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Membres du Jury des Enfants 2011 et Jury des Enfants 2012.

QUE FAIT LE JURY DES ENFANTS ? Les membres du Jury des Enfants du Prix des Enfants du Monde sont experts en droits de l’enfant de par leur vécu. Ils peuvent être membres du jury jusqu’à 18 ans. Chaque enfant du jury représente tous les enfants du monde ayant eu les mêmes expériences. Mais ils représentent aussi les enfants de leur pays ou de leur continent. Dans la mesure du possible, le jury aura des représentants de toutes les parties du monde et de toutes les grandes religions. • Les enfants du jury par les récits de leur vie, présentent les violations des droits de l’enfant dont eux-mêmes ont été victimes ou pour lesquels ils se battent. En ce faisant, ils apprennent les droits de l’enfant à des millions d’enfants de par le monde. • Le Jury des Enfants désigne chaque année, les trois candidats pour le Prix des Enfants du Monde pour les Droits de l’Enfant parmi tous ceux qui ont été nominés. • Le Jury des Enfants dirige la grande cérémonie de remise des prix, qui clôture chaque année le programme du Prix des Enfants du Monde.

• Les enfants du jury sont les ambassadeurs du Prix des Enfants du Monde dans leur pays et dans le monde. • Pendant la semaine de la cérémonie des prix, le jury des enfants visite les écoles suédoises et parle de son expérience et des droits de l’enfant. Voici les membres du jury.

Gabatshwane Gumede, 17, AFRIQUE DU SUD

Les parents de Gabatshwane sont morts du sida quand elle était petite. Bien que les tests montraient que Gaba, ellemême n’était pas infectée par le vih et n’avait pas le sida, beaucoup avaient peur d’être contaminés par elle. Elle n’avait pas d’amis et on se moquait d’elle. La plupart des gens où vit Gaba sont chômeurs. Beaucoup sont infectés par le vih et meurent en laissant des orphelins. Les violations des droits de l’enfant sont fréquentes. Mais aujourd’hui, plus personne ne se moque de Gaba. C’est une chanteuse et un défenseur des droits de l’enfant et les enfants l’admirent. Quand elle peut, Gaba achète de la nourriture pour les pauvres et donne des paquets de vivres à ses camarades d’école. – J’exige que les responsables politiques travaillent pour les droits de l’enfant. J’en ai parlé avec le ministre de l’éducation d’Afrique du Sud et avec bien d’autres représentants politiques. Gabatshwane représente les enfants que le sida a rendus orphelins et les enfants qui luttent pour les droits des enfants opprimés.

Hannah Taylor, 16, CANADA À cinq ans Hannah a vu un SDF qui mangeait dans une poubelle. Depuis elle dit aux écoliers, responsables politiques, directeurs et au Premier Ministre du Canada que personne ne doit être SDF. Elle a créé une fondation qui a recueilli des millions d’euros pour un projet en faveur des SDF et un programme pour les écoles. – Nous voulons montrer que chacun peut s’engager et faire la différence pour les SDF et pour les droits de l’enfant. Nous devons partager et nous entraider. Quand je suis allée dans un foyer pour adolescents SDF, je les ai tous embrassés. Un garçon, très réservé, m’a dit : ’J’ai toujours cru que personne ne m’aimait, maintenant je sais que tu m’aimes’. Hannah représente les enfants qui luttent pour les droits de l’enfant, spécialement pour les droits des enfants SDF.

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PHOTO: KIM NAYLOR

Maria Elena Morales Achahui, 16, PÉROU À 12 ans, Maria Elena a quitté son village dans la montagne. Sans rien dire à ses parents. Elle a sept frères et sœurs et savait que la famille avait des difficultés. En plus elle trouvait que l’école du village était mauvaise. À Cusco, elle est devenue bonne chez sa tante. Elle n’avait pas de salaire, rien qu’un peu d’argent de poche. Et elle devait travailler tant qu’elle ne pouvait pas aller à l’école. Si elle protestait, la tante menaçait de la battre. Sa famille lui manquait et un jour Maria Elena est allée lui rendre visite. Quand elle est revenue, sa tante l’a mise à la porte. Maintenant, Maria Elena vit chez l’organisation Caith, va à l’école et fait partie d’un groupe qui défend les droits des bonnes. Maria Elena représente les filles qui travaillent comme bonnes, souvent dans des conditions proches de l’esclavage et se bat pour leurs droits.

Brianna Audinett, 15, ÉTATS-UNIS

Hamoodi Mohamad Elsalameen, 14, PALESTINE

Hamoodi vit dans une famille pauvre au sud de Hebron, en Cisjordanie, une région occupée par Israël. – Une nuit les soldats israéliens sont entrés dans notre village avec des chars d’assaut. Par haut-parleurs, ils ont ordonné à tout le monde d’allumer les lampes et ensuite se sont mis à tirer dans tous les sens. Il y a eu trois morts, dit Hamoodi. À cinq ans, Hamoodi a entendu dire qu’un petit garçon avait été tué et a dit : « Je veux un fusil ! » Mais maintenant, il participe aux pourparlers de paix. Il a des amis juifs avec lesquels il joue au foot plusieurs fois par mois en Israël. – J’aime jouer au foot, mais nous n’avons pas de place au village. On joue sur un terrain loin d’ici, mais quand les soldats israéliens viennent arrêter quelqu’un, ils nous chassent. Ils gâchent tout, dit Hamoodi. Hamoodi représente les enfants dans les zones de conflit et les enfants qui vivent sous l’occupation.

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Brianna avait onze ans quand sa mère a quitté son père, un homme violent. Brianna et ses trois frères se sont retrouvés SDF à Los Angeles. Ils durent de déplacer souvent et vivre dans des motels, bien qu’il ne fût pas autorisé d’occuper une chambre à cinq. Finalement, ils trouvèrent un abri où ils purent rester six mois dans un dortoir à lits superposés avec d’autres SDF. Ils pouvaient à peine jouer

et devaient se taire. Mais, en face de l’abri se trouvait l’organisation School on Wheels, qui donna à Brianna et à ses frères aussi bien un endroit pour jouer, le matériel scolaire et l’aide pour les devoirs. – Plus tard, je serai médecin j’aiderai surtout les SDF. Ils n’ont pas d’argent, mais je les aiderai, dit Brianna qui a finalement obtenu un logement et vit avec sa famille. Brianna représente les enfants qui sont SDF.

Lisa Bonongwe, 16,

ZIMBABWE

Lisa avait quatre ans. Son père buvait et battait sa mère presque tous les soirs. Parfois jusqu’à la laisser par terre, sans connaissance. Si Lisa pleurait et lui criait d’arrêter, il la chassait, elle et son grand frère de la maison. – Même en plein hiver, on devait dormir sur la véranda. Il faisait si froid, dit Lisa. Lisa avait sept ans, quand sa mère obligea son père à partir et quand Lisa s’est inscrite au Girl Child Network, un club pour filles à l’école qui les instruit sur leurs droits. – Dans les clubs pour filles, nous parlons de ce qui est important pour nous. Les filles ne sont pas en sécurité au Zimbabwe. On nous maltraite, on nous viole et nous devons faire tout le travail ménager. S’il n’y a pas assez d’argent, c’est toujours les garçons qui vont à l’école. Je participe à l’organisation des manifestations pour les droits des filles » Lisa représente les enfants qui se battent pour les droits des filles.


Mae Segovia, 13, PHILIPPINES

Mae avaient neuf ans lorsqu’elle fut obligée de quitter l’école pour travailler afin d’aider sa famille. Elle dut danser et se déshabiller devant une caméra dans un cybercafé. Les photos étaient envoyées dans le monde entier par internet. Il se passa deux ans avant que la police arrête le propriétaire du café qui exploitait Mae. À présent il est en prison, lui et d’autres personnes qui regardaient les photos. Mais Mae ne put continuer à vivre dans sa famille. Elle risquait de nouveau de se faire exploiter à cause de la misère. Aujourd’hui elle vit dans l’une des maisons sûres pour filles abusées de l’organisation Visayan Forum. Elle va à l’école et se bat pour les autres filles victimes d’abus. – Ma famille me manque, mais j’aime l’école et je me sens mieux ici, dit Mae. Mae représente les enfants victimes du commerce sexuel et les enfants qui se battent pour les droits de l’enfant.

Nuzhat Tabassum Promi,14, BANGLADESH – Si le niveau de la mer monte d’un mètre, la partie sud du Bangladesh, où j’habite, disparaîtra sous l’eau. J’y pense souvent. Le réchauffement planétaire, responsable de la fonte des glaces polaires et dans l’Himalaya, provoque des cyclones et des inondations de plus en plus forts. Sur le chemin de l’école, le jour après le méga cyclone, il y avait des morts et des blessés partout, dit Nuzhat. Elle vit dans la petite ville de Barisal, dans le sud du Bangladesh. Tous les

matins, elle met son uniforme scolaire, arrête un vélo taxi et se fait conduire à l’école. – Tous les ans, des cyclones, des tempêtes très fortes, frappent le Bangladesh. Mais le pays est prêt et a un bon système d’alerte cyclonique. Le pire qui me soit arrivé c’est quand j’ai cru que l’école allait être emportée par le cyclone. Nuzhat représente les enfants dont les droits sont violés à la suite de catastrophes naturelles et de la dégradation de l’environnement, ainsi que les enfants qui exigent le respect des droits des filles.

Mofat Maninga, 15, KENYA – J’aimerais parler avec le président du Kenya et lui dire que les enfants ont des difficultés. Que sa police bat les enfants qui vivent dans la rue et les met en prison. En prison ! Comment peut-on emprisonner un enfant simplement parce qu’il est obligé de vivre dans la rue ? Comment peut-on voler sa liberté à un enfant ? Je dirais au président qu’il devrait plutôt prendre soin des enfants. Leur donner un endroit où vivre, à manger et la possibilité d’aller à l’école. Mofat avait huit ans quand sa mère est morte du sida. – Grand-mère s’était occupée d’elle et n’avait pas dit à quel point maman était malade. C’était un choc. Je me suis senti si seul. Quelques années plus tard, Mofat tomba lui-même malade. Sa grand-mère s’occupa de lui, mais quand elle mourut, les autres membres de la

D'autres membres du jury des enfants

famille, chassèrent Mofat de la maison. Mofat avait 13 ans et dut vivre dans la rue. Mais aujourd’hui, il vit dans un home pour enfants des rues et va de nouveau à l’école. Mofat Maninga représente les enfants séropositifs et les enfants qui vivent dans la rue.

Liv Kjellberg, 13, SUÈDE Au début on se moque de nous à cause de nos vêtements ou parce qu’on est timide ou pour notre physique. Et puis ça continue avec des bousculades et ce genre de choses et cela dégénère de plus en plus, dit Liv. Déjà la première année d’école elle se retrouva à l’extérieur du cercle des filles. Elle mangeait seule à la cafétéria, on la harcelait, on la bousculait et on lui lançait des quolibets. – Les enseignants ne se rendent pas toujours compte de ce qui se passe entre les élèves et quand on est victime de harcèlement, on n’en parle pas forcément. On se dit que demain ce sera mieux et que les autres m’accepteront. Liv prit, elle-même la situation en main, recueillit de l’argent pour que l’organisation Friends, qui travaille contre le mobbing puisse venir à son école. – Maintenant c’est agréable en classe. Plus personne ne me harcèle et je me suis fait sept amis à l’école, dit Liv. Liv représente les enfants qui sont victime de mobbing et les enfants qui se battent contre le mobbing.

