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BEL : 2,80 € - CH : 5,50 FS - CAN : 8 $C – A : 3,60 € - D : 3,60 € - ESP : 3,20 € – GR : 3,20 € - ITA : 3,20 € – LUX : 2,80 € – NL : 3,30 € - PORT.CONT. : 3,20 € –DOM : Avion : 4 € – Maroc : 30 DH – Tunisie : 4,200 TDU - Zone CFA Avion : 3 000 CFA - Zone CFP Avion : 950 CFP. PHOTOS : ELIOT PRESS - DPPI - REUTERS - J. P. DUTILLEUX - D. R.

2,40e N° 1705 - Du 28 AVRIL AU 4 MAI 2010

le premier hebdo d’information du week-end Florence Cassez

vsd.fr

nouveau l’actu en

p   hotos Niqab, La la prisonniere

de Mexico

polémique/obama au fast food/ Les Molières de terzieff

 Interview e   xclusive

u   ne blonde

et des bleus Proxenetisme

Comment la police a démantelé le réseau qui fait trembler l’équipe de France. Notre enquête

Raoni le come back


ZOOMFRANCE

NANTES | VENDREDI 23 AVRIL

SOUS LE NIQAB, LA POLÉMIQUE YANN CALLO/NEWS PICTURES

Vendredi 23 avril, Lies Hebbadj, présenté comme polygame et fraudeur aux allocations par le ministre de l’Intérieur, et sa compagne s’adressent à des journalistes pour dénoncer une manœuvre « politique ». Tout a commencé par une contravention à l’encontre de cette jeune femme pour « circulation dans des conditions non aisées », en l’occurrence parce qu’elle portait un niqab. Après

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qu’elle a signalé le fait à la presse, le ministre de l’Intérieur déclenche un déluge de réactions en demandant à son collègue Éric Besson de déchoir le « conjoint de cette femme » de sa nationalité française. Le ministre de l’Immigration a, pour l’instant, répondu prudemment en rappelant qu’une telle procédure ne pouvait intervenir qu’après une condamnaM.-P. G. tion de la justice.  5

26/04/10 13:03:30


ZOOMFRANCE

NANTES | VENDREDI 23 AVRIL

SOUS LE NIQAB, LA POLÉMIQUE YANN CALLO/NEWS PICTURES

Vendredi 23 avril, Lies Hebbadj, présenté comme polygame et fraudeur aux allocations par le ministre de l’Intérieur, et sa compagne s’adressent à des journalistes pour dénoncer une manœuvre « politique ». Tout a commencé par une contravention à l’encontre de cette jeune femme pour « circulation dans des conditions non aisées », en l’occurrence parce qu’elle portait un niqab. Après

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qu’elle a signalé le fait à la presse, le ministre de l’Intérieur déclenche un déluge de réactions en demandant à son collègue Éric Besson de déchoir le « conjoint de cette femme » de sa nationalité française. Le ministre de l’Immigration a, pour l’instant, répondu prudemment en rappelant qu’une telle procédure ne pouvait intervenir qu’après une condamnaM.-P. G. tion de la justice.  5

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En couverture photos : d. r. - artedia

bimbo ­déterminée Zahia, par qui le scandale est arrivé, entend continuer son activité. Mais pas avec des footballeurs, « trop vulgaires et radins ». Quant au Zaman café, sur les ChampsÉlysées (à dr.), QG du réseau, il est désormais fermé.

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Comment Ribéry, Govou et Benzema ont croisé la route de l’escort girl

Zahia d. le piege a bleus

À l’origine, les enquêteurs pensaient démanteler un trafic de stupéfiants. Ils ont été les premiers surpris de découvrir un réseau de prostitution impliquant des stars du ballon rond. Enquête. Par Sylvain Bergastet

