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TEXTE EDITO

Ca y est, on a 16 ans ! Pour l’occasion, on compte organiser une fête d’anniversaire et on s’est dit que ce serait l’occasion de faire partager notre passion et nos relations avec toi, toi fidèle lecteur (ou pas d’ailleurs, tu peux lire des trucs ailleurs, on s’en fout, on t’aime quand même). L’idée est simple, organiser une fête qui tue. Si chacun s’y met, ça peut le faire. Alors, on part du principe que tu es 20.000 à nous connaître de près ou de loin (ne soyons pas modeste, tu es plus nombreux mais on sait que certains ne joueront pas le jeu), voilà ce que tu dois faire...

mands), ça fait un gros gâteau... On va plutôt prendre des mignardises, du coup on demande à 2900 d’entre toi d’en ramener 10. En contrepartie, on t’offre l’entrée gratuite et une serviette en papier pour t’essuyer la bouche. Il nous faut une sono, si un parmi vous peut la ramener, c’est cool. En contrepartie, il peut arriver 8h avant tout le monde pour la monter... Il nous faut une scène, si un parmi vous peut la ramener, c’est cool. En contrepartie, il peut arriver 48h avant tout le monde pour la monter...

Il nous faut environ 20.000 paquets de biscuits apéritifs, on demande donc à 4000 d’entre toi d’en ramener 5. En contrepartie, on t’offre l’entrée gratuite et la possibilité de garder un des 5 paquets pour toi, tu pourras ainsi te faire des amis en offrant des Curlys. Il nous faut environ 20.000 litres de bière, on demande donc à 2000 d’entre toi d’apporter une caisse de bonne bière belge, comme t’es bon en math, ça fera 9 litres par personne et donc 18.000 litres et pas 20.000 mais comme certains ne sont pas habitués à la vraie bière, ils n’en boiront pas plus d’une bouteille sans rouler par terre. En contrepartie, on t’offre la possibilité de récupérer la consigne, l’entrée gratuite à la fiesta et un tire-bouchon (même si ça ne sera pas nécessaire). Il nous faut environ 6 litres de Coca, on demande donc à Aurelio de ramener sa réserve hebdomadaire de survie, toi, lecteur, tu n’as donc rien à gérer ! Si ça, c’est pas de la balle... Il nous faut environ 30.000 merguez, 20.000 chipo et 40.000 saucisses, on demande donc à 9000 d’entre toi d’en ramener 10 de ton choix. En contrepartie, on t’offre l’entrée gratuite et le droit de gérer l’allumage du barbecue (rien de tel pour impressionner les meufs). Si t’es une fille, tu auras le droit de choisir en premier lors du service (la cuisson oscillera entre noircie, carbonisée et cendrée). Et contrepartie ultime, si t’es une fille et que tu arrives dans les trois premières à la fête, tu pourras manger avec Pooly (sans qui le W-Fenec n’existerait pas) et même profiter de sa merguez à volonté ! (Vu qu’il est végétarien). Il nous faut environ 20.000 baguettes fraîches, on demande donc à 2000 d’entre toi d’en apporter une dizaine. En contrepartie, on t’offre l’entrée gratuite et la possibilité d’être le premier à te servir en ketchup et mayo parce que dans ce genre de plan, en général t’arrives au buffet quand le tube est vide... Ne nous remercie pas... Il nous faut un gâteau de 29.000 parts (ouais, y’a des gour-

Enfin, il nous faut des groupes, pour eux, l’entrée est gratuite ! En contrepartie, ils peuvent jouer devant des gens cools, c’est le top non ? Si t’es un groupe, tu peux donc venir ! On ne fait pas de programmation mais sache que ce message sera peut-être lu par MetallicA, Tool, Fantômas, Rage Against The Machine, Alice in Chains, David Bowie et les Daft Punk (avec Pharrel Williams et Enora Malagré en guests). C’est dire si ça peut être monstrueux (ou pas).

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Voilà, nous, on a eu l’idée du siècle de faire une putain de fête d’anniv, maintenant c’est à toi de jouer parce qu’on est quand même un peu des branleurs et que les préparatifs tout ça, ça nous fait un peu chier. Et si ça marche, ce sera juste grâce à toi, ça, ça vaut toutes les contreparties du monde, ne l’oublie jamais. Oli PS : Si tu nous aimes, prouve-le, sinon, tu ne mérites pas d’appartenir à notre communauté et on aura l’air de guignols.


THE DILLINGER ESCAPE PLAN 04 KoRn 10 Mogwai 11 Flying Donuts 12 Crosses 14 SNA-FU 18 Year of No Light 22 Ginger Wildheart 25 Zoe 26 When Icarus Falls 32 Tagada Jones 33 AND SO I WATCH YOU FROM AFAR 34 My Little Cheap Dictaphone36 Simon Chainsaw 40

SOMMAIRE TEXTE

SOMMAIRE 46 LES SHERIFF 53 Les Touffes Kretiennes 56 Poutre 58 DOYLE AIRENCE 74 Origamibiro 77 Pearl Jam 78 HELLFEST 86 En bref 90 Dans Ton Culte 92 Il y a 10 ans 94 Concours 95 Bonus 96 DANS L’OMBRE 99 Next

Photo couverture : Ronan Thenadey / http://www.ronanthenadey.com

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INTERVIEW TEXTE

THE DILLINGER ESCAPE PLAN >Interviewer Dillinger Escape Plan de nouveau ne fut pas chose aisée. L’efficacité somme toute très relative de la promo francophone du groupe (une mauvaise habitude) ne nous ayant pas permis d’obtenir ce que nous voulions, on l’a donc jouée commando en direct : ce qui fut bien plus probant. Quelques soucis de planning de part et d’autres (du notre surtout) plus tard et voici donc la retranscription d’une ITW de Ben Weiman, fondateur et homme de base de la formation américaine. Qui a des choses à dire. One of us is the killer, votre nouvel album est sorti il y a quelques mois. Ici, il semble avoir été bien reçu, mieux que le précédent à mon avis. Quel est votre état d’esprit vis à vis de tout ça, j’ai cru comprendre que ça te gonflait pas mal les habituels «c’est vraiment notre meilleur album à ce jour et nous sommes tellement fiers de.. Blablabla». Je pense qu’il a été mieux reçu que le précédent qui était sorti sur un label français (Season of Mist NDR) parce que vous, en France, êtes un peu en train de perdre toute fierté nationale. Ou alors c’est juste histoire de ne pas trop faire les choses comme les autres (rires). Je n’en sais trop rien à vrai dire. Moi tu sais, j’aime chacun de mes enfants de la même manière et je pense que tous nos albums sont une représentation partielle d’un ensemble. Et que cet ensemble est Dillinger Escape Plan. On assume donc absolument tout ce qu’on a fait par le passé et cela ne changera pas. Jamais. Vous bossez avec le même producteur (Steve Evetts) depuis le premier EP de DEP. Qu’apporte-t-il de si particulier au travail du groupe ? Peut-on d’une certaine manière le considérer comme un membre non-officiel du groupe. Un peu comme Nigel Godrich avec Radiohead par exemple ou Timbaland avec Chris Cornell (pardon).

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Oh c’est vache ça ! Mais oui, tu as raison, Steve a travaillé avec le groupe plus longtemps qu’aucun de ses autres membres à part moi. Nous deux avons, de fait, collaboré sur chacune des productions du groupe et en plus, c’est vraiment un ami proche. Ce n’est pas rien. Mais d’un point de vue créatif, il apporte sa complémentarité dans notre travail dans la mesure où nous sentons réellement qu’avec tous les bouleversements de line-up qu’a connu le groupe et les changements de registre musical, stylistiques, ça aide considérablement d’avoir quelqu’un d’à la fois extérieur et pourtant directement impliqué qui nous permet de rester concentré sur ce qui peut rendre Dillinger unique. Peux-tu me décrire un peu le processus d’écriture sur One of us is the killer? En quoi était-ce différent de vos précédents albums? Honnêtement, la différence majeure réside dans le fait que l’intégralité des morceaux présents sur ce nouvel album ont été composés spécialement pour celui-ci. Par le passé, on entrait en studio avec 3 tonnes d’idées «Dillinger» avec le batteur et on commençait à plancher ça à deux avant de présenter les idées «finies» au reste du groupe. Là vraiment, tout était planifié exclusivement pour cet album dès le départ, sans une énorme diffé-


rence entre ce que nous avions programmé et ce que tu peux entendre sur le rendu final.

J’ai posé la même question il y a quelques mois à Erik de Cult of Luna puis à Kurt Ballou (Converge), donc à ton tour de t’y coller, que préfères-tu : composer de nouveaux morceaux en vue d’un album ou être en tournée partout dans le monde (avec en plus l’éloignement familial) ? Je vais peut-être te surprendre mais je préfère avant tout écrire de la musique. Donner des concerts est toujours aussi cool mais n’importe qui peut le faire. Puis n’importe quel groupe payé pour jouer à des mariages ou baptêmes peut le faire à peu près aussi bien que moi. Je pense que la création artistique est ce qui rend l’être humain unique, spécial. Puis une chanson, un morceau reste à jamais fixé dans le temps, ça laisse une trace alors qu’un concert n’est qu’un instantané fugitif (aussi bon soit-il). N’est-ce pas un peu difficile ou tout du moins déstabilisant de rentrer chez toi après une tournée monstre de plusieurs mois et ainsi devoir redevenir un type normal. Plus du tout un gars qui donne des concerts partout

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J’ai cru comprendre que vous aviez passé pas loin de 4 mois en studio pour mettre en boîte l’album. Du coup, celui-ci est extrêmement abouti, mais votre perfectionnisme ne peut-il pas devenir un problème à un moment ou l’autre du processus ? Comment fonctionnez-vous avec DEP pour savoir à quel moment le résultat est satisfaisant ? Qu’il faut savoir s’arrêter parce que sinon c’est un cercle infernal, sans fin. Pour être tout à fait honnête, je pense que nous avons passé un peu trop de temps à plancher sur l’album. Mais il faut savoir que la majeure partie du temps n’est pas consacrée à ajouter des choses, à retravailler des idées déjà préexistantes mais à bosser l’exécution formelle des titres. Parce que nous n’utilisons pas tous ces trucs de studio que tu vois partout pour booster le résultat final, pour masquer les défauts et rendre l’ensemble béton. Nous jouons chaque note à la virgule près et nous utilisons très rarement l’editing pour corriger des défauts même mineurs. Et il en va de même pour la précision de la dynamique rythmique, comme dans le phrasé des parties vocales de Greg (Puciato). Pour ma part, je prends un temps considérable pour être sûr que les lignes de guitare donnent toute leur intensité, leur émotion brute, sans jamais évidemment sacrifier leur précision. Enfin, c’est ce vers quoi je tends en permanence.

autour du globe devant des centaines voire milliers de fans, passe des mois en studio d’enregistrement mais quelqu’un qui a une vie sommes toute comme le quidam lambda, bien éloignée de l’effervescence live de DEP si tu veux. Je vais te dire un truc : je suis juste un type normal. Certes, je me sens toujours comme quasiment enragé, dans un état second dès que je monte sur scène oui, mais si tu veux, au-delà du concept de «rock star» qu’on voit chez certains, je ne vais pas te citer de noms mais tu m’as compris, je ne me sens pas du tout meilleur que quiconque en tant qu’être humain. Je fais juste de la musique. Par contre, je t’avoue que ce qui est difficile à appréhender quand tu rentres d’une longue tournée, c’est le silence, la tranquillité, l’absence de frénésie parce que ça devient bizarre de ne pas être entouré de tas de gens en permanence. J’ai alors toujours l’impression d’être un peu fou pendant quelques jours.

As-tu déjà imaginé (toi ou les autres d’ailleurs) ce que pourrait être Dillinger dans genre dix ans. Ou comment vous allez faire pour jouer quand vous aurez 50 piges ? (rires). Quelques fois. Mais la plupart du temps je prends ça au jour le jour. Mais honnêtement, je n’aurais jamais pensé faire encore ça à mon âge. Mais pour tout te dire, au départ, au tout début de notre histoire commune, je ne pensais pas que le groupe survivrait plus d’une semaine (rires) ! A l’occasion de ce nouvel album, vous avez fait le choix de monter votre propre label : Party Smasher Inc.. Etait-

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ce pour avoir plus de prise, de contrôle sur tout ce qui entoure Dillinger, autant du point de vue artistique stricto sensu que du «business» qui entoure l’album et le groupe. En d’autres termes, était-ce pour emmener DEP dans une nouvelle direction, plus indépendante et en même temps plus personnelle encore et toujours plus repousser vos propres limites, sur tous les plans ? Etre DEP nous oblige à repousser continuellement nos propres limites, créatives notamment. Notre business, comme tu dis, est d’emmener le groupe à faire ces choses à notre seule manière. Pourquoi un label voudrait bosser en toute intégrité avec nous si c’est pour nous emmener dans des directions que l’on qualifiera toi et moi de conventionnelles ? Il y a déjà des dizaines,

Avez-vous déjà dans vos cartons d’autres projets de sorties pour votre label, autre que DEP, d’autres groupes ou peut-être des productions de vos side-projects respectifs peut-être ? Je pensais notamment à Giraffe Tongue Orchestra (que Ben mène parallèlement à DEP avec notamment Brent Hinds de Mastodon et Eric Avery de Jane’s Addiction) ou The Black Queen (un duo Greg Puciato et Josh Eustis - Telefon Tel Aviv, NIN, Puscifer) par exemples. Oui, carrément. Il y aura plus ou moins prochainement d’autres sorties à venir par l’intermédiaire de Party Smasher Inc. Mais je ne peux/veux pas t’en dire plus pour le moment. Reviens plus tard (rires).

des centaines de groupes qui entrent dans des cases, respectent les normes, des codes. Alors Party Smasher Inc. est un label certes mais surtout notre marque (de fabrique s’entend). Cela représente notre mode de vie, de fonctionnement, de pensée. Notre éthique DIY, si tu veux. Et même si nous collaborons avec des labels et que nous devons le refaire dans le futur, avec des décideurs qui ont des considérations strictement économiques à l’esprit, nous ne perdrons jamais cet état d’esprit. Party Smasher Inc., c’est un paradigme de toutes ces choses. Parce qu’il n’y a pas juste deux façons de faire de la musique aujourd’hui. Si tu veux, il y a des tas de manières de faire des choses bien, il y a des tas de manières de faire des choses mal. Et puis il y a notre manière de faire ces choses, à la façon Dillinger.

Cette question est du coup à relier avec la précédente : comment vois-tu l’évolution du monde de la musique, de son business depuis ton premier EP avec DEP? Il y a maintenant 16 ans. J’ai pas mal de choses qui me viennent à l’esprit là mais aucune qui ne concerne réellement ce qu’est Dillinger dans la mesure où on n’a jamais été vraiment intégré au système. On est un peu en marge du business de la musique «traditionnelle». Donc toutes ces considérations ultra-mercantiles ne nous concernent pas réellement. Contrairement à la pensée communément admise, j’ajouterais également qu’internet a enfanté de nouveaux espaces d’exposition et de diffusion pour les musiciens. Certes, ça a aussi engendré dans le même temps une sorte d’effet de masse dont il est assez dif-


A l’instar de pas mal de groupes qui connaissent une carrière assez longue, vous avez vécu pas mal de changements de personnel et pourtant, la musique de Dillinger reste toujours aussi particulière, atypique et en même temps complexe. A quel moment vous vous dites qu’un nouveau membre est fait pour le groupe au point de pouvoir apporter une plus-value créative réelle ? Qu’il est à même de comprendre ce qui fait le caractère «unique», pour reprendre tes propres mots, de DEP ? Avant même d’intégrer le groupe, chacun de ses actuels membre en était fan. Du coup, les autres ont toujours été parfaitement en phase avec ce que devait, ce que doit être The Dillinger Escape Plan, son éthique... Après, la réalité est que je suis le seul membre du groupe à avoir écrit des morceaux pour Dillinger depuis 1996 puisque je suis le seul membre original du groupe encore présent. Mais chacun des musiciens qui sont actuellement dans DEP a toujours apporté énormément au projet, a contribué à l’emmener dans différentes directions et lui a permis de toujours maintenir un niveau d’exigence élevé. Quiconque a déjà assisté à un concert de Dillinger Escape Plan dans sa vie sait que vous êtes un peu fêlés et osez des trucs carrément dingues sinon légèrement dangereux sur scène, histoire (et là je dis pas ça pour te cirer les pompes) de produire une performance un peu hors-norme. Du coup, ça vous arrive de vous lever le matin en pensant aux conneries que vous pourriezfaire en live le soir, ou juste avant de monter sur scène ou pas du tout ? (Rires) Non, on ne planifie pas ces conneries ! C’est très dur d’anticiper le feeling, l’énergie qui va nous contaminer en nous emmenant à faire des trucs de fous avant même qu’un concert commence. Une salle vide pendant un soundcheck ne te prépare pas du tout à la furie, au chaos qu’il va y avoir quelques heures plus tard au même endroit. Puis on ne veut jamais avoir à faire semblant. Cela nous serait insupportable. Le jour où nous serons obligés de calculer toutes ces choses, de nous préserver, de réfléchir pour gérer l’énergie live, ça voudra dire qu’on devrait arrêter les frais.

foire lamentablement, ça arrive aussi non ? Comment ça se passe dans ces cas-là, vous faites genre que tout était intentionnel, genre «hey, vous inquiétez pas, tout était prévu à l’avance». Oh ça oui ça arrive et dans ces cas, bah on se démerde pour continuer à faire ce qu’on fait de mieux, jouer, même avec un poignet en vrac, une cheville pétée ou les cordes de gratte ensanglantées (rires).

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ficile de s’extraire afin de sortir du lot. Mais je pense que la sélection naturelle se fait d’elle-même et que les choses finiront par se corriger au fur et à mesure que ces nouveaux terrains d’expression continueront de se développer.

Quels sont les plans pour DEP en 2014, les projets à venir dans un avenir proche ? On va se faire un petit roadtrip en Australie à la fin du mois puis enchaîner avec une tournée nord-américaine en headliner courant avril et quelques festivals européens cet été. Puis on va aussi sortir l’album de l’un de nos side-projects. Je ne t’en dis pas plus pour le moment mais je pense que tu dois avoir une petite idée de ce dont je parle (rires). Quelques questions à la con, «Et si tu étais...» : Un film ? Tu vois ce film avec Johnny Depp en pirate là ? (rires) Un bouquin ? «Mort d’un commis voyageur». Un personnage de fiction ? En fait, je crois l’être un peu. Tu m’imagines pas passer ma journée à faire des bonds partout en gueulant comme un forcené dans la vraie vie, si ? (rires) Un style musical ? Du mathcore, idiot. Une machine à voyager dans le temps ? Hum, on est d’accord que je connaîtrais donc le futur. Donc je serais un putain d’enfoiré blindé de thunes. Allez, on arrête-là pour aujourd’hui, tu as quelquechose à ajouter ? Le public français a toujours été très ouvert d’esprit visà-vis de notre musique et même si cela peut paraître bateau dit comme ça, on apprécie vraiment votre soutien inconditionnel. Merci à Ben Weinman, Anne Baudisch d’Odyssey Music et Ryan Downey de SuperHero HQ. Aurelio

Du coup j’imagine que les mauvaises réceptions suite à un saut foiré, un truc tenté un peu à l’arrache et qui

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INTERVIEW LES DISQUES DU MOIS

Self Defense Family Try me (Deathwish Inc.)

et étonnamment easy-listening (pour du Self Defense Family s’entend.) «Mistress appears at funeral».

Il est ici question de rock noisy hardcore sur-tendu et (volontairement) étouffé. Une harangue DIY qui est propulsée par les bonnes grâces de l’écurie Deathwish Inc. cherchant à rendre un peu moins confidentiel quelque chose qui sans cela resterait un peu dans l’ombre de cette griffe musicale que l’on qualifiera ici d’atypique. Racée et renvoyant l’auditeur à une douce exploration de la scène des 90’s (Jawbox, Fugazi et autres Quicksand en tête), elle exhal(t)e une douleur pernicieuse solidement ancrée dans l’épiderme, une mélancolie vrillant l’âme de ses auteurs et une dynamique à fleur de peau («Nail house music», «Tithe pig»).

Pas de prise de risques réelle possible chez les ex-End of a Year dans la mesure où l’essence même du groupe est de jouer les funambules, de se poser en contre-pouvoir marketing. Et toujours sur la corde raide, n’hésitant pas à ferrailler contre le vent, n’effleurant les contrées mélodiques que pour en déconstruire les codes usuels («Fear of poverty in old age»), Self Defense Family ne cherche, au travers de ce Try me, qu’une seule chose : l’abrasion sensorielle, la fusion d’ émotions brutes et qui prennent littéralement aux tripes, sans un regard pour le conformisme (l’incandescent «Weird fingering», «Dingo fence» et ses mantra gorgés de colère intériorisée). En somme, tout ce qui fait de cet album ce qu’il est : soit une œuvre exigeante et anti-consensuelle au possible. Parfois à la limite de l’anachronisme, souvent empreinte de résignation cinglante et d’une mélancolie sourde, expulsée de la manière la plus maladive qui soit. Toute en violence à peine contenue... Aurelio

Parfois un peu trop dans l’économie d’effets («Turn the fan on») - mais peut-on réellement leur en vouloir ? Self Defense Family n’en demeure pas moins vénéneux. Et addictif. Surtout quand ils font grimper la tension nerveuse de quelques crans (d’arrêt) avec «Apport birds» ou «Aletta» oubliant toute forme de concession pour provoquer la réaction émotionnelle : viscérale. Décidément prêts à tout pour conserver leur indépendance de ton, les Américains s’autorisent un peu tout (et parfois des trucs un peu étranges) comme cet «Angelique one» consistant en une longue tirade de spoken word sans aucune musique (ni guère d’utilité) ou le très pop-rock

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KORN

The paradigm shift (Caroline Records)

Depuis une dizaine d’années, KoRn nous a habitué à constamment bouleverser son travail, ne conservant que quelques pierres angulaires pour se faire reconnaître (la voix de Davis, la basse de Fieldy), The paradigm shift ne déroge pas à la règle... Même si The path of totality n’était pas à proprement parler un album du groupe (vu le nombre de collaborations et l’idée de base), on trouve ici un nouveau KoRn, encore. Quelque part entre Take a look in the mirror et See you on the other side, avec des éléments qui font penser à Follow the leader et le retour de Head aux affaires qui plaiderait pour un vrai Remember who you are. Bref, The paradigm shift est une somme d’influences et d’étapes dans la vie de KoRn et cet amalgame en fait un nouvel album, un «nouveau modèle» avec un peu de tout de ce qui represente KoRn depuis 20 ans. Chacun y trouvera des passages intéressants mais si l’ensemble est plutôt bon, on ne peut être pleinement satisfait du résultat final. Pire, on se dit qu’on ne le sera plus jamais. Grosse intro à l’ancienne, «Prey for me» accroche le vieux fan dès les premières secondes. Le passage plus calme avec un Jonathan Davis vindicatif qui enchaîne avec une mélodie bien lourde aurait trouvé sa place sur Follow the leader et il faut bien avouer que ça fonc-

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tionne... Alors qu’à l’époque, un titre comme «Got the life» cristallisait les critiques à l’encontre du groupe qui adoucissait sa sauce pour convaincre plus largement et s’attirer les «Got-the-lifers», aujourd’hui on s’en contente allègrement. Les arrangements, les breaks, les petits sons de guitares de «Mass hysteria» sonnent également comme quelques titres du troisième album («It’s on», «Freak on a leash»), pour «Punishment time», ce sont les passages graves et la basse qui font tilter la boîte à souvenirs. «What we do» est un cran endessous car trop prévisible (j’aurais préféré qu’il soit trop «Predictable») et un peu une caricature en soi de la patte KoRn. Cela dit, il est moins pénible que «Spike in my veins» qui, malgré un bon riff rock n’ roll, s’embourbe dans de l’électro bidouille à hauteur du déplorable «Never never»... Pas de bol pour l’auditeur inattentif, ce sont les deux titres qui ont été mis en avant à l’automne, les moins bons de l’album selon moi (avec le mou du genou «Lullaby for a sadist»). Où est donc The paradigm shift ? Le fameux changement de paradigme du titre-même de l’album se trouve peut-être dans l’alliance entre les côtés sombre, gras et «old school» du combo d’une part, de l’autre avec la pointe (affûtée) de samples et de sons frais venus des machines. A l’écoute de «Love & meth», «Paranoid and aroused» ou «It’s all wrong», on peut penser que ça a de l’allure : certes ce n’est plus le KoRn qui nous a éclaté les tympans dans les années 90, ce n’est pas non plus celui qui s’est enlisé dans les nouvelles technologies et tendances de ces dernières années, mais c’est un nouveau KoRn. Et il tient la route... jusqu’au prochain et une nouvelle direction artistique ?

Oli


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MOGWAI

Rave tapes (Rock Action Records/Sub Pop) d’un certain rock répétitif mâtiné d’électronique suranné. Un discours en forme d’ode à la musique synthé rock «lourde» et robotique (l’efficace «Remurdered»), à l’esprit post-rock plus traditionnel aussi («Hexon bogon»), au magnétisme narcoleptique surtout (en témoigne notamment l’immersif et intemporel «Repelish»). On l’a compris, quoiqu’ils entreprennent, les Anglo-Saxons maîtrisent leur sujet à la quasi perfection. Et si deux/ trois titres sont en deça de leur toujours immense potentiel (on pense notamment à «Master card» ou «Deesh» assez oubliables), le contenu de ce Rave tapes est en permanence au bas mot très honorable.

Après avoir tout explosé sur leur passage en 2011 avec Hardcore will never die, but you will, disque bouillonnant, laissant le groupe au cœur d’une évolution l’emmenant sur les sillons d’un indie-rock racé et organique au «détriment» du post-rock majestueux dont ils sont quasiment les «inventeurs» sur le vieux continent, les Mogwai n’ont pas vraiment chômé. Un EP (Earth division), une très belle bande-son pour une série qui l’est beaucoup moins (Les revenants, surestimée mais qui surnage toutefois au beau milieu d’une production télévisuelle hexagonale sclérosée), un album de remixes plutôt oubliable (A wrenched virile lore) et pas mal de concerts. Les Ecossais ont été plus qu’occupés mais ça ne les a pas pour autant empêché de trouver le temps et l’énergie créatrice de confectionner un nouvel album studio : Rave tapes.

