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EDIT TEXTE OZZY

John Michael Osbourne et sa femme Sharon Osbourne forment l’un des 500 couples les plus riches du Royaume-Uni, leur fortune est estimée à 275 millions d’euros. Cette fortune, il la doit à son talent de chanteur ou plus certainement au fait qu’il ait été au bon endroit au bon moment... Car avant de monter Black Sabbath et donc le premier grand groupe de hard rock au monde, notre petit Ozzy n’a pas un CV très flatteur... Il quitte l’école avant ses 15 ans et après quelques petits boulots se retrouve en prison pour vol. La question est «ne va-t-il pas y retourner ?». Car demander 650 euros pour pouvoir le rencontrer 5 minutes et repartir avec un poster, c’est clairement du vol. Ou tout au moins un gros foutage de gueule !!! L’autre question, c’est «est-ce que notre Prince des Ténèbres a besoin de thunes ?». Sérieusement ??? Le gars a récupéré ce surnom par le biais de sa musique (démoniaque évidemment) mais aussi de ses agissements, avant d’être viré de son propre groupe en 1979 pour usage excessif d’alcools et de drogues, il avait fait grand bruit en décapitant à la bouche une colombe dans les bureaux de Sony... Que s’estil passé pour que cette icône du Rock devienne,

depuis les années 2000, un vieux ringard assoiffé de fric ? L’influence de sa femme (d’affaires) peut-être mais comment peut-on perdre la raison à ce point-là ? Sortir des best-of, rééditer des vieux albums, on a l’habitude. Se mettre en scène sur MTV, un peu moins, mais faire raquer un demi-SMIC pour un «meet & greet»... C’est hallucinant. Alors que la grande majorité des «stars» vont à la rencontre de leurs fans avec plaisir et sans arrière-pensée pécunière, lui fait banquer son fan ultra... D’autres questions se posent : «Qui va être assez con pour payer pour ça ?» et «La rentabilité financière d’une telle opération vaut-elle la perte totale de sa crédibilité ?». On laisse à chacun le soin de se faire une réponse mais on souhaite bien du courage aux avocats des Osbourne... S’est-il noyé dans la dope, les tacos et la mauvaise bière le Ozzy rebelle qui incitait les gamins à envoyer chier l’autorité ? Ces dernières années, il était devenu une caricature du système mercantile. Avec cette dernière aberration, il s’offre à la vindicte de tout un peuple, celui-là même qui n’existerait peutêtre pas sans lui. Repose en paix Ozzeille. Oli

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04 Second Rate vs Flying Donuts 18 Pixies 19 Les $heriff 20 Down 21 Headcharger 22 Animals As Leaders 24 Architects 28 Zoë 37 The Black Zombie Procession 39 The Wildhearts 42 MLCD 49 Camion 57 High Tone 66 Cecilia::Eyes 72 Ventura 79 The Early Grave 82 Nâö 88 En Bref 100 Concours 103 Il y a 10 ans 104 Dans l’ombre 106 En Fest’ 111 Bonus

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SOMMAIRE

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ITW> FLYING DONUTS vs Second Rate Mercredi 30 avril 2014. Quand je pénètre dans la Rodia, salle des musiques actuelles de Besançon, je suis à quelques heures de réaliser un vieux rêve qui a parfois traversé mon esprit depuis plus de dix piges. Revoir Second Rate sur les planches. Ni plus ni moins. Quand, il y a quelques mois, la rumeur vieille de quelques années s’est enfin concrétisée, j’ai noirci de plusieurs couches de stylo mon agenda. En sélectionnant tout d’abord la date «à domicile» Organisée par l’asso Migthy Worms, puis les suivantes de ce «réunion tour», ne pouvant malheureusement pas faire le voyage jusqu’à La Rochelle pour la der des der (bis). Quatre sur cinq, c’est pas mal, non ? Me voici donc à Besançon, avant de rejoindre Chalon-sur-Saône, Lyon et enfin Montreuil pour une date qui s’annonçait déjà exceptionnelle. En compagnie des Flying Donuts qui jouaient également sur ces quatre premières dates, j’ai profité de ce petit périple pour partager le quotidien du «meilleur groupe du monde» le temps d’un week-end et ainsi profiter d’un plateau magique entre un groupe réuni de façon éphémère et un acteur majeur de la scène indé punk rock dans la place depuis 18 ans !! Et tu penses bien que j’ai saisi l’opportunité de ce bon moment pour faire marcher la boîte à souvenirs des gaziers et interroger nos bonhommes sur le passé, le présent et l’avenir. Magnéto ! En arrivant vers 16 heures dans ce labyrinthe fait d’ascenseurs, d’escaliers cachés et autres multiples accès de la Rodia, je me retrouve directement à l’arrière de la scène, profitant ainsi de la fin de la balance des Rate.

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Le groupe, qui a profité d’une résidence pendant deux jours dans les lieux, affine son son qui s’avèrera monstrueux (comme tout au long de ce «reunion tour»). J’ai plus ou moins régulièrement revu, à diverses occasions, tous ces gars sur la route depuis dix ans et la fin du groupe, mais jamais tous ensemble, jamais SUR UNE MEME SCENE ! Mais avant le début des réjouissances, j’ai voulu savoir le pourquoi du comment de ce retour éphémère : Sam : Comme on le dit à chaque fois qu’on pose cette question, cela fait quelques années qu’on avait essayé de le faire, et que tout le monde était occupé tant au niveau musical qu’au niveau personnel. Moi, ce qui m’intéressait, c’était de rééditer les disques car c’est dommage d’enregistrer des disques qui ont eu une petite vie, qui ont trouvé leur public, et qu’ils ne soient plus disponibles. C’est de l’archivage, c’est important, surtout maintenant, en 2014, où la musique a été complètement dématérialisée. Cette mini tournée, c’était un bon catalyseur, on avait le label intéressé par tout ce trip, il n’y avait plus qu’à trouver une période où tout le monde était disponible pour se remettre les mains dans le cambouis. Sylvain : C’est pour répondre à une demande qui est


nous. Car c’est une musique d’une autre époque. Après, on a terminé le boulot ensemble sur des photos, sur des textes, sur comment grouper les morceaux de compilations, de splits, par période, par line-up, et les deux albums les isoler, etc.

Car oui, ce retour sur les planches pour cinq dates et le prétexte de «défendre» la sortie de la discographie de Second Rate en vinyle. Du beau matos, à savoir les rééditions des albums Grinding to dust two years somewhat insane et Last days of glory et un double vinyle compilant les titres du premier MCD NiceLineLife et des titres présents sur les splits avec Scuttle et Flying Donuts. Mais qui est à la base de cette réédition ?

Faut dire que les gars n’ont pas fait semblant et que les objets sont somptueux. Mais retrouvera-t-on des inédits dans le lot ?

Sam : On voulait rééditer le truc, sachant que ça fait au moins six ans qu’on en reparle plus ou moins sérieusement. Format CD, une intégrale, un espèce de best-of, on ne savait pas vraiment sous quel format, tout a été évoqué. Je voulais rééditer car ce n’était plus disponible, ça c’est le point de départ. Après, ça s’est affiné quand Mr Cu! m’a dit ce qu’il pouvait faire et on est tombé d’accord sur ces vinyles. Moi, ce que je voulais, c’était qu’il y ait des photos d’époque, qu’il y ait un texte qui remette dans le contexte car tout le monde ne connaît pas Second Rate, on n’est pas les Rolling Stones, loin de là. En fait, c’est une niche dans la scène, et il y a des gens qui vont tomber sur ces disques et qui ne comprendront pas ce que c’est, c’est bien de remettre dans le contexte et d’expliquer clairement ce que tout ça a représenté pour

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existante depuis la fin de Second Rate. Quand on joue quelque part avec nos autres groupes, il y a toujours quelqu’un qui nous reconnaît au stand de merch de nos bands, et qui nous demande «t’as pas un vieux skeud ou un tish de Second Rate à nous vendre ?» Sam : On n’aurait pas joué sans la réédition de la discographie, c’est sûr et certain. Je n’aurais pas vu l’intérêt de faire ça, jouer à vide. Et l’inverse, c’est-à-dire rééditer les disques sans qu’il y ait de concerts, ça aurait été dommage aussi, pour le label qui sort des disques, déjà, et puis pour nous. Bref, c’était l’occasion rêvée, c’était le seul et unique moyen de le faire, je suis content qu’on ait pu concilier cette réédition et quelques concerts pour marquer le coup. Cela a du sens.

Sam : On n’en a pas ! On a quelques live dégueulasses, ça sert à rien. Ce sont des live pris en console à l’époque, genre des DAT, mais bon, c’est préhistorique et anecdotique. Sylvain : Je dois avoir quelques pépites comme ça aussi mais qui ne sont pas intéressantes, ni écoutables. Sam : Moi j’aurais bien aimé mettre les démos mais on manquait clairement de place. Les démos ont un intérêt pour les collectionneurs et les archivistes et parce qu’au départ, c’est Jon qui chante, et non Sylvain. On ne pouvait pas les mettre car il fallait rajouter une galette. Donc, à part les deux démos (7 titres en tout), une cover de 7 Seconds («Young ‘til I die»), un inédit sur un maxi et une cover de Portobello Bones que l’on n’a pas retrouvée, on a tout mis. Après une balance efficace des Flying Donuts et de Red Gloves, et après avoir pris le temps de saluer la délégation vosgienne venue en force pour cette soirée, il est temps de prendre place dans la salle où Billy The Kill va envoyer un set acoustique toute en finesse,

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avec l’intensité qu’on lui connaît. Il est rassurant que dans notre hexagone, des artistes comme lui existent, des artistes qui te procurent des émotions à chaque coup de médiator, avec pour seules armes une guitare et une voix. Un set quasi intimiste et vraiment prenant. Les Red Gloves enverront eux aussi un set de haute volée, dans un style radicalement plus électrique. Deux Irradiates et deux Jack and the Bearded Fishermen envoient un punk rock très mélodique et vraiment puissant, pour le plaisir d’un auditoire qui n’en demandait pas tant. Quand les Flying Donuts montent sur scène, c’est à un petit événement auquel la salle pleine à craquer va profiter durant une heure. En effet, le trio vosgien va exécuter l’intégralité de Last straight line, son premier album paru en 2002, et dans l’ordre s’il vous plait ! Arnaud (Joey Jeremiah) viendra également pousser la chansonnette (enfin, façon de parler !) sur «Too long», comme sur le disque. Quatre morceaux de la même période seront également joués en fin de set, avant que le groupe ne fournisse en rappel quelques brûlots plus récents.

Jérémie profitera de ce concert spécial pour ressortir sa Stratocaster, lui qui joue sur Gibson depuis de nombreuses années. Une sorte de clin d’œil à cette époque où le groupe jouait vite, très vite, un émo punk qui fonctionnait parfaitement. Le public est enthousiaste, certains irréductibles n’hésitant pas à tout donner en hommage à leur groupe préféré.

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Mais pourquoi le groupe a-t-il décidé de rejouer son premier album d’une traite en 2014 ? Benjamin : C’est grâce à un ami à nous, Thibault Gillard, qui s’occupe un peu de nos dates et nous file des coups de mains. Il aime bien ce disque, et comme Last straight line n’est pas sorti en vinyle à l’époque, il nous a demandé si ça nous branchait de ressortir la version en vinyle. On s’est dit : «Ouais, pourquoi pas, c’est l’occasion, on ne l’a jamais fait, c’est une bonne idée». Lui nous proposait de financer ce truc et du coup, ça s’est fait assez rapidement. Et c’est très bien tombé car à peu près à la même époque, on apprenait qu’on allait se faire une date avec Second Rate. On avait dans un coin de la tête l’idée que si ce disque ressortait, on se ferait quelques dates où ça jouerait uniquement les titres de ce disque et du coup, ça tombait super bien car on va le faire avec les copains de l’époque et ça plaira à tout le monde. En plus, comme on avait fait que neuf titres sur l’album qui était assez court, on s’est permis de rajouter quelques titres sur le vinyle (4 en l’occurrence : une reprise de «Jayce et les conquérants de la lumière» sortie à l’époque chez Prehisto, un morceau de l’Emo Glam 2 également à la même époque et plus disponible non plus, une reprise de Shaggy Hound totalement inédite et un autre morceau qui devait être sur un split avec I’m Afraid qui n’a jamais été pressé en support physique, mais uniquement disponible à l’époque en digital. Du coup, deux inédits et deux vieux morceaux ! Le temps de retrouver ses esprits après la déflagration sonore du trio lorrain que c’est déjà à Second Rate de monter sur les planches. Les nombreux fans du groupe se pincent encore aujourd’hui pour s’assurer qu’ils n’ont pas rêvés éveillés. Et dès l’intro de «Darkness slowly warps me up», les poils s’hérissent : le son est monstrueux (je l’ai déjà souligné, mais je le redis), le morceau issu de Grinding to dust two years somewhat insane est joué à le perfection. Et même si on sent dans le jeu de scène quelques hésitations (probablement dues à ce premier concert où chacun tente de retrouver ses marques, quoi de plus normal ?), les tubes défilent pour le plus grand plaisir d’un auditoire aux anges. La fin de «Death take me away» repris en chœur par le public me fait trembler, «My tears are faked» est rageur,


Mais d’ailleurs les gars, ce dernier petit tour ne serait-il pas non plus un prétexte à jouer enfin ce dernier album qui révélait un côté un peu plus rock ‘n’ roll de Second Rate, et de boucler dignement, mais avec plus de dix piges de retard, l’épisode Second Rate sabordé dans l’urgence ? Sylvain et Sam : Non, non. Sam : Tout le monde est passé à autre chose musicalement dans le groupe. Sylvain : En fait, si tu parles des gars qui jouent dans Second Rate, qui ont tous une activité musicale sans exception, il n’y a jamais eu de sensation de manque, rien qui nous poussait à nous dire «putain, on n’a pas de band, il faut qu’on refasse ça.» Sam : C’est ça ! Le dernier album est sorti après notre split. On ne va pas refaire l’histoire mais le disque est sorti d’une manière «alternative», c’est un disque qu’on aurait dû sortir tout autrement, enregistrer, produire et développer autrement. Ça s’est fini de la façon dont ça s’est fini, on ne va pas revenir là-dessus, mais en tout cas, quand on dit «on rempile», en fait on rempile que dalle, car tout le monde joue encore, tout le monde répète encore, tourne, compose, à des degrés différents certes, mais tout le line-up de Second Rate est encore actif dans la scène musicale, et ça c’est super important, on ne ressort pas d’un vieux chapeau mou. Tu as des réunions où des groupes se reforment car les mecs, ça les démangent de rejouer, ils veulent revivre le truc, rallumer la chaudière, tout ça, mais nous, on est encore tous bien présents sur l’échiquier musical indé français, on n’est jamais sorti du jeu. Sylvain était en tournée avec

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«With the sun» se veut explosif et «Them» est quant à lui envoutant. La première partie du set est exécutée avec Fred dit «Lutin», bassiste ayant joué sur le premier album et le split avec Scuttle. Huit morceaux avant que Fred, après un «Ozzy kick your ass» brutal, ne laisse sa place à... Fred Allérat, alias Billy The Kill pour les intimes, dernier bassiste ayant officié dans le groupe et ayant enregistré Last days of glory et This machine kills emo kids, le split avec Flying Donuts, split dont aucun titre ne sera joué sur la mini tournée. Fred exécutera huit titres également (pas de jaloux !) issu du premier MCD et du dernier album sorti dans l’urgence.

son projet solo Mayerling avant de commencer cette petite réunion, John pareil avec son groupe, Fred aussi en solo, il fait quelques dates ici et là, Lutin la même chose, et moi aussi, avant et après, d’ailleurs je repars en tournée avec BZP juste en revenant de ces quelques dates avec Second Rate. C’est vraiment la réédition qui était importante à mes yeux. Retour à la réalité. La setlist (qui sera la même pour ces cinq dates) voit se succéder de nombreux classiques de la première période du groupe, alternant avec des morceaux qui ont été très peu défendus sur scène, split oblige. Le plus touchant est assurément «Paul loves that», durant lequel Paul, le fils de Sylvain, restera proche du kit batterie de son père. Ce qui n’est pas pour arranger l’émotion que ce concert a procuré au batteur/ chanteur, visiblement ému de l’accueil réservé par les bisontins à Second Rate, et qui ne manquera pas de le souligner à plusieurs reprises durant le concert. Après «There just a reason» exécuté de fort belle manière, le groupe tire sa révérence sous les ovations du public. Premier concert réussi, ça laisse présager de bonnes choses pour les jours à venir. Jeudi 1er mai : après une nuit décidément trop courte, l’équipe des Flying Donuts prend la route de Chalonsur-Saône, deuxième étape de ce périple au pays des souvenirs. Quand nous arrivons, Second Rate est déjà en train de s’installer sur la scène de la Péniche, spot assez sympa au milieu des friches industrielles de la ville. Jour férié, temps pourri, relativement loin de nos bases, ça sent le mauvais dimanche de déprime, sauf que chacun profite de ces instants qui sont comptés. Alors que la veille, tu serrais des mains tous les dix mètres, aujourd’hui, c’est quasi connaissance zéro.

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On est entre nous, et c’est bien ça qui compte. Les Flying Donuts profitent de cette soirée pour aiguiser son set «classique» composé majoritairement des brûlots de son nouvel album. Pour avoir vu le groupe à chaque nouvelles séries de concerts succédant la sortie d’un disque, j’ai l’agréable impression que Still active, nouvelle galette dans les bacs depuis seulement quinze jours, est parfaitement configurée pour la scène, et le groupe est d’ores et déjà à l’aise avec ces nouveaux titres. La tournée pour ce nouvel album vient de commencer et il est donc opportun de prendre la température auprès du trio : Jérémie : On n’a pas encore assez de recul par rapport au public. Dans l’ensemble, je dirais que ça plaît. Ce que j’en dis, c’est que c’est un album qui est plus aéré de manière générale, et je le prends comme un retour aux sources même si il y a à boire et à manger dans ce disque. On voulait faire un truc plus aéré mais pour l’instant, j’ai lu quelques bonnes chroniques. Après, je rejoins Sam sur le côté «je joue de la zik pour moi» car moi aussi, je joue pour ma gueule. J’en ai plus rien à faire de ce que les gens pensent. Mais oui, ça fait plaisir Sam : C’est quand même dur de se dire, dans notre circuit, à notre échelle : «Qu’est-ce que vont en penser les gens ?». C’est super déplacé. J’espère qu’il n’y a pas de musicien qui se pose cette question. Gui : Mais quand tu sors un disque, tu fais attention à la prod’, à la pochette... Sam : Ouais, bien sûr, c’est autre chose, mais ce que vont en penser les gens, tu t’en fous de ça, enfin si tu as une once de personnalité. Sylvain : Quand tu es un groupe en France, un group indé, que tu as suffisamment de bouteille et que tu es toujours vivant, ce qui t’animes c’est de jouer. Après, le contenu, peu importe, il te sert à tourner, à te donner des sensations, de retourner sur la route. Sam : Je ne pense pas que les gars des Flying Donuts, dans leur local, se sont dit : «Mais qu’est-ce que vont en penser le gens ?», mais plutôt «On va encore refaire un skeud car on a encore des trucs à proposer, de nouvelles

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songs, et on a envie d’être sur la route de temps en temps. Je ne pense pas que vous vous soyez dit «mais qu’est-ce qu’ils vont penser, les gens ?». Sans dèc’. Rassurez-moi ! (rires). Benjamin : Ouais, c’est vrai. Sitôt le set des Flying Donuts achevé, et après un changement de plateau efficace, c’est à Second Rate d’en remettre une couche. L’accueil de l’assistance (une centaine de personnes) réservé aux Rate est plus timide que celui de la veille, mais le groupe déroulera son set avec la même détermination et la même envie. Le groupe se fait plaisir, et ça se sent. Cela ne donnerait-il pas des idées de refaire un bout de route ensemble ? Soyons fous. Sylvain : Non, ce n’est pas le but. Le but, ce n’est pas de renquiller ou de resouffler sur les braises du barbecue et relancer la machine. Humainement parlant, ça serait jouable, sauf qu’on a des activités musicales à coté qui ne nous permettraient pas de le faire, et je ne sais pas si l’envie d’une manière générale existe chez tout le monde... Sam : C’est une autre époque. On me pose la question tous les soirs de ce trip : «Qu’est-ce que ça fait tout ça, tu ressens quoi ?». Pour moi c’est vraiment bizarre de rejouer ces morceaux-là, c’est sûr et certain. A titre personnel, c’est vraiment bizarre de rejouer sur des émotions qu’on a eu il y a quinze ans. Il y a la zique, mais il y a aussi tout le reste, autour du band, on a vécu des trucs bien barges avec ce groupe. Même les paroles de Sylvain, les mélodies, bref il y a des morceaux que j’ai composé quand j’avais 20 balais, c’est quasi une autre vie... Sylvain : Même si ça reste très fun. Sam : Ouais ouais, bien sûr, surtout qu’avec cette musique qu’on appelait emo, donc émotionnelle par définition, les sensations que tu as à 20 ou 22 ans ne sont pas les mêmes que celles à 38 ou 40 piges. Et puis c’était un style qui était lié à une certaine période dans l’histoire de la musique, des sonorités qu’on n’entend plus beaucoup maintenant, un style à cheval sur le punk rock et la pop tendue, c’est un peu daté donc ça serait bizarre


Sur scène, et malgré le deuxième concert, le groupe trouve de plus en plus ses marques, et visuellement parlant, ça n’en est que meilleur. En d’autres termes : le groupe est en place ! Quand je demande aux membres du groupe s’ils ont pensé à l’éventualité d’une réunion qui n’aurait pas fonctionné musicalement, leur réponse est claire et nette (comme souvent avec ces gars-là !) Sam : On ne se pose pas toutes les questions que vous vous posez ! (rires) Moi, j’étais en train de répéter avec Demon Vendetta l’année dernière, j’étais chez mon pote Franz (le bassiste de ce groupe) à Colmar en Alsace. Après la répet’, allongé, peinard, à glander sur Facebook, j’ai vu que Bombled était connecté, je lui ai simplement envoyé un message ultra direct, genre «Mec, t’es ready, là ?». Il m’a répondu «Yes». On n’a pas fait un tour de table ni une réunion au sommet, ça a été très spontané. Sylvain m’a dit : «J’en parle à Lutin, je te tiens au courant dans les cinq prochains jours». Cinq jours plus tard, il m’appelle et me dit : «J’ai vu Lutin, il est chaud». De mon côté, je savais que Fred Allerat allait être ok. On attendait ensuite la réponse de Jon, mais à aucun moment on ne s’est posé la question de ce qu’allait en penser les autres, si ça allait marcher ou motiver des gens, du public, etc... Si ça nous fait plaisir de le faire, c’est déjà un bon truc, c’est le principal. L’idée de rééditer le catalogue s’est développée en même temps, tout a roulé avec fluidité, tout s’est enchaîné avec naturel. Donc on avait envie de le faire car c’était lié à la sortie de ces disques, ouais, et parce qu’humainement on avait envie de le faire. Ce qu’en pense les autres de ma musique, de ce que je fais et de comment je le fais, perso’ je m’en carre complet. Je joue pour moi, je tourne pour moi, je fais des disques pour moi, j’écris pour moi. Point. Bon, ça me fait super plaisir quand on me dit «j’aime bien ce que tu fais» ou «j’ai trouvé le concert cool» mais ce n’est pas le but premier, le but premier c’est de vivre des expériences, de bouger, d’essayer, de faire, de construire, de vivre quoi. Sylvain : Je n’ai pas tout à fait le même point de vue mais je comprends ce que Sam veut dire. Quand on s’est retrouvé dans le local, on s’était fait un petit listing des morceaux qu’on allait dégrossir. On était sensiblement sur les mêmes trucs, et il y a des morceaux que les gens attendaient qu’on a décidé de ne pas faire, car on n’a pas

envie de se prendre la tête à jouer des trucs qui ne nous procuraient pas/plus de feeling. On a donc un peu écrémé. On a fait cette liste de titres, on a répété ces songs, ces cinq dates vont passer et on va reprendre nos life. C’est plaisant de remettre tout ça au goût du jour. Sam : Après, si la première répète avait été catastrophique, on se serait dit «Wow, ça va être vraiment chaud». Mais comme je l’ai dit, tout le monde joue encore... C’est pas comme si tu appelles Nono qui est bassiste et qui revient de nulle part, qu’il n’a pas touché une basse depuis je ne sais combien de temps, ça peut arriver dans certains bands qui se reforment. Chez nous, tout le monde fait encore de la scène, et, en plus, on a tous rejoué ensemble. Pas dans les mêmes groupes, mais on a tous rejoué ensemble : Sylvain a joué avec John (Napoleon Solo), avec Lutin (Generic), moi j’ai joué avec Fred (Lost Cowboy Heroes, Teenage Renegade, Billy Gaz Station, Simon Chainsaw), j’ai aussi rejoué avec Sylvain (sur le premier album de BZP). Sylvain : On savait forcément que ça allait fonctionner. Sam : Dans ce contexte, il n’y avait pas une grosse prise de risque au niveau de la cohérence.

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de se dire : «Ok, on remonte ce band-là». Honnêtement, je ne verrais pas l’intérêt de faire ça même si les sensations sont fortes sur ces dates c’est clair.

Sitôt le concert terminé, on se retrouve dans les loges pour «ricaner» comme à la grande époque, comme quoi, rien ne se perd. Et quand on a le plaisir de passer un peu de temps avec Kaiser (producteur du dernier album des Rate et responsable de l’enregistrement d’une poignée de titres des Flying Donuts) et un routier qui ne roule pas que du bitume, tout se passe bien. Vendredi 2 mai : moins d’excès, plus de repos : nous voilà requinqués pour affronter une nouvelle journée qui s’annonce dantesque. Lyon est notre destination, plus précisément le Ninkasi, énorme complexe se si-

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tuant dans le quartier de Gerland et disposant d’un bar immense, de salles de restaurant, d’une grande salle de concert et d’un côté «club» pouvant accueillir plus de 300 personnes. Ce soir, le concert est gratuit, et bien évidemment, l’endroit sera plein comme un œuf. Pas beaucoup de route entre Chalon et Lyon, on arrive tranquillement, on se pose un peu et on recharge les batteries. Les Flying Donuts vont de nouveau rejouer dans son intégralité leur premier album sorti il y plus de dix ans. Un album paru à une époque où Internet commençait à se démocratiser et où tous les moyens actuels de communication n’étaient pas aussi développés qu’aujourd’hui. Une époque où Bandcamp, We Transfer et Myspace (ne parlons même pas de Facebook !) n’existaient pas, et où la K7 avait encore une (courte) espérance de vie. Nostalgie ? Benjamin : Moi, non, absolument pas. Jérémie : Moi oui, car il y a beaucoup plus d’imposteurs aujourd’hui. C’est un paradoxe car Internet est un bon moyen de communication mais il y a beaucoup d’imposteurs aujourd’hui, que ce soit des musiciens, des organisateurs. Mais là, tu as la vision du mec qui n’a jamais décroché un téléphone pour trouver un concert, je ne l’ai jamais fait. Minmin : Aujourd’hui, on a des moyens pratiques mais il faut les prendre comme ils sont, ça ne remplace pas tout non plus et oui, ça t’évite peut être d’envoyer des disques à un certain moment où tu peux envoyer un support digital pour ceux qui l’acceptent. Sylvain : Dans les années 90, ça te forgeait de faire cette démarche. Tu faisais de la musique, tu voulais jouer, et tu savais que tu devais te sortir les doigts du cul, mettre sa démo dans sa petite enveloppe kraft, rappeler la salle... Sam : Des fois, le mec écoutait ta démo devant toi, vraiment chelou, genre un rituel sacré ! (rires) Au début, on allait dans les cafés-concerts de cambrousse, on avait pris rencard avec le taulier ou la taulière, on arrivait tout penauds. «Je vous sers un café les jeunes ?», le mec écoutait, et nous on était là, comme des cons, à attendre le verdict. Après, le gars balançait «Bon OK, on cale quand ?» et là, il sortait son planning «Ca va les jeunes le 15 décembre ?» «Ouais ouais, on est dispo», let’s go (rires). A l’ancienne, quoi ! Donc ça, ça faisait partie du truc, ce rituel de la recherche de concert. Avec Second Rate, on fait partie de la dernière génération de groupes dont le parcours à suivre était clair, c’était «tu répètes au local, tu sors une démo. OK. Tu vas jouer dans des spots locaux, tu fais des premières parties. Ensuite, tu sors un 45 tours. Ensuite, tu sors un mini CD. Et seule-

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ment après tout ça, tu sors un album si la sauce prend». Voilà l’ordre des choses dans les 90’s, les différentes étapes à suivre...et je pense qu’on fait partie de cette toute dernière génération qui fait le pont entre les 90’s et les années 2000. La manière de faire a beaucoup changé, c’est sûr. Et nous, on a connu tous ces supports, K7, split single, EP, du vinyle quoi, et ensuite 4 titres sous forme de MCD car on n’avait pas de thunes pour faire un album complet correct, il nous fallait d’abord une carte de visite. Et là, t’étais mûr pour franchir le cap du premier album. Et après notre génération, les cartes ont été brouillées, tout s’est accéléré : tout le monde sortait un album directement, avec du merch tout de suite. Mais est-ce mieux ou moins bien ? Je n’en sais rien, c’est juste que notre génération fonctionnait différemment. Et les générations précédentes, c’était encore un peu différent, encore plus galère pour sortir un truc potable. Sylvain : Après, le support actuel est plutôt sexy. C’est facile : tu es chez toi, tu te lèves en slip, bing, t’envoies tes trucs, tu es pas obligé de faire des démarches longues et douloureuses, financièrement parlant, pour faire passer ta musique. Sauf qu’effectivement, il y a

pleins d’autres mecs qui le font aussi depuis chez eux, et qui eux arrivent avec un bon facing, un bon concept, à vendre du rêve aux gens et forcément, il y a de la pollution, du parasitage.


Tout change, donc. Mais est-ce que les acteurs gravitant autour de cette scène dite «indé» ont aussi changé depuis le split de Second Rate en 2003 ? Benjamin : Les gars ont moins de cheveux ! Qu’est-ce qui a changé ? Pas grand-chose. Après, les asso’ sont différentes, le public est un peu différent, mais au final, c’est toujours un peu la même chose. Sylvain : Je me permets une question : vous vous apercevez que c’est toujours les mêmes mecs qu’il y a dix ans qui vous faisaient tourner, ils sont toujours là ? Benjamin : Non, justement, beaucoup ne sont plus là mais il y en d’autres qui prennent le relais. Après, on se rend vite compte que les deux dernières années avant la sortie du nouveau disque, on ne s’est pas arrêté,

on a toujours répété, mais on a pas tourné, ne faisant que très peu de dates, et là, tu perds très vite le fil des contacts des gars. Les mecs qui organisent, les mecs des groupes, changent pas mal car ce sont souvent des activistes qui jouent dans des groupes. Sam : Mais là je pense que c’est différent. Il y a douze ou quinze ans, c’était plus un «tissu associatif», où tu avais un mec qui te contactait, ses potes lui filaient un coup de main, sa copine avait préparé à bouffer, le p’tit costaud du coin faisait la sécu’, le groupe d’un des gars chauffait les planches, etc. Maintenant, depuis MySpace grosso modo, c’est souvent un seul mec qui gère. Tu deales avec un activiste ou un mec isolé. Quand on a commencé avec Second Rate, c’était majoritairement des asso’, cinq ou six mecs qui t’attendaient et qui t’accueillaient : «Salut les gars, moi je fais les lights, moi j’ai préparé la bouffe, moi j’ai affiché, moi je fais le son, etc.» Benjamin : Tout dépend où tu joues. La semaine dernière par exemple, on a joué dans un fest’ de cambrousse, c’était complètement ça : les mecs étaient pas associatifs car ils n’avaient pas le support, mais c’était toute une bande de potes qui avaient tous un boulot différent. Sam : Maintenant, c’est souvent un mec qui a un groupe. Et la «scène», globalement je dirais, a relativement changé je pense. Et c’est souvent les mêmes groupes qui jouaient à l’époque, que l’on rencontrait aux quatre points cardinaux. Il y a encore beaucoup de vieux sur la route en fait. Avant, pour faire la promo de ton disque, tu n’avais pas les sites, les machins, les bidules, il fallait que tu joues, tu imprimais des flyers, tu bricolais un truc avec le mec de ton label et let’s go. Et il y a des mecs de notre âge qui sont toujours là, ils tournent peut être moins mais moi je vois souvent les mêmes gueules en fait... Il y a moins de jeunes, non ? En tournée j’entends. Avant, tu allais jouer à Niort, et deux semaines plus tard, tu étais à Toulouse, et tu tombais sur le même band ! On s’est rencontré comme ça à l’époque avec une partie de la clique Emo Glam Connection. Mais là, du coup, c’est rare de tomber deux fois sur un même groupe sur une même tournée, un groupe de jeunes je veux dire, la nouvelle scène punk hardcore. Alors, peut-être qu’ils vont davantage jouer à l’étranger, dans les pays de l’Est, etc... Car avant, ça se faisait moins, voire pas du tout. Avant, quand tu partais jouer à l’étranger, c’est que tu avais un contact à l’étranger, un label, un tourneur, une connexion, c’était super rare et ce concernait qu’une poignée de bands. Aujourd’hui, tu as la moitié des jeunes groupes qui vont jouer dans les pays de l’Est alors que les mecs n’ont encore pas tourné en France, ou ne compte pas tourner en France, tout simplement... et les

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Sam : Il y a plus de monde sur la route et dans les bacs, mais paradoxalement, comme je le disais dans la question précédente, il y a moins de groupes sur lesquels tu tombes encore et toujours. Comme je le disais tout à l’heure, tu jouais dans le nord et quinze jours après, tu retrouves un band dans le sud : «Oh les gars, vous êtes là aussi ?!». Sylvain : Les groupes des 90’s avaient cette envie d’avoir cette espèce de reconnaissance des plus vieux. Ce qui me motivait, c’était de faire comme tel ou tel groupe, monter dans un camion, partir... Sam : Comment ont-ils fait, ces groupes ? Nous on regardait derrière, on ne regardait pas devant. On n’essayait pas d’être originaux et de casser la règle du jeu : on regardait quatre ans ou cinq ans en arrière, c’était la génération des Thugs, Burning Heads, Portobello Bones, Seven Hate, Sixpack, Bushmen, des groupes que l’on a d’ailleurs rencontré sur la route avec Second Rate. Comment ils faisaient, eux ? C’est la question qu’on se posait et on dupliquait leur technique ! (Rires) Les premiers «gros» groupes qu’on a rencontré, c’étaient ces groupes-là. On avait les yeux et les oreilles ouverts, à l’affût. Ils faisaient comme ça ? Ok, on va faire pareil ! Dès le début, on a vu que ça bricolait, que ça tenait à rien toute cette scène, et dès le début on s’est dit qu’on pouvait bricoler aussi. Quand on parle de Second Rate, aujourd’hui chez certains zineux ou certains activistes, j’ai l’impression que certains mecs ne font plus la différence entre Burning Heads, les Thugs et Second Rate !!! Dans le même panier ! Attention, ce n’est pas la même division au niveau popularité ! On est venu bien après, on se revendiquait de ces mecs, pas de leur zique forcément, mais de leur façon de faire. Certains mecs plus jeunes mettent ça dans la même case, mais je le redis, ce n’est pas la même génération ni la même catégorie.

