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Dossier de Presse

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Sommaire

I - Concert 2 - Clubbing 3 - Cabaret / ThÊâtre 4 - A propos de La Java


Concert


30 septembre 2012

Boogaerts sur des airs de Java Par GRÉGOIRE BISEAU Pendant trois ans et à raison d’un concert par semaine, le chanteur a pris ses quartiers dans la salle parisienne qui lui a inspiré la plupart des morceaux de son nouvel album.

Mathieu Boogaerts, la semaine dernière à la Java. - Mathieu Zazzo

Sur la jaquette du sixième album de Mathieu Boogaerts, il y a en très bonne place un immense crédit («Ô Merci») pour la Java, la petite salle de concert parisienne. Ce


n’est que justice. A elle seule, elle a été la grande muse de ces douze nouvelles chansons. Pendant trois ans, l’écriture de ce nouvel opus (lire page suivante) s’est entremêlée à une longue série de concerts qui se tenaient tous les mercredis, en petit comité d’amourachés. Transpirant cette relation intimiste, la plupart des douze titres lumineux ont déjà eu une vie sur scène. Retour sur ce singulier méli-mélo javanais.

Jeudi 7 mai 2009 Ce soir-là, Mathieu Boogaerts a un engagement : une soirée de bienfaisance, qu’il a acceptée trop vite, à la Java, rue du Faubourg-du-Temple (Paris Xe). Il y va à reculons. En sous-sol, l’endroit tout en longueur, avec son bar, son parquet et ses arcades, ne manque pas de charme. Le public est assis par terre sur des tapis, comme à la maison ou au yoga. La petite scène peut difficilement contenir plus de trois musiciens. Ça tombe bien, Boogaerts est venu avec son bassiste, Zaf Zapha. Et là, révélation. «Ça m’a totalement retourné. Et je me suis dit : "Ça c’est vraiment mon truc."» A l’époque, il finissait la tournée de son précédent album, I Love You, à la fois sophistiquée, contraignante et frustrante. La Java devient un élixir de jouvence. Intime, sensuel et sans fioriture.

Mercredi 16 septembre 2009 Sitôt dit, sitôt fait. Le chanteur et son bassiste reviennent une fois. Puis deux. Puis trois. Puis tous les mercredis. Il joue ses anciens titres et la petite entreprise artisanale trouve très vite son public et un équilibre économique. Ce qui ravit Boogaerts. «Je n’ai jamais été une bonne affaire pour ma maison de disques. Et ça me pèse depuis longtemps. J’ai le sentiment d’être un enfant gâté, redevable. Avec ces concerts, je devenais pour la première fois rentable.» Ce n’est pas le Pérou (entre 300 et 800 euros par soir), mais trente-quatre concerts et un album live (resté très confidentiel) plus tard, tout le monde est heureux. Surtout, Boogaerts profite de cette tournée à domicile pour écrire ses nouvelles chansons. «En composant, je me fantasmais sur la scène de la Java, comme si la relation au public avait conditionné l’écriture.» A l’époque, le chanteur cherche à acheter dans Paris un studio de répétition. Il tombe par hasard sur une annonce : une cave, rue du Faubourg-duTemple, mitoyenne avec le mur de… la Java. Il achète. Le voilà chez lui.

Mercredi 5 octobre 2011 Dix-huit nouvelles chansons sont écrites. Et ce soir, Mathieu Boogaerts les joue pour la première fois devant son public javanais. «J’étais très angoissé car personne d’autre que ma copine ne les avait jamais entendues…» Il a demandé à sa maison de disque de ne pas venir. Pour rester en famille. Cette fois, il est seul en scène, avec sa guitare. «J’ai souvent eu une frustration de ce que mes chansons n’étaient pas immédiatement compréhensibles. Je voulais revenir à quelque chose de très simple. Que la voix soit en avant.» Vite, la texture de l’album s’impose à lui : une guitare, une voix. Mais, en décembre, il invite sur scène ses deux compères : son bassiste, Zaf Zapha, et son batteur, Fabrice Moreau. Et, là, changement de pied. «On s’est éclatés comme des fous. Et j’ai réalisé que j’allais perdre beaucoup à n’enregistrer que ma guitare.» Va pour le trio. En février, ils se


retrouvent au studio Pigalle (Paris IXe) pour enregistrer une première mouture. En deux demi-journées, l’affaire est dans le sac. Trois prises maximum par chanson. Parfois, une suffit. «On pouvait jouer les yeux fermés. J’avais la foi, car je savais que les chansons avaient déjà été applaudies.»

