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CROISETTE PARANO

LE PREMIER HEBDO D’INFORMATION DU WEEK-END

NOUVEAU L’ACTU EN PHOTOS RAONI SHOW / BUREAU DE VOTE BRITISH / MERKEL SUR TOUS LES FRONTS

E R R E GU e r t n e é Déchirfi t e s l n

ENFIN !

so r u e t c u d o r p n so

LE BON GOÛT ITALIEN Champion de France après 18 ans d’attente

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Pizza, mode, design, Rome, moteur... 20 PAGES SPÉCIALES

2,40€ N° 1707 DU 12 AU 18 MAI 2010

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MARSEILLE

N E Y N JOHN

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BEL : 2,80 € - CH : 5,50 FS - CAN : 8 $C – A : 3,60 € - D : 3,60 € - ESP : 3,20 € – GR : 3,20 € - ITA : 3,20 € – LUX : 2,80 € – NL : 3,30 € - PORT.CONT. : 3,20 € –DOM : AVION : 4 € – MAROC : 30 DH – TUNISIE : 4,200 TDU - ZONE CFA AVION : 3 000 CFA - ZONE CFP AVION : 950 CFP. PHOTOS : D. R. – GÉRARD JULIEN/AFP

Comment survivre au Festival de Cannes

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ZOOMmonde

PARIS | 3 MAI

jvh-jpd/sipa

raoni A L’ŒIL SUR TOUT



À peine arrivé à Paris, le chef des Indiens Kayapos d’Amazonie s’est rendu chez un ophtalmo pour se faire prescrire des lunettes. Le vieux sage a ensuite accompli le programme qu’il s’était fixé pour plaider la cause de la forêt amazonienne et empêcher la construction du barrage brésilien de Belo Monte, qui engloutirait les terres de plusieurs tribus. Toujours coiffé de plumes de perroquet,

son impressionnant labret inséré dans sa lèvre, il a, telle une rock star en promo, enchaîné les interviews, couru les plateaux de télé, rencontré Anne Hidalgo, Alain Juppé, Jacques Chirac, dîné au restaurant Georges avec dix « VIP », visité le musée du Quai-Branly et une école du 18e arrondissement. On l’annonce au Festival de Cannes et à Monaco pour un entretien avec le prince Albert. J M.-P. G.





EN COUVERTURE

PHOTOS : SIPA – MARCO VITCHI/ABACA

TRIANGULAIRE. Entre Jean-Claude Camus, producteur, débarquant à l’aéroport de Los Angeles le 15 décembre pour se rendre au chevet de Johnny, et David (ici à La Cigale en 2008), encouragé par son producteur Cyril Viguier, la guerre est ouverte… Une idole convalescente, un chirurgien sulfureux, un producteur jugé dépassé par le fils, qui souhaite à nouveau collaborer avec son père, une tournée interrompue, une bataille aux assurances… The show must go on ?

C

’est la nuit. C’est toujours au milieu de la nuit que Johnny téléphone d’où qu’il soit. Voilà encore trois semaines, sa voix tombait sur les répondeurs de quelques proches. Depuis Saint-Barth, elle lançait de longs SOS. « C’est Johnny… J’espère que tout va bien pour toi. Moi… Ça ne va pas. Je ne sais pas ce que j’ai. Ça ne va pas du tout… » Et il raccrochait, injoignable. Laeticia expliquait, rassurait : « Johnny ne va pas très bien, c’est vrai, mais c’est le contre-coup. » Si le phénix renaît bien de ses cendres, cette fois il a vu la mort de trop près. Au même moment, à l’autre bout de la terre et du spleen, deux journalistes bouclaient une enquête, Les 100 jours où tout a basculé (éd. First). Et, d’un coup, tout le barnum s’est remis en route. Johnny is back ! L’un des coauteurs, Renaud Revel, est un journaliste respecté, proche de Cyril Viguier, producteur de David Hallyday, dont on dit qu’il aurait inspiré ces 100 jours. David, sans dénoncer le livre, précise n’avoir rencontré le journaliste que deux fois. Catherine Rambert, l’autre coauteur, dirige Télé Star, magazine à qui Johnny avait confié à Toronto, en 2009, devant un nombre jamais précisé de boissons alcoolisées : « J’ai eu un cancer du côlon, un petit. » Giga scoop. Ce cancer, bien traité, joue encore son rôle dans le feuilleton, les assurances ne couvrant pas les défections liées aux suites de cette maladie (on y reviendra). 쐌쐌쐌

CAMUS/HALLYDAY

LA GUERRE DES CLANS Entre son fils et son producteur, les couteaux sont tirés. Les adieux 18

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en apothéose ont viré aux déchirements.