Poonam Thapa, 16, NÉPAL Se bat pour et représente les filles victimes de trafic de personnes et qui sont vendues comme esclaves à des maisons closes et toutes les filles victimes d’abus. Pages 8–9 David Pullin, 15,

GRANDE-BRETAGNE

Représente les enfants séparés de leurs parents et pris en charge par la société ainsi que les enfants qui se battent pour les droits de l’enfant. Pages 10–11

Ndale Nyengela, 14, RD CONGO Représente les enfants soldats et les enfants dans les conflits armés. Pages 12–13

Emelda Zamambo, 12,

MOZAMBIQUE

Représente les enfants orphelins et les enfants qui se battent pour les droits de l’enfant. Pages 34–39

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Poonam  Thapa,  16     (2012)    


L’homme qui a vendu Poonam est arrêté. Le Népal a une nouvelle loi contre le trafic de personnes et il peut être condamné à 20 ans de prison et un dédommagement à Poonam correspondant à cinq ans de salaire.

Poonam

TE X TE: MARTIN SCHIBBYE

PHOTO: JONAS GR AT ZER

a fait arrêter le trafiquant de personnes Poonam Thapa du Népal rencontra un garçon plus âgé qui la trompa et la vendit dans une maison close en Inde. Aujourd´ hui Poonam est libre et membre du jury du Prix des Enfants du Monde. Dernièrement elle put confondre le garçon qui l’avait vendue et le faire arrêter par la police. – Tu m’as poussée à fuir en

me promettant qu’on se marierait, crie Poonam au garçon plus âgé, qu’on a fait asseoir sur un banc de l’organisation Maiti Nepal dans la capitale, Katmandu. Poonam reconnut l’homme lorsque, il y a une semaine, il vint au centre de Maiti pour chercher sa femme qui avait 8

disparu. Elle n’osa rien dire avant qu’il soit parti. Mais quand Poonam raconta que c’était bien le jeune homme qui l’avait vendue, on lui tendit un piège pour qu’il revienne. – Je n’ai jamais vu cette fille et je ne suis jamais allé en Inde, dit le jeune homme. Il ne peut en dire plus car l’indi-

gnation de Poonam explose. – Je sais le nom de ton père, je sais qu’il ne voit pas d’un œil, alors arrête de mentir ! Anuradha Koirala, la fondatrice de Maiti Nepal appelle la police et prie Poonam, qui aujourd’hui a 16 ans, de tout raconter depuis le début. Poonam grandit dans le vil-

lage de Ichtko, au Népal, l’un des pays, les plus pauvres du monde. Les jeunes du village rêvaient d’une autre vie. Les trafiquants de personnes venaient souvent au village pour essayer de flouer les jeunes filles en leur promettant un travail qui n’existait pas. Les parents ne comprenaient pas toujours le danger, ils croyaient que l’offre était une chance magnifique. Une bouche de moins à nourrir et qui plus est, un revenu. Poonam n’avait pas de parents et c’est très jeune qu’elle alla à Shimla, une ville indienne pour cueillir des pommes et des champignons et servir dans un restaurant. C’est là qu’elle rencontra le garçon de quelques années son aîné. Trompée et vendue

À 14 ans, Poonam était revenue dans son village, au Népal quand son grand amour lui proposa de fuir dans la grande ville de Mumbai, en Inde pour se marier et vivre avec lui. – Mais tu dois partir un jour avant moi, pour que personne ne soupçonne que nous sommes partis ensemble. Nous nous verrons en Inde, dit le jeune homme à Poonam. Au terme de plusieurs jours de voyage en voiture et en bus, Poonam arriva dans une sombre ruelle d’une banlieue du Mumbai, une ville de 14 millions d’habitants. Mais il y avait quelque chose d’étrange. La pièce était pleine de filles. Plusieurs plus jeunes qu’elle. Du garçon qui devait la retrouver, aucune trace. – Tu m’as trompée, crie Poonam bouleversée au gars qui l’a vendue à un bordel.


L’une des femmes de la maison dit à Poonam de prendre un bain et de mettre un jupe courte. Ensuite on la maquilla. Les hommes qui entraient l’obligèrent à boire de l'alcool et tout le monde parlait de « clients » – C’est quoi un client ? demanda-t-elle à Mala, une fille plus âgée. – On t’a vendue, ceci est un bordel, répondit Mala. En enfer

Le soir, beaucoup d’hommes vinrent au bordel. Poonam refusa de se laisser toucher. Elle pleura, cria, donna des coups de pied et mordit. On la maîtrisa, fouetta avec des câbles électriques et on la brûla avec des cigarettes jusqu’à ce qu’elle cède. Chaque jour, entre dix et quinze hommes abusèrent de Poonam. Si elle essayait de se sauver, on l’enfermait. Après dix mois, la police indienne, fit un raid dans le bordel. On les avait avertis qu’il y avait des enfants et ils emmenèrent Poonam. C’est ainsi que Poonam

arriva à l’organisation Maiti Nepal, qui reçut le Prix des Enfants du Monde en 2002 pour son travail en faveur des filles victimes de trafic de personnes et de toutes les filles abusées. La police arrive

Le walkie-talkie du commissaire de police grésille quand il fait irruption dans la pièce chez Maiti Nepal où Poonam et le garçon qui l’a vendue attendent. – Oui, oui, j’ai vendu Poonam pour 40.000 roupies indiennes (1.000 USD) mais ça a été la première et la dernière fois que j’ai vendu une fille ! reconnait l’homme que Poonam a désigné.

Le silence se fait dans la pièce. Selon la nouvelle loi du Népal, « Human Trafficking Act » (Loi sur le trafic de personnes) l’homme risque 20 ans de prison et de devoir payer l’équivalent de cinq années de salaires à Poonam. – Tant qu’il y a des personnes qui sont prêtes à vendre des personnes, il est difficile pour nous policiers d’intervenir, dit le policier. Il pense que Poonam est très courageuse. – À la moindre hésitation, il est difficile de confondre quelqu’un, dit-il en emmenant le trafiquant de personnes dans le fourgon de police.

Poonam reste assise dans la pièce complètement lessivée. Malgré tout cela, son avenir se présente mieux. Chez Maiti Nepal, elle et d’autres rescapées, reçoivent de l’aide et une formation professionnelle. Dans le jury du Prix des Enfants du Monde, Poonam représente et se bat pour les filles victimes de trafiquants de personnes et qui sont vendues à des bordels, comme esclaves, et pour toutes les filles victimes d’abus. Poonam offre des fleurs à la reine Silvia, lors de la cérémonie de remise des prix du Prix des Enfants du Monde, au château de Gripsholm, à Mariefred, en Suède

Encore plus d’esclaves de nos jours 200.000 filles et femmes népalaises sont esclaves dans des bordels en Inde. Chaque année, le nombre croît de 12.000 filles, dont beaucoup n’ont pas 16 ans. Il y a environ 1,2 millions d’esclaves sexuels au monde. Le gain provenant de l’esclavage sexuel est estimé entre 9,5 et 32 milliards de USD. Il y a plus de 12,3 millions d’esclaves au monde, à peu près autant que la totalité des esclaves qui furent envoyés d’Europe en Amerique, entre le 15ème et le 19ème siècle. Selons certains il y aurait 27 millions d’esclaves. 9


David  Pullen,  15     (2012)    


– Tous les membres du Conseil communal de la commune de Staffordshire ont signé un engagement, The Pledge, dans lequel ils promettent de faire respecter nos droits, dit David.

David se bat pour les enf Le père et la mère de David étaient alcooliques et quand il était petit on le laissait seul toute la journée. Aujourd’hui, il vit dans une famille d’accueil et se bat pour les enfants dans la même situation. David Pullin, 15 ans, de Grande Bretagne est membre du jury du Prix des Enfants du Monde, où il représente les enfants séparés de leurs parents et pris en charge par la société. « Quand j’étais petit , je vivais

avec mon père et ma mère. Ils étaient alcooliques et me laissaient souvent seul dans l’appartement quand ils sortaient pour boire. Parfois j’étais seul toute la journée. Je ne pouvais pas m’en aller parce qu’ils m’enfermaient. Il n’y avait jamais assez à manger, que des chips, biscuits et un peu de pain. Je n’avais pas d’amis et j’allais me coucher tout seul. C’était pénible parce que j’avais peur du noir. Quand j’ai commencé l’école, les enseignants ont compris que quelque chose n’allait pas. J’étais sous-ali10

menté et mes vêtements étaient toujours sales et trop petits. Et comme je n’avais pas l’habitude des autres, j’étais toujours seul, dans un coin. Maman sentait souvent l’alcool quand elle venait me chercher. Papa a fini en prison et mes enseignants ont contacté les services sociaux et leur ont expliqué que je n’étais pas bien à la maison. J’avais sept ans quand on a décidé que je serai placé dans une famille d’accueil. Même si ça ne marchait pas bien à la maison, je voulais quand même vivre avec mes parents et je me faisais beaucoup de

soucis. Est-ce que la nouvelle famille serait gentille et m’aimerait ? La Voix des Enfants

Mais je me suis senti tout de suite en sécurité. Ils m’ont embrassé et m’ont souhaité la bienvenue. Très vite c’était comme ma vraie famille. Et, à l’école, je me suis fait des amis. Mais je me sentais malgré tout un peu seul, car personne n’avait vécu ce que j’avais vécu. Alors mon assistant social m’a parlé de la Voix des Enfants, où les enfants que la société a pris en charge, peuvent se rencontrer et parler de ce qu’ils ont vécu et se soutenir. Je fais partie des la Voix des Enfants depuis trois ans. Au début c’était surtout moi qui avais besoin de soutien, maintenant je m’oc– Mon rêve est que tous les enfants dont s'occupe la société vivent bien et aient des droits, comme tous les autres enfants.

cupe de ceux qui ont besoin de mon aide. Car, même si c’était très dur pour moi quand j’étais petit, j’ai quand même eu beaucoup de chance. J’ai une nouvelle famille fantastique et je suis heureux. Mais je sais que tous les enfants qui ont été pris en charge par la société n’ont pas eu la même chance et je veux me battre pour leurs droits. J’ai participé à la rédaction d’un prospectus d’information en faveur des enfants que chaque enfant placé devrait avoir. Il y a des informations sur les droits de l’enfant, le harcèlement et des numéros de téléphone importants


– Je fais partie de la Voix des Enfants depuis trois ans. Au début c’était surtout moi qui avais besoin de soutien, maintenant je m’occupe de ceux qui ont besoin de mon aide, dit David.