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mecs te disent : «En France, ça craint on ne peut pas tourner». Bizarre... Comme on avait pu le penser, c’est la foule des grands jours au Ninkasi. Je reconnais quelques têtes croisées à Besançon (Dan Kerosène, Guillaume Circus...), des gars du cru (l’équipe du Warmaudio, Forest Pooky...) et pas mal de fans de rock en général. Les Flying Donuts, pour leur deuxième set LSL, déroule un concert high energy. Le public qui connaît le groupe est coutumier du fait, mais prend plaisir à entendre les chansons du premier album dont certaines, à ma connaissance, ont été très peu de fois jouées sur scène. Au rappel, les Flying enverront un «Back off» de folie et termineront sur un «I’m gonna kick your ass» de haute volée. Les Second Rate s’affirment de plus en plus sur scène pour mon plus grand plaisir. Le rock n’est pas qu’une histoire d’apparence, mais la perception que nos cinq Bisontins se fassent plaisir sur scène est de plus en plus flagrante. C’est la troisième fois en trois jours que j’écoute les morceaux magiques des Rate, et je viens à m’en dire que je ne m’en lasserai jamais. Pourtant, toutes les bonnes choses ont une fin, et alors que Paris s’approche à grands pas, il est presque temps de quitter pour toujours ce groupe qui a marqué mes vingt ans. Rien que ça. Samedi 3 mai : après des calculs savants pour déterminer le nombre d’heures de sommeil qui seront nécessaires pour terminer dignement les quatre dates tout en profitant un maximum de nos amis Lyonnais (et même Suisses, salut Peg !), l’équipe des Flying Donuts prend la route direction Montreuil, en banlieue parisienne, après une trop courte nuit. Mais l’excitation de terminer en beauté avec, s’il vous plait, The Rebel Assholes et Dead Pop Club nous requinque. Il faut dire que les Rate (et les Flying) ont partagé énormément de plateaux avec Dead Pop, partageant des tournées et même des disques. L’Emo Glam Connection vient de ces deux groupes liés comme les deux doigts de la main. Un esprit de famille en quelque sorte, que le label Kicking Records, dans une logique parallèle, brille à faire perdurer. Sylvain : C’est une espère de continuité. Après, l’esprit de famille est peut-être plus difficile à voir comme on avait pu l’avoir à l’époque car on se croisait beaucoup plus. Après, il y a des labels comme ça qui existent et qui font vivre l’esprit. Benjamin : Emo Glam Connection n’était pas un label mais plusieurs personnes se regroupant pour faire

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des choses ensemble. Kicking (fest, records,...), c’est une seule personne, Mr Cu!, qui sort des disques des groupes, et pour la promo de ces disques-là, il rassemble tous ces groupes. Après, on s’entend tous bien. Sam : Ce gars, Mr Cu !, est de la génération des $heriff, OTH et tout ça. Il tournait avec eux à l’époque. Dans ce qu’on jouait, on était influencé par des trucs californiens mais aussi par la scène du Midwest, et c’est là qu’on voulait aller, ça et la scène française des darons. Cu!, c’est pareil : il aime autant SNFU que Portobello Bones ou Sleeppers. C’est cet esprit qu’on appelait le «rock indé» avant que ça ne devienne une insulte. Aujourd’hui, c’est un terme que je n’aime plus du tout, qu’on utilise pour la musique, comme un style prédéfini. «Je fais de l’indé». ça veut dire quoi ? Mais ça s’appelait «rock indépendant», «scène indépendante», il y avait un truc autour de ce terme, c’était une alternative à un rock de major, à de la zique pourrie et sans âme. Maintenant, quand tu dis ça, c’est super générique et ça ne veut plus rien dire, le terme «indépendant» est totalement vide de sens de nos jours... tout le monde est indépendant. Sylvain : Rock indé, c’était vraiment un style musical en plus. Sam : Pour la clique Emo Glam Connection, c’était ça et c’était aussi sur un délire quand on voyait tous ces groupes de daubes, ces street team dans le néo metal de l’époque, c’est venu de ça. Une parodie, un pastiche, clairement. Genre, ça ne veut rien dire ! On a fait quelques soirées, des concerts, des compilations, mais ça n’allait pas plus loin que ça. Des gens avaient l’impression que c’était un truc méga organisé, quasi une secte, pire, un truc d’intermittents du spectacle (rires). En fait, c’était un délire, juste une poignée de groupes issus de la scène punk rock mélo française qui se refourguaient des plans. Minmin : A notre niveau, ça nous a permis, même si on existe depuis 1996, de faire nos premières dates avec les Rate, de rencontrer ces gars qui étaient un peu plus âgés que nous. Du coup, il y avait plus de connexions, ils arrivaient plus à sortir de chez eux, et c’est Sam, avec son label Vampire Rds, qui nous a un peu poussé à l’époque et qui a sorti notre premier album. Sam : Mais c’était trois fois rien. Juste aller dans les villes où on jouait et dire : «Tiens, hier, j’ai joué avec Flying Donuts, j’ai trouvé ça mortel». C’est juste ça. Le mec notait l’info dans un coin et quand il écoutait le disque des FD, il disait : «Ah oui, effectivement, le skeud Last straight line, ça défonce».Je n’ai rien fait d’autre pour ce disque, à part en parler dans des interviews, mettre le skeud sur notre stand, écrire quelques reviews ici et là, et leur donner quelques contacts pour jouer en France et


tion qui vient de fêter ses dix ans (The Rebel Assholes). Peu de groupes ont survécu à l’âge d’or du rock indé

têtes qui sortaient, genre Dan Kerosène par exemple. Si tu étais dans les petits papiers de Dan dans cette scène, ça faisait du bien, car Kero, c’était une sorte de Bible du rock indé, noise, punk mélo, hardcore, etc... Une page dans Kero et bam tu recevais quelques commandes de disques et des mecs te contactaient, t’invitaient à jouer ici ou là. A la fin du magazine, Dan jetait le nom Second Rate toutes les quatre pages (rires). Bah, ça nous a bien aidé, il faut le dire clairement. C’est comme ces groupes de hardcore ou un peu plus bourrins qui étaient épaulés par Overcome. C’est la même chose. Kero, c’était l’Overcome de la scène indé et du punk mélo. Ca avait le même poids en France. Donc, dans le hardcore, si tu avais David d’Overcome dans la poche, tu étais bien. Et de l’autre côté, si tu avais Dan, c’était nickel. Ca tombe bien, on était le groupe préféré de Dan ! (rires)

français, et même si les Burning Heads sont toujours dans la course (nouvel album à paraître à la rentrée), les Flying Donuts ne se sentent-ils pas un peu seuls aujourd’hui sur la route ? Benjamin : Non pas spécialement, justement, on trouve qu’on s’en sort pas mal. Cu! est arrivé après, mais c’est toujours comme ça : des connexions, tu tombes sur des gens avec qui ça se passe bien et qui ont envie de bosser avec toi. On peut en citer pleins : Peg de GPS Prod, Dan Kero,... Sam : Peg, on l’a croisé sur la dernière année de concerts des Rate, dans le public, en Suisse. Et c’est ce genre de mec qui venait acheter des disques, qui grattait dans les bacs du stand, qui discutait avec nous aux shows. Et trois ans plus tard, c’est le mec qui te fait jouer avec ton nouveau groupe, et cinq ans plus tard, c’est l’activiste principal de sa ville qui organise de gros shows avec de la pointure ricaine et 10 ans plus tard, il est toujours là, à filer des coups de mains pour sortir des skeuds, à bricoler. Sans Peg, jouer à Genève, c’est compliqué. Je ne veux pas dire qu’avant, dans chaque ville, il y avait un mec comme ça, mais presque ! C’est en baisse, ou alors c’est une nouvelle scène peut-être, il y a un fossé générationnel quand même.

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pour poser leur disque dans des distros. Je n’avais pas de blé, je ne pouvais pas faire plus. Il y avait quelques

Après un chemin long et tumultueux pour rejoindre la région parisienne, c’est donc la «famille» qui se réunit à la Pêche de Montreuil. En exagérant un peu, c’est un choc générationnel qui se présente devant moi entre un groupe ressuscité pour une poignée de jours (les Rates donc), deux groupes issus des 90’s toujours dans le circuit (Dead Pop Club et Flying Donuts) et une forma-

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Benjamin : Oui, c’est ça. Beaucoup de gens se renouvellent, et on ne les connait pas. Franchement, quand on n’est pas en tournée, je ne regarde pas ce qui se passe dans telle ou telle ville. Sam : Yes, après c’est sûr, on est resté un peu sur nos acquis... Mais bon, est-ce que moi, ça m’intéresse d’être tout le temps avec des gamins de 22 ans ou de dealer avec des gars de 22 ans pour des concerts ? Honnêtement non. Je préfère qu’un organisateur soit de ma génération, qu’on soit sur la même longueur d’ondes sur plein de trucs. Quand tu as quarante piges et que tu es encore sur la route comme quand tu avais 20 piges, et que tu tombes sur des gamins, il y a un fossé générationnel, c’est évident. Benjamin : Après, ça peut être très intéressant, ça peut très bien se passer mais du coup, le fait de prendre de l’âge, on ne s’intéresse pas forcément à ce que fait la génération qui vient après. Il n’est pas loin de 20h30 quand Dead Pop Club monte sur scène. Comme à leur habitude, Olive, Duwick, Gui et Jer en mettent pleins les yeux et les oreilles à un auditoire plus attentif que démonstratif. Home rage a les faveurs de la setlist, et c’est un réel plaisir de revoir ce groupe qui ne se produit plus assez sur scène. Les Rebel Assholes, aguerris des tournées, sont également en forme, et notamment un Jean Loose qui cassera deux cordes sur deux guitares différentes lors du premier morceau ! Le quatuor déroule un set énergique, rapide et efficace. La relève est assurée, c’est certain. Les Flying Donuts crèveront une nouvelle fois l’écran, en proposant un set Last straight line ultra énergique au son puissant et aux lights généreuses. Je prends de plus en plus de plaisir à réécouter ce disque qui a aussi bonne place dans ma rockothèque. Tiens d’ailleurs, après ces trois concerts «souvenirs», qu’évoquent aux Flying Donuts les réunions ou reformations éphémères de groupes comme les Rate ou les $heriff ? Benjamin : Ca ne nous inspire pas grand-chose. ça nous fait surtout plaisir de rejouer avec les copains et de faire des dates avec eux. Après, je n’ai pas spécialement d’avis sur la question. Quand j’ai appris que les gaillards se reformaient pour cinq dates, ça m’a fait plaisir. Après, je sais pertinemment qu’ils n’essaient pas de remonter un truc pour voir s’ils peuvent le refaire plus tard. Je sais qu’ils sont tous passés à autre chose. Mais je suis content de revoir ces morceaux-là, quelques années après, car ça me rappelle plein de choses, comme pour beaucoup de gens qui viennent pour partager ce moment-là ensemble. Le fait de jouer avec les $heriff,

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c’est encore un autre délire car ce sont des mecs qu’on ne connaissaient pas, c’est une autre génération, bien avant nous. Le premier concert quand j’avais quatorze ans, c’est les $heriff. Comme le disait Sam, c’est en voyant des concerts des $heriff que ça m’a donné envie de faire de la musique et du punk rock, car c’est quelque chose qui m’attirait. Et à cette heure-ci, jouer avec eux, c’est quelque chose. J’étais comme un gamin de douze ans quand je suis allé voir le chanteur pour lui dire : «Hey mec, le premier concert que j’ai vu, j’avais les cheveux verts, j’avais quatorze ans, mon père m’a emmené». Pour moi, ça représente quelque chose. Après, c’est impressionnant, ça joue devant 1600 personnes car chez eux, c’est la messe, mais ça change pas grand-chose à la face du groupe : la veille, on était dans un bar de 50 personnes, et le lendemain aussi ! Le concert «parisien» de Second Rate se voudra aussi mélodique qu’énergique. Et même si Sylvain connaîtra une petite baisse de régime, c’est avec les yeux écarquillés et dans une salle suffocante où la chaleur insupportable en a fait transpirer plus d’un que je profiterai pour la dernière fois de ma vie à un show de Second Rate. Un concert encore une fois réussi. Une fois le concert terminé, c’est ambiance «Monster of Rock» dans les loges, la fête bat son plein, personne n’a vraiment envie de partir, on partage tous un bon moment. Il va tout de même falloir se quitter, alors je lance la question à cent balles : les Rate, quel est votre plus grand regret et votre plus grande fierté ? Sylvain : Je ne regrette pas grand-chose. On a fait ce qu’il fallait faire au moment où il fallait le faire. Le dernier album est sorti de manière chaotique. Un meilleur enregistrement aurait été cool, mais voilà, j’avais pris des décisions juste avant de rentrer en studio, ça a changé la donne. Ce n’était pas prévu de faire machine arrière sur ce niveau-là. Moi, je ne regrette rien. Je suis fier d’avoir laissé une petite trace, qu’un mec vienne te taper sur l’épaule en disant «Je suis super content, je t’ai vu dans un autre groupe il y a dix ans, c’était cool, tiens t’as encore un skeud, fais voir...». Et ça, dix ou quinze ans après. C’est long dix ou quinze ans. Sam : Tu es à 800 bornes de chez toi, il y a un gars qui vient te dire «mec, j’étais là en 99 dans le rade où vous aviez tout cassé, tu te souviens ?». Et le concert, il s’en rappelle, il a passé une bonne soirée. Ca l’a marqué au point que plus de dix ans après, il s’en souvienne, il te le dise et que ça lui fasse encore plaisir d’évoquer tout ça. Ma seule fierté, c’est ça. Le reste, euh... moi je suis fan de musique, je suis pareil que tous ces mecs ou nanas


tian Ravel, Mr Cu! et Dude, Frantz, Vava, Jean Loose, Jean Rem et le Rebel Assholes Crüe, Olive, Duwick, Jer, Gui, mon frangin Louidje et la Dead Pop Family, Gros, Amandine, Mighy Worms, Nico et la Rodia, Rémiii, Elise, Seb et l’équipe de la Péniche, Fabien Hyvernaud et le Ninkasi Café, Dan, Peg, Guillaume Circus, Forest Pooky, la team du Warm, Fanny, Coline, Mémèd et l’équipe de la Pêche, Ted, Lionel 442ème rue, Philippe, Bradley.

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qui viennent nous dire des trucs cool au stand après les concerts. Quand j’étais plus jeune, je voyais des groupes jouer dans des rades ou des clubs, je regardais les mecs, ça me faisait de l’effet. Dans mon bled, c’était Original Disease. J’étais au lycée à l’époque, je savais qu’ils allaient jouer avec les $heriff, avec Mega City Four, avec DOA, etc.. ils avaient un peu de presse nationale, ça me faisait rêver....j’étais comme un fou. Je les voyais dans le bar du bled, pour moi c’était des extraterrestres. Et Cu! était dans le lot. Maintenant, c’est un peu pareil, il y a des jeunes qui nous regardent et se disent «Ouah, ces gars-là, ce sont les gonzes de Second Rate» alors qu’on a certainement des tafs plus pourris qu’eux et qu’on joue certainement moins bien qu’eux. (rires) C’est un peu décalé des fois. Mais il y a cette fierté d’avoir enregistré des disques avec des potes qui sont toujours là et le truc s’écoute encore. C’est loin d’être parfait mais c’est encore solide et ça procure encore des sensations aux gens car la musique, c’est ça en fait, c’est le truc ultime. Nous, là, en ce moment, sur ces dates, on se dit «Merde, le troisième break et l’intro de la song, on était un peu chauds quand même», mais tout le monde s’en tape, ce qu’ils veulent c’est voir ces 4 mecs jouer ensemble sur une même scène et envoyer ce vieux son emo punk du siècle dernier et se laisser submerger par cette douce nostalgie. Le break foiré, à la limite, il n’y a que moi que ça va empêcher de dormir (rires). Et finalement, la musique, c’est fait pour ça, cette histoire de sensations et d’émotions. Ca c’est important. Après, il n’y a aucun regret, c’est dommage d’avoir des regrets dans la vie, pour toute chose, pour toute période. La zique est faite pour avoir des souvenirs et des expériences, et ce groupe-là, Second Rate, ça nous a permis d’avoir vécu de sacrés trucs à un âge où c’est cool de le faire, vivre de sacrés expériences et d’avoir un paquet de souvenirs vraiment barges. ressentir de bonnes sensations, et en balancer aux autres aussi.

Gui de Champi Photos couleur et couverture : Christian Ravel Photos noir & blanc : Quentin Deloche

Second Rate est mort. Flying Donuts est plus que vivant. Huit musiciens qui ont connu le DIY et le bricolage des 90’s, huit musiciens actifs qui connaissent le métier, même si pour eux comme pour nous, le rock ‘n’ roll n’est qu’un divertissement. Ces gars ont foi en leur passion, une passion où les relations humaines sont aussi importantes que la qualité de la musique. Un exemple à suivre, assurément.

Remerciement spéciaux à Sam, Sylvain, Jon, Lutin, Billy The Kill, Mitch le comptable, Lulu, Benjamin, Jérémie, Manu, Quentin, Milou. Remerciements généreux à Chris-

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LES DISQUES DU MOIS

PIXIES Indie Cindy (Pias)

Si tu (je me permets de te tutoyer, on se connait depuis un bail...) suis l’actualité du rock avec un grand R, tu connais déjà un peu l’histoire des Pixies : 4 albums cultes (Surfer rosa, Doolittle, Bossanova, Trompe le monde...) qui ont influencé plein de musiciens, des tensions à la pelle entre Franck Black et Kim Deal, un split, une reformation, des tournées pour cachetonner, Kim Deal qui se barre pour se consacrer pleinement aux Breeders (qui ont, au passage, une discographie impeccable...) et puis trois EPs lâchés sur la toile dernièrement, constitués de titres qui piquaient un peu les oreilles et d’autres qui arrivaient à retrouver l’essence d’un groupe, bien assagi toutefois, tout en amenant un je-ne-sais-quoi de neuf... Bref, un retour pas si dégueulasse qu’on le craignait. L’effet de surprise autour d’Indie Cindy est nettement amoindri puisque toutes les pistes présentes sur les EPs figurent également sur l’album, oui c’est un peu limite. On sait donc ce que l’on va trouver dans ce disque en forme de compilation. Bon point à mettre à l’actif d’Indie Cindy, le groupe a retrouvé le 06 de Gil Norton, responsable de la prod’ de Trompe le monde (et du dernier album potable des Foo Fighters, The colour and the shape...), toutefois pas de status quo à ce niveau, le son des Pixies semble avoir évolué vers quelque chose

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de très léché et d’assez clinquant. Le titre en question, «What goes boom», est une chouette entame. Il est difficile de ne pas céder à la sacro-sainte touche des Pixies quand il s’agit d’alterner moments calmes/furieux. Et ce titre, après quelques écoutes, s’avère assez redoutable et squatte la zone endorphine de ton cerveau durablement. Ouf, tonton Black semble encore en avoir sous la pédale niveau songwriting. Ce que semble confirmer également «Greens and blues», un morceau low-tempo à la «Here comes your man», la mélodie accrocheuse et la gouaille de Black remplissent plutôt bien le job de séduction. La suite est là aussi prometteuse avec «Indie Cindy», la piste qui donne son nom à l’album, un titre faussement hargneux qui se fait côtoyer plusieurs ambiances en quelques minutes. Ensuite, ça commence à se gâter du coté de l’auditeur, l’attention commence à baisser sérieusement, la faute peut-être à un enchainement de pistes passablement molles bien que l’on sente la patte du groupe toujours bien présente. La seconde moitié de l’album contient tout de même son lot de bons moments avec le très immédiat «Another toe in the ocean», le surprenant «Andro queen» et l’évident «Snakes» où l’on retrouve avec beaucoup de plaisir ces sonorités de guitare si caractéristiques à Joey Santiago. Un retour honnête au final mais strictement rien qui va chatouiller la qualité des albums précédents. Et il faut peut-être se faire une raison, le groupe capable de flanquer un tube punk incandescent entre deux joyaux pop est probablement mort : Franck Black ne braille plus autant qu’avant, les Pixies n’appuient que très rarement sur l’accélérateur pour faire parler les décibels. Ah, les affres du temps... David


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LES $HERIFF Bang (Kicking Records)

«Alors ! Bonsoir tout le monde ! On est Les $heriff de Montpellier ! Et rappelez-vous : on fait du bruit !» C’est ainsi qu’Olivier entame le concert exceptionnel des $heriff pour l’anniversaire de la TAF à Montpellier le 2 juin 2012. Un concert exceptionnel car les gars ont lâché l’affaire depuis belles lurettes, et une reformation semblait même inenvisageable. Des milliers de personnes en transe, une set-list au poil, de la folie, de la saturation et de la sueur. Il aurait était dommage que ce show reste dans les oubliettes ! Et c’est Mr Cu!, manager du groupe et big boss de Kicking Records, qui poursuit le rêve en sortant, tenez-vous bien, un triple CD/DVD live de ce concert, également disponible en version triple vinyle. Evidemment, il y a de quoi se régaler. Le DVD retranscrit dans son intégralité le concert chaud bouillant du groupe punk culte grâce à une captation dynamique, avec, en guise de bonus, quelques impressions de Marsu (historique manager des Béruriers Noirs et boss du label Crash Disques) et de quelques membres des groupes Kicking (Flying Donuts, The Black Zombie Procession...) et autres (The Rebel Assholes). Mais intéressons nous plutôt à la version CD, chargée de missiles joués à cent à l’heure. 13 ans que le groupe n’avait pas joué ensemble, et dès la mise en bouche («Idée fixe», «A coup de batte

de base-ball»), on sent que la machine est encore bien huilée. Les amateurs du groupe retrouveront avec plaisir le chant inimitable d’Olivier, le beat soutenu et les chœurs chaleureux du batteur Manu, sans oublier les guitares incisives et la basse ronflante de mélodies. La nouvelle génération qui n’a pas connu le groupe de son vivant s’en prendra une bien bonne dans les dents, et comprendront pourquoi on surnommait le groupe «les Ramones français» (même si la comparaison à la musique de Bad Religion n’est pas loufoque). Glorieuse comparaison. Alors bien sûr, ça n’enchaîne plus les morceaux comme au siècle dernier, mais qu’importe, la magie fonctionne toujours à grands coups de classiques inoubliables («A la chaleur des missiles», «Condamnés à brûler», «Les deux doigts dans la prise»...), de textes fédérateurs («Bon à rien», «Arrête d’aboyer», «Jouer avec le feu») et de titres funs et punk à souhait. Le groupe a eu la bonne idée de convier tous ses membres à la fête (les trois batteurs, les quatre guitaristes, successivement présentés par Olivier). Les $heriff jouent à l’énergie, sans compromis et étonnamment sans pression. Rien ne change, en somme. En 34 morceaux et malgré quelques imperfections, Les $heriff mettent tout le monde d’accord et prouvent par trois accords et deux refrains que leur statut de taulier n’est pas usurpé. Il est toutefois surprenant de constater que le public connaît les paroles par cœur, chantant à tue tête et se démène comme jamais alors que ce groupe a quitté le circuit depuis si longtemps. Toutes les bonnes choses ont une fin, mais c’est quand même pas mal d’avoir un peu de rab, non ? Les nostalgiques et les fans de punk rock n’ont qu’une chose à faire : se ruer chez leur disquaire préféré pour acquérir cette galette gavée de bonnes mélodies, de chansons inoubliables et de riffs imparables. Et ceux qui n’en auront pas assez pourront profiter des quelques concerts donnés cette année par le groupe pour promouvoir la sortie de cette pépite qui aura une place de choix dans nos rockothèques. Gui de Champi

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DOWN

Down IV - Part II (Roadrunner) testostéroné, de riffing aussi lourd que gras, de figures stylistiques aux ambiances lestées de plomb et autres atmosphères poisseuses qui renvoient aux panoramas atypiques de cette Louisiane qu’est la terre natale du groupe. Niveau protéines, le panier est parfaitement garni. Ce, même si on aurait quand même aimé que les grands mamamushis de leur catégorie musicale aillent plus loin, qu’ils enfoncent le clou un peu plus profondément de manière à mettre tout le monde à genou («Sufferer’s years»).

Second volet de ce qui était (et semble être toujours) une tétralogie discographique - comprendre donc une série de quatre EPs - Down IV - Part II a la lourde charge de passer après un premier opus un tantinet décevant et semblant porter les stigmates d’un groupe peut-être un peu en bout de course. Une échappée solitaire de Phil Anselmo - pas plus convaincante, c’est le moins que l’on puisse dire - plus tard et le départ entériné de tonton Kirk Windstein, désireux de se consacrer exclusivement à Crowbar, ne pouvant guère être des nouvelles rassurantes quant au futur artistique du groupe, on est forcé de reconnaître rapidement que «Steeple» et «We knew him well» chargés de lancer les hostilités le font plutôt efficacement. Et laissent entendre que Down pourrait bien être de retour à un niveau qui lui sied un peu mieux. 2 titres plus tard («Hogshead dogshead» et dans une moindre mesure «Conjure»), nous voici convaincu que le super-groupe américain est de nouveau sur de bons rails. En tous cas pour cet EP, pas de souci. Et comme on n’est pas au bout de nos (bonnes) surprises, Bobby Landgraf fait plutôt très bonne figure en remplacement de la pierre angulaire qu’était Kirk Windstein pour le cinq majeur de la Nouvelle-Orléans. Si bien que l’on encaisse ici une sacrée dose de sludge-stoner-metal bien

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S’il évite très soigneusement de prendre le moindre risque, semblant vouloir comme se rassurer sur ses capacités à déraciner des séquoias à coups de riffs qui tronçonnent sévèrement, à profiter à fond d’une section rythmique toujours aussi pachydermique et d’une production bien velue, Down ne se foule pas pour blinder l’affaire, rondement menée, oui, on peut ici l’admettre sans sourciller. Lestant l’ensemble d’une grosse puissance de feu (prévisible), le groupe plie ce Down IV - Part II sur un «Bacchanalia» qui ne baisse toujours pas d’intensité histoire de démontrer à ceux qui l’avait un peu trop vite enterré six pieds sous terre qu’il fallait encore compter avec lui. En attendant la suite qui devrait, on l’espère, confirmer ce «comeback» burné. Aurelio


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HEADCHARGER Black diamond snake (Verycords)

enchaîné, cette séquence «classic rock» exécutée avec grande classe...

Ca y est, les Headcharger ont atteint leur vitesse de croisière. Après un Slow motion disease qui montrait une évolution vers un stoner plus ensoleillé, les voilà bien calés dans leur style pour enfoncer le clou. Si l’artwork laisse réapparaître les corbeaux et un côté assez sombre avec cette image de bolide pouvant rappeler le Boulevard de la mort de Tarantino, l’album reste très rock. Le «lugubre» reste à l’arrière-plan, c’est davantage sur la vitesse et cette idée de ne pas lambiner que le groupe a voulu insister avec cette image si on la compare aux titres proposés.

Bref, quand on prend son pied sur quasi tous les morceaux, on digère mal la baisse de régime passagère. Celle-ci n’a d’ailleurs rien à voir avec la vitesse d’exécution des titres, car lancés sur les chapeaux de roue avec «Land of sunshine», les Headcharger savent gérer le tempo et le ralentir avec brio de temps à autres (le bluesy et délicat «Heads-up» ou le rampant «One night stand» d’où sont extraits les paroles qui donnent leur titre à l’album). Cependant, c’est quand ça trace que le combo donne le meilleur, les quelques secondes de l’enchaînement «I wanna see you die» / «No fate» et leurs rythmes assez élevés semblent d’ailleurs très (trop) longues, tant on voudrait que cette course soit sans fin. Telle celle d’une «Blazing star» (une «comète») brûlante dont les sonorités me rappellent le «Make it burning» des Zoë. Black diamond snake plaira donc aux fans de gros rock sévèrement burné aux influences ricaines affirmées. Tout comme son prédécesseur Slow motion disease, l’opus est une belle réussite car la moindre note, la moindre mélodie, le moindre tempo est réfléchi et se doit d’être utile à l’ensemble. Encore du beau boulot. Oli

Pédales de disto et d’accélérateur sont toujours parmi les accessoires favoris des Normands dont on connaît déjà bien la capacité à écrire de bonnes chansons, celle-ci ne se dément pas avec cette nouvelle cargaison même si ça et là, je les trouve un peu trop «faciles». Ainsi les plans de «Backtracking» et sa rythmique martelée semblent bien moins travaillés que d’autres. Il faut dire que Headcharger nous a tellement habitué à du très bon qu’on leur concède assez mal le moindre relâchement... Et comme on prend un putain de plaisir à sentir nous traverser ce bon petit riff («Don’t wanna change your world»), ce genre de riff qui te fait de l’effet à chaque fois, ce truc bien balancé avec son petit solo

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ANIMALS AS LEADERS The joy of motion (Sumerian Records)

Alors certes, les membres du groupe sont avant tout de purs techniciens mais reconnaissons ici que c’est en apprenant les bases, en les éprouvant aux joutes du live mais aussi des œuvres de ses glorieux aînés que l’on devient aussi un «vrai» musicien. Et que l’on peut s’enorgueillir ensuite de composer des morceaux qui tiennent la route.

Si l’on s’accorde à convenir généralement que trop de technique tue la créativité, l’adage ne s’applique vraisemblablement pas aux Américains d’Animals As Leaders. Lesquels avec The joy of motion, leur troisième album faisant suite aux déjà très impressionnant effort éponyme puis Weightless, livrent ici une œuvre bouillonnante de maîtrise formelle, également bluffante en matière de songwriting et d’inventivité pure et dure. En témoignent cette saisissante «Kascade» chargée de lancer les hostilités sur un rythme extrêmement soutenu et avec des variations de tempi continues, une trame sonore qui se déroule inexorablement et même quelques esquisses de mélodies progressives enveloppant le tout avec une classe folle. Parti sur des bases tellement élevées que l’on est forcé de se dire qu’ils ne pourront jamais tenir cette cadence par la suite, les Animals As Leaders nous font mentir dès la piste suivante avec un «Lippincot» tout aussi volubile que son prédécesseur bien qu’étant moins puissant au rayon «métallique». Pour autant, le groupe, s’il fait ici preuve d’une précision diabolique en la matière, ne verse pas uniquement dans la démonstration polyrythmique qui en met plein la vue. Pas plus que dans une complexité outrancière débordant de prétention crasse.

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Sur ce The joy of motion, les Animals As Leaders n’y sont pas allés de main morte dès lors qu’il s’agissait de mêler habilement les deux : capacités techniques et écriture mûrement réfléchie. Entre Djent-metal-jazz, rock alternatif et prog’ aventureux («Air chrysalis», «Physical education»), le groupe promène sa coolitude («Another year»), envoie quelques riffs tâter les enceintes histoire de tester un peu leur résistance à la virtuosité («Tooth and clow»). Un sans faute et une vista étourdissante pour des Américains qui s’amusent à en rajouter en incluant quelques discrets éléments électroniques («Crescent») voire presque pop («The future that awaited to me»). On se dit alors que le groupe va rafler la timbale du sans-faute absolu, sauf qu’après 6/7 titres de haute volée, on redescend quand même d’un cran en termes d’inventivité et de qualité intrinsèque, ce avant que la toute fin de l’album ne remette les gaz avec «Mind-spun» puis «Nephele». La raison tient au fait qu’AAL a parfois tendance à verser dans l’excès de tout et que malgré son évidente maîtrise absolue du sujet, un peu de retenue pourrait également parfois ne pas faire de mal. Une technicité de pointe, une classe folle («Para mexer», «The woven web»), quelques petits défauts de façade mais un album outrageusement bien foutu, usiné, ficelé. Bref, assez jouissif dans son genre. Aurelio


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UNDERGANG Hang on (Uriprod / La Baleine)

the road»), du hip-hop («In that maze») ou bien un joli combiné groovy/funky («In disguise»), il n’y a bien que les deux morceaux aux résonances post-rock («Sad ta’wn» et «Melancolia») qui font de l’ombre au tableau de ce point de vue là. Dans sa composition, Hang on s’illustre comme le parfait compromis entre machines et instruments compte tenu de l’équilibre bien trouvé qui en résulte à l’écoute. De ce fait, la qualification d’OVNI de la scène électro-rock n’est pas volée bien que les genres empruntés soient quand même des sentiers déjà bien battus.

Après la sortie de Du son sur les mains en 2010, Undergang s’est octroyé une parenthèse de deux ans pour venir prêter main forte en live à ses copains de La Phaze jusqu’à leur assaut final en décembre 2012. Depuis, le Toulousain s’est recentré sur ses propres activités pour peaufiner et sortir en février 2014 son quatrième album Hang on, un titre qui doit surement vouloir signifier que le gaillard n’a pas dit son dernier mot. A l’écoute de l’album, on en doute plus un seul instant car le moins que l’on puisse dire est qu’il continue son petit bonhomme de chemin avec la ferme intention de toujours amalgamer les styles quitte à faire dérouter son auditoire. «Pas de frontières», comme le nom de ce morceau figurant sur le disque mêlant sans vergogne dubstep, hip-hop et drum & bass. Le message est passé.

Hang on, par sa démarche qui consiste à puiser dans multiples styles, n’intéressera que les plus ouverts ou ceux qui feront l’effort d’aller plus loin dans l’écoute. Pour le reste, ce sera un peu plus facile même si les titres ont été pensés comme des chansons qui se digèrent relativement trop vite à mon sens (donc plus facilement oubliable) et non comme un ensemble qui aurait peut-être mérité plus d’expérimentations par exemple. Ce parti pris n’endommage en aucun cas la qualité respectable de cet album... à part la chanson éponyme qui a tout du tube imbuvable en diffusant un ersatz de rap-rock limite néo-métal des temps anciens complètement irritant. A part ça, tout va bien. Ted

Rappelons qu’autour d’Undergang gravite un seul homme - hormis ses invités vocaux bien sûr, dont la Bostonienne Kamik - et si Cédric prend le micro pour déverser son flow acrimonieux similaire parfois à celui de Rockin’ Squat d’Assassin (écoutez donc «Ghetto»), sa musique quant à elle, donne globalement dans l’énergie débordante. Que cela soit du rock (la noisy «Alone in the corner»), de la drum & bass («Put it on»), de la fusion («Gentle brutality»), du dubstep («Avengers on

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ARCHITECTS

Lost forever, lost together (Epitaph Records) dies taillées dans le marbre et hurlements ravageurs, le groupe livre ici un petit précis de metalcore burné d’une redoutable efficacité. Une très solide mise en action bientôt suivie d’une véritable démonstration de force avec le single «Naysayer». Là, cette fois c’est clair, les Anglais sont «on fire» et font littéralement parler la poudre. Puissant et salvateur, le groupe met tout ce qu’il a et enchaîne alors les coups de boutoir supersoniques («Broken cross» ou «The devil is near», «Castles in the air», «Youth is wasted on the young»).

