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SUPPLEMENT

NUMERIQUE +16 PAGES

BEL : 2,80 € - CH : 5,50 FS - CAN : 8 $C – A : 3,60 € - D : 3,60 € - ESP : 3,20 € – GR : 3,20 € - ITA : 3,20 € – LUX : 2,80 € – NL : 3,30 € - PORT.CONT. : 3,20 € –DOM : AVION : 4 € – MAROC : 30 DH – TUNISIE : 4,200 TDU - ZONE CFA AVION : 3 000 CFA - ZONE CFP AVION : 950 CFP.

NOUVEAU ATTENTAT DE KARACHI

LA HAINE LE RETOUR

Derrière l’affaire d’État, le règlement de comptes politique... À Villetaneuse, Ali, 15 ans, témoigne

REINSERTION SCOLAIRE

VILLAGES/CITES

LE CHOC DES CULTURES Longoria/Parker

LE FAUX

DIVORCE SURPRISE Comment Eva

T 01713 - 1735 - F: 2,40 E

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a trahi leur accord VSD.FR

2,40€ N° 1735 - DU 25 NOVEMBRE AU 1ER DÉCEMBRE 2010

22/11/10 15:00:26


Époque Enquête

ATTENTAT DE KARACHI

REUTERS

UNE AFFAIRE D’ÉTAT VSD1735D016.indd 16-17

SUR FOND DE HAINE ENTRE VILLEPIN ET SARKOZY, L’ENQUÊTE SUR LA MORT DES ONZE FRANÇAIS, EN 2002, S’EST EMBALLÉE. ET EMBARRASSE TOUTE LA DROITE.

Un signal politique

13 mai 2002, le chef de l’État rend hommage aux victimes de l’attentat, perpétré cinq jours plus tôt au Pakistan. Cela fait tout juste une semaine que Jacques Chirac a été réélu président. Si la thèse officielle à l’époque cible une piste islamiste, une enquête interne de la DCN met rapidement en cause la suspension des commissions.

PAR CHRISTELLE BERTRAND ET MATHIEU JANIN

22/11/10 16:56:11


Époque Enquête

ATTENTAT DE KARACHI

REUTERS

UNE AFFAIRE D’ÉTAT VSD1735D016.indd 16-17

SUR FOND DE HAINE ENTRE VILLEPIN ET SARKOZY, L’ENQUÊTE SUR LA MORT DES ONZE FRANÇAIS, EN 2002, S’EST EMBALLÉE. ET EMBARRASSE TOUTE LA DROITE.

Un signal politique

13 mai 2002, le chef de l’État rend hommage aux victimes de l’attentat, perpétré cinq jours plus tôt au Pakistan. Cela fait tout juste une semaine que Jacques Chirac a été réélu président. Si la thèse officielle à l’époque cible une piste islamiste, une enquête interne de la DCN met rapidement en cause la suspension des commissions.

PAR CHRISTELLE BERTRAND ET MATHIEU JANIN

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Époque People Fin de match C’était il y a un an, au 33e Congrès hispanique, à Washington. Plutôt qu’à une œillade, c’est à un œil noir de l’actrice latina qu’a eu droit le frenchy de San Antonio. Déjà de la tension dans l’air.

LONGORIA-PARKER, LES DESSOUS D’UN DIVORCE

SEXE, MENSONGES ET SMS Dénonçant l’infidélité de son mari basketteur, la desperate housewife a rendu public leur séparation, organisée secrètement depuis un mois. Révélations. PAR FRANÇOIS GIUSEPPI / RMC SPORT

VSD1735D022-S024.indd 22-23

22/11/10 16:46:25


Époque People Fin de match C’était il y a un an, au 33e Congrès hispanique, à Washington. Plutôt qu’à une œillade, c’est à un œil noir de l’actrice latina qu’a eu droit le frenchy de San Antonio. Déjà de la tension dans l’air.

LONGORIA-PARKER, LES DESSOUS D’UN DIVORCE

SEXE, MENSONGES ET SMS Dénonçant l’infidélité de son mari basketteur, la desperate housewife a rendu public leur séparation, organisée secrètement depuis un mois. Révélations. PAR FRANÇOIS GIUSEPPI / RMC SPORT

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Époque Témoignage

Propagation Sous les yeux impuissants de sa mère, un jeune garçon agonise dans la rue, à 150 mètres d’un centre de traitement du choléra, à Port-au-Prince. Un mois après le début de l’épidémie partie du nord du pays, le nombre de cas recensés dans la capitale augmente de manière exponentielle.

HAÏTI

Séisme, choléra, émeutes

LES DAMNES DE LA TERRE

DEPP/POLARIS/STARFACE

L’épidémie de choléra a fait près de 1 200 morts depuis la mi-octobre. Une situation explosive pour ce pays exsangue, marqué cette fois par des affrontements entre la population et des soldats des Nations unies.

VSD1735D026.indd 26-27

22/11/10 15:19:15


Époque Témoignage

Propagation Sous les yeux impuissants de sa mère, un jeune garçon agonise dans la rue, à 150 mètres d’un centre de traitement du choléra, à Port-au-Prince. Un mois après le début de l’épidémie partie du nord du pays, le nombre de cas recensés dans la capitale augmente de manière exponentielle.