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ÉPOQUESOCIÉTÉ

F LES ICÔNES DES ANNÉES 80 ONT DE NOUVEAU LA COTE

JAMES ANDANSON/SYGMA/CORBIS

LE RETOUR DES ANNEES

FRIC ? LA CRISE, QUELLE CRISE ? COMME POUR CONJURER LE SORT, LES FRANÇAIS REPRENNENT GOÛT À CE QU’ILS ONT ADORÉ HIER. DE DOROTHÉE À CYNDI LAUPER, EN PASSANT PAR LES BEST-SELLERS DE SULITZER ET WALL STREET, LE FILM D’OLIVER STONE. NOSTALGIE, QUAND TU NOUS TIENS… Par Jean-Pascal Grosso

ort heureusement, le revival des années quatre-vingt ne se limite pas à ces énergumènes bientôt quadras réunis en masse pour célébrer le culte dorothéen à Bercy. Elle serait donc de retour cette décennie du socialisme à la française, du cinéma beineixien et de Shake The Disease. « C’étaient des années magiques », se souvient Paul-Loup Sulitzer, qui vient de donner une suite à son premier roman, Money, « western financier » paru en 1980*. « Les rapports, même dans les affaires, y avaient plus d’âme. Nous n’étions pas ce tout-virtuel qui a fait la fortune d’escrocs comme Madoff ou Jacobson. Il y avait un esprit de liberté, un désir d’entreprendre, un talent qu’on ne retrouve plus. » Les « années fric » sont celles d’un Tapie triomphant, mais aussi et inversement, années de fêtes, du Palace aux Bains-Douches, nuits sauvages improvisées à la pâleur des néons, où toute une faune à gueule comme chez Lauzier reprenait le flambeau du mythique Studio 54, brûlant, lui, ses derniers feux outre-Atlantique. C’est aujourd’hui avec la même ivresse, dans une sorte d’imitation désœuvrée, qu’une jeunesse pas forcément argentée se rue à des « bals » parisiens mixés, au choix, par Ariel Wizman, Emma de Caunes ou Frédéric Beigbeder. Niveau « street style », la mode n’est pas en reste. Elie Saab, Kenzo, Paul & Joe ont senti le vent tourner, les autres n’ont eu qu’à suivre. Les quartiers bobos des

BRUNO CHAROY/PASCO

« LE FRIC, C’EST CHIC » Surfant sur la vague « années quatre-vingt », Paul-Loup Sulitzer publie la suite de son premier roman, Money. « À l’époque, dit-il, les rapports, même dans les affaires, avaient plus d’âme. »

capitales du monde entier ont vu débouler, depuis le printemps 2009, des walkyries en leggings ou en micro-jupe de jean délavé, clones de Cyndi Lauper ou de Madonna période Like A Virgin. Rajoutez-y, selon l’humeur, une touche de fluo, façon Wham !, pour dynamiter le tout. « Originalement délurée », « inrockstyle », « poésie baroque »… À l’ère des fashionistas blogueuses, on ressort les vieux cartons de maman pour créer une alchimie – pas forcément heureuse, au passage – entre les effets new wave d’hier (les cuissardes type Siouxsie and the Banshees) et la misère créative d’aujourd’hui. En 2010, comme le chantait Cyndi Lauper, « girls, they want to have fun », faute d’avoir du fric.

HOLLYWOOD, PORTE-VOIX DES TENDANCES En juin, sort l’adaptation au cinéma de L’Agence tous risques, série culte lancée en 1983, suivie d’une resucée du mignonnet Karaté Kid (1984), avec Jackie Chan en tête d’affiche, programmée, elle, au milieu de l’été. « Je fais partie de cette génération qui a grandi avec Indiana Jones et tout un cinéma d’action musclé », explique Bradley Cooper, le comédien de 35 ans qui, dans la version cinéma d’Agences tous risques, incarne Futé, un bellâtre sous les ordres d’Hannibal Smith (Liam Neeson). « Gamin, je m’amusais à rejouer les scènes avec un bâton à la place d’une mitraillette. Alors, je ne vous dis pas le 쐌쐌쐌 19

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ÉPOQUESOCIÉTÉ

F LES ICÔNES DES ANNÉES 80 ONT DE NOUVEAU LA COTE

JAMES ANDANSON/SYGMA/CORBIS

LE RETOUR DES ANNEES

FRIC ? LA CRISE, QUELLE CRISE ? COMME POUR CONJURER LE SORT, LES FRANÇAIS REPRENNENT GOÛT À CE QU’ILS ONT ADORÉ HIER. DE DOROTHÉE À CYNDI LAUPER, EN PASSANT PAR LES BEST-SELLERS DE SULITZER ET WALL STREET, LE FILM D’OLIVER STONE. NOSTALGIE, QUAND TU NOUS TIENS… Par Jean-Pascal Grosso

