieudo. athée convaincu Ciselée et dont le dernier pesée. Elle fait penser à celle Dieudo et Falardeau n é s ’ a p p e l e Judas va faire qu’avait Michel Audiard, le célè- pourraient bien nous baptiser sa file Plume dans une bre dialoguiste des Tonton Flin- concocter un petit église traditionnaliste. Le pargueur. Maniant l’argo français scandale de derrière rain, Jean-Marie Lepen, la bête avec le doigté de la politique d’un orfèvre, les fagots. française. Dieudo n’a eu Le résultat cesse de nous épater par sa fécondité et sa pré- ne se fait pas attendre. Tous les médias se mettent à cracher à cision. Le dernier né de ses cahiers a l’unissons. À qui mieux mieux. Et en d’ailleurs fait grand bruit. J’ai fait le y allant de la pire mauvaise foi que con, présenté cet été à Montréal, a l’on puisse avoir vu de mémoire de fait salle comble à Paris. Mais com- lecteur de journaux. Même le petit

Martineau s’était joint au concert en trombinait de son instrument désaccordé sur un blog où ses lecteurs venaient lui rappeler qu’il n’était qu’un peigne-cul. Le spectacle en prenait tout son sens. J’ai fait le con. Oui. Et pas à peu près. Au mois de novembre, Dieudo présente son spectacle à Montréal au Théâtre National. Nous lui avons demandé ce qu’il préparait de bon comme facéties pour son public québécois. Et il semble que nous ne serons pas déçus. Dieudo et Falardeau pourraient bien nous concocter un petit scandale de derrière les fagots. Le Polyscope se frotte déjà les mains et tient son cahier d’écolier et son stylo bic pour prendre des notes. D’ici là, achetez vos bilet et allez encourager le talent. Tant que la liberté de ton aura cette dimension, il y aura encore de l’espoir de vivre un peu heureux.

Athée profondément rattaché aux valeurs de l’Universel et de l’humanisme, grand provocateur dans un genre de haute voltige et de risques, Dieudo a fait rire la francophonie d’une rive de l’Océan à l’autre et du Nord au Sud.

Le FNC comme vous ne l’avez jamais lu WILLIAM SANGER & TAREK O.B.

Le Polyscope : Sans Zak depuis 1967 – Volume 42, Numéro 7 – 23 octobre 2008

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e 37 e Festival du Nouveau Cinéma s’est déroulé à Montréal du 8 au 18 octobre 2008. Une occasion rêvée pour l’équipe du Polyscope de se bouger les miches et aller découvrir les réalisations cinématographiques de la dernière année. Au programme, plus de 250 projections de tout genre, documentaires, fictions, films d’animations, court-métrages provenant des quatres coins du monde... Vous pensez si on s’en ai est mis plein la vue ! Histoire de rembourser les places gratuites, un petit pot-pourri des films qui valent le coup. Still Orangutans Réalisation: Gustavo Spolidoro. Brésil, 2007. 81 min.

Le film Still Orangutans est une prouesse technique en son genre, tel l’Arche Russe de Alexandre Sokourov (2002). Voyage au cœur de la ville brésilienne, pendant 80 min, et ce en un seul et même plan-séquence. Pas de coupure, juste la caméra qui nous fait découvrir et nous invite au voyage. Les histoires de plusieurs personnes s’entrecroisent, évoluent parallèlement ou deviennent le point de départ d’autres histoires, mais l’effet reste le même : la caméra réussit à capter ces petits moment de vie pour nous les faire partager. Il n’y a rien de mieux pour nous faire ressentir toute la force de ces personnes. Scènes quelque fois étranges, comiques, tragiques, oniriques ou tout simplement joyeuses, nos yeux ne pourront se détacher de l’écran. Des scènes puissantes appuieront les dires du réalisateur Gustavo Spolidoro : train, bus, fête d’anniversaire où un professeur de

chant rejoint sa bien aimée de 15 ans, mère de famille plongée en plein cauchemar aux prises avec des pigeons, beuverie de parfums entre amants, lesbiennes s’attaquant au Père Noël, enfant donnant ses économie pour acheter la montre la plus cool qu’il n’a jamais vue, vieillard se faisant aborder dans la rue pour éditer un manuscrit ; bref, les humains n’ont peut être pas trop évolués depuis les orang-outans. A découvrir, ne serait-ce que pour le dépaysement vers ce pays chaud et sympathique qu’est le Brésil. Rire, scepticisme, voyage, à voir ! Cap nord Réalisation: Sandrine Rinaldi. France, 2008. 61 min.

Paris, une nuit des «viveurs». Travailleuse, cette belle jeunesse voulait le pouvoir et le plaisir. Artiste, elle voulait des trésors. Oisive, elle voulait animer ses passions. Elle voulait une place. C’est une œuvre teintée de poésie que nous livre la réalisatrice Sandrine Rinaldi. Conviés pour une soirée nordique, une vingtaine de jeunes adultes se retrouvent pour danser au rythme incessant des mélodies, oubliant l’espace d’une nuit le monde extérieur. Exercices de style verbal entre les protagonistes, cache-cache, rencontres et jeux de regards, le thème récurrent reste l’amour. L’amour, infini, profond ou nouveau, mais l’amour, sentiment recherché par tous. Les acteurs se livrent corps et âme pendant une heure à un moment d’éternité. Rien ne semble exister autour d’eux, ils vivent pour eux, et par eux, formant un îlot inébranlable dans ce Paris presque sans couleur. Sans se prendre la tête, ils ne semblent revendiquer qu’une chose, vivre. Ce film simple, aux pistes sonores invitantes, sans être kitsch, vous fera apprécier le film musical

d’un genre nouveau, poétique. Flame and Citron Réalisation: Ole C. Madsen Danemark, 2008. 130 min.

Ole Christian Madsen nous livre un film fort et poignant. Flame et Citron, ce sont les noms codés de deux résistants danois durant la Seconde Guerre mondiale. Sabotant les plans Nazis et essayant d’organiser la révolte contre l’oppresseur, Flame (Thure Lindhardt) et Citron (Mads Mikkelsen, After the Weeding) deviendront les héros du Danemark de par leur combat et leur courage. Leur première mission est d’éliminer certains espions allemands, mais peu à peu un climat de suspicion s’installe et plus rien ne semble tourner rond : certains Nazis éliminés se révélèrent être des résistants infiltrés, le chef de Flame et de Citron se servant du prétexte de la Guerre pour liquider ses propres ennemis. Flame tombera amoureux d’une photographe qui deviendra la prochaine de ses cibles. Agente double ? Informatrice ? Résistante ? Que faire ? Qui croire dans ce chassé croisé sombre où toute information est filtrée, modifiée, écoutée par des oreilles indiscrètes ? Flame and Citron vous laissera à bout de souffle, les deux personnages vous faisant partager la vie complexe de la résistance, une vie ni noire ni blanche mais aux multiples teintes de gris, où seuls le courage et l’amitié sont des armes aussi sûr que la liberté. D’une grande intensité. Valse avec Bashir Réalisation: Ari Folman. Israël, 2007. 88 min.

Valse avec Bashir, c’est le récit de Ari, ancien soldat israélien à la recherche de sa mémoire. 20 ans après les massacres commis à Beyrouth ouest,

Scène de l’amoureux transis dans À l’ouest de Pluton

son cerveau semble avoir effacé de son esprit le cours des évènements. À travers une série de rencontres entre anciens camarades de guerre, journalistes, amis et psychologues, son aventure et les images réapparaîtront progressivement, dures, cruelles, mais nécessaires. Valse avec Bashir est aussi, et avant tout, un témoignage des massacres perpétrés dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et de Chabila. Les phalangistes libanais, pour venger l’assassinat du futur président chrétien Bachir, décident d’épurer les camps hébergeant les terroristes, exterminant hommes, femmes et enfants ; et ce sous le regard immobile de l’armée israélienne. Tel Persepolis, ce film est à transmettre et à propager. Film d’animation à la technique envoûtante et désarmante, accentué par une bande sonore riche, Valse avec Bashir est un succès, il remet à sa place les responsabilités de chacun : de la part d’Israël, laisser se perpétrer un massacre est tout aussi coupable que de le commettre. Valse avec Bashir, ou la voix du souvenir des Palestiniens, peuple tronqué par l’idiotie humaine.

À l’Ouest de Pluton Réalisation: Bernadet & Verreault. Québec, 2008. 95 min.

Une plongée en apnée hallucinante dans la vie d’un groupe d’adolescents habitant un quartier en banlieue de Québec. Pour un premier long métrage, Bernadet et Verrault nous ont livré une œuvre admirable en tous points. Une pellicule naturelle, sans fard ni outrance, donnant au tout un aspect de documentaire très crédible. Les petits jeunes ont d’ailleurs travaillé fort, près d’un an de préparation pour forger leur rôle. Les réalisateurs ayant tenu justement à impliquer les jeunes acteurs amateurs dans la scénarisation du film. La projection se focalise par la suite sur une longue soirée d’anniversaire dans une maison familiale laissée vacante où tous les excès ressurgissent allègrement. La soirée se prolonge jusqu’aux petites heures du matin où la banlieue ressurgit par son imposante présence et vient refermer la parenthèse et le voyage onirique du spectateur se termine sur les piscines proprets.


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Pop Montréal : Sur les traces des hypsters ÉRIC DESCHAMBAULT culture@polyscope.qc.ca

Le Polyscope : Sans Zak depuis 1967 – Volume 42, Numéro 7 – 23 octobre 2008

CULTURE

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e festival Pop Montréal battait son plein la semaine dernière, une 7e édition bien remplie où l’on présentait plus de 400 artistes en cinq jours, sans compter une foire artisanale, des films et des symposiums. Un évènement annuel qui permet de découvrir des talents cachés, tout en représentant bien la culture indie, qui, au-delà du style musical, symbolise une démarche artistique, un rejet des courants commerciaux et des majors qui contrôlent l’industrie de la musique. Résumé de mes découvertes pendant ce marathon, qui prend place dans plus de 40 salles. Beast Mercredi, mon coloc me prête généreusement son vélo, ce qui me permet de me rendre d’une salle à l’autre en quelques coups de pédale. Premier arrêt : Beast. Nouveau projet de Betty Bonifassi, celle qui est la voix de DJ Champion ainsi que des Triplettes de Belleville, Beast est vraiment un groupe à surveiller. Enfin, «à surveiller » est un bien grand mot, puisqu’ils sont déjà en tournée et qu’on parle d’eux depuis plusieurs mois dans les journaux locaux. Un premier album est prévu pour novembre, mais on peut se procurer un EP en spectacle. Même si le projet s’est principalement fait à deux, accompagné du batteur/