HAÏTI

Séisme, choléra, émeutes

LES DAMNES DE LA TERRE

DEPP/POLARIS/STARFACE

L’épidémie de choléra a fait près de 1 200 morts depuis la mi-octobre. Une situation explosive pour ce pays exsangue, marqué cette fois par des affrontements entre la population et des soldats des Nations unies.

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Époque Reportage

Woerth

U

ne brume légère recouvre l’élégante ville de Chantilly, jadis celle des princes de Condé. Dans les rues où s’engouffre un petit vent d’est très frais, les habitants, on dit les Cantiliens, se font rares. À l’instar de leur maire, exministre du Travail plombé par l’affaire Bettencourt, exfiltré du gouvernement le 14 novembre, juste après avoir mené à son terme la très impopulaire réforme des retraites. Ses administrés ne l’ont pas vu récemment, ou ne veulent pas le dire. Tous en ont assez d’être questionnés sur « l’affaire ». À commencer par ce boucher, d’abord affable à l’idée de vendre l’une de ses volailles, avant d’opposer, couteau à la main, une fin de non-recevoir. Pas de journalistes dans sa boutique ! Même accueil glacial chez la mercière, en face. « Ça suffit, maintenant ! » s’énerve celle-ci, reprenant comme par mimétisme l’expression de l’ex-ministre, chaque fois qu’un journaliste l’interroge sur l’affaire Bettencourt. À Chantilly, on en a « marre de cette affairelà ». Et on attend que les juges se prononcent. Justement, l’affaire Woerth-Bettencourt est dépaysée à Bordeaux, après six mois de climat houleux entre le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, et la juge en charge de l’enquête, Isabelle Prévost-Desprez. Par ailleurs, le procureur Jean-Louis Nadal vient de saisir la Cour de justice de la République du cas Woerth, qu’il soupçonne de « favoritisme et de prise illégale d’intérêts » au moment de la cession de l’hippodrome de Compiègne. Une décision tombée deux jours après l’éviction du ministre.

RETOUR AUX AFFAIRES COURANTES Viré du gouvernement, plombé par l’affaire Bettencourt, poursuivi pour celle de la vente de l’hippodrome de Compiègne, l’ancien ministre vit des jours sombres. Témoignages dans son fief, à Chantilly.

“Malgré les apparences, il est très ébranlé”

PAR SYLVIE LOTIRON

PHOTOS : SOLAL- STE

VENS/SIPA

Et maintenant ? Après son départ du gouvernement le 14 novembre, l’ex-ministre du Travail a été reçu à l’Élysée par le président. La justice le somme à présent de s’expliquer sur la vente de l’hippodrome du Putois, à Compiègne (ci-contre). Beaucoup de soucis pour un seul homme, même doté, en apparence, d’une capacité de résignation quasi sacrificielle. C’est sans doute ce qu’a estimé le président de la République, qui l’a reçu le 18 novembre. Pour le consoler, sans doute, le conseiller sur sa défense, peutêtre, lui promettre des jours meilleurs, certainement. « C’est bien le moins qu’il puisse faire », considère un proche, évoquant le cauchemar de cet homme passé subitement de l’ombre de « ses costumes gris » à la lumière éblouissante du scandale. « Il a fait le sale boulot

N° 1735

VSD1735D032.indd 32-33

et on le vire », compatit le patron du bar Le Paris, où il vient boire « son jus de tomate avec son équipe », après sa permanence du samedi matin. Celui-ci admire « sa capacité à garder son sang-froid en toutes circonstances. Quand il est pris à partie, ici ou ailleurs, il écoute puis répond froidement, sans jamais monter le ton ». Un flegme qui suscite l’admiration mais soulève aussi des questions. « Pour subir ça sans broncher, soit on est coupable jusqu’à l’os, soit on est pervers masochiste, soit on se dévoue pour protéger son mentor », avance un ex-ministre, notant des similitudes entre Woerth et un certain Juppé défendant en d’autres temps, « droit dans ses bottes », son mentor à lui, Jacques Chirac. En attendant de revenir, peut-être, un jour, au pouvoir, comme le maire de Bordeaux, Éric Woerth doit « se reposer, prendre de la hauteur, se détendre, jouer au foot », disent ses amis, à la façon dont on parle de quelqu’un de déprimé, voire dépressif. Il doit « être hyper-mal », observe Martin Hirsch, son ex-camarade du gouvernement et de cordée, avec qui il est peut-être le seul à avoir Un ami partagé fous rires et familiarités lors de leurs sorties varappe au-dessus de Chamonix. Pour Patrice Marchand, maire de la commune voisine de Gouvieux, « ami, mais pas intime, parce qu’il n’y a pas d’intimité possible avec lui », Woerth serait, « malgré son apparence neutre, très ébranlé ». Régulièrement, ils déjeunent ensemble, « frugalement, Éric n’est pas gourmet », regrette-t-il. « Je lui ai conseillé de sortir, ou d’aller à Chamonix, où il possède un petit appartement. » Il écarte, bien sûr, les soupçons de conflit d’intérêts à son encontre. « Il y a tout de même des commissions de surveillance, s’emporte-t-il. D’ailleurs, tous les trésoriers de parti ont des problèmes. Voyez Casetta ! [Louise-Yvonne, extrésorière du RPR condamnée, en 2001, à six mois de prison, NDLR] » Christian Patria, « son bras droit » et suppléant à l’Assemblée nationale, où Woerth reprendra son siège dans un mois, compatit, lui aussi. Et admire la « dignité d’Éric ». Plus étonnant, son opposant politique, le conseiller municipal socialiste Dominique Louis-Dit-Trieau, dit respecter « l’homme », qu’il se refuse à « juger. Je suis un mauvais client pour les journalistes ». S’il reconnaît n’être pas en accord avec le maire sur sa politique sociale, il s’étonne du portait que l’on fait de « celui qui était décrit comme compétent, fidèle, discret ». Seuls bémols à ce bel élan de compassion, les jeunes Cantiliens, à qui le maire a sucré leur stade pour en faire un parking. « On a trop le venin ! » confie l’un d’eux. Et le maire de Senlis, Jean-Christophe Canter, en conflit ouvert avec Éric Woerth, dont il dénonce « le système » dans un livre, Éric m’a tuer, à paraître début 2011. D’autres ennuis en vue ? 쐍

