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BEL : 2,90 € - CH : 5,50 FS - CAN : 8 $C – A : 3,60 € - D : 3,70 € - ESP : 3,20 € – GR : 3,20 € - ITA : 3,20 € – LUX : 2,90 € – NL : 3,30 € - PORT.CONT. : 3,20 € –DOM : AVION : 4 € – MAROC : 30 DH – TUNISIE : 4,200 TDU - ZONE CFA AVION : 3 200 CFA - ZONE CFP AVION : 950 CFP.

BALAVOINE 25 ANS DEJA HOMMAGE AU CHANTEUR POPULAIRE

Otages du Niger

ASSASSINE A LA VEILLE DE

SON MARIAGE Antoine et sa fiancée Rakia

MANGER

Vincent l’avait rejoint pour être son témoin

ALERTE A LA DIOXINE

TUE DANS NOS ASSIETTES !

Accusé de plagiat

PPDA

ET UNE CASSEROLE

DE PLUS! Fausse interview de Castro, Affaire Botton... Portrait d’un équilibriste médiatique

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2,50€ N° 1742 - DU 13 AU 19 JANVIER 2011

COUV-VSD1742S001.indd 1

T 01713 - 1742 - F: 2,50 E

3:HIKLRB=XUWZUZ:?b@h@e@m@k; 10/01/11 16:28:32


Époque Les gens Tempête sous un crâne Auteur prolifique, PPDA possède un nombre impressionnant de livres dans la bibliothèque de son hôtel particulier de Neuillysur-Seine (92). Pierre Desproges le qualifiait de « moitié Chateaubriand, moitié JeanClaude Bourret ».

ET UNE CASSEROLE DE PLUS !

POUR SA BIOGRAPHIE D’ERNEST HEMINGWAY, L’EX-STAR DE L’INFO AURAIT PILLÉ LE TRAVAIL D’UN AUTEUR AMÉRICAIN. CE N’EST PAS LA PREMIÈRE FOIS QU’IL DÉRAPE.

PAR SYLVAIN MONIER

VSD1742D016.indd 16-17

EMMANUEL PAIN/FEDEPHOTO

PPDA

10/01/11 16:45:03


Époque Les gens Tempête sous un crâne Auteur prolifique, PPDA possède un nombre impressionnant de livres dans la bibliothèque de son hôtel particulier de Neuillysur-Seine (92). Pierre Desproges le qualifiait de « moitié Chateaubriand, moitié JeanClaude Bourret ».

ET UNE CASSEROLE DE PLUS !

POUR SA BIOGRAPHIE D’ERNEST HEMINGWAY, L’EX-STAR DE L’INFO AURAIT PILLÉ LE TRAVAIL D’UN AUTEUR AMÉRICAIN. CE N’EST PAS LA PREMIÈRE FOIS QU’IL DÉRAPE.

PAR SYLVAIN MONIER

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EMMANUEL PAIN/FEDEPHOTO

PPDA

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Époque Terrorisme

Exécutés par al-Qaida ?

LES DESTINS BRISES D’ANTOINE ET DE VINCENT CAPTURÉS À NIAMEY, AU NIGER, LES DEUX NORDISTES ÉTAIENT AMIS D’ENFANCE. ANTOINE DEVAIT SE MARIER UNE SEMAINE PLUS TARD. VINCENT ÉTAIT SON TÉMOIN.

1

J

2

VSD111742_NIGER.indd 20-21

PHOTOS : AFP - D. R.

3

« Lâchement assassinés » Antoine de Léocour filait le parfait amour avec Rakia (1), une Nigérienne rencontrée il y a deux ans, à Niamey. Le mariage, dont Vincent Delory (2) était le témoin, devait se dérouler ce samedi 15. Les ravisseurs qui ont fait irruption dans le maquis Le Toulousain, le vendredi 7 janvier (3), en ont décidé autrement.