Il y avait jusqu’à récemment l’imparable Hollow crow, considéré quasi unanimement comme une petite bombe de sa catégorie (si l’on met de côté les albums de «jeunesse»), le très recommandable The here and now, qui possède encore aujourd’hui ses inconditionnels comme ses détracteurs, et Daybreaker qui n’a gardé pour lui que... bah les détracteurs. Voici désormais Lost forever, lost together, sixième album long-format des soubresauts de sa majesté que sont Architects. L’album de la remise en question, du retour au source aussi mais surtout de la remise à zéro des compteurs avec un changement majeur pour le groupe, son départ de l’usine à gaz Century Media pour les rivages plus cléments et certainement efficaces de l’écurie Epitaph (Converge et autres Every Time I Die ou Parkway Drive y sont comme chez eux depuis plusieurs années). Lost forever, lost together, l’album de la réconciliation metalcore entre le groupe et une efficacité retrouvée. Pour preuves le guerrier «Gravedigger», premier titre dudit effort, qui d’entrée de jeu et sans prévenir allume les premières mèches, histoire de mettre les choses au clair : Architects est de retour aux affaires très sérieuses et clairement, ça va chier. Et pas qu’un peu. Tempo soutenu, riff de patron, charisme vocal au service de mélo-

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Véritable blockbuster du genre, Lost forever, lost together voit le groupe se dépasser en mettant une intensité folle dans ses titres, histoire de leur insuffler un supplément d’âme pour ne pas livrer un objet complètement vide de sens. Et cela fonctionne à pleins volumes («Dead man talking», «Red hypergiant») quand les Architects ne se mettent pas eux-mêmes à passer en mode «survivor» et à tout démolir sur leur passage («C.A.N.C.E.R», «Colony collapse»), refrains et chœurs taillés pour le live en prime. Sans jamais sembler se fatiguer, les Anglais balancent leurs parpaings avec une étonnante cohérence et régularité à ce niveau («The distant blue»), en blindant l’intégralité des aspects de leur travail pour livrer un album tranchant, propre, net et sans bavure, évitant même la redite inhérente à 99% de la production metalcore. En clair, une fessée en bonne et due forme. Aurelio


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MEIN SOHN WILLIAM Every day, in every way (Ici d’ailleurs)

céder aux arrangements quasi-martiaux de «Word» ou au minimalisme d’»Avoid», des titres qui doivent valoir leur pesant de noix de pécan en live. L’album se conclut sur des versions totalement retravaillées d’anciens titres, notamment le très classe «Husband» qui se mute en «Dear husband». Là aussi, ça ne manque pas de panache si on fait l’effort d’oublier l’ancienne incarnation des morceaux, mais ce n’est définitivement pas une facette de Mein Sohn William à négliger. Un album de Mein Sohn William moins immédiat, très certainement. Un album globalement un cran en dessous, seul le temps nous le dira mais les qualités d’Every day, in every way crèvent les oreilles. Pas instantanément, mais elles crèvent les oreilles. David C’est accompagné de son comparse de tournée que Dorian Taburet aka Mein Sohn William propose un nouvel album intitulé Every day, in every way. Le précédent avait mis la barre très haute au travers d’un songwriting immédiat et attachant mais aussi grâce à une identité bricolée qui envoyait du charme «patchworké» par palettes de 12. On ne te cache pas que les premières écoutes d’Every day, in every way sont décevantes mais l’album distille peu à peu ses saveurs... Ouf. La première piste, «Leather», et sa mélodie «tropicalisante», font office de bonne (re)prise de contact, le plaisir d’écoute est immédiat et le morceau reste facilement en tête. «Until the beginning», le second titre, offre un goût de déjà-vu chez Mein Sohn William, même si après quelques écoutes, la voix de Dorian et les orchestrations en mode jeux vidéo vintage se révèlent assez rapidement addictives là aussi. La suite va s’avérer sensiblement du même tonneau, c’est-à-dire des titres qui interpellent, sans forcément séduire de suite. On pense notamment à «Rebecca», ses accents de Gorillaz et son petit bout de «Carmen» de Bizet. Reste qu’à force de l’arpenter, la «Rebecca» en question a bien des atouts pour devenir un des meilleurs titres de Mein Sohn William. Dans le même registre, il est difficile de ne pas

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THE IRRADIATES Revenge of the plants (Dirty Witch)

Revenge of the plants. Rien que ça ! Les membres de The Irradiates n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Le quatuor surf rock de Besançon (comptant dorénavant dans ses rangs l’excellent Arnaüd De Cea à la six-cordes) relance les expérimentations avec ce troisième album enregistré et mixé par Jim Monroe (CJ Ramone, The Adolescents...). Et disponible chez Dirty Witch et les Productions Impossible Records. Et même si ça peut sembler perturbant au premier abord, ces savants-fous du surf maîtrisent sans conteste leur sujet. Savant dosage de surf et de rock, Revenge of the plants n’est rien d’autre qu’une bombe atomique concoctée avec passion et détermination par nos quatre irradiés. La thématique de cet album est, tu l’auras compris, la revanche des plantes. Rien que la sublime pochette réalisée par Victor Marco est un excellent prétexte pour se procurer cet album en format LP ou digipak. Mais le contenu vaut également son pesant de cacahuètes. En douze titres, The Irradiates s’imposent encore un peu plus comme les fers de lance du mouvement surf music. Quasi instrumental (seuls les excellents «Jack-in-the pulpit» et «Tales of a poisoned seed» et leur mix surf / punk sont chantés), ce troisième album regroupe des morceaux dont l’intégralité transporte l’auditeur dans

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un monde parallèle. Un monde aux atmosphères résolument rock (merde, je suis accro à ce breuvage qu’est «Dark matter» et cette préparation sonore intitulée «Locked in the chromatic spectrum»), aux ambiances tantôt survoltées, tantôt posées (le flippant «Shut up, let’s grow!», le délicieux «Sap rain») avec pour dénominateur commun ces sonorités caractéristiques de la surf music, pleines de réverb et de coups de vribrato ! Et je ne te parle même pas de l’aisance technique dont Dame Nature a doté chaque musicien pour être aussi à l’aise pour développer des morceaux aussi bien aboutis. Difficile de mettre en valeur un titre plus qu’un autre, la cohérence et l’impertinence de l’ensemble ne méritent pas ça ! The Irradiates n’ont aucun tabou et peuvent, sans qu’on y trouve à redire, agrémenter leur surf de jazz, de rock et de rythm and blues cuivrés (la participation des cuivres de Two Tone Club à «Unidentified wild flower» est tout simplement exquise). Dérangeant, jouissif et remuant à la fois, Revenge of the plants démontre en quarante minutes que The Irradiates est un groupe à part. Un groupe qui mérite amplement qu’on se penche encore un peu plus sur ses formules magiques et ses expérimentations sonores. N’en jetez plus, je suis conquis. Gui de Champi


PARTENAIRE

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INTERVIEW TEXTE

INTERVIEW > ZOË Zoë vient de sortir Raise the veil et c’est entre deux week-ends de concerts intensifs que Fred prend le temps de répondre à mes questions sur ce nouvel album, ses invités, la tournée et l’avenir proche. C’est Great Dane Records qui sort l’album, c’est un label métal, comment êtes-vous arrivé là ? Aldo a rencontré par hasard un des membres du label. Celui-ci lui a dit qu’il aimait ce qu’on faisait et qu’il était intéressé pour travailler sur la sortie de notre dernier album... J’ai pas l’impression que vous soyez une des priorités du label, je me trompe ? Je t’épargne les détails mais depuis sa sortie, c’est silence radio ... On ne comprend pas ... On en saura peut être plus bientôt. Mais pour l’instant, c’est une totale déception. Vous avez choisi de faire masteriser Raise the veil par Göran Finnberg, un scandinave assez métal, pourquoi ce choix ? Tout simplement parce que Olivier T’Servrancx nous l’a proposé, il lui avait déjà confié le dernier album de Glowsun. Il nous a fait un blind test, 3 masterings, un fait

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par Olivier, un par RemyBoy qui avait fait celui de Dirty little sister et un par Göran, on les a écoutés chacun de notre côté et on a tous eu une préférence pour celui de Göran Finnberg. Le mastering est vraiment une étape très importante, il peut ruiner un mix ou au contraire le sublimer. La pochette est encore très classe, comment a-t-elle été élaborée ? Vous vouliez quelque chose dans ce goût-là ou l’auteur a eu carte blanche ? Cool ! En fait pour être honnête la pochette a vraiment été réalisée dans l’urgence. Deux mois avant la sortie de l’album, nous n’avions rien du tout. Au départ, c’est Captain’ Nico qui devait travailler dessus mais il a du se désister à cause d’un agenda trop chargé. Heureusement, Zazou, bassiste de Dee N Dee, sérigraphiste, illustrateur, et ami, a accepté de s’en occuper. On avait quand même une idée de base. Le titre de l’album étant Raise the veil, ce qui signifie littéralement «Lève le voile», on a pensé


Par contre, la photo du groupe à l’intérieur est un peu «particulière», c’est un pari perdu ? Même pas ... (rires) On trouve quelques amis sur différents titres, c’était important pour vous d’afficher sur le disque votre amitié avec Sam, Carl ou Jex ? Ca n’est pas pour afficher quoique ce soit, on l’avait fait déjà sur Dirty little sister, c’est toujours sympa d’inviter des potes à venir dans le studio, surtout au stade de l’enregistrement des voix, c’est le moment où les chansons commencent vraiment à prendre vie. Ils peuvent aussi donner leurs avis sur le travail en cours, avoir un regard qu’on n’a pas forcément et puis ça apporte une autre façon de faire. Tu as d’ailleurs oublié de mentionner Vince, notre ancien batteur qui est maintenant dans Lofofora et qui a enregistré et participé à la composition de 3 titres: «Raise the veil», «Roller coaster blues» et «Workie of the dispair.» Je parlerai des batteurs plus tard... Là, si vous pouviez inviter n’importe qui, quel serait votre choix ? Et pourquoi ? Inviter d’autres personnes sur le quatrième album, ouais ça serait cool ! Jusqu’à présent, ce sont des idées qui ont plutôt surgi en fin de soirée une bière à la main : «Hey ! Ca te dirait de venir chanter sur un titre ? Ok !» Donc si ça se fait ça sera au gré des rencontres. Cependant, j’aimerais bien que Reuno viennent chanter un titre, j’aime beaucoup Mudweiser, ou Julien des 7 Weeks ou encore Lolo de Loading Data. Mais on en n’a jamais parlé... Encore une question sur vos choix, vous avez mis «Don’t hold my gaze» puis «The wolf» en écoute sur Bandcamp, pour moi ce sont de bons morceaux mais pas les meilleurs, je trouve que «Slam dance union» ou «Raise the veil» sont plus riches, ça a pas mal discuté pour savoir qui auraient les honneurs du BandCamp ? Non pas vraiment. Il me semble qu’on a choisi «Don’t hold my gaze» car c’est un des morceaux qui se rapproche le plus de l’album précédent et «The wolf» le contraire. «Slam dance union» et «Raise the veil» sont sûrement les deux titres que je préfère, mais on a préféré mettre des morceaux où l’on retrouve uniquement les quatre membres de Zoë : Holy, Mike, Aldo et moi. Une des grandes forces de l’album, ce sont les varia-

tions de tempo... Et vous avez aussi et encore changé de batteur avec l’arrivée de Holy, la transition ne semble pas avoir été compliquée, comment ça s’est passé ? Holy et Vince ont vraiment des jeux de batterie complètement différents. Vince a un jeu très technique, énergique et rapide. Holy est autodidacte et il est plus à l’aise sur les tempi lourds, ternaires, metal. La transition n’a pas été compliquée pour deux raisons. La première c’est qu’avant le départ de Vince, Holy l’a souvent remplacé quand il était en concert avec Lofofora. Il a donc du apprendre des morceaux qu’il n’avait pas composés avec le groupe et, si ça n’a pas été toujours facile pour lui, je pense que ça lui a appris certaines choses. La deuxième c’est que lors de la composition de Raise the veil, Aldo a pris en compte le jeu d’Holy, on pourrait presque dire qu’on lui a fait un album sur mesure ! Au niveau rythmique, on a exploré d’autres pistes que nous n’aurions peut-être pas explorées avec Vince, tout au moins pas de la même manière. Je pense que c’est aussi ce qui fait la richesse de cet album.

INTERVIEW TEXTE

à quelque chose qui évoquerait, l’illusionnisme, la magie ... En un temps record il nous a présenté cet espèce de Mandrake qui figure donc sur le devant de la pochette. Merci Zaz !

Chez beaucoup de groupes stoner, la rythmique a moins de liberté ou alors est nettement moins mise en avant, ça tient à cette manière de composer ou c’est une volonté de laisser beaucoup d’espace à la basse et à la batterie ? Nous aimons trouver des grooves différents. Ils sont travaillés souvent sans les guitares pour se rendre compte de leurs potentiels. Quand une rythmique tourne bien, il est alors plus facile de placer les guitares afin d’améliorer l’efficacité du titre. Pour illustrer ce propos, le titre «Astral projection» me semble adéquat. Ce qui explique pourquoi les rythmiques sont prédominantes chez Zoë, elles sont conçues pour faire bouger l’auditeur. Vous tournez beaucoup depuis février, vous faites énormément de kilomètres pour parfois jouer dans de petits clubs, le trésorier approuve ce genre de périple ? C’est Carl, notre manager qui gère tout ! Il trouve les dates, gère la thune, conduit le camion, il est aussi notre sonorisateur, bref il est exceptionnel ! C’est vraiment le cinquième membre du groupe. Nous sommes une grande famille réunie au sein de l’asso LX à Calais. Nous organisons aussi des concerts chez nous et fonctionnons sur la base de l’échange de concert. Il y a aussi Loïc de Relief, une autre asso calaisienne qui nous donne un sacré coup de main. C’est lui qui nous prête le camion par exemple et il remplace Carl quand celui ci ne peut pas venir. Enfin, une autre asso Iggystoner Booking a trouvé de nombreuses dates sur cette

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INTERVIEW TEXTE

tournée. Il est évident qu’il ne faut pas espérer se faire des couilles en or, mais ça n’est pas ce qu’on recherche, nous sommes des artisans du rock n’ roll, faire plus de 2000 km sur un week-end pour jouer devant 50 ou 60 personnes ça peut faire sourire, mais on ne sait jamais comment ça va se passer, et c’est ça qui est excitant. Il est arrivé de nombreuses fois de se dire «oh merde y a pas un chien ...» pour que finalement le concert se termine en pure folie. L’essentiel, c’est de ne pas laisser indifférent. Qu’il y ait 10, 50, ou 100 personnes il faut qu’au moins une d’entre elles s’endorme avec une chanson de Zoe dans la tête ou un bon souvenir du concert. Vous avez eu des plans assez galères ? Souvent ! Mais ils deviennent des anecdotes à raconter pour se marrer ! Par exemple, après l’un de nos derniers concerts, nous sommes rentrés à l’hôtel. Aldo et moi étions dans un état plus qu’avancé au niveau alcoolémie. Nous nous sommes chamaillés dans la chambre puis nous nous sommes retrouvés dans le couloir où nous avons continué à faire les cons et la porte de la chambre s’est refermée avec les clés à l’intérieur. Bon jusque-là rien de très inhabituel, mais le seul problème c’est que nous étions à poil dans le couloir, je te laisse imaginer la suite... (rires) Vous faites quoi dans le camion ? Des films, des livres, des disques à conseiller pour ceux qui font de la route ? On regarde des films, on boit des bières et on écoute beaucoup de musique. On découvre des nouveautés mais nous nous sommes rendus compte que le «classic rock» fonctionne très bien sur les longues distances. C’est le cas pour AC/DC. Quoi de mieux qu’un titre d’AC/ DC comme par exemple «It’s a long way to the top if you wanna rock’n’roll» ? Ils ont écrit une putain de B.O. pour la route. Leurs titres sont parfaits pour nos «road movies», merci les mecs. Et on a forcément une petite pensée pour Malcom... L’avenir proche à part les concerts, c’est quoi ? Le tournage d’un clip et la sortie de Raise the veil en vinyle... Merci Fred, merci Zoe, merci Carl ! Oli Crédit photo : Seb Tribalat

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INTERVIEW TEXTE

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HYDRAS DREAM The little match girl (Denovali Records)

dinaves, brille de mille feux. Et illumine ce conte musical que viennent narrer les deux musiciens.

Avec sa dernière signature en date, le duo suédois Hydras Dream, la prolifique maison de disques allemande Denovali (Bersarin Quartett, Greg Haines, John Lemke, Federico Albanese, Sebastian Plano...) s’aventure sur les sentiers escarpés d’une dream-pop aux accents néoclassiques et expérimentaux tout au long d’un album tour à tour enfantin puis adulte, grave puis lumineux. ou inversement : The little match girl. Un disque qui, dès les premiers instants, pose les ambiances de cette œuvre diaphane et euphorisante, souvent troublante et parfois sibylline, presque cabalistique.

De l’ambitieux «Last evening of the year» au nébuleux «The end», en passant par le fragile «The little match girl» ou le troublant mais sublime «Hypothermia», la paire composée par la chanteuse/pianiste Anna von Hausswolff et du compositeur de musiques de films Matti Bye convole en justes noces d’un point de vue créatif et en harmonie totale, absolue. Ou presque. Car si l’on met de côté le bruitiste et finalement plutôt stérile «Losing the slippers», le reste de cet album renvoyant parfois aux travaux de Björk ou Emilie Simon de par ses bricolages sonores habiles comme ses rêveries fantomatiques habitées par les panoramas nocturnes scan-

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On se laisse prendre au jeu, gagner par l’atmosphère si particulière de l’album et la voix feutrée de sa vocaliste, Anna, comme flottant à travers les cieux («Grievance of a young girl»). Intemporelle et au fil du disque de plus en plus hypnotique et envoûtante, elle enveloppe l’album d’un voile de douceur intimiste que mettent en relief les très élégants arrangements de Matti Bye (en témoigne l’émouvant «Grandma’s appearance»). Des instrumentations qui trouvent leur espace d’expression au cours d’un interlude plutôt minimaliste mais lors duquel elles sont au premier plan («Fall of a star»), avant d’être de nouveau un peu plus en retrait, servant alors d’écrin à la pop céleste scintillante de «The joys of a new year». Une dernière envolée vers des sommets invisibles et une ode à l’évasion sensorielle dont on ressort forcément troublé. Classe. Aurelio


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THE COYOTES DESSERT The wedding (Autoproduction)

ron des amplis qu’ils changent déjà d’effets et relancent une machine qui sait jouer sur la chaleur («A lady» et son ambiance qui me rappelle le générique de Californication, «Apollo creed» et son gimmick ultra dynamique) et titillera les amateurs de la référence Queens Of The Stone Age («The river»). Avec Welcome, The Coyotes Dessert laissait entrevoir de réelles qualités dans un temps réduit, avec The wedding, ils prouvent qu’ils peuvent tenir la distance. Et ce, sans l’aide de personne (ou presque) puisqu’en autoproduction et avec des talents locaux (enregistrement à Gardanne, mastering à Embrun). Félicitations. Oli

On avait pourtant dit «pas de mariage contre nature»... Mais voilà, quelqu’un a cru bon tenter le coup et unir un de ces coyotes avec une jolie brebis. Certes, il était bien sapé mais son instinct a préféré prendre le couteau du gâteau pour découper de la chair fraîche plutôt que de la framboise, les tâches de couleur sont les mêmes mais la mariée va davantage sentir la sueur au moment de passer à table. Et elle sera dans l’assiette. Voilà en substance le propos de The wedding, premier album long format de The Coyotes Dessert qui n’aura donc jamais aussi bien porté son nom qu’avec cette pochette haute en couleurs... Le groupe cherche toujours et encore à marier une certaine douceur («My belly», «Nostalgia»...) avec une hargne sauvage («Bring me down», «Rejuvenation») et comme souvent, au final, ce sont plutôt ceux qui ont les crocs acérés qui l’emportent. N’oublions pas que ces gars-là ont oeuvré au sein de Caedes et savent faire mâle (l’ultra agressif et réussi «Devil dance» ou le plus vindicatif mais poussif «Succubus» où la répétition fait un peut patiner le titre). Au menu, on trouve une grande variété dans les sons de distorsions et c’est ce qui fait qu’on ne s’ennuie pas durant les quatorze morceaux de la galette. Les Sudistes ne nous laissent pas le temps de nous habituer au ron-

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SEILMAN BELLINSKY

Seilman Bellinsky (Black Basset Records, Poussin, Loubards Pédés...) musique de Seilman Bellinsky cette impression de lenteur hypnotique, ce côté naturaliste et en même temps organique, séminal qui fait le charme de ses fictions dans lesquelles l’atmosphère est plus importante que l’histoire. Sur l’album aussi, lequel exalte un sentiment d’inéluctabilité rationnelle, une forme de résignation sereine face au cours des choses, au travers de compositions parfois amples, ou plus minimalistes («Akshipthika», «Wild Cries of «Ha-ha»). Quelques poussées de fièvre électrique et un sens de l’esthétique particulièrement affirmé plus tard, le groupe livre ici une œuvre magnétique et fascinante.

Vous savez comment on fait pour se dégoter un nom de groupe quand on n’a pas d’idée et qu’on est en train de mettre un nouveau projet en route ? Et bien on prend le nom du premier membre, soit ici Jonathan Seilman, puis celui du second, soit Rémy Bellin... (bon, on n’a pas dit non plus que ça marchait à tous les coups non plus!) et on tient plus ou moins le patronyme de ce projet disons... inattendu. Et pour cause, l’un frayait jusqu’alors dans des courants indie-pop lumineux et délicats (avec This Melodramatic Sauna) et l’autre oeuvrait jusqu’alors dans quelque chose de plus dur, post-hardcore machin, rugueux, viril quoi (Goudron). Rejoints par la suite par des membres de Fordamage (Anthony Fleury) et Papier Tigre (Pierre-Antoine Parois), les deux puis finalement quatre compères donc, accouchent quelques temps plus tard d’un album éponyme de (doom)rock atmosphérique foncièrement télé/cinégénique. Parce qu’il faut bien l’admettre : au moment de faire parler la litanie des influences musicales, on va plutôt chercher du côté d’œuvres cinématographiques sinon télévisuelles. On pensera à l’inévitable Twin Peaks, à la frenchie Les revenants ou à l’anglo-saxonne Top of the lake et si ces deux-dernières sont très largement surestimées (mais là n’est pas le propos), on retrouve dans la

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Mais toujours extrêmement maîtrisée, jamais ostentatoire alors qu’elle semble pourtant sûre de son fait. La création de Seilman Bellinsky se veut languissante, contemplative à l’extrême mais parvient à éviter l’écueil - forcément problématique vue la teneur du projet - de l’ennui («Occidents»). Doom et rock en même temps, tantôt lumineux, tantôt plus ténébreux, entre ying et yang, clair et obscur, le travail du quartet s’inscrit dans une démarche créative particulièrement aboutie («Mahakali»), évoquant parfois les récents travaux de Mogwai (notamment celui sur la bande-son de la série TV... Les Revenants, on y revient donc). Une écriture qui s’offre également un petit moment de grâce sur l’envoûtant et solaire «Sun dial», avant de boucler la boucle de ce double album, sorti en 2xLP chez toute une flopée de labels parmi lesquels l’excellent Black Basset Records ou le rigolo Loubards Pédés, sur un «Aversion to the decay of impermanence» tribal et libérateur. Aurelio


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Conger!Conger! This is a black EP (Autoproduction)

L’EP se conclut sur un très beau titre, dont l’introduction annonce un démarrage en trombe, mais qui va finalement s’épanouir dans la retenue. Le chant chloroformé de Patrice étonne ainsi que le titre qui va s’avérer très hypnotisant sur la longueur. Bref, encore une excellente pioche que ce This is a black EP du coté de Conger ! Conger ! qui confirme un songwriting sans œillère et de haute tenue. Il se murmure qu’un autre EP intitulé This is a white EP (logiquement doté d’une pochette noire cette fois-ci) devrait voir le jour assez rapidement... Vivement cette suite qui s’annonce toujours aussi audacieuse et épatante. David

Après deux albums (At the corner of the world et ZAAD) qui ont véritablement marqué les esprits des amateurs de musique exigeante, les Marseillais de Conger ! Conger ! publient un EP nommé This is a black EP (logiquement doté d’une pochette blanche) uniquement disponible via les concerts du groupe et bandcamp. Et au vu des quatre redoutables compositions présentes, This is a black EP mériterait une plus ample distribution. Sur This is a black EP, Conger ! Conger ! semble poursuivre sa mue avec 4 titres foncièrement différents de ce qu’ils avaient produit auparavant. L’effet de surprise est donc omniprésent et le trio entretient indirectement son aura de groupe en évolution constante. Le premier titre, «Sex without joy», est une entrée en matière qui met déjà l’auditeur sur les fesses : un long titre de 6 minutes avec un chant perché qui anime un leitmotif détonant, un développement surprenant et une orientation pop lumineuse qui fait mouche. La seconde piste, «Awa», démarre sous d’autres hospices avec une entame percutante et une dynamique qui l’est tout autant tandis que la troisième étape fait figure de morceau plus «bourrin» et mélodique à la fois, notamment la guitare de Pierrot, qui s’illustre avec des plans heavy et un chant arraché qui prend immédiatement à la gorge.

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SEBASTIAN PLANO Impetus (Denovali Records)

ont l’exclusivité du droit de cité («In between worlds II»), et véritable pépite renvoyant aux travaux du maître Arvö Part avec un soupçon de Michael Nyman («Emotions II», «Angels»), Sebastian Plano laisse sa musique gagner de nouveaux territoires.

Quelques jours après avoir réédité son premier album, le très beau Arrythmical part of hearts, la maison Denovali Records poursuit cette déjà fructueuse collaboration avec le deuxième effort de l’américano-argentin Sebastian Plano, un Impetus qui s’annonce sous les meilleures augures dès lors que résonnent les premières mesures du morceau-titre de ce nouvel opus. Quelque part entre néo-classique élégiaque et jazz discrètement feutré, le piano jongle avec les arrangements à cordes, affronte en duel des petits bricolages épars aussi délicats que finement ciselés et corrompt fatalement même le plus blasé des auditeurs à l’esprit critique particulièrement aiguisé. En témoigne la délicieuse piste d’ouverture de cet album, dont les arrangements flottent dans l’atmosphère enveloppant à distance une trame mélodique à la beauté envoûtante. Fragiles et serties de mille finesses harmoniques, les orchestrations du compositeur americano-argentin brillent, étincellent et caressent un clavier tutoyant les cieux («The world we live in», «Blue loving serotonin»), sublimant des trouvailles sonores qui lui permettent de tracer un sillon musical aisément identifiable. Pour le moment tout du moins. Parce que peu à peu, entre petite musique de chambre où les cordes

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Plus bucolique qu’à l’accoutumée, toujours empreint d’un classicisme relatif mais également parfois a contrario d’une modernité inattendue, laquelle se retrouve même gagnée par une intensité quasi prégnante qui fait du puissamment évocateur «All given to machinery» un véritable modèle du genre. Entre néo-classique et ambient aux très discrètes touches électroniques, ou moins discrètes («Inside eyes»), Impetus trouve un second puis troisième souffle afin de se réaliser par lui-même, au fil des écoutes répétées, adaptées par la même occasion aux différents états d’esprit de l’auditeur selon le moment choisi pour s’y plonger (là est sans doute le coup de génie de son auteur). Qui sur les deux morceaux bonus refermant l’album, atteint de nouveaux des sommets d’élégance mélodique, avec «Outside eyes» d’abord, puis «One story of thoughts» ensuite. Ultimes pièces d’orfèvrerie sonore de cet ensemble quasi idéal proposé par Sebastian Plano sur sa deuxième production solitaire. Une réussite qui en appelle déjà d’autres. Aurelio


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THE BLACK ZOMBIE PROCESSION Vol III the joys of being black at heart (Kicking Records ) destructrice qui sera emmenée en live par la paire Franz (Nedgeva, Demon Vendetta) / Fre (ex-Jack and the Bearded Fishermen), Sam et Elie peuvent s’en donner à cœur joie pour retourner les tripes, bousculer les esprits et repousser encore plus loin les limites de l’agressivité et de la noirceur. Encore plus violent, toujours plus imprévisible, The Black Zombie Procession n’a jamais aussi bien porté son nom.

Prenez garde, The Black Zombie Procession est de retour ! Alors que le premier album accueillait Sylvain (Second Rate, Generic) au microphone, et que le deuxième opus mi-métal mi-punk comportait dans ses rangs l’excellent Forest (The Pookies, Sons Of Buddha, Napoleon Solo) au chant, voilà que redéboule l’ami Nasty Samy pour de nouvelles aventures encore plus horrifiantes avec pour fidèle compagnon Elie Bats (Hellbats), déjà présent sur un titre du précédent opus. Et les gars ne font décidément pas dans la dentelle, ce n’est rien de le dire. Vol III the joys of being black at heart, troisième album toujours chez Kicking Records, franchit une nouvelle étape dans la vie du groupe qui semble avoir muté dans une formation crossover, oscillant entre métal et thrash. L’album, composé et enregistré en l’espace de deux ans, est un mix des cultures métal et horrifiques chères à l’ami Nasty, entre ambiances lugubres, thèmes sanglants et rythmes toujours soutenus. L’évolution avec l’album précédent est remarquable, la noirceur se veut plus compacte, la puissance encore plus dévastatrice, et la production toujours aussi mastoc. Les guitares sont surpuissantes, multiples et tranchantes, et le chant d’Elie colle parfaitement aux ambiances posées par les artilleurs musiciens. Affutés d’une rythmique

À bas les préjugés, au Diable les gimmicks de mauvais goût, The Black Zombie Procession, toujours sur le fil du rasoir, abreuve l’auditeur de sonorités perturbantes et saisissantes, dégoulinant un métal bourré de testostérone aux références horrifiques et maléfiques. Le chant d’Elie, écorché au possible, prend une autre dimension quand il se conjugue aux riffs plombés des guitares de Nasty Samy. Réciter le tracklisting de cet album pour en vanter ses malices et des ambiances sanglantes n’aurait aucun sens, cette bande-son titanesque méritant que l’on s’y plonge sans filet et sans aucune retenue. Avec ce nouvel album livré dans un boitier DVD, BZP a mis les petits plats dans les grands en proposant, en plus d’un artwork sanglant réalisé par l’illustrateur Justin Osbourne (Municipal Waste) et d’une production dynamique, de nombreux samples de films du (et de) genre slasher, et de multiples bonus disponibles sur la plage multimédia du site internet du groupe (comprenant notamment le clip de «Zoonotic infection» et une interview des protagonistes sur la genèse de ce disque). De quoi mettre en mouvement tous ses sens pour tenter de percer et de pénétrer l’univers fascinant et dangereux de The Black Zombie Procession. Fini de rire, prends ton courage à deux mains et tente l’expérience Vol III the joys of being black at heart, tu en ressortiras grandi. et peut-être un peu plus dérangé que tu ne l’es déjà. Gui de Champi

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MONOLOG 2 dots left (Ad Noiseam)

tions à ingurgiter pour nos petites cervelles qui logiquement assimilent la chose à un chaos abstrait. Or, il n’en est rien car une fois digéré, cet album dévoile tout son trésor. Son univers froid et sombre libère une bonne dose de rythmes variables percussifs, souvent furtifs, qui passent et repassent entre et sur les sons synthétiques et ceux provenant des enregistrements en field recording, c’est à dire issus de l’extérieur du studio. Une tension produite où chaque détail compte et dans laquelle Monolog s’adonne à lui gratifier un certain sens esthétique, car le gaillard démontre ses talents d’orfèvre sonore quand il s’agit de tricoter chaque piste instrumentale.

Quand tu reçois un album d’un artiste électro scandinave, tu sais que cela peut s’avérer gigantesque comme totalement catastrophique. Dans le domaine, le Danemark a une certaine reconnaissance grâce à l’inévitable Trentemøller, mais d’un autre côté, c’est aussi le pays natal de DJ Encore ou, pire, d’Aqua (oui, oui, «I’m a Barbie girl», commence pas à faire l’innocent...). Et puis au milieu de tout ça, tu as des artistes qui durcissent un peu le ton, sonnent forcément moins «pop» que le reste, dont on ne parle que trop peu et qui se révèlent être de belles pépites comme Mads Lindgren, plus connu sous le nom de Monolog. En toute honnêteté, je pense que si le bonhomme n’avait pas signé sur l’écurie Ad Noiseam (Oyaarss, Broken Note, Ruby My Dear, et j’en passe et des meilleurs), je serais passé à côté de son dernier disque 2 dots left. Monolog n’est pas un novice. Cet ancien guitariste de métal et de punk qui a grandit dans le jazz, s’est littéralement transformé depuis qu’il a bougé à Berlin pour désormais délivrer un subtil ensemble électronique où IDM, drum & bass et breakcore cohabitent à merveille. Quand le maelström de 2 dots left surgit des enceintes, il se révèle en premier lieu étouffant, troublant même. Trop de sons aux structures alambiquées, d’informa-

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Rappelant, entre autres, certains travaux d’Aphex Twin dans les arrangements mais également la magnitude rythmique de son collègue de label DJ Hidden, 2 dots left a tout de la folie maîtrisée et atteste que son géniteur a une soif inextinguible d’en mettre plein la vue à son auditoire de manière presque zélée, l’album frôlant tout de même l’heure. Notons que dans ton immersion, tu croiseras en route la chanteuse Tone, Dean Rodell d’Underhill et de Machine Code, du bulgare Ivan Shopov de Cooh et Balkansky et de Simon Hayes de Swarm Intelligence. Du beau monde sur un disque qui risque de te laisser quelques cicatrices. Ted


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THE WILDHEARTS Rock city vs the Wildhearts (Round Records)

communicative. Les gars ont de la bouteille, ça se sent, même si certaines parties vocales (une des caractéristiques du style Wildhearts) laissent parfois à désirer. Rien ne semble avoir été coupé au mixage. Preuve en est l’ arrêt brutal du groupe au milieu de « TV tan », le temps que Ginger tente de dissiper une baston dans la salle, les quatre reprenant ensuite le morceau comme si de rien n’était. À l’anglaise !!! Le public, quant à lui, est à bloc et s’en donne à cœur joie, chantant sur tous les refrains. La restitution live 20 ans après de ce « classic album » est parfaite, le duo de guitariste Ginger/CJ enchaînant à l’énergie les multiples riffs rock de ce disque influencé notamment par les mélodies des Beatles. Splendide.

Je ne sais décidément pas sur quel pied danser avec The Wildhearts. Enfin, si, je sais, mais tu m’auras compris, je ne parle pas de déhanchement quelconque. J’évoque juste le fait que ce groupe, logiquement mort et enterré depuis quelques années, annonce un beau jour, sans crier gare, une série de concerts pour ensuite retourner dans son mutisme discographique. The Wildhearts sont morts, vive The Wildhearts, en quelque sorte. Toujours est-il qu’à l’occasion de la tournée commémorant les 20 ans de leur premier album Earth vs The Wildhearts, le groupe a enregistré en avril 2013 son concert de Nottingham, aujourd’hui disponible en double CD. À défaut de nouvel album, tu vas devoir te contenter de ce live. Et je peux te dire que c’est déjà pas mal ! Rock city vs the Wildhearts, à l’origine uniquement disponible sur le stand merchandising du groupe pendant sa dernière tournée anglaise (avril 2014, mais dorénavant commandable sur le site internet du groupe), est donc composé de deux disques. Le premier est la restitution live (et dans l’ordre s’il-te-plaît) du premier album du quatuor britannique. Fort logiquement, les classiques de ce chef d’œuvre sont de sortie (« Greetings from Shitsville », « TV tan », « My baby is a headfuck », « Suckerpunch »...), et l’énergie déployée par le groupe est

La deuxième galette n’est autre qu’un best of amélioré des Wildhearts, piochant dans les albums essentiels de Ginger et Co. (P.h.u.q, Fishing for luckies...) mais délaissant toutefois les deux derniers excellents albums. Ces morceaux, choisis à l’applaudimètre par le public pendant le concert, font mouche. Le fan du groupe culte anglais ne boudera donc pas son plaisir d’écouter les classiques que sont «Caffeine bomb» ou «I wanna go where the people go», joués avec une énergie impressionnante, mais également de retrouver quelques pépites rarement présentes sur les set lists du groupe («Red light, green light», «Naivety play»). Ce nouvel album live des Wildhearts, à défaut d’être indispensable, est une restitution fidèle de la puissance et de l’énergie des concerts d’un des meilleurs groupes de rock ‘n’roll anglais de son époque et également un bel hommage à un album qui aura marqué toute une génération et qui n’a pas pris une ride. En tout cas, moi j’adhère. Et si, entre ses 32 projets solo, Ginger Wildheart pouvait réunir ses camarades de jeu et trouver un peu de temps pour relancer la machine en studio, je ne dirais pas non. Je croise les doigts. S’il-te-plait, fais comme moi ! Gui de Champi

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STONEBURNER Life drawing (Neurot Recordings)

riffing dément en plus évidemment. Parce qu’en la matière, les Américains, lorsqu’il s’agit de balancer du gros son qui tronçonne bien comme il faut, n’y vont pas avec le dos de la cuillère.

Dose de sludge/doom bien grasse et oppressive pour la partie instrumentale, littéralement possédée par le Malin en flirtant avec un hard/black des familles au niveau vocal, Stoneburner, pilier de bar de la scène underground de Portland (USA), franchit ici ses frontières natales avec un Life drawing distribué par l’intermédiaire de la référence Neurot Recordings. Un deuxième album studio pour les bûcherons américains et une sacrée tartine du genre, bien protéinée et biberonnée à la testostérone, qui dès l’inaugural «Some can» posent les c......s sur la console de mix et s’époumonent pour tout démolir sur leur passage. Et ça ce n’est encore que le premier titre. La suite, avec notamment un «Caged bird»-fleuve (qui passe allègrement la barre des dix minutes), véritable mètre-étalon de la lourdeur sludge pachydermique mais qui prend également le temps de ciseler des atmosphères doom psychédéliques avant un petit climax vocal méphistophélique, atteste de la capacité du groupe à tenir la distance. Sur l’intense et féroce «An apology to a friend in need», comme sur le très contrasté «Pale new eyes» pour lequel les Stoneburner passent du doom-rock psyché aérien et lumineux à un sludge-black à la noirceur tellurique. Malsain et prégnant à souhait, le

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Mais pas que. Si bien que le temps de quelques interludes plus apaisés («Drift», «Giver of birth»), les natifs de Portland mettent un peu de douceur dans leur musique de brutasses avant de se la jouer rock’n’roll (mais à leur façon tout de même) sur un titre de stoner-metal bien torturé : «Done», pour lequel le groupe fait preuve de choix artistiques assez détonnants bien que parfaitement maîtrisés en termes de rendu final. Preuve que ce n’est pas parce qu’on ferraille sur un registre a priori balisé que l’on doit oublier la nécessaire - parce que salutaire bien souvent - prise de risques. Pour autant, cela n’empêche pas le groupe de revenir à ses fondamentaux en matière d’envoyage de bois sur le très court (pour eux tout du moins) mais sauvagement burné «You are the worst». Un dernier titre pour la route avec un «The phœnix» en forme d’ultime roller coaster émotionnel et voilà que Stoneburner parachève son album sans jamais desserrer son étreinte métallique. HARD. Aurelio


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BERLINE0.33

The abyss will gaze back (Katatak, Rejuvenation records, Tandori...) viens de réaliser dans quels engrenages tu viens de mettre le doigt, celui de ne plus être capable d’appuyer sur stop, le bouton de ta platine avec un carré dessus. D’autant que la suite du disque n’est pas en reste avec un songwriting qui se révèle tellement bon («Full of yourself», «These words»...) que l’on frôle l’insolence. Tu ajoutes à cela un chant féminin toujours aussi habité, intense, généreux et tu obtiens un disque qui squatte vite ta platine vinyle.

Après un EP prometteur, un autre format court qui parachevait leur identité et un album parfait (Planned obsolescence), lequel conjuguait identité racée et songwriting en béton armé, les Berline0.33 reviennent avec The abyss will gaze back, un LP où il est encore une fois difficile de ne pas noter une progression et une évolution. Et au vu de la qualité de Planned obsolescence, sans vouloir être pessimiste, c’était franchement pas gagné. Mais ces musiciens ont visiblement le feu sacré en eux... Et ouais.