Mercredi 11 avril 2012 Ce soir-là, la salle n’est pas pleine. Mathieu Boogaerts, seul en scène, a composé un savant millefeuille alternant anciennes et nouvelles chansons. Celles de son nouvel album n’ont pas encore de nom (avec lui, le titre vient toujours au dernier moment). Sauf une, Je sais. Il précise au micro : «Quand je l’ai écrite, j’étais convaincu que j’avais un tube, qu’elle serait sur le disque. Mais voilà, je viens de prendre la décision de ne pas la choisir.» Il dit que c’est l’une des dernières fois qu’il la chante. Il se demande ce qu’elle va devenir. Qui va la récupérer ? Quelques jours plus tard, Je sais trouve in extremis sa place sur le disque. Cabotinage ? Boogaerts nous confiera plus tard : «J’ai toujours attaché beaucoup d’importance à l’ordre des chansons. Je fais des listes dans tous les sens, ça me plonge dans tous mes états.» Je sais est sauvé.

Mercredi 30 mai 2012 «C’est mon dernier concert à la Java, il y en a déjà eu trente-quatre. Mercredi prochain je serai triste.» Entre deux chansons, Boogaerts parle de son futur album, prévu pour la rentrée : «J’ai enregistré dix-huit titres, il en restera douze au final Vous vous dites que c’est bizarre de vendre un disque avec seulement douze chansons, alors que, pour le même prix, j’aurais pu en offrir dix-huit ? Mais c’est comme pour un film : souvent, il vaut mieux couper une demi-heure, même s’il faut sacrifier de belles scènes.» Il fait venir sur scène son bassiste et son batteur. Il introduit Avant que je m’ennuie, qui ouvrira l’album. «Au moment de l’enregistrement, j’ai entendu un cuivre. Pas de l’or, de l’argent, mais du cuivre. Et là, j’ai découvert un instrument que je ne connaissais pas : l’euphonium». Anthony Caillet monte sur scène avec cet étrange instrument. Les voilà quatre. Au coude à coude. C’est l’heure des rappels. Boogaerts au public : «Moi, je n’aime pas découvrir pour la première fois des chansons sur scène. Ça veut dire que j’aurais pas du tout aimé ce concert.» Il reprend On dirait qu’ça pleut. Le public chante. Comme si c’était déjà un tube.

Mardi 4 septembre, au studio de Mathieu Boogaerts On y descend par un escalier très étroit, peint en rose fuchsia. C’est une ancienne cave. C’est devenu la caverne de Mathieu Boogaerts. C’est ici qu’il compose, grattouille, rêvasse. Il a ses guitares, sa batterie et son piano. Il a installé deux transats et un écran géant pour des soirées cinéma. Son album, encore tout chaud, est posé sur son bureau. Sur les douze chansons, trois n’ont jamais été chantées à la Java. Il ne sait trop pourquoi. Enfin si : il a une explication pour Mon Rendez-Vous, qui clôt l’album. «C’est celle qui m’émeut le plus. Elle me fait pleurer. Peut-être qu’inconsciemment, j’avais peur de la jouer à cause de cela.» Assis dans son transat, il dit : «J’aimerais que ce disque marche. Mais en même temps, c’est


étrange, c’est comme si j’avais déjà joui. En chantant ces chansons sur scène, je n’ai jamais eu autant de plaisir physique.» Tout excité, Mathieu Boogaerts vient d’apprendre que, sur six chansons écrites pour Vanessa Paradis, cinq sont retenues. Il travaille actuellement au prochain disque de Luce, dernière Nouvelle Star du nom, dont le premier opus a fait un flop. «J’adore cette fille, elle m’inspire.» Sa tournée débutera en novembre. Sauf exception, il sera seul en scène avec sa guitare. Et, le 3 octobre, il est à la Java. Il prévient : «Je peux encore avoir un orgasme.» Photo Mathieu Zazzo