chic du Plateau, non loin de l’ambassade de France et de nombreuses autres administrations, ce bar-restaurant ne souffrait jusqu’alors d’aucune réputation d’insécurité. Ils en sont à l’apéritif quand quatre hommes armés, enturbannés et parlant arabe, français et haoussa (la langue locale), débarquent soudainement et les capturent. Un rapt effectué à une vitesse folle. Ils sont tout de suite pris en chasse par la garde nationale nigérienne. La coursePAR FRANÇOIS TOUMINET poursuite va durer près de vingt heures. Après un premier accrochage pendant la nuit, c’est e suis arrivé à Niamey quelques l’humanitaire. Un gars en or et un homme de le lendemain, à proximité de la frontière avec heures après l’enlèvement. Je pen- cœur, selon Mahamadou Saidou, le coordi- le Mali, que l’opération coordonnée par les sais retrouver mes potes à l’aéroport. nateur de l’association franco-nigérienne Tar- forces françaises et nigériennes permettra On venait pour marier Antoine, on biyya Tatali pour laquelle Antoine collaborait d’intercepter les terroristes. Pour les deux va finalement l’enterrer. » Louis, depuis son arrivée. « Sur place, il nous avait Nordistes, exécutés* par leurs ravisseurs selon ami d’enfance d’Antoine de Léo- tous séduits par sa gentillesse et son côté bon la version officielle au moment où nous cour et de Vincent Delory, s’expri- camarade. C’était en plus un garçon sérieux, écrivons ces lignes, il est déjà trop tard. mait sur les ondes d’Europe 1 au sur qui on pouvait compter, qui allait toujours Figée ces derniers jours dans l’incomprélendemain de l’annonce de la au bout de ce qu’il entreprenait. » Il travaille hension et la colère, la commune de Linselles mort des deux jeunes Français par la suite au sein de l’ONG allemande Help doit digérer ce double drame. Pour les familles enlevés vendredi 7 au Niger. comme stagiaire puis comme assistant de des victimes, que le maire Jacques Remory Depuis près d’une semaine, projet. Quand l’aventure s’achève, au début décrit comme très abattues, le deuil risque pour Louis, comme pour les fa- de l’année 2010, Antoine trouve un nouvel d’être long et douloureux. « Elles se demandent milles et les proches des deux otages abattus, emploi mais dans un autre pays africain, la comment cela a pu arriver à leurs garçons, l’heure est au chagrin et à la colère. Au-delà République centrafricaine. En couple depuis explique-t-il. Elles veulent juste savoir ce qui du cercle familial, de la commune de Linsel- bientôt deux ans avec Rakia, une Nigérienne s’est passé. » La sœur de Vincent, Annabelle, les, dans la banlieue de Lille d’où étaient ori- vivant à Niamey, il refuse de l’emmener à avoue « être anéantie. On n’arrive pas encore ginaires les deux garçons, c’est toute la France cause de l’insécurité qui règne là-bas. Son am- à y croire. Mon petit frère, c’était quelqu’un qui est sous le choc depuis la fin tragique de bition d’alors : finir au plus vite sa mission de bien. Il aimait la vie ». l’enlèvement d’Antoine et de Vincent. Une avec l’AMI (Aide médicale internationale) Quelque 4 000 kilomètres plus au sud, à émotion à la hauteur de l’injustice que repré- pour partager avec sa future femme la maison Niamey, où vivent mille cinq cents Français, sente la disparition de deux hommes dans la qu’il avait achetée dans la capitale nigérienne. la tristesse est tout aussi palpable que dans le pleine force de l’âge, victimes de ravisseurs à nord de la France. De la solde d’al-Qaida au Maghreb islamique « ON EST ANÉANTIS. MON PETIT FRÈRE, C’ÉTAIT nombreux expatriés se (Aqmi). C’est en tout cas vers ce mouvement des questions à QUELQU’UN DE BIEN. IL AIMAIT LA VIE » Annabelle Delory posent que les soupçons se portent après cet « acte propos de leur avenir terroriste odieux » et « d’une lâcheté inouïe » Antoine et Vincent s’étaient éloignés l’un sur le sol nigérien. « Je suis consternée par la selon les propres termes de Nicolas Sarkozy. de l’autre mais n’avaient jamais rompu le lien mort des deux jeunes hommes, confie une Antoine de Léocour et Vincent Delory, qui les unissait. Il y a encore quinze jours, ils Française installée depuis plus de trente ans 25 ans chacun, auront donc grandi, vécu et s’étaient revus pour célébrer les fêtes de fin dans la capitale africaine. On est tous tombés perdu la vie ensemble. Camarades depuis la d’année auprès de leurs copains et de leurs des nues. Le Niger est un carrefour de maternelle, originaires du même quartier, parents. C’est pour une autre heureuse célé- l’Afrique, avec des populations qui vivaient copains depuis toujours, les deux Nordistes bration – le mariage d’Antoine – que les deux en harmonie. Il ne faut pas que cela change. n’avaient vu leurs chemins se séparer qu’à amis d’enfance s’étaient donné rendez-vous J’ai mes racines ici, je ne veux pas partir. » l’heure de donner corps à leurs objectifs de à Niamey, le jour même de leur enlèvement. Walid, libraire franco-libanais, se prépare, lui, vie professionnelle respectifs. Formé à Poly- Avant de connaître le dénouement tragique au départ : « Maintenant que les terroristes tech Lille comme son père, Vincent s’était de l’histoire, les parents de Vincent confiaient sont capables de frapper à 100 mètres de chez installé à Toulouse il y a trois ans pour y exer- ne jamais avoir vu ce déplacement d’un bon moi, il faut penser à plier bagage, très vite. » cer la fonction d’ingénieur informaticien chez œil. « Il avait déjà voyagé mais pas dans cette Antoine et Vincent n’auront pas cette Capgemini. Après des études de sociologie et partie de l’Afrique. Nous, on ne voulait pas chance. Le premier était tombé amoureux du d’histoire à l’université de Lille-III, Antoine qu’il y aille », confie son père. Sa femme Niger, le second s’y rendait pour la première avait rejoint celle de Poitiers pour y suivre ajoute : « En tant que mère, j’étais inquiète. fois. Ils avaient 25 ans et la vie devant eux. 쐍 notamment un master conception de projets Mais après, on se dit : “Laisse-le vivre sa vie, (*) Après l’exécution de Michel Germaneau, 78 ans, en juillet par Aqmi, ces décès portent à trois en coopération pour le développement. Une il a toujours eu de la chance.” » maîtrise d’histoire contemporaine mention Pour fêter leurs retrouvailles, les deux Fran- le nombre de ressortissants français tués au Sahel en très bien en poche, il avait répondu à ses çais prennent la direction du Toulousain, un six mois. En septembre, sept personnes, dont envies d’ailleurs en partant pour le Niger. « maquis » – un bar– prisé par les expatriés cinq Français, ont été enlevées à Arlit, dans le nord Depuis plus de deux ans, il y travaillait dans français et occidentaux. Situé dans le quartier du Niger. Elles sont toujours captives.

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Époque Terrorisme

Exécutés par al-Qaida ?

LES DESTINS BRISES D’ANTOINE ET DE VINCENT CAPTURÉS À NIAMEY, AU NIGER, LES DEUX NORDISTES ÉTAIENT AMIS D’ENFANCE. ANTOINE DEVAIT SE MARIER UNE SEMAINE PLUS TARD. VINCENT ÉTAIT SON TÉMOIN.

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PHOTOS : AFP - D. R.

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« Lâchement assassinés » Antoine de Léocour filait le parfait amour avec Rakia (1), une Nigérienne rencontrée il y a deux ans, à Niamey. Le mariage, dont Vincent Delory (2) était le témoin, devait se dérouler ce samedi 15. Les ravisseurs qui ont fait irruption dans le maquis Le Toulousain, le vendredi 7 janvier (3), en ont décidé autrement.