Difficile d’extirper un ou deux titres de cette étoile noire mais «Time is a fake healer» et son développement en deux phases, très sadcore, pour ensuite gagner en agressivité, tient la dragée haute. Globalement, on se rend compte que le groupe a délibérément choisi d’opter plus pour les atmosphères («Whispers of seagulls», «Teorema») que pour la baston grisante de certaines pistes de Planned obsolescence, sans définitivement la laisser tomber toutefois : le poison qui t’achève lentement plutôt que la lame dans la carotide et hop, l’affaire est conclue : habile et plus jouissif pour les deux parties. Assez génial, il faut le dire. David

Une tripotée de labels hexagonaux reconnus (Katatak, Rejuvenation Records, Tandori, Buisson, Et Mon Cul C’est Du Tofu ?) se sont alliés pour sortir The abyss will gaze back et quand on parcourt la première piste, c’est aisé à comprendre tant il se passe un truc pas anodin chez ce groupe, le genre d’exaltation qui arrive parfois quand on a l’impression d’avoir affaire à du high-level en terme d’émotions et de musique. Si j’avais été patron de label, j’aurais hypothéqué ma villa au Havre pour pouvoir financer la sortie de ce disque. «Solar striker», le titre en question, est une sacrée prise de contact, les rythmes tribaux et la guitare tranchante happent vite l’auditeur, la voix en mode spectre interpelle, puis le titre mute, le chant devient vindicatif et attrape la gorge... Et là, tu

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INTERVIEW TEXTE

ITW > MLCD Alors que le nouvel album de MLCD sort en France et que le groupe s’installe un peu plus parmi les très grands noms du rock belge, son fondateur et leader naturel Redboy répond à nos quelques questions sur la tournée au Canada, la composition en Provence, le clip à Londres ou les festivals à travers l’Europe. Si on commençait par le début ? J’ai l’impression qu’au départ, My Little Cheap Dictaphone était un groupe sans vraiment d’autre ambition que de se faire plaisir et d’écrire de bonnes chansons. Aujourd’hui, vous êtes devenus un groupe très important, vous aviez pensé devenir aussi «gros» ? Se faire plaisir et d’écrire de bonnes chansons est toujours parmi nos priorités, mais on a toujours vécu notre musique et le groupe à fond, à 100% et à plein temps. Avec l’expérience, on a toujours envie d’aller plus haut et de pouvoir aller vers de nouvelles choses.. Le fait que le nom mis en avant soit désormais MLCD, c’est pour faciliter la communication ? Pour gagner du temps dans les interviews ? Pour simplifier en effet, le nom My Little Cheap Dictaphone était surtout utilisé en Belgique, mais même ici on a souvent dit MLCD pour faire plus court... Quand on a commencé à sortir et tourner de plus en plus à l’étranger on a mis le MLCD en avant.. Aussi, le coté «cheap dictaphone» ne colle plus toujours à notre musique assez arrangée... Avant d’enregistrer ce nouvel album, vous avez donné des concerts au Canada ou en Angleterre,

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comment avez-vous été reçu là-bas ? Très bien, on adore ces pays. Les conditions pour y tourner ne sont pas toujours faciles, mais au fur et à mesure qu’on y retourne, l’engouement est de plus en plus important. On a fait 3 tournées au Canada pour le dernier album et la dernière était sold out. L’accueil presse qu’on a eu en Angleterre nous a aussi ouvert des portes sur de nouveaux pays. La pochette montre une partie de l’univers, vous êtes parti d’un musicien étendu sur scène puis passer par le groupe avec ses instruments et les contours d’une ville... On s’éloigne de plus en plus. Pourquoi ce choix ? On a voulu mettre en avant le coté atmosphérique, rêveur et spatial de l’album, où il est beaucoup question d’évasion, de voyage, de questionnement. La composition s’est faite en Provence, à quel point les morceaux étaient écrits en arrivant là-bas ? Est-ce que le lieu a influencé l’écriture ? On a jammé énormément là-bas, l’idée était de partir à 5, vivre ensemble non stop, faire de la musique quand on avait envie, selon nos inspirations et nos discussions. On voulait composer l’album à 5 et partir en retraite en se coupant du monde est un bon moyen pour ça.


A l’écoute, les apports du producteur Luuk Cox et de «l’arrangeur» Manu Delcourt semblent très importants, vous aviez pensé à tout ce qu’ils apporteraient ? Quelle place ont ces ajouts au moment de composer à la guitare ? Vous prévoyiez «là, on aura tel ou tel truc en plus» ? Manu, notre nouveau guitariste parisien, nous a rejoint en Provence au début pour donner un regard extérieur à tout ce qu’on accumulait comme idées. Puis on a jammé avec lui et sa participation à l’album est devenue évidente. La production et les arrangements, avec Luuk Cox, c’était différent. Tout était possible, on remettait souvent les choses en question, on tentait des choses, on explorait des nouveaux instruments, on retournait parfois complètement la chanson pour la pousser le plus haut possible. Entre les arrangements et les sons, le titre «Change in my heart» me fait beaucoup penser à l’ambiance de l’album You all look the same to me d’Archive, c’est une référence pour vous ? Vous avez des albums «modèle» pour expliquer ce que vous voulez en terme d’arrangements et de productions ? Non, nous ne sommes pas fan d’Archive. On a en fait essayer de ne pas écouter de musique, ni de référence pendant l’enregistrement et le mixage de l’album. On avait envie de sortir notre son «à nous». Le clip de «Fire» est un vrai court-métrage, c’est rare d’avoir une telle qualité pour un clip, vous avez fait appel à un jeune réalisateur (Nicolas Guiot), comment s’est préparé ce clip ? Vous aviez des idées très précises ou avez «laissé faire» ? C’est le résultat de pas mal d’échanges, et de son interprétation du texte et la tension montante de la musique. L’important est de savoir qu’on veut travailler ensemble, après, entre passionnés, on se comprend et on fonce tête baissée. Ce clip était une belle aventure, on est parti avec une équipe de 3 personnes, en plus de Pauline Etienne et moi, pendant 2 nuits pour un tournage à l’arrache et sans autorisation à Londres.

court métrage «Le cri du homard» pour lequel il a eu le César et le Magritte 2013 du meilleur court-métrage, Et elle m’a dit avoir beaucoup aimé la chanson... J’ai été ravi qu’elle remporte le Magritte de la meilleure actrice cette année.

INTERVIEW TEXTE

Il y avait une certaine sérénité dans ce mas, ou dans nos balades nocturnes, notamment dans le cimetière, qui ont définitivement eu un impact sur nos compos.

Vous avez travaillé pour le théâtre, ce serait presque logique que de vous voir écrire des musiques de film, quel genre de projet vous intéresserait ? Absolument ! La musique pour le «Romeo et Juliette» d’Yves Beaunesne, on a pris ça comme l’écriture d’une BO pour un film. On rêverait de se mettre au service des images d’un long métrage. Vous faites bien sûr partie du collectif JauneOrange, quelles relations avez-vous avec les autres groupes du collectif ? Liège est comme un petit village, on se connaît tous, il y a des musiciens en commun dans plusieurs groupes, on répète et sort dans les mêmes endroits. La philosophie de JauneOrange a toujours été «L’union fait la force» et la volonté que les groupes les plus médiatisés mettent en lumière les jeunes poussent, qui sont vraiment très dynamiques ici. Cet été, vous jouerez dans de nombreux festivals, il y en a un que vous attendez plus qu’un autre ? Oui, on va en faire une bonne dizaine, on ne sait jamais prévoir, parfois il y a de belles surprises. En tout cas, on essaye de toujours donner le meilleur de nous-mêmes partout, et d’aller chercher le public en mouillant la chemise. On a un super visuel, avec décor, vidéos, lights, on espère pouvoir captiver les gens et les faire rentrer dans notre univers... Merci à Jean-Philippe chez Martingale et bien sûr à Redboy et aux MLCD Oli

C’est donc Pauline Etienne qui tient le rôle titre, c’est une jeune actrice belge souvent récompensée pour son travail, c’est facile de la faire jouer dans un clip ? Je pense qu’elle avait envie de travailler avec Nicolas Guiot, un cinéaste très intègre et qui a fait un superbe

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THE UNSEMBLE The unsemble (Ipecac)

sited») alors que le groupe quitte les rivages du minimalisme des premiers morceaux pour complexifier un peu ce qu’il couche sur la partition.

Duane Denison (Silver Jews, The Jesus Lizard, Tomahawk...), Alexander Hacke (Einstürzende Neubaten) et Brian Kotzur (également membre du super-projet Silver Jews), trois noms pour un projet de luxe répondant au pseudo de The Unsemble et un concept simplissime : enregistrer une musique en «50/50» : soit moitié composée, moitié improvisée. Pour un résultat tenant en quelques quinze titres relativement courts (moins de trois minutes en moyenne) d’un rock anguleux et volatil, tendant parfois vers la musique concrète et bruitiste, d’autres fois vers quelque chose d’un peu plus classique et profond en terme de songwriting («Act 3»). Globalement, le premier effort signé The Unsemble est avant tout un agglomérat de brefs «jams» capturés dans l’intimité d’un studio où les musiciens ont laissé libre court à leurs penchants créatifs sans se donner de ligne(s) de conduite artistique pré-conçue(s). Ou si peu. En témoignent des pièces comme «Neon» ou «Shadows», modèles de titres indie-rock aventureux et organiques, se mouvant par eux-mêmes au travers des enceintes, ajoutant parfois une bonne dose d’effets pour donner plus de corps à l’ouvrage (l’hypnotique «Waves»). Le résultat se complaît alors (volontairement) dans un magnétisme rampant («Circles revi-

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Un démarche qui permet au trio Denison/Hacke/Kotzur de rendre le rendu final un peu plus attractif après des débuts légèrement trop faciles («Krishna», «Circles», «Chaingang»...), ce quand bien même certains titres portent curieusement leur nom («Cyclone» étonnamment calme, «Voices», à l’instar des autres pièces toujours aussi instrumentales). De quoi dérouter un peu un auditoire pourtant forcément alléché par le potentiel d’un projet au casting électrique et qui ici, sans pour autant accoucher d’une souris, n’atteint clairement pas le sommet de la montagne espérée. En l’état, le premier album signé The Unsemble est un disque en forme de one-shot récréatif qui a surtout dû combler ses auteurs, un peu moins ses auditeurs, à l’image des «Improv» 1 à 5 qui jalonnent assez inutilement le disque. Aurelio


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KALY LIVE DUB Allaxis (Jarring Effects)

dubstep («Allaxis», «Chord note»), de dub ambiant («Enjoy»), le tout souvent agrémenté de sampling ténébreux, loin des racines «ethno» que le groupe avait l’habitude de nous faire partager à ses débuts. Un voyage sinueux voulu par une suite de neuf compositions (dix, si l’on compte le remix de «Run and go hide» en chanson cachée) jouant au yo-yo émotionnel, le tout dans une atmosphère souvent menaçante. Les Lyonnais poursuivent leur entreprise de démolition d’enceintes avec des basses toujours plus fulminantes et rondouillettes qui se marient avec classe à l’ensemble des titres, qu’ils soient très électro ou moins rentre-dedans et plus subtils. Tout à l’image de l’artwork représentant la tête d’une abeille d’une échelle la rendant monstre et intimidante.

Passé par la grande époque de la scène dub roots française à partir des années 2000 puis par les vibrations électro-indus capitonnées de basses foudroyantes présentes depuis 2008 avec Fragments, Kaly Live Dub atteignait deux ans plus tard l’apogée de son art avec le double CD Lightin’ the shadows, une œuvre combinant les deux facettes de la formation, une sorte de rétrospective hommage à une carrière longue de presque 15 ans. Rentrée 2013, un sixième album dénommé Allaxis fait surface chez Jarring Effects, un titre qui laisse présager celui de la maturité (NDR : terme pour définir chez l’animal le passage de l’état larvaire à celui d’adulte), alors que le groupe est passé entre temps en quatuor après le départ du claviériste Auriculaire. Le moment propice pour voir où en est cette formation qui, dès les premières écoutes, parvient à nous rassurer même si la flagrante surprise n’est pas le sentiment qui déborde sur le moment, les Lyonnais restant sur leurs acquis sur une bonne partie du disque.

Au final, et comme nous le soulignions un peu plus haut, Kaly Live Dub délivre un album qui, comme à l’accoutumé, est digne d’intérêt, très bien produit et façonné mais malheureusement peut-être trop prévisible, trop arrivé à maturité pour le coup. Sans grand étonnement, hormis la mise en avant d’une noirceur qui n’était pas aussi évidente auparavant, la formation lyonnaise devra surement provoquer une vraie rupture avec son prochain disque. Exactement comme il sait le faire, à la perfection, avec ses chansons où les styles se percutent et créer cette hétérogénéité qui marque une vraie différence. Ce qu’ont pu faire récemment leurs camarades de label High Tone avec Ekphrön. Ted

Allaxis est à l’image de ce que Kaly Live Dub véhicule comme ambiances sonores depuis quelques temps déjà : un condensé de reggae-dub chanté («Run and go hide» et «No bother jump» avec l’anglais Learoy Green), de touches électro («Find us», «No more dread»), de

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THISQUIETARMY Hex mountains (Denovali Records)

post-metal parfaitement équilibrées. Jusqu’à un climax tout en lourdeur flirtant entre sludge métallisé et post-rock clinique pour un résultat qui fait autant vibrer les membranes auditives que les murs. Surtout que la suite est sensiblement du même calibre. Entre un «Wraithslayers», fantômatique et menaçant, qui reste de longues minutes caché au cœur des ténèbres avant de déchirer le ciel lors d’un crescendo terrifiant, et un «Digital witchcraft» fleuve, minimaliste, aussi spectral et chimérique qu’ouvertement obsédant, Thisquietarmy orchestre la visite de son univers musical à sa manière, très particulière.

Se renouveler, poursuivre son cheminement créatif en maintenant une cohérence inébranlable doit être un défi de tous les instants pour Eric Q. aka Thisquietarmy et en même temps une forme de raison d’être artistique, une sorte de seconde peau dans laquelle le canadien se glisse plusieurs fois par an pour devenir sa «créature» sonore. Un one-man-band qui, année après année, maintient un rythme de sorties qui ferait pâlir d’envie les experts de la productivité industrielle européenne. Album long-format, EP au format plus ramassé, split collaboratif et autres enregistrements divers et variés, en sus de performances (le terme n’est pas galvaudé le concernant) live littéralement habitées, le canadien construit patiemment, intelligemment, une œuvre devenant de plus en plus incontournable dans les milieux autorisés. Quatre nouvelles compositions, couchées sur CD et vinyl, via Denovali Records (comme Resurgence et quelques rééditions LP d’efforts plus anciens), Thisquietarmy prend son temps, maîtrise son sujet à l’extrême perfection et le démontre avec le très impressionnant «From darkness» et ses neuf minutes d’une odyssée sonore partant du silence pour parvenir à un somment d’intensité au terme de longues progressions ambient/

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Et lorsque celle-ci s’achève avec «Spirits in Oblivion», sans doute l’une des meilleures compositions signées Thisquietarmy à ce jour, un morceau qui à l’image du reste d’Hex mountains dévoile le visage le plus tourmenté, parfois même torturé de son auteur, on ressort la tête de l’eau avec cette impression latente d’avoir traversé de part en part des contrées hostiles et fascinantes. Un monde à la fois glacial et grinçant, clairement inhospitalier au premier abord et pourtant par instants visité par quelques éclairs plus lumineux, comme pour apaiser un peu l’auditeur après l’apocalypse proposée par le canadien qui livre sans doute avec cet album l’un de ses, sinon SON chef-d’œuvre. Un disque en forme de dédale sonore souvent insidieusement menaçant, parfois ouvertement frontal dans son expression de violence froide à la fois noire et stridente, magnétique et mystérieuse, d’autres fois plus éthéré et (presque) apaisant. (Très) Classe. Aurelio


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SICK SAD WORLD Murmuration (Send the Wood Music)

rythmiques concassantes sur une grande partie du morceau, certes, il y avait quelque parties plus éclairées (au chant comme à la guitare) mais ce n’était qu’un résumé de ce qui allait suivre...

S’ils existent depuis 2006 et qu’on les a découvert en 2010 avec le split Ruins of a forgotten world qu’ils partageaient avec Another Moon, les Sick Sad World nantais (il faut préciser car les groupes ayant eu l’idée de s’appeller Sick Sad World, en référence à Daria ?, sont nombreux) ont attendu 2011 pour fixer leur line-up. Ils sont depuis 5 à bosser (Julien au chant, Antonin et Erwan aux guitares, Rico à la basse et David à la batterie) répétant puis jouant surtout dans l’Ouest (avec Coilguns, Memories of a Dead Man, The Long Escape, Earthship...) et enregistrant un premier album signé chez Send the Wood Music. Ce Murmuration bénéficie d’une prod soignée estampillée David Enique (Strike Down) pour l’enregistrement et Magnus Lindberg (Cult of Luna) pour le mastering et d’une allure qui ne trompe pas sur la marchandise... Malgré ce que pourrait penser le béotien, entre HardCore et Post-HardCore, il y a un monde... et assez peu de groupes osent faire le pont entre les deux styles, Sick Sad World est de ceux-là même si sur la durée, c’est du côté lancinant et lumineux que la balance penche. Pourtant après une introduction qui ne donnait pas beaucoup d’indices («Spread your wings...»), le ton donné par «...And burn the crows» était clairement métal HxC (voire métalcore) avec riffs parpains, chant écorché et

La suite, c’est la grande classe sortie par le combo qui lâche dès «Obsolete obstacle» un passage éthéré bluffant puis son antithèse la plus obscure avec un chant lourd d’excellente facture (parce que pour une fois, les parties sourdes sont mieux tenues que celles qui sont plus claires, là-dessus, Antonin doit progresser car il est capable de bien mieux, il le prouve d’ailleurs sur «Ghost voice»). Et on va retrouver quelques autres moments tout aussi délicieux tout au long de ce Murmuration du plus tripant (parce qu’il prend véritablement aux tripes) «Prophecy» au plus émouvant «Missing bro». On oublie alors le côté HardCore qui n’est pourtant jamais très loin mais qui au fur et à mesure se fond de plus en plus dans la masse et termine par se surimposer, on obtient alors «Old path» par exemple, une musique où la trame principale est faite de douceur (chant et guitares claires, batterie feutrée), bientôt agrémenté par une ligne de distorsion qui amène un chant lourd sur lequel se greffent des riffs puissants mais le rythme ne reprendra jamais le côté binaire de «...And burn the crows». Comme si la clarté venait se confronter à l’obscurité pour savoir qui allait l’emporter. Sick Sad World présente d’énormes qualités de composition, combinant à merveille des atmosphères qui semblent pourtant incompatibles et si je suis déjà conquis, je me dis que si le groupe corrige ces quelques soucis de chant (assez dommageables sur «Rebirth» ou «Island»), il pourrait devenir énorme. C’est tout le mal que je leur souhaite. Oli

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Totorro Home alone (Autoproduction)

cliché, pleine d’emphase (au vu de la carrière d’Albini et de son amour pour le noise-rock décharné, on ne peut s’empêcher de trouver ce titre assez curieux d’ailleurs). Impossible également de passer sous silence «Osao san» qui s’avère l’un des titres le plus soniquement grisant d’Home alone même si j’ai tendance à trouver les choeurs («le porte-avion, le porte-avion, le porteavion...») un peu superflu et trop «guimauve» sur une musique déjà portée sur les bons sentiments. Comme on te l’a déjà dit plus haut, Home alone est un disque sous influences et avec une sensation de déjàentendu assez tenace, mais tant que le plaisir d’écoute est présent... Puis s’immerger dans l’univers du groupe n’est pas une expérience négligeable, bien au contraire... David Après une bonne dizaine d’écoutes empreinte d’un léger scepticisme, force est de reconnaître qu’Home alone de Totorro est un disque bien foutu et assez attachant sur le long-terme. Une bonne découverte pour les amateurs de post/math/instumental pop ? Très probablement. Le premier titre, «Home alone», qui a connu une excellente visibilité sur la toile grâce à un chouette clip, entre de suite dans le vif du sujet : le propos math est tempéré pour ensuite prendre en ampleur et en agressivité, les choeurs à l’unisson en arrière-plan fournissent une accroche mélodique supplémentaire à un morceau qui ne manque pas d’atouts. «Chevalier Bulltoe», le second titre, poursuit de manière plaisante le voyage proposé avec un joli titre math d’une fraîcheur palpable. Et sur une frange aussi exploitée, la fraîcheur, c’est presque un exploit. La suite, avec «Tonton Alain Michel», navigue dans des contrées sensiblement différentes, avec des tics post-rock que l’on a entendu sur 10000 autres disques mais, verdict vérifiable sur tout Home alone, le groupe a un savoir-faire indéniable lorsqu’il s’agit de composer des morceaux valables dont les ingrédients ont été surexploités ces dix dernières années. D’autant que les bons moments s’enchaînent sans peine, notamment avec «Festivalbini» et sa phase, presque

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CAMION Bulls (Autoproduction)

un grand R et des riffs taille patron. La classe helvète en plus... Parce qu’il y a toujours chez Camion ce groove thermonucléaire, cette capacité à produire des titres qui ravagent les enceintes du sol au plafond à un tempo particulièrement enlevé à tel point que l’on frise régulièrement l’excès de vitesse et rugosité hardcore-punk.

Il y avait jusqu’ici l’excellent Balls, sorti à l’été 2010 et véritable maître étalon d’un stoner-metal (punk) helvétique qui tabassait gentiment les grands-mères : voici maintenant avec Bulls, toujours en autoproduction, le petit frère lui aussi bien burné et signé des toujours aussi raffinés Camion. La preuve avec un «Cunt rodeo» qui vient salement déflorer les enceintes à coups de riffs qui tronçonnent bien méchamment et de section rythmique qui régule l’ensemble avec un savoir-faire imparable. Mais, roublard, le groupe en a gardé sous la pédale puisque lorsque déboule «The hoofs», on sent bien que le ton se durcit un peu plus et que les joyeux gaillards ont vraisemblablement décidé de faire parler la poudre. Tant mieux, ils sont là pour ça.

Un excès (ou plusieurs) certes, mais aussi foudroyant que jouissif tant le groupe maîtrise son sujet sans inventer grand chose d’accord (mais en même temps, qui le fait réellement sur cette scène aujourd’hui?), plutôt en accommodant à sa sauce une recette largement éprouvée par ailleurs mais ici assaisonnée à coups de gros son qui tamponne et relevée de manière à être la plus pimentée et rock’n’roll possible («The poll», l’éponyme «Bulls» terminal). On oublie Balls pour un temps et on dit bonjour à Bulls, un album de taureau qui tranche dans le lard met toujours autant les couilles sur la table qu’avec son prédécesseur. Parce qu’il y a certaines choses qui ne changent pas et que c’est pour ça que Camion, en fonçant droit dans le tas, fait toujours autant de bien par où il passe, promettant au passage quelques belles tatanes en live. Aurelio

Propre, classique mais rudement efficace, le stoner/ metal des Suisses donne ce que l’on était venu chercher en posant l’album sur la platine. Soit un bon gros bottage d’arrière-train en règle qui vire parfois au psyché mais n’oublie jamais bien longtemps ces fondamentaux rugueux, puissants, sauvages et résolument incisifs («The stomach») qui font sa marque de fabrique. Électrisant aussi, en témoigne le bien addictif «The horns» ou le gueulard mais gorgé d’une énorme dose de coolitude «The tail», lesquels font la part belle à un rock avec

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PSYGNOSIS Human be[ing] (Autoproduction)

Parce que malgré des passages ultra brutaux avec riffs massifs et grognements au chant dans la plus pure tradition du métal qui tâche et te fait headbanger sans réfléchir, les Bourguignons nous embarquent totalement dans leur musique. Difficile à concevoir comme cela mais les moments de calme complet (en introduction de manière assez classique mais pas que) où guitares en sons clairs et textes audibles (parlés, samplés, chantés) nous plongent dans leur univers avant de faire pleuvoir les blasts. Pour trouver un tel niveau de qualité d’écriture et de structure, on peut aller chercher Gojira mais cette référence n’est pas une évidence (peut-être un peu plus sur «Resurrection» et «Drowning» qu’ailleurs ?) tant Psygnosis réussit à se forger son identité propre en amalgamant ses influences.

Au départ, Psygnosis est le projet de Remi aka m.Kekchoz, armé de bonnes compositions (c’est un touche à tout aussi à l’aise avec une guitare qu’un sampler ou un micro), il trouve autour de Mâcon des zicos motivés par ce projet et si le poste de chanteur posera quelques soucis, aujourd’hui ce sont Yohan (chant), Jérémy (basse) et Anthony (guitare) qui l’accompagnent et font vivre la bête qui depuis un premier EP en 2009 (Phrases) a sorti un premier album (Anti-sublime) et un autre EP (Sublimation) avant ce Human be[ing]. Psygnosis frappe très fort avec cet album (très) longformat. Très très fort même. Ca fait beaucoup de «très» mais ils le méritent car les groupes capables de jouer sur autant de registres et faire de ses titres épiques un ensemble totalement cohérent sont rares. Death, posthardcore, progressif (qui dirait même djent), on entend de tout dans Human be[ing] et on n’est jamais déçu. Le groupe s’autorise même l’intégration de samples (sur quasiment toutes les parties ambient) ou d’instruments classiques (en interlude) et là encore, ça marche. Pour obtenir une telle qualité finale dans l’écriture des compositions, il y a fatalement un boulot énorme et on se dit que les phases de création comme les répétitions doivent être plus qu’intéressantes à suivre...

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A un travail soigné sur chaque plage, il faut ajouter une production équilibrée (entre puissance et légèreté) réalisée par leur chanteur Yohan Oscar (qui est décidément très talentueux) et un très bel artwork signé par le dijonnais Okiko. Si ça peut sembler évident (surtout que Psygnosis rime avec Hipgnosis), il fallait le noter car cet album est vraiment sans faille. Impressionnant. Très impressionnant. Oli


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DIRTY DEEP Shotgun wedding (Hell Prod)

pas daté, voire même un tantinet moderne, notamment avec ce génial «Midnight bus» heavy-blues/hip-hop évoquant invariablement les atmosphères atypiques que l’on retrouve dans l’oeuvre littéraire d’Elmore Leonard (Mineurs en tête). Si bien que l’album constitue un voyage à travers la «vraie» Amérique, ancestrale et proche de la terre, du Kentucky redneck au Mississippi country d’un «Let it ride» outrageusement classieux. Mais jouissif, à l’image de ce «Til’ the day I die» qui chante sa résignation en rencontrant une profondeur émotionnelle littéralement habitée.

«Bottleneck» nous renvoie une évidence en pleine figure : sans introduction, directement en immersion au coeur des champs de coton de l’Amérique profonde, Dirty Deep ne peut être qu’américain et sa musique profondément ancrée dans la tradition locale... sauf que non, enfin pas sur ses papiers en tous cas. Artistiquement par contre, c’est une autre histoire et son cocktail blues/americana/rock/folk transpire la sincérité, l’authenticité de celui qui a été biberonné aux sons éraillés et fatalement inspirant des John Lee Hooker, Left Lane Cruiser, Seasick Steve et autres Ram Jam. «Low down», confirme ce que l’on pressentait : Victor, l’homme-orchestre solitaire derrière ce pseudo terriblement accrocheur, explore les sillons d’une musique qui évoque la terre, la sueur et les racines d’un pays-continent labouré par ses légendes vivantes ou disparues. La suite de l’album, avec notamment le groovyssime et enlevé «Junky green truck» ou le désenchanté «Middle of nowhere», porteur d’une mélancolie aussi douloureusement bluesy qu’inexorablement fascinante, convoque les traditions les plus solidement ancrées dans la roche d’un folk crépusculaire et d’un rock - au sens large - organique, dépouillé mais fédérateur. Pour autant, Dirty Deep réussit le tour de force de la jouer old-school mais

On l’a compris, Shotgun wedding est à l’image de son titre un album qui ne raconte pas que de belles histoires finissant forcément bien mais plutôt la trajectoire aventureuse d’un musicien qui se fait l’écho d’un rêve américain n’étant pas forcément celui qu’on croit. Ou que l’on filme souvent pour le grand écran. Mais plutôt celui qui apporte aussi son lot de souffrances et de déceptions, de tristesse et de résignation. Toutes ces choses que le musicien met ici à nu, en musique, sans fausse pudeur mais avec ce soupçon d’âme qui rend celle-ci littéralement addictive («Release me in dirty»). Entre le très sombre «John the revelator», ténébreux et classy «What the Hell» ou le plus électrisant «She’s a devil», Dirty Deep livre ici un album racé se terminant de la même manière qu’il a commencé. Soit avec l’envie de retrouver la lumière après avoir traversé les ombres d’un passé révolu... mais trouvant également son écho dans un présent où l’on se rappelle que peu importe combien dure la nuit, le jour finit toujours pas se lever («When the sun comes up»), ne serait-ce que pour marquer la naissance d’un vrai songwriter : Dirty Deep. Aurelio

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SONGS OF TOWNES VAN ZANDT VOL.II Compilation (Neurot Recordings) l’héritage du maître est toujours entre de très bonnes mains. Que ce soit avec un Mike Scheidt en solo sur l’inaugural «To live is to fly» puis sa réponse immédiate orchestrée par Nate Hall lui aussi en solitaire (le somptueux et fragile «Pancho & lefty»), les compositions ténébreuses et leurs brisures mélodiques de Townes Van Zandt trouvent ici un nouvel écrin à la classe intemporelle.

Il y a à peu près deux ans, trois musiciens de renom, Scott Kelly, Steve Von Till et Scott «Wino» Weinrich s’étaient réunis sous l’égide de My Proud Mountain et Neurot Recordings afin de donner naissance à un «tribute album» au cultissime (mais encore trop méconnu de ce côté de l’Atlantique) songwriter américain Townes Van Zandt. Le résultat étant une véritable pépite du genre et ayant récolté une constellation d’éloges plus que méritées, les deux labels se sont associés pour remettre le couvert le temps d’un deuxième volet sobrement baptisé Songs of Townes Van Zandt Vol.II pour lequel ils ont changé le casting originel, ouvrant ainsi l’hommage à d’autres voix et sensibilités. Confiés cette fois aux bons soins d’un nouveau trio de curateurs soit John Baizley (Baroness), Nate Hall (US Christmas) et Mike Scheidt (YOB, Middian, Lumbar, VHÖL...), lesquels se sont entourés de quelques musiciens additionnels (Katie Jones, Stevie Floyd - Dark Castle, Taurus et Dorthia Cottrell de Windhand), ce second volume, bien que disposant d’un casting un peu moins prestigieux sur le papier, a quand même déjà fière allure. Et lorsque les premières notes de la petite dizaine de titres que comptent l’album viennent effleurer l’épiderme de l’auditeur, l’évidence se fait jour d’elle-même,

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Lorsque le duo Katie Jones/John Baizley prend possession du morceau «St John the gambler» pour lui donner une seconde vie, le rendu à deux voix frôle le sublime, cristallisant par la même occasion tout l’intérêt qu’offre un album hommage aussi respectueux de l’œuvre originelle (et son esprit surtout), en la sublimant sans jamais la dénaturer (l’intense «Rake» par Mike Scheidt encore en solo, «Waitin’ around to die» par le duo Nate Hall & Stevie Floyd). Au détour de ces petites merveilles country/folk bluesy aux confins de l’americana crépusculaire, on trouve quelques associations d’idées absolument exquises comme celle de faire collaborer une nouvelle fois Katie Jones et John Baizley pour «For the sake of the song» (poétique) puis «If I needed you» (lumineux) ou la paire Nate Hall/Dorthia Cottrell sur le très beau «Our mother the mountain». Encore un sansfaute pour conclure ce Songs of Townes Van Zandt Vol.II idéalement placé dans le sillage de son prédécesseur. Grande classe. Aurelio


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The Decline ! 12A, calvary road (Kicking Records)

et les ambiances (le brillant morceau acoustique «Here comes the cold», le folk «Gone with the stream», le prenant «Shining cage», l’écorché «Proud not to be proud»). Les sonorités irlandaises du groupe ne sont pas à écarter, apportant de la chaleur dans un ensemble ne respirant pas la gaieté ou le fun. Le tout est porté par une production impeccable qui ne fait que renforcer le sentiment d’enthousiasme que j’éprouve à l’écoute de ce disque.

Voilà un bon moment que j’entendais parler de The Decline!, groupe rennais formé à la fin des années 2000. Auteur d’un premier album intitulé Broken hymns for beating hearts, le quintet est de retour avec un second effort 12A, calvary road chez le magique label Kicking Records. Quatorze titres qui vont te transporter dans l’univers street punk mélodique des bretons !

12A, calvary road fait du bien. Tout d’abord par que ce disque est quasi exclusivement composé d’excellentes chansons. Et parce qu’il est rassurant de savoir que dans notre bel hexagone, des groupes de la trempe de The Decline! sont dans la place pour prendre la relève et valoriser cette scène punk rock française qui a laissé quelques représentants majeurs sur le carreau ces dernières années. Et The Decline!, formation rafraîchissante et intelligente, est taillée pour devenir un acteur majeur de punk rock à la française qui pourra ravir les amateurs de mélodies, de rythmiques bastons, de titres rugueux et soignés, et de sonorités américaines et irlandaises. Ne lâchez rien les gars !!! Gui de Champi

Mis en boîte au studio Chipolata Framboise de Fab (Justin(e), Ultra Vomit) en ce début d’année, 12A, calvary road respire la passion du punk rock. Sitôt «Pieces of my broken dreams» entamé, on comprend tout de suite que le groupe est plus qu’à son aise quand il s’agit de jouer des chansons qui prennent aux tripes, à grands coups de refrains forts en gueule à la manière d’un Bad Religion (énorme influence au demeurant à l’écoute de ce disque) ou d’un The Loyalties, la voix chaude, éraillée et puissante de Kevin étant sujette à émotions. Les compositions telles que «Let’s turn shit into gold» (putain, ce refrain !) ou «A match and a barrel of fuel» sont intelligentes et bien menées, propulsant The Decline! à un statut de patron. Jamais agressif, toujours mélodique, à jamais brillant, le punk rock du quintet en est presque touchant, jouant avec les émotions («12A, calvary road», le splendide «A letter to my rain city»)

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COLLAPSE UNDER THE EMPIRE Sacrifice & isolation (Final Tune) sion qu’a le duo pour parvenir à se réinventer - presque miraculeusement - malgré une productivité qui ne se dément jamais. Et ce, qui plus est, dans un registre musical plutôt balisé.