bidouilleur Jean-Philippe Goncalves, ils sont accompagnés sur scène d’un guitariste et d’un bassiste. Ce groupe est vraiment un gros coup de cœur pour moi. J’adore la groove et l’énergie qu’ils dégagent ; j’adore la voix puissante de Bonifassi, j’adore le mélange rock-électro. J’avais pas détesté à Osheaga, mais j’ai vraiment préféré les voir en salle. Bonjay Jeudi, c’est en compagnie de mon coloc, sa flopinette et plusieurs bières que je me rends à l’Association Portugaise pour une soirée teintée de reggae. En route, nous arrêtons à l’Usine 106U, une belle découverte. C’est un endroit qui éveillera vraiment tous vos sens, ce n’est ni plus ni moins qu’un regroupement d’artistes locaux qui présentent des créations de tout genre, des peintures, des sculptures, des zines, etc. Les expositions changent régulièrement. Avant le concert, un DJ nous réchauffe avec du bon reggae. Bonjay, venue de Toronto pour nous faire danser, monte finalement sur scène avec toute son attitude. La salle se remplit rapidement. Elle est accompagnée d’un DJ et de son seul instrument : sa voix (et son look, mettons). La musique est assez diversifiée: soul, pop dansant, reggae, Bonjay aime particulièrement reprendre des hits rock indie à sa façon. Elle reprend entre autre Tv On The Radio. C’est vraiment bon! Tellement bon

que mon coloc, fier finissant de Polytechnique, abuse un peu trop de l’alcool, et se ramasse dans la ruelle. Throw me the statue Vendredi, je me rends au Gymnase, anciennement Le Dog, sur StDenis. J’y découvre deux excellents groupes, qui font dans le rock/pop indie. Le premier est un véritable coup de coeur. C’est Throw Me The Statue. Ça me fait parfois penser à Death Cab For Cuties. Des guitares efficaces, des synthés, un chanteur décontracté, une pop mélodique qui se fait parfois plus agressive. On tape des mains, on bouge la tête. Dans le dépliant de Pop Montréal, ils disent que ça pourrait bien devenir ton prochain groupe favori. Ils ont peut-être raison. Hey Rosetta ! Le deuxième, un groupe plus expérimenté, Hey Rosetta!, est issu de la côte est canadienne. Plus rock et plus noir que la première partie, j’étais quand même surpris de voir dans la salle cette troupe d’ados qui dansaient et semblaient connaître toutes les paroles. Le groupe est formé de six musiciens, et je crois qu’il faut vraiment les voir live pour ressentir toute l’énergie qu’ils dégagent. Jouant avec passion sur scène, ils ont gagnés plusieurs prix dans leur province natale, et je comprends pourquoi. À découvrir! Carnet d’adresses Beast myspace.com/beastsound

A Contratiempo du 10 au 12 octobre. Vous pourrez aussi suivre sans frais des cours d’espagnol ou encore aller consulter le journal Le Bolivarien pour vous tenir au courant de l’actualité politique. Cet espace culturel accueille quiconque a un projet, que ce soit sur la culture chinoise, libanaise, québécoise ou péruvienne, il suffit de remplir la demande en ligne. Vous trouverez plus d’information sur le site consulvenemontreal.org. N’hésitez pas à vous rendre sur place pour découvrir cet espace chaleureux et ouvert sur la culture internationale! et redécouvrir, théâtres, opéra, cinémas, galeries d’exposition, salles de concert, cafés et bien d’autres ! Libraires sur St-Denis et MontRoyal (WS) Vous trouvez que payer 16 $ un roman au Renaud Bray n’est rien d’autre qu’une forme de vol cruel envers les pauvres poches creuses des étudiants ? Vous n’avez pas tort, et j’ai la solution parfaite ! Rendezvous sur la rue St-Denis après le métro Laurier et sur la rue Mont-Royal au niveau du métro Mont-Royal. Vous pourrez découvrir les boutiques de livres d’occasion à Montréal, idéal

pour les petits porte-monnaie. Bandes dessinées, romans, livres de photos, CD de musique, essais, livres d’arts, DVD, tout y est dans ces véritables cavernes d’Ali Baba. «Pas cher, pas cher!» aurait dit mon boss dans l’épicerie libanaise où j’ai travaillé cet été. À fouiner absolument. Club Soda (CK) Quand on pénètre pour la première fois dans le club Soda on est impressionné par la qualité de l’accueil, de l’endroit et par-dessus tout des réglages tant au niveau lumière que son! Que vous souhaitiez apprécier le show depuis la fosse dans un trash ou tranquillement posé avec votre mousse et une vue imprenable sur la scène, il y en a pour tous les goûts. Il y a rarement de l’attente au bar, et vous pouvez même vous faire servir lorsque vous êtes à l’étage (sous réserve de tips bien sûr!). Tout pour ne rien louper ! Le coup de cœur : en vous glissant à l’arrière après votre sortie et avec un peu de chance, vous pourrez même faire un hug à votre artiste favori! 1225 St Laurent, métro St Laurent.

Cools Coins : prise #2 CAROLE KAOUALE, RAPHAELLE OCCHIETTI & WILLIAM SANGER Collaboration spéciale

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euxième chronique des CCCM, ou Cools Coins Culturels de Montréal. Cette semaine : voyage au coeur de la culture vénézuelienne, les boutiques de livres d’occasion et le Club Soda. Centre culturel Simón Bolívar (RO) Le centre culturel Simón Bolívar, qui se trouve au 394 boul. de Maisonneuve ouest (métro Place-des-Arts, sortie Bleury) est un espace où le Consulat général de la République Bolivarienne du Venezuela propose une panoplie d’activités culturelles. Chaque mercredi se tient une séance gratuite de cinéma durant laquelle sont présentés des films du Chili, de Colombie, du Brésil… Si vous êtes curieux de découvrir l’art contemporain d’Argentine, l’exposition «Pintores argentinos de aquí y de allà- section II» est présentée du 2 au 24 octobre. Le centre culturel invite régulièrement des groupes de musique à venir se produire, comme l’ensemble instrumental vénézuélien

Affiche de Pop Montréal, Jack Dylan

Usine 106U myspace.com/usine106u Bonjay myspace.com/woyoyoy Throw me the statue myspace.com/throwmethestatue Hey Rosetta! myspace.com/heyrosetta

** DESCRIPTION PHOTO : Une des affiches de Pop Montréal, dessinée par Jack Dylan. Ce talentueux artiste local exposait ses dessins à Puces Pop, véritable foire artisanale qui avait lieue en marge du festival.


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Mobilisation pour les objectifs du Millénaire J.D. GONZALES, I. RODRIGUE, F. WILBOIS & M. BONHOMME n 2000, les dirigeants des États membres des Nations unies ont adhéré aux objectifs du Millénaire pour le développement, huit objectifs concrets et réalistes visant à réduire l’extrême pauvreté d’ici 2015. Pourtant, à mi-parcours de cette échéance, des efforts renouvelés sont à fournir si nous voulons atteindre ces objectifs. Encore aujourd’hui, par

fam-Québec et sa division jeunesse, le CLUB 2/3.

Affiche du l’évènement Debout et Agissez

Levez-vous! Du 17 au 19 octobre prochain, des millions de personnes vont se

mettre DEBOUT et AGIR en appui aux objectifs du Millénaire pour le développement. Cette année faisons résonner nos voix encore plus fort. Joignez-vous aux millions de ceux qui dans le monde entier vont se mettre Debout et Agir le vendredi 17 octobre 2008 dès 17h30 à la Place du Canada (metro Peel). L’art se met au service de la pauvreté : matchs d’improvisations, théâtre de rue, prestations musicales, banderole géante. Les divisions universitaires d’Oxfam Québec, d’Amnistie Internationale

et de Droits et Démocratie tiendront un événement similaire le jour même à partir de 11h45 face au 3200 Jean-Brillant. Agissez!!!! La collecte de vêtements qui se déroulera du 13 au 31 octobre vous donnera l’opportunité de faire un geste de solidarité. Quatre points de chute seront mis à votre disposition à l’entrée de Jean-Brillant, à la Bibliothèque de lettres et sciences humaines, au pavillon Marie-Victorin et au pavillon Roger-Gaudry.

CULTURE

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Oxfam-Québec

exemple, environ 1 milliard de personnes survivent difficilement avec moins d’un dollar par jour. DEBOUT ET AGISSEZ est un appel mondial qui vise à dénoncer la pauvreté et à rappeler aux décideurs l’importance d’atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). L’année dernière, 43,7 millions de personnes dans 127 pays se sont levées, créant ainsi un nouveau record Guinness. Au Québec, ce sont plus de 11 000 personnes qui se sont mobilisées parmi les réseaux d’Ox-

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Bulle cinéma WILLIAM SANGER Directeur Culture du Polyscope Cinémathèque québécoise, métro Berri UQAM, prix étudiant 6$

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Musique, cendres et amour. WILLIAM SANGER culture@polyscope.qc.ca

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Roman Adamski et Zacharie Djossou, Ceux que l’on porte

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ew York, 11 septembre 2001. Le monde changea subitement, sombrant dans une valse énigmatique de paranoïa, d’extrêmes et d’intolérance. Mais à une plus petite échelle, quelle en fut la conséquence sur l’amour, l’effet sur une petite histoire intime ? Voila le défi qu’Andrew Dainoff décide de relever avec sa pièce Ceux que l’on porte. L’histoire. David décide de laisser Los Angeles derrière lui pour rejoindre sa Sally à New York. Leur idylle fleurira à l’ombre des tours jumelles. David passionné et musicien de jazz, se produit dans un club jazz de la ville. Tout semble couler le plus paisiblement, entre nuits ardentes avec Sally et spectacles avec son nouveau meilleur ami mordu de musique… Jusqu’à ce que le World Trade Center s’effondre, engloutissant dans sa chute les bureaux, les employés, les pompiers, et Sally, chef d’un des restaurants de la tour. C’est alors le plongeon pour David dans la

plus sombre des nuits, celle où l’on désire que les fantômes appellent et où l’alcool se révèle être un bien bon accompagnateur. Bourbon sur bourbon, David décide de quitter New York pour se reprendre en main et se rend à Rome. Début d’un voyage intérieur qui sera déterminant pour David. Il y a rencontrera l’amour, mais pas sous la forme qu’il espérait. Il revient à New York, se rendant compte que pour oublier Sally il est tombé dans les bras d’un new-yorkais à Rome. Puis la fatalité s’abat sur lui. D’abord son amant séropositif, puis son ami musicien s’éteignent, l’un d’un lymphome, l’autre d’une fusillade. « J’ai trois amis. Ils sont morts. Je suis désolé. David. » L’auteur américain Andrew Dainoff aborde un sujet troublant de l’Amérique, une cicatrice encore béante. En nous faisant partager cette pièce forte et intime, nous voyageons dans le New York de la musique, de l’amour, mais aussi celui des cendres qui pèsent sur les vêtements et qui brûlent les yeux. Une mise en scène originale avec

deux musiciens (Philipe Brault et Simon Cloutier) sur scène, jouant avec brio de leurs instruments, vient accentuer l’ambiance jazz de la pièce et ajouter un cachet intime au récit. L’acteur Félix Beaulieu-Duchesneau se livre à une performance intense, à vous attendrir, vous faire rire, vous étonner et pleurer. Rendez-vous dans les clubs jazz newyorkais, aux bars où l’alcool coule sans sembler s’épuiser, à Rome, Central Park et le pont de Brooklyn, rendez-vous avec l’amour sous toutes ses formes, mais aussi avec la détresse puis le souvenir. Une pièce traitant de nos peurs, de nos sentiments, un récit marquant. À voir absolument ! Du 14 octobre au 8 novembre 2008 à l’Espace Go. Ceux que l’on porte, une production du Théâtre PÀP, d’après l’œuvre originale de Andrew Dainoff, traduit de l’américain par David Laurin, mis en scène par Vincent-Guillaume Otis et interprété par A.-E. Bossé, F. Beaulieu-Duchesneau, P. Brault et S. Cloutier. Prix étudiant, 24 $.