Parce que le minimum syndical chez Mogwai est forcément un sommet difficilement atteignable chez nombre de leurs contemporains et que les Ecossais ont toujours cette capacité à rebondir après une ou deux pistes à l’excellence moindre pour livrer un climax de toute beauté («Blues hour» et son indie-rock classieux mais pénétrant, un «No medicine for regret» empreint d’une mélancolie habitée). Et alors que l’on ne se demandait même plus si le groupe allait poser un single quelque part, c’est à l’heure du dernier morceau «The lord is out of control» qu’il se décide enfin. Expédiant par la même occasion dans les enceintes un titre (trop) chargé en effet et qui n’est certainement pas ce qu’il a fait de mieux. Même s’il a au moins le mérite de ne jamais réellement se reposer sur ses acquis, prenant sans cesse des risques, certes calculés, mais aussi salutaires qu’artistiquement libérateurs. Fascinant. Aurelio

Un disque qui dans ses premiers instants et le très beau «Heard about you last night» livre une intro’ ténébreuse, appelant à l’envoûtement de l’auditeur en exhalant une classe contagieuse qui transparaît également lors des pistes suivantes. Mais après une telle merveille, difficile de revenir à la réalité. Alors les Ecossais ont la riche idée de changer un peu de registre, proposant avec «Simon ferocious», leur lecture très personnelle

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FLYING DONUTS Still active (Kicking Records)

1996 - 2014. 18 ans que les Flying Donuts existent. Premières démos, premier album, quelques splits, des morceaux agrémentant ci et là des compils diverses et variées, puis deux autres disques aux inspirations assumées et clairement digérées. Des tournées, en France et ailleurs. Des centaines de milliers de kilomètres avalés, des tonnes de riffs envoyés. Et que sais-je encore. Toujours est-il que 18 ans plus tard, les Flying Donuts sont toujours là. Et bien là. Alors que leurs modèles ont (presque) tous déposé les armes, que les aléas de la vie ne rendent plus les choses aussi faciles qu’il y a dix piges, le trio est toujours là. Contre vents et marées, toujours actif. Et c’est bien là le sens de ce nouvel album. Still active donc, et retour aux sources avec un enregistrement au studio Pole Nord avec Fred Gramage et à l’Indiear Studio de Mathieu Kabi (The Rebel Assholes) pour les voix. Kicking Records (et d’autres) pour le label. Une histoire d’amitié et de famille, simplement. Car que retenir de 18 ans de punk power-rock ? Cette même envie d’en découdre, de proposer du matériel puissant et efficace, pour finalement contrecarrer ces businessplans foireux et illusoires histoire de faire plaisir. Se faire plaisir. 14 nouveaux titres (la première fois qu’ils offrent tant de chansons dans un même album) après 5 ans de mutisme discographique et toujours cette vo-

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lonté de botter les fesses avec une humilité troublante. Planquez-vous, Flying Donuts est de retour, et ceux qui pensaient reprendre le trône sont priés de laisser place nette. Ils reviennent. Mais étaient-ils tout simplement partis ? Pas dans nos cœurs en tout cas. Même si sa marque de fabrique est perceptible au premier riff, le trio n’en finit pas de nous surprendre en proposant, comme à son habitude, des titres énergiques aux arrangements fournis, qui n’en finiront pas de te faire hocher la tête. Ouvrir le disque par «All or nothing», petite bombe mélodique, fait son petit effet. Flying Donuts n’a jamais lésiné sur le côté high energy qu’on lui connaît depuis ses débuts, même si le groupe a subtilement mis en avant depuis Renewed attack son amour des rythmes lourds et des envolées rock ‘n’ rollesques. «Going forward», «Given up to you», «Time bomb « (que ne renieraient pas The Wildhearts) ne sont pas en reste pour affirmer que le groupe n’a rien perdu de sa superbe quand il s’agit de délivrer des mélodies à la pelle. Le power louder rock n’est pas en reste («Before I went home», le survoltant «Anything for granted», le surpuissant «Becoming wrong» qui va retourner les salles) et le Flying 2014 n’en oublie pas ses amours d’antan (l’émo-mélodique «Going forward», «From inside»). Tout ceci est joué avec une facilité et une efficacité déconcertantes. Et que dire à l’écoute de «Shadows», morceau inspiré d’Alice In Chains, et du bourratif «Great power of adaptation» et ses riffs Slayeriens ? Tout simplement que Flying Donuts est resté maître dans l’art de rendre des copies parfaites, avec des guitares inspirées, un formidable travail au niveau des voix, un basse-batterie perforateur, et, encore une fois, des compositions caressant le sublime. Plus qu’un nouveau disque, Still active est une déclaration d’amour au rock crasseux, aux mélodies ravageuses et aux tempos soutenus, un manifeste délivré par un groupe soucieux de partager sa passion pour la musique du Diable. Et qu’importe ce que tu en penseras, Flying Donuts ne lâchera pas l’affaire de sitôt. Et j’y veille, crois-moi ! Gui de Champi


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TOYS’R’NOISE Toys’R’Noise (Tandori)

ces deux titres, on suit docilement le groupe dans son périple musical, jamais véritablement ardue à suivre, on oserait presque qualifier la chose d’»easy-listening» sans que ça puisse être péjoratif, mais toujours palpitant à découvrir. Le choix de passer à la plage suivante ne se pose même pas car l’on aurait la vive impression de rater une étape importante dans le cheminement du groupe. Il est juste ici question de tester ta capacité à te laisser guider. Ou pas. Manifestement, encore une belle sortie de la part du label lillois Tandori Records (Vitas Guerulaïtis, Oui Mais Non, Casse Brique...). Et on t’invite vivement à les voir en live où le projet prend une toute autre dimension. Cactus Comme son nom l’indique, le groupe Toys’R’Noise a conçu sa musique avec des jouets et des instruments bricolés. On pourrait les rapprocher de Chapi Chapo dans la philosophie du projet, sauf que leur conception de la musique est beaucoup plus aventureuse (les intellos diront «free»), hors-format et prend son terreau dans l’électro-indus ambiant. Disque caméléon par excellence, Toys’r’noise navigue souvent dans l’ambiant donc, souvent dans le down-down-tempo (oui, la répétition est volontaire) aussi, parfois ça s’emballe un peu mais sans jamais devenir bourrin, parfois la musique prend une tournure incantatoire et hypnotique à la manière de Masters Musicians Of Bukkake, Kiss The Anus Of A Black Cat ou les Swans. S’il y a une chose à retenir de cet album, c’est que l’auditeur est facilement happé par ces propositions d’évasions musicales que Toys’R ‘Noise développe sur de longues plages dont la durée varie de 3 à 11 minutes. Le premier titre, sobrement nommé «1», offre au départ un beau moment d’angélisme atmosphérique pour ensuite devenir un hymne électro-tribal-mystique captivant. La dernière piste intitulé «6» happe les oreilles avec une belle montée de tension durant 11 minutes, habilement vêtue de scintillement et de stries mélodiques. Entre

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Crosses Crosses (Sumerian Records)

Il y a des artistes : écrivains, peintres, sculpteurs, musiciens... qui semblent avoir l’étonnante capacité de transformer tout ce qu’ils touchent en pépite. Apparemment Chino Moreno est de ceux-là. Le natif de Sacramento est ici accompagné de Shaun Lopez (ex-Far) et d’un illustre inconnu répondant au patronyme de Chuck Doom. On passe sur le petit imbroglio média ayant entouré la sortie (repoussée de quelques mois) de ce premier album éponyme (il devait y avoir uniquement des EPs puis finalement l’album... qui est la compilation de ceux-ci auxquels ont été ajoutés des inédits), pour se concentrer sur l’essentiel : la bombe qu’est Crosses. On pèse le mot. On le retire, on mesure son effet et puis on le remet dès lors qu’on appuie sur «play» et que résonnent les premières mesures de l’inaugural «This is a trick». Beats trip-hop/electro-pop magnétiques, ambiance un peu interlope, nébuleuse, comme figée hors du temps, la voix du Chino qui vient habiter le tout et notamment cette mélodie qui reste encore tapie dans l’ombre avant de doucement venir exploser à la face de l’auditeur. Impressionnant. On est déjà conquis. Et encore plus quand «Telepathy» vient pleinement assumer le côté electro-pop un peu rétro, allant parfois marcher sur les mocassins d’un Trent Reznor (Nine

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Inch Nails) post-désintox. Mais avec ce qu’il faut de personnalité artistique pour rester plus que crédible. Sans doute afin de préparer le terrain au hit ultime qu’on n’attendait pas vraiment mais qui fait vibrer la platine : le tubesque «Bitches brew». Là plus de doute, Crosses tient l’un des climax de son album, entre une atmosphère sexy, une mélodie sensuelle à se damner, des arrangements d’une intensité renvoyant à ce que pouvait proposer Team Sleep et un refrain qui colle à la peau. Ou plus généralement tout ce qu’il trouve sur son chemin... à tel point qu’en décrocher relève quasiment du supplice que vient interrompre un «Thholyghst» aussi ténébreux qu’envoûtant puis ce «Trophy» aux textures sonores quasiment dub. Un faux-rythme plongeant l’auditoire dans un coma semi-conscient, le trio endort volontairement sa cible avant de lâcher une nouvelle torpille : «The epilogue» (qui n’est absolument pas celui de l’album). Quelques instants après «Bitches brew», Chino Moreno, Shaun Lopez et Chuck Doom atomisent toute velléité critique et livrent un nouveau hit en puissance. Facile, décidément inspiré, le trio marche littéralement sur l’eau et, sur de son fait, enchaîne les pépites (le sensuel «Bermuda locket», l’addictif «Frontiers», «Nineteen ninety four» et sa mélancolie latente) et surtout ne rate pas grand chose. Sinon rien du tout. On se montrera plus mesuré sur deux/trois titres certes mais ce sont là surtout des interludes assurant toutefois le minimum syndical («Nineteen eight seven», «Cross»). Surtout que le groupe n’en a pas encore terminé et remonte la rampe pour tutoyer de nouveau des sommets avec cet(te) «Option» qui n’est pas sans évoquer le meilleur de Team Sleep, un soupçon d’âme en plus ; ou les très pop mais redoutables en termes d’efficacité radiophonique «Blk stallion» et «Prurient». En guise de conclusion «Death bell» fait ce que Crosses maîtrise le mieux : respirer la classe et referme donc cet album qui marque la naissance d’un projet qui devrait faire cartonner en marquant durablement les esprits. Une évidence... Aurelio


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BRAIN DAMAGE MEETS VIBRONICS Empire soldiers (Jarring Effects)

par un dub électro classieux mais sans prise de risques, s’écoute allégrement.

Empire soldiers, c’est l’histoire d’une rencontre entre deux entités issues de la scène dub, sound system et tout ce qui s’apparente de près ou de loin au croisement du reggae et de l’électronique. L’une est française (Brain Damage), l’autre est british (Vibronics). Leur vécu plutôt honorable dans le monde du dub-mix les ont amené à la réalisation commune d’un album concept autour d’un thème proposé par Madu Messenger, historien et membre de Vibronics : celui de l’implication des troupes coloniales (notamment africaines, indiennes et caribéennes) dans la première guerre mondiale. Jusque là, aucun rapport entre l’histoire et la musique. Et pourtant...

Conçu en studio autour de la paire de producteurs Steve Vibronics/Martin Nathan, maîtres d’œuvre des deux formations, les titres d’Empire soldiers, renvoyant par moment à des lieux de batailles («Gallipoli», «Neuve Chapelle», «Siege of Kut») de cette première guerre mondiale, se divisent en deux parties. L’une contient des morceaux originaux bossés par Martin et en majeure partie chantés et l’autre des remix de la plupart de ceux-ci, une relecture personnelle effectuée par Steve Vibronics. Comme précisé plus haut, cet opus collaboratif sera familier à tous ceux qui s’accommodent facilement à l’univers dub, à ses essences reggae et ses effets intrinsèques tels que la réverbération, le phaser et autres écho/delay de folie. Le mix instrumental, où se côtoient guitare, piano, melodica, cuivres, percussions (je dois en oublier), se plie religieusement au riddim et à son groove stimulant que Martin à toujours su maîtriser avec brio et dans n’importe quel format (que cela soit avec High Tone, Black Sifichi ou Zion Train). Notons que la version live d’Empire soldiers a été travaillée en résidence au Fil à Saint-Etienne, patrie du leader de Brain Damage, pour une tournée prévue cette année. Année qui marque par ailleurs le centième anniversaire du début de cette guerre dans laquelle les soldats oubliés et tués pour la liberté sont sujet à cet hommage sur cette sortie signée Jarring Effects. Ted

Ce qui s’appelle sur le papier «Brain Damage meets Vibronics» tente d’orienter ses sonorités vers quelque chose qui se rapproche de cette thématique à travers des ambiances de guerre et des textes chantés, parlés ou scandés par quatre personnes dont les origines sont liées à ses fameux soldats : le Barbadien Madu Messenger et l’Anglo-Pakistanais Parvez de Vibronics, le poète et performeur Marocain Mohammed El Amraoui et le Sénégalais Sir Jean (Meï Teï Sho, Le Peuple de l’Herbe, Zenzile). Autant de possibilités phoniques livrées sur un album qui, bien que son style soit toutefois dominé

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SUNN O))) & ULVER Terrestrials (Southern Lord)

l’autre, retranché dans ses penchants que l’on qualifiera d’extrêmes sinon légèrement jusqu’au-boutiste. Et c’est cette conjugaison sensorielle qui donne tout son relief à Terrestrials, entre drone-doom expérimental et (post) rock séminal consciencieusement minimaliste, notamment le temps d’un «Let there be light»-fleuve (près de onze minutes trente au compteur) et fascinant.

Collaboration exceptionnelle réunissant le monstre incontournable de la scène drone au sens large et l’exicône black-metal des 90’s devenue au fil des temps et de son évolution artistique naturelle, une exception au sein de la mouvance ambient/rock psychédélique/électronique, Terrestrials marque donc la collision créative entre Sunn O))) et Ulver. Soit une collusion des genres orchestrées par le poids lourd Southern Lord (Boris, Earth, Electric Wizard, Pelican.). Mais si elle voit le jour début 2014, cette création co-signée par les deux entités date à l’origine de 2008 et aura donc mis un peu de temps à émerger sur support discographique. L’attente en valait clairement la peine. Le résultat tient en trois pièces improvisées lors des sessions studio réunissant les deux entités et qui se sont donc tenues il y a quelques années maintenant du côté d’Oslo (en Norvège pour les zéros en géo’). Pour trois mouvements fluides à la densité magmatique, des compositions amples, cosmiques comme enfantées dans un cocon de liberté, à l’écart du monde. Sunn O))) vs Ulver marque donc l’association d’idées réunissant pour ainsi dire deux courants de pensée artistique en matière d’architecture sonore à tendance expérimentale. L’un qui relève quasiment du romantisme idéaliste (Ulver),

Par leurs circonvolutions drone-doom magnétiques effleurant parfois les contours du doom-jazz, les deux entités réunies sur Terrestrials renvoient régulièrement l’auditeur aux travaux d’un Bohren & Der Club of Gore ou d’un The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble, ce avec une maestria évidente. Pourtant, peu à peu, la matière sonore proposée ici gagne en pesanteur, assombrit ses atmosphères de manière à laisser libre champ à ses velléités «expérimentales», jusqu’à envelopper le tout d’une noirceur résiduelle aussi palpable qu’envoûtante («Western horn»). On s’attend dès lors à un dernier titre invitant à une visite guidée des enfers ou tout du moins de territoires sonores inhospitaliers et pourtant, Sunn O))) et Ulver livrent un «Eternal return» en forme d’ode à la mélancolie bruitiste douloureuse. Une ultime pièce longue de quelques treize minutes pour un voyage sans retour (pas comme son titre) vers les frontières de la dépression et de l’abandon psychique. Sans concession, à la fois beau et effrayant, jusqu’à une ultime poignée de secondes toutes en résignation décharnée. Parce que la montagne annoncée a finalement accouché d’un monstre, un kraken sonore déflorant à l’envie des territoires immaculés avant d’imprimer sa marque, indélébile dans dans la psyché de son auditeur. Aurelio

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INTERVIEW TEXTE

SNA-FU > C’est Cédric, guitariste, qui se retrouve face à nos questions un peu fofolles et peut-être drôles... Les réponses sont sérieuses parce que les Sna-Fu ne sont pas là que pour déconner...

Les teasers sont excellents, d’où vient l’idée ? Qui a bossé dessus ? J’ai du mal à imaginer le groupe réuni pour concocter les sous-titres sans partir complètement en vrille... Merci ! L’idée vient de moi et je l’ai réalisé tout seul comme un grand. Il y avait aussi la volonté de faire rire mes collègues du groupe donc j’ai gardé ça pour moi. Du coup j’ai ri, seul, pendant la production, certains étaient plus inspirants que d’autres et il y en a eu aussi pas mal que j’ai dû abandonner parce que ça prenait pas. J’ai pas réussi à faire tous les stages de «Street Fighter II» comme je voulais ! Clément a réalisé le très bel artwork, l’image est venu avant le titre ou c’est pour illustrer ce titre qu’il a créé cette image ? Sinon, le premier arrivé, c’est l’oeuf ou la poule ? C’est évidemment le titre qui est venu en premier. On a fait beaucoup, beaucoup d’essais pour la pochette, tant au niveau du style pictural que de la forme de la po-

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chette. Clément a finalement restitué au mieux l’esprit de l’album en réalisant ces gravures DIY. Toujours cette histoire de retour à la matière, à la texture ! Il en a fait d’ailleurs 40 qu’on vend sur notre site. On a pris beaucoup de plaisir à nous salir les mains à tous les stades de production de cet album. Alors pourquoi avoir choisi Knives & bells en titre de la galette ? On a enregistré et mixé chez Francis à Ste-Marthe et après Charles a récupéré les pistes pour rajouter quelques petits effets ici et là. De retour au mastering, il nous a montré ce qu’il avait pondu et il a utilisé beaucoup de reverse cymbals qui sonnent parfois comme des couteaux qu’on affute et des sons de grosses cloches bien imposantes. Ce n’est pas ce qui fait le son de l’album mais comme c’est disséminé un peu partout ça donne une certaine couleur. De plus, une lame émoussée, une cloche en fonte, ce côté métallique qui a vécu rendait bien compte de la texture de l’album. On


Comment sont choisis les titres des chansons ? Qui est le coupable ? Généralement l’auteur en est le coupable... Il y a bien des chansons où il y a plusieurs auteurs mais je t’avoue que j’ai jamais pensé à ce problème, les titres viennent après l’écriture du texte et ils s’imposent d’eux-mêmes. Je sais que certains ont l’air d’être des blagues mais ce n’est pas le cas. Lisez le contenu vous verrez. Sujet 2 : Mettre autant d’humour n’est-il pas dangereux ? Vous avez 4h. Complètement. On n’est pas des metalleux darkos, ni des hardcoreux politisés, nous sommes des mecs sympas qui aimons tout casser. Mais du coup, notre attitude sur scène, en interview ou avec les teasers par exemple, font croire que notre musique est marrante mais ce n’est pas du tout le cas. Les teasers par exemple c’est juste que c’est moins cher de faire des blagues qu’une oeuvre ambitieuse et colossale qui va changer la face du Net. Les titres, de même que les paroles, ne sont pas si drôles. «Deadosaurs» par exemple, qui a un nom qui fait sourire, c’est un constat réjouissant de la fin des grosses majors qui appartiennent à un autre temps mais ce n’est pas de l’humour. Après c’est pas non plus un pamphlet, on ne cherche pas à être moralisateur mais penche-toi sur le fond et tu verras. On attache beaucoup d’importance à nos paroles tant sur le fond que sur la forme, je crois qu’elle commence à être pas mal ! On essaie juste d’être léger pour prouver que la violence musicale ne s’accompagne pas forcément de haine. L’album me semble plus accrocheur et moins «fourretout» que le précédent, c’était prévu ou les compositions conservées étaient comme ça et puis pif paf pouf tralala ? On n’a pas de période de composition, on accumule et le son se cristallise au fur et à mesure. Certaines compos restent, d’autres partent. Le son, les idées prennent forme et on commence à cadrer l’album. Tonnerre binaire c’était une claque dans la gueule, Mighty galvani-

zer c’était une équipe de rugby dans la gueule, certains pensaient que c’était pas forcément léger, c’est pas faux... Pour le dernier on a pris le meilleur de chacun, on a cultivé l’énergie brute, folle et fondamentalement positive qui nous distingue des autres groupes et on a proposé une pêche dans la gueule cette fois, mais avec une main tendue qui t’aide à te relever et qui t’invite même à prendre une bière au comptoir, c’est ça Knives & bells, il y a ce petit côté amical en plus.

INTERVIEW TEXTE

a utilisé beaucoup de guitares acoustiques saturées qui vont un peu dans ce sens. Bien dégueulasse...

Votre site officiel, c’est la page Facebook, c’est pas un peu facile ? Avoir des talents de graphiste et ne pas les utiliser pour le web, c’est pas très très sympa... Les sites compliqués ça gave un peu tout le monde, du moment que tu trouves ce que tu cherches, c’est bon. Le Net ne fait plus rêver, tout le monde passe trop de temps dessus alors si c’est pour se perdre dans un site alors que tu veux juste écouter de la musique, franchement, ça ne vaut pas le coup. On préfère se concentrer sur les clips, on en a un superbe qui sort bientôt pour la chanson «Catrina». On a travaillé avec le réalisateur Martin Carolo qui a parfaitement compris l’équilibre entre légèreté de la forme et poésie du fond. Le clip est vraiment très beau ! Balancer l’intégralité de l’album en écoute gratuite, ça ne pose de problème à personne ? Que ce soit dans le groupe ou chez le label ? Non, on préfère le mettre nous même de toute façon il se retrouvera sur un site russe obscure tôt ou tard. On invite les fans à acheter l’album car il est beau, il y a les paroles et c’est une de nos sources de revenus mais si t’es chez un pote à qui tu veux le faire découvrir mais que tu l’as pas sur toi, c’est quand même pratique de pouvoir l’écouter sur le net. Aujourd’hui, fans et artistes, amateurs et pros... les limites ne sont plus aussi nettes, une même personne a un pied dans chaque camp donc on s’aide mutuellement. Ca n’a posé aucun problème à Klonosphere ils étaient du même avis que nous. D’ailleurs, vous êtes entrés dans la Sphère Klono. Pourquoi ce choix ? La malédiction du changement de label va-t-elle se terminer un jour ? Guillaume, le boss de Klonosphere, a bien aimé notre album et nous a donné le feu vert, c’est grâce à notre tourneur Jerkov qu’on a pu le rencontrer. Ils ont une bonne vision du milieu, ils sont jeunes, ils bossent avant tout pour la musique, pour les musiciens, pour les fans, du coup c’est très confort quand on parle de plan de com’ et tout ça ils sont ouverts et réactifs.

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INTERVIEW

Vous bossiez sur des morceaux acoustiques et j’ai pas eu l’occasion de les entendre, j’ai raté un truc ou bien ? Du calme mon grand ! On n’a commencé la com’ que sur Internet, et on enregistre les showcases acoustiques bientôt, ça ne va pas tarder. C’est un travail intéressant vu la musique qu’on fait. Les dernières chansons marchent particulièrement bien en acoustique. L’équilibre est difficile à trouver car on ne veut pas forcément en faire des versions plus tranquilles, on veut parfois garder l’énergie violente de la version originale et éviter le piège : acoustique = balade. On s’inspire du coup des musiques comme le blues, la dawg music ou le jazz manouche, avec des mecs qui donnent tout ce qu’ils ont, sur leur instrument comme à la voix. On espère pouvoir les compiler un jour et les enregistrer en studio pour sortir un vrai unplugged. C’est juste un projet pour l’instant. On peut espérer une tournée ou c’est toujours le Grand Désordre pour obtenir des dates en France ? On a joué le 20 février à Paris. Après pour la tournée il faudra attendre encore un peu, ça commencera en avril, les annonces ne vont pas trop tarder je pense. Merci à Cédric et les Sna-Fu mais aussi à Guillaume et la Klonosphère ! Oli

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Year of No Light Tocsin (Debemur Morti Productions)

claire/obscure palpable. On est ici en territoire relativement connu, l’inspiration constante du groupe faisant le reste afin d’en métamorphoser les contours. Et surtout magnifier sa puissance évocatrice en termes d’impact émotionnel.

On aurait pu croire qu’en rejoignant les rangs de la discrète (médiatiquement parlant) mais puissante écurie Debemur Morti Productions, plutôt orientée black-metal à la base (cf : Blut Aus Nord notamment), Year of No Light allait opérer un virage artistique l’emmenant sur des sentiers créatifs voisins de la ligne éditoriale de son label. Mais celui-ci s’étant ouvert ces derniers temps à un spectre artistique, disons plus large qu’auparavant (en témoignent les signatures récentes de Dirge ou Rosetta), il n’en est finalement rien. Quoique en fait si un peu quand même. mais pas comme on s’y attendait. On va y revenir plus loin. Mais d’abord, avec sa griffe post-metal/doom/postrock sentencieuse et transcendantale, YONL délivre un morceau-titre inaugural qui pose son univers. Introspectif, profond, immersif. résolument cinégénique (on connaît l’amour du groupe pour le 7ème art depuis le ciné-concert Vampyr). 13 minutes et des poussières d’une symphonie du chaos en un seul et unique mouvement. Suffisant à l’heure de faire étalage de toute sa classe. Car comme à son habitude, le six-majeur bordelais œuvre dans un registre post-metal/heavy-doom/ shoegaze majestueux et immersif, proposant une mixture sonore à l’intensité obsédante comme à la noirceur

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On comprend à peu près où ils semblent vouloir en venir, puis surprise, les Year of No Light livrent avec «Géhenne» un morceau comme on n’en attendait pas de leur part. Surtout pas à ce moment de l’album. Pourtant, le résultat est d’une implacable efficacité formelle doublée d’une réelle créativité en termes de fond. Avec un titre qui lâche les chevaux, échappe à la grisaille pour s’en aller vers la lumière, emportant avec lui son auditoire dans un tsunami sonore au tempo enlevé mais à la densité toujours aussi saisissante qu’à l’accoutumée, le groupe n’hésite pas à oser casser un peu caractère potentiellement prévisible de son oeuvre. Une rupture de rythme et d’atmosphère pour un collectif qui revient rapidement à ses premières amours pour une musique (relativement) lente et ténébreuse («Désolation»), des pièces-fleuves aux développements subtils qui semblent vouloir nous emmener vers une inexorable fin des temps musicaux («Stellar rectrix»). Trois guitares, une basse, deux batteries et autant de possibilités infinies pour un projet en évolution perpétuelle, quelque part au croisement entre le sludge-doom à l’épaisseur lithosphérique, le post-metal onirique et le Hard originel, Year of No Light sonne avec ce Tocsin les premières mesures d’un éloge funèbre en forme de catharsis désespérée. Un dernier adieu enveloppé d’une mélancolie décharnée et d’une poésie aussi noire que vénéneuses («Alamüt»), que les sorciers du doom et post-metal frenchy psalmodient en étant comme à l’heure habitude, littéralement habités par leur Art. Aurelio


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PIGS

Gaffe (Solar Flare Records) dernier titre, «If I’m lucky», c’est du Unsane pur jus qui malmène les nerfs durant 7 minutes : un riffing implacable, la jolie glotte de Dave et un blues urbain à l’atmosphère digne d’une balade dans des égouts qui servent de repère aux camés du coin. Au final, si tu ne connaissais pas Pigs avant cette chronique, empare-toi donc de You ruin everything (disponible via Solar Flare Records) avant de déguster Gaffe. Si le groupe t’es déjà familier, il ne reste plus qu’à t’armer de patience en écoutant cet EP qui semble à mi-chemin entre la récréation et la déclaration d’intentions. Dans tous les cas, il faut se jeter sur ce groupe. Capice ? David

Après un excellent You ruin everything, les Pigs (Dave Curran d’Unsane, le producteur Andrew Schneider - Pelican, Keelhaul, Made Out Of Babies -, Jim Paradise...) reviennent déjà aux affaires avec un EP de 3 titres, toujours via Solar Flare Records (Sofy Major, American Heritage...). 3 titres, c’est court et pourtant, ça laisse déjà présager d’un second effort qui risque d’avoir le même écho chez les amateurs de noise-rock doté d’un mur du son qui copine avec un peu de mélodies. Gaffe commence tambour battant avec... «Gaffe» et sa basse granuleuse qui capte l’attention dès les premiers instants. Sur cette première piste, la recette Pigs semble ne pas avoir évolué d’un iota, un mur noise degueulassé par la voix sur-rocailleuse de Dave Curran, mais tant que ça reste érectile pour les oreilles, il est difficile de leur faire un quelconque reproche. Avec «Elo kiddies», le second titre, le groupe se met en danger et par la même occasion sous les foudres des aficionados les moins ouverts d’esprits avec un refrain scandé et accrocheur digne d’un AC/DC (crétin de chroniqueur, il s’agit d’une cover de Cheap Trick), reste que passée la surprise de cette orientation, on se prend au jeu et il est difficile de ne pas faiblir sous les assauts un brin mainstream rock passé à la moulinette de Dave Curran et sa bande. Le

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I KILLED THE PROM QUEEN Beloved (Epitaph) bien que les morceaux se suivent, s’enchaînent à la perfection et donnent toute leur verve corrosive à un album aussi soigné dans ses moments de raffinement (si, il y en a) que dans les passages les plus destructeurs («The beaten path»). Là forcément...

Intro’ classieuse, presque mélancolique, «Beginning of the end» prend le temps de caresser l’auditeur dans le sens du poil avant que les premières vocalises écorchées vives ne viennent ébrécher ses sens. Lorsque guitares et section rythmique entrent à leur tour en scène, on sent déjà que la puissance de feu des Australiens va certainement faire de jolis ravages dans la tuyauterie auditive. «To the wolves» se charge dès la piste suivante de confirmer cette impression. Très grosse envie d’en découdre, une production phénoménale et un cocktail metalcore punky qui envoie sauvagement la sauce, le groupe met ici fin à quelques sept années d’absence discographique et ne manque pas son retour.

Un engagement de tous les instants, viril mais correct, I Killed The Prom Queen distribue les titres bien ravageurs comme d’autres enfilent les perles («Thirty one & sevens», «Calvert street»), soignant son efficacité dans les impacts à coups de riffs tronçonneuse et de poussée de fièvre contaminatrice, malgré quelques facilités un peu crasses dans certains refrains («Kærjrlighet»). Dévorant goulûment les enceintes, le groupe monte en pression et livre un «Nightmares» ouvertement guerrier, effaçant du même coup certaines tentations émo-pop-punk un peu discutables entrevues ci et là en insistant sur ses qualités premières : l’explosivité viscérale et la hargne corrosive («No one will save us»). Juste avant de livrer un onzième et dernier titre en forme d’ogive terminale. Un «Brevity» tout en intensité déflagratrice et abrasion émotionnelle qui scelle définitivement le come-back d’un groupe qui, avec ce Beloved commet quelques erreurs mais n’en livre pas moins un album solide et d’une efficacité plus que redoutable. En somme, une belle fessée made in Epitaph (Architects, Converge, Every Time I Die ou Retox...). Pour pas changer. Aurelio

Il en profite également pour afficher clairement ses intentions, aboyant sur l’auditeur, vociférant des gangvocals corrosifs et ponctuant le premier acte de son come-back par un éloquent : «You left us for dead». Autrement dit, ça va chier maintenant. Niveau mélodique, c’est aussi très solide et ça contrebalance la débauche de moyens engagés par un groupe qui, sûr de son fait, monte au front la rage chevillée au corps. En même temps avec l’arsenal qu’il se trimballe, c’est tout de suite plus facile (cf : le très rock hardcore «Bright enough» et son groove bulldozer, le quasi épileptique «Melior»). Si

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Ginger Wildheart Albion (Autoproduction)

parts « promulgué par votre serviteur comme la chanson de l’année, tout simplement) et dérangeant (« Capital anxiety»), Albion pourrait, aux termes d’un raccourci rapide, être qualifié de «best of» inédit des années 2011 à 2013. En effet, et bien que présenté comme un disque à l’esprit collectif (notez Ginger Wildheart Band), ce nouvel album est toutefois un condensé de 15 titres de tout ce que Ginger sait faire de mieux : des chansons pop comme il a su en écrire pour Hey! Hello!, des titres magiques avec des soupçons de disco, des bribes de mélancolie et des multitudes de pistes rock à la 555%, et des morceaux torturés à la Mutation. Avec toujours ces références à la musique désarticulée et aux titres complètement loufoques dans leurs structures («The order of the dog», «Albion», «The beat goes on»), mais aussi ce cri d’amour aux Beatles et notamment à John Lennon («Albion», «After all»). Bon, j’ai beau chercher, j’ai du mal à comprendre. Et je peux t’assurer que j’y ai passé du temps à me poser cette question, tout en écoutant Albion qui sera livré dans quelques jours aux souscripteurs du site pledgemusic.com, et dans quelques semaines dans les bacs pour les autres. Comment un artiste comme Ginger Wildheart peut-il être aussi productif sans rogner sur la qualité ? Après 555 %, Hey! Hello! et les projets Mutation, entre deux tournées du Ginger Wildheart Band et en «guitar support» de Courtney Love, notre camarade rouquin a retrouvé les studios en fin d’année 2013 pour coucher sur bande tout ce qui doit lui trotter dans la tête depuis quelques temps. Accompagné de ses fidèles écuyers du Ginger Wildheart Band (au sein duquel on retrouve dorénavant un claviériste), Ginger délivre une nouvelle fois un disque d’une grande classe. Et même si le bonhomme ne doit pas être le plus fin limier quand il s’agit de choisir une illustration pour ses pochettes (merde, un lion, mais pourquoi ?), on ne peut que poser un genou par terre quand il choisit de dégainer les riffs et de balancer des chansons quasi parfaites. À la fois dansant (le fabuleux «Grow a pair»), furieux («Cambria»), savoureux («After all you said about cowboys»), délicieux («Body

Ginger Wildheart excelle dans tous les styles, c’est certain. Le cerveau en ébullition de cette figure du rock anglais est à son rendement maximum, et ce n’est pas pour me déplaire. Et j’ai bien du mal à retenir mon excitation quand les riffs se déchaînent pour aboutir à un refrain déjà inoubliable («Cambria», «The road to apple cross») ou quand trois accords suffisent à délivrer un tube dont lui seul a le secret («Body parts»). Ce disque est parfait pour le néophyte voulant découvrir l’univers actuel du génie anglais. Et vous savez le pire dans tout ça ? C’est qu’après avoir apprécié comme il se doit ce disque après de multiples écoutes, je vais maintenant me morfondre à me dire que je ne verrai peut-être jamais cet album défendu en live sur une scène en France. Quoi qu’avec Ginger Wildheart et sa bande de fantasques musiciens, on peut s’attendre à tout. Gui de Champi

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ZOE

Raise the veil (Great Dane Records)

Quatre (longues) années après nous avoir présenté sa Dirty little sister, Zoë «Raise the veil» sur son nouvel album et le moins que l’on puisse dire, c’est que les gaillards n’ont rien perdu de leur sens du riffing et de la mélodie hargneuse. Si la production a encore été confiée aux bons soins d’Olivier T’Servrancx (Black Bomb A, Monroe est Morte, CrackMind, Glowsun...), la bestiole a ensuite été masterisée par Göran Finnberg (Meshuggah, In Flames, The Haunted...) histoire d’allier la puissance du son live à la propreté et la finesse scandinave. C’est évidemment une réussite, Zoë combinant à merveille belle dose de gras dans ses accords avec soli harmonieux ou rugosité guitaristique avec adiposité rythmique. En deux mots : ça tabasse. La pochette, super classe, entérine l’idée que le groupe ne laisse rien au hasard en ce qui concerne les si importants «à côté» que les musiciens ne gèrent pas forcément (j’émets quand même une légère réserve sur la photo du groupe en mode visage psychédélique dispo dans le digipak). Un quatuor qui s’est également bien entouré pour les titres de l’album puisqu’ils ont enregistré avec quelques amis comme Sam (Drums & Guns) qui répond à Fred sur «Slam dance union», Carl (leur manager mais aussi membre de Dee