Second volet du diptyque discographique initié à l’automne 2011 avec l’album Shoulders & giants, Sacrifice & isolation voit le jour plus de deux ans après le premier, non sans que ses auteurs, les prolifiques Collapse Under the Empire aient chômé dans l’intervalle. Et s’ils ont entre-temps livré deux autres opus «indépendants» avec l’album Fragments of a prayer puis l’EP The silent cry, les deux Allemands n’avaient jamais perdu à l’esprit l’objectif de donner une suite au disque qui les a fait connaître quelques années plus tôt et surtout conclure ce qu’ils ont toujours considéré comme un seul albumconcept segmenté en 2 parties. Toujours avec pas mal de suite(s) dans les idées, les leaders de la scène «post-quelque-chose» allemande, Collapse Under the Empire - qui parallèlement œuvrent sur des BO de films, spots de pub, jeux vidéos etc..., en plus de gérer leur label Final Tune Records (Galaxy Space Man, Splitter) - reviennent à leurs amours pour l’électronique afin de l’allier à leurs (plus) récents plaisirs ambient et leur post-rock originel. En résulte un cocktail hautement cinématique (comme toujours avec eux) et une musique qui, dès les premières mesures de «Sacrifice», s’envole vers des sphères que l’on retrouve avec un plaisir évident surtout connaissant la propen-

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Peu importe l’écueil qui se dresse devant le groupe, pourvu qu’il parvienne à offrir l’ivresse malgré les quelques difficultés inhérentes à son processus de renouvellement créatif évoqués précédemment, Collapse Under the Empire continue pourtant de faire des miracles («Isolation», «Massif», «Lost»). Et accessoirement de sonner toujours plus comme la bande-son d’un film épique certes, mais encore inexistant. Ce, bien que ses scènes défilent déjà dans notre inconscient au fur et à mesure que le groupe déroule sa bobine musicale avec une maestria de tous les instants. Bluffant, défiant les superlatifs, la paire allemande enchaîne les pistes, entre effluves synthétiques et climax électriques («Awakening», «A broken silence») sans jamais baisser ni de rythme, ni d’intensité, ni de virtuosité. Faisant ainsi, le temps de dix morceaux, pour une quasi heure de musique en forme de grand-huit sensoriel à la beauté transcendante, de Sacrifice & isolation un petit chefd’œuvre de genre. Aurelio


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LOUIS MINUS XVI Kindergarten (Becoq Records, Tandori Records)

minutes qui joue aussi sur l’épure, les espaces laissés vaquant, les atmosphères orageuses et demeure un des meilleurs moments d’un album qui en contient à la pelle. Le jardin d’enfants des Louis Minus XVI semble propice à la création de disque passionnant, on vous invite à le squatter indéfiniment les gars. Avec les Berline0.33 (aussi sur Tandori, tiens tiens, on se demande ce que ce boss de label peut bien donner à ses musiciens...) et donc ce Louis Minus XVI, la scène lilloise vient d’accoucher de deux disques en mode «C’est qui le patron ?». David

Il s’est fait attendre le Louis Minus XVI nouveau et ses 5 pistes pour 35 minutes qui annoncent de belles cavalcades sonores et des scènes de ménage entre les deux saxophonistes du groupe. Pas de déception à l’horizon, Louis Minus XVI continue le boulot déjà très abouti de Birds & bats tout en démontrant de nouvelles capacités. La grande classe. «La marche», le premier titre, interpelle de suite : les coups de butoir chopent l’attention, les deux saxophones rugissent, le rythme s’emballe, le titre prend de plus en plus d’ampleur, le dialogue entre les saxophones se fait de plus en plus vigoureux, l’un est dans le registre de la caresse ferme et l’autre dans l’agression douce, le leitmotiv est accrocheur et Bim, la piste est finie. Louis Minus XVI entre de suite dans le vif du sujet et offre une sacrée introduction à ce Kindergarten. La suite est là aussi excellente avec «More friends», une piste dans une toute autre tonalité qui me rappelle beaucoup l’épure et la beauté de l’album solo éponyme de Mark Hollis de Talk Talk. Difficile de ne pas se laisser bercer/ envoûter par ces 8 minutes feutrés, par ces frétillements et ces variations d’ambiance. Kindergarten se termine sur un «Bain atlas» de 10

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ORIGAMIBIRO Odham’s standard (Denovali Records)

minimalisme relatif afin de ne jamais donner l’impression de forcer leur trait sonore («The tymphonium», «Pulmonary piano») ni leur talent. Il en résultat un véritable exercice de voltige musicale («Armistice cenotaph»), parfois légèrement désarçonnant quand on ne parvient pas à comprendre où Origamibiro veut en venir artistiquement parlant («Raising William»), d’autres fois savoureusement ciselé (l’excellent «Butterfly jar») afin de faire naître des émotions aussi discrètes que précieuses. Entre méticulosité fine, expérimentations maîtrisées et subtilités élégantes («Feathered»), le trio anglais fait d’Odham’s standard une petite pépite d’anticonformisme musical extrêmement séduisante. Aurelio

Quelques mois après avoir réédité l’intégralité de la discographie jusqu’alors publiée du groupe avec la miniboxset Collection, la toujours aussi occupée petite maison de disques allemande Denovali Records (trois ou quatre sorties par mois en moyenne) enchaîne en s’occupant de livrer ce qui constitue le quatrième et donc nouvel album du trio anglo-saxon Origamibiro. Un disque qui, un peu à l’instar de ses prédécesseurs, poursuit ce sillon tracé depuis les débuts du projet dans les sphères du bricolage sonore acoustique/néo-classique et bruitiste. Pour un résultat qui ne peut être pris que dans sa globalité, appréhendé comme un ensemble évident dont il ressort une atmosphère atypique. Comme figée dans une sphère temporelle parallèle à celle de notre quotidien, exaltant les sens en les exposant à des créations sonores fragiles, scintillantes et délicieusement immersives («Ada deane», «Tinder»). On se laisse porter par les effluves harmoniques magistralement distillées sur l’éponyme «Oldham’s standard», les orchestrations subtiles de «Direct voice» et ses cordes qui semblent danser autour de la trame narrative composée par Origamibiro pour la complexifier, la déconstruire, la sublimer à outrance. Et tout cela sans vraiment l’air d’y toucher, les Anglais usant d’un

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HIGH TONE Ekphrön (Jarring Effects)

A la fin janvier, High Tone annonçait l’arrivée d’un sixième album, en présentait dans le même temps son hallucinogène mais plaisant artwork, rapidement suivi d’un single intitulé «A fistful of yen». Le morceau en question résume à lui seul ce que représente cette formation aujourd’hui : être capable d’introduire en un seul jet de cinq minutes des atmosphères sonores totalement opposées, tel un véritable grand huit. Incartades électroniques surpuissantes et suavité insoupçonnée au programme, un cocktail pas toujours facile à avaler pour le quidam. On devine au loin certaines personnes grincer des dents : «Oh non, font chier à foutre des wobble bass partout !». C’était vraiment mal connaître les lascars parce qu’avec Ekphrön, les Lyonnais n’ont jamais autant usé de leur liberté artistique. Pour preuve, quelques temps plus tard, c’est au tour d’»Until the last drop» de venir faire résonner la toile avec un clip animé de très bonne facture, un morceau traitant d’écologie qui vient prendre le contre-pied du premier single en s’imposant tel un «hit»: un morceau entêtant, percutant, groovy où les vocalises de Shanti D croisent une salade de bidouillages électroniques. Comme quoi... Ekphrön signifie littéralement «hors d’esprit» en langue grecque. Pas étonnant au regard du contenu de ce disque qui correspond à un long voyage introspectif sinueux et aventu-

reux. A commencer par son début assez saisissant mais inhabituellement placide. «Basis» nous égare dans une cavité où des gouttes d’eau tenant le rythme de façon inégale laissent entrer progressivement les notes vaporeuses de violoncelle du talentueux Vincent Ségal de Bumcello (mais pas que !). Lequel s’exprime au gré du vent et des triturations électroniques du quintet. Surprenant, d’autant plus qu’»All expectations» poursuit l’ouvrage en ce sens, le morceau s’accommodant dans un univers ambient séraphique pas loin de l’electronica. Le monstre se réveille sur «Wahqam saba», un titre hanté d’ondes orientales où le oud rencontre des tensions électriques faisant apparaître l’ombre d’un chant fantomatique. High Tone démontre qu’il n’a définitivement pas enterré ses influences world urbaines et récidive avec «Raag step» qui, comme son nom l’indique, mélange assidûment la musique indienne classique au dubstep. Cette réussite colore un peu l’esprit et complète la palette de ce qui s’est déjà fait dans le genre avec des artistes comme Talvin Singh ou State of Bengal, même si la manière de mélanger les styles est totalement différente. La moitié de l’album est déjà bien entamée que «72’ turned off» réveille en nous ces savoureuses escapades post-rock évolutives, scratching en sus, malheureusement entachées par des suites de notes de claviers un peu trop présentes au mix. «Old mind», dans un style orienté hip-hop, convie l’habitué Oddateee à venir déverser son flow sombre sur une structure très froide aux rythmes crus et à la frappe chirurgicale. La fin de ce voyage s’effectue en douceur avec «Super kat», une chanson en roue libre, indomptable, qui renoue avec un schéma dub-rock. Fait rare tant High Tone n’a jamais été aussi éloigné de la scène dub avec Ekphrön. On reprend progressivement ses esprits après trois quart d’heure d’immersion en ayant l’impression que cet album est incomparable avec le passé discographique du groupe, même si la touche des Lyonnais est évidemment aisément reconnaissable. Avec ce nouvel album, le quintet vient de réussir son pari, qui avec le temps devient de plus en plus difficile dans la vie d’un groupe : se réinventer. Ted

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INTERVIEW TEXTE

INTERVIEW > HIGH TONE Les Lyonnais d’High Tone reviennent dans l’actu avec un sixième album fraichement sorti intitulé Ekphrön, un terme grec signifiant «hors d’esprit». On est allé en savoir plus sur tout ça en questionnant Dom, batteur de la formation, qui revient sur la tournée Dub Invaders, la genèse du disque, la participation de Vincent Ségal et plein d’autres trucs... Bonne lecture ! Salut Dom, avant de parler de votre nouvel album, je voulais connaître un peu le bilan de votre longue tournée avec votre side projet Dub Invaders : comment ca s’est passé et quelle expérience en tirez-vous ? Phénomenal ! Le sound system, c’est vraiment une expérience unique ! De plus, on a rencontré que des gens sympas, des passionnés de musique comme nous, ce sont des «dub activist» impressionnants ! Ils construisent leurs sonos, organisent leurs soirées, leur visuels, produisent des disques, etc, etc... Musicalement, l’expérience fut très enrichissante : le style de compo des dub makers qui est très minimaliste a, je pense, influencé chacun de nous. Et puis c’est une scène en pleine effervescence, avec un public de plus en plus curieux et nombreux aux soirées. Est-ce que vous considérez Dub Invaders comme un élément inhérent à High Tone ou plutôt quelque chose de récréatif pour couper un peu et repartir plus fort par la suite ?

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Inhérent ou récréatif ? Les deux en fait il me semble. Je crois que chaque musicien pourrait te répondre différemment, mais ça, ce n’est pas nouveau (rires) ! C’est sûr que c’est très récréatif pour tout le monde. Le sound system a ses codes, High Tone n’en a pas ! Le sound system, c’est un voyage sensoriel avec ses basses surpuissantes, ses sirènes qui hurlent, le MC qui t’interpellent toutes les deux minutes pour que tu rentres dans la danse, que tu te lâches. C’est samedi soir, c’est la fête ! Et ça, quand on prépare une tournée Dub Invaders, on l’anticipe à notre manière et chacun s’investit à fond pour créer sa vision, sa musique de sound system. Avec High Tone, il faut que les cinq éléments trouvent, à un moment de leur vie, un langage commun pour créer et écrire un album, une histoire ensemble. En partant de rien, car tout est possible ! Il n’y a aucune limite, aucune frontière, enfin, si une : ne pas se répéter. Après, c’est aussi un voyage sensoriel mais, et j’espère, aussi émotionnel, intense, relevé par la mise en scène des jeux de lumières et la narration des vidéos.


Quelle est la signification d’Ekphrön ? Le mot vient du grec et signifie littéralement «hors d’esprit». On a rarement thématisé nos albums jusqu’à présent, mais sur celui-ci on s’était donné à un moment le thème du voyage comme piste à suivre. Parce que nous ne pouvions pas faire autrement que de rester sur place, le voyage est devenu plus intérieur au final. Ekphrön est plus ou moins synonyme de transe, de lâcher-prise. On s’est rendu compte que le vocabulaire français et occidental avait finalement peu de mots pour exprimer les différentes formes de l’enthousiasme musical et ses effets intérieurs, contrairement à d’autres cultures comme la culture orientale par exemple. Finalement, les seuls termes existants venaient du grec. Notre idée est de valoriser les effets positifs de la musique sur le corps et l’esprit. En écoutant le disque, on note qu’High Tone tente constamment de trouver un nouveau souffle dans sa création. Ici, après un début relativement calme et surprenant, on passe par pas mal de couleurs musicales que ça soit de l’électro tapageuse, du hip-hop, du dub ou des morceaux à la structure un peu plus rock. Ca risque de dérouter vos fans, non ? Je crois qu’on ne peut pas enfermer la musique de High Tone dans une case ou la nostalgie de tel ou tel album. On est vivant, curieux et on a toujours défriché ! Je crois que peu importe qui est ce «fan», cela ne fait aucun doute pour lui, non ? Est-ce que l’idée, c’était vraiment de faire une suite à No border, le deuxième disque d’Outback ou de s’en inspirer pour former un disque plus complet ? Pouvezvous, nous dire plus précisément quelle était votre marche à suivre dans l’élaboration de ce 6ème album ? Non, non, aucune idée préconçue au départ ! C’est en assemblant l’album au tout dernier moment, que l’on s’est rendu compte qu’il était plus proche de No border que de Dub axiom. Pour cet album, il y a eu beaucoup de discussions au début et personne n’était vraiment sur la même longueur d’ondes. Ca a été très long pour mettre en route le projet. Au début, on a fait beaucoup de jams rythmiques rock et des trucs barrés, on a bossé sur les idées amenées par certains et puis, petit à petit, on est arrivé à retrouver le chemin de la création à cinq et les

contours de l’album se sont dessinés.

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Est-ce que ce nouveau disque a été composé et enregistré durant cette tournée ou le plus gros était déjà fait avant ça ? Ouais, on a composé durant cette tournée. On continuait même à faire des dates pendant le mix !

Au rayon des invités, hormis Oddateee avec qui vous aviez déjà travaillé sur Outback et Shanti D, on trouve la participation inattendue de l’excellent violoncelliste Vincent Segal (Bumcello, -M-, Blackalicious...) sur «Basis», un morceau qui surprend par son caractère mystique. Comment cette collaboration s’est-elle mise en place ? Que recherchiez vous concrètement chez Vincent, pourquoi ce choix ? Étiez-vous fan de son travail sur Bumcello ? Oui, Bumcello était programmé au «Riddim collision», le festival de Jarring Effects à Lyon, il y a de ça un paquet d’années et on s’est recroisés quelques fois depuis. Ces mecs ce sont des équilibristes ! Prise de risque maximum sur scène, évidemment ça nous a bien plu. Depuis, Vincent a fait des milliards de choses, c’est dur de le suivre ! Mais on a été, entre autres, marqué par le 5+1 avec Zenzile et son album avec Ballake Sissoko. Sur «Basis», Fabasstone avait commencé une basse violoncelle, ça nous a fait pensé à Vincent ! Je l’ai appelé. Il était de passage à Lyon et motivé. Ce qui est dingue c’est que tu ne sais pas du tout où tu vas mais tu sais qu’il va se passer quelque chose de bien. C’est intéressant, un mec qui vient du classique et qui est prêt à jouer sur un truc électro tout barré. C’est ça qui me plait quand tu fais des rencontres. Le clip d’»Until last drop» est vraiment réussi tant dans la façon de traiter le sujet de la destruction de la planète que dans sa réalisation ? Pouvez-vous nous en parler un peu plus ? C’est pas évident de parler d’écologie - tout a été dit ou manipulé - et encore moins de l’illustrer. Mais le ton, la distance trouvée par Shanti D avec sa formule «Please leave the world as you found it» nous plaisait d’emblée. Il y a un décalage entre ce robot plutôt sympa un peu naïf et ce sujet grave et c’était, je pense, la bonne direction. Nico Thiry, notre VJ a écrit le scénario et construit l’animatic du clip et la réalisation a été confié à Guillaume Caron. En parlant de vidéo, je voulais savoir si un jour vous comptiez sortir un bel objet en DVD/Blu-Ray. Je sais que vous êtes assez sensible à cet art, pourtant je crois que le seul support visuel qui existe officiellement c’est celui avec Wang Lee. Ca fait un peu léger pour une formation comme la votre qui a un certain âge... Je ne sais pas trop quoi en penser. Des fois, je regrette que l’on ne l’ait pas fait à une certaine période très riche du parcours de High Tone et plein d’autres fois je me dis

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que je trouve ça relou d’être filmé en permanence, surtout que c’est pas notre truc. Et puis, c’est une vraie galère de faire une bonne captation d’un live, c’est très onéreux, etc... Un concert, ça reste un souvenir collectif, ce n’est pas si mal tout compte fait. Antonin avait évoqué il y a deux ans dans une interview un projet avec des amis circassiens/acrobates. Est-ce que cela va se mettre en place ? On devrait confirmer ça sous peu. On a des plannings bien chargés, eux comme nous, mais on est dessus ! Y-a t-il des courants musicaux qu’High Tone souhaite explorer dans l’avenir ? Je sais que le groupe a toujours voulu mélanger un son urbain aux musiques ethniques traditionnelles mais il me semble que vous n’avez jamais été lié aux sons qui sortent des garages ou des caves (autrement dit des groupes de rock). Me trompe-je ? Exact ! Et pourtant il y’a plein de groupes qui déchirent : Marvin, Pneu, Electric Electric, Zero, pour ne citer que ceux-là ! Aucune idée de quoi sera fait demain pour High Tone. Pour l’instant, c’est l’album et uniquement l’album et pour une fois, on va prendre le temps je crois. Faire plein de tournées et se faire plaisir à envoyer du gros !

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Pour terminer cette interview, je vais te demander un petit effort. Est-ce que tu pourrais nous résumer en un mot ou une phrase chacun de vos albums : Opus incertum : «Once upon a time» Acid dub nucleik : uppercut Wave digger : virage Underground wobble : lunaire Outback : solaire Ekphrön : introspectif Merci pour ta disponibilité et à bientôt sur les routes ! Merci à vous pour tout ! Merci à Dom et aux High Tone et à Manon de Jarring Effects Crédits photos : Olivier Hoffschir et Antoine Pidoux Ted


JARRING EFFECTS INTERVIEW TEXTE

ACTUALITÉS

HIGH TONE - Ekphrön

EROTIC MARKET - Blahblahrians

Sorti le 31 mars (CD/Vinyle/Digital) 07.05 Le Bikini | Toulouse (31) 23.05 Le Théâtre de la Mer | Sète (34) 18.07 Dour Festival | Dour (BE)

Sorti le 28 avril (CD/Digital) 10.05 The Great Escape | Brighton(UK) 28.05 Nouveau Casino | Paris (75) 14.06 Les Nuits de Fourvière| Lyon (69)

NÄO - III

VIRUS SYNDICATE - The Swarm

Sorti le 3 février (CD/Vinyle/Digital) 14.05 1988 Club | Rennes (35) 15.05 Bootleg | Nantes (44) 17.05 Bunkerleute| Louvain (BE)

Sorti le 3 mars (CD/Digital) 03.05 Les Giboulées | Le Creusot (71) 17.05 La Nef | Angoulême (16) 02.08 Fest. de Domaize | Domaize (63)

AL’TARBA - The Sleeping Camp

SENBEÏ - Shin

Nouvel Album

Nouvel Album

Nouvel EP Sorti le 21 avril (Digital) 15.05 La Bobine | Grenoble (38) 07.06 Street Impact | Arras (62)

Premier Album

Nouvel Album

Nouvel EP

Sorti le 17 mars (Digital)

02.05 Connexion Live | Toulouse (31) 06.05 IBoat | Bordeaux (33) 61

www.jarringeffects.net


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HEROD

They were none (Mighty Music) clinique qui, entre martelage rythmique glacial voire aliénant et riffing mastodonte, distille des ambiances de fin des temps avec une efficacité redoutable («Inner peace»). Alors fatalement, quand Herod sort la grosse artillerie, un morceau du calibre de «Northern lights» fait office de bulldozer émotionnel (mais aussi sauvagement burné) qui pratique la stratégie de la terre brûlée. Là où les Suisses passent, rien ne repoussent sinon un sentiment latent de désolation décharnée («Sad Hill Part I»). Le désespoir qui prend aux tripes également («Albert Fish») et qui sous-entend chez le groupe une noirceur plus que palpable.

Malmö, en Suède pour les nuls en géographie, année 2006. Pierre, musicien suisse de passage, achète une guitare baryton qu’il accorde six pieds sous terre histoire de s’amuser avec le vieil enregistreur 4 pistes qu’il a sous la main. Inspiré par le climat local et la morosité scandinave de l’instant, il compose une dizaine de morceaux dans son coin dans le cadre d’un projet solo baptisé Herod. Sans suite immédiate. Ce n’est qu’après être rentré au pays puis rencontré, quelques années plus tard, Fabien et David que le groupe prend définitivement forme avant de se rendre au Studio Mécanique de La-Chaux-de-Fonds en compagnie de Julien Fehlmann (Coilguns, The Ocean, Unfold, etc...) pour mettre en boîte son premier album. Intitulé They were none, celui-ci sort au printemps 2014 chez le danois Mighty Music, alors que le trio est entre-temps devenu quatuor avec l’arrivée en son sein de Bertrand comme deuxième guitariste. Une affinité somme toute logique avec l’Europe du Nord et des influences nordiques qui résonnent à plein volume dès les premières mesures d’un album qui, avec «The fall» ou «The glory north», renvoie invariablement l’auditeur vers les figures tutélaires du Hard scandinave que sont Breach, Cult of Luna ou Switchblade. Autant dire qu’on cause ici metal/hardcore/prog’ à la froideur

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Question sauvagerie brute, They were none, en tient également une belle couche («We are the failure», «Betraying Satan»), démontrant par là-même qu’Herod sait aussi ravager les membranes en jouant sur les plates-bandes d’un Terra Tenebrosa (Suède toujours...) mais avec encore une fois cette foudroyante capacité à mettre une puissance de feu salvatrice et implacable dans ses impacts, en termes de lourdeur abrasive également. En témoignent les ogives thermonucléaires «Watch’em die» ou «No forgiveness for vultures» scellant définitivement le sort de ce premier album dévastateur («Sad hill part II»). A tous les niveaux.. et surtout à celui d’une maestria formelle et artistique béton. Aurelio


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AS THE STORM Alpha (Autoproduction)

woe»). Heureusement qu’à côté de ce parti pris un peu démonstratif, le groupe joue aussi sur les ambiances et les mélodies («Fall to rise» qui figure au tracklisting de la compil’ Ghost ship sworn enemy), de parfaits contrepoids à la lourdeur des grognements («Black tide») ou des effets parfois malvenus à mon sens (harmoniques artificielles et divers plans techniques qui me laissent froid).

On ne connaît pas encore grand chose d’As The Storm car le groupe est encore jeune, cette formation bordelaise existe depuis 2011 et aura mis moins de deux ans pour sortir son premier album. Et ce malgré un changement de batteur puisque Ker a rejoint Julien (chanteur), Alexandre et Rémi (guitaristes) et Corentin (bassiste) en cours de route. Après plusieurs concerts en Gironde, ils ont sorti fin novembre 2013 ce premier album, simplement nommé Alpha.

Alpha reste en équilibre et maintient l’auditeur à flots, et cela fonctionne dans les deux sens, j’imagine bien certains grands amateurs de métal et manieurs d’instruments trouver que les passages mélodiques et assez doux viennent à point pour respirer entre les mesures les plus exigeantes à écouter. Avec un peu de tout ça, «Hopeless» peut être une bonne entrée en matière pour découvrir As The Storm, emmené par une grosse dynamique, le titre résume toutes les capacités des Bordelais et pourrait te donner envie d’en découvrir davantage et te procurer l’album numériquement via bandcamp ou physiquement auprès du combo... Oli

A l’instar de Moghan Ra chroniqué par ailleurs, As The Storm mélange diverses influences pour nous concocter un métal qui peut emprunter tant au death (le growl et le matraquage rythmique) qu’au heavy (les guitares quand elles partent en solo ou le chant clair même s’il évite les notes suraiguës). Et là aussi, le résultat est assez intéressant, la technique : la qualité de production et la construction des compos permettent à As The Storm de présenter un premier album solide même si je ne suis pas suffisamment amateur de ce genre de métal pour crier au génie. Il y a même fort à parier que sans ce chant clair assez présent et bien tenu, j’aurais passé mon chemin étant donné que les chevauchées épiques le long du manche d’une six cordes me laisse souvent perplexe («And the end will come», «Architect of his own

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LESSEN

A redemptive decay (Send The Wood Music) de basse ronronnantes («Out of reach»), son efficacité rythmique imparable doublée d’une poussée de fièvre émotionnelle qui colle littéralement à la peau (on l’expérimente sur le magnifique «I’ll be found» avant de le retrouver sur un «Retrospection» terminal et bluffant).

Dernière petite trouvaille bien burnée en provenance de l’écurie Send the Wood Music (Hord, Idensity, Sick Sad World, The Mars Chronicles...), Lessen livre ici avec un premier album, une œuvre qui va assurément vaciller Memories of a Dead Man de son trône de figure de proue de la scène post-metal hexagonale afin d’assurer à ses derniers une remise en question que l’on qualifiera de salutaire afin de créer une émulation créative forcément très saine. Après tout, c’est comme ça que cela fonctionne dans la mouvance hard de nos voisins helvètes, alors pourquoi pas ici également ? En attendant, c’est avec un «Promised oblivion» inaugural et déjà aussi féroce qu’habité que le groupe plonge l’auditeur dans son univers. Lequel, entre post-metal et rock lourd aux accents flirtant avec un death inflammable, laisse parler un groupe qui met les tripes en avant. Une énergie viscérale qui se retrouve magnifiée par une prod’ qui rend justice au travail du groupe («Inner ocean»), même si on aurait aimé le voir aller encore plus loin dans les extrêmes et ses effluves passionnelles qui prennent au (post)corps. S’essayant au spoken-word avant de laisser ses guitares cracher un post-hardcore charbonneux («Cold truth»), Lessen monte doucement en pression avec ses lignes

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Evitant soigneusement la redite, une jolie preuve de maturité artistique alors qu’il ne s’agit ici «que» d’un premier album, Lessen s’essaie au hardcore frondeur classieux («Facing») sans avoir à rougir de son interprétation du sujet, avant de revenir à ses fondamentaux et en ramenant l’émotion brute au cœur de sa narration post-métallique. Il en résulte un «Walking with you» explosif et efficace qui démontre que le groupe a la maestria formelle nécessaire pour mettre en exergue une écriture déjà plutôt aboutie et une personnalité qui va certainement s’affirmer par la suite. En attendant, c’est un «Witness» terriblement hargneux qui entre sur le ring et ne fait pas de quartier dès lors qu’il s’agit de ne laisser aucun survivant (on apprécie d’autant plus le nom du morceau). Et pour cause, le groupe la joue dur sur l’homme et frappe en plein cœur à coups de poignards instrumentaux et vociférations post-hardcore particulièrement saignantes. Lesquelles laissent la place à un final qui vient une fois de plus confirmer que ce groupe est certainement le plus sûr espoir hexagonal du genre... Aurelio


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THE GREAT SABATINI Dog years (Solar Flare Records)

avec une ouverture d’esprit qui fait plaisir. Le 5ème titre confirme d’ailleurs avec une chanson presque épique à la manière de Down, ce qui permet à The Great Sabatini d’ajouter encore un supplément d’âme à un disque qui n’en avait pas besoin. La piste numéro 6 intitulé «Akela» est là aussi surprenante avec un blues acoustique assez poignant et d’humeur ombrageuse. Finalement, avec le groupe canadien, on ne semble jamais au bout de nos surprises. Dog years se clôt sur un titre, «Life during wartime», encore une fois bien pesant, pesanteur accentué par un piano (!) discret en introduction avant de repartir dans ses travers (positifs) et virils.

Après des sorties de disques toujours aussi convaincantes (American Heritage, Sofy Major, Stuntman, Carne, Pigs...) Solar Flare Records bat le fer tant qu’il est encore chaud avec Dog years de The Great Sabatini, un groupe canadien qui était inconnu de mes services jusque alors mais qui mériterait un plus large écho chez les amateurs de metal sludge/noise/post-hardcore/pot-pas pourri du tout.

Même si l’originalité de la musique est souvent diffuse et par phase,The Great Sabatini livre un disque d’excellente facture brassant et explorant des genres à l’affiliation évidente, mais avec le panache nécessaire pour rendre l’écoute de Dog years absolument jouissive pour les amateurs. Et pour les autres, il n’est jamais trop tard pour se faire déflorer les oreilles. C’est manifestement la bonne occasion. Bien cordialement. David

C’est le torse bombé, la barbe hirsute et le corps recouvert de boue pestilentielle que The Great Sabatini entame les hostilités avec «The royal we» : le titre démarre tambour battant avec un riff bien énergique pour ensuite ralentir le rythme en mode southernsludgefromhell, gorge déployée, brutalité exacerbée et démonstration d’affection de bison en rut. Il semble qu’il y ait aussi une zone marécageuse et des rednecks avec une armurerie conséquente à Montréal, l’office du tourisme ne m’a pas confirmé. Le second titre, «Guest of honor», et le troisième titre, «Nursing home», partent vers bien d’autres horizons, celui de Washington D.C, avec un tempo digne d’un brûlot punk musclé de Minor Threat et des pistes dont la durée approche approximativement les 2 minutes. The Great Sabitini semble déjouer la monomaniaquerie habituelle des groupes du genre

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CECILIA::EYES Disapperance (dEPOT214 Label)

sicisme d’une élégance rare, aux langueurs enfiévrées et autres petites finesses littéralement obsédantes, «Lord Howe rise» tutoie déjà des sommets en faisant ici naître des émotions pures, foudroyantes et sublimées par un crescendo véritablement extatique. La suite n’est pas en reste et «Loreta» balade son spleen électrique entre saturation charnelle et riffing velouté, sensualité languissante et faux-rythme pénétrant. Impossible de lâcher l’écoute de l’album celle-ci une fois débutée, les pépites soniques signées Cecilia::Eyes traversant l’âme de l’auditeur de part en part, s’y accrochant pour ne plus jamais la lâcher.

Cinq ans après le très beau Here dead we lie, les tenants de la scène post-rock Belge reviennent enfin aux affaires avec un nouvel album forcément attendu et qui, dès les toutes premières secondes, ne manquera pas de surprendre les plus fervents aficionados du groupe. Et pour cause : en guise de nouvelle offrande post-rock, les natifs d’outre-Quiévrain délaissent un temps leurs amours passés pour délivrer un substrat d’ambient/ shoegaze qui trouve ici une forme de prolongement inattendu certes, mais finalement naturel de leurs œuvres précédentes. On pensait auparavant aux méconnus (et c’est triste) Sweek, Mono, Explosions in the Sky ou évidemment Mogwai en évoquant leurs travaux, désormais c’est vers l’icône Slowdive que penchent les sentiments créatifs de nos voisins frontaliers. Sans pour autant renier ce qu’ils ont pu produire avant.

Une musique délicieusement noisy, mélancolique et habitée par les Dieux Cocteau Twins et My Bloody Valentine et dont l’héritage post-rock n’est plus à revendiquer, mais également toujours cette réorientation stylistique qui laisse «Swallow the key» percer les ténèbres d’une idylle ombrageuse et ardente avec un mur de guitare ou un halo de fumée ambient, le travail des Belges surprend en même temps qu’il fascine. Masquant de fausses explosions sur l’intrigant «Default descent», Cecilia::Eyes construit pas à pas et avec une intelligence remarquable cette constellation sonore qu’est Disappearance. Un opus qui lors de ses ultimes pistes («Isolated shower») dévoile une écriture versant toujours plus dans l’intime, la mise à nue pourtant pudique et l’effervescence des sentiments mêlée d’une divine confusion des sens («Reign»). Une conclusion dans la lignée du reste de cet album à la puissance ambient/rock/indie/shoegaze évocatrice et aussi rare que subtile : une rêverie insomniaque à la classe incandescente. Aurelio

Pas étonnant donc que l’inaugural «Bellflowers» instille, quelques huit minutes et vingt-deux longues mais enivrantes secondes durant, un savant mélange d’atmosphères panoramiques et immersives, de mélopées instrumentales planantes et d’instrumentations graciles, flottant dans la stratosphère sans jamais perdre leur fil narratif conducteur. Prolongement logique de ce premier titre, plus indie et enveloppé d’un songwriting au clas-

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RUBY MY DEAR Form (Ad Noiseam)

pas que le propos soit de la guimauve, bien au contraire (écoutez donc la tourmentée «Carradine suicide»), mais la subtilité, la richesse et la candeur qui se dégage des tonalités de ce nouvel album (à l’instar de «Prah» ou «Geysa»), lui donne un attrait par sa volupté évidente. Et ce n’est la maîtrise et le soin irréprochable attribué à la production qui viendra ternir le constat, là encore c’est criant d’un haut standing. En plus de cela, on ne boude pas notre plaisir de retrouver Igorrr en guest au piano sur la fin de «Stax», un titre impavide où on ne l’attendait pas forcément, lui qui est au breakcore, ce que Cannibal Corpse est au métal. Bref, voici encore un album de qualité sorti de l’écurie Ad Noiseam (Niveau Zero, Hecq, Underhill...) qu’on vous recommande assurément, surtout pour ceux qui veulent élargir leur spectre en genres musicaux. Ce que j’aime ces artistes qui ont un goût prononcé pour les belles choses. Ruby My Dear fait partie de ceux-là, à commencer par le choix de ses artworks toujours idéels mais totalement inspirés. Pour illustrer la couverture de Form, le Toulousain a fait appel à un artiste de sa ville, le franco-américain Marc Streichen, pour une toile constituée de pigments, liants et de peintures écologiques. Des techniques mixtes comme à l’image de son album : il prend plusieurs formes, parfois complexes certes, mais avec une classe certaine. Celui d’un breakcore résolument élégant, avec quelques touches violentes épisodiques, qui s’invite d’une façon abstraite au gré des morceaux mais également d’une électro d’obédience IDM voire trip-hop (l’aérienne «Spleen» qui termine en trombe) vouée à adoucir les mœurs entre chaque soubresaut sonore. Quelques réminiscences dubstep surviennent dans l’ombre de cette œuvre équilibrée, cohérente et indocile qui, tel un gamin hyperactif totalement incontrôlable, nous échappe dès qu’on lui tourne le dos.

Ted

Form est finalement une suite logique à Remains of shapes to come qui nous avait fait forte impression il y a deux ans. Julien Chassignol a juste affiné voire modernisé la formule et (légèrement) assagit ses ambiances les rendant plus fluides et plus agréables à l’oreille. Non

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PETRELS Mima (Denovali Records)

Trop loin pour ne pas s’écraser en route juste après son décollage vertical.

Haeligewielle en 2012 (il s’agissait toutefois d’une réédition), Onkalo en 2013, voici maintenant Mima ou la cuvée 2014 du toujours aussi anglais Oliver Barrett aka Petrels, lequel s’offre ici une introduction interminable jonglant entre silence quasi absolu et éloge bruitiste de la manière la plus laconique et absconse qui soit (on se paie ici quasi 8’30 d’un crescendo très progressif à tel point qu’il n’en finit plus) pour aboutir à une explosion ambient/post-rock semi-libératrice (ou à moitié ratée, c’est selon). Car là encore, le compositeur/sculpteur/ arrangeur/bidouilleur a poussé l’auditeur dans ses retranchements en abusant un peu trop de sa surface temporelle. Et si l’on retrouve les obsessions de l’auteur pour les évocations narratives renvoyant à la SF (comme sur Onkalo), ne serait-ce que dans les textures sonores synthétiques et retro-futuristes de «The 40 year mission to Titan is overtaken by the 40 minute mission to Titan» puis «Katharina 22B» (les titres déjà ...), celui-ci semble s’être quelque peu, sinon fourvoyé en chemin en tous cas, enfermé dans son concept si particulier. Si bien que le résultat est quand même assez ardu à écouter d’une traite. Et là encore, ce n’est pas fini parce que la troisième piste de l’album va encore plus loin.

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Vaguement inspiré comme l’ensemble de l’album d’un poème de science-fiction baptisé «Aniara» et signé d’un certain Harry Martinson, «A carapace for carter’s snort» est une expérience sensorielle qui permet à Petrels de laisser libre court à ses idées en étant largement influencé par la cosmologie, la mythologie et le mysticisme qui s’y rapporte mais aussi et surtout le développement de l’humain. Or dans l’esprit, cela peut paraître aussi ambitieux qu’intéressant. En l’état, cela reste surtout assez abscons, voire parfaitement inintelligible. Heureusement alors qu’il réussit sa sortie avec le dernier morceau de Mima, «Treetinger», qui s’il ne sauve pas l’ensemble, permet de le maintenir dans son orbite et de se laisser de nouvelles chances de le découvrir encore et encore afin de l’appréhender un peu mieux. Ou pas. Aurelio


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DISSIDENCE RADIO La tentation de Démocrite (Autoproduction)

passion qui anime Dissidence Radio dissipe tout malentendu : ces gars en veulent, et ne vont pas par quatre chemins pour délivrer avec amour et fureur un punk rock largement teinté de hardcore et envoyé à fond les ballons. Et même si, comme moi, tu n’es pas un fan de la langue de Molière dans ce style de zik, prêtes toutefois aux textes non dénués de sens du chanteur Colin. Dissidence Radio, bénéficiant d’une prod’ avantageuse, présente ainsi un album en forme de punching-ball qui sent bon le défouloir. Un disque joué à cent à l’heure, franc, direct et massif, et qui mérite de s’y attarder juste histoire de prendre une bonne claque dans la gueule. Et bon masochiste que je suis, j’en redemande ! Gui de Champi Formation se voulant punk rock hardcore mélo, Dissidence Radio est un quintet venant tout droit d’Angoulême, West Coast. En cinq ans, le groupe a envoyé plus de 150 concerts à travers toute l’Europe et dispose déjà à son actif de deux Ep et deux albums dont le petit dernier La tentation de Démocrite. Et nos gars on la santé, car ce nouveau disque est un condensé de fureur et d’énergie. Enregistré au studio Chipolata Framboise (Justin(e), The Decline) et masterisé par Mathieu Kabi à l’Indie Ear Studio (The Rebel Assholes, Flying Donuts), La tentation de Démocrite est une bombe qu’il va être difficile de désamorcer. Chantés (ou plutôt scandés et même hurlés !) en français, les onze brûlots composant cet album ne font pas dans la finesse, s’accordant très peu de temps morts (« La tentation »), et feront forcément plaisir aux fans de Guerilla Poubelle et de Justin(e), mais aussi aux amateurs de sensations fortes dont Anti Flag, Against Me! ou Rise Against ont le secret. Chaque titre est une ode à la déflagration sonore, à la vitesse et à l’enchaînement de riffs couillus. Agrémentés d’un chant revendicatif, ces morceaux sans concession ont certes un arrière goût de déjà entendu, mais la

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MOBTHROW Unfolded (Ad Noiseam)

Quelque part entre drum’n’bass narcotique, dubstep obsédant («Triple acid») et breakbeat électro un peu primal («Cruise me»), Mobthrow est aux commandes d’une machinerie robotique qui trouve son climax au détour d’une collaboration avec Subheim, un autre sociétaire de l’écurie Ad Noiseam, on l’a dit plus haut, le temps d’une pépite répondant au doux nom de «Above the rim of the Earth». Entre deux bombes solitaires, le duo réunit et produit de manière exceptionnelle une mixture sonore étincelante, avant que quelques minutes plus tard, «Athens bleeding», ne vienne définitivement sceller le sort de cet Unfolded irréprochable du début à la fin. Un disque qui prend tout son sens au fur et à mesure que son auteur déroule le fil de sa narration électronique, ce, avec une maîtrise artistique constante et un savoir-faire plus qu’éprouvé. Bluffant. 3 ans après un premier album que nous avions à l’époque lamentablement loupé, Angelos Liaros aka Mobthrow nous offre une seconde chance avec Unfolded, sorti par l’intermédiaire du toujours aussi incontournable label Allemand Ad Noiseam (pour mémoire, refuge des Enduser, DJ Hidden, Niveau Zero et autres Oyaarrs ou Subheim). Une plaque d’électronique pure et dure au sound-design savamment étudiée. Et surtout une constellation de pistes sonores ciselées à l’extrême avec un sens de la profondeur de champ pour le moins redoutable. Lancinante dans ses dynamiques industrielles («Black fuild», «Low pressure area»), addictive de par les motifs sonores qu’elle affectionne («Mystical forest») et protéiforme dans ses ambiances lourdes, immersives, magnétiques, la musique de Mobthrow est celle d’une errance urbaine noctambule, habitée par les fantômes d’un passé révolu («The wayfarer», «Midnight dub radio»). Elle est aussi l’expression puissante, en termes d’imagerie mentale, d’une odyssée breakbeat sous acide à travers les néons d’une mégapole gigantesque qui ne peut se libérer que de nuit («Nu Nepal»). Ces heures où les frontières entre les interdits, le rêve et la réalité se brouillent, se laissant ainsi aller à ses pulsions digitales les plus inassouvies («The city my church»).