Conseil des enfants

Dans le Staffordshire où je vis, il y un Conseil des enfants où les douze membres sont des enfants assistés. Les autres enfants du projet la Voix des Enfants ont voulu que je fasse partie du Conseil des enfants, ce qui est le cas depuis deux ans. J’ai entre autre contribué à ce que les enfants placés aient plus d’argent de poche. Avec les membres adultes du Conseil communal, je visite des orphelinats pour m’assurer que les enfants y sont bien traités. Si les portes ou les meubles ne sont pas en bon état, si les fenêtres sont sales et si le ménage n’est pas fait, je

fais un rapport au Conseil communal qui fait le nécessaire. Un garçon d’un orphelinat ne recevait que la moitié de l’argent de poche dont il avait droit. Je m’en suis plaint au directeur et au Conseil communal et le jour suivant tout était réparé ! Une autre tâche très importante que j’ai au sein du Conseil des enfants ce sont les interviews que je fais des adultes qui veulent travailler dans la commune avec les enfants assistés. Je cherche des adultes qui mettent toujours le bien des enfants avant tout, qui sont comprehensifs et amusants ! Jusqu’à présent, les adultes ont engagé les personnes que nous avons recommandées ! Les adultes écoutent

Je sens que les autorités ici dans le Staffordshire nous écoutent, nous les enfants qui sommes pris en charge par la société. Ce sont les autorités qui ont été les initiateurs du

projet la Voix des Enfants et le Conseil des enfants, ce qui augmente notre influence à propos des questions qui nous concernent. Dernièrement, tous les membres du Conseil communal ont signé un engagement - The Pledge – présenté par notre Conseil des enfants, où ils promettent de reconnaître nos droits. Entre autre, le droit à des assistants sociaux bien formés, qui s’intéressent à nous. J’en suis très content, car c’est justement pur cela que je me bats. Pour

que l’on nous respecte et pour que nous ayons une voix. Mon rêve est que tous les enfants dont s’occupe la société vivent bien et aient des droits, comme tous les autres enfants. Ma mère ne boit plus et nous nous voyons régulièrement, mais nous avons décidé que je resterai dans ma nouvelle famille jusqu’à ma majorité » David représente les enfants qui ont été séparés de leurs parents et qui sont pris en charge par la société.

Vélo pour tous ! – Les enfants assistés n’ont souvent pas de vélo et ce n’est pas bien, nous voulons nous amuser comme les autres. J’en ai parlé aux autorités et je leur ai dit que tous les enfants qui n’ont pas les moyens d’acheter un vélo ou qui ont une famille d’accueil qui n’a pas les moyens, devraient en recevoir un de la commune. Ils étaient d’accord ! Mais ils ont dit que c’était au Conseil des enfants de lancer le projet. En ce moment, il y a déjà douze enfants qui circulent avec le vélo qu’ils ont reçu de nous ! 11

d’hôpitaux, services sociaux et responsables des droits de l’enfant au sein du gouvernement. Il est important que tous les enfants assistés connaissent leurs droits et sachent vers qui se tourner pour exiger qu’ils soient respectés.

TE X TE: ANDRE AS LÖNN

ants assistés


Ndale  Nyengela,  14     (2012)    


– C’est ça ta plume, maintenant, dit le soldat en tendant un fusil à Ndale Nyengela, qui à onze ans, a été enlevé sur le chemin de l’école par un groupe armé en RD Congo. Aujourd’hui Ndale a 14 ans, il est libre et membre du jury du Prix des Enfants du Monde. « C’était un jour comme les

autres. Je me suis réveillé au lever du soleil, je me suis lavé et ai mis mon uniforme scolaire. J’ai pris mon cartable avec plume, cahier et règle et

Ndale

a dû échanger la plume contre le fusil je suis allé à la rencontre de mes camarades de classe. Nous étions six, nous courions par moments, car nous étions en retard. Nous avons pris un raccourci à travers la forêt. Soudain, nous avons vu deux soldats armés entre les arbres. Quand ils nous ont appelés, il était trop tard pour rebrousser chemin. – Où allez-vous, les garçons ? a demandé un soldat.

Il a pris nos cartables et les as vidés sur le sol. Ils ont aussi trouvé l’argent que j’avais avec moi pour payer les taxes scolaires et pour acheter des haricots. C’était jour de marché et ma mère m’avait demandé d’acheter deux kilos de haricots bruns. – Vous comprenez, les garçons que dans ce pays, il n’y a pas assez de soldats, alors il est temps que vous nous aidiez, dit l’autre soldat. – Mais, nous devons aller à l’école, j’ai dit. – Écoute bien, toi ! Si tu discutes, on vous tue sur-lechamp. Compris !!? dit-il en Ndale était sur le chemin de l’école quand il a été enlevé et contraint à devenir soldat. Aprés trois ans, il a pu s’enfuir. – Maintenant ma vie a repris son cours, dit-il.

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nous frappant la tête avec une canne. J’avais si peur que j’ai pensé que Dieu m’avait abandonné. Sinon pourquoi est-ce qu’une telle chose me serait arrivée ? J’ai pensé à maman et à papa et à mes frères et sœurs. Le cauchemar était réalité

On a marché trois jours sans manger, ni dormir. On n’avait pas le droit de se parler. Si on marchait trop lentement, ils nous donnaient des coups de pieds en nous injuriant. J’étais fatigué. Un soir, ils ont mis le feu à nos uniformes scolaires. Tout avait l’air d’un cauchemar. Mais tout était réel. Au bout de trois jours, nous sommes arrivés à leur camp. Quand j’ai vu tous les soldats et comment ils vivaient dans des maisons faites de branches et de morceaux de

« Oui à l’école et plus jamais de camps militaires », disent les banderoles. À l’organisation BVES, Ndale et les autres enfants soldats libérés reçoivent l’assistance nécessaire pour dépasser les choses horribles qu’ils ont vécues et pour reprendre l’école. Mais d’abord, ils vont enlever leur uniforme.

plastiques, j’ai pensé : – C’en est fini de moi. Je suis un écolier, qu’est-ce que je fais parmi toutes ces armes ? Un soldat nous a donné des uniformes et des armes. – Voici ta plume, a-t-il dit, en me tendant un fusil. L’uniforme était trop grand pour moi, mais une femme a coupé les manches et les jambes des pantalons. Il y avait d’autres enfants soldats dans le camp. Ils nous ont demandé si nous avions de l’argent. Mais nous n’en avions pas. Le jour suivant on a commencé à s’entraîner à tirer avec le fusil. Je n’arrêtais pas de penser : – Je ne veux pas apprendre à tirer, je suis un écolier. Quand nous avons pu manipuler le fusil, ils nous ont dit que nous allions apprendre à tuer.


– Cet arbre est une personne. Essaie de viser droit au cœur !

La fuite

Je suis resté trois ans dans cette armée. Un jour, un de mes amis, un soldat adulte m’a dit : – Fuyons ensemble ! J’ai entendu à la radio que les troupes de l’ONU et des gens du BVES sont ici pour aider les enfants soldats à se libérer. Son plan était de se procu-

rer des vêtements civils d’un vendeur ambulant qui venait au camp. De mettre les vêtements sous les uniformes et de partir pendant la nuit. Et une nuit, nous sommes partis. Arrivés dans la forêt, nous avons jeté nos armes et enlevé notre uniforme. Nous avons dormi dans la forêt et avons ensuite pu aller dans nos vêtements civils à l’endroit où se trouvaient les libérateurs des enfants soldats. Nous n’avons pas perdu de temps. – Nous avons fui une armée et vous voyez bien que c’est un enfant. Pouvez-vous vous occuper de lui ? dit mon ami à un homme du BVES qui se tenait près d’une grande voiture blanche de l’ONU. – N’aie pas peur, nous nous occuperons de toit, me dit l’homme. J’étais si heureux et ma vie a repris son cours. Ici au BVES, je suis tranquille. Je peux aller à l’école. Ce que j’aime le mieux c’est la musique, l’anglais, la géographie et l’histoire. Quand j’aurai terminé mes études, je veux composer de la musique qui parlera de l’armée et des droits de l’enfant, pour que tout le monde com-

prenne les droits de l’enfant. Je veux faire en sorte qu’on ne transforme pas les enfants en soldats. Les adultes doivent se souvenir qu’ils ont été des enfants. Beaucoup l’oublient. Mais je veux aussi m’occuper de mes parents » Ndale représente les enfants soldats et les enfants dans les conflits armés.

« Oui à l’uniforme scolaire » et « Plus jamais ces tenues pour les enfants » disent les banderoles. Les enfants soldats ont enlevé leur uniforme militaire pour le brûler.

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Cela faisait deux mois que nous étions dans le camp, quand un matin on a entendu des cris : – Les ennemis arrivent pour se venger ! Tous les hommes prêts au combat ! Quelques jours plus tôt, des soldats de notre camp avaient attaqué une autre armée et volé une vache et d’autres choses. L’armée venait pour reprendre ce qui avait été volé. Nous les enfants, devions aller en première ligne. C’était toujours ainsi. Nous nous sommes cachés dans la forêt près d’un chemin. Quelqu’un s’est mis à tirer. Je ne peux pas décrire à quel point j’avais peur. C’était mom premier combat et il faisait presque nuit. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait. Des gens qui tombaient, morts à côté de moi. Des gens qui criaient. Tous ces coups de feux. J’étais submergé par la peur. Si j’essayais de me retirer, les autres soldats me poussaient en avant en me disant : – Si ton ami meurt, ne t’en occupe pas, enjambe-le ! C’est ton devoir ! Deux de mes camarades ont été tués dès les premiers jours. Les combats ont duré douze jours. Tout ça pour une vache. Quand je suis revenu au camp, cela faisait des jours que je n’avais ni dormi, ni mangé. Mais quand il aurait été possible de dormir, je ne le pouvais plus à cause de toutes les pensées et des cauchemars à cause de ce que j’avais vécu.

R ACONTÉ Á : GUNILL A HAMNE PHOTO : GUNILL A HAMNE & BO ÖHLÉN

Participe à la guerre


Mofat  Maninga,  14     (2010)    


Mofat courageux comme Nkosi M

– Bonjour, je m’appelle Nkosi Johnson. J’ai onze ans et j’ai le sida… Le garçon qui dit les célèbres mots de Nkosi, s’appelle Mofat Maninga, il a 14 ans et vient du Kenya. Les enfants des rues dans la ville de Kisumu fêtent la Décennie du Vote Mondial et Mofat y représente le candidat Nkosi. – Mais je n’ai pas à me forcer beaucoup. La vie de Nkosi et la mienne se ressemblent sur bien des points, dit Mofat, qui est un nouveau membre du Jury des Enfants au Prix des Enfants du Monde. Il représente les enfants atteints du vih/sida et les enfants qui vivent dans la rue.

ofat a grandi dans la famille de sa mère. Avec des cousins plus âgés, il gardait les vaches et les chèvres de son grand-père. Sa mère était infirmière et ils avaient toujours de quoi manger. Ils vivaient bien. Mais, quand Mofat avait quatre ans, tout a commencé à changer. Ce fut d’abord la mort de grand-père et quelques années plus tard celle de sa petite sœur. – Et quand j’avais huit ans, c’est maman qui est morte. C’est grand-mère qui l’avait soignée et pour me protéger, elle ne m’avait pas dit à quel point maman était malade. C’était un choc. Je me suis

senti si seul. Dans mon sommeil, j’entendais souvent maman m’appeler et j’étais si heureux d’entendre sa voix ! Quand je me réveillais, la vie me paraissait si injuste. Peur de mourir

Quelques années plus tard, ce fut Mofat lui-même qui tomba malade. – J’ai attrapé une sorte de toux et un rhume qui ne passaient pas. A la fin, grandmère était si inquiète qu’elle m’a amené à l’hôpital. Elle a dit au médecin que maman avait eu la même toux avant de mourir et qu’elle était morte du sida. Je ne savais pas ce que c’était, mais j’étais

inquiet. Le médecin m’a fait passer des tests et il s’est avéré que moi aussi j’étais porteur du vih. Un psychologue m’a expliqué que le vih pouvait donner le sida et que je devais commencer à prendre des médicaments immédiatement. J’avais très peur. Peur de mourir. Grand-mère s’occupa de Mofat et fit de son mieux, mais elle était âgée et malade. Mofat devait faire presque tout à la maison. Il lavait les vêtements, faisait la cuisine et gardait les vaches tout en devant suivre l’école et se souvenir de prendre ses médicaments vitaux à heures fixes. – À la fin, j’étais si épuisé

Ne volez pas aux enfants leur liberté !