Par Jean-François Kervéan

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EN COUVERTURE

PHOTOS : SIPA – MARCO VITCHI/ABACA

TRIANGULAIRE. Entre Jean-Claude Camus, producteur, débarquant à l’aéroport de Los Angeles le 15 décembre pour se rendre au chevet de Johnny, et David (ici à La Cigale en 2008), encouragé par son producteur Cyril Viguier, la guerre est ouverte… Une idole convalescente, un chirurgien sulfureux, un producteur jugé dépassé par le fils, qui souhaite à nouveau collaborer avec son père, une tournée interrompue, une bataille aux assurances… The show must go on ?

C

’est la nuit. C’est toujours au milieu de la nuit que Johnny téléphone d’où qu’il soit. Voilà encore trois semaines, sa voix tombait sur les répondeurs de quelques proches. Depuis Saint-Barth, elle lançait de longs SOS. « C’est Johnny… J’espère que tout va bien pour toi. Moi… Ça ne va pas. Je ne sais pas ce que j’ai. Ça ne va pas du tout… » Et il raccrochait, injoignable. Laeticia expliquait, rassurait : « Johnny ne va pas très bien, c’est vrai, mais c’est le contre-coup. » Si le phénix renaît bien de ses cendres, cette fois il a vu la mort de trop près. Au même moment, à l’autre bout de la terre et du spleen, deux journalistes bouclaient une enquête, Les 100 jours où tout a basculé (éd. First). Et, d’un coup, tout le barnum s’est remis en route. Johnny is back ! L’un des coauteurs, Renaud Revel, est un journaliste respecté, proche de Cyril Viguier, producteur de David Hallyday, dont on dit qu’il aurait inspiré ces 100 jours. David, sans dénoncer le livre, précise n’avoir rencontré le journaliste que deux fois. Catherine Rambert, l’autre coauteur, dirige Télé Star, magazine à qui Johnny avait confié à Toronto, en 2009, devant un nombre jamais précisé de boissons alcoolisées : « J’ai eu un cancer du côlon, un petit. » Giga scoop. Ce cancer, bien traité, joue encore son rôle dans le feuilleton, les assurances ne couvrant pas les défections liées aux suites de cette maladie (on y reviendra). 쐌쐌쐌

CAMUS/HALLYDAY

LA GUERRE DES CLANS Entre son fils et son producteur, les couteaux sont tirés. Les adieux 18

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en apothéose ont viré aux déchirements.

Par Jean-François Kervéan

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ÉPOQUERENCONTRE

LES MÉMOIRES DE CRAIG ROBINSON

UN BEAUF

DANS L’OMBRE DES OBAMA

LE FRÈRE DE MICHELLE SURFE SUR LA FORMIDABLE POPULARITÉ DU COUPLE PRÉSIDENTIEL AMÉRICAIN, POUR RACONTER SON PROPRE PARCOURS. Par Armelle Vincent les voyant se comporter sur un terrain de basket. Barack est donc invité à jouer. Il passe le test haut la main. « Je l’ai trouvé sûr de lui, sans être prétentieux, généreux, audacieux et sincère. A aucun moment il n’a essayé de m’impressionner ou de me faire des ronds de jambe pour gagner mon amitié », précise Craig. Des années plus tard, en 2006, c’est à Craig que Barack Obama s’adresse lorsqu’il a besoin d’un allié. Jeune sénateur de l’Illinois, il pense à se présenter aux élections présidentielles. « Si ta mère et ta sœur ne sont pas d’accord , lui confie-t-il, je ne me lancerai pas dans l’aventure. » C’est à Craig que revient donc la tâche de convaincre les deux femmes. Il sait comment s’y prendre avec elles. Fraser et Marian ont toujours poussé leurs enfants à développer leur potentiel. Barack a une opportunité unique. Comment pourraient-elles l’empêcher de la saisir ? C’est ainsi que le géant se retrouve à présenter « Miche » à la convention démocrate de 2008, qui sacrera Barack Obama candidat à l’élection présidentielle.