ort heureusement, le revival des années quatre-vingt ne se limite pas à ces énergumènes bientôt quadras réunis en masse pour célébrer le culte dorothéen à Bercy. Elle serait donc de retour cette décennie du socialisme à la française, du cinéma beineixien et de Shake The Disease. « C’étaient des années magiques », se souvient Paul-Loup Sulitzer, qui vient de donner une suite à son premier roman, Money, « western financier » paru en 1980*. « Les rapports, même dans les affaires, y avaient plus d’âme. Nous n’étions pas ce tout-virtuel qui a fait la fortune d’escrocs comme Madoff ou Jacobson. Il y avait un esprit de liberté, un désir d’entreprendre, un talent qu’on ne retrouve plus. » Les « années fric » sont celles d’un Tapie triomphant, mais aussi et inversement, années de fêtes, du Palace aux Bains-Douches, nuits sauvages improvisées à la pâleur des néons, où toute une faune à gueule comme chez Lauzier reprenait le flambeau du mythique Studio 54, brûlant, lui, ses derniers feux outre-Atlantique. C’est aujourd’hui avec la même ivresse, dans une sorte d’imitation désœuvrée, qu’une jeunesse pas forcément argentée se rue à des « bals » parisiens mixés, au choix, par Ariel Wizman, Emma de Caunes ou Frédéric Beigbeder. Niveau « street style », la mode n’est pas en reste. Elie Saab, Kenzo, Paul & Joe ont senti le vent tourner, les autres n’ont eu qu’à suivre. Les quartiers bobos des

BRUNO CHAROY/PASCO

« LE FRIC, C’EST CHIC » Surfant sur la vague « années quatre-vingt », Paul-Loup Sulitzer publie la suite de son premier roman, Money. « À l’époque, dit-il, les rapports, même dans les affaires, avaient plus d’âme. »

capitales du monde entier ont vu débouler, depuis le printemps 2009, des walkyries en leggings ou en micro-jupe de jean délavé, clones de Cyndi Lauper ou de Madonna période Like A Virgin. Rajoutez-y, selon l’humeur, une touche de fluo, façon Wham !, pour dynamiter le tout. « Originalement délurée », « inrockstyle », « poésie baroque »… À l’ère des fashionistas blogueuses, on ressort les vieux cartons de maman pour créer une alchimie – pas forcément heureuse, au passage – entre les effets new wave d’hier (les cuissardes type Siouxsie and the Banshees) et la misère créative d’aujourd’hui. En 2010, comme le chantait Cyndi Lauper, « girls, they want to have fun », faute d’avoir du fric.

HOLLYWOOD, PORTE-VOIX DES TENDANCES En juin, sort l’adaptation au cinéma de L’Agence tous risques, série culte lancée en 1983, suivie d’une resucée du mignonnet Karaté Kid (1984), avec Jackie Chan en tête d’affiche, programmée, elle, au milieu de l’été. « Je fais partie de cette génération qui a grandi avec Indiana Jones et tout un cinéma d’action musclé », explique Bradley Cooper, le comédien de 35 ans qui, dans la version cinéma d’Agences tous risques, incarne Futé, un bellâtre sous les ordres d’Hannibal Smith (Liam Neeson). « Gamin, je m’amusais à rejouer les scènes avec un bâton à la place d’une mitraillette. Alors, je ne vous dis pas le 쐌쐌쐌 19

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ÉpOqueinterview

Exclusif Florence Cassez nous a appelés, le 23 avril, de sa prison de Tepepan après une semaine éprouvante. La révélation d’un document attestant sa version de son arrestation a suscité l’espoir d’un arrangement de sa situation, vite balayé par les autorités mexicaines qui le considèrent sans aucune valeur juridique.


Condamnée au Mexique à soixante ans de réclusion pour kidnapping, elle vient de passer le cap des mille six cents jours de prison. À bout de forces, elle n’en peut plus de crier son innocence.

Par Sandrine Mouchet

P

arfois, elle rêve de liberté. Et les images sont toujours les mêmes : « Un avion, le tarmac d’un aéroport français et – pourquoi pas ? – le président Sarkozy à l’arrivée ». Mais la plupart du temps, les nuits de Florence Cassez ne sont faites que d’un cauchemar. Elle s’y voit passer le reste de sa vie entre les quatre murs de sa prison mexicaine, où la justice l’a condamnée à soixante ans de réclusion pour complicité d’enlèvements et séquestration. Le lundi 26 avril, la jeune femme de 35 ans a passé le cap des mille six cents jours de détention, et pas un ne s’est écoulé sans qu’elle ait crié son innocence. En vain. Mais un document officiel, rendu public le 19 avril dernier (voir encadré), relance son dossier, au point mort depuis que sa demande d’extradition a été