Mofat

– Comme Nkosi l’a fait, quand il a parlé avec le président de l’Afrique du Sud, je veux aussi parler avec le président du Kenya pour lui dire que la vie est dure pour les enfants. Que sa police bat les enfants qui vivent dans la rue et les met en prison. En prison ! Comment peut-on enfermer un enfant parce qu’il est obligé de vivre dans la rue ? Comment peut-on voler sa liberté à un enfant?! Je dirais au président qu’il devrait plutôt prendre soin des enfants. Qu’il leur donne un endroit pour vivre, quelque chose à manger et la possibilité d’aller à l’école.

Nkosi Informe-toi sur le héros de Mofat, Nkosi Johnson, qui en 2002, à titre posthume – après sa mort – a été honoré par le Prix des Enfants du Monde pour son combat en faveur des enfants frappés par le vih/ sida, sur www.worldschildrensprize.org

 TEXTe: ANDRE AS LÖNN photO: KIM NAYLOR

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Pas de colle !

Mofat à l’arrêt de bus où il dormait. Il vient voir ses copains qui y vivent encore. – Beaucoup sniffent de la colle pour oublier les problèmes et se réchauffer, mais je n’ai jamais commencé. La colle les rend tous violents et bizarres, ce qui fait que je n’ai jamais eu envie, dit Mofat.

que j’ai perdu connaissance et j’ai été hospitalisé plusieurs jours. J’aurais dû y rester plus longtemps, mais nous n’en avions pas les moyens. Quand je suis retourné à la maison, j’ai appris que grand-mère aussi était à l’hôpital. Mes tantes venaient parfois me

voir avec un peu de nourriture, mais repartaient toujours aussi vite qu’elles le pouvaient. La police a frappé

– Une après-midi elles m’ont dit que grand-mère était mor…et avec l’uniforme scolaire.

Avec ses vêtements préférés…

Nous sommes une famille

– Les autres garçons sont mes amis, mes frères. Nous sommes une famille. Il arrive parfois que certains ne veuillent pas que je m’assoie sur leur lit quand nous nous racontons des histoires, le soir. Ils voudraient que je m’assoie par terre. Ils ont peur d’être infectés et cela fait toujours très mal, dit Mofat.

te et que personne dans la famille ne voulait plus s’occuper de moi. Ils avaient peur d’être infectés. Je ne savais pas comment faire et je leur ai demandé de l’aide, mais elles ont refusé. Au lieu de cela, elles m’ont obligé à quitter la maison de grand-mère. J’avais alors treize ans. Mofat quitta le village et se retrouva dans la rue d’une petite ville voisine. La seule chose qu’il put prendre, c’étaient les vêtements qu’il

portait : ses shorts, un t-shirt et une paire de sandales. Il n’avait pas un centime. Pour survivre, il se mit à voler des poules et des poulets qu’il vendait au marché. Mais on l’arrêta. – Trois policiers m’ont emmené au poste de police. Ils m’ont lié pieds et mains et m’ont battu. Ils me fouettaient en criant qu’ils m’apprendraient ce qui arrive à ceux qui volent. J’essayais de leur dire que c’était ma seule chance de me nourrir et qu’ils

devaient arrêter, mais ils ne m’écoutaient pas. Ils ne m’ont lâché que quand je me suis mis à tousser si fort qu’ils ont dû avoir peur que je meure. Cela est arrivé plusieurs fois. Une fois, ils ont appelé mon oncle, mais il a dit qu’il ne savait pas qui j’étais. Devient enfant des rues

– À la fin, les gens m’ont menacé en me disant que si je n’arrêtais pas de voler, ils me mettraient dans un pneu imbibé d’essence et qu’ils y mettraient le feu. Alors j’ai eu vraiment peur. J’ai décidé d’aller à Kisumu pour reprendre l’école.

Cela ne se passa pas comme Mofat avait espéré. À la ville, les seules personnes qui l’accueillirent comme un ami, ce furent les enfants qui vivaient dans la rue. – La journée, nous cherchions de la nourriture dans les poubelles des restaurants et le soir nous mendions aux arrêts de bus. La nuit, nous dormions les uns contre les autres avec des sacs en papier comme couvertures. Dans mon groupe, nous étions sept et nous essayions de nous protéger les uns les autres. Ce qui était vraiment nécessaire, parce que, presque chaque nuit, la police venait nous

Les chaussures préférées des amis ! Celles de Mofat…

réveiller. Ils nous battaient et nous devions nous enfuir. Ceux qu’on prenait, étaient emmenés au poste de police où ils étaient malmenés et étaient ensuite enfermés dans la prison pour mineurs. Mofat allait de plus en plus mal à vivre dans la rue. Il ne prenait plus de médicaments, il avait des irruptions cutanées sur tout le corps et toussait pratiquement tout le temps. Vit dans un centre

Un jour il suivit quelques copains dans un centre de jour pour enfants des rues qui s’appelle HOVIC. On lui donna à manger et il commença l’école. – J’avais confiance dans les dirigeants, alors une semaine plus tard, j’ai dit que j’avais le vih. Ils m’ont amené aussitôt à l’hôpital pour que j’aie de

Mofat Maninga, 14 Aime : Jouer avec la Playstation ! Quelques-uns de mes amis l’ont ! Déteste : Qu’on maltraite des gens. Le meilleur : Quand je suis allé au parc des impalas avec l’école. Les antilopes impalas sont si belles. J’adore les animaux sauvages ! Le pire : Chaque fois que je suis si malade que je dois retourner à l’hôpital. J’ai peur et je ne veux pas mourir. Veut être : Médecin et sauver des vies. Rêve : Que tous les enfants au monde vivent bien.

…et celles de son ami Daniel.

Nous adorons le foot

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– Mes préférées, ce sont des sandales faites avec un vieux pneu. Le bout retourné vers le haut, c’est ce qu’il y a de plus chic en ce moment. Ce type de sandales s’appelle Akala, dit Daniel Owino, 14 ans.

– Nous jouons souvent au foot et j’adore ça, mais je n’en ai pas toujours la force. Je tousse et la tête me tourne quand je cours trop vite, dit Mofat.

– Le ballon, c’est moi qui l’ai fait !

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nouveaux médicaments. Le médecin a expliqué que c’était très dangereux de continuer à vivre dans la rue, puisqu’il ne pensait pas que je pourrais me nourrir assez bien et régulièrement pour profiter des médicaments que je devais prendre à heures fixes. Alors les dirigeants du HOVIC ont dit que, si je voulais, je pouvais aller habiter dans leur foyer pour garçons, ex enfants des rues. J’y suis depuis bientôt une année. Je m’y sens chez moi. Tous les soirs, à 19h30 les garçons se rassemblent. Ensemble, ils lisent Le Globe. – Ce sont des réunions très importantes et nous qui savons l’anglais, nous traduisons en swahili pour les autres. Avant le Vote Mondial, nous travaillons beaucoup avec Le Globe aussi pendant la journée, hors du centre, avec tous les enfants des rues de la ville. C’est ainsi que nous avons été instruits sur nos droits, la démocratie et comment se déroule un vote. Nkosi est son héros !

– J’adore lire Le Globe. À présent, je sais que même moi j’ai des droits, que tous les enfants ont droit à vivre bien. Ce qui m’inspire le plus c’est le récit sur Nkosi Johnson d’Afrique du Sud. Il est mon héros ! Nous Mofat lit Le Globe. avons la même histoire. Les membres de notre famille sont morts autour de nous, les gens avaient peur et nous ont laissés tomber. Mais Nkosi était fort – Maintenant je peux aller chez le médecin quand et courageux d’oser parler j’en ai besoin et ici je peux prendre mes médicaments ouvertement qu’il avait le sida et manger régulièrement. Je suis en bien meilleure et d’exiger que tous les enfants santé que dans la rue. J’ai même pu reprendre l’école. malades du vih/sida soient ausLe problème est qu’il s’agit d’un internat et dès que si bien traités que les autres je suis un tant soit peut malade, on me renvoie au enfants. Qu’ils avaient droit centre. Ils ne veulent pas que je meure à l’école. aux médicaments, à aller à Alors, je manque une grande partie des cours, raconte Mofat. l’école et droit à l’amour et à l’amitié. C’est exactement comme ça que je veux être ! Et 07h00 Sept comprimés Nkosi m’a donné la force de devenir cette personne. Je veux me battre pour tous les enfants qui sont atteints du hiv/sida et pour les enfants qui vivent 13h00 Trois dans la rue. 

Beaucoup de médicaments

comprimés

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19h00 Onze comprimés


Nuzhat  Tabassum,  13     (2010)      


Nuzhat a peur de se noyer N uzhat habite dans la petite ville de Barisal, dans le sud du Bangladesh. Tous les matins, elle met l’uniforme scolaire, arrête un cyclo pousse et se fait conduire à l’école. – J’adore aller à l’école et apprendre. Le pire qui me soit arrivé c’est quand j’ai cru que l’école avait été emportée par le cyclone Sidr. Les cyclones, de très fortes tempêtes, frappent chaque année le Bangladesh. Le pays est bien préparé et possède un bon système d’alarme cyclonique. – Nous savions qu’un fort cyclone allait frapper. Heureusement, nous n’habitions plus au village où se trouve toute la famille et où nous avions une maison. Mes parents avaient loué un appartement en ville pour que ma sœur et moi puissions

fréquenter une bonne école. Quand nous sommes nées, mon père a planté beaucoup d’arbres autour de notre maison au village. Il pensait les abattre et les vendre petit à petit pour payer nos études. Pendant toute mon enfance, je me sentais en sécurité à la pensée de ces arbres qui poussaient tout autour de notre maison. – Mais voilà qu’un horrible

cyclone arrivait. Nous étions préparés et avions de la nourriture et de l’eau dans l’appartement. Le soir, où le cyclone s’est jeté sur nous, je lisais à la lumière d’une bougie. Le toit en tôle du voisin s’est détaché et est venu s’abattre contre la fenêtre où je me trouvais. Je n’ai pas été blessée mais une fille du voisinage a été tuée par la chute d’un arbre. J’ai eu très peur. Je croyais qu’en

– Si le niveau de la mer monte, cette partie du Bangladesh sera inondée, explique Nuzhat.

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 TEXTe: MONICA Z AK phOTO: KIM NAYLOR

– Si le niveau de la mer monte d’un mètre, le sud du Bangladesh, où je vis, sera inondé. J’y pense souvent, raconte Nuzhat, 13 ans. Le réchauffement global qui fait fondre les glaces autour des pôles et au sommet de l’Himalaya provoque plus de cyclones et d’inondations. Sur le chemin de l’école, le jour après l’énorme cyclone Sidr, j’ai vu partout des morts et des blessés. Nuzhat est un nouveau membre du Jury des Enfants au Prix des Enfants du Monde. Elle y représente les enfants dont les droits sont violés à la suite de catastrophes naturelles et de pollution, mais aussi les enfants qui exigent que l’on respecte les droits de filles.


Nuzhat prend toujours le cyclo pousse pour aller à l’école pour ne pas être importunée sur le chemin.