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N Dee) qui renforce «Workie of the despair» ou encore Jex (Spermicide) qui se balade sur «Eternal boy». Ces guests se fondent dans le moule Zoë et ne vampirisent pas les titres qui laissent donc les wagons bien accrochés au train Raise the veil. Les reliefs sont davantage créés par les variations de tempo soit d’un titre à l’autre (entre un «Dusty truck» ultra nerveux et un «Eternal boy» lancinant) soit à l’intérieur même du morceau («Slam dance union», «Time is not on my side»...). Et de temps à autre, on est irrémédiablement accroché par un «truc», la mélodie est posée, le morceau est bien en place, on est dedans tranquillement et c’est le moment choisi par les Nordistes pour envoyer l’ingrédient bonus qui nous fait chavirer : ça peut être un beau break avec un solo parfaitement intégré («Roller coaster blues») comme un passage qui nous envoie au milieu du désert pour une session avec les potes de Josh Homme («Don’t hold my gaze»). Et quand les Zoë multiplient les petites touches, varient les sons et les rythmes, jouent sur les attaques et les relances, on obtient du très lourd comme le génial «Slam dance union» ou l’excellent éponyme «Raise the veil». Blues crasseux et distordu, stoner massif, rock aux enluminures sudistes, valse avec le diable, on peut appeler la musique de Zoë comme on veut, le résultat est le même, ça swingue, ça pulse, ça groove et surtout ça force le respect parce que quand certains se contentent d’empiler les riffs avec un gros son rocailleux pour être dans la bonne vibe, eux vont bien plus loin, proposant des titres riches fourmillant d’idées qu’on ne se lasse donc pas d’écouter. Oli


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Jack and the bearded fishermen Minor noise (Impure Muzik/GPS Prod/Slow Death)

Minor noise, troisième album de nos Jack and the Bearded Fishermen adorés. Oui, tu as bien lu, adorés. Car chez les gaziers du W-Fenec, ce groupe fait quasi l’unanimité. Ce qui est assez rare pour être souligné. Mais je m’égare déjà. Donc oui, J&TBF est de retour avec un album explosif, dense, puissant, prenant. Et ce sont les labels Impure Muzik, GPS Prod, Slow Death et consorts qui ont eu le nez fin pour presser cette galette déjà indispensable. Pour ceux qui n’auraient pas suivi depuis le début, les cinq de Besançon pratiquent un stoner noise rock à trois (!) guitares. L’expérience accumulée sur la route et la réputation de stakhanovistes des salles de répètes font de ce groupe un poids lourd du genre en 2014. Et Minor noise n’en est qu’une preuve (flagrante) de plus. Bénéficiant d’une production puissante et d’une qualité exceptionnelle, les dix bombes délivrées par les «Jack» ne laisseront pas l’auditeur indifférent. Car entamer l’écoute de cet album équivaut à vivre une expérience sonore presque irréelle. «Autumn arrows», déflagration sonore ouvrant les hostilités de l’album, résume parfaitement la situation en trois minutes tout rond : rythmique rageuse, guitares dégueulant de riffs ultra efficaces, excellente complémentarité des voix, compo-

sition soignée. Pas mal pour un début. «Low tide», malsain à souhait, «Reminder», compact et destructeur, ne dérogent pas à la règle que le groupe s’efforce sans difficulté à tenir : allier la puissance, les émotions, la rage et la finesse. Le refrain de «Minor noise» n’en finit pas de trotter dans ma tête quand le chef d’œuvre de l’album, à savoir «Inverted queen» déboule sans crier gare, avec son intro mélo/noisy débouchant sur un riff de guitares tranchant et dévastateur. Je n’en suis qu’à la moitié de l’écoute de l’album que déjà, les émotions s’entremêlent, tout comme les inspirations stoner, sludge, noise et autres. «Way out» offre le temps de quelques mesures une respiration qui n’est pas de refus dans ce chaos sonore. Le robuste «Wet black papers», massif et mélodique, en impose fièrement, tandis «Tina», crossover noise et punk, est certainement le morceau le plus accessible du disque. La mélancolie s’empare de «White hours», et le dernier brûlot intitulé «Program» est tout simplement renversant. Le prochain qui se demande si je n’exagère pas dans mes propos prendra deux baffes : la première quand il aura enquillé les quarante-deux minutes intenses et massives de Minor noise, et la deuxième quand je lui aurais balancé ma paume dans sa joue. Jack and the Bearded Fishermen, avec sa rythmique mastoc (cette basse, putain, cette basse !), ses guitares débordantes d’énergie, ses voix énigmatiques et dérangeantes, ses morceaux intelligents et sa puissance de frappe en impose clairement. Minor noise est un bijou de stoner rock teinté de noise et de punk, un album indispensable pour les amateurs de sensations fortes. Et je ne te raconte pas ce que ça donne en live. Je préfère que tu t’en rendes compte par toi même, car tu vas encore dire que j’exagère. Gui de Champi

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Talvihorros Eaten alive (Denovali Records)

ments épars dans des constructions sonores dont lui seul à le secret. Lui c’est toujours Ben Chatwin qui, dans le «confort» de son studio londonien, créé, fabrique, déconstruit, recompose, cisèle à l’envie et en solitaire des morceaux qui forment un ensemble, un tout à l’unicité parfois elliptique, d’autre fois plus évidente. Mais toujours d’une intelligence créative rare («In the belly of the beast», «Objectum»).

Un an et demi après le stupéfiant And it was so, Talvihorros présente sa deuxième lecture du Big Bang sonore avec un Eaten alive qui porte à merveille son titre. Métaphoriquement parlant, car délivrant ici huit pièces d’une densité folle que l’on ne retrouve pas si souvent parmi les compositeurs/musiciens actuels... ceux-là même qui succombent invariablement souvent aux sirènes du mainstream. Sauf du côté de la galaxie Denovali, ce label que l’on ne présente plus et qui fait office de défricheurs de nouveaux horizons musicaux depuis maintenant une petite dizaine d’années, pour, sortie après sortie, bâtir une discographie d’une richesse étourdissante. Un palmarès rare à l’heure de l’uniformisation généralisé, de la recherche d’une certaine facilité ou de l’innovation outrancière vide de sens (à savoir : chercher à être original sans pour autant en avoir les capacités/idées/ maîtrise) et un roster que Talvihorros sublime avec ses créations qui servent sa propre vision du monde musical : unique, tourmenté, sans concession... Mais d’une beauté aussi subtile qu’éclatante («Little pieces of discarded life», «Four walls»). Etrange aussi, à l’image de ses bricolages sonores que l’Anglais parsème en solo tout au long d’un album naviguant à vue entre ambient, trip-hop, electronica et drone pour assembler divers élé-

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Le jeu des contrastes entre basses lourdes et textures scintillant légèrement dans la stratosphère, la poésie lunaire qui habite les passages les plus intimistes de sa musique, Talvihorros conceptualise son œuvre avant de l’interpréter. Et son exécution formelle se révèle être d’une précision diabolique («Dyspnea» ou «Becoming mechanical») si bien que lorsque l’on est aux prises avec un titre un peu en deçà du reste d’Eaten alive («The secrets of the sky»), on reste un peu sur notre faim. Un appétit féroce pour l’exploration sonore que Ben Chatwin nourri du reste en jouant avec le minimalisme de «Today I am reborn» pour mieux en pervertir les effets. Et les sublimer de la même manière, toute en intensité, jeu d’ombres et autres faux-semblants habilement mis en travers de la route de son auditoire. Pour mieux le ramener vers l’essence de ce projet qu’est Talvihorros, lequel ne saurait être autrement que multi-facette, polymorphique et de fait irrémédiablement fascinant. Aurelio


TEXTE

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ULAN BATOR

En France/En Transe (Acid Cobra Records) psychédéliques éclosent, ce nouvel album captive sans ennui du fait de sa variété et de son unité, tant dans le rendu sonore que dans sa réalisation. Autrement dit, Amaury Cambuzat a compris que pour faire du «rock avant-gardiste» il fallait respecter quelques règles comme éviter de pratiquer le tout-venant pour épater la galerie. Et que tout ceci aussi se travaille malgré l’expérimentation de nouvelles sources sonores comme le font les mythiques Swans, pères spirituels du quatuor pour lequel leur leader Michael Gira a produit Ego:Echo, opus sorti en 2000 sur Young God Records, le label de ce dernier.

Ulan Bator n’est plus tout jeune. La formation menée par Amaury Cambuzat, dernier membre rescapé du trio originel, a fêté ses 20 ans l’année dernière. Année qui, par ailleurs, a vu l’arrivée de son dixième album intitulé En France/En transe, une œuvre conçue suite à la venue au sein de la troupe de Nathalie Forget aux ondes Martenot. Une présence qui naturellement apporte davantage dans le champ sonore du quatuor, déjà bien connu pour ses penchants expérimentaux, en diffusant une atmosphère auditive proche de l’au-delà. A commencer par le lancinant et interminable titre introductive «TakeOff» qui se meut progressivement en un magma bruitiste noise après nous avoir bercé sur un fond post-rock. Ca commence fort et on se dit qu’Ulan Bator a peut-être trouvé là son meilleur line-up où chaque membre ne se met pas en évidence plus qu’un autre à l’image de son artwork représentant la fusion de leurs visages. En France/En transe n’a jamais aussi bien porté son nom. Ses neuf compositions d’une prise de liberté étendue nous plongent assez vite dans un état de conscience modifié, hypnotique même, un peu à l’image des paroles de «Song for the deaf» décrivant un homme dont les sens sont éteints. Grâce à des structures notamment minimalistes et répétitives où la noise et des touches

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Au-delà de l’aspect purement technique et stylistique de ce disque, on y entrevoit aussi des messages liés au mystère, aux sciences occultes, tantôt murmurés, tantôt scandées, des chœurs onomatopéiques, une poésie à approfondir pour mieux cerner l’œuvre. Et puis des titres qui font référence à l’apocalypse comme «Bugarach», célèbre village de l’Aude connu pour les superstitions New Age et comme l’abri ultime pour survivre à la fin du monde soi-disant prévue par le calendrier maya. En somme, En France/En transe est un long chemin anguleux de près d’une heure propice à l’évasion introspective qui ne devrait pas décevoir les nombreux fans du groupe et peut-être même en compter de nouveaux tant la sincérité de sa musique est évidente. Ted


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SHUB

Spot the difference (Rejuvenation Records) you» et son attaque frontale, «My war is over» et sa lente guerre des nerfs... Bref, voila un disque qui cumule les atouts : c’est singulier, c’est jouissif, le songwriting se tient de A à Z et en plus, la pochette est méga-classe. Allez hop, fais toi plaisir et commande vite fait le vinyle chez Rejuvenation Records de la part du W-fenec. Et n’hésite pas à faire un joli tir groupé avec les derniers STNNNG (ça se prononce «Stunning» à ce qu’il paraît) et Hawks, deux groupes noise qui allient virulence du propos et subtilité avec une facilité déconcertante. David

indé rock hexagonale et enfin la beauté de leur pochette rendant l’acquisition de l’édition vinyle obligatoire. Car après quelques écoutes et un plaisir presque immédiat, difficile de ne pas céder aux multiples charmes de Spot the difference, leur nouvel album sorti via Rejuvenation Records (STNNNG, Hawks...) Dès le premier titre, un instrumental, la dynamique prend aux tripes, on retrouve le style racé et singulier de Shub, le cul vissé entre les chaises noise, blues et post-punk avec la petite touche surf-rock qui pimente un plat déjà bien épicé. Sur la seconde piste, «Wasteman», le chant fait son apparition, entre Mark Mothersbaugh (Devo) et David Yow (The Jesus Lizard), le morceau se révèle vite prenant et fait figure d’un des meilleurs moments d’une galette qui n’en manque pourtant pas. Et c’est là l’un des nombreux mérites de Spot the difference, il ne s’essouffle pas, reste carnivore en attention : on dévore une piste en pensant que c’est probablement le titre le plus marquant de l’album, constat qui est réduit en poussière par la piste suivante. La marque des grands disques ? Probablement. Spot the difference se conclut sur une belle trilogie de titres : «Pirate» et sa basse d’intro’ tonitruante, «Been

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When Icarus Falls Circles (Autoproduction)

Suisses, lesquels enchaînent en douceur (au début) avec «Celestial bodies», avant de monter doucement en pression et de se lancer dans un nouveau grandhuit post-hardcore de grande classe. Un exercice que le groupe maîtrise à la perfection avec une aisance confondante, mais une efficacité effarante à tel point que cela en devienne presque lassant. Presque on a dit. D’autant que l’EP ne contenant que 4 titres, on n’a certainement ici que le temps de prendre une baffe monstrueuse et rien d’autre.

Après avoir commis 2 efforts d’excellente facture sinon de très haute volée (Over the frozen seas puis Aegean), les Suisses de When Icarus Falls remettent une troisième fois le couvert avec un nouvel EP, sobrement baptisé Circles, proposant rien que moins que quatre nouvelles compositions drapées dans un postcore progressif proposant un étourdissant grand-huit émotionnel. Lequel prend d’assaut la platine et emportant l’auditeur avec lui dès son «Erechtheion» inaugural (matinal ?). Une véritable déferlante qui s’abat sur les enceintes avec une majesté effarante, une puissance déflagratrice d’une tornade tropicale et l’incandescence sensoriel d’un volcan en éruption. Un sommet dès la première piste de l’EP, WIF frappe terriblement fort. Mais n’en a clairement pas terminé avec nous. Et le prouve avec un «The great north» qui prend tout son temps pour ramper le long de l’épiderme de l’auditeur, s’accrocher sur sa colonne vertébrale et s’insinuer inexorablement dans son esprit. De la manière la plus lancinante (presque répétitive par moments) qui soit, mais sûrement. Jusqu’à un climax d’une intensité étouffante, véritable catharsis émotionnelle derrière laquelle il va être difficile de passer, sans doute à cause de ce final bouleversant. Ce qui ne fait pas vraiment peur aux

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Toute réflexion faite, une grosse mandale, une énorme même, à la hauteur de ce que When Icarus Falls inflige à son auditoire avec «Nyx (Remixed)». Une version retravaillée du morceau présent sur la compilation Falling Down II il y a quelques années et une énième secousse sismique assénée par un groupe qui marche littéralement sur des braises sans jamais se cramer. Là, à ce niveau de maestria formelle/artistique, cela relève quasiment de l’indécence... Phénoménal. Aurelio


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Tagada Jones Dissident (At(h)ome)

bout d’une écoute complète, quelque peu indigeste à la longue même si, paradoxalement, je ne vois pas de titres qui auraient pu être mis de côté (c’est d’ailleurs suffisamment rare d’avoir autant de matériel dans un seul disque qu’on ne va pas faire les difficiles, hein ?). Tagada Jones est au sommet de son art, fidèle à ses convictions musicales et intellectuelles. En guise de «super bonus» à cette gargantuesque orgie sonore, sept morceaux voient les Tagada croiser le fer avec leurs potes le temps de collaborations prestiges, et même si les titres où interviennent Reuno («On ne chante pas on crie») et surtout Loran («Karim & Juliette» dans une version Tagada et une version Béru, bonne idée !) sont irrésistibles, le chant de Niko sur les morceaux « classiques » se suffit amplement à lui même.

Mine de rien, les Tagada Jones nous gâtent. A peine digéré le monstrueux album CD/DVD live 20 ans d’ombre et de lumière, que le quatuor breton nous délivre Dissident, un nouvel album haut de gamme dont lui seul a le secret. Réjouissez vous, ça va bourrer ! 20 titres (pour 20 ans), des collaborations à foison, (Steph’ Buriez Loudblast, Poun BBÄ, Reuno Lofofora, Loran Béru et même Guizmo Tryo), des tubes en veuxtu en voilà, la nouvelle bombe punk métal hardcore de Tagada Jones risque d’en laisser plus d’un sur le carreau. Fidèle à lui même, le groupe, toujours enragé, déverse sous des riffs plombés et des rythmes coup de poing, des morceaux jamais dénués de sens quand il s’agit de constater (et de contester) la bêtise humaine et une société ultra individualiste qui ne laisse aucune chance à celui qui ne suit pas le droit chemin qu’on lui inculque dès sa tendre enfance. Tagada Jones, fort de vingt ans d’expérience («Tous unis»), mêle avec brio le punk («Liberticide», «Karim & Juliette»), le métal (l’énorme «De l’amour & du sang» qui va faire des ravages dans les fosses, «Vendetta») et le crossover hardcore («Instinct sauvage» et son clin d’œil à Sepultura), ne lâchant jamais la pression tout au long des 65 minutes de ce Dissident. Si bien que l’ensemble pourrait sembler, au

Avec sa production haut de gamme et ses morceaux taillés pour la scène, Dissident n’a rien à envier aux précédents cartons discographiques des quatre de l’Ouest. Tagada Jones n’a, une nouvelle fois, pas fait les choses à moitié et nous donne rendez-vous pour une tournée qui s’annonce une nouvelle fois triomphale. On n’a pas tous les jours 20 ans, n’est-ce pas ? Gui de Champi

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INTERVIEW TEXTE

And So I Watch You from Afar > Les Nord-Irlandais d’And So I Watch You From Afar reviennent en France pour une série de dates au début du mois prochain. Le W-Fenec a essayé d’en savoir un peu plus sur ce groupe qui, mine de rien, nous a pondu l’un des meilleurs albums de l’année dernière en terme de math-rock illuminé. C’est Chris Wee, batteur de la formation, qui s’est plié au jeu de l’interview. Let’s go !

Je voudrais commencer cette interview par une question bête : pourquoi donc avoir choisi une phrase comme nom de groupe ? Il y a-t-il un message particulier derrière cela ? Johnny notre bassiste a trouvé ce nom. Ça vient d’un de ses textes préférés du groupe Team Sleep. Il y a presque un an sortait votre dernier album, All hail bright futures, le premier sans le guitariste-fondateur Tony Wright. Qu’est-ce qui a changé depuis son départ ? Est-ce que votre façon de composer a évolué ? La dynamique au sein du groupe a assurément changé depuis son départ. Il y a eu des remous mais Johnny, Rory et moi-même en sommes sortis plus forts en tant que groupe. Et puis maintenant nous avons Niall Kennedy avec nous. C’est un grand ami de longue date qui nous a vraiment aidés à surmonter la difficile période de transition. Notre façon de composer a considérablement évolué. Dans nos premiers enregistrements, je pense que nous nous efforcions d’être expérimental et différent en nous inspirant des influences diverses de l’époque. Tandis que maintenant, nous sommes naturellement devenus un groupe expérimental. Avec le recul que vous avez maintenant sur cet enregistrement, pensez-vous qu’il s’agisse de votre album le

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plus facile d’accès ? Depuis le premier jour, nous avons toujours fait tout notre possible pour repousser les limites de la composition et continuer à créer de la musique que nous aimons et dans laquelle nous croyons. All hail bright futures, c’était pousser cette idée encore plus loin. C’est certainement moins agressif et pas aussi sombre que nos albums précédents, donc peut-être que pour certaines personnes c’est notre travail le plus accessible. En écoutant l’album, on remarque que vous avez franchi une étape avec une maîtrise technique de plus en plus fascinante et cette envie d’explorer de nouveaux territoires sonores. Comment avez-vous abordé l’écriture de cet album ? Pour All hail bright futures, nous étions trois en studio (Rory, Johnny et moi-même) et beaucoup de choses venant de l’album ont pris forme pendant l’enregistrement. Bien que ça nous ait mis une pression de composer en studio en plus d’enregistrer, l’implication et la contribution de chacun d’entre nous, au-delà de nos propres instruments, était bien plus grande par rapport aux anciens albums. Tous les trois, nous avons vraiment repoussé nos limites personnelles d’un point de vue créatif. Sans aucun doute, tout ça transparait dans la nature positive du son de cet album.


Vous êtes connus pour être un groupe instrumental, n’avez-vous jamais pensé un jour intégrer un «lead singer» ou faire participer des invités ? Dans le passé, sur quelques-uns de nos enregistrements, nous avons invité des chanteurs à participer et c’était très sympa. C’est une autre facette de nos expérimentations. Je ne pense pas qu’un chanteur puisse nous rejoindre un jour. Cela altérerait radicalement la dynamique du groupe. Et nous avons toujours préféré avoir la musique dans son ensemble comme point de mire plutôt qu’une personne en particulier ou un instrument. Comment votre dernier album a-t-il été perçu par le public et la presse ? Nous ne savions pas vraiment comment les fans et la presse réagiraient en raison de la progression et du changement qu’apportait ce nouvel album. Nous avons été agréablement surpris par les bonnes critiques. Il y aura toujours des gens insatisfaits qui veulent que tu sortes toujours la même formule mais l’écrasante majorité de nos fans respecte et apprécie nos changements de son. On est comblé par ça. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’artwork très coloré d’All hail bright futures, son histoire ? Est-ce qu’il reflète en quelque sorte le contenu de cet album ? Je pense notamment aux titres aux influences exotiques. Nous voulions vraiment que l’artwork reflète le côté positif et lumineux de l’album. Nous avons donc tous les trois assemblé un tableau d’humeur que l’on a envoyé à nos designers, M&E, une société incroyable et créative basée en Suède. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec eux et ils ont vraiment saisis l’idée que nous avions en tête.

Nous nous sentons très chanceux d’avoir eu l’opportunité de voyager et jouer dans tellement d’endroits dans le monde à une période où l’industrie musicale est dure pour la plupart des artistes. Très tôt nous avons beaucoup tourné et gardé cette éthique. Et de cela, une opportunité de jouer quelque part, plus loin, se présentait de temps à autres.

INTERVIEW TEXTE

Sur All hail bright futures, on note le travail important consacré aux chœurs. Racontez-nous le pourquoi de ce choix et si l’exercice était compliqué. Encore une fois, des aspects comme celui-ci dans ce disque sont le résultat de ce que j’évoquais sur la créativité. Sur beaucoup de vieux morceaux que nous avons composés, nous restions sur une même dynamique de gros riffs et de changements de tempo. C’était un défi amusant d’essayer de créer des musiques qui ne s’appuyaient pas sur ce qui avait été utilisé auparavant.

Comment êtes-vous perçu en dehors de l’Europe ? Comme un groupe Nord Irlandais, Européen ou les gens ne font pas gaffe à ça. Les gens n’y prêtent pas attention. Nous nous sentons toujours les bienvenus partout où nous allons, et ça reflète magnifiquement ce que sont ces gens qui viennent nous voir en live. L’été dernier aux Etats-Unis, vous avez joué un set acoustique, c’est plutôt rare. J’ai même vu que vous faisiez vos rythmes électroniques avec un Iphone ! Comment s’est passé l’exercice ? C’était une session live mise en place par Sargent House dans le cadre des «glassroom sessions». On a enregistré juste une chanson. C’est sûr que c’est assez rare pour nous qui avons le sentiment de mieux nous représenter en concert lorsqu’on fait plus de bruit. Faire passer notre musique d’une façon plus tempérée était un challenge vraiment sympa. Pour terminer, racontez-moi votre plus folle anecdote de tournée ! Vous devez forcément avoir des choses intéressantes à nous raconter. Un des moments les plus mémorables, c’est quand nous avons partagé des dates de tournée européenne avec Them Crooked Vultures. Ces mecs sont adorables. Pendant une des soirées où on trainait en coulisses, Dave Grohl nous racontait quand il a commencé à jouer avec des groupes pendant que Rory bavardait avec John Paul Jones. C’était assez surréaliste pour nous ! Merci à Chris Wee d’ASIWYFA et Laure Pierre d’Alias Production Ted

J’ai vu que vous aviez joué en Asie, en Russie et aux Etats-Unis. Est-ce que c’est si difficile pour un groupe européen de s’imposer à l’international ? J’imagine que le label Sargent House y est pour quelque chose.

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My Little Cheap Dictaphone The smoke behind the sound (At(h)ome) rythmes et évitent la monotonie en étant marqué différemment les uns des autres. Si «Summer in the dark» et «Feather smile» sont tous deux très doux, ils apportent du liant à l’ensemble en étant intercalés au milieu des «You are not me» plutôt binaire et carré, «Bitter taste of life» très direct, «Out of the storm» ultra punchy et plus anglais dans l’approche ou encore le très nerveux «Hard to tame». Mais quelque soit leurs identités, tous ont ce petit supplément d’âme... Un arrangement, une mélodie, un son, il y a toujours quelque chose (une fumée ?) qui fait qu’on est accroché et qu’on reste dans l’univers de MLCD.

Comme l’opéra-pop The tragic tale of a genius nous avait subjugués en 2011, MLCD avait du pain sur la planche pour écrire un album qui soit aussi classe et après plusieurs écoutes, il faut bien se rendre à l’évidence : on a affaire à l’un des groupes les plus talentueux de sa génération ! The smoke behind the sound, My Little Cheap Dictaphone part à la conquête de ce petit fumet derrière le son, les Belges visent les étoiles pour s’emparer d’une atmosphère, ce petit truc universel qui fait qu’on aime la et leur musique. Pour garder du relief sans refaire un opéra, le groupe a fait appel à un producteur de renom à savoir Luuk Cox (Girls In Hawaii, Buscemi, Arsenal, ...) mais également à Manu Delcourt, ce dernier a rejoint les Liégeois pour les arrangements lors de l’enregistrement et n’est pas reparti, le quatuor est devenu quintet. Si la montée en puissance de «Fire» fait de ce titre un bon morceau pour ouvrir l’album, c’est avec «Change in my heart» que l’on constate au mieux les récents enrichissements : c’est une plage pop rock blindée d’arrangements stellaires emmenée par une basse bien charpentée qui n’est pas sans rappeller la qualité du You all look the same to me d’Archive qui nous emporte avec elle à la découverte du reste de l’opus. Les huit titres qui suivent jouent avec les

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Excellent album, The smoke behind the sound a juste un petit défaut selon moi, il nous fait monter trop haut dés sa deuxième piste avec ce sublime «Change in my heart» que les Belges auraient peut-être pu garder pour la fin, histoire de nous quitter en apothéose... Comme quoi, quand on veut trouver des trucs à redire même face à une merveille, et bien on peut ! Oli


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CARLOS CIPA & SOPHIA JANI Relive (Denovali Records) d’éclairs effleurant les aigus pour jouer de l’étendue de leurs contrastes, Sophia et Carlos utilisent leur instrument à merveille. Sans jamais en limiter les potentialités infinies, ils en perçoivent ici toutes les finesses, évitant également les écueils de la facilité clichée, ce pour livrer une partition qui renvoie invariablement aux travaux d’un Max Richter ou d’un Ludovico Einaudi.

Quelques mois après avoir livré, en solitaire, un premier album en forme de véritable bijou du genre, le jeune pianiste prodige Carlos Cipa s’est cette fois acoquiné avec une certaine Sophia Jani, elle aussi compositrice et virtuose du clavier, pour donner naissance à un opus composé et interprété à quatre mains : Relive. Un disque signé en duo, écrit dans le cocon créatif du Denovali Swingfest en 2013, logiquement sorti par le biais du toujours aussi incontournable Denovali Records (Greg Haines, Federico Albanese, Sebastian Plano), décrit et «vendu» comme un album alors qu’il s’agit en réalité (tout du moins du point de vue de sa durée) d’un EP. Mais peu importe au fond que l’on s’attarde sur le format, tout l’intérêt de cet effort est déjà ailleurs.

Quelques effets harmoniques (l’utilisation discrètement omniprésente des cordes), donnent un relief tout particulier à cette œuvre collaborative, imprimant une dynamique accrue, tant du point de vue de sa rythmique que de ses bricolages sonores. Pour autant, le duo n’oublie jamais l’essentiel de ce qui fait l’intérêt de Relive, ses qualités de composition hors-normes en matière de mélodies. Au travers de cet amour immodéré qu’ils éprouvent l’un et l’autre pour leur art, les deux compositeurs ici associés parviennent à le transcender sur la deuxième piste que contient l’album «Whatever a sun will always sing». Soit un morceau qui s’embarque avec une élégance rare dans une véritable quête d’absolu mélodique que le duo atteint du reste à plusieurs reprises au cours de son cheminement créatif. Lequel témoigne de ce qu’est au final cet «album» : plus qu’une simple association de talents, de sensibilités artistiques proches ou de personnalités musicales communes, Relive est au-delà et fusionne les sens aiguisés de ses auteurs dans une incandescente harmonie artistique parsemée de très beaux moments de poésie pianistique soyeuse et veloutée. Très classe... Aurelio

Deux pièces pour une large vingtaine de minutes de musique «seulement» osera-t-on objecter... Et pourtant, le résultat scintille dans la sphère néo-classique actuelle. Entre son intro minimaliste mais gracile, ses développements instrumentaux qui prennent tout leur temps pour prendre justement tout leur sens, «Anouk’s dream» invite l’auditeur à s’abandonner dans un périple sonore à travers le royaume des songes. Quelques arpèges parcourant l’échine, un clavier qui vient des profondeurs de l’octave la plus basse auxquelles répondent une poignée

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STUNTMAN

Incorporate the excess (Head Records/Solar Flare Records) Sauf sur le dernier titre, les musiciens exploitent une facette qu’ils n’avaient abordée que périodiquement jusque-là, la pesanteur pachydermique : un titre majoritairement instrumental de près de 8 minutes où un riff tenace tourne en boucle, rappelant le blues urbain d’Unsane par moment, et lorsque l’électricité semble se tarir, les Stuntman reviennent à la charge avec une salve de décibels bien jouissive. Classique mais toujours bien appréciable. Et autre point positif à mettre à l’actif d’Incorporate the excess, le disque est court et se boit comme du petit lait. Mais un petit lait un peu corsé genre russe blanc. David

Head Records (Pneu, Café Flesh, Jean Jean, Morse...) et Solar Flare Records (Pigs, Sofy Major, Carne...) ont déjà eu pas mal de visibilité dans notre beau webzine dernièrement grâce à des sorties toujours plus convaincantes. Alors quand ces deux labels s’associent, Head Records pour la version CD et Solar Flare Records pour le vinyle, il est difficile de ne pas se dire qu’on tient, avec Incorporate the excess de Stuntman, une galette qui doit faire de vilaines taches partout. Même si de prime abord, la pochette (niveau couleur, ça ne doit pas être très éloigné d’un vomi de Thimoty Leary sous LSD) pique un peu les yeux. Passée la première piste, une intro’ ambiante anxiogène destinée à faire monter les oeufs en neige, Stuntman écrase l’auditeur avec un grind carnassier et quelques phases down-tempo bien boueuses, en mode Brutal Truth meets Crowbar. Une prise de contact conquérante qui devrait mettre à genoux les amateurs du genre. La suite d’Incorporate the excess est bien surprenante avec «Bag of dicks» qui raisonne comme une déclaration d’amour à Bonnie Prince Billy : une mélodie cristalline, une voix à fleur de peau, un songwriting chargé en émotion. Bon, on plaisante hein, «Bag of dicks», c’est toujours règlement de compte à K.O Coral, comme la suite du disque d’ailleurs.