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Époque Reportage

Woerth

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ne brume légère recouvre l’élégante ville de Chantilly, jadis celle des princes de Condé. Dans les rues où s’engouffre un petit vent d’est très frais, les habitants, on dit les Cantiliens, se font rares. À l’instar de leur maire, exministre du Travail plombé par l’affaire Bettencourt, exfiltré du gouvernement le 14 novembre, juste après avoir mené à son terme la très impopulaire réforme des retraites. Ses administrés ne l’ont pas vu récemment, ou ne veulent pas le dire. Tous en ont assez d’être questionnés sur « l’affaire ». À commencer par ce boucher, d’abord affable à l’idée de vendre l’une de ses volailles, avant d’opposer, couteau à la main, une fin de non-recevoir. Pas de journalistes dans sa boutique ! Même accueil glacial chez la mercière, en face. « Ça suffit, maintenant ! » s’énerve celle-ci, reprenant comme par mimétisme l’expression de l’ex-ministre, chaque fois qu’un journaliste l’interroge sur l’affaire Bettencourt. À Chantilly, on en a « marre de cette affairelà ». Et on attend que les juges se prononcent. Justement, l’affaire Woerth-Bettencourt est dépaysée à Bordeaux, après six mois de climat houleux entre le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, et la juge en charge de l’enquête, Isabelle Prévost-Desprez. Par ailleurs, le procureur Jean-Louis Nadal vient de saisir la Cour de justice de la République du cas Woerth, qu’il soupçonne de « favoritisme et de prise illégale d’intérêts » au moment de la cession de l’hippodrome de Compiègne. Une décision tombée deux jours après l’éviction du ministre.

RETOUR AUX AFFAIRES COURANTES Viré du gouvernement, plombé par l’affaire Bettencourt, poursuivi pour celle de la vente de l’hippodrome de Compiègne, l’ancien ministre vit des jours sombres. Témoignages dans son fief, à Chantilly.

“Malgré les apparences, il est très ébranlé”

PAR SYLVIE LOTIRON

PHOTOS : SOLAL- STE

VENS/SIPA

Et maintenant ? Après son départ du gouvernement le 14 novembre, l’ex-ministre du Travail a été reçu à l’Élysée par le président. La justice le somme à présent de s’expliquer sur la vente de l’hippodrome du Putois, à Compiègne (ci-contre). Beaucoup de soucis pour un seul homme, même doté, en apparence, d’une capacité de résignation quasi sacrificielle. C’est sans doute ce qu’a estimé le président de la République, qui l’a reçu le 18 novembre. Pour le consoler, sans doute, le conseiller sur sa défense, peutêtre, lui promettre des jours meilleurs, certainement. « C’est bien le moins qu’il puisse faire », considère un proche, évoquant le cauchemar de cet homme passé subitement de l’ombre de « ses costumes gris » à la lumière éblouissante du scandale. « Il a fait le sale boulot

N° 1735

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et on le vire », compatit le patron du bar Le Paris, où il vient boire « son jus de tomate avec son équipe », après sa permanence du samedi matin. Celui-ci admire « sa capacité à garder son sang-froid en toutes circonstances. Quand il est pris à partie, ici ou ailleurs, il écoute puis répond froidement, sans jamais monter le ton ». Un flegme qui suscite l’admiration mais soulève aussi des questions. « Pour subir ça sans broncher, soit on est coupable jusqu’à l’os, soit on est pervers masochiste, soit on se dévoue pour protéger son mentor », avance un ex-ministre, notant des similitudes entre Woerth et un certain Juppé défendant en d’autres temps, « droit dans ses bottes », son mentor à lui, Jacques Chirac. En attendant de revenir, peut-être, un jour, au pouvoir, comme le maire de Bordeaux, Éric Woerth doit « se reposer, prendre de la hauteur, se détendre, jouer au foot », disent ses amis, à la façon dont on parle de quelqu’un de déprimé, voire dépressif. Il doit « être hyper-mal », observe Martin Hirsch, son ex-camarade du gouvernement et de cordée, avec qui il est peut-être le seul à avoir Un ami partagé fous rires et familiarités lors de leurs sorties varappe au-dessus de Chamonix. Pour Patrice Marchand, maire de la commune voisine de Gouvieux, « ami, mais pas intime, parce qu’il n’y a pas d’intimité possible avec lui », Woerth serait, « malgré son apparence neutre, très ébranlé ». Régulièrement, ils déjeunent ensemble, « frugalement, Éric n’est pas gourmet », regrette-t-il. « Je lui ai conseillé de sortir, ou d’aller à Chamonix, où il possède un petit appartement. » Il écarte, bien sûr, les soupçons de conflit d’intérêts à son encontre. « Il y a tout de même des commissions de surveillance, s’emporte-t-il. D’ailleurs, tous les trésoriers de parti ont des problèmes. Voyez Casetta ! [Louise-Yvonne, extrésorière du RPR condamnée, en 2001, à six mois de prison, NDLR] » Christian Patria, « son bras droit » et suppléant à l’Assemblée nationale, où Woerth reprendra son siège dans un mois, compatit, lui aussi. Et admire la « dignité d’Éric ». Plus étonnant, son opposant politique, le conseiller municipal socialiste Dominique Louis-Dit-Trieau, dit respecter « l’homme », qu’il se refuse à « juger. Je suis un mauvais client pour les journalistes ». S’il reconnaît n’être pas en accord avec le maire sur sa politique sociale, il s’étonne du portait que l’on fait de « celui qui était décrit comme compétent, fidèle, discret ». Seuls bémols à ce bel élan de compassion, les jeunes Cantiliens, à qui le maire a sucré leur stade pour en faire un parking. « On a trop le venin ! » confie l’un d’eux. Et le maire de Senlis, Jean-Christophe Canter, en conflit ouvert avec Éric Woerth, dont il dénonce « le système » dans un livre, Éric m’a tuer, à paraître début 2011. D’autres ennuis en vue ? 쐍