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Aurelio


LES DISQUES DU MOIS

DRAWERS Drawers (Kaotoxin Records)

les aime et là, ils ne sont pas manchots. C’est donc à quoi ils s’emploient la plupart du temps à coups de riffs mastodontes et de textes grognés. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis mais on préfère quand même toujours quand les Drawers grattouillent dans le saignant plutôt que quand ils chatouillent un peu trop le doom. Certains diront que pour que toute la puissance du combo s’exprime, il leur faut des plages plus délicates avant de faire monter la sauce («Bleak»), ils n’auront pas tort mais on continuera de penser qu’ils sont aussi capables de tailler dans le vif sans prendre de gants («Words»), surtout qu’ils sont meilleurs à plein régime («Shadow dancers») qu’en promenade («Take stock»). Oli Est-ce parce qu’ils en avaient marre d’être enfermés dans un tiroir ? En tout cas, après leur split avec Hangman’s Chair (Drawers | Hangman’s Chair), on retrouve les Toulousains en train de naviguer quelque part entre le sludge et le stoner massif testant avec plus ou moins de réussites un tas de directions, rebroussant à chaque fois leur route pour revenir sur leur base : un son bien gros et gras. Ecouter ce nouvel album, éponyme, de Drawers, c’est donc un peu partir à l’aventure sans trop savoir où le groupe va nous emmener. Les changements de tempérament (du plus agressif au plus plaintif), de rythmes (entre ruées vers la mesure suivante et ralentis) et de granulométries (du très gros ou du gros mais un peu moins qu’avant quand même) font de ce voyage musical un véritable trip chaotique où certains arrêts se révèlent brutaux. Comme certains démarrages et virages du reste. Dis comme ça, on a du mal à s’imaginer les Drawers savoir se faire plus doux et... bon, ok, ils ne sont pas franchement adeptes de la douceur mais ça leur arrive de se calmer quelques secondes et de se la jouer câlineurs à la T’Choupi. Ceci dit, leur tasse de thé, c’est bien plus la rugosité, le parpaing et le ponçage des esgourdes à l’émeri, c’est du reste pour ça aussi qu’on

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ITW>VENTURA

Il y a quelques mois, notre cher Cactus nous informe qu’il invite, via son asso lilloise Mohamed Dali, les excellents et adorables Ventura à se produire à La Malterie. Une belle occasion pour le W-Fenec de rencontrer le désormais quatuor de noise indie rock après l’arrivée d’Olivier (aka le rigolo pionceur) à la guitare. C’est sans Diego, parti faire une sieste digestive, que le groupe nous accorde ce qui est surement sa plus longue interview jamais donnée. Retiens ton souffle, let’s go !

En 2003, au moment de créer Ventura, vous en étiez où musicalement ? Philippe (guitare, chant) : En ce qui me concerne, je jouais dans un quartet de post-rock assez classique qui s’appelait Illford, du Mogwai en un peu moins massif, on va dire. On s’est séparé naturellement, moi je voulais faire une musique dans le genre de Ventura depuis longtemps. Nicolas, quant à lui, a démarré une carrière sous le nom de Fauve, avant qu’un groupe français malveillant lui vole son nom. En ce qui concerne Mike, lui était batteur dans Iscariote, un excellent groupe de hardcore et de post-hardcore d’Yverdon qui, je crois, a arrêté peu de temps après la création de Ventura. Mike (batterie) : Ouais, c’est ça... et Diego a été le premier bassiste de Shovel Philippe : Oui et puis Olivier, avant d’intégrer Ventura, faisait des claquettes... et qui est dans un groupe Lausannois en stand-by qui se nomme Brutus. On ose espérer qu’ils rejoueront un jour, ils ont sorti un album il y a 5 ou

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6 ans chez Saïko Records. Olivier (guitare) : Ouais, pour 12 ou 15 euros tu peux même choper le disque. Ventura, c’est une histoire de copains de longue date qui se retrouvent dans un groupe juste pour le plaisir de jouer ou un projet ambitieux déjà pris très au sérieux dès le départ ? Mike : Au début, c’était surtout le plaisir de jouer cette musique-là. On a tous fait d’autres choses séparément avant. Diego et Philippe ont choisi de s’impliquer musicalement dans un style un peu plus massif avec de la mélodie. Avant que je les rejoigne dans le groupe, ils avaient essayé avec un batteur mais ça n’a pas été concluant. Vous étiez plutôt fan d’Ace, Ray ou de Lino Ventura ? Philippe : Lino ! Le nom Ventura vient de Lino Ventura. Olivier : Ah ouais ? Moi, je pensais que ca venait de «l’aventura» de Stone et Charden.


Vous êtes les seuls à avoir participé à la BO de «Rollow», ce film d’Emmanuelle Antille ? Mike : Non, il y a d’autres morceaux d’artistes suisses comme Honey For Petzi ou l’ancien groupe de Philippe, Illford. Emmanuelle Antille avait pris des parties de morceaux de nos démos, des trucs que Philippe avait fait tout seul et puis elle les a plaqués sur certaines scènes du film. Ensuite, elle nous a demandé de les rejouer dans le bon timing, donc on est parti en studio avec les extraits du film correspondants. Ce n’était pas évident à faire. Si on vous proposait d’autres BO, vous le referiez ? Mike : Comme ça, c’est pas évident. On n’a pas vraiment eu le choix avec «Rollow», la réalisatrice a choisi les morceaux puis on a dû appliquer ce qu’elle nous a demandé. Je pense que l’exercice serait plus intéressant si on prenait nous-mêmes les images pour y composer la musique qui correspondrait le mieux à celles-ci. C’est d’ailleurs ce que Philippe a fait récemment avec un cinéconcert au Bourg à Lausanne. Philippe : Oui, moi je l’ai fait dans le cadre des 100 ans du Bourg, c’est l’endroit où je travaille. On a enregistré une bande son originale avec mon ami Nicolas (ex-Illford et Fauve lausannois) d’un film qui s’appelle «Traffic in souls». Une super expérience assez particulière car c’est un film de 1913 donc du son d’aujourd’hui sur de vieilles images. Et puis j’ai joué en live pour la même occasion avec Grégory Poncet (Digitaline, Gregorythme) une BO pour le film «Le mystère des roches de Kador». Moi, j’adorerais refaire de la musique de film mais je me sens limité dans ce que je pourrais apporter, je ne sais jouer correctement que de la guitare. Revenons à votre premier album. Pa capona est assez influencé par Shellac, Slint ou Fugazi, saviez-vous exactement quelle direction vous souhaitiez lui donner ? Vous étiez influencé par qui à l’époque ? Philippe : Le premier album, c’était pour nous une façon

de passer à autre chose. On avait un certain nombre de morceaux à enregistrer. Ce n’était pas pensé comme un album, c’était plus une façon de tourner une page. Pour les influences, c’est un peu les groupes que tu as cités mais elles s’effacent et sont moins flagrantes avec le temps qui passe. Je n’ai pas la prétention de faire une musique aussi punk que Fugazi. Non, avec Pa capona on est plus proche de Superchunk, The Smashing Pumpkins ou Shellac que de Fugazi. Même si c’est un groupe que j’ai adoré, je ne pense pas que Fugazi fasse partie de mes influences. Mike : Les noms que t’as cités, ce sont ceux qui sont sur la bio du groupe. C’est après avoir fait nos morceaux qu’on a pensé que ça pouvait ressembler à ci ou à ça mais, au final, on ne fait pas notre musique en pensant à un style ou à un genre particulier. On aime bien le contraste entre des choses un peu plus calmes et beaucoup de distos avec des changements dynamiques assez importants, et puis une voix mélodique par dessus.

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C’était important pour vous de commencer votre discographie avec 2 splits plutôt qu’un premier LP ? Mike : En fait, on a commencé avec des splits parce qu’on avait des morceaux épars au début. Rapidement, des groupes avec lesquels on avait des connections nous ont demandé de faire des splits avec eux. Et puis, vers 2005, on a aussi participé à la BO d’un film pour laquelle on a donné quelques morceaux. Le premier album est venu finalement juste après.

Vos titres d’album sont souvent en langues étrangères peu ou plus usitées dans le monde. Pa capona c’est du patois saviésan, Ultima Necat c’est du latin. Vous êtes passionné de langues mortes ? Olivier : De langues qui bougent plutôt... Philippe : (rires) Tu peux quitter la pièce s’il te plait ? Pa capona est une allusion à mon grand-père qui est décédé quelques années avant sa sortie. Ca veut dire «il ne faut jamais baisser les bras». C’est un très bon slogan en fait, et puis je trouve que ça sonne bien comme titre d’album. Pour moi, ça illustrait le fait que c’était la première fois que j’allais enregistrer un disque qui représentait vraiment ce que je voulais faire, même si j’en avais fait un avant Ventura. Ca représentait bien l’effort qu’on a fourni pour en arriver là, on a eu pas mal de groupes avant, on a pas mal bossé en fait. On n’est pas forcément passionné de langues mortes, c’est juste que j’aime bien l’idée que tous nos disques soient nommés par deux mots, à chaque fois c’est un peu un gag. Le premier Pa capona, le deuxième We recruit, la suite entre les deux est marrante, ça veut rien dire en plus. Et puis j’ai toujours aimé la maxime «Vulnerant omnes, ultimat necat» (qui signifie «Chaque heure nous meurtrit, la dernière tue»), ça allait bien avec ce troisième disque parce que peu avant d’aller l’enregistrer, j’ai eu de très graves soucis de santé qui ont failli me couter la vie. Bon, j’ai toujours été passablement obsédé par l’idée de la mort mais a fortiori après cette expérience à l’hosto, je trouvais que c’était un bon titre de disque.

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Vous avez signé chez Africantape pour la sortie de votre deuxième album. Qu’est-ce que ça a changé par rapport par Get A Life Records ? Pouvez-vous nous en dire plus sur cette aventure Africantape ? Philippe : En terme d’exposition, on a bénéficié de la réputation que Julien Fernandez, le fondateur d’Africantape, s’est faite avec son label. La rencontre avec lui vient de Bill de Next Clues, un webzine qui est devenu un peu moribond. Il avait beaucoup aimé notre premier album et au moment de sortir We recruit, je lui avais expliqué qu’on allait pas le sortir sur Get A Life Records parce que le label capotait du fait que le mec qui s’en occupait quittait la Suisse à ce moment-là. Du coup, Bill a fait suivre l’info, il en a parlé à Julien qui a trouvé l’album super et nous a proposé de le sortir. Mike : La grande différence entre les deux labels, c’est qu’on était passablement impliqué dans Get A Life Records et puis c’est quand même beaucoup plus confortable d’avoir quelqu’un qui s’occupe des contacts, de la distribution, etc... Et puis avec l’ouverture que Julien a, on en a bien bénéficié. Comment on ressort d’une aventure de 15 jours avec David Yow ? Pouvez-vous revenir sur cette expérience qui a débouchée sur un 2-titres en 2010 ? Philippe : C’était irréel ! En fait, je suis rentré très tard texte dans Jesus Lizard. La première fois que je me suis penché vraiment sur ce groupe, c’était à l’occasion du split qu’ils ont fait avec Nirvana et je ne trouvais pas ça bien, je ne comprenais pas ce qu’on trouvait de bien à ce groupe. Pour revenir sur la rencontre, ça s’est fait grâce à E La Nave Va, une association lausannoise qui a beaucoup milité pour la réouverture d’une salle de rock à Lausanne et qui chaque année organise le Lôzane’s Burning, un évènement dans lequel des groupes lausannois jouent trois reprises pendant un quart d’heure selon un thème prédéfini. Une année, ils ont voulu pousser l’idée un peu plus loin en proposant à un groupe lausannois de collaborer avec un artiste international. On a donc fait notre liste mais David Yow n’en faisait pas parti, mais quelqu’un dans l’asso l’a suggéré. On s’est dit : «Si seulement... mais il ne sera jamais d’accord !». Ils l’ont contacté et il a accepté, il n’avait rien de prévu à ce moment-là et il est venu en Suisse. Alors, c’est difficile de parler de cette histoire sans préciser le fait qu’il est resté quinze jours avec nous sans boire une goutte d’alcool. Faut rappeler que de son propre aveu, c’est un alcoolique notoire et comme il était sous antibiotique, il devait rester sobre. Donc, c’était deux semaines pas marrantes pour lui. En plus, ça ne devait pas être évident de se retrouver avec trois types qu’il ne

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connaissait pas. Il y a mis beaucoup du sien mais n’était pas forcément toujours très à l’aise car il devait se sentir assez seul. Pour nous, ce fut une monstre pression, on a eu très peu de temps pour se préparer, genre cinq jours, même pas, pour répéter les morceaux. Ceux auquel on avait pensé jouer avec lui, il n’en voulait pas donc il a fallu mettre sur pied un set tant bien que mal, c’était très difficile. Et puis les concerts eux-mêmes l’étaient tout autant parce que soit les gens venaient voir David Yow car c’était le chanteur de Jesus Lizard, soit ils venaient pour nous mais ne voulaient pas voir David. C’était assez particulier mais en dehors de ça c’est un type absolument adorable et plein d’esprit. Moi, j’avais peur qu’il ne soit pas cool. Encore aujourd’hui, ça reste un truc un peu irréel, j’ai de la peine à croire qu’on l’a fait. Pis c’est clair que le jour où on lui a dit au revoir, c’était très difficile, on s’est évidemment beaucoup attaché à lui. Mais je pense qu’il n’était pas mécontent de s’en aller. Ce qui est certain, c’est que musicalement parlant, l’expérience a été tout à fait concluante, surtout avec le temps qu’on a eu en fait. Je crois qu’il a travaillé sur les morceaux dans l’avion et il a enregistré ses voix en une après-midi à Lausanne dans un petit local de répèt pourri. C’était aussi irréel que la collaboration ellemême. C’est un truc totalement à part dans notre discographie, on en garde un très bon souvenir surtout que c’était improbable comme truc. Vous avez gardé contact avec lui ? Philippe : Moi pas, mais je crois que Diego a des interactions avec lui via Facebook. Mais cela dit, j’aimerais bien le revoir. J’imagine que ca vous a donné l’envie de reproduire un jour ce genre d’expérience ? Mike : Là, on a Olivier qui est arrivé dans le groupe donc ça fait aussi un changement. C’est un autre artiste et il faut s’adapter, c’est pas évident. Dans le cadre du Lôzane’s Burning, on a fait une autre collaboration avec un groupe suisse qui s’appelle Disco Doom. C’était assez génial parce qu’on avait quatre guitares sur scène et un gros mur de son. Ce sont des projets intéressants mais en même temps il faut garder le focus sur ce qu’on fait et de continuer à avancer avec le groupe. L’année dernière, vous sortiez votre 3ème album, Ultima Necat. Un album qui, pour certains, se démarque de We recruit par sa noirceur et sa mélancolie. Quelle différence faites vous entre ces deux albums ? Mike : Je fais assez peu de différences entre les deux. J’ai l’impression qu’Ultima Necat est un peu plus abouti,


ses morceaux sont peut-être mieux faits. C’est pas facile d’avoir du recul, je passe peu de temps à réécouter nos disques à part pour préparer les concerts. J’ai de la peine à dire pourquoi mais je préfère Ultima Necat. Philippe : Je ne sais pas trop quoi dire là-dessus. Je pense que certains morceaux d’Ultima Necat sont meilleurs que ceux de We recruit. Pour moi, par exemple, «Body language» est une des meilleures chansons qu’on ait écrite, et c’est probablement ça qui différencie les deux disques. Ultima Necat a été pensé comme un album de chansons. Et toi, Olivier, qu’est-ce t’en penses ? Tu dors ? Olivier : Euh... alors moi, j’ai pas du tout participé à l’enregistrement de ce disque. Mais je me suis approprié plus facilement les morceaux d’Ultima Necat, surtout deuxtrois comme «Little wolf», car je les trouve très bien écrits. Il y un côté plus «adolescent» dans We recruit, le suivant c’est un peu l���album de la maturité... (rires) L’année dernière, vous avez sorti un 2 titres Ananasses avec un titre et un artwork franchement drôle. D’ailleurs tout est marrant dans ce disque, c’est un peu à l’opposé de votre démarche habituelle, pourquoi ce disque ? Philippe : Par opposition à Ultima Necat justement ! On a écrit ce morceau en un quart d’heure avant d’aller en studio. Tout ce truc est une blague mais, en même temps, les gens l’aiment bien, ils ont d’ailleurs manifesté autant d’enthousiasme avec Ananasses qu’Ultima Necat. Au départ, il avait été question de l’inclure dans l’album en morceau caché, pis au final je trouvais que ça le faisait pas de mettre ce machin rigolo et sautillant qui parle de tirer de la coke sur le cul d’une pute après la charge que représentait Ultima Necat.

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Donc on a suggéré à Julien de faire un 45 tours avec ça, il a trouvé l’idée super. On a demandé à Yvan, un ami graphiste, ce que lui inspirait le titre et il en a fait ce magnifique dessin que j’adore et dont j’ai reçu l’original l’autre jour dans un joli cadre. Vous êtes même allé encore plus loin avec ce clip assez drôle. C’est qui ce batteur chevelu qui n’arrive même pas à tenir le rythme ? D’où vous est venue l’idée ? Philippe : Alors, l’idée du clip et de la mise en scène vient de Barbara Lehnoff, la chanteuse de Peter Kernel et de Camilla Sparksss. Et le mec qui joue dedans, c’est le premier batteur de Krokus, c’est elle qui l’a contacté. L’année dernière, vous devenez un quatuor avec l’arrivée d’Olivier à la gratte, il y a une raison ? Comment s’est passée son intégration ? Philippe : Je le voyais dans mon quartier, il était SDF, il me faisait de la peine (rires). Plus sérieusement, je l’ai connu par l’intermédiaire de mon projet solo qui s’appelle The Sinaï Divers. J’ai vu en jouant avec lui tout son élan, c’est quelqu’un d’extrêmement passionné qui met beaucoup de cœur dans ce qu’il fait. Et puis on a toujours voulu un deuxième guitariste dans Ventura, on l’a fait un temps en jouant avec Sam de Cortez mais il a quitté la Suisse. J’ai donc demandé à Olivier de nous rejoindre et il a manifesté de l’intérêt et ça se passe super bien. (Se tournant vers l’intéressé) Toi, qu’est-ce t’as à dire là dessus ? Pourquoi t’es venu dans Ventura au fait ? Olivier : C’est vrai que j’étais à la rue, ils m’ont sorti de ma grotte. Moi, je ne faisais plus de rock n’ roll du tout, et la vie sans rock n’ roll est beaucoup plus triste. Ca faisait longtemps que je ne jouais plus de guitare, c’était un gros challenge. Mais je pense que le premier argument, quand Philippe m’a demandé de rejoindre le groupe, c’était l’impression que m’avait fait le disque en prémaster, il m’a troué le cul. L’idée de le défendre était une aubaine.

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En quoi Serge Morattel a-t-il changé votre son ? J’ai l’impression que c’est le pape du gros son en Suisse, pouvez-vous nous parler de sa manière de travailler et comment vous avez été amené à enregistrer avec lui ? Mike : Serge n’a pas changé notre son, il a su le mettre en valeur. En réécoutant les démos enregistrées avant d’aller chez lui, je me suis rendu compte qu’il a compris le groupe, compris aussi ce qui fallait faire de nos morceaux et il a su le faire parfaitement sans rajouter des trucs qui n’avaient pas lieu d’être là. Mine de rien, ça c’est déjà énorme. On est venu travailler avec lui car la Suisse est un petit pays et en discutant avec des amis qui sont allés enregistrer chez lui, ils nous ont dit que c’était un type en or. On ne le connaissait pas avant ça et avec lui ce qui est bien, c’est qu’il n’y a jamais de problème, il y a toujours une solution. Avec Serge, tout est facile, il prend les choses à la légère tout en faisant un boulot très pro. On a eu l’impression directe d’être avec un ami de longue date avec qui on peut vraiment se confier et à qui confier notre musique sans souci. Vous avez joué sur le plongeoir de la piscine de Martigny pendant que les gens nageaient tranquillement. Je n’avais jamais vu ça auparavant. Comment êtes vous arrivé à faire un truc pareil ? Mike : Nous non plus, on a jamais vu ça ! On a fait ça texte dans le cadre du Palp Festival, leur but est de mettre en place des concerts dans des lieux insolites et ils nous ont contacté pour nous demander de jouer sur ce plongeoir. Au début, on s’est posé des questions, ils nous ont envoyés des photos du plongeoir. Leur but c’était qu’on joue chacun sur un plongeoir de hauteur différente. Olivier était à 10 mètres de haut, on ne le voyait pas et de manière générale on ne se voyait guère. Le challenge c’était surtout au niveau du son et je trouve qu’ils ont bien géré le truc, ils avaient les moyens pour qu’on s’entende très bien. C’était vraiment excellent, on est assez friands de ce genre de choses mais il faut que les gens nous le proposent. On a joué aussi dans une maison de poupée grandeur nature dans le cadre d’une exposition d’art contemporain en plein air. C’était marrant aussi. J’ai vu que vous aimiez bien des reprises en live. Estce que ce petit plaisir pourra un jour être entendu sur galette ? Mike : Pour documenter ça, cela aurait été bien de les enregistrer. On en a fait beaucoup au Lôzane’s Burning étant donné que ça fait dix ans qu’on y participe. Il y a des morceaux qu’on reprend quelques fois mais on les oublie. Enregistrer toutes les reprises qu’on a faite, ce ne serait pas possible. A moins de les réinterpréter mais

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bon, autant se concentrer sur nos propres morceaux je pense. Philippe : Moi je pense surtout qu’enregistrer des reprises, cela a du sens que si elles sont fondamentalement différentes de ce que sont les morceaux à la base. A la limite, les enregistrer en répèt pour voir ce que ça donne ou pour se fendre la gueule, pourquoi pas ? Mais les enregistrer pour les sortir, c’est con... ou alors pour faire un truc vraiment obscur. Par exemple, pour la dernière édition du Lôzane’s Burning, on avait envisager de reprendre un morceau extraordinaire, dont j’ai oublié le titre, de Distorted Pony, un groupe californien qui a sorti deux albums notamment sur le label Trance Syndicate. C’est tellement obscur que ça pourrait avoir un sens de l’enregistrer mais sinon ça n’a pas d’intérêt. On parlait de cinéma tout à l’heure, aimeriez-vous impliquer Ventura dans d’autres arts comme le théâtre, la danse ou je ne sais quoi ? Philippe: Je ne serais pas contre mais je ne le ferais pas juste pour le faire, il faut que ça me parle. J’aurais de la peine à dire oui juste parce que j’aurais l’air cool en disant que je fais de la musique pour de la danse ou du théâtre. Je ne m’identifie pas naturellement à ces formes d’art, il faudrait une bonne raison de le faire. Une jolie danseuse, par exemple... On a rencontré Franz des Young Gods il y a quelques mois qui nous parlait de la reconnaissance par les autorités d’une culture indépendante Suisse dans les années 80. C’est notamment grâce à ces mouvements de revendications qu’il y a eu tous ces clubs dans lequel des groupes comme le votre puisse se produire. Y-a t’il encore du chemin à faire en Suisse ou pas de ce point de vue-là ? Philippe : Non, je pense que le chemin a été fait par eux justement. Malheureusement, les gens ont tendance à penser que c’est acquis et tout cela pourrait très facilement redisparaître. A Lausanne, au début des années 80, le mouvement de revendications sociales «Lôzane bouge» a donné naissance au centre autonome Cabaret Orwell puis à la Dolce Vita. C’est la conséquence direct de ce que parlait Franz. Et puis pour des questions de mauvaises gestions, la Dolce Vita a disparu. Cette salle mythique a accueilli des groupes mondialement connus comme les Red Hot Chili Peppers ou Sonic Youth. Personnellement, j’adorais cet endroit et c’est quand même triste qu’il ait dû fermer donc, voilà, tout ça peut redisparaître. Mais en l’occurrence, pour l’instant, il n’y a plus de militantisme en Suisse. Je vois à Lausanne, par exemple, les jeunes ont une offre culturelle tellement


Vous jouez à la Malterie aujourd’hui, une maison d’artistes pluri-disciplinaire. C’est répandu en Suisse ce genre de lieu ? Philippe : J’aurais envie de dire non. En Suisse, une salle de concert, c’est une salle de concert. La grosse différence entre la Suisse et la France c’est qu’on a pas l’esprit associatif en Suisse. Enfin, il me semble. Mike : Il y a déjà une grosse différence entre la Suisse Romande et la Suisse Alémanique. En Suisse Alémanique, il y a des grands lieux où tu trouves au même endroit des locaux de répétitions, une salle de concert, de danse et de théâtre, avec un esprit un peu plus politique comme à Berne ou à Zurich avec la Rote Fabrik par exemple. Ce qu’on n’a pas vraiment du côté francophone. A Genève, il y a l’Usine qui est une grande salle où pas mal de choses se passent mais ça s’est passablement réduit, c’est surtout une salle de concert maintenant. Vous connaissez bien notre pays, l’ayant parcouru dans tous les sens. Y-a t-il une différence entre la Suisse et la France tant au niveau de l’organisation, de l’accueil des groupes, des cachets... ? Philippe : Il y a une différence de mentalité qui est évidente, une différence culturelle j’ai envie de dire. Ce qui me frappe quand je viens en France, c’est que tout à l’air beaucoup plus ardu que chez nous et on sent bien que pour un concert, tu as plein de gens qui travaillent bénévolement autour. Et ça c’est quelque chose qui ne serait pas possible en Suisse ! Une municipalité qui te donne 100 000 Francs Suisses (un peu plus de 80.000 Euros) par an pour une salle de concert, c’est tout à fait normal chez nous. Sans vouloir flatter les français, il y a un engagement qui est clairement différent et puis c’est ici qu’on est le mieux accueilli et que Ventura a généré le plus d’enthousiasme. Évidemment, c’est très plaisant. On a été beaucoup chroniqué sur les webzines français, on a reçu une bonne chronique dans le magazine Noise, c’est sûr que ça aide. Mais ce n’est pas dû au fait que le gérant de votre label soit français ? Philippe : Non, le label est un atout de crédibilité mais je ne pense pas que ça suffise à asseoir la réputation d’un groupe. Et puis, il y a d’autres artistes sur Africantape qui n’ont pas eu l’écho que nos deux derniers albums ont eu. Mike : Oui et puis le label n’est pas vraiment français

en plus ! Il est basé en Italie et les artistes viennent de partout. Au final, il n’y a pas tant de groupes français que ça chez Africantape. Pour moi, c’est un label international. Pour en revenir à ta question de départ sur les différences entre les deux pays, je dirais que tout a l’air plus compliqué dans les salles de concerts suisse au niveau organisation. En ce qui concerne l’administratif, tout est très étatisé, ça peut s’apparenter au fonctionnement d’une SMAC. En Suisse, les subventions sont importantes et nos cachets sont bien plus élevés. Ca peut vite devenir difficile de s’en sortir si on ne tourne qu’en France avec les frais de déplacements et tout. La Suisse c’est un petit pays, les villes sont plus rapprochées donc si tu joues là bas tu fais vite le tour, tu dois vite refaire un disque pour pouvoir rejouer dans les mêmes villes.

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large qu’ils vont là où ça les intéresse, que ça soit un concert de rock ou pour danser sur de la tech. Au fond, ils s’en foutent un peu de tout ça je pense...

Dernière question : Où en êtes-vous sur la composition du prochain album ? Mike : En général, c’est Philippe qui compose mais je ne sais pas s’il a des idées en tête. On a eu sur les précédents albums, des morceaux qui étaient déjà formés et qu’on jouait en concert avant de les mettre sur disque. On a décidé qu’à la fin mai on arrêtait les concerts pour s’atteler à la composition. Ce qui n’est pas évident parce que je suis peu disponible pour le groupe, on ne se voit que quand il faut répéter pour les concerts donc ça coupe la possibilité de se focaliser uniquement sur le travail de composition. Philippe : En ce qui me concerne, j’aimerais bien me remettre à travailler de nouveaux trucs. J’ai quelques idées mais je ne peux pas te dire que je suis étouffé par l’inspiration. J’aime bien le groupe dans son fonctionnement actuel. Sans prétendre qu’on est un bon groupe de live, je trouve qu’on n’a jamais été aussi bon dans ce domaine que maintenant. Tout ça me contente mais je suis curieux de voir ce qui va se passer le jour où faudra qu’on aborde la suite de Ventura à quatre. J’aimerais me renouveler et de faire quelque chose qui m’inspire moimême. Il est hors de question d’enregistrer un disque pour enregistrer un disque. Il y a une réelle différence entre nos trois albums et il faut que cela soit le cas avec le quatrième. Enfin, s’il y en a un parce que si je ne le sens pas, je ne suis pas pour continuer le groupe coûte que coûte. Une salve de mercis à David et toute l’équipe de Mohamed Dali, à Guillaume pour les captations, à Mike, Philippe, Olivier, Diego, Gwen et Romain (vous avez été parfaits, changez rien !), et à la Malterie et tout son staff. Ted Photos : Amélie Blanc

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LES DISQUES DU MOIS

THE ONE-ARMED MAN Black hills (Flying Cow Prod)

ballade pop-folk crépusculaire et titre plus électrique où le rock au sens pur reprend ses droits, The One Armed Man fait de petites merveilles sans jamais forcer sa nature.

Deuxième enregistrement studio signé The One Armed Man après le divin opus éponyme livré par le groupe au printemps 2013, Black hills est aussi le premier album d’un projet rock/folk/bluegrass indépendant strasbourgeois qui dès les premières mesures de «Night train», le morceau inaugural dudit disque, déchire la nuit avec une mélodie ténue qui s’instille en nous par tous les pores de notre peau jusqu’à nous habiter pour ne plus nous lâcher. On reprochera peut-être au groupe de la jouer un peu trop ténébreux sur ce coup mais l’effet est réussi et met clairement en appétit avant la suite. Qui se dévoile, plus rock et électrique, purement typée américaine au sens le plus noble du terme sur un «Mad season» aussi enlevé que fougueusement efficace. Un petit hit en puissance et une mise en orbite définitive pour un groupe qui a encore pas mal de cartes maîtresses dans sa manche alors que l’on n’est encore qu’au deuxième titre. On pense notamment à «Where the river flows», envoûtant sans pour autant forcer ses effets, à «Black swan», sorte d’hommage appuyé à la musique américaine en forme d’hymne aux immensités désertiques du continent d’outre-Atlantique, à «Summer knows» enfin. Et à chaque fois, les bonnes idées mises au service d’une inspiration de tous les instants, entre

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L’ensemble est, de fait, d’une légèreté assez remarquable («Back home», «Cold rain», «My own gold»...) et le groupe, quelque part entre Black Rebel Motorcycle Club, The Dead Weather, les White Stripes et The Black Keys, parvient à livrer un album complet sans jamais donner l’impression de se répéter. Un joli tour de force de la part de The One Armed Man qui, s’il livre également 2 ou 3 titres un peu moins indispensables («White tulip», «The world is on fire»), compense largement par les pépites que sont au choix «Even say hello» ou «July». Des compositions plutôt racées, toujours aussi joliment interprétées pour un bien bel album et une jolie révélation sur le front de la scène rock/folk hexagonale. Laquelle démontre qu’elle n’a toujours pas toujours à rougir de la comparaison avec sa glorieuse aînée venue d’outre-Atlantique. Aurelio


LES DISQUES DU MOIS

THE EARLY GRAVE

Be here before you disappear (Delete Your Favorite Records, Black Out Prod) confirme la maîtrise du groupe à proposer des compositions qui tiennent au corps et au cœur, sans superficialité ajoutée. La recette parfaite pour maintenir son ouïe en bonne santé. Les influences ricaines de cette fameuse scène dite emo des 90’s (Hot Water Music et Jawbreaker en tête) sont clairement assumées par The Early Grave qui a l’intelligence de rendre hommage à ses héros, plutôt que de les pomper ouvertement. Des titres comme «One year» ou «Boxes» qui feront chavirer ton cœur de pierre sont des tubes en puissance, et j’ai bien du mal à faire ressortir de ma petite tête des bombes punk rock mélodiques comme «Something new» ou «Running out of time». Et même s’il manque un poil de puissance dans la production de l’album, les amateurs du genre seront forcément conquis à l’écoute de morceaux envoyés avec amour et passion. Rien que ça ! 2014 rime avec The Early Grave. En fait, pas vraiment, mais la coïncidence aurait fait une belle accroche à la chronique du premier album du quatuor spinalien. Coproduit par le groupe lui même et Delete Your Favorite Records (Happening, Dirty Fonzy), AMT Music (BZP , Demon Vendetta), José Records (Flying Donuts) et Blackout Prod (Flying Donuts), Be here before you disappear s’annonce comme le carton emo punk frenchy de ce début d’année. Rien que ça ! Il faut dire que le rock made in 88 se porte bien. Après un quatrième album des Flying Donuts incandescent et le premier album de Major Cooper attendu de pied ferme, The Early Grave va mettre une bonne claque aux amateurs de mélodies et de riffs catchy. «8 hours a day», ouvrant Be here before you disappear, est l’archétype même du morceau parfait : intro faisant monter la pression, couplets mélodiques, refrains façon « uppercut » et chorus rock ‘n’ roll. Les guitares mélodiques et la voix de Seb complètent la formule magique qui fera vibrer les chaumières. Dans la même veine, «Good as you» enfonce le clou et révèle, pour l’auditeur qui découvrirait seulement le groupe avec cet album, les talents de composition et d’interprétation des quatre musiciens. «Just get used to it», composition la plus sombre du disque,

Be here before you disappear est un album qui mérite que tu t’y attardes. Je ne dis pas ça car j’ai écouté avec plaisir une bonne cinquantaine de fois ce disque et que mon bon goût légendaire est indiscutable. Non, tu n’y es pas. Cet album mérite d’être entendu et vécu, car les sensations procurées par ce jeune groupe maîtrisant les ambiances sont nobles et véritables. Et pour un premier album, ça mérite d’être souligné. Mais assez de blabla, dépêche-toi de commander ce disque et scrute la tournée à venir, je te promets un bon moment. Gui de Champi

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UTOPIUM Utopium (Autoproduction)

pium un groupe capable de déplacer quelques minutes durant nos repères temporels par le prisme d’une écriture savamment ciselée («Cloudy34», «Chase them out»). Un songwriting des plus affûtés pour un album fuselé et qui nécessite un certain effort d’immersion (ou un minimum de culture musicale) et une constellation de titres qui rendent hommage, à leur manière, aux influences d’un groupe en pleine maturité.

Après quasiment cinq années de silence pendant lesquelles on commençait à penser que le groupe avait mis un terme à ses activités, Utopium revient finalement aux affaires avec sous le coude un nouvel album studio enregistré en secret courant 2013. Un disque autoproduit et faisant suite au très classe Doubleplusgood et qui vient dès ses premiers titres («Now it exists» en tête) nier la théorie selon laquelle le groupe ferait du post-rock. Ce qui est rigoureusement faux. Enfin, si l’on ne fait que se borner à cette seule étiquette, le quartet «international» (puisque toujours basé entre plusieurs pays) évoluant dans des contrées stylistiques pointant une forme de convergence entre indie-rock à l’anglo-saxonne et postrock de nouvelle génération (en matière d’atmosphères surtout). Et puis il y a ce chant, très clair, relativement haut-perché qui donne une coloration presque pop à un ensemble paradoxalement rock («Above the world») nous renvoyant régulièrement vers le passé et la scène indie de la fin des 80’s/début des 90’s. Ce, pour un résultat souvent séduisant et parfois même confinant au sublime avec la pépite de l’album qu’est le hit «Autumn in Bangkok». La classe étourdissante d’un titre à la tonalité moderne mais traversé par une mélodie old-school qui fait d’Uto-

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Quelque part entre A Place to Bury Strangers, Mogwai, My Bloody Valentine, Slint, The Jesus And Mary Chain, Utopium livre ici une partition tantôt exigeante, tantôt plus facile d’accès («Stardust»), variant constamment les approches pour ne jamais se répéter, que ce soit par le biais de l’hypnotique («Lost in the cyberspace») de l’intense («Volumen») ou du scintillant «In a heartbeat». La réussite artistique au rendez-vous et un album à écouter encore et encore, afin de pleinement pouvoir l’apprécier. Aurelio


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NÂÖ

III (Jarring Effects) parfaitement cohérent : entre un «Transfiguratio» aliénant et un «UFO» aux effluves sonores intensément organiques en passant par «Kitab» et ses textures sonores orientales ou encore cet «The dart» armé d’un rock lourd et d’un arsenal industriel du plus bel éclat. Puissant.