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10 PUBs

+ Hateful Monday

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Simon Chainsaw Don’t kill rock’n’roll (Kicking Records)

les quatre mousquetaires totalement dévoués à la musique du Diable, déroulant sans tortiller les tubes qui resteront malheureusement méconnus du grand public («I gotta pay», morceau à la Danko Jones, le punk rock «Never say never», l’agressif et mélodique «Hanging me out to dry», l’aérien et fabuleux «Taking a ride» et son riff d’intro improbable, le très réussi «Eulogy» à en faire larmoyer les plus durs d’entre vous). Outre les nouvelles compositions de Simon, le groupe balance sans tortiller trois covers de qualité : un morceau des brésiliens Borderlinerz (celui qui pourra me prouver qu’il possède la discographie du groupe gagne un cadeau), une reprise très réussi de «What we aim» du premier EP des excellents Early Grave et, cerise sur le gâteau, un «Don’t deserve my love» du dernier album des légendaires Second Rate. Un disque sur mesure pour ton serviteur ! Simon Chainsaw vit le rock ‘n’ roll. Simon Chainsaw transpire le rock’n’roll. Simon Chainsaw est le rock’n’roll. Guitariste chanteur originaire d’Australie et vivant actuellement au Brésil, Simon sort cette année Don’t kill rock’n’roll, son sixième album, chez l’indéboulonnable label Kicking Records. Épaulé par un backing band bien connu par chez nous (Turbogode - Nedgeva, Billy The Kill - Billy Gaz Station et Nasty Samy - Nasty Samy, quoi !) et par quelques invités, Simon Chainsaw remet le couvert de fort belle manière. Autant être direct, les aficionados de musique triturée, bourrée d’effets, de voix gutturales et de distorsions malsaines peuvent passer leur chemin. Les amoureux des accords barrés, des solos enflammés et des mélodies diverses et variées vont se régaler. Vraiment. Simon Chainsaw, en véritable adorateur de Motörhead, de Social Distortion et des Stooges, sert douze perles punk’n’ roll inspirées et ravageuses. Mis en boîte aux quatre coins du monde, ce disque sent bon le souffre et la rage. Sans compromis, Simon dévoile très rapidement ses cartes avec le morceau d’ouverture portant d’ailleurs le nom de l’album et «State of denial» qui lui emboîte le pas : outre l’expérience des musiciens et le talent de composition de Simon, on ne peut que renifler la passion qui anime

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En quarante-trois minutes, Simon Chainsaw prouve (mais est-ce bien nécessaire ?) que le rock’n’roll reste une valeur sûre et qu’avec un groupe de cette trempe, il n’est pas près d’être enterré. Notre bonhomme, qui n’est pas né de la dernière pluie, a su s’entourer de musiciens de talent (mention très spéciale au prodige Billy The Kill dont l’apport des guitares est un atout indéniable pour mettre en avant des compositions simples et efficaces) pour pondre un disque qui fera inévitablement trembler vos murs et remuer vos popotins. Le groupe sera très prochainement en tournée dans notre pays, une occasion d’aller vérifier que je ne vous la fais pas à l’envers. Ce n’est pas mon genre, hein ? Gui de Champi


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THE BUTCHER’S RODEO Ghosts in the weirdest places (Autoproduction)

The Butcher’s Rodeo est un combo parisien formé en 2010 marqué par le hardcore et ses dérivés qui n’a pas attendu pour enregistrer un premier EP (Like a hobo on a bison, 2010). Après trois ans d’aventures (et un changement de bassiste), le quintet (Vince, Tonio, Kwet, Thom et donc Junior qui a remplacé Guigz) a délaissé les planches (parfois partagées avec Cancer Bats ou Protest the Hero) pour se mettre en boîte 7 nouveaux titres enregistrés et mixés par Etienne Sarthou (le batteur d’AqME, groupe dans lequel Vince officie également depuis 2012) puis masterisés par Magnus Lindberg (guitariste, percussionniste chez Cult of Luna mais aussi grand producteur puisque aux manettes pour The Ocean, August Burns Red, The Arrs, ...). C’est en décembre 2013 qu’on a découvert ce nouvel EP Ghosts in the weirdest places dans un très joli digisleeve.

avec «The curse» qui donne le ton de l’EP : ça va saigner ! HardCore avec caisse très claire en évidence et grattes rouillées, on se recule des enceintes pour pas choper le tétanos et profiter un peu plus des contrastes apportés par les riffs furieusement rock’n’roll et un chant qui passe en mode mélodieux pour mieux gueuler ensuite. Si The Butcher’s Rodeo a une grosse base HxC, les aspirations et capacités de ses cinq membres donnent beaucoup de variété aux différents titres. Ainsi on peut entendre des passages à la Stereotypical Working Class (et donc à la Noswad le «premier» groupe de Vince, dans lequel l’influence est plus marquée) comme par exemple sur «Eye of the storm», ou des parties plus screamo dans le genre de Funeral For A Friend voire 36 Crazyfists («Blind army») où les écorchures font leur petit effet sans jamais tomber dans le mélo mielleux qui a mis certains en déroute (Bring Me The Horizon ou Bullet For My Valentine quand ils oublient que dans métalcore, il y a «métal» et «core»). Le groupe porte bien son nom, car on est balloté comme sur le dos d’un taureau qui sentirait que le mec sur son dos est un boucher prêt à le découper, enfin j’imagine car je n’ai jamais bossé dans une boucherie et je suis encore moins monté sur le dos d’un bovin... Ce que je peux affirmer, c’est que leur HardCore & Roll envoie du steak et que ça doit vraiment être la crise pour qu’une production de ce niveau ne trouve pas de crèmerie pour le distribuer... Oli

L’artwork très travaillé donne envie de se plonger dans la musique sans forcément savoir ce qu’on va prendre dans les feuilles... Même si en y regardant de plus près, la bestiole se trouve devant des articles de presse dont le thème récurrent est la mort plutôt violente... Et les suspects sont nos zicos qui se mélangent à leurs textes option manchettes... Celles-là sont en papier journal, on ne tarde pas à en prendre d’autres mais option karaté

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STRAY FROM THE PATH Anonymous (Sumerian Records)

vagent des mélodies intensément éraillées, irrémédiablement addictives, Stray from The Path réalise jusqu’ici un impressionnant sans faute. Et comme le groupe ne semble pas vraiment vouloir baisser de pied, il en remet une couche, enchaînant sans coup férir le vénéneux «Black friday» puis une volée de titres qui ne ralentissent jamais le rythme.

Alternatif, hardcore et punk : trois qualificatifs qui collent littéralement à la peau d’Anonymous, le (déjà) septième opus long-format des New-Yorkais de Stray from The Path. Un disque majuscule qui, dès les premiers instants, accroche la platine comme rarement à ce niveau : la preuve avec ce «False flag» qui verrouille sa cible en quelques secondes avant de la soumettre à un bombardement massif de décibels qui remettent bruyamment les idées en place. «Badge & a bullet» déboule avec un groove en fusion, quelque part entre un Rage Against The Machine biberonné à la testostérone et un Letlive. qui se serait racheté une paire de bollocks après son The blackest beautiful assez décevant, car manquant de nerfs, de rage, de furie... Soit plutôt ce que l’on retrouve sur Anonymous. Lequel ajuste encore une fois l’auditeur dans sa ligne de mire avant de procéder à une exécution sonore en bonne et due forme («Radio»). Précise et sans concession, l’efficacité sidérante des Américains en met plein la vue comme dans les enceintes. Le groupe aligne les ogives, envoie son riffing fracassant démonter quelques vertèbres comme un chant qui passe son temps à s’époumoner avec un charisme hallucinant («Scissor hands»). Flow déflagrateur, des gangvocals qui cartonnent et ra-

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On concédera, non sans une certaine objectivité, que le format ici proposé par les SFTP se révélera certainement un peu trop répétitif pour certains, mais force est de constater que l’énergie mise par le groupe dans son écriture, comme dans la réalisation formelle de ses morceaux compense largement ce petit déficit d’originalité pure. Parce que dans le même temps, les petites finesses que réserve le groupe apparaissent ci et là, au fil des écoutes répétées, au détour d’un riff, d’une ligne de chant et, l’air de ne pas y toucher («Counting sheep»), celui-ci se révèle moins prévisible qu’il n’y paraissait au premier abord. Une petite touche mathcore sulfurique à la Dillinger Escape Plan, une dose de rock hardcore façon Every Time I Die, un zeste de ce qui fait le côté bestial d’I Killed the Prom Queen et on emballe le tout avec une production énorme («Slice of life», «Tell me I’m not home»), sans oublier une maestria qui rappelle qu’au rayon blockbuster de sa catégorie, Stray from The Path tient le haut du panier. Et le prouve une dernière fois en s’offrant en final de cochon : «Landmines» + l’éponyme et terminal «Anonymous». Sauvage et incisif, Anonymous est aussi nerveux que calibré pour faire intelligemment mâl(e) : on vient de se faire engueuler pendant 38 minutes et des poussières et pourtant l’effet est incontestablement salvateur. Aurelio


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STRAIGHTAWAY Last exit to nowhere (Effervescence Records)

En août dernier, par un chaud dimanche d’été, je rejoins quelques amis pour assister à l’une des dernières d’Uncommonmenfrommars qui, cerise sur le gâteau, ouvre pour la première fois pour NOFX. En rentrant dans la salle, j’assiste avec intérêt et attention à la fin de la première partie qui joue un skate-punk abrasif et technique. Et même si les gars ne sont pas les rois de la communication, le peu de morceaux que j’ai pu voir m’ont confirmé le grand bien que j’ai pu entendre de ce groupe : Straightaway.

Il n’empêche que Last exit to nowhere, riche de quatorze titres gavés de breaks, roulements de batteries, riffs à mille à l’heure, arpèges dans tous les sens et voix délicieuses et harmonieuses, est bien branlé. Il faut reconnaître la qualité des musiciens qui ne font pas semblant. Les morceaux sont rapides, puissants, les refrains quasi incontournables, et encore une fois, les vocalises sont parfaites. Mais c’est tout de même à double tranchant, car le fan de skate punk pourra vite se lasser de trop d’informations ingurgitées en même temps, ce qui, encore une fois, n’enlève en rien au talent des quatre Parisiens. Pour ma part (car si tu lis ces lignes, c’est que mon avis t’intéresse, n’est ce pas ?), je suis assez impressionné par l’hallucinante exécution des morceaux, et même si ma notion du punk rock est parfois aux antipodes de celles de Straightaway (merde, trop de technique tue la technique), j’ai passé un très bon moment à l’écoute de ce disque (trop) complet. Mais tu comprendras que là, mon cerveau a besoin de repos et que je ne suis pas sûr de remettre le couvert tous les jours. Ce qui ne t’empêche pas d’aller prendre une bonne baffe dans la gueule, hein ? Gui de Champi

Heureux suis-je donc d’avoir l’occasion de te parler de Last exit to nowhere, deuxième galette longue durée du quatuor parisien bénéficiant d’un très joli packaging (merci la sortie made in Effervescence Records - Nine Eleven, Unco...). Et même si je ne suis pas coutumier de ce type de punk rock trop lisse et trop technique pour moi, je ne peux que reconnaître le talent des quatre musiciens qui balancent riff sur riff dans la bonne humeur. Il semble que le groupe joue dans un style proche de formations comme Mute ou Implants. Je suis heureux de l’apprendre. Vraiment. Mais encore une fois, ce punk rock ultra mélodique et tout aussi technique ne m’est pas familier, alors ne comptez pas sur moi pour éplucher avec minutie les groupes fondateurs de ce genre.

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BEAR

Noumenon (Basick Records) grosse marave hardcore/prog/metal qui en fout partout et n’y va pas avec le frein à main lorsqu’il faut propulser des plans joyeusement alambiqués mais fulgurants dans les enceintes : à tel point qu’on en vient à évoquer par moments la furie d’un Dillinger Escape Plan sur un «Mirrors» aussi incontrôlable que pénétrant. Complètement décomplexé, le groupe met ensuite le paquet en alignant les parpaings métalliques et ultra-techniques (le single «Rain» taillé pour le live, l’impitoyable «The falling line» malgré quelques effets électro un peu douteux). On valide.

Après avoir fait ses débuts en autoproduction au travers d’un EP suffisamment remarquable pour être remarqué par le label Let It Burn Records (qui s’est occupé de rééditer ledit effort inaugural avant de produire le premier album long-format du groupe, Doradus quelques mois plus tard), Bear change de catégorie en débarquant sur l’une des structures qui monte sur la scène metal continentale : Basick Records. La petite maison de disques londonienne est notamment derrière Aliases, Circles, Misery Signals ou Uneven Structure et sa réputation n’est plus vraiment à faire alors que ses sorties se diffusent à une ampleur grandissante. Pas de doute possible : avec Noumenon, les oursons belges ont décidé de s’installer durablement sur cette scène metal qu’ils s’amusent à rudoyer comme rarement tout au long de ce nouvel effort. Et ils y ont mis les moyens : techniques d’abord, la production de l’album étant assez irréprochable ; artistiques ensuite, tant les premiers titres respirent la maîtrise absolue de leur sujet. Les suivants ne resteront pas à jouer les spectateurs. Mais dès son attaque, Noumenon concasse joyeusement les conduits auditifs avec ce «Boxer» inaugural qui explique en un seul mot et par le menu ce que va être le nouvel album de Bear. Soit une

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Une petite louche de djent à la technicité éprouvée, une grosse rasade de hardcore/prog’ surpuissant et une sérieuse envie d’en découdre («Mantis»), le tout à un rythme soutenu et avec une intensité qui ne se dément jamais («Aconite», «Centrefold»), les belges jouent la carte du «bourrinage» intelligent, sortant un arsenal aussi sévèrement burné que parfaitement usiné («The human thing») et nous mettent continuellement à l’épreuve leur efficacité très personnelle. Pour un résultat résolument imparable. Mission accomplie. Aurelio


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The Craftmen Club Eternal life (Upton Park)

du tempo place parfois quelques accélérations («If you walk straight» aux accents rétro) et pédale à rebours quand le son se veut plus pop et clair («I can’t choose») ou se distord en langueur et longueur (le final et éponyme «Eternal life»). Les variations de ton du chant donnent du relief aux titres qui, finalement, n’avait pas spécialement besoin de placer tant d’effets, notamment celui présent sur «Face to Face» où la dose de reverb ferait presque penser à un featuring d’Exsonvaldes ! Utilisés avec parcimonie, c’est plus efficace et quand les titres sont plus directs, ils deviennent ultra catchy comme sur la doublette imparable «Animals» / «Silent machines», tout simplement irrésistibles.

Toujours sur les routes et par conséquent rarement en studio, The Craftmen Club ne sort avec Eternal life «que» son troisième album... Et ça fait déjà 5 ans que Thirty six minutes leur avait permis de repartir en tournée car ils doivent leur survie dans le monde du rock aux gens qui se déplacent à leurs concerts (et à ceux qui les programment) plus qu’à leurs ventes d’albums... Après avoir été proche du split, le combo a repris une bouffée d’oxygène en enregistrant le retour de Mikael, mais pas question pour leur ex-bassiste de virer Marc, il officie donc lui aussi à la guitare... Avec ce renfort The Craftmen Club vit une renaissance et a mis de côté ses inspirations folk, blues voire country entendues précédemment pour se recentrer sur un pop-rock bien léché.

Moins disparate et éclaté dans ses aspirations, The Craftmen Club revient sur le devant des bacs de disques et donc sur le devant des scènes. Gageons qu’avec ce nouvel effort, leurs prestations scéniques vont encore gagner en intensité et ne feront qu’accroître la renommée et le nombre de followers des infatigables Bretons. Oli

Du pop-rock, c’est ce que tu veux ? «The game» t’en donne une première gorgée avec une attaque qui accroche en quelques secondes, ce point fort de The Craftmen Club n’est pas usé par le temps, les Guingampais savent toujours nous choper au passage de leurs riffs et nous embarquer illico dans le voyage vers l’éternité. On découvre une basse plus généreuse («Vampires», «It’s too late») dont les rondeurs s’amalgament parfaitement aux petites écorchures des guitares et s’accouplent avec délice aux rythmes mesurés de la batterie. La garante

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INTERVIEW TEXTE

LES $HERIFF > Attention attention, les $heriff sont de retour !!! A l’occasion de la sortie de Bang !, triple

CD/DVD du concert exceptionnel donné par le groupe en 2012 à Montpellier, Olivier a accepté de répondre en quelques (le «s» est quasi superflu) mots à nos questions. Interview express, tout à fond comme l’était leur punk rock.

Tout d’abord, le retour des $heriff en 2013 est quelque peu inattendu. Tout est parti de ce concert pour l’anniversaire de la TAF en 2012 à Montpellier, n’est ce pas ? Oui, ça ne m’avait pas traversé l’esprit de refaire les $heriff, mais quand les autres sont venus me chercher, j’ai accepté. D’ailleurs, le concert de Montpellier a été filmé, et le label Kicking Records sort un DVD de ce show à l’occasion de votre retour sur les planches : c’était une demande de votre part ? Le fait d’immortaliser le concert pour un DVD était-il déjà réfléchi à cet instant ? Pas du tout. C’est un $heriff adjoint qui a eu cette idée. On ne savait pas ce qu’on en ferait, mais vu le résultat, on s’est dit qu’un DVD serait bien, car c’est rare d’avoir des concerts aussi bien filmés. Histoire de clarifier les choses, parle-t-on d’une reformation des $heriff avec ce que ça peut laisser entendre dans un futur proche (nouveaux morceaux, tournée) ou d’une réunion éphémère, histoire de rebrancher les deux doigts dans la prise le temps de quelques bons gigs ? C’est juste une réunion éphémère pour une poignée de concerts, pour le plaisir. Pas question de repartir en tournée ensuite.

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Si tu devais résumer les $heriff en un ou deux mots, quels seraient-ils ? Vélocité, fidélité.

INTERVIEW TEXTE

Le groupe a déposé les armes à la fin des années 90’s. Je ne vais pas te demander les raisons du split (mais si le cœur t’en dit, ne te gêne pas !), mais que s’est-il passé dans les années 2000 pour toi et tes camarades de jeu ? Vous est-il arrivé de repenser à une reformation du groupe durant cette période ? Pour moi, c’était fini la musique, mais les autres ont fait des groupes (Concubins de la Chanson, The Hop La, ...). On n’avait jamais pensé rejouer ensemble.

Merci à Olivier et aux Sheriff ainsi qu’à Kicking Records. Crédit photo : David Rongeat Gui de Champi

L’engouement suscité après le concert de Montpellier t’a-t-il surpris ? Vous allez participer à de bons festivals, un label produit un DVD.... J’imagine qu’il est difficile d’avoir du recul, mais te doutais-tu que les $heriff en 2013 pouvait encore intéresser un public ? Non, je n’y croyais pas du tout. Heureusement que la TAF avait prévu grand ! Tout ça m’étonne car je nous croyais oubliés. Quel regard portes-tu sur la scène punk rock actuelle, vous qui avez été un fer de lance de la scène alternative française ? Un tribute Génération Sheriff est paru en 2008 chez Kicking Records avec une tripotée de groupes que vous avez clairement inspiré. Quels sont tes préférés ? Je ne connais pas les nouveaux groupes, je suis déconnecté côté musique. Pour le CD Génération Sheriff, mes préférés sont les Merzhin, leur version étant meilleure que la nôtre. J’aime aussi celles de Flying Donuts et de Guerilla Poubelle. Free For All m’a bien fait rire. Mais tous sont intéressants. J’imagine que ce retour du groupe sur les planches doit te faire ressasser pas mal de souvenirs et d’anecdotes. Globalement, de quoi es-tu le plus fier dans l’histoire du groupe ? Et si tu avais la possibilité de revenir en arrière et de changer quelque chose, quelle serait-elle ? Je suis surtout fier de nos concerts et de notre live Les 2 doigts dans la prise. Pour les regrets, je ne vois pas : on a fait ce qu’on a pu. Comme je l’ai déjà rappelé, c’est Monsieur Cu ! de Kicking Records qui sort le DVD avec une distrib’ PIAS. Avez-vous été approché par des majors pour une reformation ou autre ? C’est important pour vous de travailler en confiance avec des proches ? Non, pas de contact avec les majors. On a toujours essayé de travailler avec des proches, et maintenant plus que jamais. On ne veut pas de pression.

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CAR BOMB w​’’w’’​’’w’’​w (Autoproduction)

lant le crash en permanence sans pour autant finir dans le ravin. Mais au-delà de sa simple maîtrise formelle bien que fulgurante, Car Bomb exhale un nihilisme exacerbé, une effervescence hardcore passionnelle («Garrucha», «Third revelation») et qui de temps à autres vient même frayer avec les frontières de la sphère black/death la plus charnue («Recursive patterns»).

Ces mecs sont dangereux. Et w​’’w’’​’’w’’​w en est la preuve incontestable. Une démonstration de terreur mathcore à la brutalité salement déviante et à la force de persuasion implacable. Et en même temps, vu les arguments développés par les Américains, difficile de ne pas se laisser convaincre. Que ce soit de gré ou de force. Toujours est-il que cinq ans après le déjà très impressionnant Centralia sorti en mini-major, les Car Bomb sont de retour aux affaires en adoptant la posture du DIY et de l’indépendance absolue pour littéralement pulvériser les enceintes le temps d’un album constellé de ces étoiles noires qu’il transforme en ogives thermonucléaires au cours de ses pérégrinations plutôt guerrières. Que ce soit avec «The sentinel», «Auto-named» ou «Finish it», la première rafale en laissera déjà plus d’un sur le carreau. Le groupe y développe ici un mathmetal(core) à la fois subversif et obsédant. Un metal sauvage et surpuissant aux gangvocals écorchés vifs et esquisses mélodiques trempées dans un bain d’acide («Lower the blade»). Pour un résultat hautement addictif. Définitivement extrême il faut bien le reconnaître, mais constamment sur la brèche. Sur la corde raide aussi, tant les Américains se plaisent à jouer les funambules sur des bases techniques extrêmement élevées en frô-

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Une volée de titres tous plus sulfuriques les uns que les autres («Spirit of poison», «Magic bullet» ou «Crud»), une grosse dose de hard intense en fusion permanente, le groupe joue sur les sillons d’un Dillinger Escape Plan et déconstruit méthodiquement ce qu’il a passé les premiers instants à structurer. Et force est de constater que le résultat ne souffre guère de défaut, la maîtrise - autant créative que formelle - des Américains se révélant ici sans la moindre faille («This will do the job» et sa bestialité complètement habitée karchérisant des éléments pop habilement distillés, le terminal «The seconds»). Une dernière giclée de haine, véritable saillie sonore doublée d’un arrosage au lance-flammes systématique éliminant les dernières poches de résistance émotionnelle et les Car Bomb peuvent asséner leurs ultimes coups de boutoir sonores, en mettant tout ce qu’ils ont dans leurs tripes afin de parachever leur œuvre. Majuscule et sans concession. Aurelio


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MEREDITH

The shape of things to come (Autoproduction) Excellente reprise de contact. Et la suite sera sensiblement du même tonneau : des pépites indie rock animées par une énergie brut de décoffrage et une chouette collection de titres sans prétention, si ce n’est de squatter ta chaîne hi-fi pendant quelques minutes. Après quelques titres courts et percutants, le groupe s’attaque à un plus long format sur «Sober», avec de belles alternances de calme/bourrasque comme le grunge, une des influences revendiquées, nous en a tant offert. Là aussi, rien à redire, tant le duo donne l’impression de maîtriser le sujet sur le bout des doigts et livre un titre à la beauté palpable. Promis, cette fois-ci, on ne vous zappera pas. Excellent job les gars. David Au vu du volume de sorties que l’on chronique, on ne te cache pas qu’on les avait un peu oubliés les Meredith, à tel point qu’il m’a fallu replonger dans leur discographie histoire de jauger pleinement de la qualité de ce nouveau disque. Une omission dont on peut avoir honte parce que déjà à l’époque de leur Debut EP, le duo (guitare/ batterie) affichait déjà de belles dispositions quand il s’agissait de balancer un rock puissant et efficace avec un songwriting qui pouvait laisser rêveur pas mal de musiciens. D’autant plus que le groupe confirme tout le bien que l’on pensait d’eux avec The shape of the things to come, un EP qui cumule aussi les atouts et devrait séduire les amateurs d’indie rock à forte identité. Pas de doute sur la tournure des choses à venir pour Meredith, elle sera forcément de qualité et placée sous le signe d’une musique racée qui semble s’émanciper de plus en plus des influences. Dès le premier titre, «The shape of things to come», le groupe semble avoir pris du muscle, le riff est prenant, le chant est séduisant et semble avoir évolué vers plus de grain, le refrain est aussi assez imparable et le morceau jouit de plus d’une certaine immédiateté, à l’instar de certain tube de Weezer, il ne te faudra pas plus de deux écoutes pour l’avoir en tête pour le reste de ta journée.

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Les Marquises Pensée magique (Ici D’Ailleurs)

la maison sept titres qui oscillent entre rock minimaliste répétitif et pop feutrée. Une musique extatique misant sur la pulsation rythmique pour procurer des effets psychoacoustiques à l’auditeur. Et ça marche ! Les Marquises nous bercent, nous hypnotise si bien que nous sommes prisonniers de cette densité de sons (chant, violon, trompette, percussions, claviers, melodica, violoncelle, basse, zither, saxophone) dans laquelle il est, en effet, difficile de s’échapper. Il y a quelque chose de très Can derrière tout ça, une envie herculéenne d’explorer, à travers des rythmes hétéroclites, de singuliers amalgames sonores convoquant autant la confusion («In the forest») que l’imaginaire onirique aux effluves narcotiques («The visitor»). On pourrait établir un rapprochement honnête entre Pensée magique et le dernier Ulan Bator, pour ne citer que lui, tant la lugubrité, l’anxiogénéité et le mystère rôde autour de ces œuvres. Avant d’aborder le nouvel opus des Marquises, projet collectif instauré vers 2010 par Jean-Sébastien Nouveau d’Immune et Colo Colo, je recommande à tous ceux qui n’ont pas pu coller leurs fines oreilles expertes en musiques exigeantes sur Lost lost lost de le faire. Ne serait-ce que pour découvrir au préalable dans quel monde sonore vit son géniteur qui, lui-même influencé par l’art en général, se complaît à lui rendre hommage dans son processus de création. Après la vie solitaire de l’illustrateur Henry Darger sur un premier album aux accents post-pop, folk et électro-ambiant, Pensée magique met en lumière le 7ème art, celui dont «les thématiques de la jungle et du sauvage [...] permet de jouer avec l’imaginaire de l’auditeur», pour citer la note de présentation de ce deuxième album. Cet ancien étudiant en cinéma cite d’ailleurs volontiers les films «Fitzcarraldo» et «Aguirre, la colère de Dieu» de Werner Herzog, «Sa majesté des mouches» de Peter Brook ou encore «Les maîtres fous» de Jean Rouch pour justifier son propos. Ca peut vous situer l’univers sonore attendu avant l’écoute du disque : indomptable et sinueux. Accompagné d’une ribambelle de potes musiciens (NDR : La liste complète se trouvant sur la fiche du disque), Jean-Sébastien Nouveau a composé, arrangé et mixé à

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Le nouvel album des Marquises est très marquant dans son approche introspective et risque fort de s’inscrire dans mon top de l’année tant sa conception, son rendu général et sa beauté sont exceptionnels. Ce disque vient suppléer un Lost lost lost qui, avec le recul, manque cruellement de cette folie créatrice et dont les limites ont pu être constatées avec l’écoute de Pensée magique. Un album hautement recommandable ! Ted


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BLACKLISTERS Blklstrs (A tant rêver du roi)

reste de la copie est du même acabit, saignant et en mode autoroute, c’est d’ailleurs l’un des seuls reproches que l’on pourra faire à cet album qui jouit d’une maîtrise sans faille : celui d’être assez monomaniaque dans les intentions. La preuve : le seul moment où les Anglais ralentiront véritablement le tempo, c’est sur la dernière piste instrumentale intitulé «Shush», une respiration qui, très honnêtement, s’avère salvatrice. Rien de neuf au final mais Blklstrs publié via le très recommandable label A tant rêver du roi (Io Monade Stanca, Shub, Ed Wood Jr...) est une chouette porte d’entrée pour découvrir ce groupe qui a déjà quelques sorties à son compteur. Prépare-toi pour la bagarre, chez Blacklisters, ça ne plaisante pas. A tel point que l’on a parfois l’impression de subir les assauts d’un hyperactif qui a oublié de prendre ses calmants journaliers. Quand l’on tient Blklstrs de Blacklisters dans les mains pour la première fois, on s’attend réellement à écouter un disque de folk aux atmosphères qui sentent le sapin. Et bien, il ne s’agit absolument pas de mignonnes chansons à écouter peinard près d’une cheminée en attendant que votre ex-copine vous rappelle, le quartet de Leeds évoluant plutôt dans le registre de la noise extatique avec des bonnes velléités hardcore. Un sillon déjà labouré et même sur-labourée par Daughters, Rye Coalition, Pissed Jeans, sans oublier les patrons de The Jesus Lizard. Oui je sais, je les cite à chaque chronique mais quand on aime... «bla bla bla».

David

There is nothing new under the sun diraient les mecs de Coalesce : niveau musique,Blklstrs est «juste» un disque braillard comme c’est pas possible, avec une puissance de feu exacerbée, une dynamique épileptique et un propos toujours outrageusement véhément. La première piste, «Clubfoot by Kasabian», fait déjà frémir les enceintes avec une intro pétaradante pour finalement dynamiter la tronche de l’auditeur. Le chant est dans la grande tradition noise 90’s, école David Yow option gueulante hardcore ; derrière, ça malmène les oreilles comme c’est pas possible, les musiciens ont une maîtrise évidente du sujet «noise pied au plancher». Le

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AFTER THE BURIAL Wolves within (Sumerian Records)

et là (flamenco-re, hardcore-punk, électronique, rock acoustique), on n’a guère de doute sur le rendu live final. A moins que les Américains n’arrivent à se réinventer complètement dès lors qu’ils foulent la scène.