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Époque Portrait

ALI, 15 ANS

SI CA CONTINUE,

Dans la rue

Renvoyé pour avoir apporté en cours un pistolet électrique Taser, Ali ne va plus au collège depuis sept mois. Tous les matins, il se lève tôt et passe la journée dans son quartier de Villetaneuse (93).

JE VAIS FINIR EN PRISON

EN RUPTURE SCOLAIRE, CET ADO PASSE SES JOURNÉES DEHORS, À TRAÎNER. SON DERNIER ESPOIR : INTÉGRER UN ÉTABLISSEMENT DE RÉINSERTION SCOLAIRE. CES ERS QUI ONT DÉFRAYÉ LA CHRONIQUE EN PROVINCE. C’EST PAS GAGNÉ.

PAR SÉBASTIEN DESLANDES. PHOTOS : HERVÉ LEGUEUX POUR VSD

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22/11/10 18:17:37


Époque Portrait

ALI, 15 ANS

SI CA CONTINUE,

Dans la rue

Renvoyé pour avoir apporté en cours un pistolet électrique Taser, Ali ne va plus au collège depuis sept mois. Tous les matins, il se lève tôt et passe la journée dans son quartier de Villetaneuse (93).

JE VAIS FINIR EN PRISON

EN RUPTURE SCOLAIRE, CET ADO PASSE SES JOURNÉES DEHORS, À TRAÎNER. SON DERNIER ESPOIR : INTÉGRER UN ÉTABLISSEMENT DE RÉINSERTION SCOLAIRE. CES ERS QUI ONT DÉFRAYÉ LA CHRONIQUE EN PROVINCE. C’EST PAS GAGNÉ.

PAR SÉBASTIEN DESLANDES. PHOTOS : HERVÉ LEGUEUX POUR VSD

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Tout en images Reportage

YPD

blues

Un ancien officier de police new-yorkais, Antonio Bolfo, a shooté le quotidien hors norme des jeunes flics, dans le sud du Bronx.

PHOTOS : ANTONIO BOLFO BY GETTY IMAGES

VSD1735D042-D044-D046.indd 42-43

PEUR SUR LA VILLE Casse-croûte sur le toit d’un building de la cité – dont l’accès est interdit aux riverains – avant une patrouille de nuit qui s’annonce longue pour les officiers Bianco et Lane. Affectés au commissariat de Mott Haven depuis deux ans, ils étaient supposés ne passer que six mois dans ce quartier pauvre et violent du Bronx, entre la 138 th St. East et la 149th St. East.

PAR LAURENCE DURIEU hooter était une thérapie pour moi, ça me permettait d’évacuer mon stress. » Dès 2006, Antonio Bolfo, alors officier de police du Bronx, prend des photos, pour conjurer la réalité du quotidien de la police new-yorkaise. Même après avoir quitté l’uniforme, en 2008, l’ancien flic poursuivra sa tâche en tant que photographe professionnel. Ses images sur le vif montrent la violence, la peur, la lassitude, l’épuisement des hommes. « La tristesse aussi. L’impression d’être seul. Et l’incompréhension des policiers face à une population hostile ». Antonio Bolfo a aussi découvert l’absurdité du programme « Impact » du NYPD (New York City Police Department). Cette opération vise à plonger durant six mois les plus jeunes et les moins expérimentés des agents dans les quartiers les plus violents et les plus dangereux de la ville, en l’occurrence le Mott Haven, dans le sud du Bronx. Crise économique oblige, le NYPD a réduit ses budgets et a maintenu certains agents à ces postes pour une durée indéterminée, au moment même où était réclamée une augmentation du nombre d’arrestations. Alors que New York, l’une des villes les plus riches des États-Unis, se targuait en 2009 d’être devenue la cité la plus sûre du pays, la criminalité repartait à la hausse. Les statistiques indiquent un accroissement sensible (22,5 %) des meurtres au premier trimestre 2010, par rapport à la même période en 2009. Entre ces jeunes flics et une population en proie à la pauvreté, à la drogue et aux déferlements de bandes armées, la tension s’exacerbe. 