UNE CERTAINE POINTE D’IRRITATION Peu avare de confidences autour du futur couple présidentiel dans son ouvrage, l’ancien basketteur joue aujourd’hui les pudiques. Après deux questions sur la première famille, il s’irrite : « Si l’objet de cette interview est de m’interroger sur Barack, Michelle et leurs filles aujourd’hui, autant y mettre fin tout de suite. Je suis ici uniquement pour parler de mon livre. J’aurais écrit ce livre, que Barack et Michelle occupent la Maison-Blanche ou pas », affirme-t-il. Oui, mais alors, qui l’aurait lu ? 쐍

VISUALPRESS

POLARIS/STARFACE

C

’est une histoire comme l’Amérique les aime. L’incroyable destinée d’un frère et d’une sœur nés dans une famille noire et méritante d’un quartier pauvre de Chicago, devenus respectivement joueur de basket professionnel et épouse du président des États-Unis. C’est ce parcours que raconte Craig Robinson, le frère de Michelle Obama, dans A Game Of Character, publié fin avril aux États-Unis. Contribuant ainsi à écrire la légende des Obama. Depuis le 20 avril, l’entraîneur des Oregon State Beavers, l’équipe de basket de l’université de l’Oregon, sillonne les États-Unis pour vanter ce récit qui mêle souvenirs d’enfance et conseils à l’usage de ceux qui souhaitent comprendre et éventuellement connaître un destin semblable. Craig et Michelle Robinson ont partagé une chambre exiguë jusqu’à leur départ du foyer familial et sont très proches. Leurs parents, Fraser et Marian, les ont élevés de façon stricte mais avec amour, respect et un sens aigu du devoir. « Avec mon livre, j’ai voulu partager la réussite de mes parents en tant qu’éducateurs », explique Craig. Michelle, jeune avocate dans une firme prestigieuse de Chicago, a déjà rejeté plusieurs amoureux quand elle rencontre Barack Obama. «Lorsqu’ils l’ont vu pour la première fois , raconte Craig, mes parents lui ont donné six mois. Ils ont pensé que Michelle n’allait en faire qu’une bouchée. » Dommage, car il a l’air d’un type bien, remarquent Marian et Fraser. Un an plus tard, Barack est toujours au bras de Michelle, qui demande à son frère de lui faire passer un test. Chez les Robinson, on a toujours jugé du caractère des hommes en

SOUDÉS Dans son livre de souvenirs, Craig raconte les liens très forts qui l’unissent à sa petite sœur Michelle. Il confie aussi l’admiration que lui a inspirée son beaufrère quand ils ont appris à se connaître.

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ÉPOQUERENCONTRE

LES MÉMOIRES DE CRAIG ROBINSON

UN BEAUF

DANS L’OMBRE DES OBAMA

LE FRÈRE DE MICHELLE SURFE SUR LA FORMIDABLE POPULARITÉ DU COUPLE PRÉSIDENTIEL AMÉRICAIN, POUR RACONTER SON PROPRE PARCOURS. Par Armelle Vincent les voyant se comporter sur un terrain de basket. Barack est donc invité à jouer. Il passe le test haut la main. « Je l’ai trouvé sûr de lui, sans être prétentieux, généreux, audacieux et sincère. A aucun moment il n’a essayé de m’impressionner ou de me faire des ronds de jambe pour gagner mon amitié », précise Craig. Des années plus tard, en 2006, c’est à Craig que Barack Obama s’adresse lorsqu’il a besoin d’un allié. Jeune sénateur de l’Illinois, il pense à se présenter aux élections présidentielles. « Si ta mère et ta sœur ne sont pas d’accord , lui confie-t-il, je ne me lancerai pas dans l’aventure. » C’est à Craig que revient donc la tâche de convaincre les deux femmes. Il sait comment s’y prendre avec elles. Fraser et Marian ont toujours poussé leurs enfants à développer leur potentiel. Barack a une opportunité unique. Comment pourraient-elles l’empêcher de la saisir ? C’est ainsi que le géant se retrouve à présenter « Miche » à la convention démocrate de 2008, qui sacrera Barack Obama candidat à l’élection présidentielle.

