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Owlle, votre nom de scène fait référence à owl, hibou en anglais. Êtes-vous ce qu’on appelle un « oiseau de nuit »? Définitivement. C’est le moment de la journée où je suis la plus active, la plus réactive. Cela a toujours été ainsi, mais encore plus avec mon arrivée sur Paris au moment de mes études aux Beaux-arts. À cette époque, j’avais beaucoup de travail à fournir sans compter les petits jobs pour payer les études. La nuit était très souvent studieuse, parfois festive. Aujourd’hui je suis toujours un oiseau de nuit, ma profession n’a rien arrangé. J’aime faire la fête après mes concerts, entourée de mon équipe. Profiter de la ville qui nous accueille, sentir ses lieux où ça vibre fait partie de nos vies d’artistes.

essentiellement anglo-saxonne. Ma mère, danseuse de formation, était très curieuse et écoutait énormément de pop anglaise. Mon père penchait plus pour du gros son ricain. Aux Beaux-arts, entre étudiants, nous partagions nos découvertes musicales. Là, ma culture musicale s’est énormément développée. Écoutant peu la radio, je ne suis pas au fait des tubes du moment, mais j’aime dénicher le groupe underground perdu au fond du bac export de la Fnac. Je surfe énormément sur le Net également. Cela fait tout simplement partie de mon métier, je pense.

Vous parlez de « dreampop » à propos de votre premier album France. Un nouveau concept? Depuis la sortie de l’album (ndrl : janvier 2014), les journalistes peinent à définir mon univers musical. J’avais tendance à parler d’électropop lors de mes premières interviews, mais ce mot-valise ne me convient pas vraiment, car aujourd’hui le moindre morceau pop où se glissent 2-3 effets électro est « classé » dans ce genre. La dreampop est un mouvement en soi qui compte en son sein des groupes comme Bat for Lashes ou encore Bronski Beat. Des groupes que j’affectionne. C’est en surfant sur Wikipédia que j’ai découvert cet univers qui allie mélancolie et électro. De la pop onirique qui me correspond parfaitement. À défaut d’être une musicienne de formation, vous êtes une mélomane avertie. Mais comment avez-vous composé ce premier effort si cohérent? Il est vrai que mes premières compositions ont été écrites à mes 22 ans. Étudiant aux Beaux-arts, j’ai découvert une installation de l’artiste Brian Eno à la Biennale des Arts de Lyon ; ce fut une révélation. Tout a ensuite muri très vite du moment où je tenais toutes les chansons de l’album. Mais attention quand je parle de rapidité, je parle de l’écriture car côté production j’ai pris tout mon temps. Après ma découverte aux Inrocks Lab de 2011 et le succès du single Ticky Ticky, l’agitation autour de moi s’est faîte de plus en plus pressante. Je n’ai jamais voulu y céder pour sortir un album merdique, mal produit. J’ai alors entamé un travail de recherches, d’introspection qui m’a permis d’apprendre beaucoup de choses. Sur moi, sur le métier. Vous savez écrire une chanson est très simple, un album bien plus ardu. France précise vos origines hexagonales, mais pas l’ombre d’une chanson dans votre langue natale. Idem pour vos références, toutes tournées outre-Manche ou outre-Atlantique. Enfant, mes parents m’ont bercé avec de la musique

Dans vos références, 3 femmes reviennent inlassablement : Sade, Madonna et Beth Gibbons, chanteuse du groupe trip hop Portishead. 3 femmes au parcours musical diamétralement opposé? Certes, mais toutes les 3 sont à leur manière des showgirls qui me fascinent. Sade n’est pas la danseuse la plus aguerrie, mais ses seules grâce et voix suffisent à emporter son public en concert. La mystique Beth Gibbons possède aussi ce truc qui fait de vous une performeuse fascinante. Je l’ai vu au Zénith il y a quelques années et je ne m’en suis jamais remise. Quant à Madonna, elle possède tout ce dont une artiste peut rêver. Toutes trois, elles sont indéniablement des références pour moi. Comme Madonna, vous attachez beaucoup d’importance à votre image. Est-ce l’étudiante des Beaux-arts qui s’exprime là? Je sais combien il est essentiel dans l’art de soigner la forme et le fond, de les faire correspondre, de les rendre cohérents. C’est aussi une manière pour moi de préserver France (ndrl : son vrai prénom). Owlle est un peu la femme

Wag 105 - Avril 2014  
Wag 105 - Avril 2014  

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