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Tout en images Reportage

YPD

blues

Un ancien officier de police new-yorkais, Antonio Bolfo, a shooté le quotidien hors norme des jeunes flics, dans le sud du Bronx.

PHOTOS : ANTONIO BOLFO BY GETTY IMAGES

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PEUR SUR LA VILLE Casse-croûte sur le toit d’un building de la cité – dont l’accès est interdit aux riverains – avant une patrouille de nuit qui s’annonce longue pour les officiers Bianco et Lane. Affectés au commissariat de Mott Haven depuis deux ans, ils étaient supposés ne passer que six mois dans ce quartier pauvre et violent du Bronx, entre la 138 th St. East et la 149th St. East.

PAR LAURENCE DURIEU hooter était une thérapie pour moi, ça me permettait d’évacuer mon stress. » Dès 2006, Antonio Bolfo, alors officier de police du Bronx, prend des photos, pour conjurer la réalité du quotidien de la police new-yorkaise. Même après avoir quitté l’uniforme, en 2008, l’ancien flic poursuivra sa tâche en tant que photographe professionnel. Ses images sur le vif montrent la violence, la peur, la lassitude, l’épuisement des hommes. « La tristesse aussi. L’impression d’être seul. Et l’incompréhension des policiers face à une population hostile ». Antonio Bolfo a aussi découvert l’absurdité du programme « Impact » du NYPD (New York City Police Department). Cette opération vise à plonger durant six mois les plus jeunes et les moins expérimentés des agents dans les quartiers les plus violents et les plus dangereux de la ville, en l’occurrence le Mott Haven, dans le sud du Bronx. Crise économique oblige, le NYPD a réduit ses budgets et a maintenu certains agents à ces postes pour une durée indéterminée, au moment même où était réclamée une augmentation du nombre d’arrestations. Alors que New York, l’une des villes les plus riches des États-Unis, se targuait en 2009 d’être devenue la cité la plus sûre du pays, la criminalité repartait à la hausse. Les statistiques indiquent un accroissement sensible (22,5 %) des meurtres au premier trimestre 2010, par rapport à la même période en 2009. Entre ces jeunes flics et une population en proie à la pauvreté, à la drogue et aux déferlements de bandes armées, la tension s’exacerbe. 

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Hypermarché du sexe

Au cœur d’Akihabara, le quartier des magnats de l’électronique, le Love Merci étale ses extravagances sur cinq étages. On y fait ses courses comme on achète son pain.

L’aventure

TOKYO

Phénomène de société ou carcan culturel, la sexualité des couples nippons est en berne. Le modèle familial cède progressivement face aux pratiques individuelles.

La fracture sexuelle TEXTES ET PHOTOS : MARC ROUSSEL

L

’empire des sens bande mou. Les Japonais ne font plus l’amour et ne veulent plus avoir d’enfants. Deux chiffres en attestent : le taux de natalité y est un des plus faibles au monde ; un tiers des couples japonais n’a pas eu de relations sexuelles en 2007. Et la libido est toujours en chute libre au pays du Soleil-Levant. Pour qui ne le connaît pas, Tokyo ressemble à une accumulation d’îlots où se sont développés les quartiers d’affaires, eux-mêmes concentrés autour des grandes gares. Entre les deux, une sorte de vide résidentiel, surtout peuplé de célibataires. Akihabara est l’un de ces centres-villes connus pour ses commerces d’électronique, ses boutiques de mangas et ses bars à hôtesses. Quelle que soit l’heure, on peut y croiser de jeunes « soubrettes », socquettes blanches, jupe courte à volants et oreilles de lapin sur la tête, qui invitent le chaland à venir se détendre dans ce qu’on appelle ici un « maid café ». Hommes d’affaires et paumés en tout genre se retrouvent autour d’une Akihabara face à ces très jeunes filles qui, d’une voix et ses boutiques bière, suraiguë, racontent des histoires d’enfant, chantent, d’électronique, dansent ou improvisent des jeux en tapant dans leurs de mangas, et ses mains. On peut fumer – ce qui est interdit dans les rues tokyoïtes –, boire, manger et, surtout, commubars à hôtesses niquer avec l’idéal du mâle japonais : une fillette de 13 ans. Ici, pas de traces d’activité sexuelle, officiellement. Au pied du Hand Maid Café, situé comme la plupart en étage, à l’abri des regards, des affiches aguichantes nous entraînent dans un monde plus explicite. Des milliers de mangas érotiques étalent leurs couvertures, toutes semblables : on y voit une très jeune fille, cuisses

VSD1735D050.indd 50-51

20/11/10 9:03:12


Hypermarché du sexe

Au cœur d’Akihabara, le quartier des magnats de l’électronique, le Love Merci étale ses extravagances sur cinq étages. On y fait ses courses comme on achète son pain.

L’aventure

TOKYO

Phénomène de société ou carcan culturel, la sexualité des couples nippons est en berne. Le modèle familial cède progressivement face aux pratiques individuelles.