UNE CERTAINE POINTE D’IRRITATION Peu avare de confidences autour du futur couple présidentiel dans son ouvrage, l’ancien basketteur joue aujourd’hui les pudiques. Après deux questions sur la première famille, il s’irrite : « Si l’objet de cette interview est de m’interroger sur Barack, Michelle et leurs filles aujourd’hui, autant y mettre fin tout de suite. Je suis ici uniquement pour parler de mon livre. J’aurais écrit ce livre, que Barack et Michelle occupent la Maison-Blanche ou pas », affirme-t-il. Oui, mais alors, qui l’aurait lu ? 쐍

VISUALPRESS

POLARIS/STARFACE

C

’est une histoire comme l’Amérique les aime. L’incroyable destinée d’un frère et d’une sœur nés dans une famille noire et méritante d’un quartier pauvre de Chicago, devenus respectivement joueur de basket professionnel et épouse du président des États-Unis. C’est ce parcours que raconte Craig Robinson, le frère de Michelle Obama, dans A Game Of Character, publié fin avril aux États-Unis. Contribuant ainsi à écrire la légende des Obama. Depuis le 20 avril, l’entraîneur des Oregon State Beavers, l’équipe de basket de l’université de l’Oregon, sillonne les États-Unis pour vanter ce récit qui mêle souvenirs d’enfance et conseils à l’usage de ceux qui souhaitent comprendre et éventuellement connaître un destin semblable. Craig et Michelle Robinson ont partagé une chambre exiguë jusqu’à leur départ du foyer familial et sont très proches. Leurs parents, Fraser et Marian, les ont élevés de façon stricte mais avec amour, respect et un sens aigu du devoir. « Avec mon livre, j’ai voulu partager la réussite de mes parents en tant qu’éducateurs », explique Craig. Michelle, jeune avocate dans une firme prestigieuse de Chicago, a déjà rejeté plusieurs amoureux quand elle rencontre Barack Obama. «Lorsqu’ils l’ont vu pour la première fois , raconte Craig, mes parents lui ont donné six mois. Ils ont pensé que Michelle n’allait en faire qu’une bouchée. » Dommage, car il a l’air d’un type bien, remarquent Marian et Fraser. Un an plus tard, Barack est toujours au bras de Michelle, qui demande à son frère de lui faire passer un test. Chez les Robinson, on a toujours jugé du caractère des hommes en

SOUDÉS Dans son livre de souvenirs, Craig raconte les liens très forts qui l’unissent à sa petite sœur Michelle. Il confie aussi l’admiration que lui a inspirée son beaufrère quand ils ont appris à se connaître.

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WEEK-ENDCINÉMA

NEW YORK, NEW YORK « Big Apple » n’est pas seulement le théâtre de Wall Street : l’argent ne dort jamais, c’est aussi la ville où les parents Douglas habitaient et où Michael a grandi après leur divorce. « Je n’habiterai à Hollywood pour rien au monde », explique-t-il.

Michael Douglas ART STREIBER/AGENCE A./ACTE 2

‘‘JE NE SUIS PLUS

ROCK’N ROLL’’ À 65 ANS, L’ACTEUR, RANGÉ DES BAGNOLES, REVIENT DANS LA SUITE DE WALL STREET. ET MONTERA LES MARCHES DE CANNES CE VENDREDI.

Par Ernst Reinhart/IFA. Traduction : Marjolaine Schmidt 44

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WEEK-ENDCINÉMA

NEW YORK, NEW YORK « Big Apple » n’est pas seulement le théâtre de Wall Street : l’argent ne dort jamais, c’est aussi la ville où les parents Douglas habitaient et où Michael a grandi après leur divorce. « Je n’habiterai à Hollywood pour rien au monde », explique-t-il.