chic du Plateau, non loin de l’ambassade de France et de nombreuses autres administrations, ce bar-restaurant ne souffrait jusqu’alors d’aucune réputation d’insécurité. Ils en sont à l’apéritif quand quatre hommes armés, enturbannés et parlant arabe, français et haoussa (la langue locale), débarquent soudainement et les capturent. Un rapt effectué à une vitesse folle. Ils sont tout de suite pris en chasse par la garde nationale nigérienne. La coursePAR FRANÇOIS TOUMINET poursuite va durer près de vingt heures. Après un premier accrochage pendant la nuit, c’est e suis arrivé à Niamey quelques l’humanitaire. Un gars en or et un homme de le lendemain, à proximité de la frontière avec heures après l’enlèvement. Je pen- cœur, selon Mahamadou Saidou, le coordi- le Mali, que l’opération coordonnée par les sais retrouver mes potes à l’aéroport. nateur de l’association franco-nigérienne Tar- forces françaises et nigériennes permettra On venait pour marier Antoine, on biyya Tatali pour laquelle Antoine collaborait d’intercepter les terroristes. Pour les deux va finalement l’enterrer. » Louis, depuis son arrivée. « Sur place, il nous avait Nordistes, exécutés* par leurs ravisseurs selon ami d’enfance d’Antoine de Léo- tous séduits par sa gentillesse et son côté bon la version officielle au moment où nous cour et de Vincent Delory, s’expri- camarade. C’était en plus un garçon sérieux, écrivons ces lignes, il est déjà trop tard. mait sur les ondes d’Europe 1 au sur qui on pouvait compter, qui allait toujours Figée ces derniers jours dans l’incomprélendemain de l’annonce de la au bout de ce qu’il entreprenait. » Il travaille hension et la colère, la commune de Linselles mort des deux jeunes Français par la suite au sein de l’ONG allemande Help doit digérer ce double drame. Pour les familles enlevés vendredi 7 au Niger. comme stagiaire puis comme assistant de des victimes, que le maire Jacques Remory Depuis près d’une semaine, projet. Quand l’aventure s’achève, au début décrit comme très abattues, le deuil risque pour Louis, comme pour les fa- de l’année 2010, Antoine trouve un nouvel d’être long et douloureux. « Elles se demandent milles et les proches des deux otages abattus, emploi mais dans un autre pays africain, la comment cela a pu arriver à leurs garçons, l’heure est au chagrin et à la colère. Au-delà République centrafricaine. En couple depuis explique-t-il. Elles veulent juste savoir ce qui du cercle familial, de la commune de Linsel- bientôt deux ans avec Rakia, une Nigérienne s’est passé. » La sœur de Vincent, Annabelle, les, dans la banlieue de Lille d’où étaient ori- vivant à Niamey, il refuse de l’emmener à avoue « être anéantie. On n’arrive pas encore ginaires les deux garçons, c’est toute la France cause de l’insécurité qui règne là-bas. Son am- à y croire. Mon petit frère, c’était quelqu’un qui est sous le choc depuis la fin tragique de bition d’alors : finir au plus vite sa mission de bien. Il aimait la vie ». l’enlèvement d’Antoine et de Vincent. Une avec l’AMI (Aide médicale internationale) Quelque 4 000 kilomètres plus au sud, à émotion à la hauteur de l’injustice que repré- pour partager avec sa future femme la maison Niamey, où vivent mille cinq cents Français, sente la disparition de deux hommes dans la qu’il avait achetée dans la capitale nigérienne. la tristesse est tout aussi palpable que dans le pleine force de l’âge, victimes de ravisseurs à nord de la France. De la solde d’al-Qaida au Maghreb islamique « ON EST ANÉANTIS. MON PETIT FRÈRE, C’ÉTAIT nombreux expatriés se (Aqmi). C’est en tout cas vers ce mouvement des questions à QUELQU’UN DE BIEN. IL AIMAIT LA VIE » Annabelle Delory posent que les soupçons se portent après cet « acte propos de leur avenir terroriste odieux » et « d’une lâcheté inouïe » Antoine et Vincent s’étaient éloignés l’un sur le sol nigérien. « Je suis consternée par la selon les propres termes de Nicolas Sarkozy. de l’autre mais n’avaient jamais rompu le lien mort des deux jeunes hommes, confie une Antoine de Léocour et Vincent Delory, qui les unissait. Il y a encore quinze jours, ils Française installée depuis plus de trente ans 25 ans chacun, auront donc grandi, vécu et s’étaient revus pour célébrer les fêtes de fin dans la capitale africaine. On est tous tombés perdu la vie ensemble. Camarades depuis la d’année auprès de leurs copains et de leurs des nues. Le Niger est un carrefour de maternelle, originaires du même quartier, parents. C’est pour une autre heureuse célé- l’Afrique, avec des populations qui vivaient copains depuis toujours, les deux Nordistes bration – le mariage d’Antoine – que les deux en harmonie. Il ne faut pas que cela change. n’avaient vu leurs chemins se séparer qu’à amis d’enfance s’étaient donné rendez-vous J’ai mes racines ici, je ne veux pas partir. » l’heure de donner corps à leurs objectifs de à Niamey, le jour même de leur enlèvement. Walid, libraire franco-libanais, se prépare, lui, vie professionnelle respectifs. Formé à Poly- Avant de connaître le dénouement tragique au départ : « Maintenant que les terroristes tech Lille comme son père, Vincent s’était de l’histoire, les parents de Vincent confiaient sont capables de frapper à 100 mètres de chez installé à Toulouse il y a trois ans pour y exer- ne jamais avoir vu ce déplacement d’un bon moi, il faut penser à plier bagage, très vite. » cer la fonction d’ingénieur informaticien chez œil. « Il avait déjà voyagé mais pas dans cette Antoine et Vincent n’auront pas cette Capgemini. Après des études de sociologie et partie de l’Afrique. Nous, on ne voulait pas chance. Le premier était tombé amoureux du d’histoire à l’université de Lille-III, Antoine qu’il y aille », confie son père. Sa femme Niger, le second s’y rendait pour la première avait rejoint celle de Poitiers pour y suivre ajoute : « En tant que mère, j’étais inquiète. fois. Ils avaient 25 ans et la vie devant eux. 쐍 notamment un master conception de projets Mais après, on se dit : “Laisse-le vivre sa vie, (*) Après l’exécution de Michel Germaneau, 78 ans, en juillet par Aqmi, ces décès portent à trois en coopération pour le développement. Une il a toujours eu de la chance.” » maîtrise d’histoire contemporaine mention Pour fêter leurs retrouvailles, les deux Fran- le nombre de ressortissants français tués au Sahel en très bien en poche, il avait répondu à ses çais prennent la direction du Toulousain, un six mois. En septembre, sept personnes, dont envies d’ailleurs en partant pour le Niger. « maquis » – un bar– prisé par les expatriés cinq Français, ont été enlevées à Arlit, dans le nord Depuis plus de deux ans, il y travaillait dans français et occidentaux. Situé dans le quartier du Niger. Elles sont toujours captives.

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Époque Témoignage

Engorgement L’ex-garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, avait admis la nécessité de réduire de moitié le nombre des gardes à vue (800 000 en 2009). Un chiffre en hausse de 40 % par rapport à 2001. La France a été sommée de respecter le droit européen.