Le 8 décembre 2011 Mathieu Boogaerts à la Java Alors comme ça il paraît que c'est la merde dans le secteur de la musique en ce moment ? Pourtant ici ça a l'air d'aller plutôt bien. Mathieu Boogaerts a investi les lieux l'année dernière, enregistré un album live et puis revient, comme ça, en résidence à la Java. Pour la forme déjà, cet événement fait plaisir, ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre des artistes à qui il a été offert de prendre le temps. Le concept est simple : Mathieu écrit des chansons car il veut enregistrer un disque. Mais tout ça ne se fait pas seul, alors au lieu de s'enfermer dans son appartement, il expérimente sur scène, seul avec sa guitare, ou accompagné comme ce soir par Ludo Leleu au clavier. Ça donne envie de le suivre, d'entrer dans son univers, teinté de chanson française, d'absurde et d'une dose de candeur enfantine. Sa voix aiguë, son sens du jeu de mots et de sons subtils et ses manières lui donnent tout de suite un air attachant et donne envie de le suivre. Un peu comme aller voir un pote en concert, sauf qu'on ne le connait pas. La scène d'une hauteur de 20 centimètres maximum, des tapis au sol pour s'asseoir confortablement, et un public de bobos parisiens bien élevés, qui connaissent les paroles et tapent dans leur mains, font qu'on a du mal à se plaindre, tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Et ce n'est même pas sarcastique. L'intimité de la salle et la sympathie du bonhomme ne transforment pas pour autant le concert en One man show ridicule. On y croit, on l'écoute, on rigole. L'absence de distance avec le public fait vraiment plaisir à voir, on reste dans des valeurs d'échange, tout cela est sincère. Les mélodies sont sympathiques, et Mathieu n'hésite pas à faire partager ses doutes, à rejouer un morceau en modifiant la rythmique, à rire de ses paroles. On se rappelle cette version de La Dactylo rock jouée par deux amis, deux Mathieu sur Canal + il y a déjà quelques temps, tout en sourire. En terme de spectacle, disons qu'il est l'anti-M, et pourtant les deux artistes se ressemblent, même qualité d'écriture, l'un a juste moins le sens du grandiloquent, et n'a pas la même notion des arrangements. Chapeau la Java, merci Mathieu, de ne pas pleurnicher sur la crise et de chercher des alternatives, en plus, tout ça vous va si bien. Noé Termine.


mercredi 23 novembre 2011

HARTZINE.COM On y était – Fear & Loathing #7 à la Java Un article signé Charles

On a été pris d’une envie de concert de rock psychédélique comme d’une envie de chocolat. Irrésistible, totalement arbitraire, pas forcément bonne pour notre régime musical. Alors bam. On check ce qu’il se passe sur Paris. Coup de bol, cette soirée « Peur et Répugnance », organisée par Gonzai, nous tombe dessus. On nous annonce que notre pulsion boulimique sera satisfaite grace à trois groupes, Black Ivy, The Dead Mantra et Wall of the Death. Alors on prend avec nous Adrian, notre photographe, on se fait un Quick, et hop, nous voilà devant la scène de la Java prêts à en prendre plein la tête. La soirée commence avec le groupe Black Ivy, qui se présente sous la forme de deux nanas et quatre vieux hippies à cheveux longs et barbe assortie. Ils nous proposent un premier morceau très cinématographique. On se dit que c’est pas désagréable, mais qu’on a déjà vu de meilleures entrées en matière. On apprécie le mec à la slide, sa présence vient de sauver un peu le morceau. Dès le deuxième, c’est le début de la peur. Il nous réserve des paysages trop conformes à ceux du premier morceau, et nous