Michael Douglas ART STREIBER/AGENCE A./ACTE 2

‘‘JE NE SUIS PLUS

ROCK’N ROLL’’ À 65 ANS, L’ACTEUR, RANGÉ DES BAGNOLES, REVIENT DANS LA SUITE DE WALL STREET. ET MONTERA LES MARCHES DE CANNES CE VENDREDI.

Par Ernst Reinhart/IFA. Traduction : Marjolaine Schmidt 44

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le soufflé surprise Chez Thoumieux, Jean-François Piège (ex-Crillon) se joue des codes classiques de la pizza en mettant en scène une pâte soufflée couverte de thon mi-cuit, que l’on casse dans son assiette. Il l’accompagne de burrata fondante et de roquette.

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spécial italieÀ TABLE

Soufflée, bio, truffée ou classique, elle esT SUR TOUTES LES TABLES

on se lève tous pour

la pizza Ce phénomène, en pole position des plats les plus consommés dans l’hexagone, se réinvente sous toutes ses formes. Par David Batty. Photos : Pierre-Emmanuel Rastoin pour VSD

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égustée dans le monde entier, la pizza caracole en tête des plats les plus consommés en France. Avec 8 millions d’unités vendues chaque jour, nous en sommes le deuxième pays plus gros consommateur au monde. Avec 10 kilos par personne et par an, nous devan��ons l’Italie (!) et suivons de près les États-Unis (13 kilos par personne et par an). Entre les pizzas livrées à domicile, les surgelées ou celles qui sont dégustées dans l’une des douze mille pizzerias du pays, le pire et le meilleur se côtoient. Pourtant, la qualité semble vouloir s’imposer, des adresses parviennent à sortir du lot, métamorphosant la pizza vulgaris en plat gastronomique.

sous les étoiles… Signe qui ne trompe pas, même les grands chefs s’y mettent. Premier à initier le mouvement il y a quelques années, à Paris, le chef français Jean-Geor-

version Black La truffe s’invite sur cette recette à la Maison de la truffe.

ges Vongerichten, qui est devenu une star aux États-Unis avec sa pizza à la truffe, au Market. Aujourd’hui, il fait des émules. La très selecte Maison de la truffe en propose une interprétation classique. Jean-François Piège (ancien deux-étoiles à l’hôtel Crillon, par ailleurs juré de l’émission télévisée « Top Chef ») a imaginé, chez Thoumieux, une version soufflée et recouverte de lamelles de thon, accompagnée de roquette et de burrata. Au Mama Shelter, hôtel urbain des Trigano, Starck et Senderens, la table d’hôtes chic a laissé la place à une pizzeria, qui attire les jeunes branchés de Paname. À Lyon, le chef deux étoiles Nicolas Le Bec sert, dans l’une de ses adresses bon marché, la meilleure tomate-mozzarella de la ville. Enfin, Alain Ducasse lui-même se lance dans l’aventure en inaugurant à Monaco une trattoria « comme là-bas », où des mini-pizzas cuites au four sont proposées en trio à une clientèle habituée aux meilleures nourritures terrestres. 

5 pizzas à se faire livrer ou à acheter en grande distribution… Pizza bœuf épicé chorizo. À l’œil : des bords trop épais et une garniture qui paraît chargée. En bouche : un manque de texture, des saveurs épicées qui masquent l’ensemble. 3,75 €. Picard

P i z z a P r i m a v e r a . À l’œil : la présence de tomates fraîches, de ricotta et de mozzarella est de bon augure. En bouche : un bon goût de tomate, mais l’ensemble manque de pep. 5,95 €. Buono & Bello Vissana

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WEEK-ENDTVSD

FOCUS

À Cannes, dans «l’enfer» du Festival

CROISETTE PARANO CHASSE À LA STAR, RYTHME EFFRÉNÉ ET DÉFIS EN TOUT GENRE, LES ENVOYÉS SPÉCIAUX S’APPRÊTENT À VIVRE UNE MISSION HARASSANTE. Par Xavier Privat. Illustrations : Matt Mignanelli pour VSD