Florence Cassezla prisonniere de Mexico

reuters

Le desespoir rejetée. Il confirme ce qu’elle n’a cessé de dénoncer : que son arrestation devant les caméras de télévision, le 9 décembre 2005, n’était qu’une reconstitution et, surtout, qu’elle a été arrêtée la veille. Ses avocats vont déposer un recours devant la Cour suprême mexicaine, et porter plainte en France contre les ex-responsables de la police. Un espoir ? Des couloirs de la prison de Tepepan, d’où elle nous appelle, Florence Cassez n’ose y croire.  23


ÉpOquereportage

R  mon aoni dernier  voyage

RAONI ET Mbakikwa Le chef et sa femme, qui lui a donné dix enfants, immortalisés dans une pirogue en plein cœur de la forêt amazonienne, la semaine dernière. Ils s’apprêtent, ce jour-là, à inaugurer un nouveau village indien. « À la maison, c’est elle qui comman26  », affirme Raoni. de

VSD n° 1705 Du 28 avril au 4 mai 2010


Il sera à Paris le 3 mai

Vingt ans après sa tournée mondiale, le chef des Indiens Kayapos d’Amazonie va quitter son village pour plaider en Europe la cause de son peuple et de « sa » forêt. Rencontre exclusive avant son départ et la publication en France de ses Mémoires. Texte et photos Jean-Pierre Dutilleux

S

i le volcan islandais n’en décide pas autrement, le chef indien Kayapo Ropni Metyktire, dit Raoni, posera le pied (nu) à Paris, le 3 mai, à 11 h 20 précisément. Son premier rendez-vous est fixé à 15 heures, chez l’ophtalmo. Raoni a besoin de lunettes. Son regard sur le monde et sur sa forêt amazonienne natale ne manque pourtant pas d’acuité. C’est pour la défendre une fois encore devant les puissants – il doit rencontrer Nicolas Sarkozy à l’Élysée le 5 mai, ainsi que Jacques Chirac le 6 - qu’il a accepté cet ultime voyage. Il veut plaider encore une fois la cause des peuples indiens et de « sa » forêt amazonienne, poumon de la planète, et empêcher la construction du barrage de Belo Monte qui va engloutir les terres de nombreuses tribus. Comme en écho à sa première mise en garde, il y a tout juste vingt et un ans. Le 21 avril, il a accepté de nous recevoir dans son village. Interview. VSD. À quoi ressemble votre

quotidien aujourdhui ?

Ma vie est simple comme celle d’un Indien, je ne possède presque rien, je vis de la pêche, de la chasse et de la cueillette en forêt. Je suis très vieux à présent et je passe beaucoup de temps à raconter les histoires de notre peuple aux enfants pour qu’ils n’oublient pas qu’ils sont avant tout des Indiens Kayapos. Je rencontre le plus souvent possible mes frères indiens que je dois sans cesse mobiliser pour chasser les chercheurs d’or, les bûcherons, les éleveurs de bétail qui envahissent illégalement nos terres et les détruisent. J’assiste aussi à de fréquentes réunions avec les autres chefs Kayapos. Après bien des années, j’ai réussi à rétablir une paix durable Raoni.

VSD n° 1705 Du 28 avril au 4 mai 2010

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spécial hommesmode

Bombay Veste saharienne, Celio. 79,90 €. celio.com Gilet sans manche, ­Celio. 29,99 €. Tee-shirt en lin, IKKS. 70 €. 02.41.75.97.30. Écharpe en coton, Carnet de Vol. 29 €. carnetdevol.com

­Pantalon en coton, Polo Ralph Lauren. 155 €. 01.44.77.53.50. Ceinture, Pepe Jeans. 54 €. 01.53.40.95.95. ­Chaussures en nubuck vieilli, IKKS. 150 €. Sac besace Explorer Messenger, O’Neill. 90 €. 05.59.42.55.80.

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Homme  du monde De New York à Tokyo, de ­Londres à Bombay, un voyage express en quatre étapes incontournables autour de la planète mode. Casual, chic, urban ou vintage, à vous de choisir votre style !