La fracture sexuelle TEXTES ET PHOTOS : MARC ROUSSEL

L

’empire des sens bande mou. Les Japonais ne font plus l’amour et ne veulent plus avoir d’enfants. Deux chiffres en attestent : le taux de natalité y est un des plus faibles au monde ; un tiers des couples japonais n’a pas eu de relations sexuelles en 2007. Et la libido est toujours en chute libre au pays du Soleil-Levant. Pour qui ne le connaît pas, Tokyo ressemble à une accumulation d’îlots où se sont développés les quartiers d’affaires, eux-mêmes concentrés autour des grandes gares. Entre les deux, une sorte de vide résidentiel, surtout peuplé de célibataires. Akihabara est l’un de ces centres-villes connus pour ses commerces d’électronique, ses boutiques de mangas et ses bars à hôtesses. Quelle que soit l’heure, on peut y croiser de jeunes « soubrettes », socquettes blanches, jupe courte à volants et oreilles de lapin sur la tête, qui invitent le chaland à venir se détendre dans ce qu’on appelle ici un « maid café ». Hommes d’affaires et paumés en tout genre se retrouvent autour d’une Akihabara face à ces très jeunes filles qui, d’une voix et ses boutiques bière, suraiguë, racontent des histoires d’enfant, chantent, d’électronique, dansent ou improvisent des jeux en tapant dans leurs de mangas, et ses mains. On peut fumer – ce qui est interdit dans les rues tokyoïtes –, boire, manger et, surtout, commubars à hôtesses niquer avec l’idéal du mâle japonais : une fillette de 13 ans. Ici, pas de traces d’activité sexuelle, officiellement. Au pied du Hand Maid Café, situé comme la plupart en étage, à l’abri des regards, des affiches aguichantes nous entraînent dans un monde plus explicite. Des milliers de mangas érotiques étalent leurs couvertures, toutes semblables : on y voit une très jeune fille, cuisses

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L’aventure Moteur

Cible Le Countryman espère séduire les (petites) familles (aisées). Pour cela, ce petit SUV possède des arguments solides. C’est la plus habitable, la plus confortable et la plus polyvalent de toutes les Mini produites jusqu’à présent.

Mini Countryman

De plus en plus

MAXI

D. R.

LA GAMME MINI CONTINUE SA CROISSANCE AVEC CETTE VERSION 4 X 4. ELLE MESURE DÉSORMAIS PLUS DE 4 MÈTRES DE LONG, PÈSE PRÈS DE 1,5 TONNE ET ACCUEILLE CINQ PASSAGERS.

VSD101735_MOTEUR NF.indd 56-57

PAR JEAN-LUC MOREAU

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L’aventure Moteur

Cible Le Countryman espère séduire les (petites) familles (aisées). Pour cela, ce petit SUV possède des arguments solides. C’est la plus habitable, la plus confortable et la plus polyvalent de toutes les Mini produites jusqu’à présent.

Mini Countryman

De plus en plus

MAXI

D. R.

LA GAMME MINI CONTINUE SA CROISSANCE AVEC CETTE VERSION 4 X 4. ELLE MESURE DÉSORMAIS PLUS DE 4 MÈTRES DE LONG, PÈSE PRÈS DE 1,5 TONNE ET ACCUEILLE CINQ PASSAGERS.

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PAR JEAN-LUC MOREAU

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FLICS, “PUTAINS” ET JULOTS

UN SIÈCLE DE LIAISONS

Un « clandé » Après les bordels, fermés en 1946, est venu le temps des sordides hôtels de passe. La prostitution va désormais de pair avec le trafic de stupéfiants.

DANGEREUSES Une série documentaire relate, sur Planète, les relations incestueuses entre prostitution et brigade mondaine, avec, en toile de fond, les va-et-vient législatifs. PAR JULIE GARDETT

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PHOTOS : SUNSET PRESSE - D. R.

La mondaine a toujours été un organe de renseignement. Et un robinet à scandales, détails salaces compris

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Autres temps, autres mœurs Des bordels esclavagistes du début du XXe siècle (en haut) à la grève des prostituées de 1975, emmenées par la pasionaria Ulla (en bas), la mondaine s’adapte. Mais elle n’aura de cesse, jusqu’au début des années quatre-vingt, de compiler des « blancs » (au milieu) : des fiches de renseignement sur les déviances sexuelles des grands de ce monde.