Grosse intro’ présageant déjà une puissance de feu qui va certainement barbouiller les enceintes à la force du riff (carnassier), l’inaugural «Anti-pattern» prend tout son temps pour gentiment déflorer les enceintes et ouvrir ce nouvel album d’After the Burial de la meilleure manière qui soit. Efficace et ravageuse. Les Américains sont déjà à pied d’œuvre et si le faux rythme de ce premier morceau peut étonner au départ, la suite va doucement remettre les choses au clair. «Of fearful men» accélère le rythme, jongle entre djent/metal fuselé et death bourrin, usant de tous les artifices du genre (qui a dit poncif au fond de la salle ?) pour imprimer sa marque. Et là, les choses se gâtent. Maestria formelle exacerbée, presque au bord de la déshumanisation de l’œuvre, un wagon d’effets arrosés un peu partout pour donner un peu plus d’impact à un ensemble qui en manquerait sinon un peu trop largement, After the Burial a clairement conscience de ses défauts intrinsèques. On ne peut nier son optimisation technique glacée, mais on ne peut pas non plus passer sous silence ses manques en matière d’inventivité pure en termes de composition. Et si le groupe essaie de noyer le poisson en studio («Pennyweight», «Disconnect», «Nine summers»...) en variant les petits emprunts ci

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Pris indépendamment, les morceaux restent largement audibles, surtout au regard de la production actuelle, mais lorsque l’on écoute l’album dans sa globalité, il ressort un sentiment d’artificialité et de début - sinon pire - d’ennui («Virga», «Neo soul», «Parise») qui ne peut faire oublier que, surproduit comme une véritable machine de guerre du genre, Wolves within n’en reste pas moins quasi vide de toute substance dès lors que l’on passe outre son arsenal technique. Et si le neuvième et ultime morceau de l’album, «A wolf amongst us», parvient légèrement à atténuer ce propos, le constat final n’en demeure pas moins sans concession : After the Burial n’a certainement plus grand-chose à dire mais étant donné qu’il est «bankable» pour le business du genre, il continue sa route sans dériver d’un iota de ce qui peut faire de lui une petite cash-machine. On en vient presque à souhaiter un crash en plein vol (métaphoriquement) sinon a minima une profonde remise en question créative, libératrice. Aurelio


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Les Touffes Kretiennes Breakfast in cloud (At(h)ome) ce super groupe à la française. Les compositions sont riches, variées et diversifiées (du jazz avec «Breakfast included», de l’électro funk avec «Pussy riot»), avec pour dénominateur commun le fun (cette excellente reprise funk jazzy de «Laisse tomber les filles» de Serge Gainsbourg), des rythmes soutenus («Sugar», l’étonnante reprise de «This is not a love song» de PiL) et la présence systématique des cuivres et ce toujours à bon escient. L’esprit fanfare punk est bien sûr présent, («Mauves ovaires», «Blue touffes» dont les textes résument parfaitement ce disque), et c’est véritablement la bonne humeur qui prédomine à l’écoute de Breakfast in cloud, qui part dans tous les sens sans jamais perdre le fil. Une bonne humeur qui doit être décuplée sur scène où ce collectif de musiciens aguerris doit s’en donner à cœur joie pour mettre en valeur ce beau merdier ! J’adore. Et toi aussi, tu vas adorer, c’est promis !!! Ah bah bravo At(h)ome, beau travail ! Sérieux les gars, vous avez réussi à me réconcilier avec ce style de groupe que je n’écoutais plus depuis de longues années. Et quoi de mieux que de renouer avec Les Touffes Kretiennes, all big brass star band de la grande époque post alternative et brillamment mise en avant au début des années 2000 par la clique Big Mama/Trispichord.

Gui de Champi

Car oui, Les Touffes Kretiennes est la réunion de membres de Les Fils de Teuhpu, des Hurlements d’Léo, de Babylon Circus, des Los Tres Puntos et même de Sleeppers. Et j’en passe. Sacré background n’est pas ? Ce collectif fanfaronesque, avec à son actif pas loin de 600 concerts à travers le monde, n’en est pas à son coup d’essai avec Breakfast in cloud, son deuxième album. Et avec un tel curriculum vitae, on pense savoir où on met les pieds. Sauf que Les Touffes Kretiennes ont plus d’un tour dans leur sac, et le surprenant rockabilly «Mint wild» chanté en anglais et envoyé avec les membres de Turbobilly place déjà la barre très haut. Et alors que «La clinique du Dr Beat», funk disco à souhait à la FFF (période Blast culture), et «French cologne» dans le même délire retentissent dans nos esgourdes, on a tout de suite compris qu’on a pas affaire à des manches et que le divertissement sera total. Difficile de cataloguer

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Pillars And Tongues End-dances (Murailles Music)

de vous faire toucher les cieux («Knifelike») comme le fond («Ends»). La richesse instrumentale imposée par des percussions languissantes et des instruments à vents et à cordes placés derrière la voix de Trecka, son élément moteur, rend le disque planant et hypnotique. Du coup, l’auditeur n’a pas d’autres choix que d’être totalement immergé pour comprendre et assimiler les huit titres composant ce périple sonore, non sans stimuler une partie de son imagination. A l’instar des œuvres composées par les Cocteau Twins ou plus récemment par Chelsea Wolfe. Pas vraiment rock, sans être non plus folk, ni totalement pop d’ailleurs, cette création en circonvolutions a le mérite d’être accessible malgré son esprit primesautier. Un atout non négligeable qui la rend au final autant fascinante qu’attractive et autant délicate qu’énigmatique. Originaire de Chicago, l’une des villes américaines accueillant les plus prolifiques des musiciens en tout genre (de Muddy Waters à Ministry), le trio Pillars And Tongues vient de sortir un troisième LP dont les influences et les similitudes artistiques sont à chercher du côté de Dead Can Dance, de Peter Gabriel, d’Alice Coltrane, de William Basinski ou même des Dirty Projectors, selon le texte de présentation de l’album. De quoi vous planter le décor d’entrée de jeu, même si d’emblée c’est vraiment avec les Dead Can Dance que la ressemblance semble la plus frappante. D’une part car la voix éthérée de Mark Trecka n’est pas très éloignée du timbre pénétrant de Brendan Perry et, d’autre part, parce que les deux formations partagent le même goût pour le mysticisme, l’art lyrique et la liturgie. Enregistré d’une façon prestigieuse par le jeune et prometteur Theo Karon (membre de This Is Cinema avec Ben Babbitt du groupe ici chroniqué), End-dances n’est pas le genre d’album qui passe comme une lettre à La Poste. Non pas parce que son écoute est indigeste, pénible ou bien soporifique (quoique !), mais parce que les arrangements et les textures sonores le composant sont luxuriantes et parfois complexes. Cette oeuvre à l’état - il faut bien l’avouer - neurasthénique, est capable

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Ted


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MONT-DORE Escalades (Black Basset Records)

non plus, le groupe s’offrant une jolie séance de trépanation sonore à haut volume et tempo allegro vivace fortissimo.

Deuxième production signée Black Basset Records, tout jeune label belge comptant déjà en son sein quelques pépites comme Billion of Comrades mais aussi Castles. Pour ne pas citer Augures ou Thot (également au calendrier des sorties de la structure bruxelloise), Escalades, le premier EP de Mont-Doré est un mini-album garni de six titres qui marque d’une pierre blanche la naissance d’un projet en devenir et à suivre forcément à l’avenir. Un groupe qui d’ailleurs prend tout son temps, lors d’»Easier afterwards», pour instaurer une ambiance propice à ce qui va suivre. Soit un joli chaos sonore scrupuleusement exécuté.

Intense, salvateur et sans concession, Mont-Doré (pour l’anecdote le side-project de Grégoire F., architecte et homme à tout faire de Thot) brille de mille feux par son effervescence sonore et ne se prive jamais pour en rajouter une couche alors-même que l’on pensait qu’il venait de tutoyer ses propres limites. Lesquels semblent bien incertaines, surtout lorsque «Choristes» vient en remettre une couche, rendant du même coup le groupe encore un peu plus insaisissable, alors même que se profile déjà le cinquième et ultime titre de ce trop court mais ô combien fulgurant premier EP : le si biennommé «Météorites» prolongement naturel de son prédécesseur auquel il succède sans même d’interruption. Et c’est tant mieux tant la musique du groupe se vit comme une décharge de violence abrupte que l’on prend en pleine face, à vif, sans jamais pouvoir reprendre son souffle dès lors que l’assaut a débuté. Jusqu’à ce qu’il se termine. Pour les survivants. Aurelio

Une atmosphère délicatement viciée, un screamo/ post-punk aux relents post-hardcore écorché vif qui vient souiller la platine quelques cinq minutes et seize secondes durant, rien à redire sur la forme ou le fond, le groupe a réussi son entrée en matière. Et en toute logique poursuit sa belle entreprise de démolition sensorielle avec l’incandescent «Please do not die again». Une effervescence hardcore de tous les instants, un screamo qui balaie toute velléités de résistance sensorielle, venant larder de riffs et vocalises forcenées des enceintes qui n’en demandaient pas tant. Surtout que la suite, avec «Inner schism» ne va guère les épargner

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POUTRE Voglio di più (Katatak)

taires d’un pacemaker, peut-être parce que la section rythmique donne tout ce qu’elle a en variant subtilement le propos, peut-être aussi parce que la guitare est capable de se faire chatte et lionne à la fois (oui, c’est beau hein, on dirait du Marc Lavoine...), peut-être enfin parce que le chant est d’une sincérité à toute épreuve. Une somme de «peut-être» qui aboutit à un album d’une grande classe. Encore une sortie excellente pour Katatak, le label marseillais qui enchaînent les sorties... excellentes (tu trouveras toi-même un autre adjectif). Passe-lui une petite commande, tu pourras te prendre aussi le dernier Conger ! Conger ! et le Pylone. Tes oreilles avides de déflagrations noise, mais pas que, te remercieront mille fois. David Voglio di più de Poutre figurait dans mon humble top 2013, c’est dire à quel point il s’agit d’une baffe de concours. Et une baffe dont l’intérêt ne s’érode pas car cet album a vraiment quelque chose d’obsédant et de tenace qui te tient toujours par la peau du cul, même après quelques mois d’écoutes acharnées. Premier titre et BIM, correction frontale avec «Satanic factories» : une torpille aux arguments massues en «veux-tu en v’là». Une puissance décharnée, une dynamique d’enfer presque punk-noise, le tout entrecoupé par des phases sautillantes et des musiciens qui se démènent comme de beaux diables pour faire vivre un morceau qui s’avère scotchant. On en prend plein la gueule, notamment avec ce «hard to work for nothing» en forme de leitmotiv cinglant. Le deuxième morceau s’intitule «Voglio di più» et ça tombe bien, on en redemande des titres de ce calibre où les Poutre montent encore un cran au-dessus niveau bagarre. Là aussi, c’est grisant comme un saut à l’élastique... sans élastique. Au bout de quelques titres, les rythmes syncopés, la virulence du propos, pourraient lasser l’auditeur. Sauf qu’ici, de lassitude, il n’est jamais question. Mais alors foutrement pas. Peut-être parce que le songwriting carbure au Redbull mais sait aussi ménager un peu les proprié-

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Bohren & Der Club of Gore Piano Nights (Ipecac) deur mélodique et ses arrangements subtilement névrotiques, nous emmène traverser le songe d’une nuit sans fin. Un voyage dans lequel on se perd, se laissant guider par des compositions qui serviraient de bandeson idéale aux films de David Lynch (Blue velvet et Lost highway en tête) si ce dernier n’avait pas déjà un compositeur attitré (NDR : Angelo Badalamenti). Mais la cinégénie de l’œuvre du Bohren & Der Club of Gore est également ce qui sert son album («Irrwege»).

De retour avec un nouvel album cinq ans après Dolores, les maîtres du jeu du Bohren & Der Club of Gore, indéniables mammamushis de la sphère doom-jazz planétaire qui ont entre-temps sorti discrètement l’EP Beileid (2011), livrent avec Piano nights une énième longue tirade emportant leur auditoire dans un véritable tsunami émotionnel. Une déferlante qui ne dit pas son nom et ne se dévoile qu’après de longues minutes d’introspection, explorant les méandres de cet univers à la fois elliptique et particulièrement immersif qui est le leur. Un monde où la lenteur hypnotique rythme un ensemble à l’étrangeté aussi classieuse que fascinante. Un espace d’expression au magnétisme qui fait peu à peu basculer l’état de pleine conscience de l’auditeur vers une douce torpeur narcotique.

Lequel ne dérive pas vraiment d’un iota des productions antérieures du groupe, s’inscrivant même dans leur lignée directe, crépusculaire et irrémédiablement fascinante («Ganz leise kommt die Nacht» ou «SegeIn ohne Wind»). Entre ambient volatil, doom atmosphérique et jazz neuroleptique, avec ce soupçon de structure labyrinthique aux contextes horrifiques et noctambules. Et sans doute qu’il est là, d’ailleurs, le privilège des très grands : donner l’impression d’écrire tout le temps le même album, des nocturnes long-format à la beauté claire/obscure fascinante, des pièces aux similarités confondantes et pourtant tellement indispensables de par leur inexorable et obsédante intensité («Unrasiert», «Verloren (alles)»). Bohren & Der Club of Gore ou la classe à l’état pure qui se répète encore et encore («Komm zurück zu mir»). Sans jamais lasser. Aurelio

Un (presque) coma sensoriel dans lequel on s’abandonne non sans verser quelques larmes, ce Piano nights exhalant une mélancolie à fleur de peau, une tristesse insondable qui marque les esprits de longues minutes durant, une fois l’écoute achevée («Im rauch», «Bei rosarotem Licht»). Le trouble que le groupe instille en nous ne s’évaporant qu’au prix d’un petit moment de réacclimatation, on ne peut que se plonger encore et encore dans ce «Fahr zur Hölle», qui de par sa profon-

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INTERVIEW TEXTE

DOYLE AIRENCE > Doyle est devenu Doyle Airence et c’est le dernier arrivé dans le groupe (Pierre, bassiste depuis février 2013) qui est envoyé au charbon pour répondre à nos questions. Avec simplicité et efficacité, histoire de nous en dire un peu plus sur ce changement de nom et leur arrivée chez un beau et gros label allemand, mais pas que...

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Tout d’abord, comment s’est déroulé ton intégration au sein de Doyle Airence ? T’as eu le droit à un bizutage ? Ah ah, non, pas de bizutage en particulier, je connaissais déjà les loustics que j’avais croisés plusieurs fois sur des dates en province avec mon groupe précédent. Les gars m’ont super bien intégré, je suis arrivé parmi eux pendant l’été 2012, quand Monolith était en train de naître. J’ai donc eu la chance de pouvoir composer mes propres lignes de basse sur le nouvel album, tout en prenant du plaisir à reprendre celles d’Alex pour les morceaux d’And gods will... joués en live !

même pas que c’était possible... Heureusement, on a pu compter sur le travail de notre avocate qui nous a permis de conserver «Doyle» à condition d’ajouter un autre élément devant ou derrière.

Revenons sur cet étonnant changement de nom, comment avez-vous été averti ? Doyle Wolfgang von Frankenstein (ex-Misfits) nous a contacté par l’intermédiaire de son avocat via courrier électronique. Il venait de poser un copyright sur le nom «Doyle», et nous interdisait de continuer notre activité sous ce nom de groupe. Nous n’avions jamais déposé ce nom. «Doyle» étant un simple prénom, on ne pensait

Le choix d’ajouter «Airence» a été compliqué ? Vu de l’extérieur, ça semble être une très bonne décision, ça a été aussi simple dans la réalité ? Avec le recul, on est tous contents de ce rajout de particule qui vient renforcer l’univers qu’on s’efforce de mettre en place. Mais sur le coup, ça a été des heures de prise de tête à éplucher des solutions toutes plus farfelues les unes que les autres.

C’était quoi votre sentiment à ce moment-là ? Sur le moment : «What the fuck ?». On a d’abord cherché à faire valoir nos droits. Mais on était à l’époque en pleine préparation de la sortie de Monolith et l’éventualité d’un procès long et couteux n’était pas forcément de bonne augure. Donc on a fini par chercher un compromis.


Le travail de Tak qui est architecte de profession et artiste au sein du Nonotak Studio interfère-t-il dans celui de Doyle Airence ? Comme les autres membres, Tak se mobilise dans un projet professionnel qui requiert beaucoup d’investissement. Ca implique une grosse cohésion de groupe et beaucoup d’organisation pour parvenir à mener de front à la fois nos projets personnels, et ceux de Doyle. Mais au-delà de ça, ça nous permet d’enrichir notre boulot avec les différents savoir-faire des membres et de gérer nous-mêmes certaines étapes de la création sans avoir à déléguer en permanence. Pour en revenir à Tak, on est en train de mettre en place un tout nouveau light-show destiné aux performances live et sa sensibilité à ce niveau-là nous est très précieuse. Le changement de nom a fait évoluer la pochette ou vous avez juste ajouté un petit «Airence» et basta ? Petit rajout, on ne voulait pas imposer un changement visuel trop important aux gens qui nous connaissaient et nous suivaient sous le nom de Doyle tout court. Nous sommes partisans du changement progressif, en douceur. Vous avez tourné un clip pour «Friendly fire», c’est pas un peu cliché le groupe qui joue sur la plage et des images d’un mec en souffrance ? Ha ha ha, complètement ! A vrai dire, c’était assez intentionnel. Contrairement au clip pour «John Airence», qui foutait le groupe dans une case et un format assez atypiques, ce titre nous semblait plus proche de courants musicaux plus génériques. On a plusieurs casquettes dans Doyle, et sur ce coup, on a voulu assumer le côté «core» qui revient sur certains passages de nos chansons de façon assez prononcée, puis emprunter certains codes visuels propres à cette mouvance, tout en continuant de dérouler le fil rouge de notre protagoniste qui revient dans nos clips de façon récurrente, un peu comme un refrain.

Vous bossez sur «We were kids», il y aura un scénario ? Oui, tout ça sera visible très très prochainement ! (NDO : il est en ligne !)

INTERVIEW TEXTE

L’artwork me fait penser à 2001 L’odyssée de l’espace, quel était le cahier des charges pour illustrer Monolith ? Le boulot de Kubrick est évidemment arrivé sur le tas assez vite dans nos séances de brainstorming, notamment au niveau de l’artefact mystique façonné par l’homme qui vient contraster avec un environnement organique naturel. Mais on a voulu appuyer davantage sur la symbolique du monolithe, le réduire à une forme presque schématique que l’on pourrait par la suite décliner à loisir sur les visuels du groupe.

Comment s’est faite la signature chez Lifeforce Records ? La tournée avec The Chariot et les dates en Allemagne ont été déterminantes ? Ca ne s’est pas fait naturellement du tout, la signature s’est préparée vachement en amont. On a peaufiné de belles démos, on avait une liste de labels avec qui on aurait aimé bosser et on les a arrosé. Lifeforce Records faisait partie des labels intéressés et on trouvait depuis le début que ces mecs correspondaient bien à notre conception de la musique. Ils bossent proprement et sont drivés par la passion. Je trouve que la liste des groupes qu’ils ont signés fait de ce label une entité hyper éclectique qui représente à merveille la grande diversité de la musique métal. Du coup, on était à la fois super honorés et emballés à l’idée de pouvoir signer sur le label qui a propulsé des groupes comme Trivium, Between the Buried and Me, Heaven Shall Burn... donc on n’a pas hésité et on a foncé ! Vous pensez être chez Lifeforce Records pour longtemps ou comme d’autres, c’est un excellent tremplin vers mieux encore ? Pour l’instant, la question n’est pas vraiment à l’ordre du jour, on est encore hyper pris par la promo de Monolith ! Quelles sont les relations avec le label ? Les contacts sont nombreux ? Il y a une forme de pression, des exigences particulières ? On a pu profiter d’un feedback hyper nerveux pendant la préparation et le lancement de Monolith, c’était génial. Stefan, le boss de Lifeforce Records, est hyper réactif : on a pu développer certaines réflexions, trouver des réponses à nos questions de façon quasi immédiate. Quand tu sais que certains labels ont tendance à te foutre au fond du panier et à répondre à tes mails avec des délais qui se comptent en semaines, c’était très précieux de pouvoir compter sur son implication et sa réactivité. Comment analysez-vous votre évolution musicale ? Les concerts, la maturité, l’expérience, vos vies privées et personnelles, qu’est-ce qui impacte le plus la musique de Doyle Airence ? Une musique beaucoup plus taillée pour le live, beaucoup plus rentre-dedans par moments et plus accen-

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INTERVIEW TEXTE

tuée quand on part dans nos délires aériens. Des structures de chansons plus carrées, moins de filets de voix qui partent dans tous les sens, un son plus massif et épuré, en somme plus d’homogénéité. Si ça marche mieux à l’étranger qu’en France, vous seriez déçus ? Bah non, pourquoi ?! Jusqu’ici, on a reçu un super accueil de la part du public français, mais on adore aussi jouer à l’étranger et découvrir de nouveaux horizons. On n’a pas non plus l’impression d’être une «fierté française» comme des groupes comme Gojira qui tournent comme des malades à l’international et qui montrent au monde qu’on sait faire du métal en France, ou des formations comme Chunk qui tapent un peu de chauvinisme sous couverts d’humour en foutant du bleu blanc rouge partout dans leurs clips. On n’a pas vocation à «représenter» la France, mais juste à aller jouer notre musique là où on nous demande. Vous serez au Hellfest, c’est le seul «grand» festival qui vous a convié ou vous avez des pistes pour d’autres ? Pour l’instant, on attend quelques confirmations avant de pouvoir en dire plus. L’avenir proche, c’est quoi ? De bons concerts et toujours plus de rencontres ! Merci ! Merci à vous pour le soutien, à très bientôt! Merci à Pierre et aux Doyle, merci également à Roger de chez Replica ! Oli

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10 PUBs

+ IMPETUS FEST

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Federico Albanese The houseboat and the moon (Denovali Records)

tées. Car à l’instar de nombre de ses voisins de label, le Milanais a le souci du détail parfaitement affiné, de l’harmonie bien construite comme de l’atmosphère finement ciselée, ce, sans pour autant oublier d’esquisser des panoramas sonores empreints d’une cinégénie flagrante. Un sens de l’esthétique musicale bien affirmé, de la beauté sonore à couper le souffle («Disclosed», «Carousel 3», «Queen and Wonder»...), en l’espace de 3 ou 4 morceaux, Albanese met déjà le monde à ses pieds.

Compositeur italien (re)connu dans les milieux autorisés pour avoir travaillé avec la vocaliste Jessica Einaudi sur le projet dream-pop avant-gardiste La Blanche Alchimie (deux albums au compteur et pas mal d’éloges récoltés au passage), Federico Albanese a ressenti au fil des années le désir de se réapproprier son amour pour le piano le temps d’un album solo, tout en couchant sur la partition ses seuls envies musicales, sans compromis ni intervention extérieure d’un tiers. Un disque intitulé The houseboat and the moon qui voit le jour début 2014 par le biais de l’incontournable Denovali Records (Carlos Cipa, Greg Haines, Sebastian Plano.), affinités artistiques communes comme proximité géographique avec le label allemand obligent (natif de Milan, le musicien vit depuis plusieurs années à Berlin).

Il y a dans sa musique une rigueur formelle typiquement allemande, qui vient rompre avec les codes du romantisme italien, un aspect parfois mathématique («Double vision»), d’autre fois plus feutré et versant exclusivement vers l’intimisme («Kato») surtout lorsque l’italien cisèle des instrumentations au raffinement envoûtant («Lichtung», «Beside you»), en toute simplicité et élégance satinée («Secret room»). Mais surtout, emporté par une mélancolie fragile et sa douce amplitude harmonique, The houseboat and the moon est de ces albums à écouter en nocturne, seul face aux fantômes de son passé, l’âme déchirée par les regrets, remords, actes manqués («The sudden sympathy»). Et force est de reconnaître que lorsque les premières lueurs d’une aube nouvelle se font jour, on se surprend à découvrir que Federico Albanese est parvenu à apaiser l’esprit et le cœur, l’air de ne pas y toucher et pourtant avec cette classe discrète qui, écoute après écoute, se dévoile à chaque fois un peu plus («Sphere», «Space in between»). Pour nous inviter à y revenir encore et encore, sans jamais laisser le fil se rompre, la boucle se boucler. Aurelio

The houseboat and the moon est donc le premier album du pianiste (à noter au passage que sa «moitié» artistique travaille elle-aussi de son côté sur un disque solo) qui, dès les premières mesures de «Beyond the milk wood», affiche clairement ses penchants pour les œuvres de Philip Glass, Clint Mansell et autres Max Richter (on a vu pire héritage culturel). Soit une tendance certaine à écrire des pièces minimalistes parsemées de mélodies aussi fragiles que délicatement contras-

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Walking Papers Walking papers (Loud & Proud)

pour grandes émotions ». Car cet album est addictif. En effet, comment rester insensible à ces mélodies dignes d’un Lou Reed de la grande époque ou d’un Neil Young ? Tout en douceur, « Already dead » (charmant pour débuter un album, n’est-ce pas ?) plonge l’auditeur dans une ambiance feutrée et apaisée. Ce chef d’œuvre qu’est « Leave me in the dark » (décidément, ça respire la joie de vivre !) proche de Pearl Jam et Alice In Chains et ce minimaliste « The butcher » rappellent que nos hommes ont plus d’un tour dans leur poche pour composer la chanson parfaite. Mais Walking Papers sait aussi hausser le ton, dans un registre parfois lancinant (« The whole world’s watching », « Two tickets and a room », tous deux à la limite du psychédélisme), parfois entraînant (le jouissif et cuivré « Red enveloppes », le funk rock « Capital T ») et toujours dans un esprit mêlant la fougue des 90’s et la folie des 70’s. Mazette ! Duff Mc Kagan (Guns ‘n’ Roses, Velvet Revolver) et Barrett Martin (QOTSA, Mad Season, Screaming Trees) dans un même groupe, ça sent le souffre. Ajoutez à ça quelques interventions de Mike Mc Cready (Pearl Jam entre autres) et de ses guitares magiques, et je me voyais déjà propulsé dans la stratosphère des riffs uppercuts, des punk rock songs à cent à l’heure et des tubes inoubliables. J’ai vite déchanté.pour mieux rechanter après. T’as rien compris ? Explication de texte. Avec une telle carte de visite, on peut effectivement s’attendre à de la distorsion à tout va et des rythmes soutenus. Sauf que ce n’est pas vraiment le programme proposé par l’écoute de Walking Papers. Alors bien sûr, j’ai été très surpris alors que les titres s’enchaînaient sans répit dans ma hi-fi. Tenté de tout arrêter car vexé d’avoir cru que l’habit faisait le moine, j’ai laissé défiler les onze titres studio de cet album sans me poser de questions (je fais volontairement abstraction de quatre titres live sans grand intérêt car pioché dans le tracklisting studio du présent disque). Des questions, j’ai commencé à m’en poser quand je me suis rendu compte qu’à un moment, je venais de commencer ma quatrième écoute d’affilé de cet album qui trouvera une place de choix dans ma collection au rayon « petites chansons

Walking Papers, mis en boîte par Jack Endino à Seattle et exécuté par un groupe composé de fins limiers de cette période dorée qu’on appelait communément le grunge (car oui, Duff, avant d’être le bassiste des Guns, a été un pilier de la scène punk de Seattle), frappe un grand coup en combinant ses racines blues, ses inspirations torturées et des émotions sans retenues. Une galette en or où chaque note est jouée à la perfection dans une précision indécente. Soyez curieux, écoutez ce disque et vous comprendrez pourquoi j’adore cet album. Gui de Champi

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CARNE

Villa morgue (Solar Flare Records) éclaircissements pas forcément malvenus. Carne arrive toutefois à varier son propos grâce aux interludes anxiogènes, notamment «Elegy» qui, à mi-chemin entre l’ambiant et le drone offre des respirations bienvenues à un album qui peut sembler assez monomaniaque dans les émotions délivrées, un peu à la manière jusqu’auboutiste d’un Celeste aux abois. La piste «Slave/her» est là aussi appréciable. Le groupe prenant le temps d’y développer une ambiance et finit par nous bercer dans ses relents marécageux. Villa morgue se conclue sur la piste «Villa morgue» : une longue montée de tension qui joue avec les nerfs de l’auditeur sans forcément le surprendre. Et finalement une piste assez symbolique de cet album : rien de foncièrement original pour les férus du genre mais tout de même une sortie marquante et jouissive à ajouter à l’actif de Solar Flare Records. Du hard de qualité (supérieure) comme dirait l’autre. Après un EP intitulé Metropolis paru en 2010 via Atropine Records, le duo lyonnais Carne (avec des membres de feu-Llorah et Cheverny) sort son premier album intitulé Villa morgue via l’omniprésent label frenchy et très indépendant Solar Flare Records (Sofy Major, Pigs, Stuntman, Waterkank...). Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de faire Erasmus, Carne en italien, ça signifie viande et c’est assez révélateur de la tournure que prend l’album dès son véritable premier morceau «We are the romanoes» (oui, clin d’oeil à Botch). Lequel opte pour ce qui existe de plus carnassier dans la popotte hardcore/sludge/noise mid-tempo. En gros, tu prends un peu Breach, du Will Haven et donc évidemment Botch (entre autres...) et tu obtiens un Villa morgue qui a plus d’un atout en boutique. Et la boutique, c’est une boucherie évidemment mais une boucherie qui a du chien. Oui, un chien dans une boucherie, ce n’est pas très approprié. Sauf peut-être dans celles qui ne sont pas bridées par leur culture culinaire. Toujours est-il qu’après ce premier titre en forme de carte de visite séduisante, la suite est elle aussi de qualité : souvent grasse, quasi-toujours à gorge déployée. Les riffs sont là aussi majoritairement heavy et bien noiseéabonds même si on note de temps en temps quelques

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David


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Birds of Passage This kindly slumber (Denovali Records)

sphères musicales enchanteresses (ténébreux «And all of your dreams»). On aime s’y perdre, plonger sans filin dans cet univers sonore céleste, que la native de la Terre du Milieu fait évoluer par petites touches, presque imperceptibles et qui ne se dévoilent qu’au prix d’écoutes attentives et répétées («Stranger», «Take my breath»).

Devenue en l’espace de quelques années et une poignée d’albums remarquées, la nouvelle princesse de la scène dream-pop planétaire, la néo-zélandaise Alicia Merz ne compte pas s’arrêter en chemin et poursuit donc sa route avec This kindly slumber. Toujours dans les mêmes sphères musicales, à relier avec les scènes ambient, dream-pop et shoegaze très indie, toujours hébergée par ce label que tout le monde veut rejoindre et personne ne le quitter (d’où un roster qui commence à être plus que conséquent.) : Denovali Records (Bersarin Quartett, Greg Haines, John Lemke, Origamibiro, Talvihorros, The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble, etc.).