Nuzhat lit le journal chaque jour pour comprendre comment évolue le climat.

montant, l’eau du fleuve nous aurait tous emportés. Au cours de toute cette horrible nuit, j’ai prié Allah pour qu’il arrête le cyclone. Heureusement, dans notre ville, l’eau n’est jamais montée, mais le cyclone Sidr a fait des milliers de victimes. Un vrai cauchemar

Le matin la tempête s’était apaisée. La seule chose qui

occupait les pensées de Nuzhat était de savoir ce qui était advenu de son école. En sortant de chez elle, elle fut frappée par des vues effroyables. Maisons rasées, arbres arrachés et fatras dans toutes les rues. – J’ai vu des centaines de morts et beaucoup de blessés. C’était un vrai cauchemar, mais je me suis frayée un chemin, je voulais savoir si l’école était toujours là. Elle y était. Plus tard, Nuzhat apprit que leur maison au village avait était rasée au sol par le cyclone et que tous les arbres

La loi sur l’école pour tous ne suffit pas que son père avait plantés avaient été déracinés. Ce fut alors que commença l’engagement de Nuzhat pour l’environnement, le climat et l’avenir. Avec son père, elle rendit visite aux victimes. Elle n’oubliera jamais leur désespoir. Ils n’avaient plus de domicile, de nourriture, d’eau potable, de vêtements. Après le cyclone Sidr et après le cyclone suivant, elle et sa meilleure amie, recueillirent de l’argent pour les plus démunis. – Depuis, j’essaie de comprendre ce qui se passe avec le climat. Je lis le journal tous

Il y a une loi qui dit que tous les enfants doivent aller à l’école jusqu’à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui, presque autant de filles que de garçons vont à l’école. Mais il y a un manque d’établissements et de professeurs. Les classes sont surchargées. La norme est de 100 élèves par classe. Dans la classe de Nuzhat il y a 98 filles. Dans le pays qui compte 155 millions d’habitants, 4 millions d’enfants, entre 5 et 15 ans, travaillent au lieu d’aller à l’école.

Nuzhat Tabassum Promi, 13 Aime : Lire. Lecture préférée:

Sherlock Holmes. N’aime pas : Que les filles ne soient pas appréciées. Admire : Mère Theresa. Déteste: Les garçons qui taquinent et jettent de l’acide Adore : Ma famille. Veut être : Médecin.

Le Bangladesh se noie quand la terre se réchauffe

L

e fait que la terre se réchauffe suite à l’activité humaine, constitue une grande menace pour nous tous. Le réchauffement global, qui fait fondre les glaces de l’Himalaya, du Groenland et du 18

Pôle Sud, fera monter le niveau de la mer dans le monde entier, peut-être de quelques mètres. Selon les chercheurs, un quart du Bangladesh disparaîtra sous l’eau d’ici cent ans. Ce qui

accélérera la déforestation On pense que, sur 150 millions de Bangladais, 35 millions seront réfugiés climatiques déjà au cours des 30 prochaines années. Le Bangladesh fait partie de ces

pays qui seront le plus frappés, bien que qu’il produise moins d’un millième d’émissions de gaz à effet de serre du monde. Si l’émission de gaz à effet de serre se poursuit au

les jours. Je parle avec maman et papa de ce que je lis. À l’école on a aussi parlé de l’effet de serre qui fait que la terre se réchauffe. Cela fait fondre les glaces des pôles et de l’Himalaya. Si le niveau de la mer s’élève d’un mètre, tout le sud du Bangladesh disparaîtra sous l’eau. Où iront alors les survivants, dans un pays qui a déjà une des plus fortes densités de population du monde ? Je me fais du souci. Nous devons arrêter le

réchauffement de la planète. Mais, tous les pays devront y contribuer.

niveau actuel, le réchauffement global augmentera de plus en plus. Ce qui peut provoquer une augmentation de la température de la planète de deux à six degrés. Chaque degré aura de graves conséquences pour les gens, les animaux et l’environnement. Il se pourrait que

plusieurs pays insulaires disparaissent complètement. Ailleurs, ce sera la sécheresse et le désert qui augmenteront.

Les filles ont la même valeur

Ce qui irrite le plus Nuzhat ce sont les gens qui prennent ses parents en pitié parce qu’ils n’ont eu « que » deux filles et pas de garçons. – Les filles valent autant que les garçons. L’autre jour, j’ai lu qu’un homme est sorti

Sur www.worlds childrensprize.org tu peux te renseigner sur le réchauffement planétaire.

avec sa petite fille. Plus tard on a trouvé la fille noyée dans le fleuve. Il a dit à sa femme : Pourquoi tu m’as donné une fille ? Ce genre de choses me rendent folle de rage. Mais je sens que mes parents sont heureux et fiers de ma sœur et moi. Nuzhat va dans une école avec 2.600 filles. – Dans ma classe il y a 98 élèves, mais un seul

Le buisson à fard près de la maison

Quand Nuzhat voit la plante à henné devant la maison, elle est heureuse. – C’est mon buisson à maquillage. On hache les feuilles afin d’obtenir une pâte avec laquelle on se dessine des motifs sur les mains. Hier je me suis peint les ongles et le bout des doigts. Et j’ai dessiné un grand point dans la paume de la main. C’est le soleil qui se trouve sur le drapeau du Bangladesh. Je trouve que les motifs au henné sur les mains c’est plus beau que la laque sur les ongles. Dans mon école, on ne se met pas de rouge à lèvres. C’est interdit. Mais on peut se faire de belles mains avec le henné.

Les droits de l’enfant et l’environnement Par les inondations et les grandes sécheresses qu’il cause, le réchauffement planétaire viole les droits de l’enfant, ceci parce que : • Les enfants ne sont pas scolarisés puisque les écoles ferment. • Les enfants perdent leur maison et leur famille. • Les enfants sont obligés de fuir. • Les enfants tombent malades. • Les enfants meurent.

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Pluie torrentielle à Barisal, la ville natale de Nuzhat, mais cette fois, il n’y a pas eu d’alerte au cyclone.

Les fruits du jacquier peuvent peser jusqu’à 50 kilos.

professeur. C’est pourquoi, il faut prendre des leçons extraordinaires. Je fais partie d’un groupe de filles qui prennent des leçons extraordinaires, l’après-midi avec trois professeurs différents. C’est important que les filles aillent à l’école. C’est la meilleure façon de changer le pays. À présent, il y a presque autant de filles que de garçons qui vont à l’école. Et les filles ont de meilleures notes que les garçons. Si une fille a une bonne formation, elle peut faire ce qu’elle veut. Au Bangladesh il y a beaucoup de femmes qui occupent des postes importants, notre Premier ministre et trois ministres sont des femmes. Et le chef de l’opposition est une femme. C’est bien. Mais celle que j’admire le plus c’est Mère Theresa. J’ai appris qui elle était à l’école. Elle travaillait

Le cyclone a emporté tous les arbres et la maison familiale. Ici, Nuzhat plante son premier arbre après le cyclone. Il s’agit de l’arbre national du Bangladesh, le jacquier.

parmi les plus pauvres. C’est ce que je veux faire aussi. Mon but est de devenir médecin. Nuzhat prend toujours un cyclo pousse pour aller et revenir de l’école. Ce n’est pas seulement parce que c’est loin. C’est aussi parce qu’elle a un peu peur des garçons. Elle déteste les garçons qui taquinent les filles et leur crient des choses. Ce qu’elle déteste le plus ce sont les hommes et les garçons qui jettent de l’acide sur les filles.

– C’est cher de prendre le cyclo pousse, mais je me sens plus en sécurité. Et il s’agit du moyen de transport le plus écologique. Un cycliste ne produit pas de dioxyde de carbone et donc pas de réchauffement climatique. De retour de l’école, il se met à pleuvoir et elle s’enveloppe dans un tissu plastifié pour ne pas se mouiller. La période de la mousson a commencé.

De retour au village

C’est vendredi, jour de congé. Nuzhat et son père se rendent dans leur village. Un ami les y conduit. Pendant le voyage, la pluie se remet à tomber à verses. Le chemin est vite imbibé et l’eau ruisselle de chaque maison. C’est difficile de distinguer quoi que ce soit à travers le pare-brise. – J’adore la pluie et en même temps j’en ai très peur. En juin, commence la période de la mousson, c’est très

humide et il pleut sans interruption. La pluie c’est romantique. J’aime le bruit de la pluie sur le plâtre du toit. On est à l’abri et on écoute la pluie. Alors, ma sœur et moi on récite des poèmes à haute voix. Mais j’ai aussi peur de la pluie. J’ai peur des inondations. Quand ils arrivent au village, ils doivent patauger dans le décimètre d’eau qui recouvre le sol. Elle regarde la petite colline où se dressait leur maison. Il n’en reste absolument plus rien. Ils s’abritent de la pluie dans une petite maison où habitent des membres de la famille. – Les tempêtes, les cyclones et les inondations ont empiré. Une des causes en est la destruction de la forêt. Les grands fleuves qui coulent au Bangladesh ont leur source dans l’Himalaya, parcourent l’Inde et mon pays et se jet-

Combien de planètes te faut-il ?

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Pour les USA il faut 5,5 planètes Pour l’EU il faut 3 planètes

Pour le monde il faut 1,25 planètes

Rêves d’avenir

Le plus grand rêve d’avenir de Nuzhat est de mettre fin au réchauffement climatique pour que son pays ne soit pas recouvert par les masses d’eau. – Et devenir médecin. Alors, je travaillerai parmi les femmes les plus pauvres du Bangladesh. Et quand je gagnerai de l’argent, je reconstruirai notre maison au village, qui a été détruite par l’énorme cyclone Sidr. 

Sachets en plastique défendus

Miracle au Bangladesh

Nuzhat avec sa petite sœur, sa mère et son père. Avant, la moyenne d’enfants par femme était de 7. Aujourd’hui c’est 2,7. C’est ce qu’on a appelé ‘miracle au Bangladesh’. Comme cela s’est-il fait ? Par le planning familial, une bonne protection maternelle, les vaccinations et la prise de conscience que les enfants doivent aller à l’école. Aujourd’hui les parents sont fiers de n’avoir que deux enfants et de les envoyer à l’école.

Calcule ton empreinte écologique !

C

haque personne laisse une empreinte dans le monde. Plus une personne utilise les ressources de la terre et plus elle rejette de déchets, plus elle a un impact sur l’environnement. Ton impact et celui de chaque personne sur terre s’appelle empreinte écologique. Pour la plupart des gens sur terre il suffit d’une planète, mais aux États-Unis, la moyenne par habitant est de 5,5 planètes, de 3 planètes pour l’UE et de 3,4 planètes pour la Suède. Plus il faut de planètes, plus grand est l’impact sur le réchauffement global et le changement climatique.

tent là où je vis. Sur tout leur passage on a détruit la forêt, ce qui fait que l’eau n’est plus absorbée et les fleuves ont de plus en plus d’eau. C’est tragique. Surtout pour mon pays qui est bas. Mais il ne faut pas

attendre que ça empire. Il faut faire quelque chose, par exemple planter des arbres. Les arbres absorbent le dioxyde de carbone de l’air. Ils empêchent que la terre soit emportée par l’eau et protègent contre les grands vents. Dès que la pluie cesse un instant, Nuzhat marche dans la boue glissante et plante de jeunes arbres que son père et elle ont achetés en route. Le tout premier arbre qu’elle plante est un jacquier. C’est l’arbre national du Bangladesh. – Il donne des fruits très gros qui peuvent peser jusqu’à 50 kilos. Avant qu’ils mûrissent, on peut les utiliser comme légumes, quand ils sont mûrs, comme fruits. On mange aussi les graines. Avec le tronc on fabrique des meubles et des portes.