P Garde

renez quelques mètres carrés, seul pour les plus chanceux, à plusieurs dans une atmosphère fleurant bon l’urine et/ou le vomi pour les autres. Ajoutez une fouille à corps, l’accès restreint à un avocat et l’impossibilité de réclamer le droit de vous taire, et vous obtiendrez la garde à vue made in France, le pays autoproclamé des droits de l’homme. On a longtemps fermé les yeux. Pensez donc : la garde à vue, ça n’arrivait qu’aux autres, aux truands, aux dealers, aux tueurs. Sauf que la répression de la délinquance routière est passée par là. La politique du chiffre imposée aux policiers aussi. Résultat, les gardes à vue se sont multipliées. Et le système français s’est fait allumer. De l’intérieur d’abord : par le Conseil constitutionnel puis par la Cour de cassation. De l’extérieur aussi : par la Cour européenne des droits de l’homme, en octobre dernier. Résultat, une réforme, longue et douloureuse doit être discutée à partir du 18 janvier à l’Assemblée nationale. Au programme, la présence d’un avocat pendant toute la durée de la procédure ; le rétablissement du droit de se taire, notifié au mis en cause ou encore la réglementation de la fouille à corps. Les avocats, on s’en doute, sont ravis, les flics beaucoup moins. Pour Patrice Spinosi, avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation, ces mesures sonneront le glas de « ce moment de liberté laissé aux forces de police, du secret gardé autour des conditions dans lesquelles se déroulaient ces actes et de la pression psychologique destinée à obtenir des informations ou un aveu ». Pour les policiers, ces mesures jetteront un peu plus l’opprobre sur leur travail. Le syndicat Unité SGP police reproche au gouvernement d’avoir mis la pression « sur les policiers par une politique du chiffre aveugle ne leur permettant plus d’exercer avec discernement ». Avec cette réforme, « les policiers ne pourront plus travailler », renchérit Alliance (deuxième syndicat des gardiens de la paix), et « les droits les plus élémentaires des victimes seront totalement bafoués face au renforcement de ceux de la défense ». Maître David Rajjou, avocat à Brest, refuse quant à lui l’antagonisme policier-avocat. « La présence de l’avocat durant la garde à vue vise à rendre cohérent le travail de la police et pas à l’empêcher », estime-t-il. Au-delà de la polémique, une constante demeure : l’expérience vécue par des citoyens lamba relève parfois du traumatisme. Le récit de ces gardés à vue, des plus ordinaires aux plus surprenants, est saisissant.

a vue

UNE HONTE FRANCAISE CONDAMNÉE PAR LA COUR EUROPÉENNE, LA FRANCE S’APPRÊTE À RÉFORMER SON SYSTÈME. ENTRE HUMILIATIONS ET INSALUBRITÉ, IL Y A DE QUOI. RÉCITS. PAR SYLVIE LOTIRON, AVEC PATRICK ARTINIAN ET NATHALIE GILLOT

M. DORIGNY/SIGNATU

RES

ANNE, 15 ans, Paris. Mise en garde à vue pour une altercation entre lycéens

VSD1742D020.indd 20-21

Lors d’une altercation près de son lycée, la jeune fille a tenté de séparer des camarades. Le lendemain, 3 février 2010, elle est arrêtée chez elle. Les policiers lui ordonnent de les suivre. L’adolescente demande à s’habiller et à enfiler au moins des sousvêtements, ce qui lui est refusé. Transportée en fourgon, en compagnie de deux autres jeunes filles, elle est menottée. « Ils ont mis les sirènes pour nous emmener dans un cabinet médical afin que nous soyons examinées par un médecin, raconte Anne. Sur le banc, on n’arrivait pas à se tenir assises avec les mains menottées dans le dos. Je croyais toujours que les policiers allaient se rendre compte qu’ils s’étaient trompés, mais non. Au commissariat, on a commencé à me poser des questions. Lorsque l’interrogatoire était filmé, les policiers étaient à peu près neutres mais lorsque ce n’était plus le cas, ils me menaçaient de me garder toute la nuit, m’accusaient de “me foutre de leur gueule”, me disaient

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Époque Témoignage

Engorgement L’ex-garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, avait admis la nécessité de réduire de moitié le nombre des gardes à vue (800 000 en 2009). Un chiffre en hausse de 40 % par rapport à 2001. La France a été sommée de respecter le droit européen.

P Garde

renez quelques mètres carrés, seul pour les plus chanceux, à plusieurs dans une atmosphère fleurant bon l’urine et/ou le vomi pour les autres. Ajoutez une fouille à corps, l’accès restreint à un avocat et l’impossibilité de réclamer le droit de vous taire, et vous obtiendrez la garde à vue made in France, le pays autoproclamé des droits de l’homme. On a longtemps fermé les yeux. Pensez donc : la garde à vue, ça n’arrivait qu’aux autres, aux truands, aux dealers, aux tueurs. Sauf que la répression de la délinquance routière est passée par là. La politique du chiffre imposée aux policiers aussi. Résultat, les gardes à vue se sont multipliées. Et le système français s’est fait allumer. De l’intérieur d’abord : par le Conseil constitutionnel puis par la Cour de cassation. De l’extérieur aussi : par la Cour européenne des droits de l’homme, en octobre dernier. Résultat, une réforme, longue et douloureuse doit être discutée à partir du 18 janvier à l’Assemblée nationale. Au programme, la présence d’un avocat pendant toute la durée de la procédure ; le rétablissement du droit de se taire, notifié au mis en cause ou encore la réglementation de la fouille à corps. Les avocats, on s’en doute, sont ravis, les flics beaucoup moins. Pour Patrice Spinosi, avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation, ces mesures sonneront le glas de « ce moment de liberté laissé aux forces de police, du secret gardé autour des conditions dans lesquelles se déroulaient ces actes et de la pression psychologique destinée à obtenir des informations ou un aveu ». Pour les policiers, ces mesures jetteront un peu plus l’opprobre sur leur travail. Le syndicat Unité SGP police reproche au gouvernement d’avoir mis la pression « sur les policiers par une politique du chiffre aveugle ne leur permettant plus d’exercer avec discernement ». Avec cette réforme, « les policiers ne pourront plus travailler », renchérit Alliance (deuxième syndicat des gardiens de la paix), et « les droits les plus élémentaires des victimes seront totalement bafoués face au renforcement de ceux de la défense ». Maître David Rajjou, avocat à Brest, refuse quant à lui l’antagonisme policier-avocat. « La présence de l’avocat durant la garde à vue vise à rendre cohérent le travail de la police et pas à l’empêcher », estime-t-il. Au-delà de la polémique, une constante demeure : l’expérience vécue par des citoyens lamba relève parfois du traumatisme. Le récit de ces gardés à vue, des plus ordinaires aux plus surprenants, est saisissant.