mercredi 23 novembre 2011 remarquons que la structure y est complètement analogue. Deux accords de folk, trois minutes de plat et un final de quinze secondes un peu plus rugueux. Ils veulent nous hypnotiser. Ça marche pas. Au milieu d’un set où tout à été dit dès la première chanson, on hésite entre partir tout de suite et attendre la fin. Adrian, qui lit mes notes, me dit : « Tu peux quand même dire que c’est propre ». Même si c’est inspiré par sa libido, tant ses yeux virevoltait entre les deux chanteuses, c’est pas faux. Mais on se pose la question. Les deux nanas sont elles assez bien pour maintenir la foule en éveil ? On se fait vraiment chier. Vivement la suite. Le guitariste se prend pour Turzi, il nous tourne le dos tout du long, et en plus, il n’a pas un très joli cul. Au moment où nous commençons à nous faire ces remarques, on se dit que, vraiment, on ferait mieux d’aller se griller un cibiche devant la salle en attendant des jours meilleurs. Mais faudra quand même les présenter à JP Nataf, il adorerait. On notera comme conclusion le côté scolaire de la chanteuse quand elle lança à l’ingé : « J’peux débrancher ma guitare ? ».

Pendant l’entre-deux, on va jeter un coup d’œil à la scène. Le matos nous rassure sur le prochain groupe. Deux Jaguars, une Gretsch, des pédales de partout, genre MXR, Big Muff russe : ils sont venus nous péter la gueule, on s’en réjouit déjà. Et on sera pas déçu. Le concert de The Dead Mantra ouvre sur un gros larsen gonflé d’effets divers à la sauce shoegaze et là, surprise, une grosse rythmique de glam rock des familles. Ça réveille. Enfin. Mais on ne va pas tarder à comprendre qu’en tant que groupe à effets, ils


mercredi 23 novembre 2011 en foutent partout. Même sur la voix, et c’est dommage. Quoi que c’est d’un hurlement tout en delay que part la conclusion intersidérale du premier morceau. Là, on est chaud. Ils confirment leur énergie, mais aussi la pleine maîtrise de leur matériel abondant tout au long des titres suivants. On attend une chanson plus calme pour voir s’ils ont toujours le même panache sur ce terrain-là. C’est un morceau instrumental qui va nous être servi dans ce sens. Belles harmonies, guitares en arpèges, motifs répétés… Avec un chant sur le final, c’était un genre de The Kiss, de Cure, mais en jeune et à peu près coiffé. On en profite d’ailleurs pour s’en réjouir : ils sont allés chez le coiffeur, eux. On aura tout de même du mal avec une chanson de rock US, mais pas avec leur final plein de sueur, tout le monde par terre, à l’ancienne. Remarque de notre camarade : « Le batteur, il tabasse ! ». Libido, encore, mais juste, encore. On sort, sourd, fumer une nouvelle cigarette, encore abasourdi par un live qui a eu le talent de ne pas se perdre dans les méandres des « Wrrrrriiiiiiôôô » et des « Prrrrrrrroooouuuuhhhhh », mais s’en servant au contraire comme ingrédient dans un spectacle rock puissant qui aura décongelé la foule « black ivysée ». Nous retournons vers la scène, tout en nous disant que le lieu se prête vraiment aux ambiances électriques de ce soir. Wall of the Death nous propose du Farfisa, du Korg, de sombres guitares vintage, on est impatient de comprendre tout ce qui va en sortir. On va se prendre pour introduction un premier chef-d’œuvre psychoactif tout en longueur, dont le seul défaut va venir d’une voix trop en retrait, trop molle. Peut-être sommes-nous naturellement peu réactifs aux élans embrumés du guitariste, mais on aurait imaginé alors un vrai chant en rentrededans. Malgré tout, les ambiances « pan européennes » compensent largement, et nous rappèle un peu les Aqua Nebula Oscillator, en humain, ou Kill For Total Peace, en moins acharnés. Une guitare 12 cordes apparaît dès le second morceau comme pour amener plus de lumière à cette musique, et le trio enchaine riffs orientalisants et batterie solennelle, toute en toms. Si le contenu sonore est à la hauteur de nos espérances en nous embarquant illico entre Christiania et la Death Valley, c’est pas très spectaculaire. On a presque envie de rentrer écouter ça pépère à la maison, tant il ne se passe rien sur scène. Seuls le sourire communicatif du claviériste et le défilé de beaux instruments nous maintiennent en éveil. On se fait d’ailleurs la remarque, à ce moment-là : les top-modèles, ce sont les grattes, et les fringues, ce sont les musiciens. On aimerait assez que ce soit l’inverse. La puissance du final est à l’image de la performance. C’est un festival d’harmonie entre la guitare et les claviers, soutenu brillamment par une batterie puissante. On ferme les yeux, et on est emporté. On les ouvre, et bam, on est déçu. On imagine alors ce même concert avec un show visuel porté par un VJ de qualité. Ça mettrait vraiment l’expérience en valeur, et, si l’occasion se présentait, on n’hésiterait pas à revenir. Ou peut-être auraient-ils gagné à moins compter sur la pouvoir psychoactif de leurs créations… Le climax de la soirée aura donc été le second groupe, The Dead Mantra, qu’on retournera voir à l’occasion tant on en a pris plein la tête. La Java, en nous révélant qu’elle n’était pas que le lieu des résidences de Boogaerts et des apparitions chiantes de Brigitte Fontaine, nous a donné envie d’y remettre les pieds. C’était vraiment une bonne soirée, mais ça n’a pas changé nos vies. Fatal, qu’on s’est maté après, peut-être plus…