On suit le cheminement de l’artiste kiwi, toujours hypnotisé par cette voix à la fois envoûtante, figée hors du temps («Yesterday’s stains») et ses velléités créatives nouvelles, davantage portées par des tentations néoclassiques que par le passé. Celles-ci sont pourtant parfaitement assumées, conf��rant de fait une tonalité plus ténébreuse, ombrageuse par moments même, à cet ensemble parfaitement équilibré qu’est This kindly slumber (en témoigne notamment le dernier titre : «Lonesome tame»). Un disque en forme de songe éveillé, un rêve semi-conscient, comateux dont on ressort longuement troublé. Un jolie habitude avec Birds of Passage... Aurelio

Fidèle dans sa relation avec la maison de disques qui l’a fait connaître, la compositrice/vocaliste l’est également dans son aptitude toujours aussi flagrante à faire naître des émotions rares, portée par sa voix angélique comme à l’accoutumée, bercée par des mélodies diaphanes comme des atmosphères feutrées propices à l’évasion des sens (le magnétique «Ashes to ashes», le sublime «Belle de jour»). En à peine deux morceaux, on s’est déjà de nouveau immergé dans l’œuvre si particulière, atypique, de la demoiselle. Et quand bien même nous voudrions y «échapper», celle-ci vient invariablement nous happer pour nous emmener dans ses

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Napoleon Solo Napoleon solo (Autoproduction)

(sur)puissance vocale de Forest Pooky sont parfaites. Et dès « Nothing but thieves », les supergalactiques du punk rock made in France sortent le grand jeu : accords tranchant, riffs aiguisés, rythmes plombés, chant percutant, le tout dans une ambiance pesante. Cet univers teinté de noirceur et de folie colle parfaitement avec le chant affirmé de Forest, et la suite de l’album ne sera qu’une succession de titres affirmés, plus ou moins noisy (le magnifique « Hope lies in the shadows », le puissant « I will die tonight », l’énigmatique instrumental « Teeth shine in the dark »), aux refrains donnant la chair de poule (« Drag you down ») toujours sur la brèche à la limite de l’implosion. L’effet de surprise passé une fois la première écoute digérée, je peux t’assurer que tu auras du mal à te passer de ce disque qui résonne encore dans mon esprit ! Attention, super groupe !!! Et je ne dis pas ça à la légère. Admirez la tableau : Jer et Duwick à la rythmique (Dead Pop Club), Chris (Homeboys) et Jon (Second Rate) aux guitares et le stakhanoviste Forest Pooky (The Pookies, Sons Of Buddha, ex-The Black Zombie Procession). La crème de la scène punk rock mélodique réunie dans un seul groupe. Chouette. Mais ne vous attendez pas à des titres mélodiques, accrocheurs et remuants. Enfin, si, mais dans un registre disons.différent. Enfile ton protège dent, car l’uppercut va être assez violent et ça risque de saigner. Premier album après un premier EP en décembre 2010 et une tournée promo (alors même que Sylvain Bombled - ex-Second Rate et Generic, tenait le chant), Napoleon Solo est une véritable bombe. Sortant des sentiers battus tels qu’on a pu les connaître avec leurs précédentes formations, le quintet explore les voies sombres et dérangeantes du post hardcore et de la noise, tout en criant leur amour pour des écuries Dischord ou BCore. En huit titres, le groupe sort le grand jeu en proposant des compositions de hautes volées, à la qualité irréprochable et à l’énergie incontrôlable. L’interaction et l’alchimie entre les guitares bouillonnantes, le basse batterie en guise de véritable rouleau compresseur et la

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Espérons toutefois que les membres de Napoleon Solo donneront une suite rapidement à ce premier album atomique et que le groupe parviendra à tourner autant que le mérite ce disque. Gui de Champi


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Scraps of TapE Sjätte vansinnet (A Tenderversion Recordings)

son entièreté («Teardrop fucking dropkick», «Among haters»), cette vision globale du tracklisting final permettant aux Scraps of Tape de parfaire leur maîtrise créative, ce, en soulignant tout particulièrement son harmonie collective. En témoigne du reste la déferlante post-rock, presque métallique, qui s’abat sur l’auditeur lors du lancement de «Vultures with high heels» avant que le calme (relatif) ne revienne et permette au groupe de dérouler de nouveau son fil d’Ariane musical en toute «quiétude».

On n’avait plus vraiment de nouvelles de Scraps of Tape depuis l’album Grand letdown (2009) et pour cause, après avoir discrètement livré un EP 7’’ baptisé Flera meter kort en 2011, le groupe s’était fait assez silencieux avant de revenir sous les feux de la rampe en 2014 avec Sjätte vansinnet. Soit un disque de post-rock (mais pas que loin s’en faut) aussi classieux que lumineux, car scintillant dans des paysages indie-(pop)-rock à la légèreté confondante. Quelque-part entre un Dredg en formation math-pop et un Logh toujours aussi racé mais qui se serait avec le Mogwai des derniers albums (celui indie/synthé-rock à tendance électronique), le groupe trace son sillon musical sur une ligne d’horizon moins prévisible ou évidente qu’il n’y paraît au premier coup d’œil («We, the leftheaded», «Fuga»).

On le répète, mais Scraps of Tape est plus que jamais, avec ce Sjätte vansinnet, à la croisée des chemins stylistiques, faisant évoluer sa musique en permanence afin de ne jamais lasser, de toujours maîtriser ses effets de manche et surtout, de conserver intacte sa capacité d’attraction («Once we were»). Et même si l’ensemble n’est pas à proprement parler révolutionnaire, la discrète inventivité dont font preuve les nordiques ici a quelques chose d’assez jouissif quand bien même le groupe se rate de temps en temps, vers la fin de l’album essentiellement («Logh cabin», «A neverending»), le résultat final et sa dizaine de titres régulièrement renversant se révèle être un joli numéro de voltige indiepost-math-rock/pop de très honorable facture («Alla utom jag måste dö»). Retour plutôt réussi. Aurelio

Sans doute parce que c’est dans leur entremêlement de titres tous plus fuselés les uns que les autres qu’ils trouvent leur griffe, les Suédois varient les registres au gré de leurs nécessités mélodiques et/ou rythmiques, mais avec toujours un soin tout particulier apporté à la dynamique de l’ensemble. Quitte à laisser s’échapper un soupçon de justesse vocale de temps en temps («Hands in hands»), car l’essentiel est ailleurs : dans le déroulement de la trame narrative de l’album prise dans

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THE FAWN Collegium (Hummus Records)

cieux, avant d’invariablement retomber sur des lignes instrumentales ne s’embarrassant jamais du superflu. Car The Fawn ne cherche pas à jouer avec les effets, préférant les ménager pour mieux s’accomplir dans sa quête d’absolu émotionnel, de pureté mélodique absolue. Et le résultat est une très belle réussite : entre cette guitare discrètement omniprésente, parce que râpeuse, ombrageuse et un chant à la justesse comme l’élégance ineffable («Two lines»). Laquelle ne se dément jamais et devient même une très belle habitude rencontrée encore et encore au gré des pépites que réserve ce Collegium délicieusement enivrant (on pense notamment à «Queen of rain» ou «Nocturne»).

Collectif pop expérimental suisse «dirigé» par un certain Nathan Baumann (lequel a su s’entourer non sans talent de membres d’Abraham, Coilguns, Derrick, The Ocean...), The Fawn réunit une vingtaine de musiciens (plutôt issus de la sphère «hard»), graphistes, vidéastes, programmeurs web, photographes, avec pour ambition de proposer une plateforme de composition et d’expérimentation ménageant un espace de création différent de ce à quoi sont habitués les artistes conviés aux festivités du projet. Une manière de créer une forme d’expression tout en étant garant d’un langage de composition affirmé. 3 efforts 100% handmade (The fawn I, II, III), ainsi qu’un disque disponible en «open source» sur le web (Who’s the fawn) plus tard, tous publiés dans des tirages collector et extrêmement limités, la joyeuse troupe passe ici à l’étape suivante en proposant le biennommé Collegium. Une sorte de grand barnum pop indie et organique, façon «suisse» en somme. Soit dans les faits un recueil de compositions finement ciselées, perdues quelque part entre indie-folk crépusculaire et pop baroque («The arche», «Paper cuts»). Une suite de pièces habilement structurées, exhalant une beauté diaphane et languissante. Le propos se veut à la fois lunaire et «terrien», tutoyant ci et là les

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Exaltante, intimiste et toujours sur le fil du rasoir, la pop de The Fawn, de par son écriture comme ce qu’elle renvoie d’un point de vue sensoriel, évoque régulièrement le travail de Radiohead mais également celui de son voisin de label, Louis Jucker («Asylum»). Complainte presque maladive, ode à l’évasion ataraxique mais pudique, Collegium est un album évitant intelligemment le cliché plus qu’éculé de la mélopée lacrymale, pour affirmer son éthique créative en même temps qu’une personnalité artistique déjà affirmée. Une griffe, qui trouve son espace d’expression sur des pièces à la fois racées et tantôt lumineuses, d’autres fois plus ténébreuses («Good friends», «Summerbreeze», «Dive»...), quoiqu’il en soit, toujours dans l’esprit d’un songwriting fouillé et inspirant («Like a ghost»). Peu ou pas de fausse note apparente sur cet album extrêmement abouti mais en même temps suffisamment dépouillé pour ne pas jouer avec les faux-semblants («Perspectives»), quoiqu’ils touchent, les Suisses transforment tout ce qu’ils entreprennent en véritable pépite du genre. Un dernier tour de piste avec une conclusion minimaliste à souhait («The time machine») et l’album laisse retomber le silence, non sans avoir au préalable emporté les sens de son auditoire dans une oraison vespérale à la mélancolie infiniment envoûtante. Classe... Aurelio


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Oxycoupeur

9 songs for retarded teenagers (Some Produkt) que ce groupe évoque à la fois Dag Nasty, Minor Threat ou même nos Burning Heads.

Quand mon facteur dépose une très grande enveloppe en provenance de Périgueux dans ma boîte aux lettres, je sais que je vais passer une bonne journée. En effet, les activistes de Some Produkt ont pensé à moi dans le but que je couche sur papier numérique mes impressions sur leur dernière production. En l’occurrence, le très beau vinyle marbré de couleur rouge et blanche et agrémenté d’un CD renferme le premier album d’Oxycoupeur. Oxycoupeur, désolé, je ne connais pas, je m’en vais donc jeter un coup d’œil sur la biographie. Premier album de dix titres sur le LP (9 sur le CD qui ne contient pas la reprise de «Wasted» de Black Flag mais que tu peux retrouver sur la dernière compilation de Cafzic) pour un groupe formé en 2006. OK. Quelques dizaines de concerts avec les Burning Heads, Sons of Buddha, UMFM, Adolescents, Hard-Ons. Bien. Et quand je m’aperçois que la figure locale Pompon est de la partie à la batterie, je me dis qu’on est même très bien. Et la musique dans tout ça ? Punk hardcore oldschool. Ni plus ni moins. Bon, d’accord, quelques touches de mélo, un soupçon de reggae et des passages noise agrémentent le tout. Mais dans les grandes lignes, c’est bien du côté du punk hardcore ricain qu’il faut regarder. Ce n’est pas pour rien

Ce premier album s’écoute d’une traite, avec le sourire aux lèvres. Pas forcément emballé lorsque que j’ai entendu une première fois ce disque, je me suis pris au jeu dès le deuxième passage des dix titres. Il ne faut pas s’attendre à une production surpuissante, ni à des morceaux riches en riffs et fins en arrangements. Ah ça, non. Avec Oxycoupeur, ça va tout droit, sans se poser de question, et le groupe est plus qu’efficace quand il s’agit d’alterner morceaux mélodiques («Broken wings» et cette ligne de basse entêtante, «Down again») et bombes punk hardcore à l’ancienne («Never let me down», «No choice»). Ça sent bon les années 90, toute une palette d’émotions se succèdent tout au long de ce disque. Si bien qu’à l’écoute de 9 songs for retarded teenagers, et même si l’interprétation semble parfois un peu bancale et que le chant est destiné à un public averti, on sait qu’on a affaire à quatre gars qui en connaissent un rayon et qui transposent avec conviction leur amour pour le punk rock au sens large. Ce qui explique qu’Oxycoupeur est également à son avantage quand il lorgne du coté de la noise («Broken wings») et même du reggae («Live my life today», mix parfait d’un Clash dans l’esprit et d’un Burning Heads dans l’exécution). C’est le seul titre vraiment discutable, non pas dans son interprétation mais quant à la présence sur ce disque oldschool de ce (bon) morceau métal punk rap fusion en français, sur lequel participe le rappeur Rhamsa (dans un esprit de ce qu’à pu faire Svinkels avec Parabellum). Comme quoi nos quatre adolescents attardés ont l’esprit large et de la suite dans les idées. Sans être révolutionnaire, 9 songs for retarded teenagers, enregistré à la maison en deux sessions espacées d’une année, est une bonne galette sentant bon l’authenticité et l’amour de la musique. Et rien que ça, c’est énorme ! Gui de Champi

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TALIA

Permanent midlife crisis (Infested Records) musical car leur rock, qui oscille entre pop vitaminée et grunge accrocheur, nous plonge dans un monde où Nada Surf, Ethyline, Radish ou Ammonia parlent au plus grand nombre et ne sont pas confinés dans les college radios US ou au rayon bande son de séries pour ados. S’il semble qu’il vaut mieux avoir vécu la fin des années 90 pour apprécier pleinement ce rock gonflé d’énergie et de mélodies, Talia prouve en une dizaine de titres que la recette fonctionne toujours dans les années 2010 (paye ton coup de vieux !) et qu’on peut approcher la quarantaine sans connaître la crise éponyme tout en kiffant un son frais et bien envoyé.

Jouer dans un groupe durable sans rencontrer de difficultés est impossible... Mais avec passion Nicolas, chanteur et guitariste, s’accroche à son projet qu’est Talia. Parisien, il monte ce groupe avec deux amis, ils composent, répètent sans faire trop de bruit entre 2002 et 2006, l’année du changement puisque le groupe semble se dissoudre... C’était sans compter sur la rencontre d’Arnaud, batteur, qui ranime l’envie de poursuivre l’aventure puis l’arrivée d’Alice, bassiste, pour reformer un trio qui garde le même nom et quelques morceaux de compositions qu’ils enregistrent assez vite... Mais ne sortent que deux ans plus tard, faute de label solide pour les aider. Ce premier opus, Cockroach killer, ne bénéficie pas d’un artwork qui émoustille les aventuriers de sons frais, il faudra attendre encore 5 ans et le printemps 2013 pour que Talia refasse (un peu) parler de lui avec Permanent midlife crisis au look plus engageant... Cheveux mi-longs, veste en jean crado, ceinture qui explose les portiques de sécurité, la pochette sent bon les années 90 alors que la posture du photographié en dit long sur son état d’esprit. Y’a comme une odeur de jeune désabusé... Une «teenage angst» mais avec 20 ans de retard, ça donne Permanent midlife crisis. Talia a tout bon côté décor et pas loin d’avoir tout bon aussi côté

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Talia balance du pep’s dans tes enceintes mais si les douze compos sont toutes intéressantes et évitent chacune les fautes de goût (même les petits solos passent bien), je n’ai pas trouvé le morceau qui claque, le tube en puissance qui fera chavirer l’auditeur avide de sensations fortes immédiates. L’album dans son intégralité est catchy, bien produit, super agréable, il lui manque juste une bombe à la «Popular», «Wings», «Little pink stars» ou «Drugs», le single qui te forcera à creuser pour découvrir ce que le groupe propose et pas seulement se contenter d’une écoute zapping. Tu l’auras compris, Permanent midlife crisis regorge de bons riffs et de belles mélodies mais tu vas devoir prendre le temps de l’écouter pour l’apprécier et ne pas juger le groupe que sur son clip/single «Every minute every hour» ou un autre titre. Oli


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+ Simon Chainsaw

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Castles

Fiction or truth? (Black Basset Records) runner»). Tantôt rock noisy frondeur, d’autres fois hardcore-punk, souvent les deux réunis, le résultat ici proposé est de qualité largement supérieure (à la normale) et aussi sur-tendue que racée, même pour les oreilles les plus aiguisées. Autant du point de vue de ce groove rock de cogneurs («We are fascinated») que des harangues noise-punk supersoniques que le power-trio européen aligne avec une aisance régulièrement déconcertante («Untame»).

Second album studio pour la formation belgo-britannique Castle et nouvelle production LP signée par Black Basset Records, un label définitivement «dédié» au support vinyl (Billions of Comrades, Mont-Doré, Seilman Bellinsky, Thot.) - ses sorties voient également le jour en digital soit dit en passant - pour un résultat toujours aussi classe. Quelque soit le style appréhendé, puisque après un cocktail math-pop électronique puis une foudroyante giclée de screamo/post-punk, la petite maison de disques bruxellois s’attaque au rock/noise hardcore/ punk de Castles. Qui, dès le morceau ouvrant Fiction or truth ? montre son vrai visage sans même faire semblant de se dissimuler derrière une intro classieuse et satinée.

Trois musiciens, deux nationalités, pas mal de possibilités : toutes ou presque ici exploitées le temps d’un album âpre et rugueux (l’éponyme «Fiction or truth ?», «Chew the roots»), nappé d’une urgence que lui confèrent des titres aussi courts que ramassés, aspergeant l’auditeur de leur venin largement hérité des Akimbo, Faith No More, Keelhaul, Taint, Unsane et autres Fugazi (pour citer une rafale d’influences). Sachant que le tout porte en prime le sceau de Kurt Ballou producteur (Converge, Kvelertak, Modern Life Is War) au sein de son fameux God City Studio, on n’est guère surpris de prendre une claque en pleine face avec cet album signé de la main d’un groupe à qui tout réussi. Même quand il modère un peu son tempo, qu’il se veut plus mouvant et vénéneux plutôt que clairement «In your face» (avec «Boneshaker»). Et s’il n’est jamais meilleur que lorsqu’il donne tout ce qu’il a dans le ventre sur un «Followed by 100 rates» viscéral ou un «The great rot» terminal et salvateur, Castles fait l’étalage ici d’un sacré potentiel, parfaitement exploité. Aurelio

On oublie l’usage et on attaque directement la platine pied au plancher, les crocs acérés, une grosse envie d’en découvre et donc ce «Palm reader» inaugural qui roule des mécaniques, expose fièrement sa musculature sonore et barbouille au passage les enceintes comme il faut. Hargneux, salvateur et bien gueulard, le titre suivant ne baisse pas réellement de ton. Pas plus qu’il ne se restreint quant à l’intensité qui transparaît à l’écoute de ces deux premiers morceaux («Bask in the slimelight»). Ou de la suite d’ailleurs («Long distance

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DIRTY FONZY

Riot in the pit (Delete Your Favorite Records)

2014 est décidemment une belle année pour le punk rock «made in France». Quelques belles galettes vont en effet faire belle figure dans les bacs, comme par exemple le quatrième album des Flying Donuts et la nouvelle production des Albigeois de Dirty Fonzy (celleci néanmoins sortie en toute fin d’année 2013). Mais si, tu sais, Dirty Fonzy, dix piges d’existence et toujours la même passion quand il s’agit d’envoyer des brûlots rageurs et ravageurs. Sorti chez Delete Your Favorite Records (Happening, Not Scientists...), Riot in the pit est tout simplement le moyen de passer un excellent moment. Mis en boîte au Warm Audio (UMFM, Flying Donuts...) et mixé au studio Pole Nord par Fred Norguet (Burning Heads, Seven Hate, Second Rate), ce nouvel album (leur 5ème) sonne du feu de Dieu. Et ce son mastoc ne fait que mettre en avant les compositions simples et efficaces du quintet du sud ouest toujours influencé par The Clash, The Ramones et Rancid (entres autres, hein ?). Il faut dire que niveau punk rock abrasif, rapide et massif, Dirty Fonzy en connaît un rayon.

que l’on puisse dire, c’est que la mayonnaise prend immédiatement ! «Riot in the pit», morceau ouvrant le disque, prend déjà à la gorge, et ses 62 secondes ne laissent pas le temps à l’auditeur de reprendre sa respiration. Et ne comptez pas sur «Tell me why you dit it» pour relâcher la pression, même si ce titre se veut bien plus mélodique. La voix (et l’accent anglais !) éraillée d’Angelo Papas se marie parfaitement au punk mélodique «Gone wrong», comme quoi il n’est pas forcément nécessaire de monter dans les tours pour être efficace et puissant, même si «Another day on the road», son successeur, énergique et percutant, ne souffre d’aucun complexe. Rapide et dévastateur, le punk rock de Dirty Fonzy peut même se transformer en power pop rock sans avoir à rougir tellement ça fonctionne («Endless birthday»), mais c’est certainement avec son punk rock sans complexe, sans fioriture et parfois débile que Dirty Fonzy est le plus à l’aise («What the fuck», «One spirit», «Kreuzberg blackout»). Toujours est-il que les multiples couleurs apportées au punk rock des Tarnais font de ce Riot in the pit une réussite. Et ce n’est pas «Better tomorrow» et son intro hard rockesque ou le chaleureux «Comix tatoo» qui me contrediront. À défaut d’originalité, Dirty Fonzy joue la carte de la qualité avec des compositions en béton et une production puissante. Il va falloir surveiller avec attention les dates de la tournée qui va suivre, car il serait dommage de louper l’occasion de passer du bon temps avec cet excellent groupe de scène qui défendra bec et ongles cet excellent album. Gui de Champi

Tous les ingrédients pour faire de bons morceaux de punk rock sont ici présents en abondance, et le moins

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ORIGAMIBIRO Collection (Denovali Records)

Entre électro-acoustique, ambient volatil et musique répétitive aux expérimentations bruitistes incertaines («Unravelled in wreathes», «Noshi», «Poised from the bulb»), l’Anglais invente, conceptualise, fabrique, déconstruit des motifs sonores souvent insaisissables mais également en les parsemant par instants de très jolies esquisses mélodiques.

Quand ils signent un artiste relativement confidentiel (parce que souvent extrêmement pointu... et c’est quasi systématiquement sinon toujours le cas) ayant déjà à plusieurs opus discographiques à son compteur, les heureux propriétaires de la petite maison de disques allemande que l’on ne présente plus en ces pages, soit Denovali Records, n’aiment rien moins que rééditer toute ou partie du catalogue de leur nouveau sociétaire. Dans le cas du projet anglo-saxon Origamibiro & The Joy of Box, il y avait déjà 3 albums (dont un recueil de remixes) à l’actif de ce trio basé à Nottingham (les frontières n’arrêteront jamais le label, au contraire, elles le stimulent), que l’on retrouve ici dans une mini-boxset CD ou vinyle sobrement baptisé Collection. Pourquoi faire compliqué ? 3 disques au programme dont le premier Cracked mirrors and stopped clocks a été conçu en solo à l’époque où le projet n’était l’oeuvre «que» d’un seul homme : Tom Hill, sous le pseudo d’Origamibiro. Simple on a dit. Une œuvre compilant une douzaine d’intrigants collages sonores, de petites créations soigneusement bricolées pour instiller des ambiances atypiques, à l’heure où le résultat était destiné à ne jamais sortir de la bulle du studio d’enregistrement pour avoir une représentation live.

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On arpente les sillons sonores tracés par le sculpteur de sons britannique, devinant ci et là nombre de passages où celui-ci a laissé libre court à ses improvisations, ses nombreuses tentatives bruitistes, ce, même si elles aboutissent parfois à des choses pour le moins déconcertantes («Dissect ephemeral»). A d’autres moments même un peu absconses sinon stériles («The last of its leaves», «Unknown the walls») parce que brouillonnes, inabouties. Pour autant, Cracked mirrors and stopped clocks réserve aussi à son auditoire quelques beaux moments de musicalité habilement dessinés. Lesquels viennent se lover dans un minimalisme ascétique à l’élégance feutrée («Womb duvet», «Gathers in puddles»), comme une beauté diaphane envoûtante («Remnants», «Vitreous detachment») témoignant de ce que peut offrir Origamibiro quand il est au sommet de son sujet. Avec l’éponyme «Cracked mirrors and stopped clocks» puis la conclusion «No more counterfeit bliss» notamment, deux ultimes pièces de toute beauté, mais qui ne sont en réalité pas grand chose à côté de ce qu’offre la suite... Shakkei puis Shakkei remixed sont les fruits de l’intense collaboration créative des désormais trois musiciens, compositeurs, créateurs graphique et vidéastes réunis sous le nom d’Origamibiro & The Joy of Box. Le temps a passé depuis Cracked mirrors and stopped clocks et son auteur s’est donc entouré de deux nouveaux collaborateurs ouvrant ainsi au projet un infini champ des possibles («Impressions of footfall», «Sphaera») pour un résultat dépassant de très loin son prédécesseur. Car si le constat peut paraître d’une simplicité infantile, la réalité n’en est pas moins que Shakkei semble démultiplier à l’envie son potentiel artistique.


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Les morceaux ont gagné en densité émotionnelle, en créativité pure. Dans le raffinement apporté à l’atmosphère générale du disque également, mais aussi et surtout à la richesse qui s’en dégage, la puissance évocatrice de ses panoramas sonores (le sublime «Dismantle piece»), Origamibiro & The Joy of Box fait des miracles. Tant du point de vue de ses ambiances («Ballerina platform shoes») à la fois urbaines et intemporelles que de ses mélodies, à la fois fuselées et organiques («Quad time and the genius of the crowd») que l’on croirait presque débarquées d’Islande et du studio de Sigur Ros et consorts. En plus expérimental toutefois («Sedimental value», «Nootaikok»), mais pas forcément pour un résultat moins ébouriffant. «Flotsam drift» puis le divin «Brother of dusk and umber» en témoignent une ultime et dernière fois, Shakkei est l’album qui fait de ce projet désormais tripartite un quasi incontournable de sa sphère musicale. Entre ambient ouaté, musique acoustique précieuse et néo-classique, Origamibiro livre ici une partition de très haute volée à laquelle il ne manque rien sinon un peu plus de reconnaissance médiatique et publique. Si bien que l’intérêt de Shakkei remixed, le troisième disque parachevant cette mini-boxset qu’est Collection s’en trouve largement diminué. Alors certes, reconnaissons au concept du remix le fait que la musique du trio s’y prête tout particulièrement, mais au final, sachant que cet exercice ne rend que très rarement le résultat meilleur ou au moins aussi intéressant que le matériau originel, on passe rapidement sur l’objet. Ce même si les versions revisitées de «Sedimental value» ou «Flotsam drift» valent tout de même que l’on s’y attarde quelques instants. Puis de toutes les façons, après une telle quantité de titres à appréhender, un peu plus ou un peu moins, on n’est plus à ça près. Aurelio

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LES DISQUES DU MOIS

Damned Spring FragrantiA Divergences (Basick Records) quasi constamment, le groupe propose ici un véritable petit catalogue du genre.

Dès les premières mesures de l’inaugural «Still alive», Damned Spring Fragrantia démontre qu’il en a sous la pédale comme on dit. Grosse production, parfait dosage entre metal/mathcore burné, djent progressif et velléités HxC viriles, les Italiens maîtrisent leur sujet et le substrat sonore proposé fait déjà de jolis dégâts dans la tuyauterie. Quelques poussées de fièvre plutôt intenses plus tard et surtout une grosse dynamique rythmique doublée d’un riffing de patrons, Divergences est déjà sur orbite.