a vue

UNE HONTE FRANCAISE CONDAMNÉE PAR LA COUR EUROPÉENNE, LA FRANCE S’APPRÊTE À RÉFORMER SON SYSTÈME. ENTRE HUMILIATIONS ET INSALUBRITÉ, IL Y A DE QUOI. RÉCITS. PAR SYLVIE LOTIRON, AVEC PATRICK ARTINIAN ET NATHALIE GILLOT

M. DORIGNY/SIGNATU

RES

ANNE, 15 ans, Paris. Mise en garde à vue pour une altercation entre lycéens

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Lors d’une altercation près de son lycée, la jeune fille a tenté de séparer des camarades. Le lendemain, 3 février 2010, elle est arrêtée chez elle. Les policiers lui ordonnent de les suivre. L’adolescente demande à s’habiller et à enfiler au moins des sousvêtements, ce qui lui est refusé. Transportée en fourgon, en compagnie de deux autres jeunes filles, elle est menottée. « Ils ont mis les sirènes pour nous emmener dans un cabinet médical afin que nous soyons examinées par un médecin, raconte Anne. Sur le banc, on n’arrivait pas à se tenir assises avec les mains menottées dans le dos. Je croyais toujours que les policiers allaient se rendre compte qu’ils s’étaient trompés, mais non. Au commissariat, on a commencé à me poser des questions. Lorsque l’interrogatoire était filmé, les policiers étaient à peu près neutres mais lorsque ce n’était plus le cas, ils me menaçaient de me garder toute la nuit, m’accusaient de “me foutre de leur gueule”, me disaient

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Époque Monde

Un fauteuil pour deux Le 4 décembre, au palais présidentiel d’Abidjan, les fidèles de Laurent Gbagbo attendent le président sortant qui doit être reconduit dans ses fonctions. Deux jours plus tôt, Alassane Ouattara avait été déclaré vainqueur avec 54,1 % des voix. Mais le 3, le Conseil constitutionnel, nommé par Gbagbo, avait invalidé ces résultats.

LA CRISE

IVOIRIENNE

Y. VALAT/FEDEPHOTO

Depuis le second tour de l’élection présidentielle, le pays est tiraillé entre les clans Gbagbo et Ouattara. Vous n’y comprenez rien ? Explications.

VSD1742D030.indd 30-31

POUR LES NULS PAR CHRISTOPHE GAUTIER

10/01/11 11:02:04


Époque Monde

Un fauteuil pour deux Le 4 décembre, au palais présidentiel d’Abidjan, les fidèles de Laurent Gbagbo attendent le président sortant qui doit être reconduit dans ses fonctions. Deux jours plus tôt, Alassane Ouattara avait été déclaré vainqueur avec 54,1 % des voix. Mais le 3, le Conseil constitutionnel, nommé par Gbagbo, avait invalidé ces résultats.

LA CRISE

IVOIRIENNE

Y. VALAT/FEDEPHOTO

Depuis le second tour de l’élection présidentielle, le pays est tiraillé entre les clans Gbagbo et Ouattara. Vous n’y comprenez rien ? Explications.

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POUR LES NULS PAR CHRISTOPHE GAUTIER

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Époque Enquête

MANGER

TUE Lesyaourts,lesaumonetd’autres aliments concentrent un nombre important de produits nocifs, cancérigènes ou néfastes à la fertilité. C’est le résultat d’une alarmante enquête qui vient d’être menée en France.

POLLEX/AFP

PAR CÉDRIC GOUVERNEUR

Des œufs empoisonnés En Allemagne, 4 700 exploitations agricoles ont été fermées. On a découvert que des volailles et d’autres animaux d’élevage avaient consommé de la nourriture contaminée à la dioxine. Berlin a reconnu que 136 000 œufs avaient déjà été exportés.

VSD1742D034.indd 34-35

10/01/11 15:46:10


Époque Enquête

MANGER

TUE Lesyaourts,lesaumonetd’autres aliments concentrent un nombre important de produits nocifs, cancérigènes ou néfastes à la fertilité. C’est le résultat d’une alarmante enquête qui vient d’être menée en France.

POLLEX/AFP

PAR CÉDRIC GOUVERNEUR

Des œufs empoisonnés En Allemagne, 4 700 exploitations agricoles ont été fermées. On a découvert que des volailles et d’autres animaux d’élevage avaient consommé de la nourriture contaminée à la dioxine. Berlin a reconnu que 136 000 œufs avaient déjà été exportés.

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RANT

Époque Reportage

Coptes d’Egypte

CHRETIENS

ENVERS ET CONTRE TOUS

La foi dans la peau Lors des grandes célébrations religieuses, Pâques ou fêtes de la Vierge, empreintes de mysticisme, les jeunes coptes se font tatouer les symboles de leur foi sur le dos ou, plus discrètement, au creux des poignets. Un rite auquel peu dérogent.

VISÉE PAR L’ATTENTAT MEURTRIER D’ALEXANDRIE, CETTE COMMUNAUTÉ CHRÉTIENNE MINORITAIRE, LA PLUS NOMBREUSE DU MONDE ARABE, REFUSE DE CÉDER À LA TERREUR. PAR SOPHIE GARETTE, AU CAIRE. PHOTOS : DENIS DAILLEUX/AGENCE VU

VSD1742D038.indd 38-39

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RANT

Époque Reportage

Coptes d’Egypte

CHRETIENS

ENVERS ET CONTRE TOUS

La foi dans la peau Lors des grandes célébrations religieuses, Pâques ou fêtes de la Vierge, empreintes de mysticisme, les jeunes coptes se font tatouer les symboles de leur foi sur le dos ou, plus discrètement, au creux des poignets. Un rite auquel peu dérogent.

VISÉE PAR L’ATTENTAT MEURTRIER D’ALEXANDRIE, CETTE COMMUNAUTÉ CHRÉTIENNE MINORITAIRE, LA PLUS NOMBREUSE DU MONDE ARABE, REFUSE DE CÉDER À LA TERREUR. PAR SOPHIE GARETTE, AU CAIRE. PHOTOS : DENIS DAILLEUX/AGENCE VU

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10/01/11 16:35:30


Tessa Worley

Époque Sport

PHOTOS : TROVATI/DPPI

A PAS DE GEANTS

La jeune Française domine la coupe du monde de ski. Rien ne parvient à entamer son tempérament. Pas même un revers en slalom, en Croatie. PAR FRANÇOIS TOUMINET