22 juillet 2011

R Stevie Moore à la Java , le 17/07/11 par Maéva Pensivy Dimanche, le trublion pop lo-fi R Stevie Moore est sorti de sa chambre pour nous donner un cours sur la musique contemporaine américaine. Une leçon foutraque à souhait qui a réjoui nos oreilles néophytes. Après une première partie rock psyché délivrée impeccablement par les trois garçons chatons de Tropical Ooze (par ailleurs backing band de R Stevie Moore), la deuxième partie était assurée par Eyes Behind, trio post-punk, qui accueillait pour l’occasion le clavier de Cheveu. Deux filles au chant, dont une batteuse hyper énergique, et une ribambelle de chansons pressées qui m’ont fait penser pour une raison inconnue à Sex Bob-omb, le groupe de Scott Pilgrim (s’il y a des bédéphiles qui suivent). R Stevie Moore est déjà là, il regarde le concert du côté de la scène, intéressé.


22 juillet 2011 Un peu plus tard, il amène avec lui sa guitare sur laquelle on peut voir des photos de femmes nues et une bouteille de rouge vraisemblablement achetée chez Nicolas. Un teddy Brooklyn vert sur le dos, il s’assied par terre et se crache dans les mains pour lisser sa barbe, geste qu’il refera souvent dans la soirée. S’ensuit un concert de deux heures, en trois parties avec (mini) entractes. Les Tropical Ooze sont visiblement ravis de jouer avec lui, et le jeune homme de 59 ans s’en donne à cœur joie (un peu trop même, vu qu’aux dernières nouvelles il cherchait un masseur chinois du côté de Dijon, sa prochaine date avant les plages du MIDI). Après une première partie psychédélique et joyeusement bruyante, il fait mine de rester coincé sur scène, comme si son imposante carcasse l’empêchait de passer la porte. Il en profite pour nous raconter sur le ton de la confidence que c’est la première fois qu’il revient en France depuis 1984, année où il signa sur le défunt label français New Rose. Il continue seul avec une guitare pour la deuxième partie, nous embarquant pour un tour magique et mystérieux avec ses balades pop et acidulées comme des bonbons dissonants. Le groupe revient et la ribouldingue repart de plus belle : un cadavre exquis de morceaux très différents les uns des autres, comme cette ritournelle ska que suivent des guitares lourdes et un rock de stoner. R Stevie Moore puise dans son immense répertoire, et joue aussi quelques morceaux de son nouvel album, "Advanced", dont "You don’t have to worry about my love" (dont l’intro évoque "Blackbird") ou "Carmen is Coming". Et au milieu, cette merveilleuse reprise de "I Want You (She’s So Heavy)" des Beatles, un de ses groupes fétiches (et dont il a détourné un certain nombre de pochettes pour ses albums).