Photos : Y. Bottalico pour VSD. Stylisme : P. Deroo, avec M. André

London Veste en lin et satin, Marc Jacobs. 920 €. marcjacobs.com

Chemise en coton, Paul & Joe. 195 €. 01.42.22.47.01. Écharpe en soie, Épice. 95 €. 01.44.54.01.50. Lunettes, Spy. 140 €. 01.75.77.01.56. Pantalon Hugo, Hugo Boss. 235 €. hugoboss.com

lissac/godong/photononstop

Chaussettes en ­coton, Alain Figuaret. 22 €. 01.47.23.35.49. Chaussures en cuir vieilli, Paul & Joe. 260 €.



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WEEK-ENDVOYAGES

 À raison de huit à dix heures sur la selle, chaque jour, sans jamais dépasser les 40 km/h sur des routes aux allures de pistes, le périple de ce couple parisien se révèle chaotique. Ici, à l’approche du col de Pensi Lâ (4 400 m) qui vient d’ouvrir après la fonte des neiges hivernales.

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En Inde du nord

Trip royal sur le toit  du Monde Durant cinq semaines, le photographe Johan Rousselot et la réalisatrice Christelle Leroux ont enfourché une véritable Royal Enfield pour parcourir les pistes haut perchées du Cachemire indien et du Ladakh. Récit de leur aventure, en images.  Texte et photos : Johan Rousselot



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WEEK-ENDTVSD

jean-jacques

bourdin

le franc-tireur

des ondes à la matinale de RMC, son style direct et populaire, démago pour certains, fait polémique depuis neuf ans. On l’aime ou on le déteste. Radiographie d’une voix à part.

Par Julie Gardett. Photos : Jean Picard/VSD

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VSD n° 1705 Du 28 avril au 4 mai 2010


I profil idéal Qui mieux qu’un « bon gars, issu du terroir », « un épicurien qui aime la vie, la bouffe et les femmes », dixit son ami Patrice Laffont, pour parler aux fidèles de RMC ? Jean-Jacques Bourdin est la locomotive d’une station écoutée à 72 % par des hommes, âgés en majorité de 25 à 49 ans.

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Focus

l fait encore nuit et la rédaction de RMC, quasi-déserte, est animée du seul ballet, discret, de l’homme de ménage. Il est 5h50 et ce mardi 20 avril, comme tous les jours, Jean-Jacques Bourdin note les questions qu’il se pose sur l’actualité, dans un silence religieux. « J’essaie de penser à la manière dont je reçois l’actualité, et pas à la façon dont je la donne, explique-t-il. Je me mets à la place des auditeurs. » Sa voix rocailleuse fait vibrer quotidiennement deux millions d’entre eux, de 7 h à 11 h. Derrière son micro, le boss de « Bourdin & Co » dirige comme un pater familias son équipe de jeunes journalistes, impressionnés par le bagout, l’expérience et l’énergie du sexagénaire. Protecteur, colérique, un peu soupe au lait, mais aussi capable de vous « taper dans le dos » cinq minutes après s’être emporté. Ce matinlà, Jean-Jacques Bourdin prend en direct des auditeurs coincés à l’étranger – la faute au nuage de cendres du volcan islandais –, dont sa compagne Anne Livat, grand reporter partie en Irak. Avec trois mille appels par jour, en moyenne, son émission s’appuie sur un réseau d’auditeurs fidèles, parfois utilisés comme des envoyés spéciaux. Mais est-ce bien raisonnable de les laisser balancer leurs infos en direct, sans vérification ? L’intéressé élude la question : « D’expérience, je sais que la parole de l’auditeur est rarement fausse ». Sortant de sa réserve de journaliste, lui-même n’hésite pas à donner son opinion personnelle à l’antenne, lâchant au passage des « Je suis avec vous » à son public. Une attitude qui lui vaut d’être taxé de populiste et de démago. « Populaire, oui, et j’en suis fier », réplique cet épicurien, amateur de cigares et de bons vins. Redoutable en interview, il ne lâche rien. « Il peut poser cinq fois la même question, jusqu’à ce qu’il obtienne une réponse, témoigne Hugo Perrier, le journaliste qui programme les invités. Si des politiques exigent qu’il n’aborde pas certains sujets, il refuse tout simplement de les recevoir. Du coup, j’ai du mal à les faire venir. Par exemple, j’ai fait soixante demandes à Frédéric Lefebvre, qui ne répond jamais. » De même que Christian Estrosi et Bernard Kouchner, désarçonnés par le ton « cash » du taulier de la matinale. 

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la griffe du chat Par Philippe Geluck

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