Le Polyscope : Sans Zak depuis 1967 – Volume 42, Numéro 7 – 23 octobre 2008

Vendredi 10: 16h Le Camion (Fr., 1977, Maguerite Duras) Samedi 11: 21h Brooklyn Boogie (E.U., 1995, P. Auster et W.Wang) Dimanche 12: 19h Le Pont des Arts (Fr., 2004, Eugène Green) Mardi 14 : Ciné-conférence d’Olivier Barrot : Mercredi 15: 18h30 G. Schwizgebel : Le vertige au bout du pinceau Jeudi 16: Andy Warhol’s T.V.,épisodes 5-7 (E.U., 1981, Don Monroe)


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Andy Warhol à Montréal WILLIAM SANGER

culture@polyscope.qc.ca

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The Dears ne sont pas morts !

Marylin, Andy Warhol

la musique et les arts visuels, avec une touche de cinéma. Toute la faune des années 1980 y défilera de Steven Spielberg à John Waters, de Duran Duran à l’Opéra de Pékin, en passant par Cindy Sherman, Pee Wee Herman, Georgia O’Kee, Mariel Hemingway, le sénateur Moynihan ou d’illustres inconnus. Puis, en 1985, Warhol est appro-

Bulle cinéma

ÉRIC DESCHAMBAULT

WILLIAM SANGER

eric.deschambault@gmail.com

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oilà, enfin, c’est très bientôt qu’on pourra renouer avec The Dears, ce groupe rock-indie montréalais qui était là bien avant Arcade Fire, avant Malajube, avant Patrick Watson... Fondé en 1995, maintenant connus à-travers le monde, il faut avouer qu’ils ont ouvert la porte pour bien d’autres bands de chez nous. En cours de route, bien entendue, plusieurs membres ont quitté le groupe, d’autres se sont joins, si bien qu’on les croyait mort depuis quelques temps. De la formation originale, il ne reste plus à présent que Natalia Yanchak et Murray Lightburn, le chanteur. Ce dernier pensait bien « tuer » The Dears, mais alors qu’il composait des chansons pour un projet solo, il a dû se rendre à l’évidence : tout ce qu’il écrivait sonnait The Dears. Impossible donc de s’en défaire, si bien qu’ils sont prochainement de retour avec un tout nouvel album, Missiles. On peut écouteur un premier extrait ainsi que visionner des vidéos sur le site web du groupe (http://www.thedears.org/) La semaine prochaine, dans le cadre de Pop Montréal, on pourra voir et entendre le “nouveau” The Dears. Le 2 octobre, au Masonic Temple. Billets en vente sur popmontreal.com. Entre temps, malgré que Missiles ne sorte que dans quelques semaines, l’album est déjà disponible sur Bittorent. C’était

ché par MTV pour développer une série hebdomadaire qui s’intitulera Fifteen Minutes. Reprenant sur un rythme plus syncopé la formule d’entrevues et de variétés d’Andy Warhol’s T.V., Warhol continue d’y accueillir en vrac ceux qui font l’actualité people ou artistique. Sa mort en février 1987 mettra fin à la série après seulement cinq épisodes.

Directeur Culture du Polyscope Cinémathèque québécoise, métro Berri UQAM, prix étudiant 6$

Vendredi : 16h India Song (Fr., 1974, Marguerite Duras) Samedi : 17h L’homme qui ment (Fr.-Tchéc., 1968, Alain Robbe-Grillet) 19h Un chant d’amour (Fr., 1950, Jean Genet) ; Espoir(Fr., 1939, André Malraux) Dimanche:19h El Topo (Mex., 1970, Alejandro Jodorowsky) Mercredi: 20h30 La Femme gauchère (RFA, 1977, Peter Handke) Jeudi : 19h Andy Warhol’s T.V. (episodes 1-4) (É-U., 1980, Don Munroe) The Dears, Liam Maloney

inévitable. Les membres de The Dears décrivent eux-mêmes l’album sur leur MySpace comme étant très « beau ». Un album essentiellement blues, idéal pour faire l’amour, car il rend toute chose plus agréable. L’album dure au total près

Enfin vous zestes, Geneviève Lizotte

d’une heure, avec des chansons très longues, dont une qui fait 11 minutes (comme dans le bon vieux temps). The Dears ne sont pas mort. Vive The Dears! Chroniques à suivre sur le blog chez-bigi-academie.blogspot.com

Enfin vous zestes RAPHAELLE OCCHIETTI Chroniqueuse Culture

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u 25 septembre au 5 octobre est présentée la production de la compagnie Louise Bédard Danse : Enfin vous zestes. Le spectacle est porté par 6 interprètes accompagnés d’accessoires tels que des toiles de peintre, des peluches, des imperméables. Ceux-ci sont habilement utilisés pour cacher ou révéler les corps. Les mouvements semblent émaner de personnes malades, physiquement et psychiquement. La communication orale directe des danseurs avec les spectateurs par un «Do you want my picture?-Tu veux ma photo?»

nous surprend. On peut retenir de très originaux portés masculins, un duo où la lumière parvient à mettre en valeur les corps plutôt que de les enlaidir. Enfin une très touchante composition sur cube où les corps viennent harmonieusement s’entrelacer. Il est peut-être dommage de devoir lire l’interprétation que veut donner la chorégraphe pour arriver à saisir ce spectacle. Si vous n’êtes pas encore familier avec la danse contemporaine, cette chorégraphie pourrait vous paraître obscure et réservée à des initiés. La danse se tourne-t-elle en dérision pour se questionner sur les buts mêmes de son art?

Le Polyscope : En beau sacrament depuis 1967 – Volume 42, Numéro 5 – 3 octobre 2008

Warhol’s TV et Fifteen Minutes, trois séries télévisuelles conçues, produites et animées par Andy Warhol. Présentés en complément à l’exposition du Musée des Beaux-Arts de Montréal, Warhol Live, ces trente épisodes inédits des années 1980 sont une occasion rare de découvrir cette facette méconnue de l’artiste survolté. De la culture populaire à l’underground, des proches de Warhol aux stars du moment, de l’actualité artistique à la haute couture, découvrez un aspect plus rarement diffusé de l’univers éclectique de Warhol. Le premier projet, Fashion, en dix épisodes, est centré sur un univers qui a toujours fasciné Warhol : la mode et la haute couture. Chaque épisode porte sur un sujet donné (le maquillage, le mannequinat ou la photographie) ou sur une personnalité (les designers Betsey Johnson, Roy Halston ou Kansai Yamamoto, les chroniqueuses Fran Lebowitz ou Diana Vreeland). Andy Warhol’s T.V. délaisse la formule thématique de Fashion, et s’articule autour d’une série d’entretiens, avec, occasionnellement, des segments tournés dans des évènements mondains ou des clubs de New York. Elle combinera la culture populaire et l’underground, la mode,

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CULTURE

ndy Warhol débarque à Montréal et élit domicile tout l’hiver à la Place des Arts. Occasion à ne pas manquer pour mieux connaître cet artiste majeur et influent du Pop Art. Le musée des Beaux arts présente du 25 septembre au 18 janvier l’exposition Warhol Live, relatant l’influence de la danse et de la musique dans l’œuvre de l’artiste. Parallèlement, la Cinémathèque Québécoise nous livre son cycle Andy Warhol, l’homme de la télé, du 2 octobre au 18 décembre. Pas besoin d’aller faire un tour du côté de Wikipédia pour découvrir qui est Andy Warhol. Un tableau de soupes Campbell et une Marylin Monroe aux couleurs pastels, ça ne vous est pas inconnu ? Les deux expositions permettront aux spectateurs montréalais de comprendre un peu plus cet artiste qui explora et exploita au maximum les médiums mis à sa disposition, peinture, cinéma, télévision, pour créer un genre nouveau dans le paysage artistique du XXème siècle. Warhol Live au Musée des Beaux Arts. Pour la première fois dans l’historiographie de l’œuvre d’Andy Warhol (1928-1987), l’exposition-événement

Warhol Live, mettra en lumière l’omniprésence et le rôle fondamental joué par la musique et la danse, dans l’œuvre et dans la vie de l’artiste. Élément narratif essentiel, présent tout au long du parcours de l’exposition, la musique guidera le visiteur dans une redécouverte de l’œuvre de Warhol. Cette perspective tout à fait inédite suivra une lecture chronologique et thématique, depuis la musique de film que Warhol découvre dans sa jeunesse jusqu’à la scène disco du Studio 54, le mythique nightclub ouvert en 1977 dont il fut l’un des habitués les plus notoires. Cette présentation mettra en relation des œuvres majeures et emblématiques de l’artiste (portraits d’Elvis, de Marilyn, de Liza Minnelli, de Grace Jones, de Mick Jagger, de Debbie Harry, des Autoportraits, les Campbell’s Soup Cans…) et d’autres moins connues (pochettes de disques, illustrations, photos, polaroïds…). S’y ajoutent des films de l’artiste, tels que Sleep et Empire, ou encore les Screen Tests des musiciens du célèbre Velvet Underground, les émissions Andy Warhol’s TV et des vidéoclips produits pour des groupes tels que The Cars et Curiosity Killed the Cat. Andy Warhol, l’homme de la télé à la Cinémathèque québécoise. La Cinémathèque québécoise vous invite à découvrir Fashion, Andy

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Nouveau cinéma de Woody Allen WILLIAM SANGER culture@polyscope.qc.ca

Le Polyscope : Révolutionnaire depuis 1967 – Volume 42, Numéro 5 – 3 octobre 2008

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n petit binoclar frêle, têtu, juif et baratinant sans relâche, intellectuel new-yorkais et aimant les femmes qui passent à ses côtés, voila une petite description du personnage souvent joué par Woody Allen. Mais autre qu’un gai luron, Woody Allen est aussi un artiste complet de par sa filmographie, réalisant presqu’un film par année depuis 20 ans. Acteur, scénariste, réalisateur et producteur, il réussit à nous livrer des films légers (Le Sortilège du scorpion de jade, Small Time crooks), plus profonds (Interiors, Manhattan) ou tout simplement loufoques et farfelus (Bananas, Woody et les Robots). Néanmoins, c’est un Woody Allen d’un autre genre que l’on découvre avec ses plus récents films. Match Point et le Rêve de Cassandre reflètent ce renouveau dans l’œuvre du réalisateur en abordant des thèmes plus tragiques et en fondant la limite entre trame narrative et opéra. Match Point. Chris Wilton (Jonathan RhysMeyers) donne des cours particuliers dans un club de tennis pour aristocrates de Londres. Il se lie d’amitié avec Tom