Le concert est à l’image de ses enregistrements, un fourre-tout malin où se côtoie tout ce qui a pu faire la musique pop-rock américaine de la deuxième moitié du vingtième siècle. On perçoit à quel point le bonhomme a pu influencer une partie de


22 juillet 2011 la scène indie pop actuelle, dont son premier fan Ariel Pink, vu il y a peu de temps, ou encore Holy Shit, en tournée française également. R Stevie Moore éructe, lèche son bras, se roule par terre avec sa guitare puis s’assied en position de prière, son énergie est captivante. En guise de final il jette son paquet de chips tortillas sur le public, tourne les talons et s’en va. On part de la Java comme des gamins excités et fatigués, avec l’envie de refaire un tour de manège dès que possible.


Clubbing


Critique | 29 août 2012

Flash Cocotte : et roule, ma poule ! Par ANNE LEC' HVIEN Avec Pipi de Frèche et Dactylo, les soirées queer les plus hype de Paris rempilent pour un tour.

DR. Les Flash Cocotte entament leur nouvelle saison le 15 septembre. Ces soirées queer, créées en 2007, continuent de creuser leur sillon à travers les nuits parisiennes en rassemblant 2 000 personnes par mois. Le concept originel a été catalysé par la fermeture du Pulp, un «endroit où pédés et gouines faisaient la fête ensemble, un mélange qui avait du mal à se faire ailleurs à Paris». Dixit Pipi de Frèche, l’un des quatre DJ permanents et organisateurs des Flash Cocotte, dont la formule est passée de performances burlesques à des shows electro assortis d’installations d’artistes contemporains. «Au départ, c’est un peu un truc de résistance, ajoute-t-il. A l’époque, je n’avais pas de travail, Sarkozy arrivait, tout le monde se tirait à Berlin, donc… Qu’est-ce qu’on fait ?» Le cercle initial d’amis qui cherchaient à s’amuser ensemble s’est largement agrandi, dans des fêtes qui brassent un public majoritairement LGBT, mais aussi hétéro. «C’est une espèce de protection dans une ville où la culture hétéro domine, un espace de liberté, explique Anne-Claire Gallet, alias Dactylo, en cuisine et aux platines. Mais on


n’empêche pas les hétéros de venir, on a une politique très démocratique à la porte et, au final, on a environ 20% d’hétéros, et des gays de milieux très différents.» Un seul point commun, qui transparaît sur les photos du site : les looks, plus créatifs les uns que les autres. «On ne va pas à une Flash Cocotte comme on va au Monoprix», résume en substance Dactylo. Au-delà de l’extravagance et des prix d’entrée raisonnables, c’est l’affiche musicale qui attire de plus en plus : Yelle, Hercules & Love Affair, Ebony Bones, Basement Jaxx ont déjà remué les Flash Cocotte. Après un déménagement in extremis en septembre 2011, de la boîte la Java (Paris Xe) à l’Espace Pierre Cardin, salle plus grande près des Champs-Elysées (VIIIe), la fréquentation a doublé. Au-delà de la Flash Cocotte mensuelle, le groupe organise une flopée d’autres soirées. Entre les fêtes biannuelles à la Machine du Moulin Rouge, les soirées à Berlin, Rome et Bruxelles et un nouveau rendez-vous à la Java baptisé «Trou aux biches», les quatre potes qui ont commencé dans leur appartement sont devenus des incontournables. «Ça a toujours marché parce qu’il y a une vraie demande de clubbing à Paris, et une certaine routine de la nuit gay, souligne Pipi de Frèche. Il n’y a pas tant de soirées communautaires que ça qui placent des DJ et artistes comme nous.» Cette année, les Flash Cocotte accueilleront notamment Grandmarnier de Yelle, Edwin van Cleef, Perseus, Moonboots, le Belge The Magician (ancien Aeroplane) et le Français Ivan Smagghe.