Ici tu peux trouver ton empreinte écologique personnelle et calculer combien de planètes il faudrait si tout le monde vivait comme toi : www.myfootprint.org www. footprint.wwf.org.uk www.earthday.net/Footprint

Ripon, 12 ans, a terminé sa journée de travail dans un magasin qui vend des CD. Avant de rentrer, il achète des fruits pour sa mère. Les fruits sont emballés dans des sacs en papier. Avant, on produisait 129 millions de sacs en plastique par jour au Banglades. On en utilisait 100 millions par jour. Ce n’était pas bon pour l’environnement, les sacs bouchaient les égouts et provoquaient des inondations. C’est pourquoi la production de sacs en plastique a été interdite. – Avant, il y avait des sacs en plastique partout. A présent on n’en voit presque plus, dit Ripon.

Pouce en haut, pas bien

Au Bangladesh, on ne montre pas le pouce en haut. Cela veut dire: Va te faire voir ! et c’est très impoli.

Pouce en haut, bien

Le pouce en haut, on le montre dans beaucoup d’autres pays. Cela veut dire: OK ! ou que quelque chose est très bien. Alors que le pouce en bas signifie que quelque chose est mauvais.

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Brianna  Audinett,  11     (2005)  


 TEXTE: CARMILL A FLOYD PHOTO : KIM NAYLOR

Rosemary Oliva, le prof supplémentaire de Brianna l’aide à comprendre un problème épineux.

Brianna veut aider les SDF q Il est tard le soir quand Brianna, 11 ans, va avec sa mère et son grand frère Adrian, réserver une chambre dans un motel miteux. Les deux frères aînés se cachent au coin de la rue. Cinq personnes n’ont pas le droit d’occuper une seule chambre mais leur mère n’a pas les moyens d’en louer deux. Si on les découvre, c’est la rue, de nouveau.

Q

uand la voie est libre, maman fait entrer Ryan, 12 ans et Daniel, 14 ans. Une fois dans la chambre, ils sont tous soulagés, ils sont à l’abri un soir de plus. Depuis que Melissa, leur mère a quitté le père des enfants à cause de sa violence, il y a quelques semaines, ils ont passé d’un motel à l’autre de la zone la plus pau-

vre et la plus dangereuse du sud de Los Angeles. La famille ne peut rester trop longtemps au même endroit, car le personnel du motel fi nirait par remarquer qu’ils sont trop dans la même chambre et les jetterait dehors. Mais maman n’a presque plus d’argent. Où

vont-ils aller ensuite ? Maman cherche de l’aide dans l’annuaire du téléphone et trouve le numéro de divers refuges pour SDF. Elle et les enfants ont de la peine à s’accepter comme SDF. Un SDF c’est un homme sale en haillons qui dort dans des cartons, non ? Maman commence quand même à téléphoner et les enfants écoutent. Il se trouve qu’une partie des refuges accueillent les familles. – Combien d’enfants avezvous, demande l’homme du refuge. Ils ont quel âge ? Quand il entend que

Daniel, l’aîné des garçons de Melissa, a 14 ans, c’est un non sans appel. – Il doit vivre seul dans la section des hommes adultes. – Mais il n’a que 14 ans, c’est un enfant, dit Melissa. – Ce sont les règles, dit l’homme au refuge. Nous ne laissons jamais les garçons adolescents avec les familles. Ça peut être dangereux. Maman raccroche et continue de téléphoner, mais c’est désespérant. À Los Angeles beaucoup d’adolescents font, déjà à 12 ans,

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F quand elle sera grande partie de gangs violents. Dans les refuges on a peur que ces jeunes garçons usent de violence envers les autres enfants. Mais maman ne renonce pas. Elle insiste, prie et supplie et fi nalement elle trouve un refuge qui accepte toute la famille.

Brianna Audinett, 11 Vit : Dans le sud de Los Angeles. Aime : Les chaussures, faire du théâtre, lire, écrire des histoires. N’aime pas : S’ennuyer. Heureuse : Quand je suis à la School on Wheels. Admire : Maman. Veut être : Médecin ou star de cinéma.

Tais-toi ! Le jour suivant, ils prennent le bus pour le quartier des SDF dans le Downtown Los Angeles. Le refuge ressemble à une prison, une grande bâtisse grise en béton. Brianna trouve que le quartier est horrible. C’est sale et plein d’ordures. Les gens crient, agitent les bras, boivent et sont étendus comme morts sur les trottoirs. Brianna remarque soudain qu’un vieil homme la regarde bizarrement. Sa mère le

Brianna n’aime pas le quartier des SDF, c’est sale, plein d’ordures et parfois dangereux.

voit aussi. À la fi n elle lui dit d’arrêter. Il s’éloigne un peu mais continue de la fi xer. – Ne t’en fais pas, maman dit Brianna plus tard. Je sais me défendre. Brianna et sa famille restent six mois dans le refuge. On leur a donné une place dans un dortoir avec lits superposés dans la section famille. Il y a beaucoup d’autres mères avec leurs enfants et Brianna se fait vite des copains. Ce qu’il y a de bien avec le refuge c’est de savoir qu’on a un endroit pour dormir, pense Brianna. Les désavantages, ce sont les rues à l’extérieur et toutes ces bousculades et le brouhaha du dortoir. Les enfants crient, pleurent et les sirènes des ambulances et des voitures de police hurlent à intervalles réguliers. Ryan qui est 55

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Brianna

Un jour une équipe de cinéma arrive à la School on Wheels. Ils vont tourner un film. Brianna et ses amis écriront le scénario et joueront dans le film.

D

Brianna avec sa famille : Daniel, Ryan, Adrian, Brianna et Melissa, leur mère.

 TEXTE: CARMILL A FLOYD PHOTO : KIM NAYLOR

asthmatique se sent plus mal au refuge et tousse presque continuellement. Ce n’est pas possible non plus de jouer comme d’habitude. – Tais-toi, tiens-toi tranquille, voilà ce que les enfants entendent tout le temps. – Ils agissent comme s’ils ne savaient pas ce que le mot « amusant » signifie, se plaint Brianna à sa mère. – On ne va pas rester ici pour toujours, promet-elle. La School on Wheels est le salut En face du refuge, Brianna trouve son salut; la salle pour enfants de la School on Wheels. Brianna y va tous les jours après l’école. – J’adore la School on Wheels. Ils s’occupent de nous et nous protègent, explique-t-elle à sa mère. Si un importun dans la rue nous fait des histoires, on nous aide. On nous a donné un numéro gratuit que l’on peut appeler n’importe quand si l’on a besoin d’aide. Brianna et ses frères et sœurs reçoivent un cartable

neuf et un prof supplémentaire chacun pour l’aide aux devoirs. De plus on aide leur mère quand les enfants doivent changer d’école. Beaucoup de papiers et de documents importants ont disparu quand ils étaient SDF mais la School on Wheels leur en fournit de nouveaux. Le plus important c’est que maman sait que ses enfants sont en sécurité pendant qu’elle est au travail. – Sans vous, nous ne nous en serions pas sortis, dit souvent maman à la School on Wheels. Un jour on annonce à la famille qu’on va les aider à emménager dans un appartement à eux. C’est irréel, mais fantastique. Brianna est hyper heureuse de quitter le refuge, mais elle pense revenir dans le quartier des SDF plus tard. – Je serai médecin quand je serai grande et j’aiderai les malades, surtout les SDF. Ils n’ont ni argent ni assurance maladie mais je vais quand même les aider. 

Brianna en plein rôle, dans le costume de Ruby.

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! Ca

ans le film, je vais jouer le rôle de Ruby, une des héroïnes, explique Brianna. Elle et son amie Janine, qui interprète la grande héroïne Pink Ice, forment un team. – Nous sauvons des gens et nous battons contre des brigands, dit Janine, qui à la fi n du fi lm essaie de transformer tout chose sur terre en une mer de diamants roses. Elles ont écrit le scénario ellesmêmes avec leurs amis SDF de la School on Wheels. L’équipe du film vient de l’organisation Hollywood Heart. La journée, ils travaillent sur des productions réelles à Hollywood, mais pendant leur temps libre, ils veulent faire quelque chose pour aider les enfants en situation difficile. Pendant trois jours, la School on Wheels se transforme en lieu de tournage. Les enfants écrivent le scénario, construisent les coulisses, confectionnent les accessoires et les costumes. En dernier, ils tournent le film et quand il est monté, ils assistent au gala de la première. – C’est parmi ce que j’ai fait de plus amusant, dit Brianna. Si je ne peux pas devenir médecin je serai peut-être étoile de cinéma. 

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devient star de cinéma Hollywood Heart vient tourner à la School on Wheels. Les enfants SDF sont les stars du jour.

Khadidjah, 16 ans, fait une pause dans sa demande d’inscription au lycée pour jouer dans le film.

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Avant le tournage tous les enfants doivent se faire maquiller et mettre leur costume. Salmai, 7 ans, a les cheveux argentés et le symbole du dollar autour du cou.

Ryan Audinett, 13 ans, joue le rôle du détective, avec les menottes toutes prêtes.

Ryan Wilson, 13 ans, montre sa meilleure pose de star avec une mitraillette en plastique.

Les super héroïnes Pink Ice (Janine) et Ruby (Brianna) se préparent pour leur scène suivante.

Derrière le masque de Red Devis se cache Ryan McNeil, 9 ans.

Adrian Audinett, 12 ans, aime réaliser un film mais au fond il veut être architecte.

D ONNÉES SUR LE CINÉMA Los Angeles est appelée la capitale du cinéma et le quartier de Hollywood est célèbre dans le monde entier. Déjà en 1910 on y a fait le premier film hollywoodien. Il s’appelait ‘In Old California’ et c’était un film muet, un film sans son. Le premier film parlant s’appelait ’The Jazz Singer’ et est sorti en 1927. Au début les compagnies de ciné faisaient des versions étrangères des films parlants américains pour que même les personnes qui ne parlaient pas anglais puissent les voir. On tournait une autre version du film avec par exemple des acteurs français ou espagnols. Un peu plus tard on s’est rendu compte que c’était plus économique et plus facile de doubler ou de sous-titrer les films dans les différentes langues. Quand de plus en plus de gens ont eu la télé, dans les années 50, beaucoup ont cru que le cinéma mourrait. Mais ça n’a pas été le cas. De nos jours, les grandes maisons de productions à Los Angeles sortent environ 60 films par année et l’industrie du cinéma fait des milliards de dollars de chiffre d’affaires.

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Liza  Bonogwe,  12     (2007)    


Lisa

se bat pour les droits des filles

 TEXTe: ANDRE AS LÖNN phOTO : PAUL BLOMGREN

– Avoir des droits c’est devenir ce que tu veux sans qu’on t’oppresse, dit Lisa. Et Lisa sait ce qu’elle veut devenir. – Je veux être comme Betty Makoni. Elle est mon héroïne ! Moi aussi je veux être quelqu’un qui aide les filles à exiger leurs droits.

D

ans l’école de Lisa, nichée entre les montagnes dans l’ouest du Zimbabwe, c’est la pause déjeuner. Les filles du club de filles commencent à s’assembler sur le terrain de foot. Comme tous les lundis et mercredis. En quelques minutes, il y a plus de cent filles réparties en petits groupes qui bavardent. Un instant après, Lisa se met debout. Elle lève un bras au ciel et crie : – Enfant Fille! Les autres se lèvent et répondent : 78

– Le ciel est la limite ! Elles crient si fort que les garçons qui jouent au foot un peu plus loin, s’arrêtent, curieux et viennent se mettre sur le côté du terrain. – Filles ! crie à nouveau Lisa. – Pour nous il n’y a pas de frontières !!! répondent toutes, cette fois encore plus fort. Quand elles sont assises, Lisa ouvre la réunion en leur souhaitant la bienvenue. Elle commence avec une bonne nouvelle. – Vous savez que nous – Pour nous, il n’y a pas de limites !

avons vendu des livres et des plumes ces derniers temps et je voulais vous dire que nous avons recueilli assez d’argent pour payer les taxes scolaires pour douze de nos camarades. Maintenant, elles peuvent continuer à aller à l’école un certain temps. C’est bien, non ?