Premier album long-format des Parmesans ici propulsés sur la scène européenne par le toujours très recommandable Basick Records (Aliases, Circles, Bear, Misery Signals, Uneven Structures...), l’objet continue de se dévoiler avec cet «A common tragedy» ouvertement frontal puis le surpuissant «The obsidian fate». Evidemment, à ce niveau-là et surtout dans ce registre musical précis, Damned Spring Fragrantia n’invente rien, se contente même (trop ?) souvent de recycler ses classiques tant du point de vue du format technique que des motifs mélodiques, mais sans jamais baisser de rythme ni d’intensité. Parfaitement calibré, recherchant jusqu’à l’outrance une efficacité qu’il trouve

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Une sorte de dictionnaire illustré de ce qu’un groupe ferraillant dans ce registre musical peut proposer de mieux en la matière (en témoigne notamment le sauvage «Drowned in Cyan»), en commençant par le menu et en terminant le travail avec un dessert particulièrement goûtu qui n’en laisse pas une miette. On s’envoie en rafale les «DMZ», «Pariah» ou «Divergences» et un constat émerge, outre les qualités intrinsèques du groupe : celui d’une uniformisation tech-metal/djent/ mathcore certes redoutable dans sa force de frappe, mais tout de même un poil répétitif sinon un peu «too much» dans le côté «metal tuné» et donc légèrement surproduit («The refusal effect»). Pour autant quoique parfois un peu déshumanisé, Damned Spring Fragrantia propose ici un premier album brutalement «hi-energy» et solidement usiné («Lost shores», «Heritage»). Aurelio


LES LIVRES DU MOIS

Pearl Jam

Pearl Jam: Pulsion Vitales (Camion Blanc)

J‘ai découvert Pearl Jam en 1993, alors que venait juste de sortir l’énormissime Vs, 2ème album du gang de Seattle. J’ai rattrapé mon retard en me procurant Ten, puis je suis resté bouche bée par Vitalogy et No code. Et même si j’ai suivi avec moins d’assiduité le virage de la fin des années 90 et du début des années 2000, Pearl Jam a toujours été un groupe important pour moi. Ce mélange de rock et de punk, la voix incontournable d’Eddie Vedder, et ces tubes qui ont bouleversé toute une génération de jeunes (et de moins jeunes) à travers le monde. Et alors que le groupe a commercialisé il y a quelque mois Lightning bolt, son 10ème album, Cyril Jégou publie Pulsions vitales chez Camion Blanc. Les fans de Pearl Jam adoreront. Les amateurs de rock en général aussi... A travers 450 pages, Cyril Jégou revient sur l’histoire incroyable d’un groupe à l’origine de ce mouvement qu’on a communément appelé le grunge (terme venant d’une blague par les membres de Green River et par le label Sub Pop, et repris par la suite par le business pour faire pleuvoir les dollars). Un groupe qui a «subi» son succès foudroyant au cours des années 90, faisant tout ce qu’il pouvait pour rester le plus anonyme possible (pas de promo, pas de clips) mais qui, paradoxalement, devenait de plus en plus populaire. Un groupe engagé et voulant se détacher du système (mal-

gré sa signature sur une major), connu pour son combat perdu d’avance contre Ticketmaster et les prix de billets de concert jugés trop élevés. Un groupe au leader tourmenté, mal dans sa peau et militant contre les armes et pour l’avortement. Puis, au cours des années 2000, une formation qui montera sa propre structure pour rester 100 % indépendant, un groupe mieux dans sa peau car déchargé du fardeau grunge qui lui avait été imposé telle une armure sur le corps, et devenu aujourd’hui un groupe de rock à part entière. Un groupe de rock qu’il a toujours été. L’auteur de ce livre décortique avec brio chaque album enregistré par le quintet, nous rappelle des événements majeurs du groupe (les tournées triomphales à travers le monde, les problèmes de drogue, la mort de proches, le drame du festival Roskilde, etc...), et il est important de souligner le travail de recherche colossal de ce passionné. Mais l’autre intérêt de ce livre est la chronologie de ce qu’a été cette scène de Seattle au cours des années 90, la genèse d’une période dorée durant laquelle Nirvana, Soundgarden, Mudhoney, Screaming Trees ont éclos, connaissant des trajectoires diverses et variées, avec pour quasi dénominateur commun le label Sup Pop. Et Cyril Jégou entremêle avec intelligence l’histoire de ces groupes qui ont façonné à leur manière cette scène qui, à l’heure où Internet et les mp3 n’existaient pas encore, faisait rêver les fans de rock du monde entier. Des groupes plus ou moins liés de par les amitiés, les connexions musicales ou les histoires de vie, tout simplement. Du coup, le lecteur se trouve plongé non pas dans la vie d’une des formations majeurs de la scène rock, mais dans l’univers d’une période majeure de l’histoire de la musique et concentré dans cette ville du Nord Ouest des Etats-Unis. Pearl Jam : pulsions vitales est donc un livre (complété d’une mini BD en fin d’ouvrage) qui permet de comprendre ce qui s’est passé à Seattle au début des années 90 et comment un groupe comme Pearl Jam, par son authenticité et son amour de la musique, a su traverser ce phénomène de mode qu’est le grunge. Passionnant. Gui de Champi

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INTERVIEW TEXTE

HELLFEST 2014 > Sold out ! Quasiment six mois avant l’événement, le Hellfest cuvée 2014 était sold out. Faut dire qu’avec l’affiche attrayante proposée par Ben et ses sbires, ça ne pouvait pas être autrement. Tu penses bien qu’on a voulu en savoir un peu plus. Alexxx a pris le temps de répondre à nos questions le temps d’une interview riche en infos et anecdotes. Go ! Salut Alexxx... Tout d’abord, en guise d’introduction, peux-tu nous présenter en quelques mots ton background, tes activités dans la musique avant le Hellfest et tes fonctions au sein du festival ? La musique, j’en fais depuis quinze ans avec notamment Otargos, Kause 4 Konflikt, Psoriasis. Entre les tournées et les collaboration avec pas mal de labels, j’ai toujours travaillé dans le milieu de la musique. Parallèlement graphiste, j’ai monté une association qui organisait des concerts, fait de la radio : et ai donc touché à pas mal de domaines qui gravitaient autour de la musique metal. J’ai ainsi monté mon réseau avant de rejoindre l’équipe de Hellfest il y a environ deux ans. A la base, j’avais démarché l’association pour réaliser un stage en tant que graphiste, puis je suis rentré au sein de l’équipe. Concrètement, mes missions sur le festival sont celles d’un chargé de communication et de production. En gros, je m’occupe de tout ce qui à trait au «community management» : gestion du site internet, des réseaux sociaux, aide aux partenaires et opérations marketing en plus du fan club que nous venons de monter : le Hell-

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fest Cult. A coté de ça, je fais également de la production artistique : je m’occupe d’héberger et de transporter, au niveau interne et externe, tous les artistes et invités du festival. En parlant du Hellfest Cult, peux-tu m’en dire plus ? L’intérêt de ce fan club pour le festival, le nombre de membres aujourd’hui, leurs avantages, quelle finalité pour le festival ? C’est notre première année, c’est une sorte de beta test. On a compris qu’il existait une communauté de «fans» du festival assez forte qui ne se posait pas particulièrement la question de la programmation. Car chaque année, nous mettons en place une billetterie pendant l’exploitation pour l’année suivante, et certains sont contents de pouvoir acheter directement leurs places pour l’année suivante, sans se soucier de la programmation. Il se passe quelque chose, il y a une entité, et ces gens-là suivent le festival, quoi qu’il en soit. Cette communauté, on a décidé de la «regrouper» sous la même bannière, et de créer un système de «fan club» qui n’a jamais vraiment été fait au sein d’un festival, en créant


Quelques changements ont pu être perçus sur le site du Hellfest l’année dernière, avec une nouvelle Valley, une Warzone en plein air et une nouvelle zone de bouffe. Quels sont les points positifs et négatifs constatés lors du bilan ? Y aura-t-il des réajustements pour l’édition 2014 ? Quels sont les changements que l’on pourra découvrir en 2014 ? Je ne vais pas pouvoir répondre à toutes tes questions... Quand toute l’équipe technique fait des études de terrain et surtout les flux de circulation, on est obligé d’attendre le jour J de l’exploitation pour concrètement avoir des résultats. Cela signifie qu’on ne peut pas dire : «en utilisant ce schéma, on est sûr que ça va se pas-

ser comme ci ou comme ça». Pour 2013, nous sommes bien conscients que le site a été changé, mais c’est vrai qu’il y a eu un engouffrement du côté de la Warzone, que l’on aimerait bien agrandir, qu’il y en a eu un également du coté des Mainstages et que là, en attendant Iron Maiden, nous sommes bien conscients qu’il va falloir agrandir cet espace pour accueillir plus de monde devant les Mainstages. Le but du festival, c’est que tous les festivaliers puissent profiter sans se retrouver dans une boîte à sardines, d’autant plus que le festival affiche complet cet année. De nouveaux arrangements vont être faits au niveau des flux de circulation, de l’agencement, de la décoration... Il va vraiment y avoir du changement. Vraiment. Et à tous les niveaux. Même pour le Metal Corner, qui est l’antenne parallèle du festival, nous allons miser gros pour offrir un autre cadre encore plus sympa et dynamique. Il se passe tellement de choses que nous ne pouvons pas encore affirmer par A + B que ça va se passer comme ci ou comme ça, du fait que l’on soit à cinq mois du festival (ndlr : l’interview est réalisée le 13 février).

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la «milice» du festival qui supporterait nos opérations. On pensait regrouper, au moment de monter le projet, peut-être 300 personnes, mais ça a éclaté car en quinze jours, nous avons eu environ 1.000 personnes. Nous avons voulu nous arrêter à 1.000 inscrits pour des raisons logistiques : pour une première année, on ne peut pas se permettre de faire quelque chose de trop gros, car nous sommes là pour «soigner» un peu cette communauté. Pour le moment, cette communauté a comme avantage un accès à un groupe privé et une plateforme privée où le Hellfest met des exclusivités. Le déroulé du Hellfest leur est dévoilé en exclusivité. A coté de ça se créent des groupes de discussions, des groupes de rencontres via une interface complète avec des concours et des interactions. Je ne peux pas vraiment tout dévoiler car ça reste interne au groupe, c’est un peu fermé pour le moment. Il y a également la possibilité d’acheter du merchandising collectif et surtout de porter les couleurs du blouson «supporter» du festival. En plus, nous sommes en train de voir et de repenser le site de l’exploitation festival, du fait de l’importante programmation, et seront mis en place de nouveaux services pour cette communauté : il y aura certainement des accès en VIP, peut-être un bar privé pour cette communauté pour boire un verre sans forcément faire la queue et aussi permettre de se retrouver. L’idée est de pouvoir faire vivre le festival «autrement», sans forcément être sectaire. Ca permettra aussi à des festivaliers qui viennent seuls au festival, on a pu le constater, de retrouver d’autres personnes. Ce fan-club permet donc à cette communauté de se rencontrer, de partager des choses, et c’est bien là le point le plus important qu’on a voulu mettre en place.

Quel bilan tirez-vous de l’année 2013 ? De mon point de vue, ça semble s’être bien passé, mais il parait que le festival a été déficitaire. Oui, nous avons fait un bilan négatif, tout simplement à cause de la concurrence, de la taxe sur la bière, les taxes CNV (ndlr : Centre National de la Variété), les taxes SACEM : nous avons eu des charges supplémentaires qui ont été très lourdes et qui justifient en partie le déficit. Bon, après, il n’y a pas du tout péril dans la demeure...

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Alors tu analyses, tu fais le tour de la question, on a peut être perdu de l’argent l’année dernière à cause des taxes, des charges, mais cette année, nous annonçons sold-out et nous allons rééquilibrer la balance sans problème, d’autant plus que cette année, nous n’avons pas de concurrence en France, dans registre. Que t’évoquent d’une part l’annulation du Sonisphere, qui pouvait représenter un outsider sérieux en France, et, a contrario, le métal qui a le vent en poupe sur certains festivals et notamment une belle journée au Main Square ou une journée spéciale Rammstein l’année dernière aux Vieilles Charrues ? Qu’il n’y ait pas de Sonisphere, nous, ça nous arrange. D’autant plus que ce n’est pas la même politique de tra-

vail, le Sonisphere ayant tendance à ramener des têtes d’affiche sur un parking en mettant les frites à droite et les t-shirts à gauche. Ce n’est pas comme ça que nous fonctionnons. D’ailleurs, si le Sonisphere ne réitère pas, c’est peut être parce qu’il lui manque quelque chose. Après, qu’il y ait d’autres festivals sur les pays limitrophes, pourquoi pas, ça n’empêchera pas le Hellfest de perdurer car nous avons été élus «festival à la meilleure ambiance». Nous sommes conscients que les festivaliers recherchent plus qu’une simple programmation. Donc, quand tu as une programmation diabolique comme nous sommes heureux de l’annoncer cette an-

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née, et qu’en plus tu as des structures, une ambiance et des décorations, et bien je pense que tu as tout gagné, et c’est ce qu’attendent les gens. Tu parlais de Rammstein... Nous, nous y étions, ce n’a pas été un succès pour les Vieilles Charrues, ça a même été un gros risque. Nous avions émis l’idée de programmer Rammstein, mais le groupe a préféré travailler sur un festival plus «grand public», et finalement, tu t’aperçois que les Vieilles Charrues ont fait moins d’entrées que l’année précédente. Ils ont pris une casquette car ils ont voulu mélanger les publics. Alors oui, tu peux voter pour la pluralité des publics, mais dans le métal, ça marche moins. Beaucoup de gens sont allés voir Rammstein, mais beaucoup de gens sur place n’étaient pas forcément fans de ce genre de musique, et donc ça ne l’a pas fait. Nous aussi nous avons pris une casquette l’année dernière, mais les Vieilles Charrues aussi, même s’il faut rajouter les effets de la crise... Nous sommes mi-février et le Hellfest a déjà dévoilé depuis belle lurette sa programmation et le festival est complet depuis une dizaine de jours. Estimes-tu que le festival a aujourd’hui passé un cap supplémentaire ? Le public est-il de plus en plus exigeant pour connaître l’affiche au plus tôt ? Le Hellfest connaîtra-t-il un engouement comme le Wacken qui annonce complet en 48 H ? C’est difficile à dire. Tout d’abord, le fait que le festival soit complet si longtemps à l’avance, c’est une grande surprise pour nous. Nous sommes très contents car d’habitude, nous annonçons les groupes plus tard. Ben, le directeur du festival, a annoncé tout ce qu’il pouvait dire dès maintenant. Résultat des courses : le festival est sold out, c’est une bonne chose. Le festival rêve-t-il de devenir de plus en plus grand ? Oui, c’est sûr que ça serait bien. Après, nous ne sommes pas propriétaires des terrains comme le Wacken, nous ne sommes pas en Allemagne, la musique métal a eu du mal à faire sa place chez nous. Même si aujourd’hui le Hellfest est une entreprise qui fonctionne, il faut savoir qu’il y a moins de dix ans, ça a été très très difficile. Quand tu entends l’historique de Ben et la façon dont il s’est battu pour mettre en place ce festival, tu te dis que ce n’était pas gagné d’avance. Maintenant, la communauté, mais pas dans son intégralité, semble avoir accepté le festival et pour que l’on devienne plus grand, il faudrait soit que nous touchions plus de subventions, soit que nous ayons du


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terrain et donc plus de place : pour l’instant, nous ne l’avons pas. On travaille à chaque fois à s’agrandir au maximum pour accueillir plus de monde et ce afin que Hellfest reste un festival agréable. Je ne sais pas ce que sera le Hellfest dans dix ans, mais déjà, nous sommes conscients et heureux de pouvoir vivre cette expérience et de la partager avec un maximum de monde. Si je ne me trompe pas, c’est peut être la première fois dans la vie du festival qu’une tête d’affiche de niveau international se produira chaque soir, avec notamment deux groupes que vous avez ignoré l’année dernière : qu’est ce qui, en un an, a changé la donne ? On a quand même fait des éditions avec Iggy Pop, Scorpions, Alice Cooper, Deftones, Kiss, Def Leppard, Guns N Roses... il y a quand même eu par le passé des têtes d’affiche assez importantes et conséquentes. Le fait que la programmation 2014 soit ce qu’elle est, c’est à la fois un coup de chance, mais aussi un coup de risque, car au moment où Ben va à la recherche des talents, parfois ils ne sont pas disponibles, soit ils demandent trop cher, ou alors l’agent ne veut pas les faire jouer. Mais quand c’est le groupe qui demande à jouer, tu ne peux pas te permettre de dire «non, on ne veut pas de vous !», surtout quand il s’agit de gros groupes. Evidemment, Iron Maiden, on en a beaucoup parlé et en interne, on s’est dit : «merde, est-ce qu’on aura Maiden, est-ce qu’on aura Maiden ?». Et on soupçonne même cette année que ce

soit Iron Maiden qui ait demandé à son agent de venir jouer cette année au Hellfest, car quand tu es un groupe international, aussi fédérateur qu’Iron Maiden, que tu joues sur tous les festivals et que tu vois que le Hellfest a la meilleure ambiance, les meilleures décos, et qu’il y a tous les retours des artistes et de la presse, le groupe se pose des questions : «Mais pourquoi moi, je ne joue pas dans ce truc là ?». Surtout quand tu es plus proche de la fin de carrière que du début. Nous sommes conscients que la programmation de cette année est assez colossale : sans être plus royaliste que le roi, je ne crois pas qu’en France, on ait eu une programmation rock avec une telle amplitude. J’imagine que le festival a dû se battre durant les premières années avec les agents et tourneurs en tout genre pour choper des groupes. Maintenant que le festival est reconnu de tous, exigez-vous des exclus ou des dates uniques en France pour le festival, jouez-vous de cette position de leader dans le secteur ? Ce qui se passe, c’est que ce n’est pas nous qui décidons pour les artistes. Si tu prends l’exemple de Def Leppard que Ben est allé chercher l’année dernière aux EtatsUnis, on voulait offrir l’exclusivité en Europe. Le groupe dit «oui, pas de problème pour l’exclusivité» mais une fois le contrat signé et que l’agent a vendu, tu t’aperçois que comme par hasard, le groupe a tourné également en Espagne, à droite à gauche. Donc l’exclusivité, tu ne

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l’as plus, et pour ça, tu ne peux rien faire. On tente d’avoir l’exclusivité, mais le groupe est toujours maître de ses décisions. Et quand on te fait un coup comme ça, tu ne peux pas te retourner et dire «Non, vous ne respectez pas les contrats,...». On n’est pas du tout comme ça et de toute façon, ça serait peine perdue : tu rentrerais dans une paperasse administrative infernale et tu ne pourrais jamais rien faire. Même si Ben fait la programmation et qu’il décide de qui joue, quand l’artiste est validé, c’est ensuite cet artiste qui est chez lui. En ce qui concerne la programmation, et bien que ça ne date pas de cette année, le Hellfest rivalise avec les plus gros festos européens... Avez-vous la volonté de devenir le plus gros festos européen ? Je ne sais pas si nous avons l’intention de devenir le plus gros... en fait, non, je ne le pense pas. Nous avons l’intention de devenir un festival reconnu en France, ça oui. Après, le Hellfest n’a même pas dix ans. Tu parlais du Wacken tout à l’heure. Ce festival a quel âge ? 20, 25 ans ? (NDLR : 24 cette année, il a débuté avec 6 groupes pour 6 euros en 1990) Il a un public allemand. Avant qu’on soit plus gros que Wacken et qu’on arrive à faire sold out comme eux, il y a encore du chemin. Nous, ce que nous voulons, c’est redorer l’image du métal et du rock en France. Il y a dix ans, les mass médias s’en branlaient du Hellfest. Et maintenant qu’il va y avoir un rassemblement de 45.000 personnes par jour à Clisson, ils se doivent de s’interroger sur ce qui se passe. C’est un peu ça la gloire de notre truc : nous créons un évènement durant lequel nous sommes tous fans de la même musique, et c’est ça qui est grand. Après, nous n’avons pas l’intention de devenir le plus gros... On serait content de détrôner les Vieilles Charrues. Si nous arrivons, en France, à montrer que le mouvement musical «metal» est en train d’enrhumer tous les festivals qui sont subventionnés alors que nous sommes quasi autonomes, c’est quand même énorme. Imagine l’aventure : tu pars de rien et tu arrives à ça... En plus, pour une musique qui est, à la base, cataloguée de marginale, surtout en France. Si tu parles de la musique que toi et moi nous écoutons, tu n’as aucune considération, et quand les médias en parlent, ils disent souvent de la merde, car ils ne savent pas trop de quoi ils parlent. Et nous, ça nous fait rire car nous faisons tous partie de cette même secte secrète qu’est le metal. En les enten-

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dant parler, tu te rends compte qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent. Nous sommes là, tous ensemble, et il se passe quelque chose et tu leur montres ce qu’on fait, et ainsi, en devenant de plus en plus gros, «on existe». C’est différent aux USA et même dans le reste de l’Europe mais en France, nous avons un peu la rage de dire que cette musique, même dans les petites structures, est très peu considérée, que ce soit dans le rock soft que dans les groupes les plus occultes et plus extrêmes. Et nous sommes donc contents de dire que, non seulement nous sommes suivis, que les mass médias s’intéressent de plus en plus à nous, et que le rassemblement de personnes est tellement conséquent sans un seul incident, avec des groupes assez prestigieux, que tu enrhumes tout le monde. Le but est de faire valoir la

musique telle qu’elle est, de faire un festival hyper beau qui se détache de tout et à partir d’une collectivité qui est à la base marginale. Après Iron Maiden, Black Sabbath, Aerosmith, il va être difficile de viser plus haut. Sans déconner, vous avez encore des cartes dans le chapeau, car là, j’ai vraiment du mal à voir ce que vous pouvez proposer de plus gros. Et bien il y en a... Evidemment, tout le monde pensera de suite à Metallica, AC/DC,... Mais ça, c’est encore autre chose, c’est une autre stratosphère. Ce qui se passe, c’est qu’en 2011, nous avions quatre scènes : en 2012 on passe à six scènes. En 2010, nous étions loin d’imaginer qu’on aurait quelques années plus tard Iron Maiden sur l’affiche. On est incapable de dire ce qu’il y aura en 2015. Ce qui est sûr, c’est que ça sera les dix ans, et que des gros groupes, il en reste encore : Alice In Chains, Rage Against The Machine,... Au sein du bureau, aucun


L’année prochaine, le Hellfest fêtera ses dix ans : avezvous d’ores et déjà prévu quelque chose d’exceptionnel, une journée supplémentaire, un best of de la programmation des neuf premières éditions ? Non. Pour le moment, nous savons que ce sera les dix ans, mais pour l’instant, on prépare tellement les nouveautés de l’édition 2014 que nous nous concentrons vraiment là-dessus. Il va y avoir pas mal de changements et de nouveautés. Le Hellfest va vraiment être repensé, et nous sommes conscients que les festivaliers veulent toujours avoir un petit truc en plus. Et en 2014, il va se passer quelque chose. Je ne peux pas spoiler car il y a encore des projets en réflexion et que rien n’est confirmé, mais il va y avoir du lourd ! Quelles sont tes fonctions pendant le week-end du festival ? Trouves-tu du temps pour aller voir certains groupes qui te sont chers dans la programmation ? N’éprouves-tu pas une certaine frustration de ne pas pouvoir assister au show d’un groupe que tu tenais énormément à faire figurer sur l’affiche ? Quels sont les cinq groupes que tu ne louperas pas cette année ? Frustration ? Non, aucune. Nous travaillons avec les artistes en amont pendant très longtemps, nous avons une sorte de relation épistolaire virtuelle. Je suis moimême amené à rencontrer ces artistes car je suis dans les bureaux de production et à l’accueil : je gère donc toutes les équipes de «run» et les équipes d’accueil des artistes, et on gère toute sorte de problèmes. L’année dernière, je voulais voir Danzig que je suis allé voir, et c’est tout ce que j’ai vu si ma mémoire est bonne. C’était la fin du festival. Ah non, je suis passé en coup de vent voir le show «spécial» de Down suite à l’annulation de Clutch. Donc frustré, pas du tout, car nous sommes enfermés dans les bureaux de production à gérer pas mal de choses mais ça m’arrive, quand je vais sur le site de l’exploitation et que je fais un tour le vendredi vers 20h. Quand je rentre dans mon bureau, le site est désert, et quand j’en ressors pour la première fois, le site est rempli et il y a alors une sorte de montée d’émotion énorme ! «Voilà ce qu’on a réussi à construire en un an !» et ça, c’est amplement suffisant. Tu t’aperçois que quand tu es au cœur de ce truc, la musique et les shows en eux mêmes sont annexes. Tu ne te dis plus : «j’ai envie de voir ça sur scène», car tu travailles pour le Hellfest, tu ne travailles plus pour les concerts mais pour l’évènement

en globalité. Après, cette année, j’aimerais bien voir Clutch, mais vraiment si j’ai te temps car généralement, je me lève à 8 heures et je me couche à 6 ! En gros, je dors deux heures ! Je ne fais que courir, mais ce n’est vraiment pas très grave car le Hellfest, je l’ai fait en tant que festivalier, en tant qu’invité, en tant qu’artiste et en tant que salarié : et bien pour moi, festivalier, c’est ce que j’ai le moins aimé car j’ai maintenant l’opportunité de travailler au sein du festival.

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nom n’est tombé, on ne sait rien : c’est Ben qui garde ça secrètement, et je ne sais même pas s’il a déjà des propositions qui sont tombées. Mais connaissant le boss, tout est possible !

Peux-tu nous faire part d’anecdotes concernant les groupes reçus sur le Hellfest ? Qu’est-ce que je pourrais te raconter ?... On me le demande souvent mais comme il se passe dix ou quinze choses par minute, ton cerveau n’a pas le temps d’enregistrer tout car il agit immédiatement et qu’il est surchargé d’informations... Ah, en 2012, Machine Head : le groupe avait réservé un tour bus qui venait les récupérer après le show, et ils se sont trompés dans les dates de réservations. Le tour bus qui devait les récupérer tout de suite après le show pour les emmener à Paris le soirmême en vue de récupérer un avion n’est donc jamais arrivé. Sans tour bus, tu te retrouves dans l’urgence avec Machine Head et son staff, environ 15 personnes au total, avec des flight case à gogo... en te disant : «mais merde, les gars ont un avion dans quatre ou cinq heures, on est à Clisson, qu’est-ce qu’on fait ?». Donc, ça a été la course à trouver une entreprise de tour bus un vendredi soir à 22 heures. On a bataillé, tu passes un certain temps à trouver des solutions avec des taxis, et comme Machine Head était tellement pressé, on voit les taxis arriver, on envoie les gars dans les vans, et ils sont partis en oubliant un technicien qui était parti pisser. Ces taxis font Clisson - Paris et ça bombarde, ils ont des contraintes de temps, il faut que ça aille hyper vite, et à peine les taxis arrivés, en une minute, les vans étaient déjà dégagés et je vois l’autre revenir la bite à l’air «et moi, je suis tout seul, je fais partie du crew de Machine Head !». Résultat des courses : il a fallu faire la guerre au talkie walkie à appeler tous les barrages un par un pour arrêter les bagnoles. Je te laisse imaginer la boule de stress, mais on a réussi à arrêter une voiture et faire récupérer le technicien, mais ça a été une bonne lourdeur. Je te laisse imaginer quand les bagages sont perdus, quand Arcturus a perdu ses tenues de scène,... Il y a des anecdotes à la pelle et chaque année, tu as des querelles d’artistes. Ou tu as aussi des artistes un peu plus difficiles que d’autres, des artistes un peu bourrés car ils ont fait la fête et qu’ils se sont perdus, tu es censé en ramener six et il en manque un, il faut le retrouver, et retrouver un métalleux parmi un métalleux... j’ai beau

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être fan de la musique, je ne connais pas forcément tous leur tête... Et cette rumeur selon laquelle Kiss demande des loges «brutes» en y aménageant son propre mobilier ? Non, ça ne va pas jusque-là, mais Kiss, ça amène beaucoup de monde, même leur cuisinier. Kiss est une entreprise, c’est vraiment très très gros, donc, ils ont des riders qu’on essaye de suivre, mais ce sont des Américains qui disent «on veut de la glace, on veut des salles de musculation,...». Nous, on s’arrange pour que les headliners soient reçus de la meilleure façon à répondre à toutes leurs demandes, et quand on ne peut pas le faire, on s’arrange pour leur trouver une solution équivalente. Mais non, Kiss ne vient pas avec son mobilier, mais il viennent avec beaucoup de choses et ils sont très nombreux ! Mais ce sont des productions énormes, donc c’est normal qu’ils aient besoin d’avoir beaucoup de monde avec eux. Malgré le fait que le festival soit aujourd’hui ancré dans l’univers des festivals en France, les médias arrivent encore à monter des reportages complètement délirant sur le métal (M6) : quelles retombées a eu ce reportage sur votre festival ? Finalement, cela n’a t-il pas été bénéfique en terme de soutien ? Bénéfique ? Non. Ce reportage n’a pas fait de bien, ni de mal. Nous avons été touchés que les gens soutiennent le festival, mais le Hellfest a eu le nez creux et comme M6, nous ne nous sommes pas engagés dans le propos. Les gars d’M6 sont venus en caméra cachée, ils nous ont roulé dans la farine en arrivant et en nous disant «on fait un reportage sur telle chose» et ils ont utilisé des images de caméra cachée de l’année 2012 pour faire des commentaires complètement inadmissibles. Mais quand il y a eu «l’attaque» à la suite de la diffusion du reportage, M6 n’a pas communiqué, et on s’est dit : «Si M6 ne dit rien, et bien on ne va rien dire, car ça pourrait nous retomber sur le bout du nez». Et je pense que nous avons bien fait, et même si nous avions préparé des communiqués prêts à être lancés, on préférait attendre car nous étions conscients du soutien de toute la «scène». Mais on s’est aperçu que l’effet a grossi hyper vite mais qu’il est très vite retombé et si le Hellfest était intervenu, cela aurait fait boule de neige et ça nous aurait retombé dessus. Et M6 se défendait en disant «ce n’est pas nous, c’est une boîte de production avec qui on travaille qui a monté le reportage». En gros, il a eu beaucoup d’émulsion autour de ce truc là avec les «pour» et les «contre», et finalement, les deux concernés qui étaient Hellfest et M6 ont préféré rester en dehors de

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tout ça, et si nous avions vraiment mis le nez là-dedans, ça nous aurait porté plus préjudice qu’autre chose, car ça peut soit nous ralentir, soit soulever des lièvres... Et après, cette information, si tu ne la contrôles pas, tu as intérêt de faire très attention. D’ailleurs, si les gens de M6 demandaient à revenir, ont leur dirait non, même si on se doute qu’ils viendraient en caméra cachée et feraient comme d’habitude avec cette voix off qu’on connaît tous si bien. Il ne faut pas oublier que même si le festival est bien intégré au sein de la communauté de Clisson, il y a quand même des communautés et des minorités qui nous cassent les couilles, Nous, on leur répond qu’on ne fait rien de mal, ça reste de l’expression artistique, parfois un peu plus occulte qu’autre chose, mais on est pas plus violent que ce que faisait Avoriaz pour le cinéma d’horreur. Pour répondre vraiment à ta question, ce reportage ne nous a porté ni préjudice, ni avantage, mais nous avons quand même été émus de l’engouement de la pétition en ligne, en ayant, je le redis, le nez creux de ne pas se manifester. Quelques chiffres ? Le Hellfest est le plus gros chantier électrique de France. En terme de boisson : 12.000 litres de vin et 143.000 litres de bière. Tu imagines qu’on s’entend bien avec Kronenbourg. 700 journalistes et 400 médias, 112.000 festivaliers en 2013. Pour 2014 : 45.000 par jour donc 135.000 plus les invités et artistes, on va être à 150.000 personnes tout confondu. Plus de 2.000 bénévoles, presque 500 salariés et intermittents sur le site, 10 millions d’euros de budget cette année contre 8 millions l’an dernier. L’interview est terminée. si tu as quelque chose à ajouter, c’est le moment. On est content que le festival soit complet maintenant. Beaucoup de nouveautés sont prévues cette année. Nous sommes désolés pour ceux qui n’ont pas eu l’opportunité de prendre leur place et si la billetterie est un peu plus chère cette année, mais nous avons des charges de plus en plus importantes, et nous sommes obligés de composer ainsi car le budget artistique augmente du fait que les artistes ne vendent plus de disques et pour qu’ils gagnent leur vie, ils augmentent leur cachet. On promet tout de même un Hellfest dantesque et je pense que ceux qui n’ont pas pris leur place vont s’en mordre les doigts ! Merci à Alexxx et Roger Replica pour le relais. Gui de Champi Photos : Alexis Janicot / www.ilpleutencore.com


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EN BREF NOT SCIENTISTS

JENX

RED GLOVES

Leave stickers on our graves

Drift

Lucky you!/Twins call

(Delete Your Favorite Records)

(M-Tronic)

(Impure Muzik, GPS Prod, Slow Death)

Il n’aura fallu que quelques mois après la mise en sommeil de UMFM pour retrouver Ed et Jim dans ce nouveau projet qu’est Not Scientists. Accompagnés par Le Bazile (No Guts No Glory...) et le valeureux Thibaut à la basse, nos deux martiens n’ont rien perdu de leur superbe pour envoyer de belles chansons énergiques et mélodiques à souhait. Et c’est ainsi que Leave stickers on our graves se retrouve aujourd’hui sur nos platines. Ceux qui s’attendent à un ersatz d’Uncommonmenfrommars sont loin du compte. Et si les voix restent les mêmes, les compos sont quant à elles propres à ce nouveau projet. Oubliez le punk rock à roulettes exécuté à cent à l’heure, place nette est faite au pop punk et à l’indie rock à la Hot Water Music, Copyrights et consorts. Avec des gars au CV long comme le bras, il faut évidemment t’attendre à de la qualité, de la finesse, de l’émotion, des mélodies vocales renversantes et des morceaux inoubliables. Difficile de faire ressortir un morceau de ce premier EP, tellement l’ensemble est complémentaire, forgeant ainsi l’identité et les fondations solides du groupe. Premier test réussi haut la main. Vivement la suite !

Ce Drift n’est pas vraiment un album de Jenx, mais un EP qui permet à Lyynk (responsable des machines chez Jenx justement) de revisiter des plages d’Enuma elish en version électro-indus. L’album original étant assez métal, il trouve ici le moyen d’exprimer à loisir ses qualités de trafiqueurs de sons et de rythmes. Si l’intégralité des six titres est de très bonne facture et propose une lecture bien différente de la version d’origine faute d’être marquée par le chant (sauf pour «Chains of labor (Broken version)»), il faut impérativement que tu écoutes «The element» et «Renewal» qui sont exceptionnels. Lyynk balance de l’électronique à haute dose dans le métal de ses comparses et ça créé quelque chose de nouveau et de super kiffant. Alors ne reste pas sur une première impression (celle d’»Inner view» et son calme parasité par quelques excitations brouillées) et plonge plus profondément dans cet océan de bidouillages, de samples et de machines nerveuses («The loss (Deeper version)» !) qui fait flirter cette facette de Jenx avec les plus grands (Front Line Assembly, Aphex Twin, Atari Teenage Riot...).