A peine 2 ans et des poussières (en réalité un peu moins) après la confection d’une petite véritable bombe éponyme, näo revient aux affaires, toujours par le biais de l’écurie Jarring Effects avec III, un album qui prend le temps d’une introduction terriblement efficace au moment de poser ses atmosphères («Into...»). Tout en progressions, irrémédiables mais contrôlées du début à la fin dans le moindre détail, le groupe ne force pas le trait, fait ce qu’il sait faire de mieux en prenant le temps de ménager ses effets. Parce que lui sait déjà que la suite va être foudroyante. On s’y attendait, on en prend quand même plein les écoutilles. D’abord cet «... The dirt» fracassant : une torpille supersonique à l’arrogance rock électronique fulgurante, à l’indécence industrielle marquante et toujours cette présence qui confère rapidement à l’addiction explosive, tout cela sans jamais utiliser de voix ; ensuite «Barnsa», véritable hit en puissance et single évident d’un album déjà imparable. Après seulement trois titres et déjà un résultat quasi indispensable, näo démontre qu’il fait un usage particulièrement intelligent des contrastes, entre légèreté à la limite du minimalisme électronique et climax rock synthétique enfiévré. Sans s’arrêter sur un titre ou un autre, näo propose ici un agglomérat sonore

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Les morceaux se suivent, s’enchevêtrent à la perfection, pour un résultat épique, toujours électrisant alors que les machines s’emballent et renvoient l’auditeur aux influences à aller chercher du côté de Hint ou d’Ez3kiel. On pense forcément à Nine Inch Nails («Evol») mais näo poursuit son petit bonhomme de chemin en livrant au passage un «Hardware» aux ambiances narcoleptiques, brumeuses et magnétiques. Convoquant sur l’album son amour pour les panoramas cinégéniques, les tentations rock énergiques et la mécanique électronique/indus/ technoïdes de très haute précision (l’obsédant «Out of the sky», le terminal «Release the machine»), il accouche ici d’une oeuvre encore une fois majuscule à la puissance d’impact inexorablement imparable. Sous influence parfois certes, mais magistral. Aurelio


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JUSTIN(E) D+/m- (Guerilla Asso)

manière des gars de Treillières que vous êtes. Bon, si je peux me permettre, la production est un chouilla en dessous ce que vous avez pu nous proposer avec vos deux derniers albums, mais fallait bien que je trouve un truc à dire, sinon vous allez penser que je suis un fan. Quoi ? Je suis un fan ? Et alors ?

Putain, ce n’est pas trop tôt. Mais vous étiez où les gars ? Oh, je vous vois venir ! Des tournées (dont une avortée au bout de deux dates en Europe de l’Est à cause d’un sanglier qui taquine votre pare-choc), un concert baston au Hellfest en 2013, un split 10’ avec vos potes de Santa Cruz, des projets annexes à foison (Maladroit, Poésie Zéro, Ultra Vomit), un studio à mettre en place par Fab (bassiste).et alors ? Est-ce que cela mérite une absence discographique de trois longues années ? Et maintenant, vous vous rendez compte dans quelle situation indélicate vous me mettez, Messieurs les Justin(e) ? Ce n’est pas que j’ai perdu la main (et l’oreille) avec votre discographie qui tient une belle place dans ma grande étagère, mais disons que j’avais un peu oublié, faute de nouveauté, que vous étiez terriblement efficace. Oh, on arrête de se marrer ! Vous savez très bien que dans le créneau du punk rock étiqueté Guerilla Asso chanté en français, c’est bien vous les meilleurs, et ce n’est pas nouveau. Et même si vous ne voulez pas froisser le patron, je n’ai que ça à dire : les boss, c’est vous ! Fallait pas nous coller D+/m- dans les mains (et donc les oreilles), bande de gros malins. Quinze titres aussi intelligents que divertissants, quinze titres toujours aussi efficaces et rentre dedans à la

Et toi, Alexandre, tu n’en as donc pas fini de nous pondre des textes non dénués de sens et qui appellent à la réflexion ? Oh, les trois zicos, pas la peine de sourire, car je vais m’occuper de votre cas maintenant. Votre basse batterie est toujours aussi destructeur (Fab, tes lignes de basse, je les adore), et vos guitares n’en font pas des tonnes, jouant toujours à l’essentiel pour l’intérêt de l’ensemble. Mais non, ne rougissez pas, je pense vraiment à ce que je dis. Tous vos morceaux tiennent parfaitement la route, qu’ils soient dans un registre politico/ sociétaire (« Le septième titre », « Au plaisir de vous décevoir ») et qu’ils empruntent un registre musicalement plus fun (« Deux ou trois rhinocéros », « Article 3 » ,« Viva World Cup » aux accentsUncommonmenfrommarsiens). Et vous me demandez si j’ai capté que ce disque se veut plus violent et plus direct que vos précédents disques ? Mais c’est qu’ils me prennent pour un abruti, ces Justin(e). Bien sûr, et ce n’est pas pour ça qu’il est moins bien, même si j’ai toujours aimé votre légèreté et votre magnifique sens de la dérision (que vous n’avez bien sur pas perdu). Alors, même si en colère, votre disque, je l’adore. C’est pas tout ça, mais maintenant que vous avez fait les malins avec cet excellent D+/m-, il va falloir mettre un peu de gasoil dans votre van, remplir les flightcases, ressortir votre vieille carte Michelin ou votre GPS que vous n’avez pas mis à jour (vous ferez gaffe, les services de l’équipement ont construit un nouveau rond point juste après Paray-le-Monial sur la N79) et défendre ce disque en tournée. Ça vous apprendra ! Gui de Champi

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THE RIFLES None the wiser (Cooking Vinyl)

The Rifles, littéralement «les fusils», un nom étrange mais pas plus idiot que «les scarabées» par exemple, c’est en tout cas celui choisi par Joel Stoker et Lucas Crowther qui sont étudiants ensemble et ont une révélation lors d’un concert d’Oasis en 2003 : eux aussi auront leur groupe de rock ! Ils emmènent dans l’histoire Rob Pyne (bassiste et étudiant avec eux dans la banlieue de Londres) et Grant Marsh (batteur qui fréquente les mêmes bars qu’eux). En 2010, ces deux loustics quittent le navire pour quelques années... 3 exactement puisqu’en 2013, ils reforment le combo originel pour None the wiser. Commençons par ça : les canards peuvent continuer de vivre tranquillement et ne pas investir dans des béquilles, leurs pattes ne risquent pas grand chose avec ce nouvel album de The Rifles. Mais voilà, parmi les groupes anglais qui font de la pop et qui se farcissent l’héritage de la référence absolue que sont les Beatles à chaque accord, il y en a qui sortent du lot : The Rifles sont de ceux-là. Et de temps à autres, il y en a même qui percent en France (avant de retomber dans l’oubli comme The Fratellis dont la tournée estivale passe par la Pologne, la Suisse, l’Italie, la Croatie, l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas... mais pas l’hexagone).

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Bref, en ce moment donc, la pépite c’est None the wiser, un ensemble de 10 titres punchy et emballant. Peutêtre et certainement «Pas le plus sage» car il ne faut pas trop se creuser la tête pour suivre les compositions et qu’elles ne donnent pas dans la guimauve mielleuse que certains popeux d’outre-Manche apprécient (et les Coldplay ne sont pas les pires). On a donc le droit à d’excellents tubes ultra rythmés comme ce «Heebie jeebies» au goût de Supergrass, ce «Go lucky» à la dynamique imparable ou encore «Under and over» qui sonne comme un titre de Ash (période 1977) qui aurait levé le pied sur la disto’. Et ce ne sont que trois exemples. D’ailleurs, il est plus rapide de citer «All I need» et «You win some» si on veut se pencher sur les morceaux les plus doux de l’opus. D’après moi, c’est quand le groupe place ce genre de ballade que ça marche moins bien, et ce malgré le travail réalisé sur la structure et les arrangements qui ne sont pas bâclés, loin de là. Dave McCracken, le producteur doit avoir sa part dans ce boulot de studio, il a travaillé avec dEUS, Depeche Mode et quelques autres stars, les deux autres loustics derrière les manettes ne sont pas à oublier (Charles Rees qui bosse régulièrement avec Paul Weller et Jamie Ellis qui a bossé avec The 1975 ou Monument Valley). Mélodies impeccables, sons délicats, énergie revitalisante, arrangements et finitions ciselés, None the wiser est un très bon album et dans un monde qui n’aurait pas vu l’existence de quatre garçons dans le vent, on pourrait davantage s’extasier... Mais voilà, tout cela a beau être d’une grande classe, on a l’impression de l’avoir déjà entendu quelque part. Quels casseurs d’ambiance ces Beatles... Oli


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DEBORAH KANT Terminal rail/route (Katatak)

Le deuxième titre, «Acid rainbows» s’étire sur plus de 7 minutes et séduit avec sensiblement les mêmes arguments tandis qu’»Acid dermal» offre un moment de répit avec une entame de titre apaisé qui finit par exploser dans un magma psyché et un chant qui sert toujours de guide lors des premières écoutes. «Terminal rail/ road» conclut le disque via une composition plus aisée à suivre, on aurait presque envie d’utiliser la mention «easy-listening» au regard des premières pistes. Une conclusion bienvenue qui évite le fameux «trop plein» et la lassitude. Bref, un album qui sait faire mal et ménager avec justesse. David

Le label marseillais Katatak (Berline0.33, Conger ! Conger !, Pylone, Poutre) a une identité tellement ancrée que l’on ne peut qu’être surpris à l’écoute de Terminal rail/route parce que propose Deborah Kant, un quartet lyonnais qui semble œuvrer depuis la fin des années 90 et livre ici un excellent album, difficile à appréhender au départ, mais dont la singularité finit par faire mouche. La première piste, «Terminal rail/route», donne le ton : le disque sera foncièrement psyché et brumeux, à la frontière entre le Pink Floyd de Piper at the gates of dawn et le Sonic Youth des années 90. Oui oui, tu as bien lu... Les guitares sont souvent dissonantes et volubiles, le chant est à la fois perché, mélodieux et sert de balise dans un univers sinueux, la dynamique est enlevé puis s’emballe par phase, le propos est dru et à rebrousse-poil. Une introduction d’album éprouvante mais totalement captivante pour les amateurs de groupes qui n’hésitent pas à développer des ambiances, tout en bastonnant sévèrement. Et ce verdict sera le même pour la suite de Terminal rail/route, d’autant que le groupe saura doser intelligemment les montées et les descentes acides pour donner encore plus de reliefs à un album qui se plait à emmener l’auditeur dans des montagnes-russes auditives, sans oublier de passer par le train fantôme.

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All Pigs Must Die Nothing violates this nature (Southern Lord)

l’usage de la double-pédale, habitée par une frénésie décharnée, qu’il en fait («Primitive fear») ; entre accélérations sulfuriques dynamitant des lignes de grattes explosives et un groove teigneux collant littéralement l’auditeur au fond du siège (en témoigne notamment «Holy plague» et sa décharge de décibels particulièrement haineuse).

Deux grosses années après le parpaing en pleine face que constituait God is war, le premier album du quartet américain, voici que les garçons bouchers de la scène crust/hardcore/punk sauvagement burnée remettent le couvert avec un Nothing violates this nature qui, dès son titre et le morceau d’ouverture des hostilités, annonce la couleur : ça va tronçonner et pas qu’un peu. On vient de le sous-entendre, ce «Chaos arise» chargé de re-mettre les compteurs dans le rouge et rappeler à quel point All Pigs Must Die a la rage chevillée au corps (à corps... ou hardcore) et ne fait pas les choses à moitié. Et ça s’entend d’entrée avec ces quelques 2’47’’ d’une première chevauchée guerrière qui n’est pas sans rappeler le meilleur de Cavalera Conspiracy avec un zeste d’Entombed. On passe les détails inutiles et on va à l’essentiel, soit là où le groupe donne dans le gros son qui tamponne sec. Le rush en format coup de poing fracassant et d’ailleurs la suite, «Silencer» en tête, n’en démord pas : APMD a faim et ne peut combler son appétit féroce qu’en dévorant goulument des montagnes d’amplis de manière à faire saigner les tympans et carboniser les enceintes (un «Bloodlines» de cogneurs). Le groupe a le goût du sang et son riffing carnassier s’en ressent, tout comme

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La formule utilisée est connue, largement usitée par ailleurs mais la bande emmenée par Ben Koller ne compte pas la souiller en faisant n’importe-quoi. Au contraire, si le groupe a calibré son album à la demi-mesure près, c’est pour faire de son rendu final quelque chose d’extrêmement compact et rugueux («Of suffering», «Aqim siege»). Parfois misanthrope aussi, sans le moindre temps mort, au bord du nihilisme forcené mais également souvent avec un certain esprit rock’n’roll qui lui sied parfaitement («Sacred nothing»), All Pigs Must Die, toujours hébergé par la mini-major du Hard extrême qu’est Southern Lord, rend ici une copie parfaitement implacable («Faith eater», «Articles of human weakness»). Un album de crust/hardcore/punk noir à la Discharge, Negative Approach ou Integrity, sale, puissant et charbonneux, un cocktail aussi ravageur que primitif, pour un placage auditif en bonne et due forme. Brûlant. Aurelio


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THE ALVARET ENSEMBLE Skeyjla (Denovali Records)

temps, un «Aaster» plus apaisé a enveloppé l’auditeur d’un manteau de douceur relative. Même si on sent déjà poindre ci et là les tourments futurs d’un album qui ne nous épargnera pas grand-chose. Du calme et recueillement d’un «Duunt» tout en clair/obscur à l’évasion lumineuse de «Kleifarvatn» en passant par le minimalisme absolu du néanmoins très beau «Selvatn», The Alvaret Ensemble et ses co-conspirateurs du moment livrent avec Skeylja une œuvre étourdissante, qui fait passer l’auditeur par à peu près tous les états, tout en risquant souvent de le perdre en chemin.

Deuxième album déjà pour le projet multicéphal The Alvaret Ensemble et cette fois-ci un line-up particulièrement imposant puisque ce ne sont pas moins de cinq nouveaux musiciens (Kira Kira, Eiríkur Orri Ólafsson, Ingi Garðar Erlendsson, Borgar Magnason) qui sont venus prêter main forte au quartet anglo-néerlandais. Neuf personnes pour un projet collectif étendu et un disque de musique minimale et expérimentale à la beauté diaphane étourdissante. Et dès les premiers instants, elle prend possession de l’auditeur en le livrant à la fantomatique partition de l’inaugural «Hoarn». Une pièce d’ouverture littéralement habitée par la voix féminine qui fait office de véritable halo vocal alors que son comparse masculin lui répond quelques secondes plus tard, psalmodiant quelques paroles en spoken-word des plus crépusculaires et cryptiques.

Pour autant, c’est aussi avec ce type d’album, sans doute à réserver aux initiés, que Denovali Records parvient à continuer de sortir des disques à un rythme défiant la normalité sans pour autant donner l’impression de ne plus rien avoir à dire. Au contraire, le label continue de défricher de nouveaux territoires sonores en permanence et les morceaux présents sur le deuxième opus de The Alvaret Ensemble en témoignent, notamment ce «Hafravatn» aussi énigmatique que son titre ou le «Borgarvatn» final qui vient se draper dans son exigeant ascétisme artistique. Jusque-boutiste, plutôt extrême et certainement à ne pas mettre entre n’importe quels tympans. Aurelio

Jusqu’à l’effrayante explosion free/dark/black-jazz qui vient brutalement déchirer l’atmosphère que l’on qualifiera d’apaisé des débuts. Vrillant ainsi la tranquillité ambiante et plongeant alors l’album au cœur d’un univers particulièrement torturé que l’on retrouvera sur un «Sjouv» terrifiant qui mêle univers baroque horrifique et musique concrète insaisissable. Avec une pointe de néoclassique que l’on qualifiera de difficile à cerner. Entre-

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EN BREF MY SECRETARY

THE DOCTORS

SELENITES / FOR YOU.EARTH

Blue jungle

Dctrs2

(Maïzena Records)

(CADFactory Records)

split (VoxProject, Moment of Collapse, Opposing Music, Sieve Sand Records)

Une dizaine de mois après Fool secrets, My Secretary revient déjà aux affaires et enfonce le clou avec un EP intitulé Blue jungle qui laisse le groupe davantage encore afficher son amour pour la coldwave. En effet, en plus de quatre nouveaux morceaux, on a deux titres remixés par Giom, deux morceaux où la rythmique froide et marquée renvoie à toute une scène qui ne m’a jamais trop touchée (même si l’intervention de Mona Lisa Veto sur «Nothing is impossible» est agréable). Je préfère donc m’appesantir sur les quatre inédits et surtout «Pilot», petite bombe qui déboule après un très bon «Peer at the sun» assez calme. Les «wake up» dans le texte n’étaient pas forcément utiles tant il y a d’énergie délivrée par des instruments trépidants enrichis par un sampling de qualité. On bouge son corps également sur le «New idols» qui relance la machine à déhanchements après un autre passage plus calme («Watching watchers»), les Niortais ont alterné les ambiances entre guitares aux distorsions traînantes et beats percutants. Blue jungle remet My Secretary dans l’actu et te permet de te rattraper si tu avais loupé leur précédente sortie, ne refais pas cette erreur...

Alors qu’on espérait des Bordelais une présentation de leur premier LP suite au prometteur Dctrs-EP sorti il y a deux ans, le duo post-punk/cold-wave fait preuve de patience et mise sur un 4 titres tout aussi captivant. Même si la formule ne date pas d’hier, The Doctors remet le couvert sur un Dctrs2 à la froideur sonore manifeste sur laquelle une poésie parlée se révèle totalement énigmatique. La formation délaisse la langue de Goethe, très présente sur son premier disque pour le français, bien que tout cela ne nous aide pas forcément à bien assimiler le contenu de ses collages textuels obscurs. L’unité rythmique linéaire et inaltérable des machines permet au groupe de s’exprimer avec force et fracas grâce à ses guitares punk corrodantes, ses chaudes et grasses lignes de basses hypnotisantes et ses nappes de claviers pouvant autant toucher les cieux («Savinkov») qu’être noyées dans le magma sonore («Diese»). D’un esprit relativement méphistophélique, Dctrs2 est l’exemple même qu’en 2014, on peut simplement et efficacement allier l’instrument à l’électronique pour remettre au goût du jour, d’une manière personnelle, le minimalisme et la «vague de froid» des eighties.

Oli

Ted

Quatre labels, deux nationalités, deux titres, un vinyle blanc translucide à l’artwork de haute tenue (encore plus pour un géographe habitué à la cartographie physique comme moi), le split qui réunit les Selenites à For You. Earth est une très jolie réussite de mutualisation d’un travail allant dans la même direction. Ici, l’axe, c’est le post hard core qui rabote et le moins que l’on puisse dire, c’est que la combinaison des deux combos semble ultra évidente à l’écoute. Pourtant, si seules quelques secondes séparent «Untitled» de «1917», il y a quelques kilomètres entre Toulouse et Novgorod (3355 exactement). La musique est universelle et si on pourrait comme d’habitude étudier dans le détail chacun des titres pour mieux découvrir le groupe russe, je vais davantage mettre en avant les points communs de ces deux blocs qui forment un tout d’une dizaine de minutes. Un temps où les silences et les respirations sont limités, un temps où notre attention est captée dès les premières secondes par des déchirures électriques, un temps où l’air se sature de basse et de grondements rageurs qui semblent tous s’attaquer à notre cerveau dans le but d’en prendre le contrôle, histoire de nous faire gesticuler comme des cons. Un temps trop court. En-core !!! Oli

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EN BREF

MOGHAN RA

TERRA TENEBROSA

MAXIME PETIT

What you think

V.I.T.R.I.O.L. - Purging The Tunnels

How many miles to Babylon ?

(Send the Wood Music)

(Apocaplexy Records)

(Autoproduction)

Depuis 2008, Moghan Ra fait évoluer son métal HardCore entre blast, growl et technicité dans ta face. Après une première démo (Golden hell en 2010), le groupe a attendu deux ans pour enregistrer ce premier album et a du patienter deux années de plus pour le sortir ! Des parties HxC (rythmes plombés), des passages death (voire black quand le chant monte), des envolées heavy (sur quelques soli), le quatuor originaire de Cannes ne se met pas de limites quand il s’agit d’aller puiser des idées qui bourrinent dans des styles qui n’ont pas toujours voulu accepter leur parenté. Avec pour base une batterie en mode hachoir électrique, guitares et chant passent donc d’un registre à l’autre avec pas mal de facilité et trouvent le liant nécessaire pour rendre l’ensemble digeste. Chacun appréciera davantage tel ou tel titre en fonction de ses préférences personnelles mais le tout s’écoute sans dégoût. Quelques introductions en son clair («Cyclone of souls», «Aetherium») permettent même d’éviter la saturation de... saturation. Au rayon métal qui tâche, What you think regorge de bonnes idées même si par moment, on a l’impression que le groupe veut en faire trop («R.I.P.») et qu’il gagnerait à être plus sélectif.

Après avoir livré deux albums majuscules (The tunnels en 2011) puis The purging deux ans plus tard, Terra Tenebrosa met fin au premier chapitre de son histoire musicale avant d’évoluer vers d’autres cieux sans pour autant changer d’identité. Une conclusion donc, qui prend la forme d’un EP constitué de deux seuls titres, dont le premier frise à lui seul les 18 minutes tout de même (le second étant 3 fois plus court), issus des sessions d’enregistrement des deux opus déjà sortis par le groupe. Un mini-album que vient salement déflorer «Draining the well» : titre à l’atmosphère insidieusement viciée, appelant à une oppression métallique sourde en flirtant goulument avec les contrées les plus décadentes de la mouvance black-metal. Comme à son habitude, Terra Tenebrosa délivre ici une musique sur-saturée, qui reste tapie dans l’ombre avant de jaillir, quand on ne l’attend pas vraiment (ou plus trop), trancher la gorge de son auditeur. Entre effluves post-hardcore/doom/ black-metal, textures dronisantes et climax à la lourdeur possédée par le Malin, les Suédois livrent une partition inaugurale d’une noirceur extrême à laquelle répond «Apokatastasis», ombrageux, viscéral, scellant définitivement cet EP en forme de voyage sans retour au bout de l’enfer. HARD.

Maxime Petit est bien connu de nos services pour être le bassiste des Louis Minus XVI, groupe qui vient de sortir un album excellent intitulé Kindergarten (chronique dans ce même numéro...). En parallèle, il nous offre un EP solo nommé How many miles to Babylon ? dont la principale particularité est de n’être composé que par une basse. Et non, il ne s’agit pas de reggae. 17 minutes, 3 titres, la route vers Babylon semble finalement assez courte. Mais c’est bien assez pour juger de l’univers à forte identité développée par le musicien. Parfois c’est rentrededans, parfois c’est plus cajoleur, parfois nettement plus mélodique à l’instar de «Macondo». Maxime Petit semble vouloir exploiter bien des registres, en résulte un EP qui pourrait être difficile à écouter mais qui ne l’est absolument pas de par sa variété des tons abordés. Comme les pochettes des albums de Louis Minus XVI, l’artwork tentaculaire a été réalisé par Julie Cronier. Good job ! David

Oli Aurelio

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EN BREF PONCHARELLO

ALL WE NEED

220 Kv

Cold dream

Sublte bodies

(Autoproduction)

(Send The Wood Music)

(Autoproduction)

Après deux EPs et 5 ans à ruminer ses compositions, les Poncharello ont remis les doigts dans la prise pour prendre une grosse dose d’énergie électrique et nous la restituer sous la forme d’un premier album branché sur 220 Kv. Comme c’est de l’alternatif, on supporte la décharge et profite de titres bien envoyés, surtout les plus gras («6 seconds», «Dry») et rocailleux («Under the surface»). Ceci dit, éternels insatisfaits, on trouve (comme toujours) à redire sur le choix de certains sons de distorsions (parce qu’il est parfois très bon comme sur «Do it yourself», on a du mal à entendre celui plus old school de «Bring out the dead») ou sur le chant dont l’accent anglais et la tenue est toujours améliorable («Silver plate» et ses «wohohoh» de comptoir). N’en reste pas moins que la dizaine de compos (très bien enregistrées par Mathias, ex-Unswabbed) balancent du bon riff sur une bonne rythmique avec un tas de petites choses qui viennent illuminer l’ensemble (le break ensoleillé de «Barstool» par exemple, le gimmick culte de l’instrumental «Kawasaki Todoroki express») pour attribuer nos encouragements à ce premier LP.

Intro relativement apaisée mais à travers laquelle commencent déjà à poindre les premières lueurs de violence qui vont parsemer la suite de ce premier EP signé All We Need, «Cold» pose, dans les règles de l’art une ambiance qui va s’avérer rapidement plus rock’n’roll qu’attendue. Notamment via le premier véritable titre de la bestiole, un «When the world fails» qui joue la carte d’un metal(core) groovy, évitant la surcharge de l’hyperpuissance à l’»américaine» pour se concentrer sur ses qualités intrinsèques à savoir une propension à proposer des arrangements furieusement rock’n’roll et bien teigneux dopant des mélodies rageuses et un socle métallique bien fuselé («I’m the fire»). Un petit côté légèrement fusion renvoyant à la scène rock/metal d’il y a une petite quinzaine d’années mais sans pour autant sonner trop «vintage», All We Need fait le job (avec une jolie qualité d’exécution) sans être non plus transcendant. En témoignent les survoltés «Guilt remains» ou «World of burned cities» qui, malgré un chant encore perfectible, font preuve d’une efficacité solide avant que la brève conclusion («Dream») ne boucle cet effort plutôt bien troussé. Certes sans grande originalité mais un premier essai servant de démo grandeur nature à un groupe qui devra maintenant faire ses preuves lors d’un véritable album. Aurelio

Constitué avec des bouts de Valve, ???? et Le Dead Projet, Reign devrait enchanter les amateurs de pop avec un gros son, on pense notamment à Dredg et la facette la plus mélodique d’Impure Wilhelmina. «Shelter», le premier titre de l’EP, est une jolie pièce introductive : plus de 7 minutes de descente dans un univers où une voix nuageuse et douce amère sert de guide, un riff qui happe l’attention, des moments assez pesants et heavy s’alternent avec des phases pop qui restent profondément pesantes également. Le développement du morceau est captivant, l’auditeur se laisse facilement emporter par les atmosphères mélancoliques et par les envolées aériennes hypnotisantes. Du travail d’orfèvre. Les pistes suivantes sont là aussi de très haute tenue, notamment avec «Edelweiss». Même si la plage est plus courte, les Reign ont l’air particulièrement doué pour créer des climax émotionnels où la partie adverse ne semble pas avoir d’autres choix que de subir positivement la beauté du morceau et d’attendre son terme. «Subtle bodies» termine l’opus, là aussi on ne peut qu’être impressionné par la qualité des compositions et par cette identité racée, on oserait presque la qualifier de doom-pop, qui semble déjà très abouti. Du très haut niveau. Et vu le cursus de ces musiciens-là, on en n’attendait pas moins. David

Oli

90

Reign


EN BREF

ALL FOR NOTHING

SONIC AREA

MUR

What lies within us

Madness & miracles

Mur

(GSR Music)

(JFX Lab)

(Dooweet)

Les Hollandais de All For Nothing sont de retour avec un nouvel album et d’énièmes changements de line-up (cette fois-ci, ils ont changé le bassiste et un guitariste) et pour ceux qui achèteraient les albums sans lire les titres, ils le scandent (presque) lors du «Prologue» : What lies within us (sans le «us» pour les choeurs). Et après cette mise en jambe, les Bataves déroulent leurs compos à fond les ballons (se reposant juste sur «Black damp») avec Walls of Jericho en point de comparaison obligatoire étant donné que les demoiselles qui tranchent dans le gras HardCore ne sont pas légions. Quand Cindy voit son chant dédoublé avec une voix masculine ou quand elle arrête d’hurler pour claquer une mélodie métalcore, ça marche et donne beaucoup de relief aux titres et évite qu’on ne retombe sempiternellement dans les mêmes schémas (ce qui arrive bien trop souvent avec le HardCore). En bref, après un To live and die for qui avait failli être chroniqué (faute de temps et d’inspiration pour écrire un «long article»), All For Nothing prouve que son identité est suffisamment forte pour résister aux évolutions (de personnel comme de style).

Certains d’entre vous ont déjà entendu parler d’Arco Trauma alias Sonic Area, ne serait-ce qu’avec l’album Phenomedia réalisé avec Punish Yourself en 2010. Le bonhomme a fait son retour plus récemment avec un 4 titres dans lequel les ambiances laissées sont dans la lignée d’une musique de film, qui ne doit surement pas exister à l’heure actuelle mais qui se révélerait fortement haletant et prenant. Madness & miracles, dont le titre est tout trouvé, est un EP qui pose le décor à commencer par un «The moonlight express» égal à la tension vigoureuse d’une course poursuite. On passe en mode rythmique tribale hypnotique sur «Sacrifice for sun» où sa progression est menée par des notes de claviers qui rappellent par moments l’ethno-électro de Filastine. Changement de décor avec «The abandoned nautilus» où l’ambient qui règne en maître est gorgée de samples nous harponnant vers l’abysse. L’œuvre se termine avec «Sirens in the sky (2.0)» qui résume assez bien ce que représente ce Madness & miracles : riche, hybride, magique, surprenant mais totalement flippant. Super boulot !

Mur est un combo originaire de Paris (et non pas de Suisse comme la qualité d’écriture dans ce registre pourrait le laisser supposer) qui s’est formé avec des membres de Comity, Glorior Belli et Today is the Day, alors forcément, ça donne dans le métal et ça claque dès ce premier EP éponyme. Les six compagnons jouent une sorte de post-hardcore enrichi en électronique («Dominance») et en chaos (quelque part entre Rorcal et Kruger) mais qui n’a pas peur de faire frotter des petites mélodies insidieuses à des riffs en béton armé, des rythmiques parpaings et un chant beuglé qui n’y vont pas avec le dos de la truelle. Oui, désolé mais tu pensais bien qu’avec un nom comme Mur, il était obligatoire de faire des jeux de mot pourris. Alors jouons franc (maçon) jeu et parions sur l’avenir de ce groupe qui démontre en cinq titres qu’il a des idées et l’envie d’exploser les codes d’un genre que l’on pourrait déjà penser dépassé (jouer sur la douceur pour mieux tout détruire n’est pas au programme par exemple). Et promis, s’ils remettent ça, on fera un article en évitant le champ lexical du Mur. En attendant, délectons-nous de cette petite pépite dispo chez Dooweet.

Oli

Ted

Oli

91


EN BREF OOLFLOO

Nicolas Dick, Lambwool

Mu

Post

Rockosaurus inc.

(Autoproduction)

(OPN Productions)

(Autoproduction)

Très occupé avec l’écriture de musiques de film, Olivier Florio n’a réactivé son projet pop-indus OolfloO que début 2012 (après la sortie du long-métrage Une nuit) et comme l’homme n’est pas spécialement pressé, il nous livre ce nouvel album après une gestation éléphantesque. Mu, soit neuf pistes d’indus «cool», un peu comme si Trent Reznor (NIN) avait débranché ses guitares ou si Nic-U quitté le côté obscur de la force. Le chant n’est présent que sur quelques pistes mais quand il place de jolies mélodies («A new kind of love», «Mu»), il emplit l’espace et berce l’auditeur avec délicatesse y compris quand on sent poindre une pointe d’agressivité ou un sentiment d’angoisse. Parce qu’OolfloO est bon de nature, le piano cajoleur prend le pas sur les samples inquiétants, la rythmique fait penser au trip hop («Croisement»), la musique nous caresse toujours dans le sens du poil, l’ambiance est à la décontraction, seules quelques notes plus graves et sombres («Bside») évitent une totale relaxation. Avec ce Mu d’excellente facture, Olivier Florio démontre une nouvelle fois tout son talent de compositeur et sa capacité à charmer ceux qui l’écoutent.

En marge de son EP Vanish confectionné comme son double-album précédent en solo, le one-man-band Lambwool (soit toujours Cyril Laurent et personne d’autre) s’est un tant acoquiné avec Nicolas Dick, connu pour ses activités avec Kill the Thrill ou String of Consciousness, afin de composer un album commun à quatre mains. Un disque expérimental sobrement baptisé Post (sans doute en clin d’oeil à toutes les tentatives d’étiquetage musicales dont les sphères que ces deux hommes visitent de temps à autre subissent régulièrement) et surtout une oeuvre habitée par les obsessions créatives de ses narrateurs muets. Car à l’image de «Sea of wheels» ou «The end of light», tous les titres ici présents sont exclusivement instrumentaux, mais jamais dénués de ce qui fait l’âme d’une oeuvre résolument captivante («Buildings», «The wind machine»). Sans se départir de cette maîtrise de l’intensité émotionnelle qui fait tout l’intérêt de Post. Une oeuvre bicéphale composée et exécutée avec un sens aigu de l’harmonie artistique absolue (le puissant «Factories», le magnétique «Only fields») et une ambition affirmée qui ne se dément jamais («Air»). Bluffant et surtout très beau... vraiment.

Fichtre ! Cela fait 3 ans, j’étais encore jeune à l’époque, (celle de l’album intitulé Are you superstitious ? et réponse à la question, non, toujours pas...), que l’on avait pas eu de news des Bad Siam Cat et leur rock high-energy. Et en 3 ans, les choses ne semblent pas avoir changé tant que ça, le groupe est toujours autant influencé par les New Bomb Turks, Motorhead, The Bronx etc. et ne relâche jamais la pédale d’accélération. Les 4 titres pour 8 minutes sont d’ailleurs révélateurs de la dynamique du disque, tout comme la pochette lacérée par des griffes de T-rex : ça va poutrer sévère ou ça va poutrer sévère. Dès lors, on retrouve tout ce que l’on attend d’un groupe de ce genre : des compositions grisantes et sans prise de tête, une voix à l’arrache avec suffisamment de grain, des riffs efficaces, une section rythmique au taquet et un propos global électrisant. Pas grand chose à redire de cet EP, les musiciens ont déjà démontré depuis quelques sorties qu’ils étaient talentueux dans leur registre. Allez, frotte-toi aux Bad Siam Cat, seuls les allergiques et les phobiques seront excusés, avec un mot du médecin toutefois.

Oli

Aurelio

92

BAD SIAM CAT

David


EN BREF

MEMORIES OF A DEADMAN

Red Gloves

Jojobeam

Ashes of joy

Twelve headaches/I’m off for the ditch

Zoo

(Send the Wood Music)

( Impure Muzik)

(Autoproduction)

Les Memories of a Dead Man nous avaient tellement habitués à sortir d’excellents albums qu’on est forcément déçu quand leur dernier né semble juste «bon» et souffre de la comparaison avec leurs opus précédents. Alors pourquoi cette petite déception ? Le manque de surprise de la part d’un groupe qui nous servait de l’inattendu ? Un son de disto trop léger ? Un souci de mixage avec un chant qui semble détaché de la musique par moments ? Des choix artistiques qui ne correspondent pas à notre goût comme cette voix féminine qui vient casser la dynamique et l’ambiance de «Touched with pensiveness» pourtant très bon jusque-là ? Une orientation qui éloigne un peu plus les Franciliens du post hardcore pour se rapprocher d’un métal plus alternatif et progressif ? Il y a comme cela un tas de détails qui me chiffonnent et qui ne font de cet Ashes of joy qu’une galette correcte et donnent envie de se réécouter V.I.T.R.I.O.L. On ne peut pas reprocher à MOADM d’évoluer mais cette nouvelle étape dans leur construction n’est tout simplement pas à la hauteur de nos hautes espérances. Celui qui les découvrira avec cet opus pourra cependant largement s’en satisfaire...

Une grosse année après un premier 7’’ EP pressé par toute une constellation de labels indépendants hautement recommandables, Red Gloves remet ça avec les mêmes co-conspirateurs et formats en donnant une sequel à Lucky you!/Twins call avec Twelve headaches/I’m off for the ditch. Même groupe, même idée directrice (2 titres, un vinyl 7’’ et beaucoup d’influences 90’), la double paire Jack And The Bearded Fishermen/The Irradiates offre un nouveau voyage vers le passé avec deux petites tubes power-pop-punk à l’américaine, la classe bisontine en plus. Un retour vers le futur en bonne et due forme marqué par des mélodies ténues qui collent à la beau, une rythmique engageante, un riffing parfaitement fuselé et des refrains qui nous font traverser les années 2000 en direction de 90’s et une scène US tout à fait identifiable au petit jeu des références évidentes. Pour autant les Red Gloves ne donnent pas dans la facilité et s’approprient le genre tout en ajoutant le petit «truc» qui rend le résultat irrémédiablement addictif. Six petites minutes plus tard d’une véritable démonstration du genre, on est conquis.

Jojobeam est un trio lillois qui oeuvre dans un rock noisy chanté en anglais. Et si tu écoutes rapidement quelques titres de Zoo sur le bandcamp du groupe, en plus de pouvoir observer l’artwork plutôt joli en grand format, tu t’apercevras également qu’ils sont très fortement influencés par Future Of The Left, groupe actuel d’Andy Falkous de McLusky. Mais très fortement. Et cette sensation de déjà-vu/rip-off sera tenace tout le long de Zoo, même si elle se fait plus diffuse lorsque l’on découvre progressivement que les Jojobeam sont plutôt doués pour composer des hymnes punk-rock/noise assez entêtants. On pense notamment à «Pie o my», «Jesus mother» et «K2000» où le groupe reprend furtivement le thème de la série. Il est par contre difficile d’être emballé par certaines orientations vocales (les cris d’oiseaux sur «Pelican» notamment...). Malgré certaines réserves qui ne concerneront probablement que votre serviteur étroit d’esprit, Zoo reste une prise de contact tout à fait honorable. Et terminons sur un poncif de chroniqueur : il faut aller les voir en live où le genre prend toute sa dimension.