Hewett, un des joueurs du club, car leur passion commune pour l’opéra les rapproche. Il tombera vite amoureux de sa sœur et se verra élevé aux plus hautes sphères sociales. Malgré cette union avec la famille de son meilleur ami, une idylle naîtra entre lui et la copine de Tom, Nola Rice (jouée par Scarlett Johansson). Ce triangle amoureux évoluera tout au long du film, mêlant mensonge, tromperie et chance. Abordant le thème de l’amour et du choix, Match Point est un film à voir, notamment pour sa haute teneur tragique et la technique cinématographique parfaite de Woody Allen. Que choisir entre l’amour que l’on a pour une personne et une situation sociale plus qu’enviable, que cet amour risque de détruire tous liens d’amitié qui découlent de cette situation, puis qu’un second amour gravite autour des personnages ? Bref, un véritable opéra filmé. Le Rêve de Cassandre. Film passé inaperçu dans les salles de projection canadiennes, Le Rêve de Cassandre reste un incontournable du nouveau Woody Allen. Terry (Ewan McGregor) et Ian (Colin Farrell) sont deux frères voulant s’extraire de leur milieu social. Jeux de cartes, placements douteux, ils font tous pour se donner les moyens

d’émerger socialement. Quand Ian doit payer une lourde dette de jeu, les deux frères décident de contacter leur riche oncle d’Amérique. Le hic, c’est que cet oncle, grand VP d’une compagnie pharmaceutique, n’est pas clair non plus. Il doit se débarrasser d’un de ses partenaires, et il ne trouve pas d’autres personnes à qui confier cette tâche que les deux frères, car «la famille et les liens de sang sont plus forts que tout». Le meurtre accompli, Ian ne peut surmonter le remord et sombre dans la peur et la folie. Terry, lui, s’acclimate aisément mais s’aperçoit que son jeune frère est prêt à passer aux aveux. Une seule solution s’offre à lui, éliminer Ian. Tout aussi fort que le précédent, ce film témoigne du peu de moyen qui s’offre aux générations modestes pour émerger. Entre une vision d’un modèle riche inaccessible, et la monotonie sans argent, un gouffre immense se dresse et semble infranchissable. Une fin tout aussi inattendue, en coup de théâtre, viendra clore cette histoire. Woody Allen imagine arrive à saisir notre société et à porter à l’écran ses problèmes. A travers son regard d’homme de cinéma de 72 ans, il arrive à capter ce qui traverse notre époque et semble trop éphémère pour le nommer.

Woody Allen, O:ADGHO:ASHFO:HA:SFIOH:ASIHOF

Entre une image sociale et ses propres revendications, quel choix faire ? Le tout dernier film de Woody est présenté au cinéma Ex-Centris, Vicky Christina Bar-

celona, mettant en vedette Pénélope Cruz et Scarlett Johansson. À ne pas manquer, un cinéma sérieux, riche, divertissant et indémodable !

Cools Coins Culturels de Montréal RAPHAELLE OCCHIETTI & WILLIAM SANGER Collaboration spéciale

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remière partie d’une nouvelle chronique culture, les CCC de Montréal, ou les Cools Coins Culturels de Montréal, se veulent une série d’articles présentant les lieux majeurs d’expression artistique dans la métropole. Destinés aux étudiants en échange comme aux plus établis d’entre nous, ces articles vous ferons découvrir, ou redécouvrir, théâtres, opéra, cinémas, galeries d’exposition, salles de concert, cafés et bien d’autres ! Salle Wilfrid Pelletier. (SW) Lieu où l’or et les arts s’entremêlent pour ne faire qu’un ensemble d’une beauté sans précédent, cette salle est la place forte du cœur culturel de Montréal, la Place des Arts. Certes, les sièges ne sont pas donnés. Néanmoins, assister à une performance de l’Opéra de Montréal, même à la corbeille, reste une expérience unique et inoubliable qui sera à jamais incrustée dans votre mémoire. L’Orchestre Symphonique de Montréal, dirigé par le maestro Kent Nagano, livre aussi ses œuvres aux montréalais sur la scène de la salle Wilfrid Pelletier. Musique classique et opéra, rendez-vous à la Place des Arts pour savourer un

moment éternel. Cinémathèque québécoise. (SW) Située à la sortie du métro Berri UQAM, la cinémathèque est un lieu de prédilection pour le spectateur friand de cinéma de cinéma d’auteur. Présentant de nombreux cycles aux thèmes différents à travers l’année, elle saura titiller votre curiosité et vous faire découvrir un genre de cinéma à l’opposé des blockbusters hollywoodiens. Pour un coût assez modique, 6 $ par projection pour un étudiant, vous voyagerez à travers le monde assis confortablement dans ses salles sombres. À noter, la cinémathèque possède aussi une médiathèque regroupant plus de 2000 films, plus de 53 000 ouvrages reliés au cinéma que vous pouvez consulter et visionner sur place. Un lieu phare du cinéma montréalais pour les cinéphiles. Usine C. (OR) L’Usine C est un centre de recherche, de création et de diffusion pour la scène contemporaine. Le bâtiment, qui se situe au 1345 avenue Lalonde (parallèle à la rue Ontario – au sud d’Ontario entre Panet et de la Visitation), peut se qualifier de recyclage architectural puisqu’il a été conçu à partir d’une usine existante, l’usine Raymond. L’atmosphère en est d’autant plus originale qu’elle émane directement de cette source indus-

trielle. Une ouverture conviviale vers un petit jardin et une galerie d’exposition vous feront apprécier l’attente avant d’intégrer la salle de spectacle. L’Usine C constitue un lieu original de Montréal par son architectonique et par les créations contemporaines qui y sont présentées. Casa del Popolo. (WS) Située au 4873 boulevard St Laurent, la Casa del Popolo est un café végératarien où l’activité culturelle est effervescente. Offrant un lieu de rencontre idéal, la casa (maison du peuple) propose une galerie d’art ainsi qu’une salle de spectacles laissant libre cours à l’expression des artistes de tout genre : Djs, jazz, vernissages, expositions... Spectacles gratuits les lundis, mardis et 3ème dimanche de chaque mois. À découvrir! Si vous voulez faire partager vos expériences, n’hésitez pas à faire parvenir au Polyscope à l’adresse culture@polyscope.qc.ca un court texte présentant votre Cool Coin Culturel de Montréal.

Remerciements particuliers à Thierry Ha et Paul Blondé, fiers chasseurs d’images de Polyphoto à travers Montréal !

Shot x shot à la Casa del Popolo, Thierry Ha et Paul Blondé


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Opéra : La fanciulla del West RAPHAELLE OCCHIETTI Chroniqueuse culture

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plus où vous en êtes : où est la limite entre le réel et la folie ? La Cantatrice chauve. L’histoire est simple. Lors d’un repas organisé entre deux couples d’amis, les Smith et les Martin, un pompier en robe de chambre se joint au groupe avec la bonne de la maison et les discussions fusent de part et d’autres entre les protagonistes. Dans une interprétation haletante et sans laisser un seul instant de répit au spectateur, les quiproquos s’entremêlent et s’enchaînent à un rythme fou. Entre la tirade de quatre minutes du pompier sur le rhume de-lasœur-de-la-tante-au-troisième-degrédu-cousin-travaillant-avec-le-père-dufrère-de-la-sœur-par-alliance-du …. (vous saisissez ?), le poème enflammé de la bonne, le spectacle s’emballe et perd toute logique. Normal non ? Car la cantatrice chauve se coiffe toujours de la même manière ! La Leçon. Un vieux professeur offre des cours particuliers aux nouvelles admises à l’université. Cette nouvelle élève désire suivre une formation accélérée pour obtenir le doctorat, et pas n’importe lequel, le doctorat général ! Par quelle

matière commencer, l’arithmétique ou la philologie ? Le problème se pose alors lorsque le maître doucereux se rend compte que sa «brillante» élève ne connait que ses saisons, et difficilement ses 8 premiers chiffres. Le rapport de force entre la jeune femme sûre d’elle et le maître change du tout au tout pour terminer tragiquement. Deux pièces à voir absolument. Les répliques sont appuyées par une trame sonore remixée par un dj établi sur scène qui manie trompette, tables tournantes et cloches. Ionesco quitte la petite salle de 30 personnes du théâtre de la Huchette pour élire temporairement domicile au Théâtre Denise Pelletier. Cette version, sans être similaire, apporte un nouveau souffle aux pièces célèbres du dramaturge qui ont plongées le public depuis quelques décennies dans la perte de toute logique. Amorçant la saison théâtrale du Théâtre Denise Pelletier, vous retrouverez ces pièces à la sortie du métro Berri-UQAM, au centre Pierre Péladeau, au 300 boulevard de Maisonneuve. 21.5 $ pour étudiant, plutôt donné pour un tel programme. Rendez-vous avec l’absurde !

Théâtre de l’absurde : Ionesco WILLIAM SANGER

culture@polyscope.qc.ca

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t la cantatrice chauve, comment se coiffe-t-elle ? Devrait-on commencer par l’arithmétique ou bien passer à la philologie ? Dures questions n’est-ce pas ? Absurdes même… Exactement ! Le théâtre Denise Pelletier débute sa rentrée par deux pièces de Ionesco, La Cantatrice chauve et La Leçon. Cette programmation revêt un caractère particulier. C’est une célèbre tradition parisienne qui est perpétrée durant les soirées montréalaises du 18 septembre au 28 octobre. En effet, depuis 1958, le Théâtre de la Huchette présente sans interruption et ce, soir après soir au cœur du quartier St Michel au bord de la Seine à Paris. Et maintenant, Ionesco débarque sur les planches pour le plaisir des montréalais. Dramaturge de l’absurde, vous serez plongés l’espace d’une soirée dans un mélange de drame, d’hilarité et de loufoquerie. Au bout de deux heures (la durée d’une pièce est de moins d’une heure), vous ne serez

Affiche de la Fanciulla del West, Opéra de Montréal

qui naît de la véracité des sentiments humains. Minnie arrive au milieu de l’assemblée, fusil à la main. Cette femme indépendante prend en main son avenir plutôt que de laisser un destin tragique s’imposer à elle. Les mineurs ont compris la noblesse de Dick qui respecte Minnie et qui voit en elle la compagne d’un nouveau voyage.

Libres de partir, Minnie et Dick disent adieu à la Californie. Par une narration fluide, par un décor magnifique, par le jeu authentique des chanteurs nous franchissons la représentation théâtrale pour appartenir entièrement au monde de La Fanciulla del West. L’Opéra de Montréal interprète avec virtuosité cette œuvre pour nous en laisser un souvenir émouvant. Bravo.