Cabaret / Théâtre


revue.net

Jean-Michel Espitallier à La Java (Paris X)

Présentation de la résidence Jean-Michel Espitallier est poète, essayiste, mais également batteur au sein du groupe de punk-rock fiévreux Prexley. Et ce n’est pas une simple fantaisie, un simple à-côté – celles et ceux qui ont pu l’entendre le confirmeront : Prexl déménage. Espitallier, donc, « déménage » : il bouge dans les champs variés de la poésie et de l’intervention : longtemps responsable de la revue Java, il est aussi l’auteur d’une « caisse à outils » fort précieuse, qu’il ouvre à loisir à qui veut découvrir la poésie d’aujourd’hui. Bibliographie. Il a publié de nombreux ouvrages, dont Le Théorème d’Espitallier chez Flammarion ; En guerre chez Inventaire-invention ; Caisse à outils, un panorama de la poésie française d’aujourd’hui, chez Presses Pocket ; Tractatus logo mecanicus (pensum) et Army chez Al Dante. Il est aussi confondateur de la revue Java, active de 1989 à 2006. Son projet de résidence est, malicieusement, de refaire la Java – de refonder la revue qu’il a animée durant 17 ans, en la déplaçant sur scène – sur la scène de La Java, salle de concert historique. « La collision crée l’énergie », affirme-t-il. Dans ce


quartier parisien, mélangé, populaire et mouvant où s’établit sa résidence, il enquêtera, écoutera, enregistrera des propos, de rue, de bistrot pour bâtir un texte qui soit un « montage qui fera se confronter, entrer en collision, se frotter, se faire échos, se répondre, se contredire cette babel urbaine qui [le] fascine tant et que [sa] résidence [lui] permettra de rencontrer ». La structure d’accueil, La Java, située rue du Faubourg-du-Temple, est une salle de spectacle qui a accueilli, depuis 1923, nombre d’artistes de renom. Elle a choisi un mode de financement mixte, majoritairement privé – afin de faire exister en toute liberté une programmation artistique et une action culturelle.

"Toute expérience esthétique produit des sémaphores que chacun peut lire comme il l’entend" Peux-tu nous livrer quelques souvenirs forts des interventions live de cette résidence ? Quel en fut l’apport personnel, as-tu senti quelque apport collectif ? J’ai organisé 7 soirées à La Java, entre mars et octobre, selon l’objectif fixé, à savoir programmer des écrivains, des poètes, des musiciens, des performers, sur une scène historique des nuits parisiennes, devant des publics peu habitués à ce genre d’interventions. Une manière très explicite de poursuivre en live le travail mené dans la revue Java que j’ai codirigée de 1989 à 2006. Après un démarrage un peu poussif, une trentaine de personnes à la première soirée, ce « Spit refait la Java » a trouvé son rythme, son public, c’est devenu une sorte de rendez-vous pour un public manifestement heureux de découvrir l’univers de la poésie action (appelons ça ainsi…) et de sentir ce phénomène de friction sur scène entre des genres a priori peu compatibles. Ainsi a-t-on pu voir sur la même scène des écrivains, des poètes, des performers aussi différents que Charles Pennequin, Frédéric Dumont, Emmanuel Adely, Jérôme Game, Anne-James Chaton, Suzanne Doppelt, Antoine Dufeu, Valentina Traïanova, Laure Limongi, Chloé Delaume, Lucille Calmel, Frank Smith, Christophe Fiat, Antoine Boute, Gwénaëlle Stubbe, etc., des duos écrivainsmusiciens (Espitallier / Toeplitz, Maestri / Nicolas, Felix J / Artaud, Suel /Mirlan, Meunié / Akchoté, Sivan / Pigot, Barbaut / Djulle Jay, etc.), avec des groupes de rock (Enob, Madmohamed and guests), ou des musiciens venus de tous horizons (Jive Biquette, Olivier Pasquet, Florent Nicolas, etc.), un poète en chanteur punk (David Sillanoli) dans un groupe punk (Les Toutes), sans oublier le duo parodique hilarant Jaune Sous-marin, ou la performance des Sœurs Martin en vraies fausses chanteuses de variété, etc. Foisonnement, distorsions, rencontres, bords à bords ou fusion improbables. Avec, aussi, un déplacement des perspectives qui fit découvrir la poésie action à des publics venus écouter du rock, la performance à des publics littéraires, la musique électronique à des punks, la noise à des amateurs de poésie, etc. As-tu fait des rencontres marquantes – lors des rencontres publiques ? Des gens qui n’avaient jamais entendu parler de poésie action (et quasiment pas de poésie !), par exemple, sont parfois venus me voir pour me faire part de leur enthousiasme, de leurs interrogations, de leurs surprises. C’est vraiment ce qui m’intéresse dans ce genre de dispositif ; sortir de cette logique toujours un peu