Aurelio

David

Oli

93


EN BREF HUNDREDS

DISAGONY

GRANIT

Aftermath

Venom dish

Cris

(Sinnbus)

(Snowhite)

(JFX Lab)

Aftermath est le deuxième album d’Hundreds, un duo venu d’Hambourg (en Allemagne donc) formé par un frère et sa soeur qui se jouent des styles et déjouent les colleurs d’étiquette(s). Tout au long des 12 titres, on peut les qualifier de pop ou rock (évidemment) mais aussi d’électro, de folk, de trip-hop, d’ambient... Les couleurs apportées par Eva (qui chante, joue de la harpe, des percussions...) et Philippe (aux claviers, percus et choeurs) sont multiples, comme celles d’un lever du jour automnal en pleine forêt. C’est extraordinairement frais (cette légère rosée matinale) et relaxant (la chaleur des premiers rayons du soleil), parfois déroutant (ces chemins soit disant balisés) car on est souvent pris à contre-pied. On ne peut s’installer dans l’album qu’en le prenant comme un tout où fourmillent les idées, il faut alors accepter de sautiller d’un rythme électro à la délicatesse d’un piano classique en suivant comme fil d’Ariane la voix sublime et éthérée d’Eva Milner. Si les univers d’Emilie Simon, Bjork, An Pierlé, Portishead ou Liz Fraser (Massive Attack) te sont familiers, plongetoi sans retenue au coeur d’Aftermath.

Noise-rock vs stoner-grunge, c’est suisse, c’est rugueux, racé, emmenée par la voix d’une chanteuse qui en a niveau organe, option charisme évident en plus, le tout a pour nom Venom dish et se révèle être le premier album d’un ‘jeune’ groupe helvète de plus qui a décidé de tout cramer sur son passage avec un disque qui envoie sérieusement du bois. D’un intense et habité «Cut» inaugural à la ballade sensuelle et terminale «Forever fool» qui conclut l’opus, les Disagony puisque c’est d’eux dont il s’agit, révisent leurs classiques et récitent leur partition à la virgule près. L’inspiration et un sens du devoir hi-energy en plus («Wild generation Y», «Insobriety»), la dynamique rythmique omniprésente et les effluves charnelles qui débordent de sex-appeal rock’n’roll. Certes, l’ensemble est parfois légèrement prévisible («Unburied from sand», «Grace») mais rudement efficace de bout en bout, en témoignent les excellentissimes «Spirit mechanism» ou «Stop rewind». Et si certaines influences se font un peutêtre trop (re)ssentir, le mélange Alice In Chains + Queens of the Stone Age + The Distillers + The Dead Weather + Wolfmother à la sauce Disagony fait souvent mouche. Et surtout constamment porteur d’un charme électrique fou...

Habitués du Télérama Dub Festival, Uzul et Molecule étaient faits pour se rencontrer. Ce fut chose faite lors des dix ans de la manifestation dédiée à la culture dub avec un live qui a visiblement laissé des marques puisqu’en est né un EP. Cris est, en effet, le fruit de cette jonction artistique, de cette idée de fusionner les deux savoir-faire des producteurs sur un 4 titres aux ambiances extatiques. Ce projet intitulé GraniT est comme la roche du même nom : dure en apparence et colorée de teintes différentes selon là où on la trouve. «Epilepsie» nous ouvre les portes d’une électro aérienne mais sauvagement cadencée. Ca commence fort et la pression ne se relâche pas quand «Cris» métamorphose la bête en techno hantée de dub. «Watch yourself» attaque la deuxième moitié du disque en adoucissant un peu le propos par une expérimentation dubstep sous tension tandis que l’EP se termine en roue-libre avec de la techno minimale («Polar») dont Molecule est un adepte. Au final, GraniT est un mutualisme qui fonctionne et dont le résultat s’écoute sans trop d’effort, si tant est qu’on soit sensible à toute forme d’art électronique.

Oli

Aurelio

94

Ted


EN BREF

POUMON

Lambwool

WILDSTYLE & TATOO MUSIC

Apocalypse needs you

Vanish

Compilation

(Autoproduction)

(OPN Productions)

(Rough Trade)

Poumon, un quatuor situé entre SaintEtienne et Valence, vient de sortir Apocalypse needs you, un album qui ne manque pas d’atouts mais... il y a un mais.

Un peu moins de deux années après l’imposant double album qu’était A sky through the wall, Lambwool revient aux affaires, toujours par le biais du confidentiel OPN Productions (Fragment.), avec un nouvel EP, intitulé Vanish, composé de quatre nouvelles pièces évoluant entre (dark) ambient séraphique et bande-son de film invisible aussi onirique que fascinante. Un mini-album traversé par une lumière que ne laisse pas facilement deviner son artwork, anthracite et désolé, qui pourtant lors de sa première piste, emmène l’auditeur vers des cieux contemplatifs et apaisés, loin de la noirceur supposée pour se lover dans une atmosphère cotonneuse et feutrée, quasiment ataraxique (l’éponyme «Vanish»). Minimaliste également, en témoigne un «Twisted» légèrement plus ombrageux, tourmenté, mais toujours parsemé par cette élégance harmonique rare que fait sienne un Lambwool toujours au sommet de son art depuis le divin A sky through the wall. Quelques arrangements confinant au sublime («Closed door» véritablement obsédant) et Lambwool referme avec l’élégant «Farewell», un opus court mais toujours aussi raffiné que lors de notre première rencontre avec lui. Classe (encore).

Wildstyle & tattoo music est une compilation triple CD qui accompagne la tenue d’un énorme salon de tatouage et de piercing outre-Rhin. L’idée c’est de réunir une vingtaine de groupes pour la plupart hard rock (ou proches voisins) et de leur demander un titre qui s’intitule «Wildstyle». Libres à eux de laisser parler leurs talents de compositeurs pour être raccord... La plupart de ceux qui ont répondu présents me sont inconnus (il y a beaucoup d’Autrichiens et d’Allemands) mais Doro (des Warlock) attire un peu plus l’attention comme Tracii Guns (gratteux des Guns N Roses mais aussi de W.A.S.P., Poison ou LA Guns avec son pote Scott Foster Harris également présent...) qui laisse parler son amour des seventies. C’est quand on s’éloigne du hard qu’on fait plus attention aux groupes et si ça marche pas trop mal pour Domino Blue, Zombie Boy ou Zardonic, certaines plages sont nettement moins goutues (Rokko Ramirez, Virgin Helena...). Le troisième CD permet à Stiletto de reprendre «Wild side» de Mötley Crüe, à Motörhead de jouer le «Cat scratch fever» de Ted Nugent, à Doro de s’occuper du «Touch too much» d’AC/DC... mais également à Tom Blue de remixer quelques titres des autres disques.

Et ce mais saute rapidement aux oreilles, la qualité de l’enregistrement est un peu juste et le son métallique découragera plus d’un auditeur. C’est frustrant car à l’écoute d’Apocalypse needs you, on sent que le groupe a plus d’un argument dans son metal/ noise hybride et les 9 titres du disque pourraient être plus d’un argument massue à mettre à leur actif. Néanmoins, si l’on arrive à s’extirper de ce défaut gênant, on découvre un groupe qui maîtrise son affaire, une identité fourre-tout-core intéressante, les compositions sont bien foutues... Entre les mains d’un Serge Morattel (Knut entres autres...) Apocalypse needs you serait surement la boucherie metal/ noise de l’année. Dommage. Et histoire de retourner le couteau dans la plaie, l’artwork est vraiment sympa. Frustré, je suis. David

Aurelio

Oli

95


EN BREF 96

HORSE TEMPLE

TANGRAM

Paranoid

Ghosts/tracks

Echo ego

Paranoid

(Zero égal petit intérieur)

(Plan B Production)

(Autoproduction)

Horse Temple est le projet solo de Guillaume Collet, musicien de Rome Buyce Night, rédacteur chez nos excellents confrères de Dmute et boss de Zéro égal petit intérieur. Et c’est via ce label que sort son projet étiqueté ambiant et post-rock. J’en vois certain passer à la chronique suivante à l’évocation du post-rock et ce serait une erreur : Ghosts/tracks est un disque qui vaut diablement le détour et d’ailleurs, on s’aperçoit bien vite qu’Horse Temple n’a de post-rock que ces longues pistes immersives et quelques accointances dans le cheminement de la tension. La première piste, dont le fil rouge est un rythme assez primitif, ensorcelle déjà les oreilles, le clavier psyché est hypnotique et pourrait être un excellent titre de Beak>. «Tight fight», la seconde étape, commence comme du Earth, avec une mélodie de guitare aride puis le tout s’emballe, sans vraiment devenir agressif tandis que la dynamique motorique d»INR Berlin» lorgne encore une fois du coté du projet de Geoff Barrow. Et les deux références que je viens de citer sont finalement assez représentatives de la tonalité de Ghosts/tracks même si la quatrième piste et sa guitare acoustique sèment le doute : Horse Temple n’est ni plus ni moins qu’un projet à forte résonance émotionnelle qui redonne une certaine fraîcheur et un panache à la musique instrumentale. Très classe. David

Si je te dis électro-pop poétique écrite en français et venant de Lyon, tu peux penser à Prohom. Mais si ça y ressemble un peu, c’est bel et bien autre chose que nous propose le duo Tangram avec leur deuxième EP Echo ego. S’ils sont moins «rock» que leur concitoyen car beaucoup plus axés sur le travail avec les machines et les rythmes qu’avec la guitare, on trouve cependant un ton assez proche, la même énergie et surtout la même envie d’avoir des textes qui portent et qui sonnent («Combien ?»). Outre la grosse touche électro, les Tangram se singularisent également en osant mélanger les influences, la plus belle preuve de cette volonté, c’est «Jamais je t’aimais» où ils ont su intégrer le flow hip hop de Lucien 16S (un rappeur lyonnais) pour aboutir à un titre hybride très réussi. Les groupes qui amalgament la maîtrise des instruments analogiques et des textes intéressants ne sont pas légions, on serait donc bête de bouder notre plaisir d’écouter Tangram qui n’aura finalement manquer d’originalité que dans le choix de son nom (ou celui de leur asso Plan B qui (auto)produit le disque), le puzzle chinois ayant donné la même idée à de nombreux autres...

C’est en 2010 qu’on a découvert Paranoid, le trio lillois étant appelé au pied levé pour remplacer Blend lors du Sequed’In Rock VI. Et l’impression donnée lors de ce concert allait se confirmer avec leur première démo, le groupe était très marqué par Nirvana période Bleach (et l’est toujours si on en croit «Frail» ou «Passionate monkeys», un très vieux titre de leur répertoire) et péchait un peu par un son distordu trop brouillon. Au Studio C&P, Frédéric Pecqueur (Ed Wood Jr, Softly Spoken Magic Spells, Human Jail, As They Burn...) a rectifé la donne avec une production plus audible, notamment quand le groupe laisse passer de belles éclaircies dans son univers assez sombre, on pense alors plus à la beauté vénéneuse d’Alice in Chains («Am I slowing down?», «Haiku») ou aux premiers émois (pour ce qui concerne des instruments, pas du chant) des Smashing Pumpkins («Nevermore»). Tout n’est pas parfait sur cet album (certains passages vocaux de «Anytime» que je n’aurais pas mis en premier par exemple) mais, 20 ans après son implosion, ça fait toujours du bien d’entendre des groupes inspirés par le mouvement grunge qui nous procurent donc quelques frissons nostalgiques.

Oli Oli


EN BREF

VIOLETTE

ISAAC/THEREBENTINE

DAVID CARROLL

A taste of Violette

IT

Songs of love & protest

(Autoproduction)

(Autoproduction)

(Milk music)

Pour certains disques reçus, on ne se pose pas de question, soit ça nous plaît et on se délecte à l’idée d’écrire un article, soit on trouve ça inintéressant et on le met de côté. Pour d’autres, on est embêté... C’est le cas avec A taste of Violette car le chant très perfectible («Common sense») et il suffirait à décliner l’invitation à la rédaction... Mais une partition impeccable côté instruments (du choix des sons -distordus et clairs- à l’exécution) et une architecture des compositions bien gaulée font que l’ensemble est assez agréable et surtout très prometteur. Si on isolait certains passages, on imaginerait bien ces Suisses dans le registre post-rock mais avec le chant éraillé, on tombe bien vite dans un post-hardcore qui caresse l’épiderme avec une lame de rasoir. Un rasoir qui s’enfonce sous la peau quand le chant lourd (pas toujours irréprochable) s’éclaircit et fait du même coup ressortir ses limites. Et fait grandir notre frustration car sans ces soucis vocaux, on pourrait crier au génie et ne pas se prendre la tête à savoir si «on en parle ou pas». On parie donc sur l’avenir et des progrès espérés pour toucher au sublime.

On avait déjà effleuré le cas Térébenthine sans forcément être séduit tandis qu’Isaac était totalement inconnu de nos services. L’un comme pour l’autre, ce spl(IT) permet une belle séance de rattrapage.

Désormais installé à Bordeaux et ayant laissé voyager seuls ses amis, David Carroll livre un nouvel album sobre et marqué par le refus de mettre de côté l’une ou l’autre de ses influences. Forcément, l’idée de «protest songs» renvoie au rock et au folk de Bob Dylan ou Joan Baez et c’est surtout dans ce registre qu’officie notre homme qui attaque par une belle mélodie et un ton que j’associe à Ben Kweller (Radish) dés «Black leather jacket». Les racines bluesy sont également bien présentes («Wall street is burning» et son harmonica, «Broken household blues»...) et se clashent parfois avec les inspirations électro comme sur ce «Holding on to love» assez catchy même s’il y a, d’après moi, un poil trop de machines sur la fin, d’autant plus que le titre a le droit à un remix (assez imbuvable) en bonus. Le chant chaleureux et les textes un peu décalés sont aussi de la partie («Irony») mais tout n’est pas noir comme l’artwork, on trouve aussi des moments plus légers («Free») qui font de ce Songs of love & protest une bonne collection de morceaux venus d’horizons divers, mais tous marqués par l’empreinte David Carroll qui nous abandonne avec une plage excellente qui résume assez bien la tonalité de l’ensemble : «A pacifist».

Oeuvrant dans une frange math/postrock, Térébenthine offre 4 titres dotés de moments de flottement pop qui s’enchaînent souvent sur une baston guitare/batterie bien grisante. A ce titre, la piste «Crade & râle» s’avère l’une des plus marquantes : la guitare est en mode offensif tandis que le batteur tape dur. Bref, un chouette moment de noise-tendu mais pas que... Très bonne reprise de contact, on attend la suite des noise-stilités. Du coté d’Isaac, ce sont 3 titres qui viennent illustrer cette prise de contact. Il semble que les musiciens partagent la même conception de la musique que Térébenthine : laisser du répit à l’auditeur pour mieux le choper par la suite, même si la tension ne disparaît jamais réellement de leurs morceaux. Leur son se révèle également bien plus marécageux et un chant apparaît sporadiquement en arrière plan pour accentuer les coups de sang. Très bonne découverte,

Oli NdR : La pochette intitulé Rayons de soleil est l’œuvre de Louis Janmot.

Oli David

97


EN BREF ARGYLE

POIL

AUGURES

Gold rust

Brossaklitt

Inaugurations

(Autoproduction)

(Dur et doux)

(Black Basset Records)

Après un premier EP intitulé Mad mind en 2010, Argyle refait surface avec un album long format et nouveau line-up, du trio, ne reste que le chanteur-guitariste Basile, son frère Adrien a été remplacé à la batterie par Arthur et Noé (bassiste) par Mathieu. Le style et les influences sont restées les mêmes, Gold rust alterne rock alternatif et pop puissante ayant pour dénominateur commun une grande importance laissée à la rythmique qui ne sert pas uniquement à battre la mesure. Comme la guitare n’est pas en reste, on peut dire que les instruments s’expriment librement (jusqu’à flirter avec le prog’) et sont même plus accrocheurs que le chant qui reste d’une facture assez classique pour ce registre. Trop même car Argyle n’arrive pas, chez moi, à créer l’étincelle qui m’enflammera... La production est soignée, l’artwork est réussi, les compositions sont bien écrites mais voilà, en réussissant un grand écart entre des styles aussi éloignés que le grunge et le progressif, c’est l’auditeur qui se retrouve en position inconfortable. On ne peut pas aller contre la volonté créatrice d’un combo, mais si les efforts étaient concentrés vers un post-prog à la Porcupine Tree, je serais certainement moins frustré.

La pochette, la durée des 9 titres (près d’une heure...), les titres des morceaux et de l’album : tout chez Poil semble être annonciateur d’un truc vraiment perché. Et ce sera le cas sur Brossaklitt, leur nouvel album. Aucun doute, c’est du Poil, pour le meilleur et pour le pire.

«Grey sky», premier titre du... premier EP signé Augures annonce la couleur : brillante, viscérale, épidermique. Et si ce ne sont pas forcément des qualificatifs qui collent parfaitement à une teinte graphique alors que l’artwork est particulièrement réussi, le résultat ici obtenu sied parfaitement à ce que recèle cette Inauguration des jeunes Belges hébergés par le très recommandable Black Basset Records (Billlions of Comrades, Mont-Doré, Thot...). Un essai discographique inaugural paru en... K7 (oui cela revient à la mode) et digital et qui distille, six torpilles sonores durant, un cocktail outrageusement ravageur de metal/hardcore/noise/punk aux effluves rock tranchantes comme des lames de rasoir et saignantes comme si on avait mis celles-ci entre les mains d’un épileptique en pleine crise. On valide et ce, d’autant plus, que si la suite immédiate ralenti le tempo avec un «Wondering» rampant puis un «Sense of guilt» écarlate, l’efficacité punk sauvage et décharnée d’Augures n’est déjà plus à remettre en question. Pas plus qu’elle ne le sera sur l’émouvant et incandescent «Earth’s last letter» ou l’explosif «Fall», expédiant les affaires courantes avant un «Eye of the storm» terminal qui porte parfaitement son titre. Orageux, déflagrateur et sans la moindre concession... de quoi marquer la naissance d’un excellent groupe en devenir. A suivre forcément. Aurelio

Oli

98

Sur l’introduction de «Fionosphère», le groupe donne l’impression de s’être calmé, sauf qu’on retrouve très vite ce math-déglingo-rock que le combo a développé sur leurs précédentes sorties : le chant est toujours halluciné, les rythmes sont en mode partouze, du coté du clavier, c’est la fête du slip, le propos est assez hypnotique et à rebrousse-Poil. En 10 minutes d’écoute, on passe d’un morceau math-rock à une phase nintendo-core pour ensuite partir vers quelque chose d’assez indéfinissable. Et si tu passes l’épreuve de cette première piste, le reste te séduira également : Poil est probablement l’un des groupes français qui navigue le mieux sur le fil qui sépare le Poilant et l’HorriPoilant. On reste convaincu que la meilleure manière d’appréhender Poil, c’est le live où ça doit vraiment être fou pour le peu que le public mette un peu du sien. A ne pas mettre dans toutes les oreilles (le poil). David


TEXTE PUB

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CONCOURS TEXTE

KDO NAO

A peine 2 ans et des poussières (en réalité un peu moins) après la confection d’une petite véritable bombe éponyme, näo revient aux affaires, toujours par le biais de l’écurie Jarring Effects avec III. Un cocktail rock / électro / industriel fulgurant et que l’on te propose de déguster gratuitement en tentant de gagner un exemplaire CD ou vinyl de l’album. > joue par ici <

100


TEXTE PUB

pub early grave

KDO CAMION

Dis mon petit, tu aimes le stoner bien burné? Du genre Suisse, un peu punk, un peu métallisé aussi et qui sent le bitume, la sueur et l’alcool de qualité? Oui? Evidemment que tu aimes. Mais tu aimerais un peu plus fort si c’était cadeau hein mon cochon?. Et bien figure toi qu’on t’offre quelques exemplaires du nouvel album de stoner boys routiers de Camion, sorti il y a quelques semaines en digipack totalement autoproduit, totalement sauvage, groovy, électrique et... bah burné (oui, ça fait deux fois qu’on le dit mais il fallait bien ça...). > le concours < 101


NEXT

NEXT DRAWERS PRYAPISME COLOURMUSIC SANTA RITA VIRUS SYNDICATE BOOGERS DAMON ALBARN DIRGE KXM NIC-U EVERY TIME I DIE KILLER BE KILLED WOVENHAND BOB MOULD CARBON AIRWAYS Triggerfinger The Black Zombie Procession ...

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IL Y A 10 ANS

IL Y A 10 ANS : PROBOT Probot (Southern Lord)

war», ou que Lee Dorian (de Cathedral) joue les insecticides sur «Ice cold man», soit Napalm Death sur la banquise. Les vieilles figures se succèdent, The Snake (Voivoid) en «Dictatausorus» pré-historique, Cronos de Venom (aaaaaahhh, Venom !) en repenti asthmatique («Centuries of sin»), et King Diamond (+ un certain Kim Thayil, alors ex-Soundgarden) qui vient calmer le jeu d’un album plus explosif qu’on ne l’attendait, empli de réminiscences trash-néo-punk-métal-hardcore-bourrrin-accordéon-death-grunge (rayez la mention inutile) pour head-banger joyeusement toute la nuit. Les plus «jeunes» ou disons récentes également, avec un Mike Dean (Corrosion of Conformity) qui en impose naturellement au rayon dose de gras («Access Babylon»), quand ce n’est pas Tom G. Warrior (Celtic Frost, Hellhammer) qui vient s’en mêler sur un «Big sky» fatalement excitant ne serait que de part son line-up ponctuel. Dans la catégorie «Mimétisme animal», Dave Grohl (exNirvana, Foo Fighters, Queens of the Stone Age) et son Probot de side-project mega-Deluxe recueillent sans problème la palme du meilleur caméléon humain, spécimen assez rare pour que l’on trouve le courage de proposer son empaillement à sa mort, histoire de l’installer baguettes en l’air dans la plus belle vitrine du Museum For The Rock’n’Roll Show Of The Last Centuries. Grohl est un caméléon : placez-le derrière la batterie des QOTSA et il se coule dans son rôle comme dans un gant de cuisine, sans omettre d’ajouter ça et là sa petite touche de cuistot du rythme, tout en frappe tendue et en rythmiques d’une précision infaillible. De même façon, tentons l’expérience : prenez un Grohl relativement bien conservé, placez le au milieu de ses idoles du métal, laissez le jouer de tous les instruments, et observez la coloration prise. Étonnant, non ? Car lorsqu’il croise Lemmy «Dieu» Kilmister sur un «Shake your blood» surpuissant, Dave fait du... Motörhead. Mais à la sauce Grohl, pour éviter la redite facile et fastidieuse : donc d’une sauvage efficacité («The emerald law» avec Scott Wino Weinrich de The Obsessed ou Saint Vitus en guest). Idem lorsque c’est Max Cavalera qui pose son timbre néo sur le sépulturesque «Red

6.666 copies d’un premier single plus tard (hé hé), voici l’album de Probot et ses onze titres parfois proches de la perfection, qui en font l’un des projets animaliers les plus intéressants de l’année avec en prime une petite surprise sur la traditionnel bonus-track : l’inénarrable Jack Black (Tenacious D.) étant venu ramener son grain de sel pour rendre ce Probot toujours plus indispensable. Et c’est le cas. Du coup, que l’on prenne le projet dans un sens comme dans l’autre, force est de constater que tonton Dave ici a quasiment inventé (ou plutôt démocratisé) le concept du super-groupe. Le même qui, quinze ans après, va pulluler sur les scènes rock et metal afin d’atténuer un peu le massacre généralisé que connaît l’industrie du disque. En bien ou en mal. En attendant, attention les nuques, on repart dans la mêlée... Jarod remixed by Aurelio

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DANSTEXTE L’OMBRE

DANS L’OMBRE :

FRANCOIS MONTUPET Si tu traines sur les Internet et que tu t’intéresses au rock sous toutes ses coutumes, le nom de François Montupet ne t’ai donc pas inconnu. Nous te proposons à travers quelques questions d’aller à la rencontre d’un personnage passionné et engagé. So what ?

Quelle est ta formation ? Alors j’ai un Bac + 5 avec un master de communication. A coté de ça, j’ai un peu plus de 10 ans de présence sur la scène musicale associative. C’est d’ailleurs l’une des meilleures formations ! Quel est ton métier ? Je suis chargé de communication, avec une spécialisation dans le digital (internet) et dans le community management (réseaux sociaux). J’organise aussi des événements et des festivals tout au long de l’année et je travaille donc principalement dans le secteur culturel musical, et dans le Metal. Quelles sont tes activités dans le monde de la musique ? Je m’occupe de la communication web du Ferrailleur à Nantes (salle de concert/bar), du Motocultor Festival, et d’un gros vendeur de merch rock en ligne. J’ai aussi créé avec mon associé Tangui la structure A Jeter Prom qui s’occupe de problématique de communication pour différentes structures du monde du Metal et qui gère aussi

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une « Street Team » sur Paris. J’organise le Nantes Metal Fest avec une bande de pote depuis 3 ans, et je suis impliqué dans bons nombres de projets divers et variés. Tout ceci sans parler de mon groupe The Four Horsemen pour lequel je m’occupe du management, du booking, de la promo, de jouer de la basse et de chanter. Ca rapporte ? Oui assez pour vivre sa vie et sa passion. C’est une chance énorme que je goûte chaque jour au réveil, pour le moment en tout cas. Comment es-tu entré dans le monde du rock ? Mon meilleur pote Guillaume (guitariste dans mon groupe) a appris la guitare vers 12 ans et j’ai suivi 6 mois après. Parallèlement j’ai découvert Nirvana, RATM, puis Metallica, ensuite c’était le virus, premier concert en tant que musicien vers 16 ans, première organisation vers 19 ans, j’ai maintenant 32 ans et je n’ai jamais arrêté.


INTERVIEW TEXTE

Une anecdote sympa à nous raconter ? J’ai un sacré paquets d’anecdotes mais l’une des plus farfelus restera ma rencontre avec le bassiste de Metallica Robert Trujillo dans une pizzeria en banlieue parisienne vers 2005. J’habitais alors dans le coin et le hasard a plutôt bien fait les choses. Ton coup de coeur musical du moment ? J’ai découvert au Desert Fest de Berlin il y a 3 semaines un groupe de stoner ukrainien qui m’a collé une énorme claque : Stoned Jesus ! Je vous conseille le titre « The mountain » ! Une sacrée pépite. Es-tu accro au web ? Alors oui on peut même parler de « sur-connexion », en tant que community manager je suis accro à mon portable quand je ne suis pas devant mon écran d’ordinateur. Ceci à la fois pour le boulot mais aussi pour ne pas rater la dernière vidéo de chatons « kikoo lol » qui jouent dans la neige. Un résumé sommaire mais plutôt réaliste de mon addiction. A part le rock, tu as d’autres passions ? A part la musique en effet j’aime le sport, le foot et les sports de glisse comme le skate ou le surf. Je prends un malin plaisir à me prendre des taules contre le béton surtout en ce moment mais ça fait partie du jeu. Tu t’imagines où dans 15 ans ? Aucune idée mais je resterai de près ou de loin toujours impliqué dans le secteur de la musique c’est une certitude. Rendez-vous dans 15 ans et on verra ça...

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EN FEST’

HELLFEST

GRASPOP

20-21-22 juin Clisson COMPLET

27-28-29 juin Dessel (Be) 165 €

Slayer Opeth Clutch Black Sabbath Alter Bridge

Neurosis Alice In Chains Cult of Luna Unida Soundgarden ...

Ce qui semble être désormais le plus grosfestival français est intégralement consacré au métal mais il prouve une nouvelle fois que les chapelles sont nombreuses (on peut dénombrer un paquet de sousgenres si on les compte) et que le genre perdure depuis un paquet de décennies (en témoignent les vieilles gloires qui se reforment pour la thune). Cette année, la grande nouveauté sera le marché noir !!!

Le plus beau festival métal d’Europe cette année, on le trouve en Belgique parce que l’affiche est tout simplement énorme ! Si le HellFest va chercher des vieux groupes cultes pour remplir ses «main stage», à Dessel, on a juste choisi de foutre du très lourd ou du très très lourd, preuve que certains n’attendent pas le poids des années pour mériter des places de choix !

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le rock DANS tous ses etats 27-28- juin Evreux 58 € Massive Attack Dillinger Escape Plan Interpol Kasabian Mars Red Sky... Ca faisait quelques années que le Rock Dans Tous Ses Etats n’avait pas proposé une aussi belle affiche ! Pour débuter la saison des festivals rock, c’est un joli week-end pop/rock/ métal qui attend ceux qui iront jusqu’Evreux et le tout petit site de l’hippodrome. Mais un petit site et de grands groupes, ça débouche souvent sur de grands moments... Bravo aux programmateurs en tout cas !


EN FEST’

WERCHTER

EUROCKS

MAIN SQUARE

3-4-5-6 juillet Werchter (Be) COMPLET

4-5-6 juillet Belfort 105 €

3-4-5-6 juillet Arras 145 €

MetallicA Pearl Jam Pixies Damon Albarn Arctic Monkeys ...

Ghost Pixies Detroit Black Keys Volbeat ...

Alice In Chains Ghost Mastodon Black Keys Girls in Hawaii ...

Prends l’affiche du Main Square Festival, ajoute-s-y une grosse rasade d’énormes groupes de rock et tu as ce que propose le Rock Werchter à deux pas de la capitale belge. Là aussi, il n’y a pas de crise côté festivaliers car le festival annonce complet et c’est donc un peu plus de 80.000 personnes chaque jour qui assisteront à ces concerts.

Malgré un prix attractif, le festival situé dans le magnifique cadre du Malsaucy n’affiche toujours pas complet... La faute peut-être à une programmation très «main stream» d’un côté et vraiment obscure de l’autre parce que de l’électro swing autrichien (The Parov Stelar Band) ou du folklore ukrainien (DakhaBrakha), ça ne fait pas trop rêver.

Pour ses 10 ans, le petit cousin du Rock Werchter s’est de nouveau offert un jour de rallonge. Et c’est cette mini soirée métal avec en tête d’affiche les inoxydables Iron Maiden qui retiendra surtout notre attention car pour le reste, les plus gros vendeurs de singles de l’année ne sont pas forcément les «groupes» qu’on a envie de voir en festival (Stromae, David Guetta, London Grammar...).

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EN FEST’

DOUR

Rock your brain

WACKEN

17-18-19-20 juillet Dour (Be) 110 €

26 juillet Sélestat 20 €

The Hives Blonde Redhead The Notwist Atari Teenage Riot Mogwai

Les $heriff Les Wampas Les Sales Majestés Charge69

30-31 juillet -1-2 août Wacken (All) COMPLET Apocalyptica Motorhead Slayer Hatebreed Prong ...

...

200 concerts en 4 jours, Dour propose toujours un menu gargantuesque sur la quantité. Sur la qualité, on a été habitué ces dernières années à de l’exceptionnel alors quand l’affiche est juste «super sympa», on est du genre à faire la fine bouche. Pourtant les choix de programmation, assez différents des grands festivals voisins, sont tout à fait en adéquation avec nos goûts...

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Black Zombie Procession

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Une journée, c’est pas vraiment un festival, mais quelle journée ! Paye-toi un retour dans le passé avec la crème des groupes keupons des années 80’ et 90’ ! Et pour accompagner le tout, la relève pointera son nez pour montrer qu’on peut encore être punk en 2014 ! Va préparer ta crète...

25 ans que le Wacken explose les esgourdes de nos voisins, ce festival métal qui en a inspiré d’autres est encore «sold out» bien avant l’été grâce à une programmation qui combine le meilleur du hard local et des grands noms du passé comme du présent. Dommage que si peu de groupes frenchies y jouent...


EN FEST’

Xtreme Fest

SYLAK

Pukkelpop

1-2-3 août Albi 87 €

8-9-10 août St-Maurice 69 €

14-15-16 août Hasselt (Be) COMPLET

Gojira NoFx Converge Sick Of It All Red Fang ...

Gojira Coroner Moonspell Red Fang Turbonegro ...

QOTSA Thurston Moore The National Deafheaven Editors ...

Ce tout jeune festival proposait déjà un très bon cru l’été dernier mais alors là, c’est une belle claque que cette affiche ! Trois jours de métal et de punk pour se gaver les oreilles de bon son avec ce qu’il se fait de mieux en France mais aussi à l’étranger, du jeune et du moins jeune, c’est extrêmement bien équilibré, c’est au coeur de l’été, il fera beau et ce sera chaud !

Et de 4 pour le Sylak ! Le petit festival métal situé pas loin de Lyon en est à sa 4ème édition et il continue de muscler son jeu avec une affiche proposant du lourd, du culte et du futur grand dans de nombreux registres métalliques différents. Et si le métal faisait plus recette que le rock finalement ? Parce qu’on a beau chercher, les bons festivals pop/rock sont rares...

Le gros rendez-vous belge du mois d’août a encore une affiche très pointue mais aussi très alléchante, tant et si bien que c’est déjà complet également... Les stars d’hier, d’aujourd’hui et de demain passent par Hasselt, si tu veux en être l’année prochaine, pense à prendre ton ticket dés le mois de mars...

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EN FEST’

Motocultor ROCK EN SEINE Cabaret Vert

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15-16-17 août St-Nolff 79 €

22-23-24 août Saint-Cloud 119 €

21-22-23-24 août Charleville-Mézières 80 €

Kreator Flying Donuts Epica Headcharger Entombed AD ...

The Prodigy Airbourne Volbeat QOTSA Arctic Monkeys ...

The Prodigy Airbourne Volbeat FFF Placebo ...

Petit cousin du HellFest, le Motocultor continue de labourer les terres bretonnes avec des riffs distordus à toutes les sauces, depuis le punk rock jusqu’au plus morbide en passant par le plus délirant. Là encore, le savant dosage de petits et de gros te fera passer un bon week-end. Surtout que le soleil est souvent de la partie...

Profitant de le venue outreManche de grosses pointures pour le Reading, Rock en Seine propose une belle affiche assez différente de celle des festivals du début de l’été. Les stats de ce mois d’août ne sont pas toutes toutes jeunes et le métal n’est toujours pas le bienvenu à St-Cloud mais ça reste frais et bien gaulé malgré Lana Del Rey.

Un petit dernier pour la route ? Avant de commencer une nouvelle année scolaire, prends du bon temps au Cabaret Vert qui ne propose pas que de la (bonne) musique mais aussi de la BD, du cinéma, des Arts de rue et ne lâche rien en ce qui concerne l’environnement. La programmation n’est pas encore complète mais comme chaque année, il y a déjà du beau monde...


BONUS TEXTE

Mon nom est personne Etant donné qu'on n'est pas les derniers à se faire railler (même si on l'a un peu cherché) et que la question du "mais pourquoi ce nom à la con ?" revient souvent, le W-Fenec a décidé de mener l'enquête sur les noms des webzines... Histoire de savoir si on était les seuls à avoir eu une idée aussi inspirée. Rappelons tout de même en préambule deux choses : la première, c'est qu'on n'est pas sérieux et qu'on rédige cette page pour t'amuser, la seconde, c'est qu'au moment de définir notre nom, Pooly n'avait strictement pas la moindre idée de ce qu'il faisait ! Et oui, comment penser que le "W-Fenec" allait un jour être lu par quelqu'un d'autre que sa mère et son cousin ? Par contre, pour certains, le nom a mérité réflexion et là, on peut se poser des questions... Pelecanus : littéralement, c'est un genre d'oiseaux qui regroupent 8 espèces. Mais ce n'est pas un site ornithologique sur l'animal qui passe son temps à se nettoyer les plumes... Alors peut-être ont-ils beaucoup de second degré et on choisit ce nom en rapport avec la bière Pélican que certains bars organisant des concerts métal osent servir. ou poue sa rime riche avec une position du Kama Sutra ch’ti. Metalorgie : Bravo ! C'est à eux qu'on doit le "Not Safe For Work" ! Sérieusement, tu tapes n'importe quoi avec "orgie" sur internet et tu cherches ensuite à expliquer que tu ne voulais pas tomber sur du porno, bon courage !!! VisualMusic : Je veux bien que certains groupes offrent un spectacle visuel en plus de leur musique mais bon, le webzine n'est pas non plus dédié aux vidéos jockeys... SourdOreille : Comment faire confiance à une oreille sourde sur un sujet comme la musique ? Ces mecs-là aiment les défis... Ou sont restés trop longtemps près des enceintes sans bouchon... Xsilence : Encore du X et en plus le silence, là encore un très bon choix pour mettre en avant un site musical... Allo quoi. Dans ce registre, on donne un bon point à Vacarm, eux ont tout compris ! French-metal : Un truc 100% français, ça c'est une bonne idée... et si on lui donnait un nom en anglais ? Thèse, antithèse, synthèse en un nom. Félicitations... ou Fail. Liability : En anglais, ça signifie "responsabilité" mais personne ne le sait et, crois-en notre longue expérience, il est très difficile de retenir un mot qu'on ne connaît pas et qui se fait avec difficulté. Et on ne te parle même pas des accents toniques. Skartnak : Encore un truc qu'on ne comprend pas franchement tout de suite, il faut dire que c’est une amélioration du nom du quartier stockholmois Skarpnäck qui a tapé dans l'oeil de ces fans de ska-punk... Si tu ne connais pas l'histoire, tu trouves surtout que ça rime avec "arnaque". Nameless (RIP) : "Sans nom" mais un nom quand même, on se fouterait pas un peu de notre gueule ? No Brain No Headache (RIP) : "Pas de cerveau, pas de mal de crâne" oui mais bon, pas de cerveau quoi... Tel le fennec, on pourrait continuer de chercher la petite bête dans d'autres noms mais ceux-là suffisent pour aujourd'hui... Et toi, si tu devais monter un zine, tu lui donnerais quel nom ? Ahah, on fait tout de suite moins le malin...

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W-Fenec Mag 13