Coupures Culture WILLIAM SANGER

Directeur Culture du Polyscope

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ages cultures teintées de politique, actualité oblige ! Le gouvernement Harper cisaille allègrement les subventions accordées aux programmes artistiques et culturels. 42 millions, ce n’est rien ? C’est sur, 42 millions, c’est peutêtre rogner sur ce qui est superflux : encourager à développer de nouvelles idées ; aider à promouvoir à l’étranger l’identité québécoise et sa richesse ; faire en sorte que le québec rayonne à travers la francophonie par sa multitude et sa variété ; mettre sur scène de nouveaux concepts créateurs et originaux... Bref rien de bien important. Mais 42 millions en moins, non seulement ça touche Le Polyscope, car sans nouveaux spectacles, plus de chroniques, de photos, d’interviews ni

de critiques ; retour à la description des feuillets paroissaux! C’est vrai quoi, revenons sur le droit chemin, les vraies valeurs et non ces folies qui corrompent la jeunesse. Mais 42 millions, c’est aussi priver de ressources toute une pléiade d’artistes, d’organisateurs, c’est ne pas accorder d’augmentation à l’éclairagiste, le souffleur sous les planches du théâtre, bref, laisser nu un projet sans pouvoir l’habiller en hiver. Coupures dans la culture, ingénieurs et étudiants de l’Université de Montréal, soyez au fait des évènements actuels, et si vous ne pouvez pas vous imaginer l’inconfort d’une perte de 42 millions pour les artistes, cela reviendrait à aller à l’université et ne pas avoir de chaises pour assister aux cours. À méditer ! tag youtube : coupures culture

Erratum Sur la couverture du dernier Polyscope, Nebbia n’est pas une production du Cirque du Soleil, mais une production du Cirque Éloize.

Le Polyscope : Révolutionnaire depuis 1967 – Volume 42, Numéro 5 – 3 octobre 2008

Minnie dit au shérif qu’elle l’a toujours respecté et lorsque Minnie gagne (en trichant), le shérif ne trahit pas sa parole et accepte l’amour qu’elle éprouve pour Dick. Acte III. Une chasse à l’homme est organisée par les mineurs. Lorsqu’ils attrapent Dick, ces hommes ne ressentent plus rien de leur misère collective mais s’organisent en une masse de colère. Bien que Dick se défende de ne jamais avoir tué, la loi des hommes lui glisse quand même la corde au cou. L’assemblée s’accorde pour lui laisser dire ses dernières pensées. Point culminant de l’opéra, Puccini donne musicalement la place à l’homme qui comme les mineurs, par des hasards successifs, mène une vie qui ne ressemble en rien aux idéaux qu’il portait. Ch’ella mi creda… Dick demande aux mineurs que Minnie ne sache rien de sa mort misérable et ouvre ainsi son chant : «qu’elle me croit libre et loin, qu’elle m’attende, que les jours passent et qu’elle voit que je ne reviens pas ». Ce chant serre notre gorge par sa sincérité : Minnie n’est pas présente, Dick n’a rien à prouver. Ce dernier termine son chant en disant que Minnie est la seule fleur de sa vie. Si une telle affirmation nous paraît aujourd’hui légèrement comique, c’est peut-être parce que nous avons perdu une certaine forme de simplicité dans nos rapports au monde. Pour Dick et pour les mineurs, dans leur réalité où le passé est révolu à jamais et où le quotidien qu’ils vivent vient les détruire physiquement et psychologiquement, la fanciulla del west apporte effectivement un bonheur simple, sans artifices,

CULTURE

a fanciulla del West ou la fille du Far West, un titre auquel on ne s’attend pas pour un opéra représenté pour la première fois en 1910 par le compositeur italien Puccini. Peut-être ce titre semble moins pouvoir porter la tension dramatique que nous connaissons par Madame Butterfly, Tosca ou La Bohème. Et pourtant! L’opéra s’ouvre par l’image d’un train filant à vive allure qui s’estompe pour laisser place au décor de rouille et de carcasses métalliques. Qui retrouvons-nous? Les mineurs, bien-sûr, des hommes qui donnent leur vie à la recherche de quelques pépites d’or qu’ils peuvent envoyer à leur famille restée au pays. Ils vivent au pied des Cloudy Mountains en Californie, passant de la mine au Polka Bar, où ils peuvent se réchauffer au whisky, entre les jeux et les filles. Dans cet endroit où s’accumulent fatigue, nostalgie et désespoir, le chœur des hommes entame un chant. Ces hommes chantent pour se rappeler leur pays et leur famille, ils chantent pour oublier et pour se donner du courage. Si notre sensibilité ne se trouve pas touchée par le destin tragique de grands héros, elle l’est par un cri du cœur sincère qui se fraie un chemin dans nos souvenirs ancestraux. Un sentiment étrange nous envahit, comme si tout d’un coup la douleur de l’exil de nos familles sortait de notre inconscient. Nous ne vivons pas immédiatement cette réalité mais notre histoire familiale se compose, à un moment ou à un autre, de ce déchirement.

C’est ici que rentre en scène notre fanciulla, qui se prénomme Minnie. Elle tient le Polka Bar et c’est en elle que les mineurs trouvent du réconfort. Représentant à la fois une mère qui les gronde gentiment et une sœur qui les veille lorsqu’ils sont malades. Minnie vit dans un univers masculin avec aisance puisque son cœur généreux lui vaut l’amour sincère des mineurs. Alors que le shérif tente une demande en mariage, un bel inconnu fait son entrée dans le bar, se présentant sous le nom de Dick Johnson. Petit problème : un hors-la-loi est activement recherché dans le secteur. Évidemment, nous ne tardons pas à nous douter de l’identité du nouvel arrivant, duquel Minnie tombe amoureuse. Dick et elle s’étaient déjà rencontrés mais leur route avait divergé. Émue de ces retrouvailles inattendues, Minnie invite Dick à venir la voir le soir dans sa maison au milieu de la forêt. L’acte II est époustouflant de tension narrative. Dick, étant le bandit qui venait pour voler l’or des mineurs, sera blessé par une balle du shérif. Réfugié chez Minnie, grâce à laquelle il a décidé de ne pas commettre de vol, il est découvert par le shérif qui voit une goutte de sang tomber du plafond. Minnie jouera donc au poker avec le shérif : si elle gagne, Dick est sauf et le shérif ne soufflera pas mot de sa présence; si elle perd, Dick mourra pendu et elle devra se donner au shérif. Cette partie est une merveille musicale où l’orchestre oscille entre roulement léger et mélodie. Dans cette partie de poker, tout n’est pas noir ou blanc (comme nous le présente trop souvent les productions blockbusters).

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polyscope

Destination danse catalogne

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Vol direct vers la Catalogne, Destinations : Danse. Du 20 au 30 août dernier était présentée une série de 4 performances de danse contemporaine à l’Agora de la Danse. Retour sur deux des évènements : Bach, créé et interprété par Marìa Muñoz, sur la musique de J.S. Bach, Clavier bien tempéré ; et Mi madre y yo, créé et interprété par Sònia Gómez et Rosa Vicente.

RAPHAELLE OCCHIETTI & ANDRÉA SAAVEDRA Collaboration spéciale

Crédit photo: Jordi Bover

La chorégraphie fascine les yeux et l’esprit par plusieurs aspects. Le visage très expressif de l’interprète, sur lequel on peut lire l’influence du mime, accompagne les mouvements fluides ou raides du corps. María Muñoz n’hésite pas à changer le rythme de son corps par rapport à celui de la trame sonore car elle «suit ou repousse la musique de Bach». Par exemple, elle recule jusqu’au fond de la scène en effectuant une dizaine de fois le même enchaînement de mouvements cadencés, voire robotiques, sans que le spectacle s’en trouve débalancé. Parfois, le corps s’unit à l’espace par le biais de la lumière :

sur le fond blanc non éclairé ressortent trois rectangles illuminés, placés à la verticale. Passant de l’un à l’autre, chaque rectangle devient un espace scénique où il semble que l’interprète danse avec son ombre. Si l’un des rectangles disparaît, repris par l’obscurité, il faut courir au suivant, jusqu’à ce que l’ombre, comme un mur qui descend, vienne écraser la lumière et l’interprète. Un seul regret nous envahit durant cette interprétation d’une incroyable beauté, c’est le fait que cette œuvre d’art scénique soit si éphémère et qu’il nous soit impossible d’en fixer tous les instants. Raphaelle Occhietti

nous faire passer une émotion subtile. Cela confirme son réel talent et sa passion musicale. Sous les vivas et bravos de la foule, la soprano et le chef d’orchestre se sont exprimés en français devant un public conquis et charmé par la

beauté de la musique et la qualité de l’interprétation. A noter : Kent Nagano dirigera la Cinquième Symphonie de Beethoven devant la mairie de Montréal Nord le 6 septembre 2008 à 19h30 dans un concert gratuit. Avis aux intéressés!

Sumi Jo chante le bel canto RAPHAELLE OCCHIETTI & WILLIAM SANGER

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Collaboration spéciale

ontrairement aux concerts habituels (opéras, requiem, concertos), le concert présenté le 20 août 2008 par l’Orchestre Symphonique de Montréal (OSM) consistait en une sélection d’airs allant d’une symphonie à l’ouverture d’un opéra. Cette diversité d’airs permettait de proposer un éventail de prouesses techniques de la cantatrice Sumi Jo. Les airs choisis étaient des bel canto, soit des airs écrits pour mettre en valeur la virtuosité vocale de l’interprète. Le concert débute par la Symphonie no 101 de Joseph Haydn, dite « L’Horloge ». Ce morceau nous fait apprécier à sa juste valeur l’orchestre Symphonique de Montréal. En effet, celui-ci nous transmet l’harmonie du groupe par la musique jouée. Par le frémissement qui parcoure l’ensemble des musiciens répondant à celui de la baguette de Kent Nagano, nous ressentons la symbiose exceptionnelle entre les deux partis. C’est sur le Exsultate jubilate (A vos souhaits!) de Mozart que Sumi Jo fait son entrée mémorable. Elle arbore une robe de sirène au bleu étincelant qui nous laisse la bouche ouverte : nous

sommes en présence d’une diva. Originaire de Corée du Sud, après avoir étudié le chant à Rome dans les années 80, Sumi Jo parcourt les opéras du monde entier pour interpréter airs célèbres (notamment la Reine de la nuit – La Flûte enchantée, Mozart) et opéra français (Offenbach). Elle fait preuve sur scène d’une présence magnétique et envoûtante. (voir Maxwell) On qualifie Sumi Jo de soprano colorature. Soprano, car sa voix est à une tonalité la plus aigüe et légère. Colorature, car sa voix est particulièrement agile et est capable d’une grande facilité à vocaliser. L’opéra baroque italien et le bel canto (airs d’opéra de Rossini, Bellini, Donizetti) exigent de ses interprètes féminines ces caractéristiques. Après l’entracte, nous pouvons à nouveau pleinement profiter du talent de l’Orchestre Symphonique, avec le morceau d’ouverture de La scala di seta de Rossini. Kent Nagano dirige ses musiciens sans fioriture mais de manière directe, subtile et avec passion. Puis revient Sumi Jo, cette fois vêtue d’une robe ample, pareille à une feuille d’or. Elle interprète cette fois-ci un extrait de Linda di Chamounix de Donizetti, « O luce di quest’anima ». Elle conquiert le public par ses oscillations de voix ainsi que par sa capacité à tenir les

notes les plus aigües de manière a figer le temps autour d’elle. Finalement, dernière partie du programme : l’ouverture de l’opéra Norma, de Bellini. L’ouverture est magistrale ; ébahis, les spectateurs s’étonnent d’avoir gardé la bouche ouverte pour la durée de l’air. Nous avons droit à deux autres extraits de Bellini chantée par Sumi Jo : « O! Quante volte » (I Capuleti e i Montecchi) et « Qui la voce… vien diletto » (I puratini). Sumi Jo confirme sa réputation de grande diva des temps modernes et sublime le public. Une complicité apparente s’établit entre le chef d’orchestre, heureux de diriger, et la soprano. C’est un cadeau de quatre rappels que ceux-ci nous offrent. Une troisième robe fait son entrée, aux couleurs du soleil couchant, portée par une Sumi Jo souriante et enjouée qui interprètera à tour de rôle : « Ah vos jeux, mes amis » dans Hamlet par Thomas, « Quand le printemps arrive » de Lim Kungsu pour la réunification de la Corée, « L’air de l’Olympe » des contes d’Hoffman (Kent Nagano se prêtera au jeu et ira remonter mécaniquement Sumi Jo sous les rires et la bonne humeur du public), et finalement « O mio babbino caro » de Puccini. Après le comique, Sumi Jo nous prouve qu’elle sait chanter un air délicat et qu’elle sait