A

Cannes, je suis comme un sportif pendant les JO. Je ne bois pas, je dis non à toutes les soirées. Ma seule obsession, c’est de réussir à dormir au moins quatre heures par nuit. C’est la seule façon pour moi de tenir le coup », prévient Florence Leroy, l’envoyée spéciale de France Info sur la Croisette. Cette année, ils sont plus de quatre mille journalistes accrédités pour couvrir le Festival, du 12 au 23 mai. Tous ont la même obsession : repartir sans trop de bobos collatéraux au bout d’une quinzaine complètement hystérique, avec orgie de films, chasse aux interviews et excès nocturnes en tout genre. Cannes, c’est l’endroit où il faut être quand on est reporter spécialiste du cinéma ou critique, mais c’est aussi une jungle qui peut vous engloutir. « C’est un marathon éprouvant où l’on ne s’amuse que rarement », juge le monsieur cinéma de Canal+, Laurent Weil.

OBJECTIF : APPARTENIR À LA CASTE SUPÉRIEURE À l’instar du jeu « Koh-Lanta » sur TF1, mieux vaut être dans la bonne tribu, c’est-à-dire faire partie de ceux qui ont la bonne couleur de badge pour avoir ses entrées partout. Le jaune et le bleu sont attribués au tout-venant et donnent un accès limité. Le rose et le blanc sont le symbole du journaliste adoubé. « L’objet

VSD N° 1707 DU 12 AU 18 MAI 2010

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le plus précieux, c’est ce badge », explique Éric Naulleau, qui coprésente « Star Mag », le magazine de ciné de TPS Star. « Plus votre média est puissant, plus vous avez une chance d’obtenir le bon pass. Vous appartenez alors à une caste supérieure, celle qui accède en priorité aux projections, devant des centaines d’autres qui, eux, n’ont pas l’assurance d’entrer, faute de places. C’est une école de l’humilité et de l’humiliation.»

Faire avec les chausse-trapes du protocole, contourner les règles arbitraires, tel est l’exercice quotidien des journalistes qui tentent de se frayer un chemin jusqu’aux stars. Sacré Graal ! À moins de s’appeler Frédéric Beigbeder et d’avoir le chic pour s’inviter dans la suite des comédiennes pour – dit-il – « une interview surprise », le défi est ardu. « J’ai essuyé une bonne dizaine de refus avant que Sean Penn accepte de répondre à deux questions », confie Laurent Weil. « On rame pour avoir cinq minutes avec une star, qui vous traite parfois comme un mouton. Mais ça développe le sens de la déAlain Charlot brouille », explique Sophie Soulignac. La journaliste, qui couvre l’événement pour Orange Cinémax, a ses petites astuces. « J’ai des copains gardes du corps ou concierges qui m’aident à pénétrer à l’hôtel Carlton, où les stars séjournent. » Elle n’hésite pas à utiliser toutes les armes pour obtenir ce qu’elle veut, comme profiter d’être une fragile jeune femme pour amadouer un cerbère ou tenter sa chance au culot. Ça ne marche pas à tous les coups : elle se souvient ainsi du lapin posé par Brad Pitt, qui avait manqué le rendez-vous parce qu’il ne parvenait pas à décider de la couleur de la chemise qu’il voulait porter… 쐌쐌쐌

Le délit de faciès est ‘‘ de rigueur. Avec une barbe de trois jours, difficile de passer les barrages Le strass et les paillettes de la montée des marches du Palais cachent une réalité bien moins glamour, invisible sur les petits écrans. Une armée de vigiles rugueux et paranoïaques, postés aux endroits stratégiques, réglemente un festival ultra-sécurisé. « À Cannes, c’est la liberté zéro. Le délit de faciès est de rigueur. Si tu as une barbe de trois jours qui te donne un air louche, tu arrives difficilement à passer les barrages, s’agace Alain Charlot, journaliste pour l’émission “Cinémas”, sur France 5. Pour parvenir à faire son métier à peu près sereinement, il faut vraiment avoir la gueule de l’emploi. »

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FOCUS

À Cannes, dans «l’enfer» du Festival

CROISETTE PARANO CHASSE À LA STAR, RYTHME EFFRÉNÉ ET DÉFIS EN TOUT GENRE, LES ENVOYÉS SPÉCIAUX S’APPRÊTENT À VIVRE UNE MISSION HARASSANTE. Par Xavier Privat. Illustrations : Matt Mignanelli pour VSD