Les douze filles se lèvent et la jubilation des autres ne semble pas vouloir s’arrêter ! Se débrouillent Quand les applaudissements s’arrêtent, Lisa demande si quelqu’un a des problèmes ou si elles connaissent quelqu’un qui a besoin d’aide.


Lisa, 12

La tâche de Lisa c’est d’aller chercher l’eau.

L’une des fi lles se lève : – Une fi lle qui s’appelle Grace ne vient plus à l’école et je ne sais pas pourquoi. Il faut nous assurer qu’il ne lui est rien arrivé. On devrait peut-être écrire une lettre à sa mère ? Elles parlent un instant de comment elles vont s’y prendre et décident que le mieux c’est bien d’écrire une lettre. – Une fi lle qui s’appelle Evelyn a été obligée d’aller travailler en ville comme

bonne. Je pense que nous devons l’aider et lui trouver de l’argent pour qu’elle puisse revenir et reprendre l’école, ajoute une autre fi lle. – Je n’ai pas de chaussures, dit une petite fi lle timidement en se rasseyant vite. Quelqu’un suggère de demander un peu plus d’argent à Betty, ainsi les problèmes seront résolus. Mais Lisa se lève de nouveau : – Non, nous ne pouvons pas demander tout le temps

de l’aide. Nous devons gagner de l’argent par nos propres moyens. Nous allons travailler plus et vendre encore plus de plumes, de livres et de légumes, comme ça nous pourrons aider encore plus de monde ! Toutes hochent la tête en signe d’accord. Maman a été battue Quand Lisa rentre de l’école, Fortunate, sa mère a déjà préparé le repas, une bouillie

CD pour les droits des filles Lisa et douze autres filles de son club de filles ont pu aller à Harare, la capitale pour enregistrer l’une des chansons sur un CD consacré aux droits des filles. Le CD s’appelle Wake Up Girls (Réveillez-vous, les filles), car les filles doivent se réveiller et connaître leurs droits. La chanson que Lisa chante s’appelle Rega Kuchema (Arrête de pleurer) – Mon rêve c’est d’être médecin, mais je peux aussi m’imaginer en vedette pop. C’était super d’être dans un studio, dit Lisa. Écoute la chanson de Lisa sur

www.childrensworld.org

Habite : Dans le village Makoni, près de Chitsotso, la montagne sacrée des filles. Aime : Maman. Déteste : Quand je suis malade et que je ne peux pas aller à l’école. Le pire : Papa qui bat maman. Le meilleur : Quand on m’a choisie pour être l’un des chefs pour tous les clubs de filles du Zimbabwe. Admire : Mon héroïne, Betty Makoni ! Veut être : Médecin. Rêve : Que toutes les filles du monde soient fortes et connaissent leurs droits.

de maïs et des haricots. Après manger, Lisa fait la vaisselle avant de sortir arroser le potager. – J’essaie d’aider maman autant que je peux. Je l’aime. Et puis elle est seule maintenant, dit Lisa en baissant les yeux. Quelques années ont passé depuis, mais elle trouve que c’est pénible de repenser à ce qui est arrivé à maman. Lisa en a encore des cauchemars et se réveille souvent la nuit. – Je n’avais que quatre ans quand cela a commencé. Papa buvait et battait maman presque tous les soirs. Parfois maman était inconsciente sur le plancher mais il continuait à taper. Quand je pleurais et lui criais d’arrêter, ça le rendait furieux. Il nous 79


La poupée, une affaire de filles ?

Lisa et sa mère cousent des vêtements pour les poupées.

chassait de la maison moi et mon grand frère. Et on n’avait pas le droit de revenir. Même s’il faisait froid et que c’était en plein hiver, on devait dormir sur la véranda, hors de la maison. Nous nous serrions fort l’un contre l’autre pour nous tenir chaud, mais c’était impossible de dormir. On avait froid, on tremblait et on entendait maman crier à l’intérieur. Le pire c’était que je ne pouvais rien faire pour l’aider. Club de filles Toute cette horreur a duré trois ans. Mais un jour la

Le Girl Child Network essaie d’aider les filles les plus pauvres, surtout à la campagne. 120 filles font partie du club de filles de Lisa. Quand Betty Makoni vient à l’une de leurs réunions, elle demande quels sont les problèmes les plus grands et où elles ont le plus besoin d’aide. Voici leurs réponses : 80

mère de Lisa a décidé qu’on ne la battrait plus. - J’aime et j’admire maman d’avoir été si forte et d’avoir osé se relever et dire que ça suffisait. Qu’il n’avait plus le droit de la battre et qu’il a été obligé de s’en aller et de nous laisser en paix. La même année où le père de Lisa est parti, elle est entrée dans le club de fi lles du Girl Child Network à l’école. Elle n’avait alors que sept ans. – Je voulais faire quelque chose pour qu’aucune fi lle

n’ait à subir ce que maman avait subi. Je savais que le GCN luttait pour les droits des fi lles, alors le club de fi lles me convenait parfaitement. Le club est un endroit où on peut parler de ce qui est important pour nous. Nous nous occupons les unes des autres et nous nous entrai-

« Ce que j’ai de plus beau c’est ma poupée Jennifer. Je l’ai eue de maman quand j’avais six ans. Le dimanche après l’église, maman et moi cousons souvent des vêtements pour Jennifer. J’adore ma poupée, mais je trouve que cela devrait être tout à fait normal pour nous les filles de jouer avec des voitures. Et pour les garçons de jouer avec des poupées. Mais ce n’est pas du tout l’avis des parents d’ici. Je crois qu’on nous donne des poupées, à nous les filles, pour nous habituer à nous occuper des enfants et à devenir mères. Les garçons sont formés pour réussir dans les métiers hautement techniques. Je ne comprends pas du tout cela. C’est si nul ! Les filles peuvent aussi résoudre les problèmes techniques. Mon rêve c’est que les filles dans le monde entier se forment dans les métiers que presque seuls les garçons ont aujourd’hui. Mon avis est que nous soyons médecins, pilotes, ingénieurs et même présidentes ! »

Comment se portent les filles ? 42 n’ont pas de chaussures 41 n’ont pas d’uniforme scolaire 32 n’ont pas de sous-vêtements 46 n’ont pas de livres d’écoles 22 seront renvoyées de l’école parce qu’elles n’ont pas payé les dernières taxes scolaires

11 ont perdu père et mère 33 ont perdu leur père 8 ont perdu leur mère 11 ont une mère gravement malade 1 a un père gravement malade 1 a le père et la mère gravement malades 62 sont eux-mêmes malades

–C’est triste que vous, qui trimez tellement pour pouvoir aller à l’école, vous veniez ici à la réunion pieds nus et le ventre vide. Je suis si fière de vous, que vous continuiez à vous voir et à vous battre pour vos droits, dit Betty.


La voiture, une affaire de garçons ? La poussière tourbillonne autour des roues de la voiture en fil de fer quand Award, 12 ans, arrive fièrement en courant. « C’est moi qui fais les voitures. Il faut trois jours pour faire une voiture. D’abord je recueille le fil de fer qu’on utilise pour construire les maisons. Puis, je le plie. Les roues viennent du plastique de vieux bouchons de bouteilles. Pour les roues arrières qui sont plus larges, j’assemble quatre bouchons en les brûlant doucement aux jointures. Quand la direction et terminée, la voiture est prête à rouler. Je prends bien soin de ma voiture qui est mon seul jouet »

dons à devenir fortes. Dans le club de fi lles on est en sécurité. En dehors des clubs, les fi lles ne sont pas du tout en sécurité au Zimbabwe. Nous sommes violées, maltraitées et nous devons faire tout le travail à la maison pendant que les garçons jouent et s’amusent. S’il n’y a pas assez d’argent à la maison c’est toujours les garçons qui vont à l’école. Les fi lles doivent commencer

à travailler ou sont données en mariage à un homme âgé. L’homme paye la lobola (dot) à la famille de la fi lle, argent que les parents utilisent ensuite pour les frais scolaires des garçons. C’est si injuste ! Quand j’y pense, ça me fait enrager ! Aime le Zimbabwe – Les garçons et les fi lles sont égaux et tous les deux aspirent à un bon avenir.

Nous, les fi lles devons expliquer cela à nos parents et à tous les autres. Mais ici, c’est encore inhabituel que les fi lles osent dire ouvertement ce qu’elles pensent.

Le club de Lisa aide les filles « Parfois Betty nous donne même si nous ne trouvons de l’argent. Alors nous ache- pas de travail. Nous vendons tons des cahiers et des plules légumes et les livres aux mes que nous revendons. parents et aux professeurs. Mais nous vendons aussi les Avec l’argent nous achetons légumes de notre potager. des cahiers et des plumes Pendant les récréations nous pour les filles qui n’ont pas travaillons dans le potager. Les filles du club vendent En aidant les les légumes de leur terre. autres nous apprenons à cultiver les légumes. Ce qui fait que nous nous débrouillerons mieux quand nous aurons terminé l’école,

les moyens. Parfois on paye aussi les taxes scolaires. Avec l’argent de la vente, notre club aide douze filles à payer leurs taxes scolaires et 30 filles à payer les cahiers et les plumes »

Heureusement, on nous aide. Betty Makoni nous aide à trouver l’assurance en nous-mêmes et à exiger nos droits. Elle est mon héroïne ! Malgré tous les problèmes

Qu’est-ce que le club de Lisa peut faire avec l’argent ? Dans un bon jour Lisa et les autres filles vendent pour 5 000 de Zim dollars (20 USD) Voici ce qu’elles peuvent faire avec cet argent : Payer les frais de trimestre pour 5 filles… …ou acheter 27 cahiers ou 94 crayons ou 31 plumes à encre !

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Écrit des poèmes – Nous écrivons beaucoup de poèmes dans les clubs de filles, dit Lisa. C’est une bonne façon pour celles qui ont eu des ennuis d’expliquer ce qui s’est passé. Toutes les nouvelles dans les clubs de filles reçoivent aussi un journal. Nous y écrivons tout ce qui nous arrive, les bonnes et les mauvaises choses. Nous écrivons nos rêves, mais aussi si, nous-mêmes ou une copine, avons été victimes de violences ou de sévices »

Lisa fait ses devoirs.

Lisa m’a sauvée ! Tous les jours sur le chemin de l’école, Lisa voyait Christine se faire battre chez elle. Elle se sentait obligée de faire quelque chose et une après-midi, le club de filles a frappé chez Christine… que nous avons, j’aime le Zimbabwe. C’est magnifique ici et je ne voudrais vivre nulle part ailleurs. Je veux rester et me battre pour que les fi lles y soient mieux traitées. Et je crois en fait que l’avenir sera meilleur, même si ça prend du temps. J’organise et je participe aux réunions et aux manifestations où nous parlons des droits des fi lles, mais nous devons travailler encore plus dur. Chaque fi lle doit aussi

oser parler des problèmes avec ses amis garçons. Car si les garçons savaient ce que nous endurons, je crois qu’ils changeraient. Ils deviendraient plus tard des hommes biens qui s’occupent de leurs fi lles et de leur femme! 