Crédit photo: Richard Template

Le Polyscope : Bouzeux depuis 1967 – Volume 42, Numéro 1 – 05 Septembre 2008

Danse contemporaine : découvrir l’effervescence de la Catalogne Bach-María Muñoz / compagnie Mal Pelo Il faut vous imaginer une scène sans estrade, simplement délimitée par un carré blanc au sol et un au mur faisant face aux spectateurs. Il faut vous imaginer une femme, vêtue comme un danseur de tango. Tout est en simplicité : la scène, le costume, l’entrée de l’interprète qui capte notre attention par sa simple respiration. Le spectacle Bach est en fait une commande adressée à la compagnie Mal Pelo, représentant le défi de danser sur une musique qui a priori ne peut qu’être écoutée, tout en y intégrant le bagage artistique propre à Mal Pelo. Ce solo dansé par María Muñoz, même s’il n’est pas narratif, possède une teinte théâtrale et inclut un apport vidéo original. Le début du spectacle ne se voit pas formellement annoncé par le

lancement de la musique. En silence, presque dans l’obscurité, María Muñoz marche. Lorsque la musique débute et que la scène s’éclaire, les mouvements de l’interprète se découpent sur le fond blanc, nous enrobant d’un sentiment de pureté et d’harmonie. Le phrasé chorégraphique est dépouillé et empli d’authenticité, cependant il dégage une force presque instinctive. Nous sommes si proches de la danseuse que nous entendons ses chaussures glisser sur le plastique blanc, nous sentons l’effort du corps qui, sans faire de mouvements extrêmes, répond avec précision et liberté aux notes de piano. Alternant avec la musique, le silence devient luimême musical au rythme donné par les pas, les sauts, les bras, la tête de María Muñoz. Celle-ci nous informe lors de la discussion qui se déroule après le spectacle que ces instants de silence correspondent aux fugues du Clavier bien tempéré, trop rapides pour faire partie de la trame musicale, mais assez inspirantes pour être dansées de mémoire. Ainsi, choisissant les morceaux qu’elle se sait « capable de danser » et sur lesquels elle peut «trouver l’espace dans la musique» tout en laissant notre imaginaire travailler lors des instants de silence, María Muñoz fait venir en elle et en nous des images qu’elle dit ne pas avoir le « temps d’attraper ».

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bsurdité et relation : Mi Madre y Yo de Sònia Gómez Le spectacle Mi Madre y Yo surprend le public par la réussite d’un équilibre parfait entre l’absurde et le rationnel. La conceptrice et interprète Sònia Gómez, expose et partage sur scène, avec sa mère, Rosa Vicente, la relation qui les unit. Avec des éléments comiques tels que des danses au son des Beach Boys, Jeanette et Tina Turner, les spectateurs peuvent ressentir la complicité qui existe entre ces deux personnes. Tout au long de la représentation, les spectateurs sont portés à connaître les deux femmes derrière les artistes. L’écart entre les deux générations nous est montré de manière différente : Rosa le fait conventionnellement en racontant son histoire sous la forme d’une entrevue, alors que Sònia se présente à sa façon, libérée, enjouée, en se laissant emporter par la musique à plusieurs reprises. C’est par une mise en scène assez sobre, une table et deux chaises, et des effets de lumières autant intimistes qu’éblouissants, que le

public se sent lié à ces deux femmes. Grâce à l’humour, des sujets plus sérieux sont facilement abordés : les hommes, l’amour et une philosophie de vie. Finalement, le moment le plus touchant est vers la fin lorsque Gómez résume sa relation avec sa mère par un « ich liebe dich». Andréa Saavedra


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La Chine à travers ses films WILLIAM SANGER culture@polyscope.qc.ca

CULTURE

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vec son cycle Chine Cinéma, la Cinémathèque québécoise nous fait découvrir pendant l’espace d’une projection une Chine méconnue du grand public. Oubliez le faste des Jeux Olympiques de Beijing, fini le clinquant des buildings lumineux de Hong Kong! Ouvrez vos yeux et vos oreilles, ayez l’esprit ouvert, car c’est un voyage au cœur de la Chine qui vous attend ! Étant un cinéphile amateur, c’est avec une certaine curiosité et sans préjugé que je me suis aventuré dans les salles obscures pour découvrir trois films : Platform et Pickpocket du réalisateur Jia Zhang-ke, et Up the Yangzte du jeune réalisateur sinocanadien Yung Chang. L’œil de la caméra se transforme en un porte-voix qui fait découvrir

au monde une population touchée et sacrifiée par les grandes innovations et le passage au capitalisme chinois, mais qui ne peut en profiter. Platform montre à travers une troupe de théâtre l’évolution d’un monde communiste au monde capitaliste. Les thèmes joués passent de l’apologie du régime maoiste, puis de spectacles aguicheurs pour finalement terminer avec des concerts de rock au talent plus ou moins douteux. La troupe parcoure les régions chinoises en quête d’argent, de représentation en représentation, et semble attendre, languir, bref, rester dans un état stationnaire. Pickpocket lui nous présente un jeune homme qui se livre au vol de porte feuille pour gagner sa vie, mais il se heurte à une hiérarchie sociale ainsi qu’au refus de sa famille et de la population à essayer de le comprendre. Il recherche l’amour tandis que son

Cake au Métropolis WILLIAM SANGER culture@polyscope.qc.ca

Le Polyscope : Pauvre depuis 1967 – Volume 42, Numéro 3 – 19 septembre 2008

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e samedi 27 septembre au Métropolis, la formation Cake donne un concert avec en première partie Paper Lions. Rendez-vous à 20h ! Cake est formé à Sacramento (Californie) en 1991. Le groupe devient rapidement un incontournable de la scène locale et gagne en peu de temps un public fidèle qui le suivra aux quatre coins de la Baie de San Francisco. Constitué de Jonathan Richman, David Byrne et Woody Guthrie, l’étonnant amalgame du meneur John McCrea réserve un son funk brillamment retouché d’influences country qui a aisément su prendre d’assaut la Caroline du Nord. C’est maintenant aux quatre coins de la planète que Cake emballe les foules, que ce soit en Amérique du Sud, en Europe, en Australie ou au Japon. Bien que la musique de Cake soit souvent étiquetée « alternative » ou « indie rock », la formation combine une multitude de genres musicaux tels que le funk, la soul, le pop, le jazz, le rap et le country. La musique de Cake nait de la fusion entre de brillants textes aux nombreux jeux de mots et d’accrocheuses

Le groupe Cake

mélodies jouées à la guitare, mais aussi à la trompette. Nul doute que le groupe jouit maintenant d’une réputation notable quand à leur approche des arrangements musicaux, de la composition et de l’instrumentation. Cake est aussi reconnu pour avoir établi le « Unlimited Sunshine Tour », un festival pensé pour une audience désireuse d’entendre des formations intelligentes qui sortent des conventions commerciales habituelles. Au fil des ans, en plus de mettre en vedette Cake, le festival a su réunir un impressionnant nombre de groupes éclectiques tels Modest Mouse, The Flamming Lips, De La Soul, le groupe latin-technofusion Kinky, la formation bluegrass The Hackensaw Boys, Cheap Trick, le chanteur country Charlie Louvin, The Detroit Cobras, Tegan and Sara et Gogol Bordello. La formation est présentement en studio pour travailler son prochain album en plus de mettre sur les tablettes un album live intitulé « Live at the Crystal Palace » prévu pour l’automne. Pour plus de renseignements sur le groupe, ses albums et ses prochaines tournées, visitez le site www.cakemusic.com. Samedi 27 septembre au Métropolis à 20h !

entourage est omnibulé par les tâches quotidiennes et leur travail harrassant. Ces deux films nous présentent une jeunesse chinoise languissante, aux ambitions élevées. Que les personnages rêvent d’amour ou de liberté à travers l’écriture, ils sont irrémédiablement bloqués dans leur quête. Ils attendent, sans fin. Jia Zhang-ke s’apparente au style néoréalisme, ce qui se traduit par une caméra laissant les acteurs libres de leurs mouvements, ils entrent et sortent du champ, s’attardent ou file. C’est un style où le temps s’étiole et s’égrène. Up the Yangtze témoigne de la catastrophe causée par le barrage des Trois Gorges. Les villes bordant le mythique Yangtze sont abandonnées et deviennent peu à peu des fantômes, prêtes à être engloutis (voir les photos Uprooted de Yang Yi). Avec son documentaire, Yung Chang suit une famille de pauvres paysans habitant sur les

rives du fleuve. Condamnés à l’exil, ils sont les victimes d’une politique ne pouvant ni les représenter, ni les servir. Véritable cri d’alarme d’une région et de traditions vouées à l’engloutissement par l’oubli, Up the Yangtze reste un film fort et magnifique de par la beauté des paysages. Mais ne pensez surtout pas que

Up the Yangzte, Yang Yi

tous les films chinois sont tristes et sans espoir, bien au contraire! C’est un cinéma différent, hautement original, de grande beauté et faisant découvrir une culture extraordinaire. Je ne peux résumer la Chine après avoir vu trois films (qui peut se vanter d’avoir capté Mécanique pour ingénieurs après 3 cours ?) mais ils sont assez représentatifs de la situation politique actuelle chinoise. La Chine est un véritable kaléidoscope, allez découvrir une petite facette qui la compose, vous en reviendrez émerveillé ! www.cinematheque.qc.ca


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Chine cinéma WILLIAM SANGER culture@polyscope.qc.ca

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ays de l’été 2008 avec les Jeux Olympiques, la Chine est au cœur des préoccupations. Colosse qui s’éveille, culture ancestrale, tradition, masse, boycott, la Chine impressionne et fait peur simultanément. De septembre à novembre, la Cinémathèque Québécoise (métro Berri-UQAM) présente son projet de programmation Chine Cinéma. Pour un coût réduit de 6$, tout étudiant peuvent découvrir un cinéma nouveau, d’un genre autre que le cinéma hollywoodien, un cinéma revendicateur, documentaire et d’une vision différente. Quatre cycles seront portés aux écrans des salles noires de la Ciné-

mathèque : une rétrospective des films de Jia Zhang-ke ; une sélection de plus de 30 films représentant les nouvelles voix des réalisateurs chinois ; un programme de films d’animation et finalement un cycle intitulé Histoire du cinéma chinois, regroupant dix classiques du cinéma chinois. Le but de cette programmation est de rendre compte de l’état du cinéma émergeant en Chine. Jia Zhang-ke, qualifié de réalisateur de moins de 40 ans le plus talentueux (33 ans), nous présente des films qui reflètent sa préoccupation pour cette portion de la population chinoise perdante dans le processus de mondialisation. Car derrière le faste des J.O. et des gratte-ciel, une large part de la population paie un prix élevé pour la nouvelle prospérité du pays.