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Cannes, je suis comme un sportif pendant les JO. Je ne bois pas, je dis non à toutes les soirées. Ma seule obsession, c’est de réussir à dormir au moins quatre heures par nuit. C’est la seule façon pour moi de tenir le coup », prévient Florence Leroy, l’envoyée spéciale de France Info sur la Croisette. Cette année, ils sont plus de quatre mille journalistes accrédités pour couvrir le Festival, du 12 au 23 mai. Tous ont la même obsession : repartir sans trop de bobos collatéraux au bout d’une quinzaine complètement hystérique, avec orgie de films, chasse aux interviews et excès nocturnes en tout genre. Cannes, c’est l’endroit où il faut être quand on est reporter spécialiste du cinéma ou critique, mais c’est aussi une jungle qui peut vous engloutir. « C’est un marathon éprouvant où l’on ne s’amuse que rarement », juge le monsieur cinéma de Canal+, Laurent Weil.

OBJECTIF : APPARTENIR À LA CASTE SUPÉRIEURE À l’instar du jeu « Koh-Lanta » sur TF1, mieux vaut être dans la bonne tribu, c’est-à-dire faire partie de ceux qui ont la bonne couleur de badge pour avoir ses entrées partout. Le jaune et le bleu sont attribués au tout-venant et donnent un accès limité. Le rose et le blanc sont le symbole du journaliste adoubé. « L’objet

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le plus précieux, c’est ce badge », explique Éric Naulleau, qui coprésente « Star Mag », le magazine de ciné de TPS Star. « Plus votre média est puissant, plus vous avez une chance d’obtenir le bon pass. Vous appartenez alors à une caste supérieure, celle qui accède en priorité aux projections, devant des centaines d’autres qui, eux, n’ont pas l’assurance d’entrer, faute de places. C’est une école de l’humilité et de l’humiliation.»

Faire avec les chausse-trapes du protocole, contourner les règles arbitraires, tel est l’exercice quotidien des journalistes qui tentent de se frayer un chemin jusqu’aux stars. Sacré Graal ! À moins de s’appeler Frédéric Beigbeder et d’avoir le chic pour s’inviter dans la suite des comédiennes pour – dit-il – « une interview surprise », le défi est ardu. « J’ai essuyé une bonne dizaine de refus avant que Sean Penn accepte de répondre à deux questions », confie Laurent Weil. « On rame pour avoir cinq minutes avec une star, qui vous traite parfois comme un mouton. Mais ça développe le sens de la déAlain Charlot brouille », explique Sophie Soulignac. La journaliste, qui couvre l’événement pour Orange Cinémax, a ses petites astuces. « J’ai des copains gardes du corps ou concierges qui m’aident à pénétrer à l’hôtel Carlton, où les stars séjournent. » Elle n’hésite pas à utiliser toutes les armes pour obtenir ce qu’elle veut, comme profiter d’être une fragile jeune femme pour amadouer un cerbère ou tenter sa chance au culot. Ça ne marche pas à tous les coups : elle se souvient ainsi du lapin posé par Brad Pitt, qui avait manqué le rendez-vous parce qu’il ne parvenait pas à décider de la couleur de la chemise qu’il voulait porter… 쐌쐌쐌

Le délit de faciès est ‘‘ de rigueur. Avec une barbe de trois jours, difficile de passer les barrages Le strass et les paillettes de la montée des marches du Palais cachent une réalité bien moins glamour, invisible sur les petits écrans. Une armée de vigiles rugueux et paranoïaques, postés aux endroits stratégiques, réglemente un festival ultra-sécurisé. « À Cannes, c’est la liberté zéro. Le délit de faciès est de rigueur. Si tu as une barbe de trois jours qui te donne un air louche, tu arrives difficilement à passer les barrages, s’agace Alain Charlot, journaliste pour l’émission “Cinémas”, sur France 5. Pour parvenir à faire son métier à peu près sereinement, il faut vraiment avoir la gueule de l’emploi. »

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la griffe du chat Par Philippe Geluck

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