Les chèvres du village sûr

– Beaucoup de filles de mon club habitent dans le village sûr de Betty, qui se trouve tout près. Les filles n’y apprennent pas seulement à cultiver les légumes, elles s’occupent aussi des chèvres et des poulets. Elles acquièrent des connaissances et de la nourriture par la même occasion, dit Lisa.

De belles corbeilles Le club de Lisa cultive des légumes et vend des livres. Dans d’autres clubs les filles tressent de belles corbeilles pour les vendre.

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« Lisa et cinq autres filles se tenaient devant la porte. J’étais battue tous les jours depuis l’âge de dix ans. Je ne savais pas pourquoi maman faisait cela et j’allais très mal. Quand Lisa a demandé à ma mère pourquoi elle me battait, elle n’a pas répondu. Comme elle ne répondait pas, Lisa a menacé d’appeler la police. Elle lui a dit qu’ils pouvaient la mettre en prison. Maman s’est fâchée, mais encore plus, je crois qu’elle a eu peur, car elle a accepté d’arrêter. Depuis, elle ne m’a plus jamais battue. Maintenant nous sommes amies et j’aime ma mère. Je trouve que Lisa a été très courageuse d’oser venir chez nous et dire à maman d’arrêter. Si Lisa ne m’avait pas sauvée, j’aurais continué à être bat-

tue. Lisa et moi sommes inséparables à l’école. Nous nous disons tout car nous avons confiance l’une dans l’autre » Christine, 12 ans


Gabatshwane  Gumede,  11   (2004)  


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Gabatshwanes chant – Merci de ta magie, chante Gabatshwane dans son chant de gratitude à Nelson Mandela. Elle le remercie de tout ce qu’il a fait en faveur des enfants d’Afrique du Sud. Elle le remercie pour la liberté, pour la possibilité d’aller à l’école et pour son respect des droits de l’enfant. Mais davantage encore parce qu’il l’aide, elle et les autres que le sida a rendus orphelins ou qui eux-mêmes ont le sida. Gabatshwane aide les pauvres du village et les camarades de classe orphelins. Elle leur achète de quoi manger avec l’argent qu’elle gagne avec son groupe. 76

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n matin, la mère de Gabatshwane ne s’est pas réveillée. Gabatshwane l’a secouée mais rien n’y a fait. Gabatshwane a pensé que maman était particulièrement fatiguée. Mais son père et son grand frère Vusi ont compris qu’elle était morte dans son sommeil. Elle avait le sida. Une année après, c’est papa qui est mort du sida et Gabatshwane, sa sœur Zodwa et son grand frère Vusi se sont

retrouvés orphelins. Personne ne pouvait s’occuper d’eux et ils ont dû se débrouiller seuls dans la petite maison familiale dans le village de Letabong dans le nord- ouest de l’Afrique du Sud. – Je levais les yeux au ciel et je priais maman de revenir. Elle ne répondait pas et cela me rendait très triste. Mais j’ai fini par comprendre qu’elle était toujours là, et qu’elle ne pouvait tout simplement pas me parler


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C’est le refrain de la chanson de Gabatshwane sur Mandela, ou « Madiba » comme on l’appelle en Afrique du Sud. « Salut Madiba, tu m’as sauvée. Salut Madiba, tu nous as donné l’école, tu respectes nos droits. Salut Madiba, tu me donnes la fierté. Merci pour ta magie ! » Ecoute la chansons de Gabatshwane dédiée à Mandela sur : www.childrensworld.org

avec respect. Nkosi est mort du sida à 12 ans, le 1er juin 2001, le jour même où l’Afrique du Sud célébrait la Journée Internationale de l’Enfant. En avril 2002, des enfants répartis sur les cinq continents, ont choisi d’attribuer par un vote au niveau mondial, le Prix des Amis Universels, à Nkosi, à titre posthume (après sa mort) Il partagea également, avec Maiti, Nepal, le Prix des Enfants du Monde, attribué par le jury des enfants. Lis l’histoire de Nkosi sur : www.childrensworld.org

nte pour Mandela comme d’habitude, explique Gabatshwane. Après la mort de ses parents beaucoup au village craignaient qu’elle aussi soit malade et qu’elle soit contagieuse. Un test a démontré qu’elle n’avait pas le sida. Mais Gabatshwane ne trouvait toujours pas d’amis. Quand elle était petite elle était tombée dans une seille d’eau bouillante et elle en a gardé des brûlures à la jambe et au bras droits.

 TEXTE: ANNIKA FORSBERG LANGA PHOTO: VICTOR MATOM & EVAN HAUSSMAN/NMCF

Merci pour Nkosi son autre héros Mandela est le grand héros de Gabatshta magie, Nelson wane, mais elle en a un autre : Nkosi Johnson, garçon qui s’est battu pour que les enfants Madiba ! lemalades du sida en Afrique du Sud, soient traités

PHOTO: AP


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Gabatshwane et Vusi son grand frère, n’achètent pas seulement les provisions pour eux-mêmes...

Le numéro de prisonnier pour la campagne contre le sida Mandela soutient les enfants atteints du sida et leurs familles au moyen de son Fond pour les enfants NMCF et le nom de sa campagne 46664. Les chiffres viennent du temps de son emprisonnement à Robben Island où il était le prisonnier 466-64. Beaucoup de célébrités soutiennent le travail de Mandela contre le sida, par exemple la chanteuse Beyonce et l’acteur Brad Pitt. Le but de Mandela est d’aider tous les enfants que le sida a rendus orphelins. Il ne veut pas qu’on oublie les malades du sida et les orphelins. C’est pourquoi il a demandé aux artistes qui soutiennent la campagne d’enregistrer le disque 46664.

Avec l'argent qu'elle gagne en chantant, Gabatshwane achète des provisions pour les pauvres du village et pour ses camarades orphelins. Une femme qui reçoit tout un sac de provisions ce jour-là est très heureuse.

Maintenant que les parents sont morts, c’est Vusi, le grand frère de Gabatshwane, qui s'occupe de la famille.

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– A l’école on se moquait de moi et j’étais toujours seule, dit Gabatshwane. Quand les autres enfants sortaient et s’amusaient, elle restait à la maison et écoutait la radio. Très vite, elle a appris les textes de toutes les chansons populaires et un jour son frère s’est aperçu qu’elle chantait très bien. Mandela l’embrasse Le grand frère Vusi a formé un groupe et l’a appelé

Gabatshwane, avec Gabatshwane comme chanteuse. La première chanson était dédiée à Nelson Mandela. – Je voulais le remercier de tout ce qu’il avait fait pour notre pays. Sous l’apartheid c’était horrible ici en Afrique du Sud et les gens mouraient la rage au cœur, dit Gabatshwane. Quand Nelson entendit parler de Gabatshwane, il l’invita à chanter au cours d’un concert dans la ville du

Cap. Il trouva très belle la chanson qui parlait de lui et il embrassa Gabatshwane en signe de remerciement. Depuis, il a aidé le groupe à se faire connaître et plusieurs chansons ont été enregistrées. A présent Gabatshwane se produit presque chaque week-end. – J’aimerais me réveiller un matin avec un coeur aussi généreux que celui de Mandela, dit Gabatshwane. Exactement comme


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Nelson Mandela elle essaie d’aider les autres enfants en difficulté. Avec l’argent qu’elle gagne, elle achète de la nourriture pour les pauvres du village. Elle apporte aussi des paquets de provisions aux camarades de classe qui sont orphelins. – Quand maman est morte, je me suis sentie seule au monde. Je ne veux pas que d’autres se sentent ainsi, dit Gabatshwane. Des chansons sur le sida Avant, Gabatshwane essayait de cacher ses brûlures sous de longues jupes et des pulls à manches longues. Maintenant ça lui est égal. – Il fait si chaud qu’on

nathi, 12 ans, habite dans un orphelinat de Soweto qui s’appelle Bethanie Children’s Home. Beaucoup de ceux qui y vivent ont été battus et se sont sauvés de la maison, d’autres sont orphelins. Unathi ne sait pas qui sont ses parents. On l’a trouvé emmailloté dans un sac en plastique sur le trottoir alors qu’il venait de naître. – Je crois que ma mère était malade et très pauvre. Elle n’aurait pas pu s’occuper de moi, mais elle savait que quelqu’un allait me trouver sur le trottoir, dit Unathi. Depuis, Bethanie a été la maison d’Unathi. Nelson Mandela soutient le centre, mais il préférerait que les enfants n’aient pas à y vivre et qu’ils aient une famille. Avec le soutien du Fond pour l’enfance de Mandela, les employés de Bethanie

cherchent de nouveaux parents ou ils aident à résoudre les problèmes dans leur famille d’origine pour que l’enfant puisse y retourner. Mais jusqu’ici personne n’a adopté Unathi. Peut-être parce qu’il a le sida. Même s’il n’est pas souvent malade ces temps-ci. Il y a quatre ans, lui et d’autres enfants ont commencé à prendre les médicaments contre le sida. Avant ils étaient trop chers.

peut mourir d'une attaque et après tout, c’est de mon corps qu’il s’agit, dit Gabatshwane. Mais elle n’accepte pas qu’on se moque des autres enfants. Surtout s’il s’agit du sida. Gabatshwane dit qu’il faut être gentil avec les enfants atteints du sida. A l’école, elle explique à ses camarades qu’on ne peut pas être contaminé en jouant avec des enfants qui ont le sida. Gabatshwane pense que le sida est le plus grand problème de l’Afrique du Sud, surtout parce que tous les malades n’ont pas accès aux médicaments. Ses parents n’avaient pas les moyens

d’acheter les médicaments contre le sida et quand ils sont tombés malades, ils sont morts presque tout de suite. – Si ça continue, tellement de gens mourront que le monde perdra la moitié de ses habitants. Quand j’y pense, ça me rend folle, dit Gabatshwane, qui a écrit une chanson sur le sida. Elle chante surtout de l’afro pop, mais sa chanson sur les enfants irakiens a un rythme rap. – J’ai vu des enfants pleurer à la télé. Ils avaient perdu leurs parents à la guerre. Alors je me dis que vraiment c’est dommage qu’il n’y ait pas plus de gens aussi généreux que Mandela. 

Ira en colonie Unathi et ses copains ont planté un arbre à la mémoire des camarades morts du sida. Après avoir commencé à prendre les médicaments, plus aucun enfant n’est mort à l’orphelinat. Unathi trouve ça formidable, et il dit que c’est Nelson Mandela qui a agi pour que les médicaments soient moins chers. – Des fois je ne comprends

pas pourquoi tata Mandela est si gentil, mais c’est tant mieux pour nous. Sinon on ne serait pas si bien, dit Unathi en expliquant que « tata » veut dire grand-père. Après l’école, il fait du patin à roulettes et joue au foot ou au cricket. Ensuite il regarde la télé et fait ses devoirs. Dans deux semaines, pour les vacances scolaires, lui et ses camardes pourront aller en colonie de vacances, grâce à Mandela. C’est vraiment une chance que grandpère Mandela soit si gentil.  (Unathi s’appelle en fait autrement)

Gabatshwane Gumede, 11 Habite : dans le village de Letabong en Afrique du Sud avec mes frères et sœurs. Nous sommes orphelins. Chante : ses propres chansons sur le sida et sur Mandela avec le groupe Gabatshwane, afro pop et rap. L’argent gagné : Elle l’utilise pour des provisions pour ses camarades de classe orphelins. Héros : Mandela et son grand cœur. Nkosi Johnson, le garçon qui s’est battu pour les enfants atteints du sida.

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 TEXTE: ANNIKA FORSBERG LANGA PHOTO: BO ÖHLÉN

Grand-père Mandela aide Unathi


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