Ses films leur rendent la parole et les empêchent de sombrer dans l’oublie. Avec les films Platform, Pickpocket et Plaisirs inconnus, Zhang-ke se concentre sur la jeunesse au Shangxi. Il explore les possibilités de l’art moderne que lui offre le cinéma et se réapproprie le néoréalisme. Du 3 septembre au 3 octobre se déroule le second cycle, Nouvelles Voix, qui permet la découverte d’un panorama du cinéma indépendant récent. Films récents (moins de 20 ans), ils font preuve d’un réalisme brut et témoignent d’une société en mutation trop rapide, d’un capitalisme à sa plus sauvage expression. Souvent avec peu de moyen, les réalisateurs démontrent une grande ingéniosité et beaucoup d’imagination pour conter leurs histoires. Témoignages du sort

réservé aux minorités culturelles et du bouleversement de leurs conditions de vie, des formes les plus extrêmes d’exploitation, documentaires osant mettre en image ce que certains n’osent pas déclamer haut et fort, ces jeunes cinéastes remettent en question notre vision d’une Chine glorieuse, nos préjugés et nous plonge dans la vie quotidienne de tout Chinois, quel qu’il soit. Avant dernier cycle, celui des films d’animation chinoise. Pour palier aux mangas japonais et coréens, la Chine s’est mise à créer son propre cinéma d’animation. Souvent l’œuvre d’étudiants ou de professeurs issus des écoles, instituts ou académies des arts, les spectateurs assisteront aux

présentations des récits innovants, atypiques et étonnants. Finalement, du 7 septembre au 30 novembre sont présentés 10 films classiques dans le cadre du cycle Histoire du cinéma chinois. Couvrant la période de 1922 à 1989, présentés le dimanche à 17h, ces films permettront de faire découvrir le travail de plusieurs générations de cinéastes aux cinéphiles. Pas besoin d’être un accro du riz, ni même comprendre le chinois. Quiconque à l’esprit ouvert est invité à partagé une expérience nouvelle dans les salles obscures de la Cinémathèque. Programmation complète sur le site www.cinemathe.qc.ca.

Mouvements Mécaniques WILLIAM SANGER

Le Polyscope : On ne jure que par les matos depuis 1967 – Volume 42, Numéro 2 – 12 septembre 2008

culture@polyscope.qc.ca

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lèves de Polytechnique et de l’UdeM, ne tombez pas dans un monde où les machines régissent les personnes, où chaque seconde apporte son lot perpétuel et sans fin de routines aux engrenages automatisés. Soyez ingénieux, imaginatif, passionnés, car un monde sans vie demeure triste et morne. «Mouvements mécaniques, parce qu’on s’est autoconsommés.» Cette phrase résume assez bien l’esprit de l’exposition de photographie présentée en août dernier à la Société des Arts Technologiques (SAT, métro Berri-UQAM). À travers 47 œuvres de 14 artistes venus du monde entier, le spectateur découvre le spectacle attristant de notre société. Univers déshumanisé, automatisé, terne, sans couleur, ou bien complètement abusif et disproportionné. Le long d’un couloir photographique, au son d’opéra remixé, de techno et de bruitage d’usine, je déambule photo après photo. Une ambiance d’une grande densité flotte dans l’air, comme un ciel bas et lourd qui pèse sur mes épaules : ma responsabilité de change-

Death by Oreos, Daniela Edburg

ment peut-être, mon rôle à jouer dans ce futur si peu loin ? Les photographes nous lancent un cri d’alarme. Faut-il que la vie continue normalement malgré les transformations qui s’effectuent ? Les photos de Yang Yi, Uprooted, montrent les ruines d’une ville chinoise vouée à l’oubli. Avec le projet du barrage des Trois Gorges, la rivière Yangtze submergera la vallée et inondera les villes et villages aux abords. Des clichés, les habitants portant tuba continuent de vivre malgré la mort inévitable de leur histoire. Avec Death by oreos, Daniela Edburg (d’origine mexicaine) nous interpelle au sujet de notre surconsommation, surconsommation poussée à un tel extrême qu’elle nous étouffe et en devient plus que ridicule. La photographie reste originale par l’emploi détourné du tableau de Whistler, La mère de l’artiste. Dernier exemple, Isabelle Hayeur nous présente quelques clichés tirés de sa série Quaternaire. Sobres, des coupes géologiques millénaires, voire vieilles de millions d’années, se superposent. Au sommet, trônent les ruines des immeubles sans nom, telles une couronne mettant à nu l’impact humain sur l’environnement qui l’entoure.

Ces quelques clichés nous présentent une autre mission de l’art. Par delà la beauté plastique, c’est un véritable art didactique fait pour réagir et faire réagir. Il permet de remettre en question le spectateur par son regard critique, questionnant en lui-même ses propres motivations. Rappelons finalement que le but de cette exposition était de présenter les photographies qui remplaceront certains panneaux publicitaires dans les stations de métro, les arrêts d’autobus, bref, pouvant toucher un public vaste et sensible à la monotonie. L’art de la photographie, l’art de la révolte contre l’autoconsommation. Soyez passionnés!

Affiche du film Platform et du festival Chine Cinéma

Adoptez vous aussi le programme MA SANTÉ AU SOMMET et faites vos premiers pas vers un mode de vie sain.


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Symphonie des Mille de Mahler RAPHAELLE OCCHIETTI

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Chroniqueuse Culture

MATTHIEU SOLA matthieu.sola@polymtl.ca

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epuis le 29 août dernier se tient au Musée juste pour rire l’exposition du World Press Photo. Cet évènement annuel regroupe 200 photographies de presse sélectionnées par un jury composé de personnalités du milieu du photojournalisme et récompense les meilleures photos de l’année en les classant dans 10 catégories différentes. Une fois la cérémonie passée (en Hollande, l’association étant basée à Amsterdam), l’exposition voyage dans une quarantaine de pays faisant ainsi découvrir les lauréats (principalement occidentaux) au public. Étant moi-même amateur de photographies en manque de temps et d’inspiration, je suis allé avec un plaisir et une curiosité non dissimulés au vernissage de cette exposition. J’ai vu dans cette couverture l’opportunité de renouer un peu avec la photo en faisant travailler mon regard avec ce qu’il se fait de meilleur en photographie de presse, un domaine qui m’a toujours attiré. Une fois arrivé sur les lieux, j’ai très vite compris que ce n’était pas le photographe qui était en moi qui allait être touché, les photos étant invariablement d’excellente qualité. Il n’y a rien à dire à ce niveau là, c’est donc en tant que témoin-spectateur de cette année 2008 que j’ai été pris à contre-pieds de nombreuses fois. Peu après être rentré, mon regard a été accroché par les photos de jeunes enfants tenants des armes

à la main. On pense tout de suite à l’Afrique et aux enfants soldats, mais ces enfants là sont blancs et américains. Enfants chasseurs dans un pays en paix. Un peu plus loin, des photos violentes d’une jeunesse désabusée, aux USA encore. Et en face, des photos tout aussi violentes par leur contexte : photos de rescapés de la « guerilla » colombienne. Images de guerres et de victimes qui sont venues me toucher malgré l’anesthésie administré par les violences Hollywoodiennes, probablement grâce à leur sincérité. Un autre exemple : les photos de l’attentat de Bénazir Bhutto, qui sont frappantes par leur côté instantané, m’ont immergé dans l’action. Je n’en suis sorti que lorsqu’un couple en vestoncravate s’est mis à divaguer sur la qualité du vin servi au bar… Quelques pas plus loin, une photo surréaliste : le général congolais Laurent Nkunda épaulé par 2 sbires dans une pose digne du gangsta rap (il manque les bimbos mais on n’est pas loin). Une image tellement travaillée que derrière lui on a marqué sur le mur : « La justice est rendue au nom du peuple ». Le tribunal international de La Haye enquête actuellement sur ses violations des droits de l’Homme. Un dirigeant qui a néanmoins compris dans quelle ère médiatique il vit. J’en ai beaucoup parlé, mais l’exposition ne se limite pourtant pas à ces images de révoltés et de guerres ; certaines catégories comme Arts, Nature ou Portraits permettent de souffler un peu en admirant de magnifiques montrant pour quelles

Wave

Crédit photo: Marshall Berman

WILLIAM SANGER culture@polyscope.qc.ca

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Crédit photo : Angelo Barsetti

résenté à l’Usine C, Wave vient clore le cycle de la Climatologie des corps (Après Pluie en 2004 et Temps de chien en 2005). Cette nouvelle création nous transporte dans un univers où le climat devient métaphore des éléments extérieurs qui affectent la vie des êtres. Porté par cinq danseuses remarquables, Wave explore notre capacité et notre désir individuel à nous fondre dans un environnement de plus en plus vaste et multidimensionnel ; une nature dont les transformations, observables à l’échelle planétaire, semblent s’accélérer à

un rythme effréné. Avec un quintette virtuose, Sylvain Émard nous révèle une fois de plus toute la finesse de son art. Une œuvre forte, singulière et émouvante. «Je cherche à développer une danse ancrée davantage dans la réalité de tous les jours. Sans en évacuer la poésie, bien au contraire, je veux m’attarder à ce qui compose la réalité des individus au sein de la société. » - Sylvain Émard À l’usine C, métro Beaudry, les 12-13-17-18-19-20 septembre. Tarif étudiant : 20$.

causes les photographes de presse se battent. Un combat sans fin, mais auquel cet exposition fait grandement honneur. Allez-y, ne serait-ce que pour savoir dans quel monde vous vivez. World Press Photo 2008 Du 29 aout au 28 septembre 2111, Boulevard St-Laurent

Remerciements particuliers à Matthieu Sola, Thierry Ha et PolyPhoto.

Crédit photo : Thierry Ha, Polyphoto

Le Polyscope : On ne jure que par les matos depuis 1967 – Volume 42, Numéro 2 – 12 septembre 2008

World Press Photo

l’écriture de Mahler. Les cordes pincées des violons, des violoncelles et des contrebasses, créent véritablement cette atmosphère de forêt, de montagne, de solitude voire d’angoisse. L’œuvre de Mahler est très diversifiée dans sa composition : la puissance de tout l’orchestre et du chœur précède parfois des instants durant lesquels seul le premier violon accompagne une soliste; au chant polyphonique des talentueux solistes dont s’est dotés l’OSM répond l’harmonieuse mélodie des harpes. Nous passons donc par une gamme d’émotions très diverses, de la fascination quasi mystique à l’enchantement jovial, de l’inquiétude à la tranquillité. Cette œuvre représente un excellent moyen de s’initier à la musique classique, si ce n’est déjà fait, de par ce vaste éventail d’instants musicaux. La présence passionnée sur scène de l’orchestre, du chœur, des solistes et surtout du chef d’orchestre fait de cette ouverture de saison un moment inoubliable et confirme la vivacité culturelle de Montréal.