Deux Jack and the Bearded Fishermen vs deux The Irradiates, Bezak City rock’n’roll, une flopée de petits labels indé plus que recommandables et un acte de naissance intitulé Lucky you!/Twins call, histoire de greffer l’alléchante recette indie-punk-rock bisontine dans le marbre (ou plutôt sur vinyl), voici donc Red Gloves. Un nouveau projet ayant vu le jour dans la plus rock’n’roll de villes du pays et qui déboule ici avec un petit deux-titres au format 7», histoire de pousser ses premiers riffs sans se presser, juste en envoyant les guitares et quelques mélodies délicieusement éraillées, le temps d’un petit shoot de musique très indie, directement administré en intraveineuse. «Lucky you» ouvre le bal en imposant sa dynamique aussi endiablée que soutenue afin de doper un premier titre à la mélodie ardente, savoureuse et addictive. Son successeur poursuit dans la même voie, sans ciller ni nourrir le moindre complexe. Et à raison, car le résultat est aussi élégamment accrocheur qu’efficacement 90’s. On pense à toute la scène rock mélodique nord-américaine de l’époque (Samiam en tête) et on met dans le mille, car Red Gloves lui rend ici un hommage aussi appuyé qu’électrique. Sans jamais oublier d’affirmer son identité.

Gui de Champi

Oli

Aurelio

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EN BREF

The Dirty Dash Brothers

Capture

Metastaz

The dirty dash brothers

Communion

Encounters

(Autoproduction)

(Autoproduction)

(JFX Lab)

Bon alors, là, on est bien. Jusqu’à il y encore peu de temps, The Dirty Dash Brothers ne m’évoquait rien. C’est comme ça. Mais ça, c’était avant que son premier EP ne tourne dans relâche dans ma Hi-Fi. Formé depuis deux ans, le trio provençal se définit comme un groupe de punk/rock alternatif, faisant état d’influences diverses et variées, puisant dans les 70’s et les 90’s. Et pas des plus dégueulasses. Et puis, des groupes de rock en Provence, ça a le mérite d’être souligné (pour les insultes, vous avez mon mail). En cinq titres et quinze (trop courtes) minutes, The Dirty Dash Brothers fait étalage de tout son talent. Bénéficiant d’une prod correcte, les compositions du trio lorgnent du côté du bon goût avec des guitares incisives et généreuses, des voix dans le ton, des rythmes efficaces et une insolente efficacité pour te foutre des refrains dans le crâne. C’est simple, efficace, mais parfaitement exécuté. Les gars aiment les guitares, ça se sent. Mais je leur conseille de ne pas faire les malins, car maintenant, je les attends au tournant pour le premier album. Ah, ça rigole moins, hein ? Allez, hop, au boulot, et que ça saute !

Capture est un quatuor de Nancy qui a commencé à publier des titres en 2011 et livre avec Communion son deuxième EP (4 titres) qui nous parvient sous la forme d’un digipak soigné. Musicalement, ça navigue entre pop et rock et on retrouve pas mal d’influences qui viennent nous surprendre par petites touches, là une coolitude ensoleillée («The weight of the skin «), ici un peu de douce coldwave («Communion»), là-bas un coup d’accélérateur aux accents britton et ambiances matheuses («Scala»). Quelles qu’elles soient, ces aspirations se fondent dans le bouillon de Capture et nous font afficher un grand sourire. Ce qu’on retient avant tout, c’est la qualité de l’ensemble, tout est maîtrisé, même les choeurs (souvent l’occasion de se casser la gueule). Les Nancéiens font preuve d’une grande maturité tant leurs architectures sont bien pensées et leurs mélodies accrocheuses sans être racoleuses. Au rayon pop rock indé pointu, tu peux ajouter Capture sur ta liste de groupes à suivre de près et si tu ne me fais pas confiance, va écouter leurs titres sur BandCamp. C’est encore le moyen le plus efficace pour se faire... capturer.

Sortie inaugurale du nouveau net-label de Jarring Effects, le JFX Lab, Encounters EP n’est ni plus, ni moins que 4 titres extraits du LP de Metastaz sorti en octobre 2012 et qui porte le même nom. Un choix varié et judicieux pour découvrir ce producteur de MAO qui raffole de l’effervescence des sons venant de tous horizons. Quoi de mieux pour justifier le propos que l’écoute d’»Hashashin», titre introductif aux sonorités orientales, entre Maghreb et péninsule indienne, mené par son groove hip-hop furibond et le flow sémillant de Miscellaneous (chanteur de Fumuj, avec qui il a collaboré, et Chill Bump). «The chinese man», morceau qui n’a rien à envier au groupe d’abstract hiphop du même nom, fait trembler les enceintes avec ses basses vrombissantes et son beat d’une lourdeur insoupçonnée. Metastaz est aussi un remixeur talentueux lorsqu’il s’agit de repenser «Sleep» de The Roots - titre présent sur Undun sorti en 2011 - en lui ajoutant particulièrement LE rythme acéré qui lui faisait défaut. Classe ! Encounters EP se termine en une éruption électro aux confins du dubstep dans laquelle des samples vocaux divers vont à vaul’eau. Une belle trouvaille qui confirme qu’en matière d’électro, la scène française est loin d’être à dédaigner.

Gui de Champi Oli

Ted

87


EN BREF 88

3 Minutes Sur Mer

Parlez-Vous Anglais ?

Belair Polo Club

Des espoirs de singes

Dancing on the other side

#One

(Jouwan Records)

(HIFI/LOFI)

(Autoproduction)

Alors que 3 Minutes Sur Mer m’avait bluffé avec son EP éponyme sorti il y a 6 ans, ce premier album est une grande déception... L’album manque en effet cruellement d’homogénéité et de consistance... 17 titres au compteur mais des doublons (des versions acoustiques) et des titres déjà connus... Ce qui fait que j’ai désormais 3 enregistrements de «Benzédrine», j’aime bien le morceau mais à un moment, faudrait peut-être écrire quelque chose de neuf... Du live, du studio, du neuf, du vieux, cet album mélange un peu de tout, laisse beaucoup (trop) de place à des parties parlées/chantées quasiment sans musique et quand la guitare ou la groovebox se mettent en route, c’est trop souvent simpliste et insipide, à l’écoute de certains titres, on a l’impression d’écouter une démo où tout serait encore à creuser, à approfondir. Quel gâchis car la voix de Guihlem est un vrai atout, son écriture poétique devrait servir les instruments au lieu de les étouffer. L’album manque d’équilibre, de rythme, de profondeur alors qu’on peut imaginer qu’ils ont travaillé dessus de longs mois, voire des années... L’étiquette indie-pop-folk est à remplacer par «électro-chant» et j’y ajouterias bien un «i» car je m’ennuie en écoutant cette nouvelle production... Le groupe que j’aimais a muté et contrairement à ce que j’écrivais par le passé, j’ai du mal à les suivre... Oli

Trio franco-allemand actif depuis 2010, les Parlez-Vous Anglais ? sortent leur troisième EP quelques jours avant le printemps. Derrière un abord branchouille option musique de hipsters (la pochette, Les inrocks Lab, les photos...), les trois Franz proposent un électro-rock à la fois dansant et bien pensé. Les 4 titres (je fais l’impasse sur la version edit de leur single/clip) présentent les divers talents du combo qui combinent le rock à la world music en invitant Natascha Rogers (touche à tout et percussionniste reconnue) sur «Sandman’s got a bad provider», déploie une voix chaleureuse, une basse enjouée et des petits beats au grand pouvoir adhésif sur «The last paradise on Earth», se la joue cool avec encore beaucoup de basse sur «London» et surtout épate la galerie sur «The house of joy», un titre ou la voix robotique et la belle partie électro ultra catchy place Parlez-Vous Anglais ? sur les traces d’un Daft Punk qui mettrait en avant ses racines rock. Tu l’auras compris, avec Dancing on the other side, le groupe qui navigue entre Paris et Berlin pourrait bien sortir du cercle des initiés présents dans les deux capitales et faire fondre toute l’Europe, alors pour briller en société, à la question Parlez-Vous Anglais ?, il faudra répondre «oui, lu, écrit, écouté, chanté, dansé».

Avec la mode des hashtags, difficile de les éviter maintenant. On les retrouve même sur des noms de disques comme celui du jeune groupe parisien Belair Polo Club. #One est leur premier disque, un 4 titres qui penche clairement du côté de la pop doucereuse aux mélodies à la fois catchy et élégiaques. «The old & sunny time», comme son nom l’indique, est la chanson parfaite pour les beaux jours ensoleillés qui remet un peu du baume au cœur aux sons des trompettes. Efficace et punchy à souhait, elle laisse place à «The glory» qui joue le rôle inverse, ici le rythme s’affaiblit et le groupe mise sur une berceuse neurasthénique. L’EP reprend à mi-temps son énergie addictive avec «Come on (song for Oscar)», un morceau, certes très aguicheur, qui par ses envolées pop très prononcées, apporte une lueur non négligeable. Enfin, #One se termine avec surement le titre le plus réussi du CD, à savoir «Sail away», dont les notes touchent directement notre âme, bien aidé cela dit par des chœurs et un chant sensuel et libidineux fort séduisant à l’oreille. Une ballade également empreinte de nostalgie qui nous laisse sur une impression relativement bonne de ce trio qui recommande ce disque à ceux qui «aiment les fleurs, l’Amour et les trompettes». Ted

Oli


EN BREF

Ghost ship sworn enemy

AUDEN

Synopsys

Compilation

Love is conspiracy

Timeless

(Doowet)

(V4V Records)

(Autoproduction)

Les touche-à-tout de chez Dooweet ont du se sentir encouragé par leur grosse compil numérique car ils sortent cette fois-ci une compil «à l’ancienne» à savoir au format digipak (et pour 12 euros sur leur site, tu as le TShirt avec !). Au menu 19 groupes indés qui envoient entre punk vernaculaire (Jimm) et métal épico-technique (Slatsher), les oreilles font donc parfois le grand écart en quelques secondes (quand tu passes de Blood Reign et son accent Sepultura au punk de High-School Motherfuckers). Tous les groupes ne marquent pas les esprits (Positiv Hate et son penchant black, Thanatic Eyes et son manque de maturation, Moonclovers et ... tout) mais aux côtés de ses protégés Locomuerte, Magoa ou Duck Explosion, Dooweet place quelques titres qui donnent envie d’en connaître davantage. Outre ceux déjà connus de nos services, on retiendra les noms de [Stomb] qui, derrière un son gravement lourd, «cache» de bonnes idées, de 4th Circle (même si l’influence de The Gathering est bien prégnante) ou encore de Temple of Silence qui montre de belles qualités en un seul titre. A l’ère du tout numérique, sortir une telle compilation est osé mais si ça fait bouger les choses pour ces groupes, alors ce sera un pari réussi.

Il y a des histoires comme ça où le passé vous rattrape pour votre plus grand bonheur. Celle d’Auden est assez atypique dans le sens où 11 années après un enregistrement qui, à l’époque, n’avait pas trouvé de diffuseur, se retrouve en 2013 remasterisé et pris en charge par un label rock indé italien du nom de V4V Records. Une aubaine pour ces romains qui baignent (ou plutôt qui coulent) dans la vague emo du milieu des années 90. Oui, celle de The Van Pelts, Karate, Christie Front Drive et j’en passe. Celle qui a bouffé du Fugazi en pleine adolescence et qui en reprend une partie de ses codes. Du coup, à l’écoute de Love is conspiracy, on a juste l’impression de se retrouver 15-20 ans en arrière et je dois dire que ce n’est pas franchement pour me déplaire. Les influences ont bien été digérées, ca joue plutôt pas mal, les émotions passent, et puis ca donne surtout envie de réecouter ses vieux disques de chez Jade Tree ou Crank!. Un seul bémol et non des moindres : un chant en anglais drôlement approximatif et toujours sur le fil du rasoir. Un problème assez commun en somme, si cela peut les rassurer...

Quatre morceaux pour 28 minutes d’une musique en forme d’exploration d’instants «sans-fin», telles que certaines choses renaissent naturellement alors qu’elles se terminent... voilà comment Synopsys, quintet post-metal/rock/hardcore organique avignonais décrit Timeless, un premier EP faisant la démonstration d’une personnalité artistique déjà affirmée. Entre onirisme feutré puis rudesse post-metal-hardcore abrasive, le groupe met d’entrée la barre très haut et impose sa griffe musicale sans coup férir. On se laisse impressionner d’autant que les frenchies ont su parfaitement gérer leur progression musicale sur ce titre inaugural avant de s’offrir un crescendo des plus éruptifs et maîtrisés. Mais surtout, en tenant compte de la présence, outre des instrumentations renvoyant à Isis, Pelican ou Russian Circles, d’un chant habité et de samples discrètement omniprésents, le groupe réussit à traiter son propos en alliant précision formelle et création d’émotion pure, brutale, déflagratrice ou au contraire plus retenue. Un climax fleuve plus tard avant l’assaut final, sauvage et sur-saturé de «Drops of fire» et voici qu’en 4 pistes, Synopsys éclabousse les enceintes de toute sa classe, parvenant à trouver un subtil mais vibrant équilibre entre velléités personnelles, héritage assumé et ambitions narratives exaltées. Classe. Aurelio

Oli

Ted

89


DANS TON CULTE

DANZIG

Danzig IV (American Recordings) Une participation de Nasty Samy dans le W-Fenec, ça fait dix piges qu’on en parle ! Cette fois ci, point de chronique d’un de ses nombreux groupes, pas d’interview de l’activiste du Grand Est. Non, cette fois, c’est à Nasty Samy de nous parler d’un de ses groupes de chevet. Profitons-en !!! Si tu aimes la plume de Samy, retrouve-la sur www.Likesunday.com Je me rappelle d’une discussion avec un mec, qui m’avait dit, en substance, sans se démonter : « Tu vois, en fait, Danzig représente tout ce que je déteste ». Une phrase qui se voulait cinglante, prononcée avec un air contrit, sur un ton légèrement condescendant et cynique, options yeux levés au ciel et bouche en cul de poule. Bref, sur l’échelle de la « Tête à Claques » (tête à poings, ça existe ?), le mec affichait un sacré score. Non seulement cet histrion n’avait absolument rien compris au délire, mais je rajouterais que sa prouesse sémantique me permet aujourd’hui -merci pauv’ naze- d’introduire cette chronique de la plus belle des manières. Puisque pour moi, Danzig représente à peu près TOUT ce qu’apprécie. Bah ouais. J’aurais pu choisir n’importe quel autre album du groupe, puisque, vous allez vite vous en rendre compte, l’idée est quand même d’évoquer en priorité Glenn Danzig. Le pilier, la tête pensante, la colonne vertébrale, le mur porteur, le centre névralgique, la salle de contrôle, la pierre angulaire (vous pouvez rajouter toutes les expressions possibles et inimaginables du même acabit), bref le seul maître à bord en fait, de l’entité Danzig. C’est marqué sur l’étiquette, impossible de se tromper.

90

J’ai finalement opté pour l’album communément appelé « IV » (oui, vous l’avez deviné, il s’agit bien du quatrième album) puisqu’il représente parfaitement l’alchimie musicale et « conceptuelle » de ce combo infernal. Il marque également la fin d’une période bénie des Forces de l’Ombre, il conclut brillamment l’ère que tous les fans jugent comme le meilleur line-up de l’histoire du groupe : Glenn Danzig entouré de John Christ à la guitare, d’Eerie Von (ex Samhain) à la basse et de Chuck Biscuits (ex-DOA, Black Flag et Circle Jerks, qui jouera ensuite avec Social Distortion) à la batterie. Avec Rick Rubin à la production, dans le rôle du grand manitou en studio, et officieusement le cinquième membre (il a également produit les 3 précédents). Avec une telle équipe de choc, ce n’est plus un groupe de musiciens mais un escadron de l’Apocalypse. Danzig IV résume en 12 titres ce qu’est l’essence même de cette entité, ce mélange de rock sombre, de classic rock bourbeux, de hard rock incantatoire. Ouais, il y a une redondance du terme « rock » dans la phrase précédente, c’est pour bien souligner qu’effectivement, Danzig, c’est du putain de vrai ‘Rock’. De nos jours, le terme est tellement galvaudé -et vidé de sa substance- que je me sens quand même obligé de


Sorti en 1994, période trouble pour tout ce qui était d’obédience hard rock (le grunge avait opéré son travail de sape sur la culture du rock burné et chevelu), « IV » surprend par une approche moins typiquement bluesy et heavy que les albums précédents. Les ingrédients restent les mêmes, c’est à dire un rock épais et ténébreux, croupissant dans des eaux stagnantes, rampant et nocif, dilué dans une ambiance occulte et possédée, mais les ambiances s’étoffent et les sonorités s’abîment davantage, mettant en exergue la voix profonde et habitée du Fils des Loups. Quelques titres commencent même à flirter avec des sonorités indus, quelques boucles minimalistes et drones désincarnés annonçant en filigrane la texture du prochain album (Danzig V : BlackAcidDevil), pour le coup exclusivement electro-synthétique. Les Anglo-Saxons pourraient utiliser les adjectifs creepy et evil pour qualifier cet album, moi je vais me contenter d’écrire que cette pièce sonore est d’une densité et d’une intensité rare. Riffs dantesques, orchestration habitée, thèmes envoûtants, arrangements hypnotiques, la puissance de l’ensemble n’ombrageant jamais le côté mélancolique et cabalistique des atmosphères tissées. Les paroles sont sans équivoque quant à l’univers de ce combo de damnés : « Bringer of death », « Sadistikal », «Until you call on the dark », « Brand new god », »Going down to die ». autant de d’hymnes noirs et de complaintes méphistophéliques, véritables malfaisances sonores faisant écho à un univers trouble et cabalistique. Rajoutez un artwork adapté à cet univers opaque, dans un délire purement ésotérique, le fameux logo étant même retouché pour l’occasion façon rune indéchiffrable de sociétés secrètes interdites, le titre de l’album donnant dans le même folklore puisqu’il est rédigé dans un alphabet allemand médiéval (Vehmgericht). La photo promo, elle, emprunte plus que largement à la tradition conspirationniste. Bref, un ensemble d’éléments savamment pensées qui donnent à ce disque un aspect inclassable, dangereux et intemporel. En tout cas, absolument pas figé dans les années 90. Danzig, durant toute sa prolifique carrière, a dessiné et définit les contours de ce que l’on nomme communément l’horror rock. Avec Misfits bien sûr, puis les terrifiants Samhain, qui deviendraient tout naturellement Danzig sous l’impulsion du barbu Rick Rubin. Je précise qu’il a depuis longtemps transcendé son univers musical par le biais de ses activités annexes, no-

tamment à travers sa société d’édition de comic-books pour adultes (Verotika), proposant des BD graphiquement très explicites, toujours dans un univers où s’entrechoquent forces obscures et rites satanistes, axées autour de délires graphiques chargés en testostérones à mi chemin de l’horreur old school et de l’heroic-fantasy. Avec la dose syndicale de meufs à poil, bah ouais, quand même, hein. Ceux qui apprécient Simon Bisley et Frank Frazetta savent de quoi je parle. A noter ses deux albums sous le nom de Black Aria, musique atmosphérique et instrumentale, sorte de BO nébuleuse et héroïque d’un film imaginaire qui pourrait renvoyer le « Conan le Barbare » de John Milius au rang de film pour enfants.

DANS TON CULTE

noircir le trait pour être bien compris.

Dur de ne pas mentionner ses collaborations prestigieuses avec les géants Roy Orbison et Johnny Cash, pour qui il a écrit, respectivement, « Life fades away » et « Thirteen ». Les membres de Metallica, eux, n’ont jamais caché leur amour pour Misfits, et ne se sont jamais privés d’en reprendre quelques titres sur scène. Il fut même un temps question d’un album de blues bourbeux avec Jerry Cantrell (Alice in Chains), on imagine le mood plombant des mélopées de ce duo fantastique ! Même si Danzig n’a jamais pu égaler la qualité de son quatrième manifeste, les albums suivant comportent leur lot de frissons et d’atmosphères pesantes. Il continue de se produire sur scène, avec parcimonie certes, mais toujours dans l’intention de pétrifier son auditoire, entouré depuis quelques années d’un line-up de haute volée (Tommy Victor de Prong/Ministry à la guitare, Johnny Kelly -ex-Type O Negative- à la batterie, ainsi que du premier bassiste de Samhain), aussi charismatique, chamanique et imperturbable que dans ses jeunes années. Et musculeux, cela va sans dire. Vingt ans après l’avoir acheté, je continue d’écouter ce disque au moins une fois par semaine (et, en passant, c’est certainement l’album que j’ai le plus écouté de toute ma petite vie). J’essaie de voir le tonton Glenn sur scène aussi souvent que possible, il reste à mes yeux l’un des derniers hérauts du Rock tel que je le conçois. à savoir intransigeant, puissant, avec une grosse personnalité, hors mode, et, surtout, sans second degré ni bouffonneries juvéniles. Du rock mature, qui ne laisse aucune place à la légèreté et à la médiocrité. Nasty Samy

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IL Y A 10 ANS

SECOND RATE Last days of glory (Prehisto Records)

Cette rubrique semble avoir été faite pour Second Rate. Sans déconner, lorque nous avons lancé, en été 2012, la formule « magazine digital » du W-Fenec, qui aurait pu penser, au sein de la rédaction, que dix ans après la sortie de Last days of glory, Second Rate renverrait une poignée de dates pour la réédition de sa discographie en vinyles ? Pas moi en tout cas. Car mine de rien, ce disque de Second Rate n’a bénéficié que de très peu de concerts pour être apprécié en live. Dommage, car le quatuor bisontin, groupe de génie de sa génération, nous a pondu un album génial. J’évoquais à l’époque un goût amer, du fait que ces compos de folie ne soient jamais défendues sur scène. Et bien dix piges plus tard, les chanceux qui auront l’occasion de croiser la « réunion » (et non pas la reformation) pourront certainement profiter de quelques titres issus de cet album en version live. 13 titres ultimes, un skeud te réconciliant avec le punk rock, la pop, le hard rock, les émotions et la sueur. Spécialiste des Rate sur le w-fenec, je peux te certifier que si tu as adoré This machine kills emo-kids et Grinding to dust two years somewhat insane tu es forcément tombé sous le charme de Last days of glor y, encore un titre provocateur qui prend toute son ampleur quand on sait que le groupe n’est plus. Le disque contient des brûlots

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comme « No one can control », « You don’t deserve my love » et bien d’autres, chansons estampillées tubes qui dévoilent le côté ravageur et incontrôlable de Second Rate. Les fauves sont lâchés, personne ne peut retenir la Les Paul de Jon, la basse de Fred et la Rickenbacker de Nasty Samy. Les plans de grattes, techniques sans tomber dans le ridicule, transperceront à coup sûr le cœur de celui qui les écoutera. Enregistré chez Kaiser dans les coins de Besançon, ce disque, qui ne bénéficie pas de la prod pharaonique de Weber (producteur des morceaux du split avec les Flying), reflète beaucoup le son des Rate, bricolage et urgence qui savent sonner. Comme toujours, avec les Rate, on a droit à quelques surprises toujours plus fumeuses, ou fameuses, c’est selon, les unes que les autres. En témoigne le titre éponyme de l’album, à grands coups de dobro et autres guitares country, ou bien le morceau hommage à l’acteur Patrick Dewaere, sur fond d’extraits de dialogues de l’acteur fantasque. Sans oublier la géniale auto-reprise de leur tube « Oklahoma kids » jouée en acoustique. Surprenants mais tellement bien exécutés. Pour le reste, toujours des tubes, rien que des tubes avec notamment, l’émo « Paul loves that » où Sylvain donne le meilleur de luimême, les très Second Rate « To be bice » et « Tsunami », le grandiose « These boots are made for kicking » qui reste un des meilleurs méfaits du disque avec son intro très UDS. Et pour boucler la boucle, le titre qui dévastera tout sur leur passage, et, ironie du sor t, seul morceau chanté en français par Sylvain, la cultissime cover de la série animée « Cosmo cats » déjà présente sur la compil Pop ‘n’ Core sortie par Lolo Prehisto. En tout cas, sachez, les gars, que vous laissez derrière vous des orphelins fans de vos disques, de vos lives, de votre accent pourri des Hauts, de vos vannes pourries, de vos scandaleuses attitudes, de vos pique-niques sauvages au bord de la Moselle les soirs de concerts annulés, de vos badges et de vos sales gueules. Sachezle, Messieurs, on vous aime et on ne vous oubliera pas comme ça... «Death to false emo punk» qu’ils disaient ! Allez en enfer, on arrive !!! Gui de Champi


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CONCOURS

Zoe vient de sortir son nouvel album et comme on pouvait s’y attendre, ils envoient encore et toujours du gros stoner qui décoiffe ! Comme pour leur précédent opus, ils ont soigné l’artwork et si tu veux pleinement apprécier Raise the veil, mieux vaut avoir le digipak que des mp3... Et grâce à ce concours, c’est 5 d’entre vous qui vont pouvoir en profiter ! Parmi les bonnes réponses à cette question (facile), le hasard désignera 5 heureux qui pourront se déhancher au son des Nordistes qui sont d’ailleurs en tournée tout au long du printemps et passeront forcément pas loin de chez toi... > le concours < Le Sna-Fu Grand Désordre Orchestre est de retour ! Comme on est fan, on ne pouvait pas rater ça, mais toi ? Tu as déjà ton exemplaire du terrible Knives & bells ou tu hésites encore à te prendre l’ouragan dans les oreilles ? Et si on te l’offrait ce nouvel album ? Il n’y en aura pas pour tout le monde, seulement les deux qui seront tirés au sort parmi ceux qui auront donné la bonne réponse à cette question... C’est assez facile si tu as lu l’interview donc bonne chance ! > le concours <

Les $heriff sont de retour ! Alors que le concert organisé à Toulouse est déjà complet, le groupe culte investit les planches du Bataclan pour un concert qui s’annonce explosif. Deux places sont à gagner, et les heureux élus profiteront également des prestations des Flying Donuts et de The Black Zombie Procession qui présenteront leurs nouveaux albums respectifs. > le concours <

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BONUS

Dans le mag 10, on avait imaginé des mixages un peu délirants et il semblerait que certains d’entre vous se soient marrés... Alors Aure Lio, O Lynda Lemay, Gui de ChamPierre Bachelet, Pier PooLy Jak, Ted Sheeran, Alex Gopher et David Guetta ont remis ça pour vous présenter d’autres collaborations improbables...

Maître Gimpaled Nazarene Chris Corneille Salvatore AdaMorbid Angel Jean FerrAt The Drive In BooBathory Les Ogres de Barbackstreet Boys Rita MitsouKorpiklaani Mano SoLofofora BenaBaroness Gilbert BeCorrosion of Conformity Christophe Maerosmith Mylène FarMercyful Fate Philippe KaterIn Flames Mc SolaArcade Fire Cheb MaMinistry Colonel ReYellowcard SanseveriNostromo FaudHelloween Georges BrassSenses Fail Skunk Anansie Mon & Garfunkel Impure Christophe Wilhemina SuperBusrdriver Youssou N’Do or Die Magic System of a Down Amelvins Bent Juliette Greconverge 95


INTERVIEW TEXTE

DANS L’OMBRE : JULIETTE TOMASETTI > «Chargé de communication», un job que l’on trouve dans toutes les structures, un emploi névralgique pour la réussite d’une salle de concerts ou d’un festival, la personne qui en est chargée est au contact de tout le monde, aujourd’hui, on met en lumière un axe plein d’énergie et d’ondes positives qui sait aussi servir les bières : Juliette Tomasetti.

Quelle est ta formation ? Alors pour mon parcours «universitaire» j’ai suivi un master en école d’attaché de presse, une formation qui destine «normalement» à de grosses boites privées ou agences de com’ ... vu où je suis aujourd’hui on peut dire que je suis la marginale de la promo ! Quel est ton métier ? Aujourd’hui je suis chargée de communication, du Moloco une SMAC située à Audincourt qui co-organise donc le festival Impetus. Et avant tout ça je suis passée par pas mal de structures comme le festival de Dour, les Eurockéennes, un zénith, l’Epicerie Moderne ou encore la Fnac ! Quelles sont tes activités dans le monde de la musique ? Mes activités dans le monde de la musique ... globalement mes missions sont les suivantes : faire le lien entre la presse et les chargés de promo des groupes qui sont

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programmés chez nous, récupérer la promo des groupes justement pour assurer la fréquentation de nos concerts. Je gère également toute la partie «print et web» de la com’, donc ca va de la conception rédaction à la diffusion des outils de com’, des relations avec les graphistes, imprimeurs. Et enfin la partie partenariat / mécénat de la salle et d’Impetus. Après j’ai quelques missions annexes type assurer les visite guidées du Moloco pour les scolaires par exemple. On est toujours un peu couteau suisse à la com’ dans une salle ... ! Ca rapporte ? Niveau épanouissement perso oui !!! Financièrement un peu moins... Comment es-tu entré dans le monde du rock ? Très jeune, je faisais Paleo sur les épaules de mon père... du coup j’ai toujours vu beaucoup de concerts et été curieuse musicalement sans pour autant être musicienne ! Plus tard, j’ai fait pas mal de bénévolat a droite


a gauche puis un nombre de stages surréalistes avant d’asseoir tout ça en tant que pro.

INTERVIEW TEXTE

Une anecdote sympa à nous raconter ? Paléo 2007, premier passage derrière les canis de l’espace pro ... Complètement magique après avoir passé des années a guetter si on apercevait des artistes derrière !

Dour 2012, je bossais à l’espace pro... tu te souviens sans doute de la boue cette année-là ! On devait aller remplir les consignes photos en frontstage et je t’avoue qu’après avoir traversé le site, enfin le lac, pour marquer le traditionnel «3 first songs» je me suis demandée si vraiment j’étais faite pour ça ! (rires) Après depuis que je bosse au Moloco, je pourrais écrire un bouquin je bosse sur les anecdotes ... pour te donner une idée on a régulièrement des propo de presta de stipteaser entre les concerts ... au téléphone c’est magique ! Ton coup de coeur musical du moment ? Listener, la date folk barrée d’Impetus. Es-tu accro au web ? Complètement ... j’ai mon Iphone en prolongement de mon bras droit en permanence quand je ne suis pas sur l’ordi ... A part le rock, tu as d’autres passions ? Les copains, la famille, rien d’extravagant ! Tu t’imagines dans 15 ans ? Pas particulièrement, j’ai le temps d’y penser non ? Merci Juliette et bon courage pour l’#Impetus 2014 qui est plus qu’énorme !!!

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NEXT

Next > Drawers the Black Zombie Procession Ruby My Dear Undergang High Tone Headcharger Flying Donuts Animals As Leaders N창o Dirge MLCD Impure Wilhemilna The Coyotes Dessert My Bad Sorry My Secretary Sick Sad World Architects

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W-Fenec Mag 12