ille de joie, traînée, gagneuse, poule, entraî- femmes qui écrivent des livres érotiques et qui vont plus neuse, créature, belle-de-jour, tapineuse… loin dans l’expression des fantasmes. » Celles qui triment pour faire « triquer » le Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1981, les client ont souvent nourri les fantasmes. La « blancs », les fiches de renseignement sans en-tête qui réalité est bien plus sombre. Des pension- compilent les exploits scabreux des clients, sont officiellenaires des bordels du début du XXe siècle, ment interdits. Les prostituées sont considérées comme enfermées à double tour pour rembourser des victimes. Les flics de la mondaine doivent les protéger. leur « dette », à Zahia, call-girl issue des banlieues pour La chute du mur de Berlin, en 1989, contribue à redistririches footeux, le réalisateur Laurent Portes, avec la collabo- buer les cartes. À la fin des années quatre-vingt-dix, c’est ration de Véronique Willemin1, analyse un siècle de rela- la mondialisation du tapin. Les Africaines et les filles de tions ambiguës entre « putes », maquereaux et condés dans l’Est, chassées par la misère et les conflits, éblouies par une série documentaire2 passionnante commentée par la l’eldorado de l’Ouest, sont amenées de force par des réseaux comédienne Jeanne Balibar. Des relations qui évolueront mafieux pour se vendre sur les maréchaux de Paname. Au avec la société et ses mœurs. 1901 : création de la bri- nom des Français qui se lèvent tôt, incommodés par les gade mondaine. Les tenancières des maisons closes, nuisances, et sous prétexte de priver les souteneurs de tolérées par l’État, prospèrent en échange d’informa- revenus, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy fait voter tions, de « services en nature » et d’« enveloppes ». une loi, en 2003, qui interdit le racolage passif. « Cette loi Les condés sont ces policiers « protecteurs », qui hypocrite rend la prostitution, autorisée par l’État, impraferment les yeux moyennant finance. « La corruption ticable de fait et fragilise les prostituées, assure Laurent des policiers est de plus en plus Portes. On les a déplacées réprimée, mais les tentations ‘‘ La corruption des policiers en grande banlieue et dans étant trop fortes, elle existera existera toujours car les tentations les bois périphériques, elles toujours, affirme le réalisateur. ne sont plus visibles mais sont trop fortes” Laurent Portes Encore aujourd’hui, alors qu’il sont plus que jamais à la est permis de rémunérer les informateurs [loi de merci des proxénètes et de policiers qui profitent de la 2004, NDLR] et que les “enveloppes” ont quasiment situation. » Une autre prostitution internationale se disparu, les policiers se font offrir vacances ou bou- développe en marge des faubourgs parisiens sur l’autoteilles de champagne par des patrons de boîte tenus route numérique du Web. Les policiers de la brigade de d’obtenir leur agrément pour ouvrir la nuit. » répression du proxénétisme (BRP) se transforment alors La mauvaise réputation des flics de la brigade des mœurs, en cyberflics pour traquer des maquereaux et maquerelles trop « proches » du milieu qu’ils combattent, conduira, en « virtuels » qui taxent les passes de jeunes étudiantes aux 1975, Michel Poniatowski, alors ministre de l’Intérieur de quatre coins de l’Europe. « Il faudrait, comme en Suisse, Valéry Giscard d’Estaing, à remplacer la mondaine par la cesser d’être hypocrite et donner des droits aux prostibrigade des stupéfiants et du proxénétisme. Le monde de tuées », clame Véronique Willemin. « J’ai rencontré une la nuit a changé. Mai 1968 et le MLF sont passés par là. Les femme de 85 ans qui, sans retraite, est obligée de faire des sex-shops s’affichent, les vidéos pornos explosent. Les julots passes occasionnelles », ajoute Laurent Portes. sont en prison ou reconvertis dans la drogue – la cocaïne Quid de la réouverture des maisons closes, fermées en et l’héroïne sont plus rentables –, les « putains » se sont 1946, sans cesse mise sur le tapis à l’Assemblée nationale émancipées. Elles revendiquent leurs droits, emmenées par et encore récemment, en mars dernier, par la députée une Marie Madeleine du bitume surnommée Ulla. La UMP Chantal Brunel ? « Les filles aujourd’hui ne veulent mondaine s’adapte. Le trafic de stupéfiants est plus que pas être enfermées mais qu’on reconnaisse leur métier et jamais lié au proxénétisme. Régine Deforges, condamnée leur droit à la retraite, à la Sécurité sociale, etc., explique plusieurs fois entre 1968 et 1974 pour outrage aux bonnes Véronique Willemin. Pour l’instant, elles n’ont que le droit mœurs parce qu’elle éditait des livres érotiques, témoigne de payer des impôts. » Mais pourquoi les clients ne sontde cette époque charnière : « Le fait d’être une femme était ils jamais pénalisés, comme s’ils n’étaient pas concernés ? une circonstance aggravante. Les photographes venaient « Parce que les politiques et les grands de ce monde sont voir au tribunal “la pornographe”, mais les femmes que je des clients », assène-t-elle avec un sourire. 쐍 croisais dans les rues me félicitaient. Cela s’est arrangé à la (1) Auteure de « La Mondaine », éd. Hoëbeke. fin des années soixante-dix. Aujourd’hui, ce sont les (2) Diffusion des quatre volets les 2 et 9 décembre, à 20 h 40.

19/11/10 16:44:12


FLICS, “PUTAINS” ET JULOTS

UN SIÈCLE DE LIAISONS

Un « clandé » Après les bordels, fermés en 1946, est venu le temps des sordides hôtels de passe. La prostitution va désormais de pair avec le trafic de stupéfiants.

DANGEREUSES Une série documentaire relate, sur Planète, les relations incestueuses entre prostitution et brigade mondaine, avec, en toile de fond, les va-et-vient législatifs. PAR JULIE GARDETT

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La mondaine a toujours été un organe de renseignement. Et un robinet à scandales, détails salaces compris

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Autres temps, autres mœurs Des bordels esclavagistes du début du XXe siècle (en haut) à la grève des prostituées de 1975, emmenées par la pasionaria Ulla (en bas), la mondaine s’adapte. Mais elle n’aura de cesse, jusqu’au début des années quatre-vingt, de compiler des « blancs » (au milieu) : des fiches de renseignement sur les déviances sexuelles des grands de ce monde.