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e 9 et 10 septembre derniers, l’orchestre symphonique de Montréal a fêté l’ouverture de sa 75e saison en présentant la Huitième Symphonie de Gustav Mahler, ou Symphonie des Mille. Ce choix fait référence à la programmation du concert d’inauguration de la Place des Arts, qui se tint en 1963, puisque Mahler fut parmi les compositeurs interprétés. Né en 1860 et mort en 1911, Mahler est à la fois un compositeur et un chef d’orchestre reconnu. Quoique n’étant pas natif de Vienne, il appartient tout de même à ce cercle où l’influence de Wagner et du romantisme nourrit encore l’imagination. Sa musique n’est donc pas empreinte des conventions qui jusqu’alors ont plus ou moins régit la composition musicale mais présente une sensibilité à l’âme humaine et à la nature, propre à l’héritage romantique. Cette référence est d’autant plus palpable dans la Huitième Symphonie que Mahler puise dans l’imagerie du

Faust de Goethe (écrivain marqueur du début du romantisme en Allemagne), traduisant musicalement les passages littéraires. Mais d’où vient donc ce nom de Symphonie des Mille? En fait cela correspond à un surnom qui a été adopté lors de la première de la Huitième Symphonie, de par l’ampleur du nombre de participants (chanteurs, musiciens). Cette 75e saison se fait donc avec faste et grandeur. Dès l’ouverture de la symphonie, qui s’effectue par un mouvement assuré et vif de Kent Nagano, nous plongeons dans une musique qui fait vibrer en nous un sentiment de sublime. Le chœur imposant, constitué de plus d’une centaine de personnes, génère un chant presque aérien et ce, accompagné par le jeu fougueux de l’orchestre et la perfection des voix des solistes. À cette imposante première partie en latin (Veni, Creator, Spiritus) succède la scène finale du Faust de Goethe (avec des chants en allemand), qui possède une grande liberté musicale, rendant compte de la modernité de

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Désordre public CONCOURS 2009 -2010

POLYTHÉÂTRE www.poly-theatre.org

Le Polyscope : Bouzeux depuis 1967 – Volume 42, Numéro 1 – 05 Septembre 2008

CULTURE

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yez oyez, braves polytechniciens et autres énergumènes qui encombrent les couloirs de notre belle École! Pour faire suite à une tradition remontant au temps de Sophocle, Poly-Théâtre présente en ce début de session une pièce de théâtre montée, produite et jouée par des étudiants de Poly. Poly-Théâtre et l’École Polytechnique de Montréal sont fiers de présenter Désordre public, une pièce de l’auteure québécoise Évelyne de la Chenelière. La pièce sera jouée les 4, 5 et 6 septembre à la salle Brébeuf, à 20 heures. Puisque la forme l’exige, voici un court synopsis de la pièce : « Max est en train de se perdre. Pire : de se désintégrer. Il se met à entendre les pensées des autres. Doucement, et bien malgré lui, il entre dans la tête de ceux qu’il croise, vivant une intimité soudaine et surnaturelle avec les usagers du transport en commun. Il vivra l’expérience vertigineuse de l’intégration et de la perte de son identité dans la masse du monde qui l’entoure. » Ne manquez pas votre chance d’assister à cette pièce contemporaine d’une beauté et d’une puissance formidable! Comme d’habitude, vous avez

toujours la chance d’acheter vos billets au kioske de Poly-Théâtre qui se situe au deuxième étage du pavillon principal, de 11h30 à 13h30. Vous pouvez également venir les acheter en personne à la salle Brébeuf, avant les représentations, mais nous vous conseillons de les réserver sur notre site web : www.poly-theatre.org Nous espérons fortement que nous aurons le grand plaisir de vous y voir et nous vous souhaitons d’emblée une très bonne soirée! Poly-Théâtre Le comité de Poly-Théâtre présente des pièces amateures depuis maintenant 19 ans. Nos pièces ont la réputation d’être de calibre professionnel et nous nous efforçons de conserver et de transmettre notre talent et nos connaissances de l’art de la scène. Nous accueillons à bras ouverts tous les comédiens, improvisateurs, metteurs en scène, producteurs, régies, éclairagistes, sonoristes, décoristes, accessoiristes et autres personnes intéressées par le théâtre, que vous ayez de l’expérience ou pas. Nous présentons généralement 3 pièces par année. Chaque projet commence par une lecture de la pièce où tous les intéressés sont invités. Une fois le casting choisi, la pièce est prati-

quée et répétée jusqu’à ce que le fruit de nos efforts soit présenté au grand public, 4 à 5 mois plus tard.

Afin d’assurer la relève scientifique, le programme de bourses d’études supérieures de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail facilite l’accès à des études supérieures aux étudiants dont le champ d’intérêt est la santé et la sécurité du travail.

Les projets actuels Hé! Toi, le jeune! Si le jeu, la production ou la technique te titille, viens nous rencontrer au A-411. Des projets sont présentement en cours de lancement à Poly-Théâtre. Premièrement, nous produirons et filmerons un long-métrage écrit par des étudiants de Polytechnique. Ce sera l’occasion parfaite pour toi d’apprendre les techniques du 7ème art, devant ou derrière la caméra. Deuxièmement, comme à notre habitude, nous débuterons les pratiques pour une prochaine pièce de théâtre qui sera fort probablement jouée en février ou en mars. De plus, si l’improvisation t’intéresse, le comité L’Égotrip prépare et joue dans des matchs d’improvisation inter-universitaires et recherche des improvisateurs avec ou sans expérience. Trève de blabla! Si tu es tenté par quoi que ce soit, viens à la RÉUNION DES NOUVEAUX de Poly-Théâtre le jeudi 11 septembre, à 12h30 ou à 18h00 au A-411. Tu peux aussi venir boire une bière avec nous n’importe quand, la porte du local est toujours ouverte et il y aura toujours quelques hurluberlus déguisés pour t’accueuillir.

Si le chapeau te fait, ceci e$t pour toi. Les bourses d’études supérieures de l’IRSST c’est payant ! BOURSES OFFERTES

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Bourses thématiques pour les étudiants de maîtrise et de doctorat ayant des projets dans le domaine des Équipements de protection ou celui de la Sécurité des outils, des machines et des procédés industriels. DATE LIMITE

4 novembre 2008 Information et formulaires

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Bercail ONCLE CAMÉ oncle.came@gmail.com

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xiste-t-il encore un espoir de se coltiner un documentaire potable au cinéma ou à la télévison en ces temps de dictature du réel? Le visonnement de Quitter le Bercail du réalisateur Éric Scott ne résout pas la question, d’autant plus que le sujet ne semble pas trop ragoutant à première vue. À première vue seulement, car n’en doutons pas, en cette période post-accommodements raisonnables, ce doc n’aura pas de difficulté à se trouver un public.

On se balade entre Montréal, Brooklyn et Jérusalem au contact de cinq jeunes hommes et femmes issus de milieux juifs ultra orthodoxes, communautés extrêmement fermées où tout écart de conduite mène généralement à l’exclusion et l’ostracisme. Ces jeunes adultes ont décidé de rompre avec ce milieu étouffant, en quête d’indépendance et de « liberté ». Au delà du cliché communautaire et religieux, Scott, interrogé serré par mes soins, préfère voir dans son oeuvre l’aspect universel de la confrontation entre pères et fils. Les géniteurs qui ont suivi le chemin balisé des ancêtres,

qui s’y sont conformés sans se poser de question, qui invitent les suivants à faire de même mais qui se heurtent à un refus aussi surprenant qu’incompréhensible. On est pourtant loin du roman de Tourguéniev, point de colère froide ni de révolte ouverte. Les jeunes rebelles, loin de rejeter foncièrement toutes les caractéristiques du carcan qui les opprimment demeurent extrêmement attachés à leur communauté, mais de loin, de très loin. Et celà est particulièrement visible dans le cas de la chanteuse et musicienne Basya. Enfin, ne rentrons pas plus dans le détail du scénario, le spectateur

découvrira bien par lui-même. Ok, scénario intéressant, dans l’ère du temps et qui a le mérite d’ouvrir une fenêtre éclairante sur la communauté hassidique de Montréal que trop de gens méconnaissent. Le plus sympathique étant que les concepteurs ont eu l’intelligence d’éviter les clichés de base, le tape à l’oeil et le dramatique. Tout est dévoilé avec beaucoup de pudeur. Là où le bat blesse un peu, c’est du côté de la mise en scène. De mise en scène, il n’y en a tout simplement pas. C’est du documentaire, me direzvous. Et alors, est-il interdit de faire

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de la mise en scène dans un doc? Et Redacted? Et Roger and Me? Laissezmoi vous dire que même quasimment 52 minutes de gros plans, ça finit par devenir lassant. Enfin, ne soyons pas trop durs et finissons en douceur sur un petit coup de pub. Quitter le Bercail a été projeté au Festival du Film du Monde en août dernier et s’apprête à prendre l’affiche au cinéma du Parc du 5 au 10 septembre. Les radins et les allérgiques aux effluves de pop-corn pourront se rattrapper dans le courant de l’automne à la télévision de RadioCanada (comme ils disent).

King Lear Contre Attaque WILLIAM SANGER

L Crédit photo: Mario Villeneuve

culture@polyscope.qc.ca

oufoque, complètement flyé, Les Productions Préhistoriques reviennent sur scène avec la pièce King Lear Contre Attaque. Où et quand ? Présentée du 28 août au 13 septembre à 20h, et les 6 et 13 septembre à 16h, pour le coût de 19$ pour les étudiants, à l’Espace Libre (métro Frontenac). L’histoire ? Tout est prétexte à histoire pour cette troupe de théâtre. Les six acteurs invitent les spectateurs à revisiter le répertoire d’un autre grand William, Shakespeare. D’un simple mouchoir, une intrigue mêlant vengeance, espoir, joie et amour naîtra. Les acteurs – un homme de Cro-Magnon, un

chat, un marin, une cuisinière, un cow-boy et une princesse – passent au vitriol les grands personnages de l’œuvre théâtrale dans une fête du rire et de la légèreté. L’espace d’une représentation, leur maîtrise totale de l’art des gags, des mimiques, et de la musique nous transporte dans un autre monde. Hilarantes, les blagues au second degré dérideraient Shakespeare. Incontournable : l’apparition de King Kong, l’extase d’un cow-boy épluchant sensuellement une banane, Iago le chat machiavélique, l’insulte « espèce de Poute! », bref, un rêve éveillé dans une fête musicale où l’absurde et la parodie s’entremêlent pour le plus grand plaisir du public. Échauffez vos zygomatiques, car la crampe du rire est à prévoir ! Pauvre Shakespeare, il se retournerait dans sa tombe – de rire!

Portfolio V42 Scope  

V42 portfolio au Polyscope

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