Z

agreb, Croatie, le 4 janvier. Éliminée d’entrée lors de la première manche du slalom, Tessa Worley vient de vivre une journée noire. Jointe au téléphone dans sa chambre d’hôtel quelques heures plus tard, la skieuse du Grand-Bornand (74) se montre affable, semble avoir ravalé sa déception. En ce moment, rien ne peut entamer sa joie de vivre. Il faut dire que, depuis quelques semaines, tout concourt à lui faire garder le sourire. À son tableau de chasse, trois géants empochés en autant de courses disputées. Le tout sur des pistes mythiques du calendrier du ski alpin : Aspen (États-Unis), Saint-Moritz (Suisse) et Semmering (Autriche). Du haut de son 1,57 mètre, la « Petite Puce », telle qu’on la surnomme dans l’équipe de France, redonne des couleurs au ski tricolore, en berne depuis le retrait de Carole Montillet, en 2006. Une soudaine explosion qui n’a pas surpris Anthony Séchaud, coach de la jolie blonde depuis ses débuts en équipe de France junior. « L’entraîner, c’est un vrai bonheur. L’intérêt et l’application qu’elle met dans le travail, depuis toujours, ne pouvaient que déboucher sur de tels résultats. » À 21 ans, Tessa Worley tranche dans l’univers du ski tricolore où les talents s’affinent généralement avec les années. « Je n’ai pas le sentiment d’être très précoce, affirme-t-elle. Les étrangères aussi gagnent très jeunes. Je ne vois pas pourquoi les Françaises devraient être plus tardives ! » Surtout quand on possède « ce petit truc en plus », dixit son entraîneur. Si l’on ajoute à son talent de glisseuse un caractère pétillant, la native d’Annemasse (74) possède tous les critères pour devenir la nouvelle star du ski féminin français. Y compris un parcours personnel hors du commun. Née d’un père australien et d’une mère française, la jeune femme a grandi entre deux pays. Dans l’hémisphère Sud, au cœur des montagnes néo-zélandaises, puis dans l’hémisphère Nord, du côté des Alpes, elle n’a, pendant toute son enfance, pas quitté ses skis de l’année. Elle tire tous les jours partie de cette double culture. « C’est peut-être là que j’ai puisé la hargne et l’envie d’y aller tout le temps à fond. Ça peut aider en ski, un sport où il faut mettre en avant son tempérament de guerrière. » Endossant la chasuble rouge du leader de la coupe du monde, elle assume crânement son nouveau statut. « Pour tout dire, je ne me pose pas trop la question ! J’ai toujours eu le tempérament de vouloir être la meilleure. » Un pari en passe d’être gagné. 쐍

Enfant, Tessa skiait toute l’année, entre la France et la Nouvelle Zélande

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Pétillante Tessa Worley, 21 ans, possède « ce petit truc en plus » des skieuses de grand talent, assure son entraîneur. À son tableau de chasse, trois slaloms géants remportés en trois courses, comme ici à Saint-Moritz, en Suisse, le 12 décembre 2010.

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Tessa Worley

Époque Sport

PHOTOS : TROVATI/DPPI

A PAS DE GEANTS

La jeune Française domine la coupe du monde de ski. Rien ne parvient à entamer son tempérament. Pas même un revers en slalom, en Croatie. PAR FRANÇOIS TOUMINET

Z

agreb, Croatie, le 4 janvier. Éliminée d’entrée lors de la première manche du slalom, Tessa Worley vient de vivre une journée noire. Jointe au téléphone dans sa chambre d’hôtel quelques heures plus tard, la skieuse du Grand-Bornand (74) se montre affable, semble avoir ravalé sa déception. En ce moment, rien ne peut entamer sa joie de vivre. Il faut dire que, depuis quelques semaines, tout concourt à lui faire garder le sourire. À son tableau de chasse, trois géants empochés en autant de courses disputées. Le tout sur des pistes mythiques du calendrier du ski alpin : Aspen (États-Unis), Saint-Moritz (Suisse) et Semmering (Autriche). Du haut de son 1,57 mètre, la « Petite Puce », telle qu’on la surnomme dans l’équipe de France, redonne des couleurs au ski tricolore, en berne depuis le retrait de Carole Montillet, en 2006. Une soudaine explosion qui n’a pas surpris Anthony Séchaud, coach de la jolie blonde depuis ses débuts en équipe de France junior. « L’entraîner, c’est un vrai bonheur. L’intérêt et l’application qu’elle met dans le travail, depuis toujours, ne pouvaient que déboucher sur de tels résultats. » À 21 ans, Tessa Worley tranche dans l’univers du ski tricolore où les talents s’affinent généralement avec les années. « Je n’ai pas le sentiment d’être très précoce, affirme-t-elle. Les étrangères aussi gagnent très jeunes. Je ne vois pas pourquoi les Françaises devraient être plus tardives ! » Surtout quand on possède « ce petit truc en plus », dixit son entraîneur. Si l’on ajoute à son talent de glisseuse un caractère pétillant, la native d’Annemasse (74) possède tous les critères pour devenir la nouvelle star du ski féminin français. Y compris un parcours personnel hors du commun. Née d’un père australien et d’une mère française, la jeune femme a grandi entre deux pays. Dans l’hémisphère Sud, au cœur des montagnes néo-zélandaises, puis dans l’hémisphère Nord, du côté des Alpes, elle n’a, pendant toute son enfance, pas quitté ses skis de l’année. Elle tire tous les jours partie de cette double culture. « C’est peut-être là que j’ai puisé la hargne et l’envie d’y aller tout le temps à fond. Ça peut aider en ski, un sport où il faut mettre en avant son tempérament de guerrière. » Endossant la chasuble rouge du leader de la coupe du monde, elle assume crânement son nouveau statut. « Pour tout dire, je ne me pose pas trop la question ! J’ai toujours eu le tempérament de vouloir être la meilleure. » Un pari en passe d’être gagné. 쐍

Enfant, Tessa skiait toute l’année, entre la France et la Nouvelle Zélande

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Pétillante Tessa Worley, 21 ans, possède « ce petit truc en plus » des skieuses de grand talent, assure son entraîneur. À son tableau de chasse, trois slaloms géants remportés en trois courses, comme ici à Saint-Moritz, en Suisse, le 12 décembre 2010.

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Tout en images Hommage

PAS UN HÉROS

Daniel Balavoine participera deux fois au rallye phare des années quatre-vingt, le Paris-Dakar. On le voit, ici, dans les champs, à Cergy-Pontoise, lors du prologue de l’édition 1983. Il tombera en panne dès la première étape mais suivra la caravane jusqu’au bout, découvrant la beauté et les malheurs de l’Afrique. Il reviendra en 1985 et terminera trentième.