ille de joie, traînée, gagneuse, poule, entraî- femmes qui écrivent des livres érotiques et qui vont plus neuse, créature, belle-de-jour, tapineuse… loin dans l’expression des fantasmes. » Celles qui triment pour faire « triquer » le Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1981, les client ont souvent nourri les fantasmes. La « blancs », les fiches de renseignement sans en-tête qui réalité est bien plus sombre. Des pension- compilent les exploits scabreux des clients, sont officiellenaires des bordels du début du XXe siècle, ment interdits. Les prostituées sont considérées comme enfermées à double tour pour rembourser des victimes. Les flics de la mondaine doivent les protéger. leur « dette », à Zahia, call-girl issue des banlieues pour La chute du mur de Berlin, en 1989, contribue à redistririches footeux, le réalisateur Laurent Portes, avec la collabo- buer les cartes. À la fin des années quatre-vingt-dix, c’est ration de Véronique Willemin1, analyse un siècle de rela- la mondialisation du tapin. Les Africaines et les filles de tions ambiguës entre « putes », maquereaux et condés dans l’Est, chassées par la misère et les conflits, éblouies par une série documentaire2 passionnante commentée par la l’eldorado de l’Ouest, sont amenées de force par des réseaux comédienne Jeanne Balibar. Des relations qui évolueront mafieux pour se vendre sur les maréchaux de Paname. Au avec la société et ses mœurs. 1901 : création de la bri- nom des Français qui se lèvent tôt, incommodés par les gade mondaine. Les tenancières des maisons closes, nuisances, et sous prétexte de priver les souteneurs de tolérées par l’État, prospèrent en échange d’informa- revenus, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy fait voter tions, de « services en nature » et d’« enveloppes ». une loi, en 2003, qui interdit le racolage passif. « Cette loi Les condés sont ces policiers « protecteurs », qui hypocrite rend la prostitution, autorisée par l’État, impraferment les yeux moyennant finance. « La corruption ticable de fait et fragilise les prostituées, assure Laurent des policiers est de plus en plus Portes. On les a déplacées réprimée, mais les tentations ‘‘ La corruption des policiers en grande banlieue et dans étant trop fortes, elle existera existera toujours car les tentations les bois périphériques, elles toujours, affirme le réalisateur. ne sont plus visibles mais sont trop fortes” Laurent Portes Encore aujourd’hui, alors qu’il sont plus que jamais à la est permis de rémunérer les informateurs [loi de merci des proxénètes et de policiers qui profitent de la 2004, NDLR] et que les “enveloppes” ont quasiment situation. » Une autre prostitution internationale se disparu, les policiers se font offrir vacances ou bou- développe en marge des faubourgs parisiens sur l’autoteilles de champagne par des patrons de boîte tenus route numérique du Web. Les policiers de la brigade de d’obtenir leur agrément pour ouvrir la nuit. » répression du proxénétisme (BRP) se transforment alors La mauvaise réputation des flics de la brigade des mœurs, en cyberflics pour traquer des maquereaux et maquerelles trop « proches » du milieu qu’ils combattent, conduira, en « virtuels » qui taxent les passes de jeunes étudiantes aux 1975, Michel Poniatowski, alors ministre de l’Intérieur de quatre coins de l’Europe. « Il faudrait, comme en Suisse, Valéry Giscard d’Estaing, à remplacer la mondaine par la cesser d’être hypocrite et donner des droits aux prostibrigade des stupéfiants et du proxénétisme. Le monde de tuées », clame Véronique Willemin. « J’ai rencontré une la nuit a changé. Mai 1968 et le MLF sont passés par là. Les femme de 85 ans qui, sans retraite, est obligée de faire des sex-shops s’affichent, les vidéos pornos explosent. Les julots passes occasionnelles », ajoute Laurent Portes. sont en prison ou reconvertis dans la drogue – la cocaïne Quid de la réouverture des maisons closes, fermées en et l’héroïne sont plus rentables –, les « putains » se sont 1946, sans cesse mise sur le tapis à l’Assemblée nationale émancipées. Elles revendiquent leurs droits, emmenées par et encore récemment, en mars dernier, par la députée une Marie Madeleine du bitume surnommée Ulla. La UMP Chantal Brunel ? « Les filles aujourd’hui ne veulent mondaine s’adapte. Le trafic de stupéfiants est plus que pas être enfermées mais qu’on reconnaisse leur métier et jamais lié au proxénétisme. Régine Deforges, condamnée leur droit à la retraite, à la Sécurité sociale, etc., explique plusieurs fois entre 1968 et 1974 pour outrage aux bonnes Véronique Willemin. Pour l’instant, elles n’ont que le droit mœurs parce qu’elle éditait des livres érotiques, témoigne de payer des impôts. » Mais pourquoi les clients ne sontde cette époque charnière : « Le fait d’être une femme était ils jamais pénalisés, comme s’ils n’étaient pas concernés ? une circonstance aggravante. Les photographes venaient « Parce que les politiques et les grands de ce monde sont voir au tribunal “la pornographe”, mais les femmes que je des clients », assène-t-elle avec un sourire. 쐍 croisais dans les rues me félicitaient. Cela s’est arrangé à la (1) Auteure de « La Mondaine », éd. Hoëbeke. fin des années soixante-dix. Aujourd’hui, ce sont les (2) Diffusion des quatre volets les 2 et 9 décembre, à 20 h 40.

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VSD 1735  

du 25 novembre au 1er décembre 2010

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