démoralisante : « les poètes parlent aux poètes ». Il y eut aussi de belles rencontres entre artistes, ce qui était l’un des objectifs de mon projet. Par exemple, c’est au cours de l’une de ces soirées qu’Eric Meunié a voulu tenter une expérience sur scène avec le guitariste Noël Akchoté. Cette expérience, cet essai, a été à l’origine d’une collaboration qui, depuis, se poursuit. J’ai moi-même essayé quelque chose de nouveau dans un duo basse-batterie-bande son avec Kasper Toeplitz, présenté comme une expérience, un essai, ce que nous n’aurions jamais pu faire sur une autre scène, bien sûr. Ton écriture a-t-elle bougé, a-t-elle été remise en cause – en quoi- durant ces déplacements ? Je ne sais pas comment ni où ça peut bouger, l’écriture ; il est en tout cas trop tôt pour le dire. J’ai appris, en revanche, à envisager la scène différemment, surtout ce genre de scène multimédia. Plus prosaïquement, je dois avouer que l’allocation de résidence m’a permis de travailler avec davantage de sérénité. J‘ai pu d’ailleurs terminer un livre qui était en chantier depuis trop longtemps et qui sortira chez Pocket en octobre 2011, et en écrire un autre, pour les Editions Al Dante, pendant le temps de cette résidence, créer une pièce sonore pour une commande, etc. Cet aspect-là n’est certainement pas négligeable quand on fait le choix de vivre de sa plume. Généralisant quelque peu sur ce point, ce nous semble une question cruciale et complexe que pose la notion de résidence : quel est ton rapport à l’autre dans l’écriture (et pendant l’écriture) ? quelle est ta perméabilité au monde, à l’environnement, aux aléas, aux évènements ? Vaste question en effet. Le rapport au monde est toujours un rapport à ce qui le représente, lui donne du sens, le prend en charge (ou tente de le faire), le raye, le complexifie . Un rapport à la langue. Et aussi, comment mettre à distance ce monde, pour le regarder dans les yeux, le rendre visible, le déchiffrer en le chiffrant. Comment s’y articuler. Évidemment, sur cette question, on pourrait y passer la nuit. Ce que je veux dire, dans le cadre de ce qui s’est produit à la Java, c’est qu’écrire c’est aussi écrire dans un espace esthétique, culturel, historique donné. L’écrivain (l’artiste) est d’abord un lecteur, il va piquer à droite à gauche, réinventer ses propres outils au contact des outils des autres, affine ses propres trucs, en invente d’autres, entre en collision avec d’autres écritures, d’autres grammaires formelles, etc., donc, en fonction de ça, oui, j’ai tiré quelques leçons, non pas d’écriture, mais de dispositifs scéniques, de façon de travailler. Pistes, questionnements, remise en jeu, etc. De toute façon, toute expérience esthétique produit des sémaphores que chacun peut lire comme il l’entend, interpréter, etc. Ce fut aussi ce qui m’a profondément marqué à la faveur de cette résidence. Jean-Michel Espitallier 1er octobre 2010


A propos de La Java


La Java/Belleville/dossier de presse  

La Java 105 rue du faubourg du temple, Paris Dossier de presse de la Java de Belleville. 2014

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