Daniel

Balavoine

UNE SI LONGUE ABSENCE VINGT-CINQ ANS APRÈS LA DISPARITION DE L’ARTISTE, SON AMI ET BIOGRAPHE DIDIER VARROD LUI ADRESSE UNE TRÈS BELLE LETTRE D’AMOUR.

M. HAMON/DALLE

PAR DIDIER VARROD

VSD1742D046.indd 46-47

10/01/11 14:30:03


Tout en images Hommage

PAS UN HÉROS

Daniel Balavoine participera deux fois au rallye phare des années quatre-vingt, le Paris-Dakar. On le voit, ici, dans les champs, à Cergy-Pontoise, lors du prologue de l’édition 1983. Il tombera en panne dès la première étape mais suivra la caravane jusqu’au bout, découvrant la beauté et les malheurs de l’Afrique. Il reviendra en 1985 et terminera trentième.

Daniel

Balavoine

UNE SI LONGUE ABSENCE VINGT-CINQ ANS APRÈS LA DISPARITION DE L’ARTISTE, SON AMI ET BIOGRAPHE DIDIER VARROD LUI ADRESSE UNE TRÈS BELLE LETTRE D’AMOUR.

M. HAMON/DALLE

PAR DIDIER VARROD

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L’aventure Moteur

L

Chevrolet Volt

’idée est simple. Partant du constat que les batteries pour les véhicules électriques sont encore lourdes, encombrantes et chères, pourquoi ne pas en adopter de plus petites et leur adjoindre un « groupe électrogène » pour alimenter le moteur lorsqu’elles sont vides ? Voici le concept de la Chevrolet Volt, qui marque ainsi un tournant dans l’histoire de l’automobile. Grâce à sa batterie lithium-ion (rechargeable en quatre heures), elle peut parcourir 60 kilomètres sans émettre de gaz. Ensuite, un moteur à essence vient en renfort pour produire de l’électricité et entraîner les roues. La Volt, c’est donc deux voitures en une. Dans la majorité des usages (80 % des Européens conduisent moins de 50 kilomètres par jour), elle offre les mêmes avantages qu’une Nissan Leaf électrique (élue voiture de l’année 2011). Le reste du temps, elle se transforme en Toyota Prius (hybride) et peut franchir 500 kilomètres, lorsque le moteur thermique est en route. Le système de propulsion de la Volt a beau être complexe, ce qui frappe lorsqu’on prend le volant, c’est la facilité d’utilisation et la douceur de conduite. La voiture démarre et se déplace à faible vitesse pratiquement sans bruit. Ce mariage silencedouceur en fait la berline la plus confortable de sa catégorie, au point que certains journalistes américains n’hésitent pas à la comparer à une Rolls-Royce Phantom ! Attention, cette douceur ne signifie pas pour autant que l’auto manque de caractère. Avec 111 kW (150 ch) et, surtout, 368 Nm de couple au démarrage, le moteur électrique propulse les 1700 kilos de l’auto de 0 à 100 km/h en 8,8 s et la fait passer de 80 à 120 km/h en 7,5 s ; soit les accélérations d’un V6 de 250 ch. Et le plus surprenant, avec des performances aussi élevées, c’est que les 60 kilomètres d’autonomie annoncés sont au rendez-vous. Deuxième surprise, le démarrage du moteur thermique (1,4 l essence, 84 ch) est presque imperceptible. Il se fait automatiquement lorsque le niveau de charge de la batterie passe en dessous de 30 %. Si ce n’est un léger « ronron », rien ne distingue la conduite en mode électrique de celle en mode hybride, à allure modérée. En revanche, lorsque le rythme s’accélère, la sensation est surprenante. En effet, le fonctionnement du petit 4-cylindres n’est pas lié aux sollicitations de l’accélérateur. C’est l’électronique qui gère le régime moteur (entre 2 200 et 4 800 tr/min) en fonction des besoins en énergie. Mais, quel que soit le mode de fonctionnement, les performances restent similaires (vitesse maxi de 160 km/h, sur circuit). Seule une montée de col effectuée pied au plancher peut avoir raison du brio de l’auto. En effet, lorsque la charge de la batterie descend en dessous de 20 %, la voiture passe en mode économie d’énergie et ses performances se dégradent. On peut anticiper ce phénomène désagréable en sélectionnant le mode montagne (trois modes sont disponibles : normal, sport, montagne) dix à quinze minutes avant l’ascension. Il permet de maintenir le niveau de charge de la batterie au-dessus de 45 % et donc de disposer de plus d’énergie pour la montée. Autre point inhabituel : le calcul de la consommation. Lors de notre essai, batterie déchargée, la Volt a consommé 6,3 l/100 km. Rien de déraisonnable, et rappelons que, lorsqu’on effectue moins de 60 kilomètres par jour, la consommation d’essence est nulle. En Europe, la Volt affichera ainsi une consommation normalisée inférieure à 2,6 l/100 km. Elle profitera donc chez nous des 5 000 euros de bonus écologique. Elle en aura d’ailleurs bien besoin car cette technologie est pour l’instant très chère. Aux États-Unis, où elle est déjà en vente, la Volt coûte 41 000 dollars HT (29 800 euros env.). Chevrolet n’a pas encore annoncé les tarifs pour l’Europe, mais Opel, qui commercialisera sa sœur jumelle (l’Ampera) fin 2011, parle de 42 900 euros hors bonus écologique. 

Électrique et sans limites ZÉRO ÉMISSION SUR LES TRAJETS COURTS, ÉCONOME ET AUTONOME SUR LES PARCOURS PLUS LONGS : LA VOLT EST UNE RÉVOLUTION. ESSAI.

PAR JEAN-LUC MOREAU

Lorsqu’on parcourt moins de 60 kilomètres, la consommation d’essence est nulle !

VSD1742D062.indd 62-63

Électrique ou hybride ? Quelle technologie pour la voiture du futur ? La Chevrolet a choisi les deux.

PHOTOS : D. R.

D

’un côté, les partisans de la voiture 100 % électrique, comme la Nissan Leaf (en haut). De l’autre ceux de la voiture hybride, comme la Toyota Prius (en bas). La Chevrolet Volt vient réconcilier les deux mondes avec sa chaîne de traction sophistiquée (deux moteurs électriques, un moteur thermique, un train épicycloïdal et trois embrayages) qui peut fonctionner selon quatre modes distincts. Lorsque la batterie est chargée, c’est une voiture électrique, entraînée par un (basse vitesse) ou deux (haute vitesse) moteurs électriques. Lorsque le moteur thermique se met en marche, à basse vitesse, il fait office de générateur pour alimenter le moteur électrique principal. Au-delà de 50 km/h, il aide les moteurs électriques à entraîner les roues. Cette solution a été choisie car elle permet d’augmenter l’efficacité de 10 à 15 % aux allures rapides. Dans ce dernier cas, c’est typiquement le fonctionnement d’une Prius. Conclusion, la Volt est donc bien électrique et hybride à la fois ! J.-L. M.

Double nature La Volt possède un système de traction électrique alimenté par batterie pendant 60 kilomètres. Ensuite, il est épaulé par un moteur essence pour parcourir jusqu’à 500 kilomètres.

5/01/11 14:26:43


L’aventure Moteur

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Chevrolet Volt

’idée est simple. Partant du constat que les batteries pour les véhicules électriques sont encore lourdes, encombrantes et chères, pourquoi ne pas en adopter de plus petites et leur adjoindre un « groupe électrogène » pour alimenter le moteur lorsqu’elles sont vides ? Voici le concept de la Chevrolet Volt, qui marque ainsi un tournant dans l’histoire de l’automobile. Grâce à sa batterie lithium-ion (rechargeable en quatre heures), elle peut parcourir 60 kilomètres sans émettre de gaz. Ensuite, un moteur à essence vient en renfort pour produire de l’électricité et entraîner les roues. La Volt, c’est donc deux voitures en une. Dans la majorité des usages (80 % des Européens conduisent moins de 50 kilomètres par jour), elle offre les mêmes avantages qu’une Nissan Leaf électrique (élue voiture de l’année 2011). Le reste du temps, elle se transforme en Toyota Prius (hybride) et peut franchir 500 kilomètres, lorsque le moteur thermique est en route. Le système de propulsion de la Volt a beau être complexe, ce qui frappe lorsqu’on prend le volant, c’est la facilité d’utilisation et la douceur de conduite. La voiture démarre et se déplace à faible vitesse pratiquement sans bruit. Ce mariage silencedouceur en fait la berline la plus confortable de sa catégorie, au point que certains journalistes américains n’hésitent pas à la comparer à une Rolls-Royce Phantom ! Attention, cette douceur ne signifie pas pour autant que l’auto manque de caractère. Avec 111 kW (150 ch) et, surtout, 368 Nm de couple au démarrage, le moteur électrique propulse les 1700 kilos de l’auto de 0 à 100 km/h en 8,8 s et la fait passer de 80 à 120 km/h en 7,5 s ; soit les accélérations d’un V6 de 250 ch. Et le plus surprenant, avec des performances aussi élevées, c’est que les 60 kilomètres d’autonomie annoncés sont au rendez-vous. Deuxième surprise, le démarrage du moteur thermique (1,4 l essence, 84 ch) est presque imperceptible. Il se fait automatiquement lorsque le niveau de charge de la batterie passe en dessous de 30 %. Si ce n’est un léger « ronron », rien ne distingue la conduite en mode électrique de celle en mode hybride, à allure modérée. En revanche, lorsque le rythme s’accélère, la sensation est surprenante. En effet, le fonctionnement du petit 4-cylindres n’est pas lié aux sollicitations de l’accélérateur. C’est l’électronique qui gère le régime moteur (entre 2 200 et 4 800 tr/min) en fonction des besoins en énergie. Mais, quel que soit le mode de fonctionnement, les performances restent similaires (vitesse maxi de 160 km/h, sur circuit). Seule une montée de col effectuée pied au plancher peut avoir raison du brio de l’auto. En effet, lorsque la charge de la batterie descend en dessous de 20 %, la voiture passe en mode économie d’énergie et ses performances se dégradent. On peut anticiper ce phénomène désagréable en sélectionnant le mode montagne (trois modes sont disponibles : normal, sport, montagne) dix à quinze minutes avant l’ascension. Il permet de maintenir le niveau de charge de la batterie au-dessus de 45 % et donc de disposer de plus d’énergie pour la montée. Autre point inhabituel : le calcul de la consommation. Lors de notre essai, batterie déchargée, la Volt a consommé 6,3 l/100 km. Rien de déraisonnable, et rappelons que, lorsqu’on effectue moins de 60 kilomètres par jour, la consommation d’essence est nulle. En Europe, la Volt affichera ainsi une consommation normalisée inférieure à 2,6 l/100 km. Elle profitera donc chez nous des 5 000 euros de bonus écologique. Elle en aura d’ailleurs bien besoin car cette technologie est pour l’instant très chère. Aux États-Unis, où elle est déjà en vente, la Volt coûte 41 000 dollars HT (29 800 euros env.). Chevrolet n’a pas encore annoncé les tarifs pour l’Europe, mais Opel, qui commercialisera sa sœur jumelle (l’Ampera) fin 2011, parle de 42 900 euros hors bonus écologique. 

Électrique et sans limites ZÉRO ÉMISSION SUR LES TRAJETS COURTS, ÉCONOME ET AUTONOME SUR LES PARCOURS PLUS LONGS : LA VOLT EST UNE RÉVOLUTION. ESSAI.

PAR JEAN-LUC MOREAU

Lorsqu’on parcourt moins de 60 kilomètres, la consommation d’essence est nulle !

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Électrique ou hybride ? Quelle technologie pour la voiture du futur ? La Chevrolet a choisi les deux.

PHOTOS : D. R.

D

’un côté, les partisans de la voiture 100 % électrique, comme la Nissan Leaf (en haut). De l’autre ceux de la voiture hybride, comme la Toyota Prius (en bas). La Chevrolet Volt vient réconcilier les deux mondes avec sa chaîne de traction sophistiquée (deux moteurs électriques, un moteur thermique, un train épicycloïdal et trois embrayages) qui peut fonctionner selon quatre modes distincts. Lorsque la batterie est chargée, c’est une voiture électrique, entraînée par un (basse vitesse) ou deux (haute vitesse) moteurs électriques. Lorsque le moteur thermique se met en marche, à basse vitesse, il fait office de générateur pour alimenter le moteur électrique principal. Au-delà de 50 km/h, il aide les moteurs électriques à entraîner les roues. Cette solution a été choisie car elle permet d’augmenter l’efficacité de 10 à 15 % aux allures rapides. Dans ce dernier cas, c’est typiquement le fonctionnement d’une Prius. Conclusion, la Volt est donc bien électrique et hybride à la fois ! J.-L. M.

Double nature La Volt possède un système de traction électrique alimenté par batterie pendant 60 kilomètres. Ensuite, il est épaulé par un moteur essence pour parcourir jusqu’à 500 kilomètres.

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